Affichage des articles dont le libellé est Jerome Opena. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jerome Opena. Afficher tous les articles

lundi 30 octobre 2017

INFINITY : ROYAUMES EN RUINE, de Jonathan Hickman et Jim Cheung, Jerome Opena et Dustin Weaver


Récemment, j'ai eu une idée un peu folle : (re)lire les grandes sagas produites par Marvel depuis House of M. Je ne les achète cependant plus lors de leurs sorties depuis Fear Itself (2011), un des events les plus mal-aimés (mais pour lequel je conserve, en lui reconnaissant des défauts, une vraie affection) - les raisons principales étant que je me suis lassé de ces blockbusters trop fréquents, promettant à chaque fois que "plus rien ne serait comme avant", et aussi parce qu'elles parasitent trop de séries, obligées de s'aligner sur ce qu'elles racontent. Je peux aussi ajouter que les équipes créatives de certaines sagas me séduisent moins que d'autres, et subséquemment que je déteste le procédé qui consiste à confier les dessins à deux (ou plus) dessinateurs (ce qui ôte au projet toute cohérence graphique).

Mon ambition a fait long feu quand j'ai compté le nombre de recueils qu'il me faudrait acquérir pour réviser (et l'argent qu'il me faudrait débourser pour les acquérir). Plus tard peut-être... En attendant, j'ai quand même saisi une belle occasion, à bas prix, avec Infinity : Royaumes en ruine, publié par Panini Comics, qui collecte les six épisodes de la saga écrite par Jonathan Hickman et dessinée par Jim Cheung, Jerome Opena et Dustin Weaver. Même si l'intrigue englobait aussi des épisodes des séries Avengers et New Avengers (alors aussi écrites par Hickman) plus quelques tie-in (plus ou moins dispensables), j'espérai comprendre l'essentiel. Voyons si cela a été le cas...


Pour améliorer l'efficacité des Avengers, Iron Man et Captain America ont décidé d'en réformer la composition en en faisant une vraie petite armée : une campagne de recrutement auprès de héros humains, de dieux, de mutants, d'inhumains et d'extra-terrestres a été ouverte - accueillant notamment Ex Nhihilo et Abyss (avec lesquels l'équipe de base s'est d'abord battu), descendants d'une ancienne race très puissante, les Bâtisseurs, prétendant être à l'origine de toutes les formes de vie dans l'espace et décidant donc lesquelles sont dignes d'exister encore. Dans leur viseur : la Terre.
Parallèlement, le groupe des Illuminati (ou New Avengers, formé de Iron Man, Mr. Fantastic, Namor, Black Panther, Dr. Strange, le Fauve et Black Swan) interviennent régulièrement, dans le plus grand secret contre une série de phénomènes à grande échelle, les "incursions", lorsqu'un monde d'un univers parallèle menace d'entrer en collision avec la Terre, quitte à sacrifier ces mondes. La bande est aussi en possession des gemmes d'infinité, les artefacts les plus puissants de l'univers. 


Les Bâtisseurs détruisent la planète Galador, pourtant protégés par les Chevaliers de l'espace, sous les yeux de Captain Universe, observant les événements avec impassibilité car elle les sait inéluctables. D'autres extra-terrestres (en particulier des skrulls, des métamorphes) se réfugient discrètement sur Terre mais l'organisation du S.W.O.R.D. (chargée de surveiller ces intrusions) le remarquent et en avisent les Avengers. Saisissant la menace des Bâtisseurs qui approchent, les héros décident de partir à leur rencontre dans l'espace pour les affronter. La Terre alors (presque) sans défense (à l'exception de quelques justiciers secondaires), Thanos a la voie ouverte pour la conquérir et y prendre une chose qu'un de ses espions a localisée chez les inhumains.


Les Avengers s'allient à d'autres forces extra-terrestres pour contrer les Bâtisseurs mais la puissance de ces derniers les dépassent. J'Son de Spartax convainc les résistants de négocier une trêve (quitte à sacrifier la Terre) et Captain America envoie alors Thor comme émissaire. Les inhumains menacés par un lieutenant de Thanos, Black Bolt contacte les Illuminati pour les prévenir qu'en vérité Thanos veut retrouver son fils caché dans un village avec d'autres membres de son peuple et Dr. Strange se charge alors de le localiser le premier. Hélas ! le sorcier suprême ignore qu'un autre complice du titan a lu ses pensées...


Grâce à la ruse de Captain America et la force de Thor, les Avengers parviennent à rassembler les forces du conseil galactique ayant abdiqué devant les Bâtisseurs. Avec le renfort de prisonniers de guerre, les héros reprennent l'avantage progressivement et libèrent des planètes de leurs oppresseurs. Sur Terre, Thanos défie en personne Black Bolt qui gagne du temps pendant que son frère Maximus évacue Attilan, cité des inhumains, et n'active une bombe explosant au-dessus de New York. Les brumes terrigènes se libèrent sur les civils dont certains étaient des inhumains en sommeil : parmi eux, Thane, le fils de Thanos.


Thanos, d'abord dépassé par la manoeuvre de Black Bolt, réagit vite. Un de ses lieutenants s'occupe de retenir Thane pendant que le titan se déplace au Wakanda pour y récupérer un joyau d'infinité. Il découvre sur place le phénomène des "incursions" et l'existence des Bâtisseurs, dont la situation est désormais compromise maintenant que Captain Universe est de retour parmi les héros. Les Avengers, apprenant que Thanos est sur Terre, préparent leur retour.
  

Les Gardiens de la Galaxie et les agents du SWORD affrontent Thanos en attendant de l'aide mais le titan a désormais retrouvé son fils, seul capable de le tuer, et a lié Black Bolt à une bombe surpuissante au Wakanda capable de faire sauter la Terre entière. Quelques Avengers réussissent à percer la flotte spatiale de Thanos pour le défier pendant que les Illuminati doivent sauver Black Bolt et désamorcer la bombe. La victoire contre le titan paraissant impossible par les seuls héros, le sort de la bataille dépend de Thane et de sa volonté de neutraliser son père...

Lors de discussions épiques, j'ai souvent dit tout le mal que je pensais de Jonathan Hickman, n'appréciant ni son style d'écriture (que je jugeai pompeuse et peu empathique avec les personnages qu'il animait) ni la conduite de ses intrigues (planifiées sur le long terme et bâties à partir de véritables diagrammes, comme il l'a déclaré lui-même, mais qui me semblaient surtout interminables et alambiquées).

Avec le recul, je ne prétendrai pas avoir retourné ma veste et trouver que des qualités à ce scénariste (qui, comme les "architectes" désignés par Marvel en 2011, a lui aussi quitté "la maison des idées" pour se consacrer à des projets en creator-owned), mais je dois lui reconnaître des mérites qui manquent beaucoup à la production de l'éditeur d'Infinity depuis. La plus évidente étant que, aux commandes des vaisseaux amiraux qu'étaient les séries Avengers et New Avengers (comme Bendis avant lui), il a su en disposer pour que leurs histoires convergent en souplesse à cette saga. Il ne s'arrêtera d'ailleurs pas là puisque, ensuite, de la même manière, mais avec encore plus d'envergure (c'est-à-dire en ajoutant au programme la gamme "Ultimate", dont la fin était scellée, puisque commercialement en chute libre), il mena tout le monde jusqu'à Secret Wars, sorte de super-event/crossover à partir desquels devaient être relancé les franchises de Marvel.

Lire Infinity sans ses à-côtés, directs ou indirects, concomitants ou pas, c'est un peu comme lire un récit réduit à sa charpente, sa colonne vertébrale. Le minimum. Mais avec tout de même du spectacle, du suspense. C'est une sorte de digest appliqué au format de la saga : on n'a que les temps forts, que les lignes fortes, les pics. Tout le reste, la chair comme l'accessoire, les compléments comme le superflu, sont ailleurs, dans les titres dédiés à soutenir la charpente, à muscler le squelette, à préciser les éléments suggérés, effleurés, survolés.

Une expérience étrange, mais en fin de compte pas désagréable. Rendre une saga centrale aussi dépendante de ses séries dérivées est risquée puisque l'auteur peut perdre le lecteur, à qui il manque des informations, une vue d'ensemble mais avec des détails assez définis. Le plus surprenant, c'est que, malgré cela, il en reste encore beaucoup à digérer justement. Observez le nombre de menaces en mouvement dans cette affaire : les Bâtisseurs, ces créateurs-destructeurs de monde (des créatures qui prolongent parfaitement Hickman lui-même posant en quasi-démiurge sur ce qui doit rester et disparaître - quand bien même, et c'est une nouveauté non négligeable, l'histoire évite toute mort d'un héros emblématique, déplorable "passage obligé" de bien des events) ; Thanos et son Ordre Noir (quoique le titan apparaît globalement peu durant ces six épisodes : il intervient le plus dans la seconde moitié, voire le derniers tiers) ; et le phénomène des "incursions" (qui, bien qu'occupant les Illuminati depuis le n°1 des New Avengers d'Hickman, ne servira vraiment qu'à déclencher Secret Wars).

La construction du récit est la suivante : un prologue (d'une cinquantaine de pages), 4 épisodes (de pratiquement 30 pages) découpés entre les événements dans l'espace (avec les Avengers et leurs alliés contre les Bâtisseurs) et ce qui se joue sur Terre (avec les inhumains et les Illuminati contre Thanos et l'Ordre Noir), un épilogue (là encore long de près de 50 pages). Cette disposition permet de bien poser le degré de puissance des menaces, puis de distinguer les actions selon leur géographie, puis de conclure en ayant de la place pour une baston qui dépote et des pistes pour le futur. Le revers de ce procédé, c'est un usage de la voix-off qui transforme de nombreuses planches en illustrations commentées de façon très solennelle (entends-tu, lecteur, la voix qui te narre la détresse des héros puis leur regain de combativité  ?).

Mais Hickman a de la chance : contrairement à Avengers vs. X-Men ou récemment Secret Empire avec ses dessinateurs qui se relaient et donnent à l'ensemble une allure aberrante (sans parler du rythme très inégal, ou des oublis dans la narration, malgré la présence d'editors censés superviser tout ça ou des réunions entre scénaristes pour unifier les séries impactées), il a droit à trois artistes à qui on a assignés une mission précise et qui s'en acquittent avec talent. Jim Cheung ouvre et ferme l'histoire (même si le dernier épisode contient aussi des planches réalisées par un autre), Jerome Opena s'amuse dans l'espace (et s'en donne à coeur joie dans des scènes parfois elliptiques mais éblouissantes) et Dustin Weaver reste sur Terre (avec quand même du biscuit puisqu'il anime les Illuminati, les inhumains, Thanos et sa clique - des trois dessinateurs, il reste quand même le plus faible mais sans non plus démériter). Bien que les mutants restent encore les plus négligés dans tout ce barnum, le nombre de personnages employés est impressionnant et Infinity donne vraiment le sentiment que le danger occupe tout l'univers Marvel, comme rarement - seuls Captain America et Thor dominent le lot, véritables meneurs, avec Black Bolt, juste après (si Marvel avait été malin, c'est à Hickman qu'il aurait confié le développement de la franchise Inhumans : d'abord parce qu'on le sent attiré par eux, et aussi parce qu'ils ne les met pas en scène comme ceux qui pourraient remplacer les X-Men).

La morale de tout cela, c'est qu'effectivement, de manière assumée, à la sortie, on a affaire à un "Avengers World" - du reste, une série à ce nom sera lancée à la fin de cette saga. Et cette sensation est concrète puisqu'elle répondait au triomphe de la franchise au cinéma et dans les comics de l'éditeur. Pour le divertissement, c'est plus spécial, mais tout de même très satisfaisant. 


mardi 30 octobre 2012

Critique 357 : UNCANNY X-FORCE, VOL. 1 - THE APOCALYPSE SOLUTION, de Rick Remender et Jerome Opeña

Uncanny X-Force, volume 1 : The Apocalypse Solution rassemble les quatre premiers épisodes et leur prologue de la série écrite par Rick Remender et illustrée par Jerome Opeña (Leonardo Manco pour le prologue), publiée par Marvel en 2010.
*
- Prologue - Extrait de Wolverine : road to hell. Ecrit par Rick Remender, dessiné par Leonardo Manco. Cette nouvelle formation de l'unité X-Force se réunit dans la X-Caverne et se compose de Wolverine, Fantomex, Archangel, Psylocke et Deadpool. Les 4 premiers partent en mission à bord de l'E.V.A. (vaisseau en symbiose avec Fantomex) après que Warren Worthington III/Angel leur ait expliqué avoir envoyé Deadpool en Égypte sur la piste du clan Akkaba, qui veut ressuciter Apocalypse, le premier mutant (dont l'objectif est de faire entrer la mutanité dans son Âge, en supprimant les humains et les mutants qui s'y opposeront). Mais pour le X-Man ailé, il s'agit aussi de vengeance contre celui qui l'a radicalement transformé dans le passé en le dotant d'une double personnalité et de pouvoirs maléfiques...



Deadpool joue les éclaireurs...

- The Apocalypse solution (#1-4). Ecrit par Rick Remender, dessiné par Jerome OpeñaInfiltré dans un temple, Deadpool assiste discrètement à une cérémonie macabre au cours de laquelle une jeune femme du clan Akkaba est sacrifiée. Il est alors surpris par un géant cornu qui le frappe avec son énorme hâche.
Cependant, dans la caverne X, Warren Worthington III/(Arch)Angel et Betsy Braddock/Psylocke (qui l'a aidé à contenir mentalement son double maléfique) s'inquiètent à la fois pour leur relation intime et l'absence de nouvelles de Deadpool.
A Londres, Wolverine recrute Fantomex, sur le point de commettre un cambriolage.
L'équipe réunie se rend en Egypte où se trouve Wade Wilson/Deadpool et affronte une première fois le clan Akkaba qui s'enfuit en se téléportant sur la face bleue de la Lune. L'X-Force s'y déplace à son tour, convaincue d'y trouver Apocalypse ressucité. Mais les Quatre nouveaux Cavaliers de leur ennemi (Guerre - le géant cornu - , Pestilence, Famine et Mort) les attendent.
Toutefois le groupe est loin d'imaginer quelle forme possède désormais leur ennemi et à quel point celle-ci va leur poser un terrible dilemme quand à l'issue de leur mission, s'ils y survivent...
*
 
Et si Apocalypse n'était plus celui que les X-Men connaissait...


Psylocke contiendra-t-elle encore longtemps
les instincts meurtriers d'Angel, son amant ?

Après le crossover Second Coming, Cyclops, le leader des X-Men choisit de dissoudre l'unité X-Force, dont Wolverine était le chef et qui s'occupait de régler les menaces extrèmes de manière définitive (en n'hésitant pas à tuer, mais sans que les autres mutants ne le sachent).
Pourtant, Logan et Warren Worthington III décident de passer outre cet ordre : pour le premier, parce qu'il faut continuer à faire le sale boulot contre des ennemis sans scrupules ; pour le second, parce qu'il veut retrouver et éliminer Apocalypse, le responsable de ses malheurs (il l'a transformé en une machine à tuer). Betsy Braddock/Psylocke est désormais en couple avec Angel et, l'ayant aidé à maîtriser ses accès de rage (qui le transforme en monstre), le suit dans sa croisade. Deux mercenaires, le français Fantomex et le canadien Deadpool, se joignent à eux contre rétribution.

Succèdant à Craig Kyle et Chris Yost, Rick Remender a donc d'abord modifié l'équipe en la resserrant, à la manière d'un commando, agissant comme tel, c'est-à-dire en secret, vite et sans craindre de tuer. Comme premier adversaire, il n'y est pas allé avec le dos de la cuillère puisqu'il s'agit d'Apocalypse, un des plus (sinon le plus) puissant des mauvais mutants. Mais il donne au méchant une nature et un aspect qui bouleversent profondèment l'issue de la mission et va poser un véritable cas de conscience.
La philosophie de l'équipe et le souhait de vengeance d'Angel se heurte alors à une limite inattendue, dérangeante, que Remender a le courage de ne pas éviter mais de traiter frontalement. Le lecteur est pris à parti dans cette variation sur un thème pourtant rabattu (que feriez-vous si vous pouviez tuer un fou dangereux et puissant comme Hitler ?).
La concision du traitement de l'intrigue fait à la fois sa force (on ne s'ennuie pas, il y a beaucoup d'action, de spectacle, l'aventure se suffit à elle-même avec ses quatre épisodes) et sa faiblesse (la psychologie des protagonistes est sommairement développée - à part pour le couple Angel-Psylocke, de loin le plus intéressant - , le dénouement expéditif et le choix inexpliqué opéré par Fantomex, qui laisse le lecteur et ses co-équipiers dans un malaise palpable).
Des éléments sont sacrifiés, quitte à paraître improvisés comme des rustines pour le récit : ainsi  les pouvoirs d'illusionniste de Fantomex sont toujours exploités de manière très (trop) providentiels, Deadpool ne sert à rien (sinon à aligner des dialogues dont le comique laisse à désirer - pour moi, la popularité de ce personnage reste un mystère), et (comble du comble) Wolverine apparaît comme un leader par défaut, dont la seule stratégie semble être de foncer dans le tas, sans jamais contrôler ses soldats (surtout pas Angel, dont les motivations et la détermination sont pourtant évidentes dès le départ).
Bref, Remender est indéniablement un scénariste efficace, percutant, mais aussi trop occupé à poser des pions pour le futur au lieu d'exploiter à fond son récit présent, paresseux sur la psychologie de ses personnages (même si la dynamique du groupe est intéressante), et n'évitant pas une complaisance certaine (et hélas ! familière à beaucoup d'auteurs actuels) pour l'hyper-violence (certes X-Force n'a jamais été une série modérée sur ce plan, mais finalement à part un peu plus de tourments existentiels, cette version ne modifie pas la donne).
C'est un peu dommage car, encore une fois, on est remué, troublé - mais frustré aussi.
*
Peut-on parler seulement de dessin pour ces épisodes (et la série) ? Ce serait réducteur tant le travail de Jerome Opeña est indissociablement lié à la colorisation prodigieuse de Dean White (incroyablement supérieure à ce qu'il avait commis sur Avengers). A la fin de l'album, parmi les bonus, on trouve un work-in-progress du script à la planche finie qui détaille les étapes de leur collaboration : Opeña effectue d'abord des crayonnés poussés, très détaillés, puis des teintes de gris sont appliquées pour indiquer les volumes et les effets de profondeur de champ, avant, enfin, que la mise en couleurs soit réalisée sans encrage préalable. Le résultat est époustouflant, évoquant davantage ce que des artistes expérimentaient à l'époque d'Epic Comics que les bd mensuelles traditionnelles. 
Opeña possède un style d'ailleurs plus proche des européens (avec le rythme de travail qui va avec - le processus utilisé ne peut lui permettre d'enchaîner plus de quatre épisodes d'affilée), dans une veine réaliste.
Son art du découpage est prodigieux, avec des plongées et contre-plongées vertigineuses, des compositions audacieuses, le souci de donner de la profondeur à chaque image.
Sou souci de donner à chaque personnage (bons ou méchants) un langage corporel propre est sidérant, et donne en particulier aux scènes de bataille une férocité intense.
Ces illustrations extrèmement élaborées transcendent cette histoire et Opeña vole la vedette à Remender - d'une façon telle que, à la toute fin, le scénariste se tait et laisse les images parler seules, avec des attitudes, des expressions et un découpage plus subtiles que n'importe quelle dialogue.
(On ne sera pas aussi élogieux pour Leonardo Manco, "dessinateur" du prologue : en vérité des photos trafiquées et colorisées par Chris Sotomayor, qui piquent les yeux...)



Les origines des Quatre Cavaliers d'Apocalypse.
*
Depuis, Remender a considérablement étoffé la série, confirmant que ce premier acte posait seulement des fondations pour une saga plus ambitieuse, mais dont la complexité et la violence exigent du lecteur de l'attention et de l'estomac. Cette rampe de lancement lui a valu de devenir un des nouveaux barons de Marvel (il sera aux commandes d'Uncanny Avengers, la série-phare du relaunch "Marvel Now !" qui démarre en vo ce mois-ci, et multiplie les projets chez divers éditeurs - Image, Dynamite). Quant à Opeña, malgré ses problèmes de rythme, il est lui aussi désormais une valeur sûre (illustrant le premier arc de la nouvelle série Avengers).
The Apocalypse solution a donc valeur de document, comme une transition pour le titre (dont on peut apprendre les itérations antérieures dans les bonus) et ses auteurs. C'est aussi quatre épisodes sublimement dessinés et racontés avec vigueur, suffisamment bien bâtis pour se suffire à eux-mêmes.