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vendredi 17 juin 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #2, de Benjamin Percy et Vanesa R. del Rey, David Pepose et Leonardo Romero, Patrick Zircher


Le premier n° de Moon Knight : Black, White & Blood s'est avéré si décevant (hormis le segment par Marc Guggenheim et Jorge Fornes) que je me suis demandé si ça valait la peine de poursuivre. Mais vu les auteurs de ce second exemplaire, je me suis laissé avoir. Et cette fois, pas de doute : c'est d'un tout autre niveau, avec des histoires inspirées, fortes, graphiquement audacieuses.


- The Empty Tomb. (Ecrit par Benjamin Percy, dessiné par Vanesa R. del Rey.) - Epuisé par ses troubles de la personnalité, Moon Knight sollicite l'aide du Doctor Strange. Celui-ci l'envoie en Egypte avec un scarabée sacré comme boussole et le prévient que la cure peut le tueur comme le guérir...


- A Hard Day's Knight. (Ecrit par David Pepose, dessiné par Leonardo Romero.) - Marc Spector entre dans un bar où il s'attable en compagnie de Steven Grant, Jake Lockley et Khonshu. Blessé, il leur demande comment il a été atteint...


- Blood Red Glider. (Ecrit et dessiné par Patrick Zircher.) - La veuve d'un ami soldat de Marc Spector le somme de venger son mari, mort en mission à cause de lui. Moon Knight se met en chasse pour retrouver Henrik Kless, le mercenaire qui a abattu son ami...

Le risque avec des projets comme Moon Knight : Black, White & Blood, c'est évidemment que le concept soit réduit à un gadget, à un pur exercice de style sans véritable fond. C'est ce qui s'était passé avec le premier numéro où malgré des noms ronflants, le manque de consistance des propositions était affligeant - même si j'épargnerai le segment réalisé par Marc Guggenheim et Jorge Fornes.

Bien déçu par cette expérience, je me suis posé la question de perséverer. Puis, au regard des auteurs impliqués dans cette seconde livraison, je n'ai pas résisté. Et j'ai été récompensé car le niveau des offres est bien plus élevé, gratifiant le lecteur de trois brêves histoires sur Moon Knight aussi inspirées narrativement que graphiquement audacieuses.

On démarre donc avec la nouvelle écrite par Benjamin Percy, dont pourtant je me méfie après avoir perdu beaucoup trop de temps à essayer d'aimer son run de X-Force. Mais ici, le scénariste retrouve la verve qui l'avait fait remarquer sur Green Arrow lorsqu'il imagine que Marc Spector, à bout de nerfs, consulte le Doctor Strange pour qu'il l'aide à ne pas devenir "un sarcophage vivant" obligé de composer avec ses multiples personnalités et surtout au service ce Khonshu.

Les planches de Vanesa R. del Rey ne plairont pas à tout le monde, le style de l'artiste étant exigeant dirons-nous. Mais au moins il se marie à la perfection avec le propos, cette traversée du désert éprouvante au terme de laquelle Moon Knight va soit trouver la paix soit la mort. Des images fortes, avec un usage du rouge sang intense, pour un script puissant, au final bien perturbant. S'il serait injuste de déloger Jed MacKay de la série régulière Moon Knight actuellement, j'avoue que je serai curieux de lire ce que Percy pourrait faire avec le personnage sur un run.

Ce qui suit est aussi bon : cette fois, c'est au tour de David Pepose, un auteur sur lequel Marvel semble placer beaucoup d'espoir tout en le testant sur des projets improbables (comme la nouvelle mouture des Savage Avengers), de nous conter un récit plein de malice. On associe mal cette notion avec Moon Knight mais, contre toute attente, le résultat est brillant.

Cette tablée des Moon Knights qui retrace les blessures physiques encore à vif sur le corps de Marc Spector après plusieurs batailles dont il n'a pas le souvenir est vraiment habile. Et comme c'est l'excellent Leonardo Romero qui se charge de dessiner, on est gâté. Désormais habitué aux contraintes de l'exercice (après l'avoir testé avec succès sur Elektra), l'artiste produit des planches pleines de pep's et de classe, c'est un régal (mais maintenant, messieurs-dames de chez Marvel, ce serait bien de récompenser Romero en lui confiant une série régulière).

Enfin, j'attendais particulièrement ce qu'allait faire Patrick Zircher, qui a depuis de longues semaines teasé sa participation à ce numéro. Et pour cause, pour la première fois, il a obtenu de signer scénario ET dessin. Féru de littéraure et amoureux fou de son média, il a visiblement mis tout son coeur à l'ouvrage.

Et ses efforts sont payants car il livre une histoire bien emballé, dense, à l'image de son dessin, superbement détaillé, où la couleur rouge est subtilement exploitée. Il n'y a rien de révolutionnaire chez Zircher, le scénariste comme le dessinateur, mais ce classicisme laborieux et racé a une sacrée gueule. Pas de doute que si Marvel (ou un autre éditeur) lui accorde plus de place et de temps, il saurait faire quelque chose qui vaille le détour en qualité d'auteur complet. Ce récit de vengeance en témoigne.

Rendez-vous dans un mois pour une nouveau lot de short stories, avec notamment Ann Nocenti et David Lopez au générique.

vendredi 25 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES X - XI : WAY OF X #3 (Si Spurrier/Bob Quinn) - WOLVERINE #13 (Benjamin Percy/Scot Eaton)


Le Hellfire Gala se poursuit avec Way of X #3, écrit par Si Spurrier et dessiné par Bob Quinn.


Très préoccupé par de récentes découvertes sur l'île de Krakoa, Diablo a passé la soirée du gala à se soûler. Le lendemain, il traîne une sévère gueule de bois mais surprend Stacy X en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants. Elle le conduit dans un lupanar où se détendent des mutants.


Voisinant ce lieu de débauche, Stacy X montre à Kurt Wagner une nurserie où Lost veille sur des nouveaux-nés abandonnés par des mutants qui ont eu des relations sexuelles non protégées. Dans le bordel à côté, Fabian Cortez créé un scandale auprès d'une mutante qu'il a voulu abuser.


Legin, avec Pixie et les frères Xorn, intervient pour tenter de chasser un parasite mental qui fait perdre leur contrôle aux mutants de l'île. Mais la créature leur échappe. Le Dr. Nemesis rédige un rapport confidentiel dans lequel il exprime ses craintes sur le fait que le Pr. X puisse être victime de ce parasite.
 

On poursuit avec le treizième numéro de Wolverine, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Scot Eaton.


Durant le gala, le Fauve a voulu se servir de la flore de Terra Verde comme d'un dispositif d'espionnage sur les invités. Mais l'opération dégénère quand les ambassadeurs de Terra Verde corrompent la flore et entrepennent de saboter la soirée. Wolverine et la X-Force interviennent.


Avec Domino, Kid Omega, le Fauve, mais aussi Deadpool, qui a essayé de s'incruster dans la fête, Wolverine règle le problème. Sage sermonne le Fauve, élimine le système d'espionnage de son collègue et négocie un armistice avec les ambassadeurs de Terra Verde qui retirent leur soutien à Krakoa.


Emma a une discussion avec le Fauve à propos de ses méthodes et ses projets. Il ne s'excuse pas, assumant le sale boulot que refuse de faire le conseil de Krakoa. Mais leur conversation est interrompue quand Sage signale que le navire Marauder à bord duquel se trouve Christian Frost ne répond plus...

Ces deux épisodes sont particulièrement embarrassants à lire, surtout après les sommets atteints par X-Men #21, Planet-Size X-Men #1 et S.W.O.R.D. #6. Entre redites lourdingues, caractérisations gênantes ou complètement aberrantes, et intrigues indigestes, il n'y a pas grand-chose à sauver (si ce n'est rien à sauver).

Way of X est une nouvelle série récemment lancée puisqu'elle ne compte que trois épisodes. Pour l'écrire, Marvel a débauché de chez DC le scénariste Si Spurrier, qui avait écrit il y a quelques années la pourtant peu fameuse Cable & X-Force (2012-2013). Entretemps, chez la "Distinguée Concurrence", Spurrier s'est refait la cerise en signant un spin-off de The Sandman, d'après Neil Gaiman, intitulé The Dreaming et quelques épisodes de Justice League (entre la fin du run de Scott Snyder et le début de celui de Bendis).

En revenant chez Marvel, sur la franchise X, Spurrier a affiché de grandes ambitions, comme s'il se mettait aun niveau de l'architecte Jonathan Hickman. Pourtant, il n'y avait pas de quoi pavoiser quand on a appris qu'il allait écrire Way of X, un titre avec Diablo en vedette. J'adore ce personnage mais aucune des séries dont il a occupé le premier rôle n'a rencontré le succès. Par ailleurs, si j'ai un regret depuis HoX-PoX, c'est bien que personne (y compris Hickman) n'a respecté l'elfe créé par Dave Cockrum. En effet, depuis toujours, les scénaristes ont privilégié le Kurt Wagner homme de foi au bondissant Bamf que préférait pourtant Cockrum, qui l'avait imaginé en s'inspirant d'Errol Flynn.

A part Alan Davis dans son run sur Excalibur et Jason Aaron dans son unique arc sur Amazing X-Men, personne (même Claremont) n'a animé le personnage de Diablo selon la volonté de Cockrum qui, jusqu'au bout, a exprimé son mécontentement sur le traitement qu'on avait réservé à son héros fétiche. Spurrier aurait bien énervé l'illustre artiste.

Depuis deux épisodes, Spurrier fait n'importe quoi avec Diablo qui, allié à Légion (David Haller, le fils de Charles Xavier, ressucité pour la peine), enquête sur une mystérieuse entité qui donne des cauchemars à de jeunes mutants sur Krakoa. Ils viennent, avec le concours du Dr. Nemesis, de découvrir qu'il s'agit d'Onslaught, émanation terrifiante des psychés de Xavier et Magneto (à l'origine d'un event dans les 90's).

Mais Spurrier ne s'arrête pas là : visiblement, le Hellfire Gala l'indiffère et il situe son épisode le lendemain de la fête, avec Kurt qui a une méchante gueule de bois car il s'est pris une cuite pour tenter d'oublier la menace qui rôde. Bon, déjà, assister au pathétique spectacle de Diablo en train de s biturer est complètement out of character, mais zapper carrément le gala pour poursuivre l'intrigue de la série, c'est vraiment du foutage de gueule. Lorsqu'on refuse de jouer le jeu d'un event, on n'y participe pas ou alors on passe le titre à un scénariste fill-in.

La suite est d'une tristesse abyssale. Kurt surprend Stacy X, ex-prostituée mutante (était-il utile de la faire revenir ?) en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants qui ont prolongé la nuit de fiesta en baisant sans protection. Kurt est outré parce que Hickman a eu la malheureuse idée de lui inspirer l'idée que les mutants devaient se multiplier... Mais évidemment pas comme ça ! En prime, cette scène fait passer Diablo pour un type opposé à l'usage de contraceptifs, pire que le pire des curaillons... Désolant. Mais ce n'est pas tout : Stacy X dévoile à Kurt l'existence d''une sorte baisodrome local où on peut se détendre sans conséquences... Et qui voisine une nurserie où sont recueillis des nourrissons abandonnés par de jeunes mutants qui ont copulé sans capotes. Non, vous ne rêvez pas ! Autant de passages lamentables dans un seul épisode, ça relève de l'exploit, ou du plus mauvais des mauvais goûts. 

C'est de surcroît dessiné avec les pieds par un certain Bob Quinn, qui a déjà sévi sur Captain America (le run de Ta-Nehesi Coates), et dont on se demande qui, chez Marvel, a pu penser qu'il avait assez de talent pour hériter d'une série régulière (quand tant de super artistes sont sans engagement). C'est un désastre jusqu'au bout. Mais il y a une justice en ce bas monde puisque Way of X va s'achever en Septembre au #5 (et ce, même si Spurrier assure que c'est seulement la fin de la "saison 1" et qu'il a plein d'idées pour la suite - c'est ça, mon grand, mais tes idées, tu te les gardes, et tu vas t'amuser ailleurs, loin). 

Hélas ! le calvaire n'est pas terminé car Wolverine #13 n'est guère mieux (avec un tel chiffre, c'était mal barré). Benjamin Percy n'est pas non plus le dernier, semble-t-il, pour se moquer du monde cette semaine puisqu'il ne fait rien d'autre que livrer un deuxième épisode de X-Force dans cet event.

En effet, ne vous fiez pas à la couverture de ce numéro car on y voit à peine Deadpool (dont le compte était déjà bon dans X-Force #20) mais pas beaucoup plus Wolverine. Obsédé par la flore de Terra Verde, le Fauve et Percy recyclent cette idée depuis des lustres sans se renouveler. Cette fois, entre une énième connerie du Fauve (que Percy aura chargé comme une mule, avec un acharnement incroyable) et des ambassadeurs de Terra Verde décidés à se venger de mutants qu'ils considérent comme des colonisateurs profiteurs, on a droit à un machin sans queue ni tête, à peine rattrapé par les toutes dernières pages.

Wolverine sort les griffes mais sans être mis en avant ni en valeur, Domino, Kid Omega et Sage occupant autant de place à l'image que lui pour éviter que la situation ne parte en sucette. C'est d'un ennui total, là aussi mochement dessiné par Scot Eaton (pourtant un dessinateur solide, mais qui a un script affreux et peu d'inspiration de toute façon).

Mais, tout de même à la fin, Percy tente quelque chose que tout le monde attend depuis des lustres : une explication entre quatre yeux avec Hank McCoy sur sa manière de gérer les choses et son comportement plus que limite. Le Fauve a dépassé les bornes bien avant HoX-PoX, donc il est impossible d'affirmer qu'il n'est plus le même : il a commis des actions peu orthodoxes déjà durant Messiah Complex (quand la race mutante était menacée d'extinction complète), puis il a ramené les cinq premiers X-Men pour tenter de raisonner un Cyclope adulte qui venait de tuer le Pr. X et qui sombrait dans un délire révolutionnaire (Bendis n'a pas fait grand-chose de cette piste pourtant prometteuse). Mais désormais, le Fauve est une ordure impardonnable, qui humilie ses amis, joue à l'apprenti-sorcier, et veut espionner tous les non-mutants tout en supervisant les missions de la X-Force.

On assiste donc à un premier échange tendu avec Sage, mais celle-ci n'a pas l'autorité nécessaire pour le recadrer. Il faut une Emma Frost pour oser dire ses quatre vérités au Fauve, mais il se démonte pas : il assume ses saloperies, parce que, selon lui, le conseil de Krakoa n'a pas les couilles nécessaires, et il accepte d'être mal vu si la communauté mutante est protégée au final. Percy a carte blanche pour écrire Hank McCoy, c'est évident, et donc ma foi, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de la logique du personnage, déjà bien entamée depuis des années, en en faisant un enfoiré. Mais c'est écrit sans nuance, sans remise en cause, sans encadrement. Personne ne dit clairement au Fauve de se calmer un peu (à part Wolverine qui l'avait frappé après avoir humilié Colossus). 

A force, c'est épuisant, c'est malsain. Certains fans imaginent qu'il y a un loup derrière tout ça (en gros : ce ne serait pas le vrai Fauve, mais son double, le Dark Beast de l'Âge d'Apocalypse), mais je n'y crois pas (pas davantage que je ne crois au fait que le projet de Hickman pour la franchise serait une énorme mascarade révélée in fine par un twist à la Shyamalan, du style : ce n'étaient pas les vrais X-Men, mais des clones, ou des mutants d'une autre dimension, d'une autre ère, etc.). C'est en tout cas pour cela (entre autres choses) que j'ai cessé de lire X-Force : Percy massacre ces personnages qu'il n'apprécie visiblement pas (à part Domino).

De toute façon, l'event touche à sa fin puisqu'il ne reste plus que X-Factor #10 à lire, et qui sort la semaine prochaine. On fera le bilan en même temps.

jeudi 3 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES I - II - III : MARAUDERS #21 (Gerry Duggan/Matteo Lolli) - X-FORCE #20 (Benjamin Percy) - HELLIONS #12 (Zeb Wells/Stephen Segovia)

 AVANT-PROPOS 

Ici commence le nouvel event mutant : Hellfire Gala. Celui-ci va concerner douze séries dont la publication va s'étaler sur quatre semaines, durant tout le mois de Juin. Comme pour X of Swords l'an dernier, j'ai choisi d'en rédiger le résumé et la critique par lots, en regroupant les épisodes qui sortiront chaque semaine (avec peut-être une exception pour Planet-Size X-Men, dans 15 jours), et en suivant l'ordre de lecture évidemment. J'espère que cela vous donnera envie de découvrir cet event qui s'annonce une fois encore très atypique.

*


On démarre donc avec Marauders #21, écrit par Gerry Duggan (le chef d'orchestre de l'event, sous la supervision de Jonathan Hickman) et dessiné par Matteo Lolli.


Sur l'île qu'elle a achetée à Namor, via Magneto, Emma Frost reçoit les invités du Gala du Club des Damnés, en compagnie de Kitty Pryde et Sebastian Shaw. Successivement, les Avengers, les Fantastic Four, le Dr. Strange et même des ambassadeurs de pays hostiles à Krakoa arrivent.


Après un petit concert télépathique de bienvenue, les invités conversent. La présence du Dr. Fatalis électrise l'ambiance. Un ambassadeur Shi'ar vient annoncer à Emma Frost que sa livraison est arrivée, mais elle n'a aucune idée de quoi il s'agit et délégue son frère Christian pour s'en occuper.


Tout semble bien se passer, même si Mr. Fantastic semble n'être venu que pour faire plaisir à son fils Franklin, couvé par Kitty Pryde. Et que Captain America dit à Cyclope qu'il espère qu'il sait ce qu'il fait après leur conversation quelques jours plus tôt...


On poursuit avec X-Force #20, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Joshua Cassara.


La X-Force s'occupe de la sécurité du Gala. Kid Omega s'accroche brièvement avec Iron Man qui atterrit sur l'île au lieu d'arriver via un portail de Krakoa avec une fleur. Domino et Wolverine surveillent la livraison de diamants logiques par les Shi'ar dont Christian Frost accuse la réception.


Le Fauve observe les invités et vérifie qu'ils sont parasités à leur insu par des implants végétaux importés de Terra Verde, ce qui lui permettra ensuite de surveiller tout le monde. Mais Emma Frost surprend ce manège et rejoint Sage au PC de sécurité.


Tandis que Wolverine et Domino doivent règler une intrusion à l'extérieur, Emma ordonne à Sage de neutraliser les implants végétaux. Mais elle n'y arrive pas car ceux-ci ont été piratés...
 

On finit (pour cette semaine) avec Hellions #12, écrit par Zeb Wells et dessiné par Stephen Segovia.


Les Hellions n'ont pas été invités à la fête à cause de leur passé criminel. Seuls Psylocke, Havok et Mr. Sinistre se rendent au gala. Psylocke confie la surveillance du groupe à Greycrow, ébloui par la robe de sa partenaire, mais amer d'être ostracisé.


Finalement, après avoir descendu une bouteille d'alcool, Greycrow décide de désobeir à Psylocke et entraîne Nanny, Orphan-Maker, Empath, et Wild Child au gala. Leur arrivée ne passe pas inaperçu et le Pr. X confie à Havok le soin de veiller à ce que son équipe ne fasse pas de bêtise.
 

Mais évidemment tout va rapidement dégénérer et Magneto avec l'aide de Magik doit congédier les agitateurs. Seul Havok, au bras de Polaris, échappe à l'exclusion. De retour dans leurs quartiers, les Hellions voient surgir de l'ombre un clone à l'air menaçant de Mr. Sinistre...

Après X of Swords, dont le format et le développement étaient déjà spéciaux (quitte à déconcerter et décevoir les lecteurs - même si, pour ma part, j'ai apprécié), le Hellfire Gala s'annonce déjà comme un nouvel event mutant atypique. En effet, pas de grandes batailles à l'horizon mais une grande fête organisée par Emma Frost sur l'île qu'elle a acquise auprès de Namor, par l'entremise de Magneto (dans Giant-Size X-Men : Magneto), où sont conviés les plus grands héros mais aussi des représentants de plusieurs pays (pas tous amis avec la Nation X) et de l'univers (Shi'ars en tête). L'objectif de ce gala : nouer de nouvelles relations mais aussi présenter la nouvelle équipe des X-Men, élue par la communauté de Krakoa, et qui incarnera les champions de la "mutanité".

C'est Gerry Duggan (le scénariste de Marauders, mais aussi Cable et le futur auteur de la nouvelle série X-Men) qui est aux commandes de l'event, même si Jonathan Hickman le supervise. Marvel a abondamment communiqué et plusieurs séries ont fait mention de cette sauterie depuis plusieurs mois maintenant - on peut même dire que tout a commencé dans Giant-Size X-Men : Magneto et X-Men #16.

Plusieurs dessinateurs ont, pour l'occasion designé les costumes de gala des mutants, déployant une imagination débridée pour créer des looks qui évoquent ouvertement le MET gala, mélange de défilé de mode et d'oeuvre de charité où les stars du cinéma, de la chanson, des médias se présentent dans des tenues extravagantes, avec l'ambition affichée d'en mettre plein la vue mais aussi d'abolir les distinctions de races et de genres.

Tout cela n'a évidemment pas manqué de faire grincer quelques dents et de provoquer des ricanements ou de la consternation de la part de lecteurs (quand il ne s'agissait pas tout simplement de gens qui ne suivent pas/plus les séries X depuis que Hickman les a relancées), au prétexte que c'était grotesque, out of character, et j'en passe. A ces gardiens du temple qui prétendent savoir comment doivent être écrits les X-Men, je répondrai simplement  qu'il leur suffit de passer leur chemin au lieu de se complaire dans les râleries. Il s'agit de toute façon des mêmes qui se plaignent que rien ne bouge dans les comics mainstream mais qui, dès que ça frémit, se plaignent encore plus bruyamment que ça change trop.

Le principe de Hellfire Gala repose sur le fait que l'action se déroule lors d'une unique soirée dont tous les aspects sont montrées dans douze épisodes sur onze séries et un numéro spécial. C'est une construction qui impose aux scénaristes une coordination parfaite car il ne s'agit pas de raconter autre chose que ce qui est prévu dans ce laps de temps. A en croire les trois premiers chapitres publiés cette semaine, le contrat est rempli, il n'y a pas d'écart, les épisodes se répondent, se complètent harmonieusement, ce qui n'exclut pas quelques moments savoureux ou surprenants et quelques intrigues secondaires.

Dans Marauders, Gerry Duggan se concentre sur l'accueil des invités. Emma Frost, Kitty Pryde et Sebastian Shaw reçoivent en première ligne. Tempo (future membre de l'équipe des Marauders) épingle une fleur de Krakoa pour permettre aux convives de passer les portails donnant accès à l'île de la Reine Blanche du Club des Damnés, comme c'est le cas des Avengers. D'autres arrivent par leurs propres moyens sur plance, comme les 4 Fantastiques, le Dr. Strange, le Dr. Fatalis (qui a accepté de faire le déplacement bon gré mal gré).

Le scénariste insiste sur les détails qui vont faire phosphorer les fans : que dit Reed Richards au Pr. X ? Que fait exactement là Fatalis ? Pourquoi avoir accepter que des ambassadeurs de pays hostiles aux mutants viennent ? Certaines réponses sont données ensuite, dans X-Force notamment, mais d'autres demeurent inconnues.  C'est malin et accrocheur.

Malheureusement, Matteo Lolli dessine tout ça sans grand talent. Comme à son habitude, il rend une copie trop sage, avec des personnages manquant de consistance, de distinction. Dommage vraiment que Stefano Caselli n'ait pas pu signer cet épisode d'ouverture, auquel il aurait donné sans mal beaucoup plus de cachet.

Dans X-Force, très logiquement, Benjamin Percy détaille le dispositif de sécurité mise au point pour l'événement. Wolverine et compagnie sont réquisitionnés pour garantir que la soirée ne souffrira d'aucun accroc. On apprécie déjà de voir que le scénariste éclaire un point laissé en suspens par Duggan dans Marauders avec l'ambassadeur Shi'ar venu remettre un colis à Emma Frost (il s'agit de diamants logiques, qui permettent de stocker des informations en quantité quasi-infinie mais aussi d'alimenter des éléments technologiques mutants, comme l'enregistrement des copies mentales de chaque mutant afin que, lors de leur résurrection, grâce à Cérébro, Charles Xavier puisse doter à nouveau les revenants de leurs esprits).

Mais le véritable intérêt de l'épisode réside encore une fois dans les manigances du Fauve qui a imaginé une utilisation très discutable de la végétation spéciale de Terra Verde. Il s'en sert ici comme d'implants qui parasitent les invités à leur insu pour qu'ensuite il puisse les surveiller, une fois qu'ils seront rentrés chez eux. Tout le monde est ciblé, y compris les super-héros sur place, donc les Avengers, les FF. Une gigantesque opération d'espionnage qui vient alourdir le casier déjà bien rempli de Hank McCoy dont Percy a fait un des mutants les plus objectivement abjects.

Sauf que Emma Frost veille et remarque la manoeuvre puis ordonne à Sage de neutraliser ces implants. Pas si simple... Et c'est sans compter sur un autre souci : Deadpool veut taper l'incruste et Wolverine et Domino doivent l'en empêcher (si on a déjà droit à une belle petite bagarre, Wolverine #13 dans trois semaines devrait développer cette partie).

Joshua Cassara est fidèle au poste et illustre l'épisode brillamment. Il ne s'économise pas sur les décors (la salle de réception remplie d'invités) ni sur la figuration. Cela a un coût : l'artiste est moins inspiré pour les tenues de circonstance de la X-Force, qui ressemblent à des tuxedos moulants pas très beaux. Mais bon, Cassara fait vraiment bien sa part du boulot, surtout après Lolli, donc on lui pardonne.

Enfin, Hellions offre une rupture de ton bienvenue. Comme c'était déjà le cas lors de X of Swords, les vilains petits canards de la Nation X occupent une place à part dans le déroulement de l'histoire. Il était évident qu'ils n'allaient pas être invités, en dehors de Mr. Sinistre (qui siège au conseil de Krakoa et qui n'adore rien tant que de parader dans les soirées mondaines), Havok (qui est le frère de Cyclope) et Psylocke (à qui on doit bien quelques égards après que Betsy Braddock ait investi son corps pendant des années).

Zeb Wells s'amuse (et nous amuse) beaucoup avec cet épisode très drôle et cruel où, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu. Le scénariste connait bien ses personnages, leur passé, et il exploite tout cela dans une collection de scènes qui renvoient aux relations des Hellions avec le reste des mutants : Wild Child jaloux de Daken au cou duquel se jette Aurora, Nanny qui pour se venger d'avoir été écartée de la fête suit Sinistre toute la soirée pour lui faire honte, Greycrow qui tente d'exprimer ses sentiments auprès de Psylocke (on le comprend, elle est vraiment sublime dans sa robe échancrée), Orphan-Maker qui veut à tout prix goûter aux cocktails et qui a la mauvaise idée de se fier aux conseils de Empath...

Mine de rien, on se prend d'affection pour ces personnages pourtant infréquentables, mise au ban d'une société qui prétend pourtant intégrer tous ses sujets mieux que lorsqu'ils essayaient de s'assimiler au reste de l'humanité. 

En prime, Stephen Segovia, qui n'a pourtant rien d'un artiste de génie, se lâche avec succès, animant cette équipe d'électrons libres en soulignant à quel point leur présence dérange les hôtes du gala et qui se font renvoyer chez eux sans ménagement quand tout dérape franchement.

Ces trois premiers chapitres sont un régal, diversement illustrés, mais tous bien écrits. Une bonne entrée en matière, à la structure habile et fertile en péripéties. A suivre la semaine prochaine avec Excalibur #21 et X-Men #21...

lundi 15 février 2021

X-FORCE #17, de Benjamin Percy et Joshua Cassara


Il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte et c'est donc la dernière critique de X-Force que je rédige. Je songeai depuis déjà un moment à abandonner cette série mais cette fois, c'est la bonne. Pourtant cet épisode m'a fait douter, à cause de son twist final et malin. Mais ce sera donc le premier titre X que je laisse tomber depuis la relance de la franchise.


Depuis qu'il est membre de la X-Force, Quentin Quire alias Kid Omega est celui qui est mort le plus souvent en mission. Et bien que les mutants puissent désormais ressuciter, il se demande quelle est la part de malchance ou de pulsion suicidaire dans tout ça.


Après avoir été envoyé sur un paquebot au large de Krakoa dont tous les passagers ont été mystérieusement tués - et lui avec - , Kid Omega veut des réponses et sa girlfriend, Pheobe Cuckoo est là pour l'aider à les trouver.


Ensemble, ils découvrent trois survivants du paquebot et sondent leurs esprits durant leur hospitalisation. Tous croient avoir été tués par des X-Men. Et l'un d'eux serait Quentin Quire lui-même. Kid Omega aurait-il commis l'irréparable sans s'en rendre compte, violant une des lois sacrées de Krakoa ?
 

Phoebe refuse de le croire et pense que Quentin refoule un traumatisme lié à son enfance car il a été adopté. Il faut qu'il opère sa mue et, pour cela, commencer par changer de look. Direction : la boutique de Jumbo Carnation...

Est-ce que je vous spoile ce fameux twist final ? Disons que qu'on découvre que Quentin Quire n'est littéralement pas le même que celui qu'on croit et que cela explique sa présence dans les deux derniers épisodes, alors qu'on l'avait vu capturé par Mikhail Rasputin et livré à l'organisation Xeno, qui désirait cloner ses immenses pouvoirs (rappelons que Kid Omega est, comme son surnom l'indique, un mutant de niveau oméga, donc un des plus puissants de sa communauté)...

Je dois admettre que ce coup de théâtre final est vraiment bien trouvé de la part de Benjamin Percy. D'autant plus que le scénariste ne le livre qu'à la toute dernière case de la dernière page de l'épisode, et ça suffit pour nous faire reconsidérer tout. C'est astucieux mais bien amené, totalement imprévisible. C'est un des des retournements dignes des films de M. Night Shyamalan, jubilatoires parce qu'on a été roulé dans la farine mais sans que ce soit vexant parce que rien, absolument rien ne permettait de le deviner. Une narration efficace tout simplement. Que je salue.

Mais si c'est épatant, ça ne saurait compenser le sentiment que m'inspire cette série depuis longtemps. J'ai lutté contre cette impression désagréable, mais je n'ai plus ce courage ni la patience maintenant. J'ai tenu 17 numéros, ce qui est bien. Et en fin de compte je préfère partir avant d'être plus mal à l'aise. Je n'aime ni perdre mon temps avec une série que je n'apprécie pas/plus, ni sombrer dans la critique acide pour le plaisir de casser.

Qu'est-ce qui ne me convient pas en fait ? Si je devais lister cela, je commencerai pas pointer le fait que Benjamin Percy ne montre aucune empathie pour ses héros. J'ai cette sensation, peut-être fausse, qu'il ne les aime pas beaucoup, ces mutants. Il y a une certaine honnêteté à exprimer le dégoût que lui inspirent visiblement ces agents de la CIA mutante et leurs missions, à montrer que leur boulot n'a rien de noble, qu'il expose la partie la plus trouble du renouveau de la nation X. C'est respectable et d'ailleurs partagé. Ce n'est en somme pas une BD aimable car ses héros ne font rien d'aimable.

En cernant cela, on cerne aussi ce qui cloche dans ce qui identifie X-Force. Avant Percy, d'autres scénaristes ont écrit cette émanation des X-Men de diverses manières. La plus intéressante et marquante reste sans doute celle d'Uncannay X-Force par Rick Remender où il exposait à la fois les basses oeuvres de l'équipe mais surtout ses conséquences sur ses membres : être une sorte d'espion-tueur laissait des traces profondes, traumatisantes, coûtait un prix exorbitant. Remender y allait franchement, parfois de façon très mélodramatique, brutale, mais c'était la qualité de son projet - et il l'avait prolongé dans Uncanny Avengers, sorte de suite hybride et plus ambitieuse, plus ample de UXF.

Avec le temps j'accorde de plus en plus d'intérêt à ce que j'appelle le propos d'une série. On peut très bien se contenter d'une série divertissante, ça n'a rien de péjoratif. Mais X-Force, quelle que soit la manière dont on l'écrit, n'a rien d'un divertissement : c'est le récit des aventures d'un groupe de mutants chargés de traquer, tuer, ce n'est pas léger. Et le statu quo actuel des mutants ne change rien à la donne - au contraire, il officialise la X-Force comme une agence de renseignements et de contre-espionnage, alors qu'auparavant c'était une équipe sur laquelle on fermait hypocritement les yeux. Dans le contexte actuel, la X-Force est approuvée par le Pr. X, le leader de la nation X.

Il faut alors, à mon sens, en faire quelque chose et établir une réflexion sur ce groupe, son programme, ses membres. Et cela Benjamin Percy s'en exonère. Le fait qu'aujourd'hui les mutants aient vaincu la mort et peuvent donc ressuciter est devenu chez le scénariste la matière à une collection de décès et de retours à la vie, quasiment comme un gag, et l'épisode de ce mois-ci entérine cela en revenant sur le sort de Kid Omega qui a connu la mort un nombre invraisemblable de fois - et j'insiste sur le "invraisemblable" car on parle d'un mutant de niveau oméga, donc qui ne devrait pas être si facile à tuer.

Percy suggère que Quentin Quire a peut-être des pulsions suicidaires, qui expliqueraient qu'il se fasse tuer si fréquemment. Cela trouverait se racines dans son enfance car c'est un enfant adopté, et aussi dans son caractère, volontiers fanfaron, prétentieux, qui dissimulerait une fragilité en écho à ses immenses pouvoirs. C'est pas mal pensé, même si c'est écrit au crayon gras, de la psychologie franchement pas subtile. Mais c'est aussi, surtout aussi vite avancé que peu creusé, car Percy a autre chose en tête. Son fameux twist final.

Tout comme on peut apprécier une BD comme étant un simple divertissement, on peut aussi distinguer deux formes de narration : character's driven ou story's driven. Percy est un adepte évident de la seconde. Pour lui, l'histoire importe plus que les personnages, qui sont des pantins interchangeables, ou du moins des héros recyclables à l'infini dans le cas des mutants. Qu'importe qu'ils se fassent tuer, même de la manière la plus grotesque, puisqu'on peut les ramener à la vie. Tout ça, au fond, semble un jeu, un jeu de massacre certes, mais un jeu. Pourquoi dès lors s'embarrasser à éprouver de l'empathie pour ces personnages ou donner envie au lecteur de les aimer ?

Cette façon de procéder tue tout propos de fond sur la série. Et cela se ressent dans les intrigues proposées jusqu'à présent : un enchaînement paresseux de menaces glauques, souvent végétales d'ailleurs, pas de réel méchant - l'organisation Xeno apparaît trop aléatoirement pour avoir une réelle consistance : elle voudrait être une entité dangereuse pour Krakoa, mais semble surtout une bande d'énièmes anti-mutants versée dans les manipulations génétiques ou les coups de forces. Si la X-Force était tout simplement mieux dirigée, ça ferait longtemps que Xeno ne représenterait plus rien. Et pour en revenir au propos, tout cela ne semble guère affecter les membres de la X-Force, en dehors de poussées de fièvre sporadiques, vite oubliées. Chez Percy, rien ne dure, tout doit avancer. Au détriment de l'émotion, du questionnement.

Ce qui interroge en revanche vraiment, c'est ce que fait le scénariste avec lesdits personnages, quand il en fait quelque chose de doncret. En 17 épisodes, il a fait de Hank McCoy, le Fauve, une ordure innommmable, insoupçonnable dans la refonte initiée par Hickman. Il a fait de Domino une mercenaire qui accepte qu'on lui lave le cerveau pour oublier ses pires souvenirs. Il a fait de Kid Omega un bouffon. De Forge un armurier peu scrupuleux. De Sage... Non, il n'a absolument rien fait de Sage, qui est un véritable fantôme. Wolverine reste le dur-à-cuire caricatural que détestent les fans de Cyclope. Et Jean Grey est partie, écoeurée comme nous par le comportement du Fauve, son impuissance à établir un soupçon d'éthique dans cette formation.

C'est pour cela que je pense que Percy n'a pas un grand amour, un grand respect pour ses héros : il sont tous écrits comme des archétypes risibles, ridicules. A côté de lui, Gerry Duggan est le roi de la nuance.  Je me demande ce qu'en pense Hickman, même si X-Force est de fait le titre le plus éloigné de son projet en termes d'écriture et de propos. Hickman, pourtant, est lui aussi plutôt un adepte de la narration dictée par l'histoire plus que par les personnages, mais quand il dérange le lecteur (avec des éléments comme le Crucible, les sièges occupés au conseil de Krakoa par des mutants abjects, le côté sectaire de la communauté, etc.), il le fait de manière plus inspirée, moins gadgetisée. Et surtout il le compense par de grands moments réservés à certains protagonistes (comme Apocalypse qui a été l'acteur principal du premier acte de la relance).

Je n'oublie pas Joshua Cassara, qui, grâce à la périodicité mensuelle des titres X, assure maintenant le dessin de X-Force plus régulièrement. Sa contribution à la série a souvent été remarquable, suivant scrupuleusement et puissamment les scripts. Sans lui, les délires de Percy n'auraient pas eu la même force. Mais Cassara, c'est aussi un artiste très inspiré par Jerome Opena, la finesse en moins, et qui pêche sur certains points dommageables : ses femmes n'ont rien de fôlichon, et il vieillit maladoitement Kid Omega, lui ôtant du même coup une partie essentielle de son charme de sale gosse. Son Wolverine est bon, bien que peu original. Et le Fauve sous son crayon ressemble parfois trop à une version creepy de Sullivan dans Monstres & Cie.

Je ne peux pas dire que je n'ai jamais pris de plaisir à lire X-Force version Dawn of X, la série à ses débuts m'impressionnait même. Puis elle a tourné en rond, et aujourd'hui elle tourne comme un disque rayé, lassante, stupide. Je la quitte sans regret. 

jeudi 21 janvier 2021

X-FORCE #16, de Benjamin Percy et Joshua Cassara


Ce nouvel épisode de X-Force est la suite directe du précédent. Benjamin Percy écrit ce qu'il fait de mieux (un récit d'action avec des personnages moralement ambigüs) mais aussi de pire (juste un récit d'action avec des personnages moralement ambigüs). Il se repose sur son dessinateur, Benjamin Cassara. Mais la vraie question, c'est : est-ce là tout de dont est capable cette série ? Et ce n'est pas la première fois que cette interrogation se pose...


Sur les rivages de Krakoa, Domino et Black Tom Cassidy éliminent les marins de l'USS Siege atteints par une infection provoquée par un résidu de l'île. Les deux mutants se demandent si leur refuge n'est pas malade.


Dans leur laboratoire, le Fauve et Cecilia Reyes prélèvent des échantillons sur un cadavre de l'USS Siege et confirment qu'il s'agit d'une cellule métastatique émanant de l'île. Cecila Reyes devine que le Fauve aimerait l'exploiter pour concevoir une arme. Mais elle le lui déconseille.


Pour remédier à cette infection, Sage rédige un rapport et envoie trois agents de la X-Force - Wolverine, Kid Omega et Forge - dans la fosse marine la plus proche pour détruire ce parasite. Wolverine arrive le premier vers l'épave de l'USS Siege lorsqu'un léviathan surgit des profondeurs.


Rejoints par Kid Omega et Forge, Wolverine voit d'autres monstres marins les encercler. Les trois agents de la X-Force s'apprêtent à attaquer lorsque Namor intervient et leur commande de regagner Krakoa et de le laisser s'occuper des abysses.

X-Force est sans doute une série avec du potentiel mais il semble que celui-ci soit condamné à n'être pas pleinement exploité. En effet, Benjamin Percy retombe dans les travers de la première "saison" du titre dans cet épisode qui clôt l'intrigue démarrée le mois dernier en livrant une histoire qui se lit facilement mais ne raconte rien.

Car que lit-on ? Tout indique que Krakoa produit des tumeurs (à cause de quoi ? Ce n'est pas dit...). Lorsqu'un morceau de l'île tombe dans l'océan, elle finit par contaminer l'équipage d'un sous-marin américain et transforme ses marins en zombies (ou quelque chose dans le genre). Ils s'échouent sur les rivages de Krakoa, surprenant Domino et Black Tom Cassidy. Ceux-ci font le ménage pendant que le Fauve et Cecilia Reyes autopsient un des marins et que Wolverine (bien que celui-ci a eu toujours peur de se noyer à cause du poids que lui donne son squelette métallique), Forge et Kid Omega (ai-je loupé quelque chose ? Il me semblait pourtant que Quire était prisonnier de Mikhail Rasputin et de l'organisation Xeno...) plongent dans une fosse marine pour détruire le parasite...

Les X-Men rencontrent Abyss : pourquoi pas, me direz-vous ? Mais c'est bien maigre quand même. Pour une série qui se présentait comme celle mettant en scène la CIA de la nation X, on est loin du compte. Les premiers épisodes avaient l'avantage de montrer réellement des agents de la X-Force aux prises avec l'organisation Xeno, leurs magouilles contre Krakoa. C'était déjà ça. Maintenant, on a droit à une espèce de partie de pêche pour détruire une branche pourrie de Krakoa mais le scénario ne se préoccupe guère de la maladie possible de l'île et des causes de sa tumeur (alors que, ça, ce serait bien plus intéressant).

Percy s'en fiche tellement ouvertement car aucun moment, même dans une data page, le conseil de Krakoa n'est mentionné et averti de la menace/maladie développée par Krakoa. Il y a  d'autres "détails" négligés étonnants : comme je l'écris plus haut, sauf erreur de ma part, la dernière fois qu'on a vu Kid Omega, il était en mauvaise posture, capturé par Mikhail Rasputin et remis à l'organisation Xeno qui comptait exploiter ses pouvoirs contre les mutants de Krakoa. Or, Quentin Quire est inexplicablement présent dans cette aventure. Percy se sert du personnage comme il l'a toujours fait, pour le moquer (lors d'une scène où Phoebe Cuckoo vient le voir avant qu'il ne plonge avec Wolverine et Forge (ce qui provoque les ricanements de ces derniers). Idem pour Wolverine qui n'a jamais aimé la plongée à cause de son squelette d'adamantium qui menace de le faire couler à pic mais qui, ici, n'hésite pas à aller au fond d'une fosse...

Et c'est mon autre problème avec Percy : tout indique qu'il n'aime pas ces personnages. Entre les multiples fois où il a tué Kid Omega, le comportement indigne qu'il a donné au Fauve (le voilà maintenant en train de cogiter à une arme biologique), la caractérisation de Black Tom Cassidy (qui a l'air d'avoir les neurones complètement grillés), l'humiliation infligée à Colossus, la démission de Jean Grey, le rôle fantomatique de Sage, rien n'échappe au mépris de Percy qui écrit son casting comme un ramassis de crétins ou d'ordures ou de lâches. Seule Domino semble lui inspirer un peu d'intérêt, sans qu'on comprenne vraiment ce qu'il lui trouve. C'est dérangeant, non pas parce qu'il est interdit de considérer effectivement la X-Force comme un groupe peu fréquentable, mais parce qu'il y a une forme d'entêtement à ne pas aller au-delà. Au contraire, Percy charge la barque, toujours plus. C'est pénible.

Je n'aime pas attendre quoi que ce soit d'une série, sauf quand elle se présente dans le cadre d'une mission précise. Et donc le compte n'y est pas. Une CIA mutante ne devrait pas faire ça, elle devrait traquer les ennemis de Krakoa, s'aventurer dans l'espionnage et de la réponse offensive, pas faire le ménage dans l'océan. Surtout pour se faire renvoyer dans les cordes par Namor (toujours aussi mal écrit, et apparaissant de manière trop providentielle pour être crédible). Là encore, si Inviter Namor dans l'histoire présageait de quelque chose, mais j'en doute (de toute façon, Jason Aaron s'accapare l'atlante dans un nouvel arc impossiblement con des Avengers).

X-Force bénéficie du talent de Joshua Cassara. Mais là encore, ça tourne en rond. Le dessinateur a un peu toujours la même chose à illustrer - des choses pas ragoutantes et organiques. Il le fait bien, et après tout il ne fait que suivre le script. Mais sait-il dessiner autre chose ? Son style rappelle beaucoup celui d'un autre artiste ayant brillé sur le titre, Jerome Opena, mais il y a un monde entre Cassara et son collègue car Opena est plus fin.

Esthétiquement et narrativement, X-Force tourne en rond et n'a aucun propos (en tout cas pas celui que suggérait son programme). C'est dommage car, encore une fois, il y a du potentiel. Mais la meilleure idée du monde ne décollera jamais si on s'en contente. Il faut en tirer la substantifique moëlle. Ce que ne fait pas (ne sait pas/ne veut pas) faire Percy.

vendredi 18 décembre 2020

X-FORCE #15, de Benjamin Percy et Joshua Cassara

 

Comme Marauders la semaine dernière, l'intrigue laissée en suspens de X-Force reprend ses droits. Benjamin Percy n'écrit pas une série aimable, elle montre toujours qu'il y a bien quelque chose de pourri au royaume de Krakoa, et ce nouvel épisode ne déroge pas à la règle. Cependant, c'est bigrement efficace, surtout quand Joshua Cassara est de retour au dessin.


Les attaques répétées des russes contre Krakoa et le récent vol de l'épée Cerebro par Mikhail Rasputin (qui a également enlevé Kid Omega) ont conduit le Fauve à exiger de Jean Grey à sonder télépathiquement Colossus. Il en ressort qu'il ne sait rien des plans de son frère.


Wolverine est encore plus furieux après le Fauve mais Colossus rejoint les côtes de Krakoa où des enfants mutants s'amusent. Il en sauve un d'une chute d'une falaise. De la paroi rocheuse s'est détachée une boule noire visqueuse qui finit dans l'océan où un cétacé l'avale.


Jean Grey prend congé de Wolverine et du Fauve à qui elle a demandé de s'excuser auprès de Colossus. Les deux hommes entrent dans la cellule de Omega Red qui a été scanné. Cet examen a permis de découvrir qu'il portait une bombe dans le thorax. Le Fauve veut en savoir plus et à son idée pour ça.


Le Fauve sollicite l'aide de Forge et celle des Cinq pour utiliser Omega Red comme agent double à son insu. Cependant, la matière noire ingérée par le cétacé a coûté la vie à l'équipage d'un navire qui s'échoue sur la côte de Krakoa devant Black Tom Cassidy et Domino...

Avant X of Swords, ceux qui lisent mes critiques sur X-Force le savent déjà, j'étais sur le point d'arrêter la série. Cependant, Benjamin Percy avait laissé son histoire en suspens à un moment crucial pour un des X-Men emblématiques, Colossus, et je voulais quand même savoir ce qui lui arriverait.

Percy est un auteur à part : il a la charge de la série la moins confortable et il s'en acquitte sans se cacher derrière son petit doigt. Il y va franchement, il y va fort. Le malaise est permanent. Et son traitement du personnage du Fauve résume son programme autant qu'il divise les fans (du héros et de la franchise). Sous sa plume, Hank McCoy est devenu l'incarnation des pires dérives de la Nation X, bien loin de l'image du bon copain à laquelle on l'associe. Est-ce justifié toutefois ?

Ce n'est pas Percy qui a fait du Fauve l'extrèmiste qu'il est devenu. Cela résulte d'une écriture du personnage plus ancienne et qui a vraiment démarré avec Mike Carey, me semble-t-il, durant la saga du Complexe du Messie. Dans cette histoire, le Fauve constatant qu'il n'y avait plus de nouveau-né mutant depuis le Jour-M (lorsque la Sorcière Rouge, dans House of M, a lancé un sort pour qu'il n'y ait plus de mutant) s'est alors mis en tête d'y remédier pour éviter une extinction de masse. Pour accomplir son projet, il n'a pas hésité à collaborer avec des individus peu recommandables.

Puis il y eut le Fauve écrit par Brian Michael Bendis dans All-New X-Men. Cette fois, après le meurtre du Pr. X par Cyclope (peut-être sous l'influence de la Force Phénix), il a remonté le temps pour aller chercher les premiers X-Men et le jeune Cyclope dans l'espoir que celui-ci raisonnerait sa version adulte.

Et aujourd'hui, donc, le Fauve fait partie de la X-Force, cette C.I.A. de Krakoa, un job qu'il remplit avec beaucoup de zèle, au point récemment d'arrêter Colossus pour l'interroger car il est russe et frère de Mikhail Rasputin, responsable du vol de l'épée Cerebro et de l'enlèvement de Kid Omega. Cette arrestation a tourné à l'humiliation publique puisque Hank McCoy avait invité les mutants de l'île à assister à son transfert jusqu'à la salle d'interrogatoire - une manoeuvre qui a fait sortir de ses gonds Wolverine et dégoûté Jean Grey (déjà démissionnaire de la X-Force).

Comme je le résume plus hauit, cela n'aura servi à rien : Colossus est (évidemment) innocent. Reste à s'occuper de Omega Red, considéré comme une menace par Wolverine, car associé aux vampires pour espionner Krakoa, voire tuer ses dirigeants. Wolverine préfèrerait le tuer, quitte à ce qu'il soit ressucité ensuite mais le cerveau lavé. Le Fauve a d'autres plans, pas idiots d'ailleurs, mais soulignant encore davantage sa nature manipulatrice. Cela aboutit à une data page avec des courriers échangés entre le Fauve, les Cinq et le Conseil de Krakoa, dont il ressort que Charles Xavier donne toute autorité en matière défense à la X-Force, et donc au Fauve.

Entre temps, Colossus a rejoint des enfants mutants. Cela va provoquer une réaction en chaîne aboutissant à un phénomène spectaculaire mais qui n'est pas sans rapport avec ce qui concerne le Fauve. Quand je paraphrasais Hamlet en écrivant qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume de Krakoa, on a l'illustration litttérale puisqu'un échantillon de l'île sera la cause d'une catastrophe spectaculaire en quelques pages. 

Ce qu'on peut observer, globalement, et qui paraît être la tendance pour cette deuxième "saison" de la franchise "X", c'est que tout paraît se désagréger, lentement mais sûrement. Krakoa entre dans une crise qui va certainement se répandre dans toutes les séries. La belle utopie est-elle en train de dégringoler, de s'auto-détruire ? Il semble en tout cas que les choses vont beaucoup bouger. Percy le traduit très bien et avec le cliffhanger de cet épisode, il pique notre intérêt.

Cette réussite, on la doit aussi à la contribution au dessin de Joshua Cassara. Comme Juann Cabal avec Guardians of the Galaxy, l'artiste donne son vrai visage, sa vraie dimension à la série. Quand il est absent, ce n'est plus du tout la même chose. Il restitue à merveille l'aspect délétère des relations entre les protagonistes, l'ambiance crapoteuse et viciée, le cadre en pleine décrépitude des coulisses de Krakoa.

Cassara, en outre, anime les personnages à la perfection. Il tient son casting : son Wolverine est un type qui ne transige pas avec les principes, le Fauve est un stratège radical et désagréable. Mais il donne aussi une dignité triste et poignante à Colossus, dont le statut pourrait bien changer de façon importante dans l'avenir. Cassara glisse aussi de l'humour dans ses images comme lorsqu'il représente Black Tom Cassidy sur la plage avec Domino, et cela donne alors encore plus de force à l'horreur qui suit.

Enfin, si j'oublie souvent de le faire, il faut saluer la colorisation du studio Guru-FX, qui assure impeccablement son rôle et contribue lui aussi à rendre X-Force visuellement très puissante (ce n'était pas évident après le départ de Dean White qui a défini la palette de la série).

Me voilà à nouveau engagé dans la série, qui, même si elle n'est pas des plus sympathiques et confortables, dispose d'indéniables atouts et ne mérite assurément pas qu'on l'abandonne.

jeudi 19 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 17-18-19 : X-FORCE #14 - HELLIONS #6 - CABLE #6, de Benjamin Percy et Joshua Cassara ; Zeb Wells et Carmen Carnero ; Gerry Duggan et Phil Noto


Avec trois numéros au programme de sa pénultième semaine de publication, X of Swords rue plus que jamais dans les brancards. Au risque de complètement larguer une partie de ses lecteurs, qui se plaindront de ne pas avoir eu ce qu'ils attendaient. Mais, en vérité, ce crossover ne joue-t-il pas sur l'absurdité même de l'exercice ? 


Les épreuves du tournoi s'enchaînent sans répit pour les champions de Krakoa et Arakko - qui mènent largement. Saturnyne s'amuse visiblement à les entraîner dans des matchs de plus en plus vides de sens, où parfois deux membres d'une même équipe doivent s'affronter.


Néanmoins, des pertes sont à déplorer : après Captain Britain, c'est l'Invocateur qui a trépassé. En sera-t-il de même pour Tornade qui est une nouvelle fois invitée à danser avec Mort ?


Les Hellions menés par M. Sinistre pour subtiliser les armes des champions d'Arakko traversent le territoire conquis et désolé de Dryador, mal en point. Ils croisent Tarn l'indifférent à qui Sinistre prélèvent des échantillons, provoquant ainsi sa colère.



La bataille qui s'ensuit en laisse beaucoup sur le carreau mais Psylocke réussit à rapatrier Havok, Greycrow et Empath dans le royaume d'Avalon. Empath contraint les prêtresses de Saturnyne de les laisser rejoindre Krakoa.


Revenus chez eux, les Hellions sont pourtant piègés par un des leurs et froidement exécutés par ce traître...


M. Sinistre se présente devant le Conseil de Krakoa avec de mauvaises nouvelles : il prévient ses pairs que les arakki dominent le tournoi et vont envahir leur île sous peu. Cable, défait par Bei la Lune Sanglante, avertit, lui, ses parents de la déroute, confirmant le présage de Sinistre.


Les jeux semblent être faits et Cyclope est accablé. Mais Jean Grey le réconforte et le convainc de réagir en préparant une riposte à l'invasion. L'ultime duel dans l'Outremonde se présente...



Le tableau ci-dessus détaille les matchs et les points gagnés au cours de leur déroulement. Mais plus que ça, il raconte autre chose, qui a à voir avec l'essence même de X of Swords et qui, je crois, en révèle le véritable sens.

Quand il reprend en main la franchise "X", Jonathan Hickman procède à un relaunch radical via les deux mini-séries House of X - Powers of X, au coeur duquel on trouve le personnage de Moira McTaggert dont il fait une mutante capable de ressuciter en conservant la mémoire de ses vies passées. Elle met ses connaissances au profit de la cause mutante pour tenter d'éviter son extinction par les machines (Sentinelles, Nemrod, Phalanx). Cela aboutit à l'établissement d'une nation mutante sur l'île de Krakoa et sa reconnaissance par l'ONU, mais aussi à l'instauration d'une société sur cette île avec des codes spéciaux et des atouts vertigineux (dont celui, crucial, de la résurrection).

Si l'entreprise de Hickman se solde par un succès critique et commercial, elle divise les fans qui reproche à l'architecte le fait d'avoir fait de Moira une mutante et de Krakoa une société proche d'une secte. Ces mêmes fans critiquaient souvent avec la même fougue le fait que depuis des années (des décennies) la franchise "X" manquait de direction, ne brillant que par intermittence, au gré de l'inspiration d'un scénariste qui sortait du lot.

Un an après HoX - PoX, la perspective d'un crossover massif, courant sur 22 épisodes, faisait peur. N'était-ce pas trop tôt ? Et trop gros ? Et pour les plus confiants, cela allait-il bouleverser vraiment le statu quo ? Ou créer de la confusion ?

Dans son premier acte (sur les 11 premiers épisodes), X of Swords a paru jouer la montre en même temps qu'il préparait un second acte convenu, à base de duels entre champions de Krakoa et d'Arakko, sur fond de quêtes d'épées. Et puis tout a basculé - ou dérapé, selon l'humeur.

En guise de duels, on a eu droit à des affrontements souvent expéditifs et au dénouement surprenant, à la logique absurde, dans des cadres chaotiques, avec un comptage des points sidérant. Il devenait clair que ce tournoi ne prenait pas un tour logique, qu'il était manipulé par Saturnyne, à la fois l'instigatrice et l'arbitre de l'événement. Dans quel but ? Mystère. Mais c'était justement cela qui rendait l'ensemble passionnant. Ou rebutant.

La lecture de X-Force #14, qui ouvre les hostilités de cette semaine, renforce cette impression avec une cascade d'épreuves de plus en plus non-sensiques, où parfois des champions de la même équipe sont engagés l'un contre l'autre ou alors où on assiste à des matchs idiots, aberrants, où les participants ne se servent pas de leurs épées mais se trouvent à danser, faire des puzzles, et autres activités incongrues.

Benjamin Percy mène son affaire à toute allure et Joshua Cassara produit des planches déchaînées qui témoignent du maelström dans laquelle sont aspirés les champions. Tout cela les dépasse et ils jouent quand même chaque partie avec abnégation, convaincus qu'ils peuvent sauver Krakoa ou emmener Arakko à la victoire. Ce n'est qu'à la toute fin de l'épisode qu'on a droit à un vrai combat, entre Tornade et Mort, pour une nouvelle danse envoûtante et féroce, dont la déesse mutante sort gagnante grâce à sa pugnacité et son ingéniosité - elle est littéralement plus forte que la Mort.

Le retour des Hellions (pour leur 6ème épisode et leur deuxième apparition dans la saga) augure d'un changement de registre - un de plus. Il y a de la casse et Zeb Wells va lui aussi jusqu'au bout de l'idée en donnant à ses héros leur rôle de commando-suicide. Plusieurs restent sur le carreau dans l'Outremonde, donc il est suggéré qu'ils ne seront pas ressucités et que la composition de l'équipe dans la série une fois la saga terminée pourrait être bouleversée. 

Si le ton reste encore humoristique dans ce titre, la noirceur l'emporte et la violence, sèche, domine. Le final de l'épisode est même glaçant, confirmant que Sinistre a son propre agenda et profite du chaos pour duper tout le monde - même si ensuite il prévient le Conseil de Krakoa que l'issue du tournoi préfigure un danger plus grand. Carmen Carnero livre des planches excellentes, dommage qu'elle ne reste pas sur la série (elle aurait pu me convaincre de continuer à la lire).

X of Swords a transformé les séries en véhicule d'une intrigue globale. Pourtant, Cable #6 est un peu épargné puisque le personnage-titre est bien présent, mais tout de même davantage comme spectateur que comme acteur - il subit une défaite humiliante (et Cypher lui épargne un sort plus funeste encore). En fait les jeux sont faits, depuis longtemps. Gerry Duggan abandonne tout ironie pour mettre en scène la fin de Gorgone de manière cruelle et poignante (alors qu'il s'agissait pourtant d'un personnage cher à Hickman) et si les dessins de Phil Noto manquent un peu d'énergie, le lecteur ressentira bien l'inéluctabilité de l'affaire. Contre toute attente, les X-Men ont été totalement submergés par les Arakki. Ce crossover aura été une longue descente aux enfers pour les héros.

Et finalement, si ça avait été ça, le vrai projet de cette saga ? Dans les events, que nous raconte-t-on d'habitude ? On suit des héros compromis dans une situation explosive puis se ressaisissant in extremis face à l'ennemi pour l'emporter au finish. Tout ça à grand renfort d'explosions, de bagarres et de grand spectacle. Raté ou réussi, un event n'est jamais souvent que ça.

Mais situez l'histoire dans un environnement fou, avec des règles faussées dès le départ, face à des adversaires objectivement supérieurs, et observezle résultat. Il ressemblera à celui de X of Swords, un tournoi des champions parfaitement absurde, où les héros n'ont aucune chance et où le lecteur est confronté à ses envies et ses frustrations par des auteurs qui veulent d'abord démontrer la stupidité de l'ensemble, comme on démonte un mécano patiemment assemblé mais fragile parce qu'usé.

C'est ainsi, en tout cas, pour ma part, que je considère ce crossover obèse et délirant : comme une leçon de narration, certes parfois pas très subtile ni assez concise, sur les codes mêmes des events, ces blockbusters gavés par les editors pour conquérir un maximum de fans avides de sensations fortes. Comme Arakko rêve de conquérir Krakoa - plus par avidité et rancune que par nécessité. Et au terme de duels idiots mais avec des personnages qui ne connaissent au fond que le plaisir abrutissant de se battre, même selon des règles ineptes.

Ce que Hickman, Duggan Howard, Percy, Wells ont fait avec X of Swords, c'est une déconstruction des events. Ils en montrent les rouages, pour mieux en pointer les mécanismes usés, périmés. Ils l'étirent jusqu'à le déchirer pour prouver que cela a trop duré. Ils animent ses acteurs comme des marionnettes dans un théâtre artificiel. Ils déjouent nos attentes pour en souligner la vacuité.

Il se pourrait bien que tout cela ne laisse pas que des traces parmi les rangs des X-Men. Sans doute des fans vont en vouloir aux auteurs de leur avoir mis le nez sur la grossiéreté de ce genre d'entreprises et donc de leur avoir prouvé qu'ils réclament des histoires insensées. Les lecteurs de comics ont peu d'humour et encore moins le sens de la dérision (il suffit pour s'en convaincre de lire les réactions outrées des fans de Zack Snyder quand on ose critiquer le futur nouveau montage de Justice League, pour lequel il a dépensé une fortune alors que dans le même temps Warner licencie à tout-va).

Mais on peut aussi choisir d'être lucides et adultes en considérant que toute déconstruction n'aboutit pas une destruction : elle peut aussi redonner un élan salvateur à un genre, à un exercice, comme HoX - PoX a su redonner une colonne vertébrale aux mutants il y a un an. C'est un remède de cheval, je vous l'accorde, mais c'est mieux qu'un pansement sur une jambe de bois. Ou des lamentations sans écho.

Suite et fin la semaine prochaine. Tenez-vous prêts : tout est vraiment possible !