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mardi 21 mars 2023

BLACK MAGICK, VOLUME 1 : AWAKENING, de Greg Rucka et Nicola Scott


Avant d'attaquer une nouvelle semaine de sorties inédites, revenons ce mardi sur la série Black Magick créée par Greg Rucka (scénario) et Nicola Scott (dessin), publiée depuis 2016 par Image Comics. Ce polar teinté d'ésotérisme est du pur Rucka, avec son héroïne brune et forte tête, prise dans une intrigue tortueuse à souhait, dans un cadre urbain. Mais c'est aussi une oeuvre visuellement splendide grâce au travail prodigieux de Nicola Scott.


Portsmouth, New Hampshire. La détective Rowan Black assiste, dans la forêt, à une réunion de sorcières lorsqu'elle est appelée sur la scène d'une prise d'otages en ville. Le preneur d'otages réclame de lui parler à elle et elle seule. Elle entre dans le fast-food où il s'est retranchée et il s'assure qu'elle ne porte pas de micro avant de relâcher ses prisonniers. Désemparé, il s'apprête à brûler vive Rowan mais elle lance un sort pour que c'est lui qui périsse dans les flammes.


Le lendemain, Rowan et son co-équipier Chaffey sont appelés sur les docks où a été repêché le cadavre du violeur et tueur de Sarah Belles, Bruce Dunridge, et dont la main gauche a été tranchée. Rowan parle de ces deux affaires à son amie, également sorcière, Alex, convaincue qu'une attaque d'envergure se prépare contre leur clan. Elle n'a pas tort puisque, loin de là, l'organisation du Marteau découvre les faits et envoie un de ses agents, Stepan Hahn, enquêter...


Il n'est pas difficile de reconnaître un comic-book écrit par Greg Rucka : le scénariste a une préférence affichée et assumée pour les héroïnes, toutes les mêmes - brunes, fortes têtes, mais aussi avec une prédilection à se fourrer dans des histoires impossibles dont elles ne ressortent pas indemnes, si ce n'est physiquement en tout cas mentalement.


Bien entendu, l'héroïne la plus célèbre sur laquelle Rucka s'est exercé est Wonder Woman mais il a toujours connu des difficultés à composer avec les pesanteurs éditoriales de DC qui veille sur son icone comme le lait sur le feu. Et le scénariste a souvent claqué la porte de l'éditeur en pestant contre son ingérence... Avant de fréquemment revenir pour s'occuper des destinées d'autres femmes à fort caractère (Renee Montoya, Batwoman...).


La carrière, fournie, de Rucka passe aussi par des creator-owned dont celui qui nous intéresse aujourd'hui : Black Magick. On n'est donc pas étonné une seconde de le voir animer une détective de la police de Portsmouth, New Hampshire, qui s'appelle Rowan Black, qui est brune, qui a un fort tempérament et se trouve très vite impliquée dans une affaire tortueuse.

La nouveauté ici, c'est que Rucka ajoute au polar une bonne dose d'occultisme puisque Rowan Black fait partie d'un clan de sorcières, qu'on découvre dès les premières pages du premier épisode, en train de procéder à un cérémonial étrange dans une forêt. Comme Black Magick est publiée en indépendant, chez Image, la censure est absente et on voit donc des corps nus frontalement, y compris masculins, avant d'assister, quelques pages plus loin à une scène d'immolation par le feu très réaliste.

Cette liberté de ton autorise Rucka en principe à aller très loin. Mais, contre toute attente, il n'abuse pas de ce genre de moments, ce qui a pour effet de les rendre encore plus mémorables et choquants, mais surtout imprévisibles. C'est bien joué.

L'intrigue est accrocheuse même si on sent bien que l'auteur en garde sous le pied, et que les cinq premiers épisodes qui composent ce premier tome ne sont qu'une entrée en matière pour un récit plus ambitieux. A ce jour, pourtant, Black Magick ne compte que 16 épisodes car sa réalisation a été régulièrement interrompue par les autres travaux de Rucka et surtout de la dessinatrice Nicola Scott - et ce n'est pas près de reprendre.

Car Nicola Scott, comme on le sait depuis peu, prolonge son bail chez DC, après avoir signé un épisode (king-size) de la mini-série Wonder Woman Historia, va soutenir Tom Taylor sur la relance de la série Titans, initiée dans les pages de Nightwing.

Nicola Scott est un excellente dessinatrice, tant qu'on ne lui colle pas un encreur qui affadit son trait, et de ce point de vue, Black Magick est son oeuvre la plus aboutie, la plus impressionnante. Elle y travaille en noir et blanc avec des rehauts de gris au lavis. La coloriste Chiara Arena ajoute quelque touches de couleurs chaque fois que des manifestations magiques interviennent dans le récit, mais de manière parcimonieuse.

Les planches de Scott sont un régal pour les yeux et la minutie avec lesquelles elle les compose est bluffante. Les décors sont détaillés, les angles de vue toujours frappants, l'expressivité des personnages, leur gestuelle étudiées. C'est non seulement très beau mais il s'en dégage une ambiance envoûtante, immersive, comme on en rencontre rarement. On est très loin de ce que l'artiste produit par ailleurs pour des comics mainstream où les délais ne lui permettent pas de telles licences.

Evidemment, pour Rucka (qui n'est déjà pas connu pour être très ponctuel pour livrer ses scripts) comme pour Scott, on sent bien que Black Magick est quelque chose d'à part, et comme visiblement ce n'est pas non plus un énorme carton question ventes, ils ne s'y consacrent que lorsqu'ils ont vraiment du temps. Il faudra donc être patient pour lire de nouveaux épisodes et encore plus pour connaître la fin de l'histoire. Mais ça en vaut la peine, si vous aimez en particulier les brunes tourmentées, le polar, et la sorcellerie.

(Quant à moi, je tâcherai de rédiger la critique du tome 2 dans pas trop longtemps, mais ça va être une semaine chargée, donc patience.)

samedi 1 juin 2019

SUPERMAN : LEVIATHAN RISING SPECIAL #1, de Brian Michael Bendis, Greg Rucka, Matt Fraction, Marc Andreyko et Yanick Paquette, Mike Perkins, Steve Lieber, Eduardo Pansica


Ce copieux fascicule de 80 pages représente la dernière étape avant le commencement de la parution de l'Event Leviathan le mois prochain. Brian Michael Bendis avec Greg Rucka, Matt Fraction et Marc Andreyko préparent le terrain pour ce qui promet de bouleverser le DCU. Accompagnés d'artistes solides (Yanick Paquette, Mike Perkins, Steve Lieber et Eduardo Pansica), les auteurs n'entendent pas tout dévoiler cependant, juste nous mettre l'eau à la bouche. Et présenter de nouvelles séries.


- Clark Kent kidnapped ! (Ecrit par Brian Michael Bendis, dessiné par Yanick Paquette.) - Ms. Leone, la patronne de la "mafia invisible" de Metropolis, est abordée dans une librairie par Leviathan qui est impressionnée parla manière dont elle a réussi à déjouer la surveillance e Superman et souhaite ses conseils. Elle le met spécialement en garde contre Lois Lane. Celle-ci reçoit la visite de Superman à Chicago alors qu'il vient de détecter la présence d'un commando dans leur appartement à Metropolis. Il décide de se laisser kidnapper pour en savoir plus. C'est ainsi qu'il est fait prisonnier par Talia Al Ghul qui souhaite que Clark lui présente Superman...
  

- Lois Lane (Ecrit par Greg Rucka, dessiné par Mike Perkins.) - A l'hôtel Drake de Chicago, le soir venu, Lois Lane s'inquiète de ne pas voir revenir Clark Kent. Elle se rend à Metropolis et trouve leur appartement désert. Lois décide d'appeler du renfort : Batman puis Wonder Woman arrivent et alerte la Justice Ligue. Mais Lois n'a pas le temps de leur préciser qu'il s'agit de Clark et non de Superman.


- Jimmy Olsen (Ecrit par Matt Fraction, dessiné par Steve Lieber.) - En tournée promotionnelle pour la sortie de son livre, Jimmy Olsen se réveille à Gorilla City en compagnie de Jix. La soirée de la veille a été bien arrosée puisqu'ils se sont mariés. Mais la jeune femme est une voleuse inter-dimensionnelle pressée de fuir. Elle laisse à Jimmy son chat, particulièrement agressif. Le reporter, délesté de son argent et de son passeport, doit quitter Gorilla City et rejoindre Lois Lane par ses propres moyens.


- Supergirl (Ecrit par Marc Andreyko, dessiné par Eduardo Pansica.) - Supergirl enquête sur la destruction du siège du D.E.O. survenu trois mois plus tôt. Deux de ses amis, Eliza et Jeremiah, faisaient partie de cette agence. Lui souhaite vite reprendre du service, elle n'en peut plus des magouilles du service. Elle est retrouvée par le destructeur de Leviathan mais a laissé un message pour Supergirl dénonçant cette organisation.


- Action Comics (Ecrit par Brian Michael Bendis, dessiné par Yanick Paquette.) - Leviathan libère Clark Kent et embarque Talia Al Ghul. Mais elle refuse l'alliance qu'il lui propose. Sauvé in extremis par Superman, que viennent de libérer Firestorm, Lois Lane et Jimmy Olsen, elle préfère la prison à la collaboration. A Metropolis, Ms. Leone, de retour de sa rencontre avec Leviathan, explique comment elle va éliminer ce dernier.

On ferme cette revue en étant d'abord un peu surpris que certains personnages annoncés au premier plan pour le futur Event Leviathan soient absents - je pense à Batman, Manhunter (qui ne font que de brèves apparitions) mais surtout Batgirl, Green Arrow, la Question, ou Plastic Man. Puis le point de vue choisi se révèle, avec pertinence.

Depuis qu'il écrit les aventures de Superman dans ses deux séries, Brian Michael Bendis a pensé le personnage comme le pivot de l'univers DC, non seulement le héros potentiellement le plus puissant mais surtout un compas moral et une sorte de vigie, les yeux et les oreilles de la justice. L'illustration est particulièrement frappante dans Action Comics où la saga du Leviathan a été développée : à Metropolis, une mafia invisible oeuvre avec des précautions extrèmes pour ne jamais été remarquée de l'homme d'acier, et ce, depuis des décennies.

Si on applique ce procédé plus largement, alors il est possible qu'une conspiration puisse se mettre en place à l'insu de Superman. C'est ainsi que le Leviathan a grandi. Mais est-ce un vilain classique ? Une menace ? Ou une sorte de révolution ? Dans le numéro 1 de Year of the Villain, le segment concernant Leviathan suggérait, par la voix même de ce personnage, que ses manoeuvres (éliminer physiquement les organisations gouvernementales et terroristes) étaient plus ambivalentes. Batgirl apprenait que le maître d'oeuvre était certain qu'une fois son projet connu, les héros s'y rallieraient.

Superman : Leviathan Rising Special permet donc de considérer cette situation à travers quatre points de vue, comme autant de prologues mais aussi de teasers pour les séries Action Comics et Supergirl ou les futures maxi-séries Lois Lane et Jimmy Olsen (qui démarreront en Juillet).

La part la plus importante est bien entendue dévolue à Bendis avec Yanick Paquette au dessin : Clark Kent se laisse kidnapper et tombe entre les mains de Talia Al Ghul qui veut rencontrer grâce à lui Superman. La fille de Ra's est aux abois : son organisation, Leviathan, lui est ravie par l'individu du même nom, elle a donc besoin du plus puissant des alliés. En parralèle, Ms. Leone, la tête de la mafia invisible de Metropolis, rencontre justement Leviathan, impressionné par la façon dont elle a su mystifier l'homme d'acier.

Les deux chapitres ouvrent et ferment ce numéro, donnant le ton à un jeu de dupes : Talia préférera la prison à la collaboration avec Superman finalement, et Ms. Leone est certaine de pouvoir doubler Leviathan (qui en cachant son identité révèle sa faiblesse). Bendis souligne surtout que Lois Lane est crainte par Ms. Leone et le scénariste insiste sur ce point depuis plusieurs mois, au point qu'elle n'est même pas impressionnée par Batman (ce qui correspond aussi à la manière dont Tom King l'a mise en scène dans Batman). Surtout, entre Talia, Ms. Leone, Red Cloud, Leviathan, Superman paraît soudain vraiment dépassé parce que cette histoire est inhabituelle pour lui : c'est une autre marque déposée de Bendis depuis qu'il anime le personnage que de lui donner de vrais adversaires, capables de le dominer (physiquement comme Rogol Zaar, ou intellectuellement).

De retour chez DC (avec lequel il entretient des rapports compliqués depuis longtemps), Greg Rucka profite de quelques pages pour écrire Lois Lane à laquelle il va donc consacrer une maxi-série en douze épisodes à partir de Juillet. Le projet est évident tant Rucka aime ce genre de femmes (brune, intelligente, avec un caractère bien trempé). Avec Mike Perkins, il bénéficie d'un artisteau style réaliste et sombre parfait, même si leur segment est frustrant (et, c'est le comble, montre Lois obligée de sen remettre à la Justice League).

En revanche, la vraie surprise du chef revient au chapitre consacré à Jimmy Olsen puisque c'est Matt Fraction qui écrit et Steve Lieber qui dessine. L'intention du duo est de renouer franchement avec les aventures les plus délirantes du jeune reporter du "Daily Planet" et le ton est résolument à la comédie, avec voleuse inter-dimensionnelle, chat dément, gorilles et j'en passe. Impossible de ne pas éclater de rire et la maxi-série qui débutera le 17 Juillet prochain promet énormément. C'est totalement décalée par rapport à l'Event Leviathan, mais réjouissant.

On retombe dans du plus classique avec Supergirl, par Marc Andreyko et Eduardo Pansica (le combo aux commandes de la série de la kryptonienne). L'implication de Kara Zor-El  surprend un peu, mais s'explique par sa relation avec deux agents du DEO. Surtout on remarque que la cousine de Superman 1/ revient sur Terre après ses pérégrinations spatiales et 2/ est surveillée par Manhunter (en fuite après les événements de Action Comics #1011). Pansica n'est pas au meilleur de sa forme, et Andreyko se contente du strict minimum : c'est le segment le moins inspiré du lot.

ll n'empêche, la saga qui s'annonce est alléchante, avec son climat conspirationniste, son vilain qui n'en est pas vraiment un et dont l'identité reste un vrai mystère, les héros en première ligne.  Un an pile après son arrivée tonitruante chez DC, Bendis a toutes les cartes en mains pour frapper un grand coup (d'autant que son histoire s'inscrit dans un programme plus vaste d'histoires où les bad guys ont de grands projets - Bane dans Batman, Luthor dans Justice League). Cela faisait bien longtemps qu'un event ne m'avait pas autant titillé.   

mercredi 27 décembre 2017

DC HOLIDAY SPECIAL 2017


C'est une tradition chez DC Comics : chaque fin d'année, l'éditeur publie un numéro pour célébrer l'esprit de Noël dans un fascicule regroupant leurs héros emblématiques écrits et dessinés par des auteurs et artistes en vue. Je n'ai pas eu toujours l'occasion de les lire mais le cru 2017 est particulièrement accrocheur avec un casting de première classe.


- The Reminder (Part 1) (Jeff Lemire & Guiseppe Camuncoli). Un barman reproche à John Constantine, le chasseur de démons, de voir toujours l'avenir en noir et menace de le mettre à la porte s'il continue de miner le moral de sa clientèle. Puis servant Clark Kent, qui doute aussi du futur, il entreprend de lui raconter quelques histoires susceptibles de lui redonner foi...

On commence par ce prologue malicieux où Jeff Lemire (de retour chez DC après un séjour en demi-teinte chez Marvel) teste les limites du cynisme de John Constantine (héros de la série Hellblazer) et de l'idéalisme de Superman. Une manière habile de présenter le programme qui va suivre, joliment mis en images par Guiseppe Camuncoli, qui a, lui aussi, quitté Marvel (où il oeuvrait sur Amazing Spider-Man) cette année.


 - Batman : Twas the night before Christmas (Denny O'Neil & Steve Epting). Conduit par Alfred Pennyworth, son majordome, Batman va délivrer le couple Brandon séquestré par Fritzy dans leur résidence de Mount Hawley. Le jeune homme agit ainsi parce qu'enfant, lui et sa défunte grand-mère s'étaient vus refuser l'hospitalité par les parents Brandon la veille de Noël et aujourd'hui l'esprit de la défunte réclame vengeance.

Le vétéran Denny O'Neil fait équipe avec un de ses plus grands fans, l'excellent Steve Epting (qui avait signé il y a quelques mois le premier arc de la nouvelle série Batwoman) et les promesses de cette collaboration inédite sont superbement tenues. Un zeste de fantastique, une ambiance tendue, le poids d'un passé douloureux, tout est là : on est comblé. Le scénario est d'une fluidité impeccable, les dessins magnifiques (avec une colorisation parfaite de Dave McCaig).


- Green Arrow & Black Canary : You better think twice (Mairghread Scott & Phil Hester). Green Arrow convainc Black Canary de se déguiser en Père et Mère Noël pour apporter des cadeaux à des orphelins. En route, ils surprennent le braquage d'un fourgon et arrêtent les voleurs mais la bagarre a raison de leurs accoutrements, quoique cela ne fasse aucune importance pour les enfants.

Le couple le plus volcanique de DC Comics nous entraîne, sous les plumes de Mairghread Scott (une découverte) et du toujours fringant Phil Hester, dans une aventure amusante et tonique. Le caractère bien trempé des deux héros dynamise un récit classique à la morale touchante sans être mièvre. Léger mais avec du swing.


- Sgt. Rock : Going down easy ! (Tom King & Francisco Francavilla). Le Sergent Rock se rappelle comment un de ses soldats de la "Easy Company", Hammerman, captura un officier allemand avant qu'un obus n'explose près d'eux. Bien que blessé par un éclat de shrapnel, Hammerman garda huit nuit d'affilée son prisonnier sous la menace de son fusil, attendant des renforts, avec confiance, motivé par la fierté pour un juif comme lui d'avoir eu un nazi.

Quand, il y a quelques semaines, Tom King avait annoncé avoir "pitché" à DC Comics une histoire du Sergent Rock (immortalisé pendant longtemps par le légendaire Joe Kubert), bien des dessinateurs s'étaient portés candidats pour participer au projet. Avant peut-être de voir plus grand, le scénariste de Mister Miracle a produit cette nouvelle avec Francesco Francavilla, une histoire dramatique (la plus noire du lot) mais poignante, où le découpage en "gaufrier" porte la signature de King. La prestation de l'artiste est plus inégale, mais ne boudons pas notre plaisir.


- The Flash : Hope for the holidays (Joshua Williamson & Neil Googe). Flash affronte le Rainbow Raider dans l'aéroport de Central City, mais sa victoire provoque une chute de neige qui empêche tout avion de décoller. Pour s'excuser, il transporte les uns après les autres chacun des passagers à sa destination... Avant de retrouver à San Francisco Wally West pour réveillonner tranquillement avec lui.

L'équipe qui anime la série Flash mensuellement est aussi aux commandes de ce récit très divertissant, qui dégage un vrai charme. Joshua Williamson imagine une situation issue des conséquences d'un affrontement remporté par le héros et en tire un rebondissement savoureux. Neil Googe illustre ça de manière très expressive, avec la vivacité qui sied au speedster en chef de DC.


- Deathstroke : A Wilson christmans family (Christopher Priest & Tom Grummett). Alors qu'il jure au téléphone à sa femme Adeline qu'il est en train de lui acheter son cadeau de Noël, Slade Wilson remplit un contrat en compagnie de Wintergreen. Mais il se replie aussitôt sa mission accomplie pour rejoindre sa famille victime d'un accident de la route sans gravité, pour la plus grande joie de son fils.

Sans discussion, le segment le plus faible et même le plus déplacé de la collection : on ne comprend pas bien ce que fait là un tueur comme Deathstroke (quand bien même le personnage bénéficie de sa propre série mensuelle) et je m'étonnerai toujours du prestige dont jouit Christopher Priest comme scénariste car son histoire ne vaut pas grand-chose. Tom Grummett imite assez bien le style de José-Luis Garcia-Lopez, mais ne sauve pas l'affaire. Un faux pas.


- Superman & Lois Lane : Driver's seat (Max Landis & Francis Manapul). Après avoir arrêté un scientifique licencié de son laboratoire et qui venait de commettre un vol, Superman le remet à la police et Clark Kent rejoint Lois Lane qui vient d'emboutir sa voiture. Tenant à ce véhicule qu'elle possédait depuis l'université, elle tente de se changer les idées en passant les fêtes chez des amis. Superman lui fait un touchant cadeau, plein d'à-propos, pour la consoler.

En revanche, les retrouvailles de Max Landis et Francis Manapul, après leur épisode dans la mini-série Superman : American Alien, est une vraie merveille. Le scénario tient à peu de choses mais possède un charme indéniable et surtout exploite superbement l'image de Superman, éternel bon samaritain, un peu moraliste, très philosophe, et généreux. Les dessins sont somptueux, évoquant parfois Will Eisner par leur force expressive mais sans emphase. Un pur bonheur.


- Atomic Knights : Silent Night (Dan Didio & Matthew Clark). Le Maire de Durvale alerte ses citoyens d'une attaque de trèfles mutants, menée par l'ancien chevalier atomique Javins. Les compagnons de ceux-ci refusent de le croire mais se préparent à l'assaut. En vérité, les plantes veulent sceller un accord de paix en se joignant pour Noël aux habitants de la cité ayant survécu à la guerre nucléaire.

Difficile de dire "non" au patron et donc Dan Didio a glissé son histoire dans les onze fables de ce numéro : le résultat est franchement quelconque, pas honteux ou indigne mais dispensable. Les dessins de Matthew Clark sont soignés. Voilà, voilà.



- Teen Titans : Holiday spirit (Shea Fontana & Otto Schmidt). San Francisco est attaquée par des spectres terrifiants mais les Teen Titans les font fuir. Starfire, qui ne comprend pas pourquoi les humains célèbrent Noël, s'éloigne lorsqu'elle repère un dernier esprit effrayant les civils et intervient pour le chasser avec le renfort de ses amis. Elle saisit alors ce que signifie l'esprit de cette fête.

L'argument est plutôt malin - jouer sur l'incompréhension culturelle de Starfire - mais il est faiblement développé par Shea Fontana, plus intéressée par l'action que par l'esprit de Noël pourtant convoqué dans le titre de son récit, qui se clôt de manière mièvre. Les dessins d'Otto Schmidt ont une fraîcheur certaine mais manque de consistance, à l'image de ce qu'ils doivent illustrer. Bof.


- Swamp Thing : The echo of the abyss (Scott Bryan Wilson & Nic Klein). Depuis six mois en quarantaine dans la station spatiale Archer, l'équipage n'a pas le coeur à fêter Noël comme le voudrait Ciampo car sur Terre la menace d'une guerre gronde. Démoralisé, il songe à se suicider mais la branche de gui qu'il a laissée tomber se transforme en la créature du marais et tente de le rassurer. A son réveil, incapable d'expliquer sa mésaventure, Ciampo a la bonne surprise de voir ses co-équipiers préparer la décoration d'un sapin.

Une surprise positive que ce récit mettant en scène de façon fugace la Swamp Thing dans un cadre inattendu : je n'avais rien lu de Scott Bryan Wilson auparavant mais il s'en sort très bien. Et il profite aussi de la contribution non négligeable d'un excellent dessinateur en la personne de Nic Klein (dont la série Drifter, écrite par Ivan Brandon, vient de s'achever chez Image), dont le style est bien inspiré par celui de Moebius et ses disciples franco-belges, comme Ralph Meyer. Epatant.


- Batman & Wonder Woman : Solstice (Greg Rucka & Bilquis Evely). Batman arrête un voleur à la tire une nuit tandis que Wonder Woman apporte de l'eau potable à des immigrés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Leurs bonnes actions accomplies, ils se retrouvent pour célébrer le solstice d'hiver devant un feu de bois dont la lumière leur rappelle que celle-ci triomphe toujours.

En quelque sorte, la lettre d'adieu de Greg Rucka à sa chère Wonder Woman (dont il a laissé l'écriture depuis peu à James Robinson) qu'il associe à Batman dans une histoire soulignant, un peu pesamment, les différences symboliques : le protecteur de Gotham agissant la nuit, l'amazone intervenant le jour, tous deux s'accordant sur le fait que Superman contrairement à eux produit sa propre lumière. Pas très subtil mais divinement dessiné par la talentueuse Bilquis Evely, un talent que DC devrait plus exploiter (elle s'est exercée sur WW sans s'attarder).
  

- The Reminder (Part 2). Clark Kent, revigoré par les fables du barman, retrouve John Constantine dehors et pour lui remonter le moral l'invite à dîner chez lui, en famille. Suffisant pour apaiser le cynique détective de l'occulte ?

La chute, qui renoue avec l'introduction mettant en scène le duo Clark Kent-John Constantine, est savoureuse et referme ce consistant fascicule dont le bilan global est plus que satisfaisant. Dommage que Marvel n'imite pas son concurrent avec une publication semblable... A l'année prochaine pour un nouveau numéro !

vendredi 4 avril 2014

Critique 430 : LAZARUS - VOLUME 1, de Greg Rucka et Michael Lark


LAZARUS, VOLUME 1 rassemble les 4 premiers épisodes de la série créée et écrite par Greg Rucka et dessinée par Michael Lark (aidé par Stefano Gaudiano et Brian Level pour les #3-4 à l'encrage), publiés par Image Comics en 2013. L'album contient également le prologue paru à l'origine dans le catalogue du distributeur Diamond.
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Dans un futur indéterminé, les Etats-Unis sont désormais découpés en territoires sous l'autorité de grandes familles, dirigeant des serviteurs, le reste de la population vit dans le dénuement. Chacune de ces familles produisent des cultures essentiellement agricoles et procèdent à des échanges commerciaux avec les autres clans. Ces clans ont également un protecteur génétiquement modifié, virtuellement invincible, appelé Lazarus : celui de la famille Carlyle est une jeune femme de 19 ans prénommée Forever. 
Suite à une intrusion dans une de leurs réserves, les Carlyle, convaincus après qu'un de leurs employés s'est dénoncé comme étant complice de la famille Morray, sont sur le pied de guerre, et l'un des fils, Jonah, veut engager des représailles. Mais le patriarche préfère négocier, devinant que le ver est dans le fruit, et il envoie Forever pour cela.
Au Mexique, Forever retrouve Joaquim, son homologue chez les Morray, et conclut un arrangement. Mais un complot est effectivement à l'oeuvre chez les Carlyle...
 
(Extrait de Lazarus #2
Textes de Greg Rucka, dessins de Michael Lark.)

En rupture de ban chez Marvel, le scénariste Greg Rucka (ne supportant plus les contraintes éditoriales subis lors de son run sur Punisher) et le dessinateur Michael Lark (incompréhensiblement sous-employé après, notamment un long run régulier sur Daredevil) ont décidé de proposer un projet original à l'éditeur Image Comics qui, depuis quatre ans, héberge des créateurs de renom soucieux de retrouver une plus grande indépendance. La rentabilité de ce modèle repose sur une publication rapide en recueils, ce qui impose un premier arc narratif souvent bref (ici 4 épisodes) mais vendu à petit prix (9,99 $). Les auteurs doivent donc imposer un univers, des personnages, une histoire en très peu de temps puisqu'ils la produisent sur leurs fonds propres. Le succès de plusieurs séries, qui n'évoluent pas dans le registre super-héroïque (comme Fatale de Ed Brubaker-Sean Phillips, Saga de Brian K. Vaughan-Fiona Staples, et surtout les titres de Robert Kirkman comme Walking Dead avec Charlie Adlard ou Invincible avec Ryan Ottley...), a donné des ailes à l'éditeur et des envies à nombre de créateurs.

Greg Rucka, qui, ces dernières années, a travaillé pour DC (Batwoman notamment) puis Marvel (Punisher donc). Ce n'est pas le premier venu et son savoir-faire lui permet de se plier aux contraintes d'Image sans sacrifier l'originalité de son projet. Lazarus se présente comme un récit d'anticipation, avec des éléments fantastiques, et une intrigue à tiroirs, portée par un personne féminin fort comme les apprécie le scénariste.

Le premier épisode est une sorte de modèle du genre : il s'ouvre par une longue scène très violente et sanglante qui permet à la fois de présenter l'héroïne et ses capacités extraordinaires, l'environnement dans lequel elle se trouve, et l'enjeu de l'histoire (le lecteur comprend très vite qu'au sein des Carlyle, chacun a ses vilains petits secrets et des objectifs bien distincts).
Les relations entre les protagonistes, les familles, les querelles de pouvoir, les motivations, mais aussi le contexte social, politique, sont exceptionnellement riches, d'une densité rare. Ce sentiment est renforcé par le rythme très soutenu de ce premier chapitre, au point qu'ensuite les autres épisodes paraissent curieusement beaucoup plus décompressés. La concision de l'album (à peine une centaine de pages) aboutit à une certaine frustration.
 
Cette frustration est également nourrie par le fait que Rucka inscrit son récit dans le cadre d'une anticipation futuriste, et s'il parvient sans mal à écrire des personnages et des situations très accrocheuses, il ne fait (il ne peut) que survoler cet environnement atypique. Par exemple, comment le monde en est arrivé là ? Comment ces familles se partagent les terres ? Comment la technologie a-t-elle abouti à la création des Lazarus ? Comment fonctionne cette société ? 

La qualité de travaux antérieurs de Rucka plaide en sa faveur et on peut espérer que les prochains épisodes développent, explicitent tous ces points, qui participeront à la construction même de l'intrigue. Le scénariste a tout de même soigné son ouvrage, su installer une ambiance très prenante, allant même jusqu'à inventer une devise pour le clan Carlyle ("Oderint dum metuant", soit "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent !", inspiré de Caligula et Tibère, et qui pourrait être la clé de toute l'histoire).

Visuellement, Lazarus profite donc du talent de Michael Lark. Le dessinateur avait déjà collaboré avec Rucka sur l'excellente série Gotham Central, et pour les deux premiers épisodes il s'encre à nouveau lui-même (ce qu'il n'avait plus fait depuis cette précédente série justement).

Tous ceux qui, comme moi, ont adoré le travail de Lark sur Daredevil retrouveront intact les qualités de l'artiste ici : la fluidité de son découpage, le soin apporté aux lumières, l'allure de ses personnages, la représentation appliquée des décors (avec une utilisation de l'infographie magnifiquement dosée), c'est un régal. Son trait possède à la fois de l'élégance et un rendu assez brut pour lui conserver un dynamisme redoutable.
Pour un graphiste qui dit ne pas aimer particulièrement mettre en images les combats, Lark démontre pourtant encore une fois à quel point il sait les chorégraphier en leur donnant assez de brutalité pour qu'on en ressente le réalisme, qu'on frissonne pour ses héros (une prouesse quand on sait dès le départ que Forever est invulnérable). De la même manière, s'il utilise le plus souvent un registre d'expressions réduit, Lark réussit à traduire les émotions qui traversent les personnages, compensant cela par des compositions intelligentes (un dialogue ne se réduit pas à des champs-contrechamps ou des gros plans sur les visages).

La colorisation de Santi Arcas s'appuie sur des teintes brunes, ocres, des tons chauds, qui évoquent des ambiances western, enrichissant encore le style du récit.

Lazarus s'impose donc comme une série très prometteuse, avec des personnages riches, complexes, une intrigue palpitante, un univers avec un fort potentiel. Difficile de faire la fine bouche devant ce nouveau projet, sauf qu'on souhaiterait qu'Image Comics propose à l'avenir des albums un peu plus fournis (le minimum serait d'agrémenter le programme avec les variants covers)...

mardi 20 mars 2012

Critique 317 : BATWOMAN - ELEGY, de Greg Rucka et J.H. Williams III

Batwoman : Elegy rassemble les épisodes 854 à 860 de la série Detective Comics, écrits par Greg Rucka et dessinés par JH Williams III, publiés en 2009-2010 par DC Comics. La série fut alors exclusivement consacrée à Batwoman, le temps de deux histoires ( de 4 et 3 chapitres respectivement)
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Les 3 premières planches de la série,
dessinées par JH Williams III.

- Elegy (# 854-857). Après avoir miraculeusement survécu à une cérémonie sacrificielle, Batwoman enquête à Gotham sur la secte de la Religion du Crime. Elle opére avec l'accord de Batman et le soutien de son père. Apprenant que ce culte va recevoir la visite de sa nouvelle meneuse, une certaine Alice, une déséquilibrée inspiré par le personnage de Lewis Carroll, la justicière interroge des indics. Mais quand son père, un militaire de carrière, est enlevée par ces maniaques sur le point de commettre un attentat, elle découvre que son adversaire est plus proche d'elle qu'elle ne le pensait...

- Go (#épisodes 858 à 860). Kate Kane se remémore trois époques de son passé (il y a 20, 7 et 4 ans), trois étapes-clés pour comprendre qui elle est, comment elle est devenue Batwoman et qui est vraiment Alice...
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Greg Rucka aime les femmes fortes (il a écrit Elektra chez Marvel, Wonder Woman chez DC et ses épisodes de Gotham Central se distinguaient par ses portraits féminins mémorables) et il a créé cette nouvelle version lors de la publication de la maxi-série hebdomadaire 52 (# 11) en 2006. Mais à l'époque, pris dans la cascade d'évènements de la saga, la présentation resta sommaire. Elle réapparut dans Countdown to final crisis, puis à nouveau sous la plume de Rucka dans Five Books of Blood (2007) et Revelations (2008/2009). Mais, malgré cela, l'essentiel restait à faire pour imposer ce personnage au potentiel certain.


Ci-dessus, les 1ers designs de Batwoman par Alex Ross.

Ci-dessus, l'héroïne revue et corrigée par JH Williams III.

DC Comics lui a redonné sa chance en écartant Batman de la série Detective Comics le temps de sept épisodes et Greg Rucka s'associa à l'artiste de Promethea, JH Williams III, pour célébrer l'occasion. Cette équipe créative et leur séjour dans le titre historique du "Dark Knight" allaient donner une exposition maximale à l'héroïne.
Même si le contenu de cet album, rassemblant l'intégralité du run de Rucka et Williams III, est accessible par tous, avoir lu 52 n'est pas vain pour mieux en apprécier le point de départ puisqu'il est fait mention de la tentative de sacrifice à laquelle a miraculeusement échappé Kate Kane et qui motive depuis son enquête sur la secte de la Religion du Crime. 
Rucka a compris que pour donner du relief à son héroïne, il lui fallait un adversaire à sa mesure, l'équivalent du Joker pour Batman. C'est l'aspect à la fois incontournable et le plus convenu du projet car ni la secte, avec ses membres monstrueux (des individus touchés par une malédiction qui les transforme en animaux sauvages), ni la "High Madame" (avec son look de lolita gothique et sa psyché déjantée, trop proche du Joker), ni le projet d'attentat ne sont très originaux. Alors que Batwoman se distingue par son indépendance vis-à-vis de Batman (et ses partenaires habituels), même si elle agit avec son assentiment, et son passé, détaché du Dark Knight, son opposition rappelle trop celle du protecteur de Gotham. C'est dommage. Mais Rucka a d'autres munitions... 
L'arc Elegy vaut par sa concision : en quatre épisodes, menés sur un rythme soutenu, le scénariste dispose efficacement ses pions. On ne s'ennuie pas, il y a une atmosphère prenante, une montée en puissance bien construite, une alternance de séquences intimistes et spectaculaires bien dosée. C'est donc classique mais dans le bon sens du terme. On peut même louer la sagesse de Rucka qui offre un bon contrepoids à la folie graphique de Williams III (mais j'en parlerai ensuite). Et puis, on est positivement surpris par les rapports entre Kate Kane et son mentor, qui n'est autre que son propre père.
Dans le second récit, Go, Greg Rucka renoue avec un registre où il est bien meilleur, en détaillant les antécédents de Kate, comment elle est devenue Batwoman, et comment elle a la confirmation de l'identité d'Alice. Il établit précisèment le traumatisme fondateur de son enfance (décrite avec beaucoup de justesse), le fait qu'elle assume son homosexualité et ce que cela lui coûte (l'occasion d'une critique directe mais subtile sur le refus de l'armée américaine d'accepter les gays et lesbiennes dans ses rangs - la situation n'a évolué que très récemment dans la réalité), la relation qu'elle noue avec Renee Montoya (le personnage fêtiche de Rucka, avec Tara Chase dans Queen and Country), sa première rencontre avec Batman (scène aussi fulgurante que sublime)...
En une page et une réplique, tout est dit :
ce qui motive Kate Kane, c'est son désir de "servir".

Depuis ces épisodes, Rucka a quitté DC (Batwoman continue d'être animée par JH Williams III et Haden Blackman), mais il a donné à l'éditeur une justicière vraiment passionnante.
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Comme je l'ai dit plus haut, la partie graphique est exceptionnelle, et pour cause, c'est l'artiste des séries Promethea d'Alan Moore et Desolation Jones de Warren Ellis qui s'en acquitte. JH Williams III ne déçoit pas et transforme l'aventure en une véritable expérience. 
Quand il dessine Batwoman, il compose ses planches selon des motifs et des formats détonants : les doubles-pages se succèdent, la forme des cases évoquent le logo de la chauve-souris, des éclairs, des triangles. Pourtant, même s'il faut un petit moment pour s'y habituer, ces fantaisies n'altérent pas la narration mais au contraire valorisent les aspects baroques du récit, des protagonistes, de l'ambiance. De plus, l'enchaînement de ces vignettes de tailles et de formes atypiques est d'abord conçu pour accentuer la force des coups portés, la vitesse des scènes, conférant aux pages une dimension quasiment musicale (d'ailleurs, lors d'une séquence, on se trouve dans une réception mondaine où l'on danse).
L'encrage, par Williams III lui-même, est également assez appuyé pour que chaque image reste lisible, dans une abondance de scènes nocturnes. La complicité de l'artiste avec son coloriste est alors essentielle et avec Dave Stewart, on est entre de bonnes mains : les effets de matière (comme le cuir du costume de Batwoman) sont saisissants par exemple. Par ailleurs, à d'autres reprises, les contours sont effacés et la couleur directe vient s'y substituer : ainsi, Alice est traîtée dans des teintes pastellisées qui la font ressembler à un spectre malgré son look de lolita gothique.

Composition audacieuse, couleurs sophistiquées : une collaboration
exceptionnelle entre l'artiste, JH Williams III, et son coloriste, Dave Stewart.

Le côté foisonnant de chaque case et page impose presque deux lectures - la première fois pour suivre l'histoire elle-même, la seconde pour savourer la virtuosité du dessinateur. Williams III utilise à fond toutes les possibilités du storytelling et transcende le script de Rucka.

Le contraste est alors frappant quand c'est Kate Kane qui est mise en scène : le trait se fait plus simple, précis, et fait référence à Alphonse Mucha. Le découpage s'assagit (relativement quand même) et les couleurs sont aussi plus sobres.
Cette transformation stylistique trouve son aboutissment dans la deuxième histoire, dominée par des flashbacks. Williams III (qui avait déjà dans un arc de Batman ou 7 Soldiers of Victory, écrits par Grant Morrison, copié le style de plusieurs dessinateurs de manière confondante) invoque alors le David Mazzucchelli de Batman Year One et le résultat est encore une fois sensationnel.


La 1ère rencontre entre Kate Kane et Batman :
Williams III rend hommage à Mazzucchelli et
Batman Year One en changeant radicalement son style de dessin.

Bref, c'est impressionnant.
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L'album se clôt par des bonus formidables : outre la galerie de couvertures alternatives (par des pointures comme J.G. Jones, Adam Hughes, Jock et Alex Ross !), des sketches de Williams III, des pages du script de Rucka (deux séquences) et des planches non colorisées et lettrées permettent de découvrir encore mieux les coulisses du projet.
Même s'il n'est pas exempt de quelques faiblesses, ce recueil est une excellente collection d'épisodes, formidablement écrite et fantastiquement illustrée.

mardi 6 avril 2010

Critique 141 : GOTHAM CENTRAL - DEAD ROBIN, d'Ed Brubaker, Greg Rucka, Kano, Stefano Gaudiano et Steve Lieber

Gotham Central : Dead Robin est le dernier recueil de la série, rassemblant les épisodes 33 à 40, écrits par Ed Brubaker et Greg Rucka, et dessinés par Kano, Stefano Gaudiano et Steve Lieber
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- Dead Robin (Gotham Central 33 à 36) est la dernière histoire co-écrite par Ed Brubaker et Greg Rucka. Les dessins sont assurés par Kano et l'encrage par Stefano Gaudiano.
Le corps d'un adolescent vêtu du costum de Robin, le sidekick de Batman et leader des Teen Titans, est trouvé mort dans une ruelle. La Major Crimes Unit doit s'assurer qu'il ne s'agit pas du justicier et, en attendant d'en être sûr, Batman devient l'un des suspects... Jusqu'à ce qu'un autre cadavre, pareillement vêtu, ne soit découvert. Les rapports entre le commissariat et la presse sont au coeur de cette intrigue.
- Sunday Bloody Sunday (Gotham Central 37) est écrit par Greg Rucka et illustré par Steve Lieber (son dessinateur sur le creator-owned Witheout).
Lié aux évènements du crossover Infinite Crisis, cette histoire raconte comment Renee Montoya et surtout Crispus Allen, au coeur d'un Gotham ravagé, tentent de rentrer auprès de leurs proches. Captain Marvel y fait une apparition, tout comme le Spectre, et on assiste à la mort du vilain The Fisherman.
- Corrigan II (Gotham Central 38 à 40) est la suite et fin de l'arc entamé dans The Quick and the dead mais aussi l'épilogue de la série, écrite par Greg Rucka et dessinée Kano & Stefano Gaudiano.
Crispus Allen, ayant appris comment sa partenaire Renee Montoya avait empêché le flic ripou Jim Corrigan de le couler, entreprend de le pièger. Projet à l'issue dramatique et qui conduira Montoya à quitter le G.C.P.D..
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L'enseignement majeur à retirer de Gotham Central est la mise en valeur de la dichotomie dans le mythe Batman : d'un côté, il y a ce personnage extravagant et mystérieux à la fois de justicier solitaire, faisant sa loi sans se soucier des forces de police, et de l'autre, il y a ces détectives qui doivent faire règner l'ordre dans une ville où des psychopathes sèment la terreur.
Deux familles se partagent Gotham : la "Bat-family" (Batman, Robin, Alfred, l'ex-commissaire Jim Gordon) et le G.C.P.D. (en particulier la MCU). Batman était supposé être un vigilant sans licence agissant avec l'accord tacite de Gordon. Le commissaire remplacé et quelques officiers morts sur le terrain plus tard, la situation a totalement changé : Batman est progressivement devenu un ennemi pour les flics de Gotham qui le tiennent pour responsable de la mort de leurs collègues, de la recrudescence de la criminalité, et finalement le considèrent comme un délinquant.
La série Gotham Central, écrite par Greg Rucka et Ed Brubaker à la suite du crossover Officer Down au cours duquel Jim Gordon prit sa retraite, a offert n nouveau point de vue sur le "Batverse" et son héros. Jim Gordon parti, l'union sacrée et implicite entre le justicier et les policiers a rapidement volé en éclats et les membres de la Major Crimes Unit ont alors jugé Batman comme un obstacle, et même un handicap.
Tel que montré du point de vue de la police de Gotham, Batman est un électron libre dangereux plus qu'un allié fiable, et la série nous livre finalement un des meilleurs portraits du genre : pourr de simples mortels, les super-héros finissent par devenir davantage des menaces que des éléments rassurants. Pire : ils semblent plus attirer les problèmes, les alimenter, que les résoudre durablement.
Au cours des 40 épisodes de la série, Rucka et Brubaker ont fourni bien des prétextes à la police de Gotham d'avoir du ressentiment pour Batman. Dans une demi-douzaines de dossiers traités, Batman a été plus efficace que tous les détectives pour stopper Mr. Freeze et Two-Face, il a mis fin aux attentats du Joker et résolu l'affaire des Robin morts (qui ouvre ce volume). Et c'est en mentionnant le justicier que l'officier Josie MacDonald a empêché le détective déchu Harvey Bullock de se suicider dans l'album Unresolved Targets.
Lorsque Batman a failli, les enquêtes se sont terminées tragiquement, comme on l'a vu dans The Quick and the Dead, où l'officier Peak a dû abattre son partenaire, Kelly, changé en monstre. Et quand le vigilant est carrèment absent, comme dans le récit Corrigan II de ce Dead Robin, un autre détective le paie de sa vie.
Les membres du G.C.P.D. ne réagissent pas tous de la même façon vis-à-vis de Batman. Dans The Quick and the Dead, où le commissaire Michael Atkins décide de couper les ponts avec le justicier et le déclare même hors-la-loi, Allen et Montoya débatent sur le rôle de Batman : Allen, qui vient de Metropolis (la ville de Superman), croit que les méthodes de la Chauve-Souris sont à l'origine du chaos qui règne sur la cité, alors que Montoya, qui a toujours vécu à Gotham, doit sa vocation à Batman. L'attitude du détective Marcus Driver, un des premiers personnages-vedettes de la série, a beaucoup évolué depuis le début : dans l'histoire In the Line of Duty, Driver reproche à Batman la mort de son partenaire, tué par Mr. Freeze, avant de coomprendre le plan du justicier pour appréhender le criminel. Et quand la girlfriend de Driver, la détective Romy Chandler, tire sur Batman au cours de l'arc Dead Robin, Marcus lui résume ainsi la situation du justicier : "on our side, in his own way." ("de notre côté, à sa manière"). Driver, encore, obtiendra d'Akins qu'il demande l'aide de Batman pour le dossier Dead Robin, et plus globalement la description de la relation amour/haine de Marcus pour Gotham est la synthèse des sentiments qu'éprouvent tous les policiers de la ville envers leur protecteur.
Une des raisons de la défiance de la police de Gotham envers Batman tient justement à son statut d' "agent indépendant". Or, un des thèmes de Gotham Central est l'importance du partenariat, comme celui de Marcus Driver et de feu Charlie Fields, ou lors du sacrifice de Nate Patton pour sauver Romy Chandler, ou encore l'acharnement de Renee Montoya pour réhabiliter Crispus Allen après les manigances du flic corrompu Jim Corrigan.
Batman représente a contrario une entité indépendante et ce motif est au centre de l'intrigue de Dead Robin, quand la police doit le considérer comme un suspect : Allen note alors que "dans n'importe quel autre cas, le complice de la victime serait jugé comme tel".
Pourtant la résolution de cette affaire, tout comme celle de Corrigan II, est moins convaincante et satisfaisante qu'à l'accoutumée : sans doute à cause de l'annulation programmée de la série durant l'écriture de ces deux arcs, Brubaker et Rucka puis Rucka seul expédient le dénouement de ces enquêtes - surtout celle de Corrigan.
La fin de cette production laisse un goût amer d'inachevé, d'abord parce que la série était d'une qualité rare et que ses méventes font enrager, et ensuite parce que son héroïne principale quitte la police sur un constat d'échec (Renee Montoya deviendra détective puis justicière).
En outre l'apparition des Teen Titans avec leurs costumes bariolés (en particulier Starfire) et la liaison avec le crossover Infinite Crisis font un peu tâche dans le tableau d'une série dont le réalisme terre-à-terre et la sobriété visuelle étaient les atouts majeurs.
En revanche, le destin d'Allen et la déchéance de Montoya forment deux séquences très fortes, renouant avec ce que la production a offert de meilleur, de plus poignant, depuis ses gloriex débuts. Gotham Central s'y affirme comme une série animée par de grandes amitiés, puissament évoquées, et des tragédies intimes : elle s'achève sur une note très sombre, désabusée, digne des séries noires classiques.
On se rappelle alors les paroles de Jim Gordon dans la toute première histoire, In the Line of Duty, lorsqu'il déclarait : "quoique vous fassiez... Vous devez faire la différence". Cela rassemble à l'exergue parfaite pour cette série et ses héros : un comic-book exemplaire en termes de caractérisation, d'intrigue, de graphisme (Kano et Gaudiano y signent de superbes pages, dans la veine d'un Darwyn Cooke, et le passage de Lieber ne gâche pas la vue non plus).
Malgré son insccés commercial, c'est un regard unique sur la mythologie de Batman et du DCverse. Assurèment une des BD à redécouvrir d'urgence !

samedi 3 avril 2010

Critique 139 : GOTHAM CENTRAL - THE QUICK AND THE DEAD, de Greg Rucka, Michael Lark, Stefano Gaudiano, Kano et Gary Amaro

Gotham Central : The Quick and the dead est le quatrième receuil de la série rassemblant les épisodes 23 à 25 et 28 à 31, tous écrits par Greg Rucka et illustrés par Michael Lark (pour la dernière fois), Stefano Gaudiano, Kano et Gary Amaro.
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- Corrigan (Gotham Central 23-24) est écrit par Greg Rucka et dessiné par Michael Lark et Stefano Gaudiano.
Le détective Crispus Allen fait l'objet d'une enquête de la police des polices après que l'agent de la brigade scientifique corrompu Jim Corrigan ait dérobé une preuve sur une scène de crime. La mort du super-vilain Black Spider et l'implication d'une vieille collectionneuse sont les clés de cette affaire que Renee Montoya, la partenaire d'Allen, va aider à résoudre en révèlant sa nature violente (un élément amené à être développé ultérieurement).
- Lights Out (Gotham Central 25) est réalisé par la même équipe (Rucka, Lark et Gaudiano).
Sur ordre du commissaire Akins, le Bat-Signal est enlevé du toit du commissariat central. Le justicier masqué est déclaré hors-la-loi : c'est le point culminant du conflit entre les policiers et le vigilant, après les morts de plusieurs agents (Charlie Fields, Nate Patton et Ron Probson) contre Mr Freeze et le Joker.- Keystone Kops (Gotham Central 28-31) est écrit par Greg Rucka et dessiné par Stefano Gaudiano, encré par Kano.
Un agent en uniforme est transformé en monstre après une intervention l'ayant conduit dans un laboratoire abandonné par un des ennemis de Flash, le Dr Achemy. Or celui-ci est incarcéré à Keystone et prétend être le seul capable de sauver le policier. Malgré la mise en garde de Batman, conseillant de ne pas négocier avec le criminel, le G.C.P.D. échoue à guérir leur collègue, mais pour Renee Montoya, c'est l'occasion de se rabibocher avec son père, indirectement lié à l'affaire.
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En l'absence d'Ed Brubaker, bien que la série reste d'un niveau remarquable, elle perd quand même de sa force et cet album est en deçà des deux précédents (In the line of duty et Unresolved targets).
Greg Rucka seul aux commandes, cela révèle la particularité de chacun des deux scénaristes : Brubaker est indéniablement celui qui soigne les intrigues, construit les enquêtes, tandis que son partenaire est plus concentré sur l'étude de caractères, la caractérisation des personnages.
Les trois histoires de ce recueil atteste des préférences de Rucka : négligeant le suspense (sans toutefois bâcler le déroulement des récits), il nous gratifie de grands moments avec ses personnages favoris, en particulier la détective Renee Montoya qui n'hésite pas à faire le coup de poing avec le ripou Jim Corrigan pour innocenter son collègue Crispus Allen, ou le commissaire Akis défiant Batman dans le parking du G.C.PD. après avoir fait retirer le Bat-signal du toit de l'immeuble en affirmant que ses hommes meurent à cause du justicier et de ses ennemis.
Rucka sait aussi écrire avec une admirable subtilité et une étonnante économie narrative le rejet puis le rapprochement du père de Montoya avec sa fille (dont il désapprouve le lesbianisme). Deux scènes lui suffisent pour décrire sobrement mais puissamment ces situations : une vraie leçon de storytelling.
Cela dit, même mineur, The Quick and the Dead démontre que Gotham Central doit surtout être considéré comme un ensemble, une oeuvre globale, qui s'apprécie vraiment au-delà des forces et faiblesses, des pleins et des déliés, des sommets et des creux de chaque arc ou même de chaque épisode.
Il est aussi assez troublant de constater à quel point chacun de ses deux auteurs a marqué son territoire à travers certains des protagonistes : Ed Brubaker s'exprime clairement via Marcus Driver tandis que Greg Rucka a choisi Renee Montoya comme porte-voix. Il a fait d'elle une des héroïnes de comics les plus passionnantes de ces dernières années, en se jouant des clichés (la fliquette déterminée, rongée par une colère intérieure croissante, et homosexuelle) : jamais il ne cède à la facilité en étant complaisant sur l'intimité de la jeune femme ou sur sa caractérisation vis-à-vis des autres personnages.
Mais la contrepartie de ce soin particulier accordé à la détective, c'est qu'on a le net sentiment que cette attention s'effectue un peu au détriment de la série elle-même : Rucka aime tellement "sa" Montoya qu'il néglige le reste du commissariat et le travail de ses agents. C'est visible dans une scène dramatique comme celle où Montoya et son partenaire Crispus Allen négocient avec le Dr. Alchemy pour sauver la vie d'un auute officier du G.C.P.D. : en échange de son aide, le vilain réclame (et obtient) des confidences sur l'intimité de la jeune femme, dont il se moque. Allen est réduit alors à un rôle immérité de figurant.
Le favoritisme de Rucka l'empêche de traiter avec la même rigueur le personnage d'Allen comme tous les autres dès qu'ils apparaissent dans la même scène que Montoya. Il n'est donc pas étonnant que le scénariste ait continué à explorer la progression de son héroïne par la suite, une fois Gotham Central annulé, et The quick and the dead peut être considéré comme le vrai point de départ de la mutation du personnage telle que décrite dans 52 (puis la back-up de Detective Comics/Batwoman) où la policière deviendra le successeur de la Question.
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Malgré ces réserves sur le script, cet album reste indispensable, ne serait-ce que parce qu'il contient les ultimes épisodes dessinés par la paire Michael Lark-Stefano Gaudiano (23 à 25) : ce sont de nouvelles planches superbes, jusqu'à la dernière séquence dans le parking avec Akins et Batman d'une intensité fabuleuse malgré un découpage finalement très simple. Du grand art !
Puis Gaudiano signe un chapitre seul : le résultat n'est pas déshonorant mais un ton en dessous.
Lorsque Kano (puis, pour un épisode, Gary Amaro) vient le seconder à l'encrage, on obtient à nouveau des pages de belle facture, évoquant encore et toujours l'immense Mazzucchelli, dont l'influence graphique hante la série depuis le début.
Dans le recueil suivant (Dead Robin), les rôles s'inverseront avec encore plus de bonheur (Gaudiano encrant Kano). En tout cas, Gotham Central bénéficie d'une cohérence esthétique notable car rare chez DC, où trop souvent les équipes créatives tournent trop fréquemment.
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C'est un peu un volume de transition : décevant peut-être, mais on aimerait être déçu comme ça plus souvent car cela reste tout de même au-dessus de la moyenne... Et surtout la suite (et fin) va prouver que la série a encore beaucoup de belles choses à offrir !

mercredi 17 mars 2010

Critique 137 : GOTHAM CENTRAL - UNRESOLVED TARGETS, d'Ed Brubaker, Greg Rucka, Michael Lark et Stefano Gaudiano

Gotham Central : Unresolved Targets rassemblent les épisodes 12 à 15, écrits par Ed Brubaker et Greg Rucka, et 19 à 22, écrits par Ed Brubaker, de la série dessinée par Michael Lark et Stefano Gaudiano.
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- Soft Targets (Gotham Central 12-15) raconte commnt les policiers de Gotham se trouvent dans la ligne de mire du Joker, engagé dans une série de meurtres. Le maire de la ville est assassiné et bientôt le criminel met en ligne sur Internet, grâce à des webcams, les sites qu'il vise. Un éprouvante guerre des nerfs commence alors qui trouvera son dénouement lorsque le Joker se rend aux autorités après avoir élaboré un plan diabolique aux conséquences dramatiques pour deux des membres du G.C.P.D..
- Unresolved (Gotham Central 19-22) relate comment un ancien dossier sur un meurtre collectif impliquant le Châpelier Fou est réouvert. Cette affaire est l'occasion pour le flic déchu, Harvey Bullock, d'être réhabilité car il suspecte le Pingouin d'en être le cerveau.
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Les deux histoires contenues dans Unresolved Targets mettent en évidence les deux meilleurs aspects de Gotham Central, en réussissant à porter les qualités de la série plus haut encore que dans le volume 1 (In The Line Of Duty HC).
Dans le premier récit, Soft Targets, alors que le Joker sème la panique en ville, nous voyons comment la police de Gotham est constamment entre deux feux, au centre de batailles opposant Batman et ses ennemis les plus fous.
Ed Brubaker et Greg Rucka orchestrent cette partition avec un brio éblouissant : la tension de l'histoire ne faiblit jamais, l'atmosphère anxiogène est superbement restituée, à travers des scènes aux dialogues d'une prodigieuse habileté.
L'autre trouvaille richement exploitée est d'avoir situé cette course contre la montre en hiver, à l'époque des fêtes de Noël : le contraste entre la convivialité de cette période et l'épouvante qui s'abat sur les habitants et les forces de l'ordre donne lieu à des séquences mémorables d'une intensité électrique, comme lorsque les précautions des policiers se heurtent aux intérêts du nouveau maire, qui souhaite rassurer le public en organisant une arrestation aussi spectaculaire qu'inutile de fans du Joker.
La complémentarité de Brubaker, avec son art de bâtir des intrigues palpitantes et surprenantes, et de Rucka, avec le soin qu'il apporte à chaque personnage, leurs sentiments, leurs relations, font vraiment de Gotham Central un chef-d'oeuvre de la production DC de ces dix dernières années.
La seconde histoire, Unresolved, rédigée par le seul Brubaker, est d'une facture plus classique mais d'une puissance tout aussi remarquable : elle s'articule autour d'un motif typique de la "série noire", celui de la rédemption d'un flic que ses méthodes ont dans le passé conduit à son exclusion.
Harvey Bullock était mentionné dans In The Line Of The Duty, mais les raisons de sa disgrâce restaient nébuleuses : on les découvre ici, en même temps qu'un personnage inoubliable, à la carrure impressionnante et à la trajectoire empreinte d'un fatalisme digne des meilleurs romans de David Goodis.
Cet anti-héros renvoie aussi à l'autre figure qui hant la série sans presqu'y apparaître, l'ex-commissaire Jim Gordon, le fidèle allié de Batman (totalement absent lui de ces quatre chapitres) : avec Harvey Bullock, c'est une époque révolue du G.C.PD. qui est aussi évoquée, dont il ne reste quasiment plus rien - à peine ce passé conserve-t-il pour témoin Renee Montoya.
Brubaker se sert de cette différence éthique et générationnelle incarnée par Bullock pour souligner l'évolution du commissariat à travers la détective Josie MacDonald, jeune recrue qui ne comprend pas l'indulgence des anciens partenaires de ce flic déchu alors que, dans le même temps, ils se méfient de l'agent de la brigade scientifique Jim Corrigan, un modèle d'intégrité professionnelle selon elle.
Encore une fois, les personnages densifient l'intrigue et l'intrigue enrichissent les personnages : peu de comics exploitent aussi adroitement la narration, les enjeux dramatiques et ses acteurs, sans sacrifier aucun de ces trois éléments.
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Michael Lark va aussi à partir de ces épisodes entamer une fructueuse collaboration avec l'encreur-finisseur Stefano Gaudiano : leur rencontre, qui a produit des planches magnifiques dans le récent run de Brubaker sur Daredevil, sonne déjà comme une évidence tant les deux artistes se complètent déjà à merveille.
On a peut-être affaire là au tandem qui sait aujourd'hui le mieux représenter ce qu'on pourrait appeler des "street-level stories", des récits urbains d'un réalisme saisissant : leur Gotham city est le développement de celle qu'avait cartographié David Mazzucchelli dans Batman : Year One, évoquant New York (comme le soulignait Lawrence Block dans la préface du volume 1) tout en lui donnant une identité visuelle unique.
Il faut aussi saluer avec quel talent ils dessinent l'abondant casting de la série (24 rôles listés dans le "who's who" ouvrant l'album) : chaque personnage, même celui qui ne fait qu'une brêve apparition, est dôté d'un physique, d'une allure, immédiatement reconnaissable, dont se dégage une humanité troublante. C'est aussi ainsi que la mort de certains d'entre eux devient un moment fort car le lecteur non seulement sait exactement qui est la victime mais a pu s'attacher à elle et mesure la vulnérabilité de ces "simples mortels" pris dans les conflits entre un justicier déguisé en chauve-souris et des psychopathes aussi excentriques qu'infâmes.
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En se concentrant sur les épisodes de l'équipe formée par Brubaker-Rucka/Lark-Gaudiano, ce recueil softcover conserve sa cohérence esthétique et narrative. Mais surtout il confirme l'exceptionnelle excellence d'une oeuvre à (re)découvrir de toute urgence : oui, Gotham Central est vraiment un "masterwork" !