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jeudi 7 mars 2024

X-MEN #22 (Gerry Duggan / Phil Noto)

 

Où l'on assiste au grand retour de Ilyana Rasputin /Magik, infectée par des nanites et mourante mais désireuse de liquider quelques sbires d'Orchis tout en libérant des mutants détenus dans un goulag de l'organisation anti-mutante...



Je ne vais pas vous mentir : je n'ai pas aimé cet épisode, et pourtant j'adore Ilyana Rasputin / Magik, et pourtant il y a quelques très bonnes scènes. Mais ça n'a pas pris comme j'aurai aimé. En vérité, je trouve que Fall of X n'en finit pas de finir et que Gerry Duggan fait n'importe quoi - sans doute parce qu'il lui faut bien écrire d'ultimes épisodes avant que ne soit bouclé l'ère de Krakoa.


En fait, on pourrait dire que Marvel, une fois de plus, s'est tiré une balle dans le pied. En annonçant des mois à l'avance la fin de l'âge de Krakoa, l'éditeur a rendu des fans inconsolables et ceux qui n'ont pas aimé cette période à la fois excités et dubitatifs pour la suite. Et ce n'est pas la gestion de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X (les deux mini qui n'en font - soi-disant - qu'une mais qui sont surtout également médiocres) qui a arrangé les choses.


La fin de l'âge de Krakoa précédera, on le sait, une sorte de reboot qui ne dit pas son nom et sans doute un changement de cap. Tom Brevoort, un vétéran de Marvel avec plus de trente ans de service, va s'asseoir dans le fauteuil de Jordan White, qui n'a pourtant pas démérité mais qui s'en va parce que Brevoort est plus haut placé dans l'organigramme. Et Brevvort a déjà laissé entendre qu'il n'entendait pas réduire la voilure en éditant au moins autant de titres X, même s'il y aurai certainement pas mal de nouveaux auteurs et artistes sous ses ordres (Gail Simone, malgré ses dénégations, va certainement écrire une grosse série mutante).
 

Fall of the House of X raconte en parallèle de la série X-Men l'échec des mutants contre Orchis et notamment le règne des machines (Moira X, Nimrod et la sentinelle oméga en tête), tandis que Rise of the Powers of X suggère, sans nuances, via un voyage temporel, comment la franchise mutante va être rebootée. Et c'est bien là le problème comme l'illustre ce X-Men 22.

En effet que ce soit dans Fall of the House of X ou dans X-Men, on suit désormais des X-Men qui sont déterminés à rendre coup pour coup contre Orchis. L'objectif central qui est de libérer Cyclope dont la mascarade de procès se tient actuellement est complètement noyé par ces assauts dont j'ai toute la peine du monde à comprendre la logique. Mais ce n'est pas grave puisque on sait déjà comment tout sera pardonné (en tout cas pour le monde de la Terre 616) et oublié (grâce au fameux voyage temporel destiné à effacer toute la dixième vie de Moira et donc l'existence même de Krakoa comme nation).

Du coup, on assiste à un spectacle étrange et perturbant où tout ce qui se passe compte en fait pour du beurre mais qui écorne quand même considérablement l'image des X-Men. Car il y a ce qu'oubliera le monde dans les comics et il y a ce dont se souviendront les lecteurs, et ça, voyez-vous, ce n'est pas pareil. 

A quoi assiste-t-on et qui entache nos héros ? On voit des X-Men procéder à une vendetta sanglante contre Orchis. D'un côté, le fan de base se dit : "Hé, ce sont les méchants, s'ils meurent, ce n'est pas grave, et puis même, ils l'ont mérité". De l'autre, on se dit, et chez moi, c'est ce qui l'emporte : "Hé, les X-Men sont en train d'assassiner des hommes et des femmes qui certes ont conspiré pour les éliminer, mais quand même les X-Men TUENT !".

Et ça, hé bien, pour moi, c'est n'importe quoi, c'est vraiment tout ce que ne sont pas les X-Men, ces héros persécutés, mais qui ne répondent jamais en suivant la loi du talion. Wolverine tue, mais c'est presque à part, et d'ailleurs les meilleurs scénaristes savent souligner qu'il paie le prix fort pour ça. Mais voir, comme ici, Magik et Shadowkat et Emma Frost et Polaris zigouiller des membres d'Orchis, même pas les pontes de l'organisation, non de simples trouffions dans cette armée, franchement, ça ne me plait pas.

Et, attention, quand je dis qu'ils tuent, c'est pas comme ça en passant, mis en scène de manière suggestive, subtile. Non, c'est un putain de bain de sang, ça gicle de partout, c'est limite écoeurant. On peut avoir des héros qui pètent les plombs, et ça peut aboutir ensuite à d'autres histoires où ils sont confrontés à ces exactions commises en état de crise. Mais là, on sait que tout ça va être effacé des tablettes, que personne dans le monde des comics ne s'en souviendra (à part peut-être les X-men eux-mêmes, mais j'en doute - je crois que le reboot va les rendre tous amnésiques par un tour de passe-passe, un bon lavage de cerveau, peut-être par Xavier lui-même, ce ne serait pas la première fois).. Bref, tout ça restera impuni. Et c'est peut-être bien ça, le pire.

Parce que quand les séries relancées par Brevoort et compagnie débuteront, comme je le disais plus haut, le fan lui se souviendra ce qu'on fait les X-Men, il se rappellera du sang versé par eux, de leur acharnement, de leur absence totale de retenue et de scrupules, de leur absence totale d'héroïsme en fait. Et alors comment, à ce moment-là, pourrons-nous les considérer comme de sympathiques héros mutants ? J'ignore si les auteurs exploiteront ça et si oui, comment, mais là encore, j'en doute.

Je ne pense vraiment pas que Jonathan Hickman aurait fait les choses comme ça. Il voulait montrer l'avènement et la chute de l'empire mutant, c'est certain. Mais je ne crois absolument pas qu'il aurait bouclé ça dans un bain de sang, avec tellement de haine, de violence, et en ayant recours à un coup de tablette magique pour laisser la place à de nouveaux créateurs. C'est là qu'on mesure la perte qu'a représenté le départ de Hickman, qui n'a jamais été remplacé par un auteur supervisant les grandes lignes de Destiny of X et Fall of X. Peut-être que si Al Ewing avait pris sa relève, ça aurait pu marcher, mais vraisemblablement Jordan White et Marvel n'ont pas souhaité remplacer Hickman comme "head of X", et du coup chacun a fait son truc de son côté, Duggan, Gillen Percy, Ewing. Et aujourd'hui, il faut finir le boulot, mais c'est mal fait.

Phil Noto dessine encore cet épisode, qui aurait pourtant parfaitement convenu à Joshua Cassara (qui se contente de signer la couverture - je pense que Cassara se prépare pour quelque chose, qui sera annoncé prochainement parce que c'est trop bizarre qu'un artiste mis en avant comme ça auparavant se limite en ce moment à faire des couvertures). Et bon, j'aime bien Noto, mais franchement, il n'est pas en forme actuellement. On sent qu'il travaille à l'arrache, et que ce qu'il a à dessiner ne l'inspire pas. Il ne se foule pas et en plus, comme dans cet épisode précis, l'action domine, il n'est pas dans son élément. Il y a des angles de prise de vue maladroits, des compositions foirées, des moments qui tombent à plat.

Gerry Duggan ramène Lockheed et on a droit à une scène embarrassante de nullité quand le dragon est ramené à Kitty et Ilyana : on vient d'assister à un véritable massacre commis par les deux filles et tout d'un coup, le scénariste nous sort une scène tchoupi avec le dragon. "On vient d'éviscérer tout un bataillon d'Orchis mais on est trop contentes en plus de retrouver Lockheed". Non, c'est pas possible de tomber autant à côté de la plaque.

Je sens que la fin de Krakoa va être péééééééééniiiiiiiiiiible.

vendredi 16 février 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #2 (Gerry Duggan / Lucas Werneck)


Avec Polaris à leur tête, les broods débarquent dans la station orbitale la Fleur d'Orchis. Wolverine, Colossus et Diablo sont déjà sur place. Le Dr. Stasis réussit à fuir mais Firestar est introuvable à bord. Sur Terre, Malicia et Gambit vont libérer un mutant essentiel l'assaut lancé contre l'ennemi...


Après X-Men 31 hier, la lecture de Fall of the House of X 2 se fait naturellement. J'en profite, au passage, pour vous annoncer que j'ai renoncé aux critiques groupées, on va repartir sur le modèle classique. Et du classique, c'est justement ce que nous sert Gerry Duggan.


Non que ce soit u  reproche mais on sent bien déjà que Fall of the House of X ne va pas renverser la table. D'ailleurs, comme pour prévenir le lecteur, Marvel avait communiqué sur le fait que l'histoire de cette mini-série relaterait un échec cuisant, un récit noir, désespéré. Certains, c'est sûr, seront choqués (et ce n'est pas illégitime) de voir Diablo jeter des agents d'Orchis dans le vide sidéral quasiment rigolant : il y a une forme de brutalité qui perturbe mais surtout déconcerte (comment les mutants espérent-ils qu'on les percevra ensuite, même une fois Orchis reconnu pour leurs méfaits, sachant qu'ils n'ont fait aucun quartier ? 

Il ne s'agit pas ici de tuer des vampires, des aliens, des ninjas (tout adversaire dont la mort ne va pas bouleverser le grand public) : quand Polaris, Colossus et compagnie massacrent des agents d'Orchis, ils tuent des humains. Ne pas s'attendre donc à une forme de revanche noble des mutants contre Orchis. Et cela pose en définitive une autre question.


Au terme de la publication de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, la franchise mutante va partir dans une nouvelle direction, avec un nouvel editor (Tom Brevoort), certainement des équipes créatives profondément remaniées (des noms circulent déjà, mais on va attendre avant de commenter). Et ce qui est étonnant, c'est de deviner si vite, si clairement la manière dont, chez Marvel, on a décidé de tourner la page Krakoa.


Je vais un peu spoiler, mais pas trop au cas où je pourrais quand même me tromper. Toutefois, si donc Fall... aboutit à une défaite confirmée par ce qu'on a déjà vu dans Rise... et que Rise... joue la carte du voyage dans le temps pour opérer une sorte de reboot (c'est aussi la ligne narrative développée par la mini Dead X-Men même si j'ai choisi de zapper cette dernière), alors où et quand se situe le loup dans cette intrigue ?

Un élément dans cet épisode de Fall... revient sur ce qui s'est passé dans la mini Rogue & Gambit de Stephanie Phillips et Carlos Gomez (parue en Mars-Juillet 2023). Elle est désormais dispo en trade paperback et je crois en cours de traduction dans la revue "Destiny of X" chez Panini : il vous sera utile de la lire, d'autant que c'est une chouette mini, pleine d'action, où Destinée commande à Malicia et Gambit d'enlever Manifold. On ignore encore pourquoi mais ici on voit Anne-Marie et Rémy le réveiller, donc les réponses à nos interrogations ne vont pas tarder et comme Eden Fesi est un mutant très puissant, il a de quoi peser sur ce qui se profile.

Le reste, c'est-à-dire ce qui se passe avant et après cette scène, est du grand spectacle où Lucas Werneck assure et Duggan s'amuse visiblement, dans un registre moins grave que sur X-Men. L'assaut de la Fleur d'Orchis avec Polaris qui a déplacé la station Knowhere où résident désormais les broods fera plaisir à ceux qui, comme moi, ont déploré le trop bref séjour de Lorna Dane dans l'équipe première des X-Men. Tout comme de revoir ensemble Colossus, Wolverine et Diablo : il se passe quelque chose de jubilatoire et nostalgique quand ces trois-là, si longtemps ensemble mais séparés depuis le début de l'ère de Krakoa, interagissent.

Toutefois je mentirai si j'affirmai que tout ça marcherait mieux encore en ayant été raconté au sein de la série X-Men. Surtout sans Rise... en même temps : achever l'ère de Krakoa par un baroud d'honneur des X-Men aurait, à mon sens, eu du panache et nourri une forme d'incertitude excitante sur la forme de leur retour (plutôt que de miser sur un reboot à base de voyage dans le temps. Tom Brevoort aurait même pu commencer son run avec un statu quo imprévisible, aussi inattendu et foutraque que celui de Grant Morrison et Hickman.

Nous verrons bien. J'espère me tromper et que la fin de Krakoa comme le retour des X-Men seront aussi originaux que percutants.

jeudi 15 février 2024

X-MEN #31 (Gerry Duggan / Phil Noto)

Avant-propos :

Je reviens après une absence indépendante de ma volonté : j'étais - et je suis encore un peu - atteint par la grippe et dans l'incapacité d'alimenter ce blog, d'écrire des articles. Les vicissitudes de mon grand-âge... Mais à chaque chose malheur est bon puisque, dans mes bons moments, j'avais quand même le plaisir de lire et donc d'emmagasiner du matériel pour le blog dans les prochains jours.

Merci pour votre patience. Et portez-vous bien.

Ce qui suit contient des spoilers : il devient impossible
de garder secrets des éléments de l'intrigue à ce stade.


Talon morte lors de leur mission sur la Contre-Terre, Synch a gardé son esprit grâce aux pouvoirs de Jean Grey mais sans le dire à personne. Toutefois, cela l'empêche d'assister ses amis X-Men aux prises avec Nimrod...


J'écris cette critique de X-Men #31 après avoir lu le deuxième chapitre de Fall of the House of X et cela me permet d'apprécier ce que rédige Gerry Duggan à la fois dans la série régulière et la mini-série qui accompagnent la fin de l'ère de Krakoa.


Et quand je dis "apprécier", c'est vraiment le cas car le scénariste conçoit X-Men et Fall of the House of X non pas comme deux histoires parallèles mais bien comme un tout, organiquement lié, qui se répond, se complète. Pas sûr qu'on trouve la même relation avec Rise of the Powers of X, ni même d'ailleurs que cette autre mini-série ne finisse pas gâcher le projet de Duggan.
 

En effet, ce qui frappe, c'est que Marvel a voulu, sciemment, élaborer Fall... et Rise... comme le furent House of X et Powers of X. Sauf que ces deux-là étaient écrites par le seul Hickman quand Fall... et Rise... le sont par des auteurs aussi différents que Duggan et Kieron Gillen, autrement dit pour le premier quelqu'un essentiellement tourné vers ses personnages quand l'autre l'est vers les concepts. (mais un bon cran en dessous de ce que peut faire Hickman).


Lire X-Men 31, c'est donc, avant tout, lire la relation de personnages. Même avec en son centre une bataille contre Nimrod, Duggan est concentré sur ses héros, leurs rapports. L'épisode est encore une fois dessiné par Phil Noto, dans une meilleur forme que pour X-Men 30, mais en vérité uniquement parce que lui aussi se distingue par sa qualité à dessiner des personnages alors que sa mise en scène de l'action demeure au mieux paresseuse, au pire bâclée.

Outre les retrouvailles entre Wilson Fisk et Typhoid Mary (celle-ci avait été projetée avec Magik et Dani Moonstar dans un dimension parallèle lors du Hellfire Gala, et tout cela a été relaté dans la mini Realm of X que je n'ai pas lue), Duggan et Noto consacrent donc l'essentiel de leurs efforts aux adieux entre Synch et Talon.

Comme j'ai tenu à prévenir en avant-propos, je ne peux tenir certaines infos secrètes plus longtemps sans écrire des critiques qui deviendraient trop cryptiques, tournant autour du pot sans avoir rien à commenter. En l'occurrence, je choisis de révéler que Talon a trouvé la mort sur la Contre-Terre où elle et Synch ont dérobé au Maître de l'Evolution une orbe capable de neutraliser le poison inoculé par Orchis à la médecine krakoane. Mais évidemment, la mission a dégénéré et Laura Kinney en a fait les frais et comme, les Cinq étant toujours introuvables, on ne peut plus ressusciter les mutants, elle est réellement morte.

Synch a toutefois trouvé une astuce pour conserver son esprit mais cette solution n'a pas d'avenir parce qu'elle lui coûte des efforts terribles et l'empêche de soutenir les X-Men sur le terrain. Cela aboutit à une scène vraiment déchirante d'adieux pour le plus vieux couple de mutants ayant jamais vécu (si on prend en compte la durée de leur séjour commun dans la Voûte et de leur romance).

Duggan et Noto rivalisent de sobriété pour traiter cela. Alors, évidemment, il y a une autre Laura Kinney dans la nature (ressuscitée par erreur quand on croyait la première morte dans la Voûte), mais il est impossible d'imaginer un rapprochement romantique avec Everett Smith : c'est bien la X-23 originelle qui disparaît ici et c'est réellement émouvant. Duggan aura fait de Synch et Talon un couple iconique de l'ère de Krakoa.

Un très bel épisode donc avant le retour des grandes manoeuvres pour Fall of the House of X 2, dont je vous causerai vite.

dimanche 21 janvier 2024

X-MEN #30 (Gerry Duggan / Phil Noto)


Trois tandems : Cyclope rêve de Jean Grey et en parle à une psy à la solde d'Orchis entre deus séances de son procès. Iron Man apprend par Firestar que Orchis la soupçonne d'être un agent double. Synch et Talon partent sur la Contre-Terre pour voler au Maître de l'Evolution de quoi soigner les humains victimes de l'empoisonnement des remèdes krakoans.


C'est un curieux épisode que ce (déjà) trentième numéro écrit par Gerry Duggan. Curieux d'abord parce qu'il se déroule en même temps que Fall of the House of X et nous montre que d'autres mutants sont affairés pendant que leurs semblables ont déclaré la guerre à Orchis. Et curieux par sa construction même.
 

En fait, comme l'indique mon résumé, Gerry Duggan découpe l'épisode en scènes où il suit des couples. Cyclope se confie à une psy aux ordres d'Orchis et du Dr. Stasis en particulier, qui veut se servir de ce que dit Scott Summers pour l'accabler durant son procès. Puis Iron Man retrouve Firestar qui lui fait part des soupçons qui pèsent sur elle dans la direction de Orchis. Enfin, et surtout, au coeur du dispositif, on a Synch et Talon en mission sur la Contre-Terre du Maître de l'Evolution qui possède un moyen de régler un des gros problèmes des mutants.


Duggan ne fait aucune mention de ce qui s'est passé dans Fall of the House of X, mais il ne fait pourtant aucun doute que ce qui se passe là se situe en parallèle, ne serait-ce qu'à cause de la situation de Cyclope qui se trouve à Paris pour son procès. En vérité, le scénariste prouve qu'il n'a pas oublié que tout ne tourne pas autour de cette mascarade judiciaire mais que d'autres mutants sont bien occupés par d'autres aspects de la crise actuelle.


Si la scène avec Cyclope ouvre l'épisode et celle avec Iron Man et Firestar est rapide, en revanche Duggan développe ce qui se passe avec Synch et Talon. Pour commencer, il revient sur ce qu'avait établi Jonathan Hickman dans X-Men #18-19 (dans le précédent volume du titre), avec la mission accomplie par les deux mutants chez les Enfants de la Voûte, les milliers d'années qu'ils ont passé ensemble ou séparés, la romance qui s'est nouée entre eux, mais aussi sur l'époque suivante (l'actuelle volume de la série) où Laura Kinney a été ressuscitée sans qu'on sache que sa précédente version vivait encore dans la Voûte.
   

Le retour du Maître de l'Evolution à cette occasion va aboutir à un tour particulièrement dramatique et la dernière page de l'épisode vous réserve une image mémorable et très troublante. En dire plus serait criminel, mais il sera intéressant de voir quand et comment Duggan va négocier cette affaire. C'est en tout cas très fort et retors.

On peut par contre s'interroger sur la qualité du dessin de Phil Noto. J'aime beaucoup cet artiste mais il semble avoir ici travaillé rapidement, comme s'il avait été appelé en catastrophe. Cela se voit nettement dans la pauvreté des décors, des finitions bâclées. Noto est un artiste rapide mais professionnel, aussi quand ses planches montrent des signes aussi évidents de laisser-aller, c'est qu'il a livré son travail dans l'urgence.

Par ailleurs, Noto fait tout : dessin, encrage (même si ça n'a plus grand sens d'appeler ça de l'encrage puisqu'il travaille numériquement et que le temps où des encreurs trempaient leurs plume et pinceau dans un encrier semble révolu), et couleurs. Les effets qu'il tire de ces ressources infographiques sont impeccables, maîtrisées, mais moins peaufinées que d'habitude. En fait, Noto n'est jamais meilleur que lorsqu'on lui confie des scènes tranquilles, pas de l'action (car il n'a pas un découpage et des compositions très stimulantes pour représenter ce type de scènes). Mais là, même dans le registre qui lui convient le mieux, tout est trop plat.

C'est dommage parce que ce que raconte Duggan mérite mieux qu'une simple illustration : par exemple, dans la première scène avec Cyclope, il y a un mélange d'érotisme et de mélancolie, mais Noto échoue lamentablement à le restituer. Passons sur la scène entre Iron Man et Firestar, qui est purement fonctionnelle. Mais on a le même sentiment d'impuissance de la part de Noto quand il lui faut raconter visuellement la mission de Synch et Talon et ses terribles conséquences. Là aussi ça traduit un manque de temps, de recherche : Noto se contente de dessiner ça à l'économie et le résultat en pâtit terriblement.

On a donc l'exemple type d'un épisode faible visuellement mais très bien écrit : ce n'est pas plus suffisant ou satisfaisant qu'un épisode superbement bien dessiné mais mal écrit. Souhaitons que Phil Noto se ressaisisse puisqu'il sera aux manettes des trois prochains numéros avant le retour en Avril de Joshua Cassara.

vendredi 12 janvier 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #1 / RISE OF THE POWERS OF X #1 (Gerry Duggan, Kieron Gillen/Lucas Werneck, R.B. Silva)

Et c'est parti ! "Deux séries qui n'en font qu'une" : puisque c'est ainsi que Marvel vend Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, autant grouper leurs critiques en un seul lot pour vérifier si c'est vrai. Ce qui l'est, vrai, c'est qu'on entame la fin de l'ère de Krakoa avec ces deux mini en cinq numéros, ce qui nous projette jusqu'en Mai 2024.

  


Aujourd'hui. Cyclope est jugé à Paris pour crimes contre l'humanité parce que la médecine krakoane était empoisonnée (par Orchis). Mais les X-Men encore sur Terre s'organisent pour sauver leur ami. A moins que le Professeur X ait un autre plan en tête...


Gerry Duggan a promis une histoire noire tandis que Jordan White, l'editor-in-chief des séries X, a juré que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X seraient deux séries qui n'en font qu'une.. Tout cela évoque bien entendu la démarche de Jonathan Hickman quand il avait écrit House of X/Powers of X et relancé les séries mutantes.
 

On retiendra surtout de ce premier épisode son rythme, trépidant, et sa prime à l'action. La situation critique dans laquelle se trouvent les mutants depuis le massacre du Hellfire Gala et Cyclope en particulier, jugé pour l'exemple par ses opposants qui veulent faire croire que Krakoa a cherché à empoisonner les humains avec leurs remèdes miracle, donne lieu à un récit haletant et désespéré. On voit mal comment le plan des X-Men pourrait effectivement sauver quoi ou qui que ce soit.

En gros, ils lancent une offensive contre Orchis tout en cherchant à faire évader Cyclope. Pas sûr que cette tactique les réhabilite aux yeux d'une foule acquise (dans sa grande majorité) à la propagande d'Orchis - il n'est même pas interdit de penser que ce plan est en définitive assez idiot car on voit mal ce que les mutants ont à y gagner. Mais justement, c'est cela qui intrigue et on se gardera donc de conclure hâtivement. 

D'autant que Charles Xavier, qui vit désormais seul sur Krakoa, semble avoir d'autres projets en tête et compromet la stratégie des X-Men en ordonnant à Rasputin IV de quitter son poste... Ce que cela signifie ajoute au mystère et au suspense.
  

J'aurai adoré que Pepe Larraz, après Big Game, revienne chez Marvel pour dessiner Fall of the House of X puisque R.B. Silva se charge de la partie graphique de Rise of the Powers of X, mais Marvel a préféré confier à la star ibérique son prochain event (Blood Hunt) mais il ne signera que les couvertures. Il faudra donc se contenter de Lucas Werneck. Le brésilien présente à mes yeux moins d'intérêt : son trait manque de puissance, ses compositions sont souvent maladroites, mais reconnaissons qu'il s'en sort bien ici. A voir cependant s'il tiendra sur la durée...

Un début curieux et pessimiste mais prenant.


Dix ans dans le futur. Nimrod, la Sentinelle Oméga et Orchis ont vaincu. Les X-Men se sacrifient dans des poches de résistance pour gagner du temps au groupe mené par Synch et formé par Shadowtiger (Kitty Pryde), Wolverine, Captain Krakoa (Kamala Khan) et Iron Man (ou ce qu'il en reste). Les machines ont donc gagné. Sauf si...


Si Fall of the House of X m'invite à une certaine réserve esthétique, que Kieron Gillen écrive Rise of the Powers of X m'incite à la méfiance. Le scénariste ne m'a jamais convaincu sur un titre X, a fortiori durant l'ère de Krakoa. Il investit qui plus est une partie futuriste, très axée sur la science fiction "dure", un domaine que Hickman avait développé comme peu d'autres avant lui pour les mutants.

L'épisode est dense et consistant (comme Fall of the House of X, on dépasse les trente pages) et nous présente des personnages revisités (à part Wolverine, Rasputin IV et Cypher ainsi que les méchants, Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, Dr. Stasis) dans un cadre extrême. Les mutants ne sont plus qu'une poignée et on assiste à la mort de plusieurs de leurs figures emblématiques dans des scènes fulgurantes et cruelles.

Le reste pourra sembler trop touffu : il est question de l'avènement des machines (avec une mention ironique à Terminator), de la fameuse ascension formulée par Hickman (où une planète est absorbée par une entité cosmique). Mais évidemment il y a un grain de sable (comme dans Fall of the House of X) et comme nous sommes avec Gillen, Mr. Sinistre et ses clones ne sont pas loin. Mais il n'y a pas que lui.

Car la noirceur ici doit s'accompagner d'une solution en vue de la refonte prochaine de la collection X. A cet égard la dernière page suggère un dispositif narratif pour justifier la relance annoncée qui sans être originale demande à être examinée plus avant. Plutôt malin donc pour hameçonner le lecteur...
  

Visuellement, R.B. Silva produit des planches superbes. Souvent irrégulier, l'artiste est fait pour ce genre de mini-séries événementielles et particulièrement pour ces environnements futuristes où il fit des merveilles déjà avec Powers of X. Son sens du design, le fait qu'il exploite à fond les effets spéciaux du dessin numérique, la colorisation chiadée, tout concourt à entraîner le lecteur dans quelque chose de peu commun.


Tant pis dès lors si les concepts maniés par Gillen sont moins fluides que lorsque Hickman les utilisait, on est accroché. Mais attention quand même : souhaitons que la montagne n'accouche pas d'une souris, ou, autrement dit, que la relance programmée des X-Men et de leur univers ne tienne pas ç un tour de passe-passe facile. C'est le plus grand défi pour la conclusion d'une des périodes les plus imaginatives et controversées de la franchise.

jeudi 21 décembre 2023

UNCANNY AVENGERS #5, de Gerry Duggan et Javier Garron


And it's a wrap ! Ce nouveau volume de Uncanny Avengers se termine avec ce cinquième épisode, juste à temps pour la prochaine étape dans l'univers des X-Men. Gerry Duggan finit ce run en beauté, avec beaucoup d'action, une débauche de spectacle, assumant son côté too much. Javier Garron confirme qu'il est un artiste avec lequel il faudra compter et j'espère que Marvel exploitera son talent à bon escient très vite.


Captain Krakoa affronte successivement Captain America, Deadpool, Black Widow, Psylocke et Monet sans qu'aucun de ces derniers n'en viennent à bout. Pire : Malicia apprend que la bombe nucléaire qu'il a installé dans le campus ne peut être désamorcée...


Ce sera, je vous le promets, une critique sans spoilers. J'ai illustré cette entrée avec des planches qui ne révèlent pas l'identité de Captain Krakoa ni l'issue de l'histoire. Tenez-vous en conséquence éloigné des sites d'infos spécialisés comics vo si vous ne voulez pas en savoir plus.


Pour ma part, cette conclusion me satisfait pleinement. Gerry Duggan est vraiment un scénariste parfait pour animer cette formation avec des héros traditionnels et des mutants, tout en se distinguant de celui qui avait lancé l'idée (Rick Remender).


Duggan promet d'ailleurs un "never the end..." à la toute dernière page qui peut faire espérer à un retour du titre dans le futur et Marvel serait bien inspiré de le laisser faire car il y a de la place pour une série comme ça, quel que soit ce que l'éditeur réserve aux mutants en 2024. Et d'ailleurs, même avant qu'une série Uncanny Avengers ne soit lancée, des X-Men ont grossi les rangs des Avengers, il n'y a pas besoin de prétexte pour continuer.

Comme je l'écrivais dans la critique de X-Men #29, Duggan a une façon bien à lui de procéder pour construire ses intrigues : au lieu de partir des personnages héroïques, il réfléchit au(x) vilain(s) qui poseront le plus de problème à ces derniers. Et dans le cas présent, comme pour X-Men, il a opposé aux Uncanny Avengers des ennemis coriaces.

Dans ce dernier épisode, tout va très vite : c'est de l'action non-stop, avec des affrontements musclés, où personne ne retient ses coups. Jusqu'au bout, l'issue est incertaine et d'ailleurs le récit se termine sur une note plutôt mitigée. C'était prévisible vu que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X se chargera d'apporter une fin à Fall of X.

La vraie question à se poser, c'est : est-ce que cette mini-série, comme toutes les autres qui ont été lancées durant Fall of X, apporte quelque chose de plus à cette période ? Disons que Uncanny Avengers prouve que les Avengers et les X-Men sont unis, solidaires dans la crise actuelle. Et d'une manière générale, on peut affirmer que Orchis a marqué une sorte de tournant attendu.

En effet, après de nombreuses années à assister à des empoignades entre super-héros (depuis Civil War 1), un vrai grand méchant a émergé et si c'était d'abord une menace pour les mutants, les derniers mois ont vu le danger ressenti par toute la communauté super-héroïque. Il est juste dommage que, alors que pour une fois Marvel avait l'opportunité et la légitimité pour développer ça sur une majorité de leurs productions, il ne l'a pas fait.

Avec une organisation comme Orchis, c'était le moment ou jamais de tester les Fantastic Four, Spider-Man et un tas d'autres personnages conte un adversaire commun, qui les mettait tous en péril. Au lieu de ça, Marvel a préféré cantonner la menace Orchis aux mutants, étendant seulement la situation aux Avengers dans Invincible Iron Man (normal puisque c'est une autre série écrite par Duggan) et Uncanny Avengers. Je pense que l'éditeur a loupé une belle occasion, semblable en envergure à Secret Invasion ou à la période Dark Reign.

Mais le bon point demeure que les héros, unis dans Uncanny Avengers, ont un vrai vilain à affronter et ne cherche plus un prétexte pour se mettre sur la tronche entre eux. Gerry Duggan a fait un boulot impeccable de ce point de vue et le final le prouve avec efficacité et une certaine démesure que d'aucuns trouveront exagérée mais que j'ai pour ma part bien apprécié.

Et si Duggan s'est lâché, c'est parce qu'il savait pouvoir compter sur un artiste capable de rendre justice à son script. Javier Garron aura accompli une prestation remarquable (même s'il a été remplacé sur un numéro, mais par un excellent fill-in). Son trait très expressif, très détaillé, est impressionnant quand on voit sa capacité à enchaîner.

Garron me fait penser à ce que disait le regretté George Pérez quand il s'amusait de la lenteur des dessinateurs de la génération actuelle, à la peine avec les deadlines, alors que lui, réputé pour sa générosité graphique et sa productivité, a longtemps prouvé qu'on pouvait, en travaillant à l'ancienne qui plus est, rendre vingt pages par mois sans rien sacrifier à l'exigence.

En ce sens, avec Garron, Marvel tient une pépite sur laquelle il aurait tort de ne pas compter. Il s'est fait connaître sur Avengers de Jason Aaron en succédant à Ed McGuinness, tenant la baraque comme un chef. Il a enchaîné avec ces épisodes Uncanny Avengers presque sans avoir pu souffler, et donne une leçon à nombre de ses confrères avec des planches de haute volée. Il fait partie, avec Carmen Carnero, des talents émergeants à qui l'éditeur devrait confier de gros projets, des séries en vue - pour peur évidemment qu'elles soient bien écrites aussi.

Je renouvelle donc le souhait de relire des aventures de Uncanny Avengers dans le futur, si possible toujours écrites par Duggan. Qui va poursuivre désormais avec X-Men et surtout Fall of the House of X.

samedi 9 décembre 2023

X-MEN #29, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


C'est le dernier épisode de X-Men pour la période Fall of X. X-Men #30 se déroulera en parallèle de Fall of the House of X qui sera également écrite par Gerry Duggan, lequel nous promet une mini-saga très noire (tandis que Rise of the Powers of X écrit par Kieron Gillen se déroulera dix ans dans le futur). Joshua Cassara revient dessiner ce numéro 29 avec son punch habituel.


Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel sont en Latvérie et le Dr. Fatalis les accueille sur le pied de guerre avec sa propre équipe de mutants. Les trois X-Men les croient sous emprise mais se trompent. L'affrontement est inévitable.


Le mois prochain le monde des X-Men va connaître un nouveau basculement avec le début de la parution de deux mini-séries en six numéros chacune dont chaque épisode sortira à une semaine d'intervalle chacun, comme ce fut le cas en 2019 avec House of X et Powers of X.


Officiellement, c'en sera fini de la période Fall of X mais n'allez pas croire que les scénaristes Gerry Duggan et Kieron Gillen, respectivement aux commandes de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X réservent une pause pour les X-Men.


Et surtout la série X-Men continuera d'être publiée pendant ce temps, exploitant d'autres intrigues parallèles mais simultanées. Toutefois, c'est bien une page qui va se tourner en 2024 pour nos héros et pas seulement sur un plan narratif.

En effet, Jordan White, qui supervisait toute la gamme mutante depuis 2019, va céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusque-là des Avengers. C'est un signal fort envoyé par Marvel aux fans, une manière de dire que désormais les X-Men deviennent (à nouveau) les vraies vedettes de l'éditeur. Et quand on sait que Kevin Feige commence lui aussi à prospecter pour trouver des auteurs susceptibles d'introduire les mutants dans le MCU, le mouvement est enclenché.

Des titres touchent à leur fin : d'abord ceux qui ont été lancés dans la foulée de Fall of X, mais aussi d'autres qui existaient avant (comme Immortal X-Men). D'autres seront certainement relaunchées l'an prochain (X-Force et Wolverine - Benjamin Percy qui les écrivaient a laissé entendre qu'il ne les écrirait plus, même s'il affirme aussi ne pas en avoir fini avec certains personnages). Et ce sans oublier le teaser concernant une série New X-Men (qui évoque immanquablement le run de Grant Morrison). Bref, ça va bouger.

Gerry Duggan est resté silencieux concernant son avenir sur la franchise après Fall of the House of X. Peut-être Marvel et Brevoort préparent-ils l'arrivée de nouveaux auteurs, histoire d'apporter du sang neuf (et se distinguer de ce qu'a supervisé Jordan White).

Quoiqu'il en soit, Duggan se sera tardivement révélé sur X-Men, comme si Fall of X et le dernier Hellfire Gala lui avait permis de s'émanciper de l'héritage de Hickman. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est sans doute pas un grand scénariste, mais c'est un professionnel solide qui s'épanouit dans les contraintes qu'il s'est lui-même fixé. En l'occurrence une période de crise intense pour les mutants.

Duggan l'a expliqué en interview : il procède d'une manière spéciale pour développer ses histoires. Au lieu de s'intéresser aux héros, il part du méchant susceptible de les éprouver le plus. Avec le triomphe sanglant d'Orchis, en particulier du Dr. Stasis, MODOK, Nimrod, Moira X, il disposait d'antagonistes coriaces et retors à même de faire souffrir les X-Men.

De fait, depuis, l'équipe des X-Men n'existe plus vraiment : il subsiste un noyau de résistants éparpillés quand la majorité des krakoans a disparu et que ceux qui sont sur Arakko/Mars sont engagés dans une guerre contre Genesis (dans la série X-Men Red d'Al Ewing). Duggan s'est véritablement épanoui avec cette non-équipe réduite où chacun réagit de manière très différente à la crise actuelle. Kitty Pryde s'est assombrie comme jamais. Synch et Talon sont devenus des leaders. Wolverine, accaparé par ailleurs, est très discret. Rasputin IV tient un rôle ingrat de témoin qui aimerait bien agir davantage. Et MS. Marvel doit composer avec son nouveau statut. Enfin Firestar est dans une situation très compliquée d'agent double.

Le mois dernier, Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel apprenaient justement grâce au Fléau via Firestar que la Latvérie abritait des mutants. La logique conduisait Synch et Talon à penser qu'ils étaient retenus contre leur gré par Fatalis, même si Orchis n'avait entamé aucune action contre ou avec celui-ci. Cet épisode démarre donc exactement là où on en était resté avec Fatalis surprenant le trio Wolverine-ShadowKat-Ms. Marvel sur ses terres. Et là, surprise...

Il y a bien des mutants en Latvérie, mais très peu en vérité, et surtout au service de Fatalis, de leur plein gré. Et pour cause, il les a soustrait à des conditions de vie infâmes pour devenir sa garde rapprochée (même si certains, jugés instables, sont gardés sous clé). Ce malentendu va évidemment provoquer une bagarre, entrecoupée de flashbacks sur le passé des mutants latvériens.

Joshua Cassara revient sur le titre pour ce numéro qui lui va comme un gant car il est complètement dans son élément quand il s'agit de mettre en images une bonne bagarre. Il souligne le caractère coriace des mutants de Fatalis, qui possèdent des pouvoirs assez originaux, et le fait que l'artiste a créé leurs designs contribue immanquablement à la facilité avec laquelle il les anime.

L'épisode est donc découpé en trois blocs : les flashbacks, rapides et convenus ; la bagarre, expéditive et efficace ; et un dernier morceau, le plus surprenant, après l'affrontement, qui éclaire sur la position de Fatalis mais aussi de ses mutants (dont la position n'est pas forcément alignée sur celle de leur maître, ce qui encourage à penser qu'on pourrait les revoir dans un futur proche). Dans cette dernière séquence, Cassara nous fait apprécier son goût du détail pour le décor d'une salle de banquet bien garni mais aussi dans sa façon de représenter Fatalis, vraiment impressionnant.

La boucle est bouclée avec la scène d'ouverture qui se passe dans le passé, lorsque Charles Xavier aux côtés de Magneto et Moira, s'apprêtait à lancer son message à l'humanité sur la naissance de la Nation X. Duggan s'autorise une petite retcon habile en imaginant que Fatalis avait intercepté le message de Xavier et le lecteur découvre du même coup que, déjà, le maître de la Latvérie avait déjà sa bande de mutants aux ordres. Surtout, Fatalis avait prophétisé la chute de Krakoa dès le début en annonçant à Xavier qu'il n'avait pas l'étoffe d'un gouvernant et que son petit Etat ne serait jamais craint comme la Latvérie. Malin. Et juste.

Encore une fois, Duggan prouve son excellence dans ce genre d'exercice de style, avec une narration rapide, des personnages bien campés, des situations exploitées avec efficacité, sans fioritures. Cassara lui emboîte le pas avec son dessin brut. Le fan est comblé et attend maintenant avec impatience de lire Fall of the House of X (et Rise of the Powers of X).

vendredi 17 novembre 2023

UNCANNY AVENGERS #4, de Gerry Duggan et Javier Garron


Ce pénultième épisode de Uncanny Avengers en relation avec Fall of X est une fois de plus une lecture réjouissante : Gerry Duggan donne au lecteur ce qu'il faut d'action pour le divertir et accorde assez de soin à la caractérisation pour s'attacher aux personnages. Javier Garron est de retour en grande forme avec des planches très dynamiques et détaillées. Un sans-faute ? Presque...


Tandis que Ben Urich dévoile publiquement au Dr. Stasis qu'il reste un témoin humain du massacre commis lors du Hellfire Gala, la division Unité remonte, grâce au traceur posé sur les Fenris, la piste du Front de Libération Mutant. Mais Captain Krakoa a reçu l'ordre de faire taire Urich...


Comme j'ai (peut-être) eu l'occasion d'en parler auparavant, je suis quelques Youtubeurs qui causent comics. Parmi ceux-ci Max Faraday qui travaille dans une librairie du Nord de la France et qui se distingue pour son amour des comics des années 90, notamment les débuts d'Image Comics. C'est un type qui n'a pas sa langue dans sa poche, qui fait de petites vidéos spontanées.


Comme ces derniers jours il a prévenu ses abonnés qu'il serait absent, il a posté sa dernière vidéo, préenregistrée, ce mardi où il explique pourquoi, selon lui, le niveau a baissé. Je n'ai pas été d'accord avec ce qu'il a dit et je lui ai laissé un commentaire pour argumenter (mais je n'ai pas l'impression qu'il réagit beaucoup aux commentaires).


Bref, pour résumer son propos, le problème se situerait, notamment chez Marvel, par le fait que les séries ne disposent ni de scénaristes ni de dessinateurs suffisamment excitants, même s'il y a des talents qu'il estime sous-exploités. Pour ma part, je trouve que c'est un jugement déséquilibré.

Et Uncanny Avengers en est un exemple parfait. Gerry Duggan n'est effectivement pas ce que je qualifierai de grand scénariste. Il est inspiré de manière inégale mais sur ces derniers mois, en ayant orienté largement la course des mutants depuis le dernier Hellfire Gala, il a démontré sa capacité à se dépasser, sans nul doute parce qu'il est maître du jeu.

Donc, on peut dire qu'en ce moment Duggan se situe dans une fourchette haute chez Marvel : ses histoires sont d'une qualité remarquable, elles collent au statu quo, proposent un divertissement efficace. Cet avant-dernier épisode de Uncanny Avengers le prouve : il y a beaucoup d'action, du spectacle et encore des pistes bien creusées dans l'intrigue.

L'essentiel du numéro oppose dans une baston musclée et même sanglante la division Unité au nouveau Front de Libération Mutant. Les héros ont envie d'en découdre et les membres mutants de l'équipe tranchent dans le vif, notamment Psylocke déchaînée. Captain America reprend le leadership du groupe et distribue les rôles tout en étant lui-même en première ligne à la fin.

Ben Urich est également utilisé à bon escient, à la fois dans sa partie journalistique qui met dos au mur le Dr. Stasis et dans une partie plus délicate où il est la cible de Captain Krakoa. A la fin, ces deux lignes narratives se rejoignent de manière fluide et percutante à la fois.

Le "presque" sans faute que je mentionnais en intro concerne essentiellement l'identité du Captain Krakoa qui est dévoilée à la toute dernière page. Je ne vous la spoilerai pas, mais comme c'était l'hypothèse la plus souvent évoquée, la voir se confirmer déçoit quelque peu. J'aurai aimé être plus surpris (sans pour autant avoir en tête un candidat particulier).

Visuellement, l'épisode bénéficie avec Javier Garron d'un artiste qui n'est pas encore une superstar mais qui a suffisamment de talent et de potentiel pour le devenir (même si on peut estimer que Marvel mise déjà beaucoup sur lui après lui avoir confié la partie graphique des Avengers de Aaron). On ne peut pas, comme le suggère Max Faraday dans sa vidéo, réduire Garron à un artiste peu excitant juste parce qu'il ne jouit pas de la reconnaissance d'un Bryan Hitch par exemple (Hitch, lui-même, a ramé avant d'être consacré grâce à The Authority et The Ultimates).

Tout ça fait donc de cette mini-série une production digne de considération et c'est aussi au lecteur d'assumer sa responsabilité en ne se cantonnant pas au fait que les comics ne sont bons que parce que des vedettes les réalisent. Duggan et Garron, ce n'est sans doute pas aussi ronflant que Millar et Hich, Johns et Reis, mais ce qu'ils font ensemble a d'évidentes qualités.

Pour ma part, et j'ai eu déjà l'occasion de l'écrire dans ce blog, il y a une équité dans le succès ou l'échec d'un comic-book. Si les lecteurs ne soutiennent pas une série et ensuite se plaignent qu'elle soit annulée, il faut qu'ils comprennent que sans bonnes ventes c'est le sort réservé à tout titre, et donc il ne suffit pas de se lamenter. Chacun d'entre nous a une responsabilité : il faut acheter les comics et en parler autour de soi pour que d'autres aient envie de les acheter et les lire.

Cela n'exonère pas l'auteur, l'artiste, l'équipe éditoriale, qui doivent aussi livrer une histoire de qualité. La question du prix est devenue aussi un enjeu, pas seulement à cause de l'inflation mais parce qu'on est en droit d'attendre d'en avoir pour son argent. Perso, ça ne me dérange pas de payer plus si le contenu est plus substantiel (comme par exemple pour le premier épisode de G.O.D.S. et ses 10 $ pour plus de 60 pages). Mais quand il s'agit d'acheter un floppy à 4,99 $, je suis exigeant et je n'hésite plus à arrêter les frais si vraiment le compte n'y est pas.

Mais ce qui est sûr, c'est que je n'achète ni ne lis un comic-book pour la célébrité de ses auteurs. Je préfère une BD bien foutue par des inconnus qu'une plus faible par des stars. Donc, non, le souci ne provient pas de la notoriété des auteurs. Uncanny Avengers, je radote, est une excellent comic-book et je doute qu'il ait été meilleur fait par des gens plus renommés. Il justifie son prix et qu'on suive son histoire jusqu'au bout, qui plus est parce que cette histoire ne dure que cinq mois.

La nostalgie pas plus que la curiosité fondée sur le star-system ne garantissent les bons comics. Penser que avant c'était mieux ou que réalisé par des vedettes est un gage de qualité est une erreur : avant aussi il y avait autant de bons que de mauvais comics comme aujourd'hui, et les vedettes de demain se trouvent immanquablement dans les quasi-inconnus ou seconds couteaux d'aujourd'hui. Il en va de cela comme de la lecture même d'un livre : c'est en tournant les pages qu'on le sait, pas en relisant sans cesse ses anciens mensuels.

vendredi 3 novembre 2023

X-MEN #28, de Gerry Duggan et Joshua Cassara

 

On sent que Fall of X approche de sa fin et c'est particulièrement vrai quand on suit X-MenGerry Duggan a vraiment pris ses responsabilités. Le scénariste montre progressivement comment les deux camps en guerre s'organisent et c'est captivant. Joshua Cassara revient sur la série pour un épisode très mouvementé où son style rugueux fait merveille.



Orchis a détecté des mutants en Latvérie et s'interroge sur la façon de traiter avec le Dr. Fatalis. Pendant ce temps Firestar pirate des données et les transmet au Fléau qui s'évade et rejoint la réistance. ShadowKat doit se rendre en Latvérie avec Ms. Marvel et Wolverine les attend déjà sur place...


Encore un épisode formidable ce mois-ci pour X-Men : Gerry Duggan prouve qu'il a les choses bien en main et excelle dans cette ambiance sombre où les mutants sont à terre mais pas vaincus. Il n'y a pas à dire : le scénariste a pris une autre dimension à l'occasion de Fall of X.


Toutes les scènes s'enchaînent avec fluidité et beaucoup de rythme, il y a une tension constante qui vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. C'est tout de même assez rare qu'une série mensuelle parvienne à conserver ces éléments sans chercher à épargner ni les personnages ni le lecteur.


Car, et c'est la réussite la plus notable sans doute actuellement, personne ne peut deviner comment tout ça va finir. Tout tend à la fin de Krakoa, à une redistribution des cartes, et 2024 verra même Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusqu'à présent des Avengers.

A ce sujet, c'est le signe manifeste que Marvel mise désormais davantage sur les mutants que sur les Avengers. Une révolution après un long temps consacré à mettre les Avengers en première ligne et à synchroniser leur destin dans les comics et sur grand écran. D'ailleurs la rumeur court que Kevin Feige, qui n'était pas jusqu'alors pressé d'adapter les X-Men pour le cinéma, chercherait désormais à accélérer  sur ce plan en convoquant des scénaristes susceptibles de les introduire dans le MCU (même s'il ne faut pas non plus s'enflammer, ça ne sera pas non plus pour l'an prochain).

On a aussi eu la confirmation en début de semaine sur le site AIPT, à l'occasion d'un entretien avec plusieurs scénaristes de la franchise mutante, que Fall of X, même si Jonathan Hickman n'y a pas participé, avait été prévu par l'architecte dès le départ. Sa saga mutante était construite en trois actes (Dawn of X - Reign of X - Fall of X). Quelle vista quand même.

Pour en revenir à ce X-Men #28, ce qu'il faut en retenir, c'est que des brèches se multiplient dans le plan d'Orchis. Et ça commence par quelque chose qu'on n'avait pas vu venir : il y a des mutants en Latvérie, donc dans le pays du Dr. Fatalis et on fera plus ample connaissance avec eux le mois prochain. Vont-ils être des alliés pour les X-Men en résistance ? Ou rester en dehors du conflit ?

Il semble que Orchis soit embarrassé par tout ça : même cette organisation est réticente à affronter Fatalis, non seulement parce que ce serait un adversaire redoutable mais aussi parce que c'est le chef d'un Etat étranger. En revanche, Firestar communique l'info à la résistance via le Fléau qu'elle aide à s'évader...

Gerry Duggan arrive à lier tout ça avec une aisance admirable, y compris lors d'une scène d'une habilité épatante quand Firestar s'introduit dans la cellule de Cyclope et réussit (je vous laisse découvrir comment) à lui faire comprendre qu'elle n'a pas trahi les X-Men. L'astuce trouvée par Duggan est un bijou d'écriture.

Au dessin, on retrouve Joshua Cassara. Je l'admets, je n'ai pas toujours été fan de son travail tout en lui reconnaissant une efficacité indéniable. Disons, pour résumer, que je le trouve plus à l'aise quand il y a de l'action que pour les dialogues, les épisodes calmes.

Son trait n'est pas toujours flatteur avec les personnages, il est meilleur avec les gros durs qu'avec les femmes par exemple. C'est donc pour ça qu'ici il est parfaitement à sa place : le contexte dans lequel se déroule l'histoire, les protagonistes, l'ambiance, tout correspond à la dureté naturelle de son style.

En outre, quand à la fin de l'épisode, ShadowKat et Ms. Marvel retrouvent Wolverine (Logan), l'expérience qu'a acquise Cassara pour dessiner ce dernier quand il travaillait sur X-Force permet de rendre au griffu toute sa dangerosité et son souci de ne pas mettre en danger Kamala Kahn et Kitty Pryde pour ce qui les attend.

Vraiment, j'adore ce qui se passe en ce moment dans X-Men. Ce n'est pas destiné à durer mais c'est tout de même excitant sur le moment et pour la suite. Quoi que nous réserve l'après Fall of X, on pourra dire que ce qui se passe actuellement aura été une rampe de lancement idéal.