Affichage des articles dont le libellé est Herval. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Herval. Afficher tous les articles

lundi 26 mai 2014

LUMIERE SUR... HERVAL

 Herval
*
Le dessinateur de Tiffany et La Contessa dit ne pas être 
un grand connaisseur des super-héros. N'empêche, il est très doué
pour croquer quelques-unes de leurs représentantes...  
 Black Widow
 Catwoman
 Danger Girl
 Elektra
 Emma Frost
 Gwen Stacy
 Jean Grey/Phoenix
 Poison Ivy
 Power Girl
*
L'artiste est aussi un cinéphile qui réussit de jolis hommages aux classiques américains :
 Ava Gardner in Les Tueurs
Grace Kelly in Mogambo
 Gene Tierney in Shangaï Gesture
*
Tiffany d'Arc était inspiré d'Audrey Hepburn :
 
 *
La Contessa :

jeudi 15 mai 2014

Critique 447 : LA CONTESSA, TOME 1 - SLOW PAY, de Crisse et Herval


LA CONTESSA : SLOW PAY est le premier tome de la série créée et écrite par Crisse et dessinée par Herval, publié par Glénat en 2011.
*
Qui est la Contessa ? Une voleuse très chic et audacieuse, qui n'hésite pas à signer ses coups en laissant à la place de l'objet dérobé un flacon de parfum avec son pseudonyme. Lorsqu'elle embarque sur un paquebot où doit se dérouler un tournoi de poker dont la mise s'élève à 15 millions de dollars, elle croise vite "Snake", un autre gentleman cambrioleur sur place avec une équipe et résolu à faire main basse sur ce magot. 
Elle accepte de les aider, mais vise un autre butin à bord - un larcin aussi risqué qui révèlera pourquoi elle commet des casses...

Après avoir repéré le dessinateur Herval sur la série Tiffany (hélas ! prématurément arrêtée), j'ai appris qu'il s'était engagé sur un autre projet : La Contessa, dont voici le premier tome (un second a été publié depuis).

Inutile de faire durer le suspense : c'est une déception. L'artiste d'abord n'est pas aussi inspiré que sur son projet avec Yann, les défauts de son style semblent donc soulignés comme s'il était moins motivé. S'il représente encore très bien son héroïne (quoiqu'elle ait moins de charme, un physique moins peaufiné que Tiffany d'après Audrey Hepburn), le reste du casting, masculin, trahit un manque évident d'imagination. Tant et si bien (ou si mal plutôt) que le look des personnages n'est pas assez élaboré pour que ce soient des figures mémorables alors que pour ce type de récit, il est essentiel de proposer au lecteur des "gueules".
Herval se rattrape sur les décors en nous donnant à voir un superbe paquebot dont il a soigné le design aussi bien à l'extérieur que pour les intérieurs, le fruit d'une documentation à l'évidence nourrie. La clarté de son découpage et ses compositions bien pensées permettent de faire vivre cet endroit et d'en faire le cadre original pour un braquage.
La colorisation, toujours dominée par des tons pastel, laisse un sentiment plus mitigé : si, visuellement, c'est très agréable, l'ambiance que cela produit manque un peu de caractère pour un polar, même traité avec une certaine légèreté.
Il semble en fait que Herval, un bon dessinateur sans aucun doute, ait choisi de simplifier encore plus son trait mais sans que cette économie n'aboutisse à un graphisme qui aurait gagné en maturité : quiconque lirait Tiffany après La Contessa pourrait croire que cette dernière a en fait été réalisée avant ! C'est un peu déroutant.

Le scénariste n'a pas non plus, à mon sens, le même talent que Yann : Crisse (alias Didier Chrispeels) a voulu s'inscrire dans la veine des films de casse classieux comme Ocean's Eleven (de Steven Soderbergh) et son intrigue possède, il est vrai, une certaine adresse, avec un déroulement très fluide, un twist final malicieux et un dénouement malin (qui invite à repenser les motivations de l'héroïne).
Mais l'auteur de la série Kookaburra (dessinée par Nicolas Mitric) ne dépasse justement jamais le stade de l'hommage et ses clichés, du coup on la suit sans jamais vibrer (malgré un bref passage suggérant la violence borderline du policier aux trousses de "Snake", on ne s'inquiète jamais pour ces braqueurs, on ne doute jamais de la réussite des manigances de la Contessa - dont la supériorité tactique est trop infaillible pour permettre le doute et donc susciter un quelconque suspense) et ses personnages semblent comme sans substance, sans tempérament - ils sont trop cool, trop sûrs d'eux, ou trop bêtes.
Le problème de la série est qu'elle paraît glisser, rester en permanence à la surface, il n'y a même pas le piquant d'un bon exercice de style qui jouerait des codes du genre exploré. C'est vite lu, vite consommé, et vite oublié.

La Contessa a du chien mais manque cruellement d'âme : dommage car un personnage comme ça pouvait alimenter une série qui, à défaut d'être renversante, pouvait être bien plus sympa.     

Critique 446 : TIFFANY, TOME 1 - ESCRIME ET CHÂTIMENT, de Yann et Herval


TIFFANY : ESCRIME ET CHÂTIMENT est le premier tome de la série créée et écrite par Yann et dessinée par Herval, publié en 2006 par Delcourt.
Tiffany D'Arc est une jeune et jolie maître d'armes capable de lire les pensées : elle a de qui tenir puisqu'elle descend de la famille de Jeanne D'Arc, qui entendait aussi des voix. Ce don, elle accepte, à contrecoeur, de le mettre parfois au service de son frère Donatien, qui est détective privé et dont les enquêtes lui servent d'abord à rembourser ses dettes de jeu. Lorsque la riche famille des Luncingey-Coligny l'engage pour s'informer sur la respectabilité du jeune roturier que leur fille, Servane, souhaite épouser, il pense donc s'occuper d'une affaire qui le renflouera.
Mais les revers de fortune continuent : en effet, Tiffany s'éprend du prétendant, ce qui lui fait perdre son pouvoir, Donatien quitte prématurément la scène et la police s'en mêle... Pour couronner le tout, l'histoire se déroule dans un cadre familier pour l'héroïne : le château où elle a grandi - mais peut-être que sa connaissance du décor lui sera d'un précieux secours...

Yann (alias Yann Le Pennetier) est un scénariste notamment connu pour la série Pin-Up qu'il a écrit pour Philippe Berthet, mais aussi pour son caractère bien trempé (ce qui ne lui vaut pas que des amis parmi ses confrères et les lecteurs). Sa prolificité (en moyenne une demi-douzaine d'albums par an, séries régulières et one-shots confondus) lui permet de se frotter à tous les genres, de collaborer avec des artistes aux styles très différents et à la notoriété variable, passant d'une franchise (comme les spin-off de XIII) à des projets plus personnels.
Tiffany appartient à cette dernière catégorie tout en empruntant aux codes d'un produit bien calibré : on y retrouve le goût de l'auteur pour les figures féminines fortes, les intrigues policières, l'humour acide, mais dans un moule suffisamment formaté pour espérer toucher un large public. Hélas ! ça n'aura pas suffi puisque Delcourt a mis fin au titre après seulement deux tomes. Mais Yann a eu la bonne idée de composer ses scénarios comme des one-shots, évitant au lecteur d'être frustré.

Beaucoup d'éléments dans cette bande dessinée figurent un hommage à Audrey Hepburn : le physique de l'héroïne, son prénom (inspiré par le célèbre film de Blake Edwards, Breakfast at Tiffany's), la relation entre la jeune femme et son frère détective privé (qui renvoie à Ariane de Billy Wilder, où le rôle de l'enquêteur était tenu par son père de fiction, Maurice Chevalier). Ceux qui, comme moi, en ont toujours pincé pour la belle actrice seront ravis.
L'histoire s'articule autour d'une affaire qui se déroule de manière assez inoffensive durant les trois quarts de l'album avant une résolution puisée dans un passé beaucoup plus dramatique et qui produit donc un contraste étonnant avec le ton léger de l'ensemble (de l'ensemble seulement, car la mort d'un des protagonistes assez tôt surprend déjà). C'est d'abord une simple enquête de moralité qui devient ensuite un "whodunit" classique mais efficace. La lecture est d'autant plus plaisante que Yann, qui connaît son métier, emballe ça avec beaucoup de rythme, même s'il ne force pas son talent sur d'autres aspects (une caractérisation un peu lâche des seconds rôles, qu'il s'agisse des membres de la famille Lucingey-Coligny, de Benjamin Ducastel ou des deux adjoints de Donatien).
En revanche, Tiffany est une héroïne très sympathique, dont le don est évoqué et employé avec humour et parcimonie : Yann sait camper la féminité sans sombrer dans les clichés. C'est dommage que la série n'ait pas connu le succès car on tenait là une potentielle version de l'excellent Jérôme K. Jérôme Bloche d'Alain Dodier.    

Herval (alias Hervé Nau) est un dessinateur beaucoup moins réputé que son scénariste mais qui a déjà eu le temps d'exercer son talent ici et là : il a notamment travaillé dans l'illustration publicitaire et aussi sur les trois tomes de la série Marny (écrite par la comédienne Axelle Lafont), en employant un style graphique très différent (plus cartoony).
Il assure son encrage et sa colorisation : son trait est fin, fluide, expressif, parfois encore un peu trop "tendre" (pas assez de contrastes, de masses noires, de volumes, et des personnages secondaires moins travaillés), mais son utilisation de l'infographie et des couleurs par ordinateur, avec une palette très pastel, est sobre et séduisante.
Ses planches sont surtout bien découpées, avec des plans aérés aux compositions très bien vues (bonne disposition des personnages et des objets dans l'espace). 

Ce n'est pas une bande dessinée exceptionnelle, mais du travail bien fait, divertissant, sans doute un peu transparent. Mais qui méritait mieux qu'une interruption si rapide.