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dimanche 21 août 2022

THE SINNER (Saison 3) (USA Network / Netflix)


4 ans après sa saison 3, j'ai enfin pris le temps de suivre les nouveaux épisodes de The Sinner. La série, une des meilleures dans son genre, le polar, vient hélas ! d'être annulée au terme de sa quatrième saison, récemment diffusé sur USA Network. Comme d'habitude, on plonge dans une enquête très sombre, touffue et perturbante menée par l'inspecteur Harry Ambrose. Cette fois confronté au survivant d'un accident...


Le detective Harry Ambrose est appelé sur la scène d'un accident de la route où le chauffeur, Nick Haas, a péri, mais son passager, Jamie Burnes, a survécu et a appelé les secours. Les deux hommes étaient amis depuis le lycée et avaient passé la soirée ensemble chez Burns et son épouse, Leela. Harry interroge Sonya Barzel, propriètaire du terrain où a eu lieu l'accident et qui ne connaissait pas les deux hommes. A l'hôpital, sous le choc, Jamie se remémore les circonstances du drame : c'est lui qui a provoqué l'accident et a laissé mourir son ami.


Harry mène l'enquête avec le détective Dick Soto et remarque lors de son autopsie que la main droite de Nick était transpercée, mais cela s'est produit longtemps avant son décès selon le médecin légiste. En l'interrogeant, Harry apprend que Jamie et Nick avaient diné deux semaines auparavant à Manhattan et des témoins l'ont vu se mutiler. Sonya découvre dans son terrain une trombe fraîchement creusée et en informe Harry.


Harry apprend ensuite par un autre camarade de lycée de Jamie que celui-ci avait subitement changé de comportement lorsqu'il était devenu l'ami de Nick. Un de leurs professeurs explique que les deux garçons étaient fascinés par le philosophe Friedrich Nietzsche et son concept de l'übermensch (surhomme). De son côté, Jamie reprend son travail de professeur et encourage Emma, une élève, à résister aux injonctions de ses parents qui la pressent d'aller à l'université. Puis il fait une crise panique en berçant son noveau-né, Kai. Harry craint qu'il ne représente un danger pour lui et les autres et le conduit auprès d'un psychiâtre, mais Jamie s'enfuit, craignant d'être interné.


Soto permet à Harry de suivre Jamie jusqu'à New York grâce à la géo-localisation de son téléphone. Avant qu'il ne soit intercepté, Jamie croise une de ses anciennes élèves, Sophie, qui l'invite à une fête. Harry s'y introduit et voit Jamie discuter avec Kyle, un médium qui sent la présence de Nick autour de lui. Après avoir entraîné Sophie dans une balade à toute vitesse en ville, Jamie est arrêté par Harry qui le ramène chez lui. Il reste devant sa maison mais s'endort. Il est réveillé par un appel de la detective Jones de New York qui l'informe du meurtre de Kyle.


Des témoins présents à la fête ont vu Jamie revenir et s'entretenir à nouveau avec le médium avant de disparaître et de découvrir le corps sans vie de Kyle. Harry rentre au commissariat où on le prévient que Jamie a été filmé par les caméras de surveillance de son lycée cette nuit entrant puis ressortant du bâtiment avec des vêtements différents et un sac poubelle rempli. Sonya rend visite à Leela dans la boutique de cosmétiques qu'elle tient et lui parle de la tombe dans son parc. Leela met son mari à la porte et Jamie, furieux, va chez Harry où il menace son petit-fils, Eli, avant de repartir.
 

Cet incident conduit Melanie, la fille de Harry, à venir rechercher Eli. Jamie espionne Harry et découvre qu'il est devenu l'amant de Sonya. Leela accepte de revoir son mari dans un endroit public et il lui avoue avoir laissé mourir Nick puis tué Kyle : désormais, elle a sa vie entre ses mains. Puis Jamie donne rendez-vous à Harry vers la tombe où Nick avait prévu d'enterrer Sonya après l'avoir tuée. En échange de ses aveux écrits, Jamie convainc Harry de se laisser enterrer mais il est piégé.


Après huit heures sous terre, Harry est libéré par Jamie qui voulait le convaincre que cette expérience lui ferait comprendre qu'il faut affronter ses démons pour être pleinement soi, tel que le professait Nick. En état de choc, Harry laisse filer Jamie mais il l'a enregistré à son insu et cela permet à Soto de l'arrêter. Toutefois, le juge estime que les aveux ont été soutirés de manière frauduleuse. Leela a obtenu une ordonne de restriction contre son mari puis elle avoue à Harry, Soto et Jones ce que lui a confiée Jamie au sujet des morts de Nick et Kyle. Un mandat d'arrêt est lancé mais Jamie tue le commissaire sur le terrain de golf où il pratiquait.
 

Sur la scène du crime, Jamie a laissé un mot à l'intention de Harry, menaçant Sonya, Melanie et Eli - qui est introuvable. Harry répond à l'appel de Jamie et se rend chez lui où il retient Eli en otage. Harry réussit à le désarmer et envoie son petit-fils se cacher dans sa cabane de jardinage. Après une course dans la forêt environnante, Harry, blessé, distance Jamie et rentre chez lui pour prendre un revolver. Lorsque Jamie le rejoint, il lui tire dessus. Burns meurt avant l'arrivée des secours. Quelques mois plus tard, Harry, convalescent, passe la soirée avec Sonya et craque nerveusement en se rappelant la peur qui saisit Jamie dans ses derniers instants.

Initiée par l'actrice et productrice Jessica Biel en 2017, The Sinner s'est tout de suite distingué, du moins à mes yeux, par sa profondeur psychologique. Ce polar adapté des romans de Petra Hammesfahr mettait en scène un inspecteur de police, Harry Ambrose, qui s'impliquait tellement dans ses enquêtes qu'il en perdait presque pied. D'abord confronté à une femme accusée du meurtre en public de son mari (incarnée par Biel elle-même), puis à une mère entrée dans une secte avec son jeune fils (incarnée par Carrie Coon), les deux premières saisons ne laissaient pas le spectateur indemne.

Cette troisième livraison de huit épisodes est du même acabit. Il s'agit encore une fois d'un face-à-face trouble, troublant et macabre entre Harry Ambrose et cette sois un homme, Jamie Burns, sous l'emprise d'un ami de jeunesse et rattrapé par une spirale criminelle inspirée par la théorie du surhomme de Nietzsche.

Le showrunner de la série, Derek Simmonds, aime prendre son temps, il faut donc s'accrocher, mais le jeu en vaut la chandelle. Les personnages ont une consistance, une épaisseur impressionnantes, et l'intrigue nous mène de témoin en témoin, nous égare parfois sur des fausses pistes, avant de se rassembler pour un climax d'une tension extrême.

Le principe de The Sinner, c'est que le spectateur en sait souvent plus que Harry Ambrose : par exemple, par le biais d'un flashback dès le premier épisode, on voit que Jamie Burns a provoqué l'accident mortel pour son ami Nick Haas et qu'il a attendu qu'il succombe à ses blessures avant de prévenir les secours. Mais l'important, c'est de comprendre ce qui a conduit à ce choix sinistre, le cheminement intellectuel qui a abouti à ce drame et qui en provoquera d'autres.

Par le biais de témoignages recueillis par Ambrose et d'autres policiers, mais aussi donc de retours en arrière, la vérité se fait jour : cette fois, la problème de la toxicité masculine est au centre de l'affaire. Nick Haas est un manipulateur supérieurement intelligent qui a influencé pendant des années de formation un esprit malléable, celui de Jamie Burns, le poussant dans ses retranchements pour le convaincre de la futilité de l'existence, de l'hypocrise sociale, et de la nécessité d'affronter ses peurs, d'embrasser ses pulsions primitives pour être en harmonie avec soi-même. La philosophie Nietzschéenne est une base parfaite à ces débordements puisqu'elle incite à nier l'existence de Dieu pour devenir son propre Dieu et imposer sa loi à des individus jugés inférieurs. Ce propos a été exploité en le déformant par Hitler.

Mais il en faut pas exonérer Jamie pour autant : certes, il est décrit dans sa jeunesse comme influençable, mais après la mort de Nick, la culpabilité le ronge puis il la dépasse pour emprunter une direction sans retour, franchir des limites morales. Lorsqu'il tue le médium Kyle, il agit mû par la colère, la frustration car son interlocuteur refuse de lui dire ce qu'il sent intuitivement. En revanche, lorsqu'il tue le commissaire de police, il accomplit cet homicide de sang-froid, en l'ayant prémédité. Puis sa lâcheté éclate lorsque Harry le défie de tuer son propre petit-fils puis de se suicider, soulignant qu'il ne trouvera de toute manière jamais la satisfaction, l'accomplissement qu'il recherche.

Comme je l'ai dit plus haut, Ambrose n'est pas un flic conventionnel : il s'investit totalement dans ses enquêtes, quitte à perdre pied. Il flirte avec l'illégalité, comme quand il trace le téléphone de Jamie pour le suivre jusqu'à New York, ou, pire, quand il accepte de se plier au jeu macabre de son enterrement contre la promesse d'aveux écrits. Dans ses deux précédentes enquêtes, la série le confrontait à des femmes et dans une certaine mesure, Ambrose n'abordait pas le problème aussi intensément qu'avec un homme. Son duel avec Jamie le fait dériver inexorablement jusqu'à le blesser mortellement alors qu'il avait obtenu qu'il lâche son arme et qu'il avait appelé des renforts. De fait, Jamie a poussé Harry au crime.

L'épilogue de la saison est poignant et glaçant : on y voit Harry plusieurs mois après, en compagnie de Sonya Barzel, qui s'effondre nerveusement, hanté par l'agonie de Jamie et la peur qui le saisit dans ses derniers instants. C'est comme un virus dont les symptômes se manifestent après une période d'incubation et Harry, comme Sonya, a été contaminé par Jamie. Tout comme Jamie avait été infecté par Nick Haas. Il n'y a pas de happy end dans The Sinner, les conséquences de chaque affaire laisse Ambrose au bord du précipice et cette fois, comme l'écrivit Nietzsche, "si tu regardes l'abîme, l'abîme aussi regarde en toi". L'effrroi étreint aussi le policier et sa compagne, redoutant de devenir des monstres comme les monstres que furent Nick et Jamie.

L'autre force de The Sinner, avec son écriture et sa réalisation au cordeau, repose sur un casting chaque fois magistral. Bill Pullman a trouvé avec Harry Ambrose le rôle d'une vie, il l'interprète avec une sobriété impressionnante, économe en mots et en gestes, d'une présence prégnante, d'un charisme marmoréen. Mais sa prestation est toujours mise en valeur par son/sa partenaire et après Jessica Biel et Carrie Coon, Matt Bomer bluffera tout le monde. Celui qui joue Larry Trainor/Negative Man dans Doom Patrol et avant cela Neal Caffrey dans White Collar campe Jamie avec une intensité ahurissante. On le sent aussi rongé que son personnage, toujours en tension, toujours sur la corde raide, habité. Son face-à-face avec Pullman fonctionne à fond parce qu'ils se renvoient la balle en permanence sur des registres opposés - le calme inquiet de l'un contre la fébrilité menaçante de l'autre.

Malheureusement, The Sinner va s'achever après sa quatrième saison, toujours pas programmée sur Netflix, mais que j'espère quand même voir. Raison de plus pour (re)découvrir les trois saisons disponibles si vous êtes client de polars bien sombres et intelligents.

lundi 3 juin 2019

DOOM PATROL (Saison 1) (DC Universe)


Après une apparition dans la série Titans, Doom Patrol a droit à sa propre série sur la plateforme de streaming DC Universe. Ces quinze épisodes sont la production la plus délirante produite dans le genre super-héroïque, quelque chose qu'on n'attendait pas de la part du showrunner Greg Berlanti (à qui on doit Arrow, Supergirl, Flash). Et si le résultat n'est pas sans défaut ni longueur, c'est pour se rattraper dans une bizarrerie vraiment audacieuse.

 Rita Farr/Elasti-girl et Ciff Steele/Robotman (April Bowlby et Brendan Fraser)

1948 : Eric Morden renonce à son corps physique pour acquérir l'omniscience grâce aux expériences pratiquées sur lui par des savants nazis réfugiés au Paraguay. 1988 : Cliff Steele est l'unique rescapé d'un accident de la circulation et il doit la vie sauve à la transplantation de son cerveau dans un corps de robot par le Pr. Niles Caulder. Celui-ci héberge d'autres patients comme Rita Farr, une ancienne actrice des années 50 ; Larry Trainor, un ex-pilote de l'USAF des années 60 ; et "Crazy" Jane, une schizophrène - tous doués de pouvoirs étranges suite à des accidents divers.

 Rita Farr/Elasti-girl, Larry Trainor/Negative man, Cliff Steele/Robotman et
Crazy Jane (April Bowlby, Brendan Fraser, Matt Bomer et Diane Guerrero)

L'équipe assiste bientôt à un événement spectaculaire dans la commune voisine de Cleverton quand Mr. Nobody (l'alias d'Eric Morden) ouvre un trou noir qui absorbe des bâtiments et le Chef Niles Caulder.

 Crazy Jane, Vic Stone/Cyborg et Robotman
(Diane Guerrero, Joivan Wade et Brendan Fraser)

Vic Stone/Cyborg, membre réserviste de la Justice League, arrive sur place et enquête en compagnie de Robotman (Steele), Negative man (Trainor), Elasti-girl (Farr) et Crazy Jane. Grâce à son équipement incorporé, il identifie Nobody comme la source du trou noir et remonte sa piste jusqu'au Paraguay. Crazy Jane s'y téléporte avec Negative man.

 Robotman, Cyborg, Crazy Jane, Negative man et Elasti-girl

Sur place, ils découvrent le laboratoire où les savants nazis ont transformé Morden. Negative man essaie de l'utiliser pour se débarrasser de la créature dont il est l'hôte, mais sans y parvenir. De retour, bredouilles, au manoir du Chef, l'équipe fait la connaissance de Willoughby Kipling, à la recherche d'un adolescent qui porte sur son corps les dernières lignes du Livre inachevé de la création.

 Le Recréateur et le Décréateur dans le ciel de Cleverton

Pour empêcher la destruction complète de Cleverton et du monde, l'équipe se sépare : Crazy Jane et Robotman se téléportent au royaume de Nurnheim, lieu du culte du Livre inachevé, pendant que le Chef convainc Mr. Nobody créént l'oeil du Recréateur pour affronter celui du Décréateur. Sous ls regards de Kipling, Cyborg, Negative man et Elasti-girl, la situation revient miraculeusement à la normale - mais Nobody garde le chef en otage.

 La première Doom Patrol

Blessé lors du duel entre Recréateur et Décréateur, Cyborg doit retourner chez son père, Silas Stone, pour subir des réparations. Manipulée par Nobody, Crazy Jane, fâchée avec Robotman durant leur séjour à Nurnheim, entraîne Negative man et Elasti-girl dans une pension où résident les premiers membres de la Doom Patrol, formée dans les années 50. Devenus fous suite à une première bataille contre Nobody, ils ont été abandonnés par le Chef. 

 Le Chef mérite-t-il d'être sauvé ?

Cette découverte bouleverse l'équipe qui s'interroge à présent sur le fait de sauver le Chef des griffes de Nobody. Cependant, le Bureau de la Normalité, qui traque les méta-humains, dépêche un de ses agents, Ernest Franklin, pour retrouver Niles Caulder. En prenant connaissance de son dossier, il apprend que celui-ci a trahi l'agence pour sauver une femme sauvage ayant échappé à la civilisation. 

 Dans la tête de Crazy Jane, avec Robotman

Karen, une des personnalités les plus capricieuses et puissantes de Crazy Jane, prend le dessus et impose au reste du groupe des mesures radicales pour la maîtriser. Profitant qu'elle soit k.o., Negative man transfère l'esprit de Robotman dans l'insconcient de son amie pour tenter de la raisonner. Elasti-girl et Cyborg veillent leurs trois partenaires endormis.

 Elasti-girl, Ernest Franklin et Cyborg (April Bowlby,
Tommy Snider et Joivan Wade)

Le séjour de Robotman dans la tête de Crazy Jane lui permet de mesurer ses troubles mentaux. Elasti-girl et Cyborg surprennent Ernest Franklin dans le manoir et l'interrogent. Ils apprennent l'existence de la Rue Danny, dotée d'une âme et du pouvoir de se cacher des agents du Bureau de la Normalité, par laquelle ils pourraient retrouver le Chef et Mr. Nobody.

 Elasti-girl et Negative man

Crazy Jane réussit à neutraliser la personnalité de Karen. Pour l'avoir aidée, elle se réconcilie avec Robotman. Elasti-girl remarque le trouble de Negative man, qui durant l'opération a revécu un épisode de son passé, lorsqu'il vivait une romance homosexuelle avec John Bowers, son mécanicien, dans la clandestinité. Elle le convainc de le revoir. 

 Cyborg et son père Silas Stone (Joivan Wade et Phil Morris)

Mis sous pression par Ernest Franklin lorsqu'il l'interrogeait, Cyborg a la certitude que son interface cybernétique prend progressivement le dessus sur lui. Il va s'en expliquer avec son père qui lui révèle les circonstances dramatiques à la suite desquelles il a été obligé avec Niles Caulder de la transformer pour qu'il survive à l'explosion du labo de sa mère. Negative man retrouve John Bowers en fin de vie et les deux anciens amants partagent un après-midi ensemble.

 Flex Mentallo, Negative man, Elasti-girl, Robotman et Crazy Jane
(Devan Long, Matt Bomer, April Bowlby, Brendan Fraser et Diane Guerrero)

Après avoir quitté son père, Cyborg retire la puce informatique qui active ses équipements cybernétiques. Il est alors capturé par un commando du Bureau de la Normalité. Silas Stone demande l'aide de l'équipe pour le sauver mais Negative man se montre réticent car il a servi de cobaye à cette agence après son accident. Néanmoins, il suit ses partenaires mais Silas les trahit en les échangeant contre son fils.

 Mr. Nobody et le Chef (Alan Tudyk et Timothy Dalton)

Pourtant, l'équipe avait anticipé ce revers et réussit à s'évader en sabotant tout le bâtiment du Bureau. Cyborg, abusé mentalement par Nobody, se retourne violemment contre son père et manque de le tuer. Ils libèrent également Flex Mentallo, détenu là après avoir couvert la fuite de la Rue Danny. Il les y conduit et sur place apprennent que le Chef est retenu par Nobody dans l'espace blanc, où ses pouvoirs sont infinis. Flex accepte de téléporter le groupe en territoire ennemi.

 Niles Caulder (Timothy Dalton)

Negative man, Elasti-girl, Robotman et Crazy Jane retrouvent le Chef. Cependant Cyborg, accablé par ce qu'il a infligé à son père, accepte de réactiver son iinterface cybernétique et d'aller aider la Doom Patrol dans l'espace blanc. Nobody peut alors donner le coup de grâce en forçant Caulder à avouer qu'il est responsable des accidents qui ont donné leurs pouvoirs aux membres du groupe.

La nouvelle Doom Patrol au complet

Il a fait cela en espérant découvrir un moyen de devenir immortel ou, à défaut, de détruire le Bureau de la Normalité qui, initialement, protégeait les méta-humains. Contre toute attente, les héros pardonnent leur Chef, ce qui frustre terriblement Nobody. Il lâche sur la Rue Danny le rat Wiskers et le cafard Ezekiel pour semer la désolation. L'équipe intervient efficacement et neutralise les deux bestioles apocalyptiques tout en réussissant à coincer Nobody dans une zone interdimensionnelle où il ne peut plus faire de mal. Il est temps de rentrer au Manoir en compagnie de la fille du Chef, qui était hébergée par Danny depuis des années.

Il est aisé de lister les défauts de Doom Patrol : avec quinze épisodes, au rythme très inégal (parfois même à l'intérieur d'un épisode, qui démarre mollement pour finir en boulet de canon), ses arcs narratifs entremêlés et aux délires sidérants (de l'absurde le plus raté à la comédie barjo la plus jouissive en passant par quelques séquences d'action foutraques), son méchant au mobile tardivement révélé, et ses libertés diverses avec les différentes versions du comic-book original, il y a de quoi faire et redire.

Mais il faut d'abord présenter ces curieux personnages, imaginés au début des années 60 par Arnold Drake, Bob Haney et le dessinateur Bruno Premiani (dont ce sera la seule BD notable, malgré un talent indéniable). la Doom Patrol naît chez DC Comics mais elle devra sa notoriété tardive à Marvel car Stan Lee s'en inspirera largement au moment de créer les X-Men. En effet, il s'agit, comme les fameux mutants, d'une bande de freaks contraints de vivre en marge de la société, pris en charge par le Chef, Niles Caulder, un savant multi-tâches en fauteuil roulant et cachant de sombres secrets.

Le plus ironique, c'est que la série Doom Patrol ne connaîtra jamais un grand succès, même si DC a multiplié les tentatives au fil des décennies pour en faire un titre populaire (seule la version écrite par Grant Morrison dans les années 90 aura un certain retentissement, et plus récemment son revival par Gerard Way dans le label "Young Animals"). Faut-il s'étonner dès lors qu'Arnold Drake rédigera quelques épisodes des X-Men quand Stan Lee était débordé ?

Warner bros. TV a donné chair à ces héros dans la série Titans diffusée il y a quelques mois, lors de l'épisode où Beast boy quittait le manoir pour accompagner Nightwing, Starfire et Raven dans leurs aventures. Mais entre temps, le casting a changé et le projet a gagné en épaisseur, pour dépasser le statut de simple spin-off.

Et c'est là que s'opère la véritable bascule, ce qui sauve littéralement Doom Patrol pour en faire un show certes imparfait mais franchement épatant, souvent jubilatoire, en tout cas unique et culotté - tellement qu'on lui pardonne tout ce qu'il ne réussit pas parce qu'il a le mérite d'essayer. On ne croyait pas possible une telle entreprise dans le format corseté des productions Warner, souvent désastreuses au cinéma et tout juste passables à la télé.

Résumer les épisodes, les péripéties de la série revient à n'en souligner que les aspects les plus grotesques et il est alors facile d'estimer tout cela comme un long nanar. Mais, si on joue le jeu, si on accepte la loufoquerie de l'ensemble, on pénètre dans une oeuvre étonnamment singulière, avec des thèmes inattendues, et même un méta-commentaire très poussé.

Le narrateur, par exemple, est le méchant de l'histoire et il présente le programme en insistant bien sur le fait qu'il en connaît d'avance le déroulement mais aussi le pathétique des acteurs, les péripéties "hénaurmes" - au point qu'à deux épisodes de la fin, Mr. Nobody dans l'espace blanc dont il est le dieu (et qui définit littéralement l'espace entre deux cases d'une planche de BD) met le feu au poster de la série en raillant les flash-backs larmoyants sur les origines de chaque membre de l'équipe et la manière dont il les altérés pour manipuler les héros pour tester leur force morale. Un ange passe.

Malgré le cynisme de Nobody, les parcours des membres de la Doom Patrol nous touchent, nous font rire aussi parfois, en tout cas nuancent très efficacement des personnages qui ont tous quelque chose à se reprocher et ne savent pas s'ils peuvent se racheter ou vivre avec leurs différences (encore moins vivre ensemble). Larry Trainor était un pilote de l'USAF impliqué dans la conquête spatiale mais surtout un homo honteux qui, après avoir été exposé à des rayons cosmiques lors d'un vol dessai, est l'hôte d'une créature qui le tourmente pour le forcer à accepter qui il est. Rita Farr était une actrice capricieuse et ambitieuse qu'un tournage en Afrique a transformé en véritable monstre de foire (son pouvoir dans la série télé diffère le plus de celui des comics où elle pouvait changer de taille et de forme). Cliff Steele était un coureur automobile et un mari infidèle doublé d'un mauvais père que le Chef a sauvé en en en faisant une boîte de conserve sur pattes, ce qui éprouvera son humilité. Quant à Crazy Jane, c'est un schizophrène dont les 67 personnalités ont toutes un pouvoir différent et qui ne souhaite pas vraiment se soigner tout en admettant que c'est un enfer à gérer.

L'addition de Cyborg est la seule faute de goût définitive du Show : le personnage n'a non seulement jamais fait partie de la série en comics, ne sert objectivement pas à grand-chose, fait même un peu doublon avec Robotman, et surtout prive le téléspectateur de plus de temps avec Flex Mentallo, le membre d'occasion le plus incroyable (et qui doit tout au génie de Grant Morrison), véritable clé narrative dans la dernière ligne droite.

Pour ma part, j'aurai apprécié qu'un peu plus de temps soit aussi accordé à la première Doom Patrol, même si l'épisode qui lui est consacré est remarquable.

Mais la série bénéficie d'une réalisation formidable, avec des effets spéciaux bien dosés et épatants. Le casting est parfait, même si de par l'aspect de leurs personnages respectifs, on voit peu Matt Bomer (Larry Trainor) et Brendan Fraser (Cliff Steele), à l'exception de scènes oniriques et de retours dans le passé (avant leurs accidents). April Bowlby est excellente, Diane Guerrero survoltée (un peu trop parfois), Devan Long plus vrai que nature en Flex Mentallo. Et si Timothy Dalton intervient davantage dans le dernier tiers de la saison, il est impeccable dans la peau du Chef, tout comme Alan Tudyk en Mr. Nobody.

Une chose est sûre : il n'y a qu'avec Doom Patrol que vous aurez droit à des héros voyageant à l'intérieur d'un âne, et rien que pour ça, ça vaut le détour !