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mardi 13 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : SQUADRON SUPREME, de James Robinson et Leonard Kirk


Après vous avoir parlé une première fois de cette Collection Marvel Gold (dont les dix albums sont disponibles pour 3,99 Euros dans les grandes surfaces de l'enseigne Carrefour) avec Uncanny Avengers (période Gerry Duggan), je consacre une entrée au tome dédié au Squadron Supreme, écrit par James Robinson et dessiné par Leonard Kirk, en 2016-2017.


L'album contient deux arcs sur les trois qu'a comptés cette série annulée au bout de seulement quinze épisodes. Pour la situer, il faut dire que l'action se situe après l'event Secret Wars de Jonathan Hickman et Esad Ribic et qu'elle est contemporaine de la série Uncanny Avengers de Gerry Duggan (qui font une apparition dans le premier arc).


L'Escadron Suprême a été créé par Roy Thomas et John Buscema en 1971, mais c'est à Mark Gruenwald qu'on doit sa version la plus mémorable dans une maxi-série en 12 n° en 1985-86. Conçue comme une Justice League au sein du Marvel Univers, l'équipe a été recomposée par James Robinson avec des membres issues de réalités parallèles : on trouve Hyperion (qui a fait partie des Avengers de Hickman, venu de la Terre 13034), Nighthawk (de la Terre 31916), Blur (de la Terre 148611), Doctor Spectrum (de la Terre 4290001) et Power Princess (de la Terre 712 - celle de la série de Gruenwald).


Dans la série New Avengers de Hickman, les Illuminati (dont Namor) s'employaient à annuler des incursions, des collisions entre des Terres parallèles, et leurs actions ont abouti à la destruction de planètes semblables à la notre. Ce Squadron Supreme entreprend donc de se venger en tuant Namor. Mais ils vont se retrouver déplacés dans le Weirdworld par Thundra qui veut sauver ce royaume de l'emprise du Doctor Druid. Ce périple va révéler la présence d'un traître dans l'équipe...

James Robinson a quelque peu disparu de la circulation depuis un moment et les fans aiment surtout à se rappeler de lui en évoquant son run extraordinaire sur Starman (ce serait bien qu'Urban Comics réédite ça), sa mini-série JSA : The Golden Age (ça, Urban l'a traduit) ou Leave it to Chance (qui aura la bonne idée de traduire ça ?). Chez Marvel, en ce milieu des années 90, il n'a guère eu l'occasion de briller avec des projets vite annulés, mais pourtant efficacement menés, comme ici ou sa relance des Invaders.

Ce premier arc prouve que Robinson a toujours une indéniable maîtrise et une connaissance parfaite des personnages qu'on lui confie. L'interprétation qu'il fait de l'Escadron Suprême rappelle beaucoup the Authority, une bande de surhommes pour qui la fin justifie les moyens. Il y ajoute la notion de déracinement puisqu'aucun de ses membres n'appartient à notre univers et est animé par un désir de vengeance contre un de ceux qui est responsable de la destruction de son monde.

Namor rapidement exécuté, le récit prend un virage brusque pour nous embarquer dans le Weirdworld avec le Docteur Druid qui possède ses habitants, à l'exception d'une poche de résistance. Robinson en profite pour démasquer la présence d'un traître dans l'équipe et effectuer son remplacement par Thundra. Le rythme est très soutenu, le récit très dense en informations, et Leonard Kirk est le dessinateur idéal pour mettre tout ça en images car c'est lui-même un narrateur aguerri, capable de s'approprier tous les personnages, de les animer de manière tonique et lisible, avec un découpage intense, aux décors évocateurs. En cinq épisodes, on est captivé. Du boulot de pro, peut-être pas génial, mais implacable.


Panini a choisi de zapper le deuxième arc (je ne me rappelle plus ce qu'il racontait), mais ce n'est pas grave car on assiste au retour du Squadron Supreme et Robinson ne perd pas de temps pour le plonger dans une nouvelle aventure trépidante quoique beaucoup plus (trop) alambiquée.


En effet, ce récit se déroule au moment où Marvel publie l'event Civil War II (de Brian Michael Bendis et David Marquez) où un jeune inhumain, Ulysse, a des visions terrifiantes du futur. Ayant eu accès à une de ses prédictions, le traître de l'équipe décide de ressusciter Namor pour s'assurer la domination du monde. Nighthawk, lui aussi, aura l'occasion de voir le futur grâce à Ulysse et s'emploiera, avec une méthode discutable, à éviter un conflit ouvert avec son partenaire Hyperion.


Robinson n'échappe pas à l'écueil de ce genre d'intrigue où présent et futur probable risquent de se percuter et provoquer des catastrophes. Notamment parce qu'il introduit le double d'un personnage et revient sur les événements du premier arc pour justifier le retour de Namor parmi les vivants. Des rebondissements capillotractés se succèdent mais notre intérêt s'estompe. Et comme la série touche à sa fin et que le scénariste le sait, il tente de sauver les meubles en convoquant des guest-stars susceptibles d'attirer des lecteurs mais dont la présence paraît incongru (ici Spider-Man). A la fin, l'Escadron est dissous mais il faudra attendre Jason Aaron dans son run sur Avengers pour revoir une formation sous ce nom, sans rapport avec celle-ci (et mal exploitée). Dommage.

Leonard Kirk fatigue un peu, et a besoin du renfort de Emilio Laiso puis Paolo Villanelli sur quelques planches. L'ensemble se tient car les trois dessinateurs veillent à respecter une cohérence graphique. Mais donc, la série sera annulée après quinze numéros, énième témoignage de la difficulté (pour ne pas dire incapacité) de Marvel à utiliser ces personnages intelligemment depuis Gruenwald (qui les avait écrits, frustré de n'avoir jamais pu scénariser le titre Justice League, mais en y greffant une réflexion inspirée sur les super-héros comme Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons).

Pour ce prix-là en tout cas, c'est une découverte à côté de laquelle il serait idiot de passer. Ne serait-ce que pour le plaisir de lire James Robinson, auteur devenu bien trop rare.

mercredi 1 août 2018

STARMAN, VOLUME 10 : SONS OF THE FATHER, de James Robinson et Peter Snejbjerg (FINALE)


Avec ce dixième tome, recueillant les épisodes 75 à 80, James Robinson conclut sa série Starman (même s'il y aura un épisode 81, tie-in superflu lors de la saga Blackest Night en 2009). L'aventure se termine, toujours dessinée par Peter Snejbjerg, en interrogeant la retraite volontaire d'un super-héros - un thème peu abordé dans les comics - mais aussi en jouant sur le titre du premier TPB (Sins of the Father). Un épilogue aussi périlleux que magistral, qui vaut au titre son statut de classique.


Le calme est revenu à Opal City. Mason O'Dare en profite pour demander Charity, la diseuse de bonne aventure, en mariage (ce qu'elle accepte). Jack Knight, qui vient de perdre son père et dont la fiancée, Sadie, a quitté la ville, s'occupe du fils que lui a laissé la fille de The Mist et songe à se retirer. Mais, entre deux missions avec la JSA, il reçoit la visite de Superman à qui Jay Garrick/Flash a raconté que Starman avait rencontré lors de son périple spatio-temporel son propre père, Jor-El. Les deux hommes discutent de leur carrière avant de se séparer. Alors qu'il se recueille devant la statue de Ted, Jack voit son frère David lui apparaître à nouveau...
  

... Et in n'est pas venu seul cette fois puisque leur père, Ted, est là aussi ! Cette dernière réunion de famille a été rendue possible grâce à la magie de Kent Nelson/Dr. Fate. Les trois Knight passent en revue leurs faits d'armes, glorieux ou tragiques avant de se faire leurs adieux définitifs. Mais Ted et David ont réservé un dernier tour à Jack en le laissant à Opal City... En 1951 pour y rencontrer l'éphémère Starman de cette époque !


Après une rapide altercation contre The Mist et sa bande, Jack découvre que le Starman de 1951 n'est autre que David, déplacé à cette époque par Dr. Fate. Il remplace Charles McNider alias Dr. Mid-Nite qui avait tenté de reproduire la technologie de Ted avec l'aide de Robotman et Red Tornado. Ted, lui, s'était provisoirement retiré, traumatisé par la mort de sa fiancée et sa participation à l'élaboration de la bombe atomique durant la seconde guerre mondiale. Mais The Mist piège Jack en lui injectant une drogue alors que David était sur le point de l'appréhender...


Une fois rétabli, Jack fait la connaissance du Hourman de cette époque, enquêtant à Opal City pour le compte de Rex Tyler (son alias) sur un vol commis par The Mist dans une de ses succursales. La police a coincé un des hommes de main du vilain qui évoque une opération impliquant l'emploi d'un gaz hallucinogène à grande échelle. Jack en déduit que le coup aura lieu dans un lieu public fréquenté et mise sur un cinéma. Mais le temps d'y arriver, les spectateurs sont déjà possédés !


Avec le concours de Hourman qui dispose du gaz soporifique de Sandman, la foule déchaînée est tranquillisée. Cependant, Ted rend visite au père de Doris Lee, sa défunte fiancée, et lui fait avouer sa complicité avec The Mist, qui compte vendre aux russes son gaz hallucinogène. Le vilain est arrêté avant la transaction. Ragaillardi, Ted accepte, encouragé par Jack, à se rendre à un réception : bien lui en a pris car, comme le rappelle ensuite David à son frère, c'est à cette occasion que leur père a rencontré leur mère. Il est minuit, ce 31 Décembre 1951 et David se volatilise définitivement. Jack se demande ensuite comment il va rentrer chez lui et c'est alors que Thom Kallor, le Starman du XXXIème siècle, arrive pour le ramener...
  

De retour à son époque, Jack trouve dans son courrier une lettre envoyée de San Francisco par Sadie où elle lui annonce avoir accouché d'une fille de lui puis lui demande de la rejoindre s'il est prêt à renoncer à sa tâche de Starman. Jack entame sa tournée des adieux : les Dibny, Black Condor, "Bobo" Bennetti, Charity et les O'Dare, Mikaal Tomas, et enfin The Shade. Il transmet sa lance cosmique à sa jeune cousine, membre de la JSa, Courtney Whitmore/Stargirl. Puis Jack prend la route, son fils sous le bras, et quitte Opal City.

Les héros naissent souvent suite à un accident ou une tragédie personnelle, parfois les deux à la fois, et leur carrière est engagée sans terme fixé. Quelquefois, il meurt, ressuscite ou sinon un autre reprend son rôle et son pseudonyme. Mais, comme partout, la nature a horreur du vide et le super-héroïsme apparaît comme un mode de vie rarement ou même jamais questionnée par l'intéressé qui part au combat comme pour assouvir une addiction incurable.

J'ignore si, en démarrant Starman avec Tony Harris, six ans auparavant, James Robinson imaginait qu'il écrirait quatre-vingts épisodes en six ans et demi et qu'il rendrait Jack Knight à la vie civile, normale, comme celle qu'il menait avant la mort prématurée de son frère David, l'héritier naturel de son père Ted, le Starman originel. Mais l'auteur a accompli une sorte de révolution au sens strict du terme en racontant une longue histoire qui commençait avec un type ne voulant rien avoir à faire avec le super-héroïsme et qui décide de mettre fin à son job (non sans avoir désigné sa remplaçante). La boucle était bouclée.

Et, aujourd'hui encore, alors que DC continue d'exploiter Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons en dépit de toute logique (car méprisant sa forme parfaitement auto-contenue), le Starman de Robinson n'a pas repris du service, Jack Knight coule toujours des jours heureux avec Sadie Falk et ses deux enfants à San Francisco. L'éditeur a admis le choix du scénariste et l'a compris, intégrant le fait que les fans de la série ne réclamaient pas davantage.

Pour achever cette oeuvre, Robinson réserve encore quelques tours aux lecteurs : Jack a une discussion avec Superman et par ce biais on assiste au dialogue entre un héros malgré lui, sur le départ, et le héros par excellence, le surhomme, le protecteur de la Terre, pour qui cette question de la retraite ne se pose même pas (même si, dans des circonstances tragiques, Mark Waid et Alex Ross imagineront cela dans Kingdom Come). 

Ensuite, les deux frères Knight et leur père ont l'occasion d'une dernière réunion, prologue à un retour en 1951 où est résolu l'énigme du Starman de cette époque. Ce tour de passe-passe narratif est tardif et, à vrai dire, dispensable, d'autant que l'explication sert surtout in fine à permettre à Ted de rencontrer la mère de ses enfants, mais l'ensemble s'inscrit logiquement dans la thématique de ces derniers épisodes, à savoir le départ, les adieux. La présence de Hourman est comme un clin d'oeil supplémentaire, quand on sait que ce justicier dispose pendant une heure, grâce à une drogue, de super-pouvoirs - une échéance dans une histoire qui en est truffée.

Thom Kallor renvoie Jack de nos jours et Robinson le montre donc comme la version ultime des Starmen, après qu'on l'ait vu en tant que Star-Boy lors du voyage dans l'espace-temps du tome 7. Geoff Johns utilisera le Starman du XXXième siècle, séparé de la Légion des Super-Héros, dans son fameux et excellent run de Justice Society of America (2007... Onze ans déjà, ça passe vite ! Mais DC a promis qu'on reverrait bientôt cette équipe...), tout en le rendant très perturbé par son retour de nos jours.

L'album se referme avec un épisode double où Jack salue ses amis et proches à Opal City après avoir décidé de raccrocher définitivement pour rejoindre Sadie à San Francisco... Et de passer le flambeau à Stargirl (également reprise par Johns ensuite). Ne craignez pas de scènes tire-larmes complaisantes et racoleuses : tout cela est fait avec ce qu'il faut d'émotion mais surtout de bonne humeur. Il flotte un sentiment d'apaisement général, comme si c'était naturel, évident pour tout le monde.

Peter Snejbjerg l'a d'ailleurs très bien assimilé et le met en images très sobrement. L'élégance lumineuse de son trait accompagne ces moments avec sérénité, le dessin est toujours aussi beau et soigné, il faut peu de choses à l'artiste pour rendre ces instants touchants, drôles même : il était dit que tout cela devait être mis en scène simplement, sans effets inutiles.

Au moment où Jack quitte son chez-lui, Snejbjerg se paie même le luxe, malicieux, de ne plus montrer Jack, ou seulement des parties de lui, mais plus son visage. Il disparaît de l'image comme il quitte la scène en nous montrant ce que lui voit, touche, pour la dernière fois, à Opal City. Le voilà ainsi prenant son fils jouant sur le trottoir à côté de sa voiture, puis la voiture s'éloignant de la ville.

Et c'est fini.

lundi 30 juillet 2018

STARMAN, VOLUME 9 : GRAND GUIGNOL, de James Robinson, Peter Snejbjerg et Paul Smith


Grand Guignol est le neuvième recueil des aventures de Starman, écrit par James Robinson et dessiné par Peter Snejbjerg avec le concours de Paul Smith (pour l'épisode 69). Il comprend les épisodes 61 à 73 de la série, publiés en 2000-2001. L'histoire débute avec le retour de Jack Knight à Opal City, après son périple spatial narré dans les volumes sept et huit.


A peine arrivé chez lui, Jack est abordé par Ralph Dibny/Elongated Man qui lui explique que The Shade, accusé de plusieurs meurtres et disparitions - parmi lesquels Matt et Hope O'Dare et Dee Tyler/Phantom Lady - est activement recherché par d'autres héros - comme Black Condor. Sadie Falk, la fiancée de Jack, est aussi introuvable mais personne ne sait qu'elle aide Jon Valor/the Black Pirate à se disculper du meurtre de son fils. Jack retrouve son père juste avant qu'une série d'explosions ne ravage Opal City.


Ralph Dibny et Black Condor, d'un côté, et Matt et Hope O'Dare, de l'autre, tentent d'endiguer la vague de criminalité en ville. Adam Strange est aussi de la partie, coincé sur Terre en attendant d'être ramené sur Rann par le rayon Zeta. Ted Knight s'interroge sur la santé mentale de The Shade en se souvenant du nombre de fois où il a agi alternativement pour le Bien et le Mal. Sadie et Jon Valor sont enlevés par The Shade.
  

Barry O'Dare trahit sa famille en livrant Matt et Hope à The Shade. Jack porte secours aux civils touchés par les explosions puis rentre chez lui tenter de se reposer. Mais il en est empêché par The Mist qui tente de l'abattre. Ralph Dibny  retrouve sa femme, Sue, indemne. The Shade tient également Mikaal Tomas, revenu sur Terre depuis peu, après avoir accompagné Jack dans l'espace. Puis il créé un dôme noir qui isole Opal City avant que Jack n'ait eu le temps d'appeler Alan Scott/Sentinel et la JSA à la rescousse.


Quelques jours auparavant, Mikaal Tomas revenait sur Terre avant Jack et avait une discussion avec le fantôme de David Knight qui tentait de le préparer au chaos engendré par The Shade. Mais, averti trop tard malgré tout, il était capturé par les complices de ce dernier.


Les forces de police sont massacrés par les acolytes de The Shade - The Mist, Salomon Grundy, Ragdoll, The Spider, les Bodine, Crusher et Dr. Phosphorus. Ce dernier affronte Ted Knight qui réussit à le semer. Exhibant ses prisonniers sur la grande place d'Opal City, The Shade menace de tuer Sadie si Jack ne se montre pas et Starman apparaît... Pour voir son adversaire défaillir et Simon Culp surgir de ses entrailles !
  

Londres, 1838. Simon Culp rencontre Dickie Swift/The Shade et découvre qu'ils partagent le même pouvoir. Ils vivent plusieurs aventures ensemble, en Inde en 1850, en Autriche en 1866, et à Opal City en 1882. Traqués par les Ludlow, leurs chemins se séparent. Quand ils se recroisent en 1941 à Londres, devenus rivaux, Culp est aspiré dans les ténèbres de The Shade à la suite de l'explosion d'une bombe.

 

Adam Strange et Black Condor interviennent pour permettre à Jack, Sadie, Phantom Lady, Clarence, Matt et Hope O'Dare d'échapper à Culp. Pendant ce temps, les Dibny reprennent les recherches de Sadie sur le passé de Jon Valor/The Black Pirate afin de comprendre pourquoi The Shade l'a enlevé et consultent Hamilton Drew, qui a également enquêté sur le sujet il y a longtemps. Ted Knight comprend que le Dr. Phosphorus l'a irradié mortellement. Et "Bobo" Bennetti se délivre de la croix à laquelle on l'a attaché sur la grande place.


Autrefois. Désormais prisonnier du corps de The Shade, Culp s'emploie à contrôler son esprit, ce qui explique le comportement ambivalent de Dickie Swift au fil des ans. Accédant grâce aux ténèbres au néant, il recrute ses alliés : Ragdoll, Grundy, The Spider, les Bodine, The Mist, Dr. Phosphorus. Durant la même période,Hamilton Drew enquête sur le cas de Jon Valor/The Black Pirate, accusé d'avoir tué son propre fils, et découvre qu'il est devenu une puissante force occulte capable de canaliser ou développer les ténèbres en mourant.
   

Jack se retranche dans l'observatoire en ruines de Ted et ils élaborent un plan pour contre-attaquer Culp et sa bande. Ted, se sachant condamné, trouve dans le souvenir d'une étrange aventure passée avec la JSA, où les compagnes des héros prirent leur place pour les sauver sous la direction de Wonder Woman, l'inspiration pour livrer sa dernière bataille. Culp initie le rite qui va lui permettre, grâce à la condition spéciale de Jon Valor/The Black Pirate, d'anéantir ce qu'aime le plus son ennemi The Shade : Opal City !
  

Clarence O'Dare gagne avec Phantom Lady, Matt et Hope, la station de radio locale et lance le rappel des troupes de police pour donner un dernier assaut contre les forces de Culp. Ted affronte une nouvelle fois Dr. Phosphorus et le tue. Adam Strange travaille à un moyen d'activer le rayon Zeta pour téléporter à Opal City l'armée de Rann. Mikaal combat Grundy. The Shade est sauvé de The Spider par Matt et Hope O'Dare. Hamilton Drew accompagnent les Dibny à la recherche de l'endroit où Culp retient Jon Valor/The Black Pirate.


Ragaillardi, The Shade affronte Culp que Jack n'arrive pas à neutraliser et que The Mist, en renfort, a blessé. Grâce à un elfe noir, Dickie Swift récupère ses pouvoirs en les arrachant à Culp. Mikaal neutralise Grundy. Adam Strange se débarrasse des Bodine en même temps que les renforts provenant de Rann débarquent. Le dôme enveloppant Opal City disparaît. Culp joue son va-tout en menaçant de tuer The Mist lorsque le père de celle-ci surgit et exécute le nabot !
  

Clarence, Matt et Hope règlent leurs comptes avec Barry O'Dare. The Mist exécute sa fille après avoir appris qu'elle a eu son enfant de Jack puis révèle qu'il a piégé le bâtiment de manière à détruire la ville. Ted neutralise The Mist et fait ses adieux à Jack avant d'entraîner tout l'immeuble dans l'espace où il explose.

Matt O'Dare meurt des suites de la fusillade contre son frère Barry. Les Dibny et Black Condor décident de s'installer à Opal City. Sadie disparaît avec son frère Will. Jack reste seul avec le fils que lui a laissé la fille de The Mist et clôt les funérailles de son père auxquelles sont venus assister tous les héros, avec des discours d'Alan Scott/Sentinel, Jay Garrick/Flash et Ted Grant/Wildcat.

Ce pénultième tome de Starman est une vraie saga puisque sa publication originelle a duré plus d'un an, avec treize épisodes ! C'est une sorte d'apothéose avant l'heure, même si James Robinson livrera encore six épisode pour conclure son run.

Après le long périple spatial de Jack Knight, ce dernier revient donc à Opal City et ne tarde pas à découvrir que The Shade semble avoir perdu la tête en y faisant régner la terreur. Une incongruité pour celui qui a toujours affirmé aimé autant cette ville que les Starmen. 

Sur ce mystère, Robinson ne se contente pas de broder une intrigue pleine d'action et de rebondissements, mais s'emploie à résoudre des subplots parfois anciens, comme celui concernant le Black Pirate Jon Valor ou les origines de The Shade. Il dispose également d'un casting très fourni auquel il trouve une utilité précise dans ce vaste canevas.

Il faut toute cette matière, très dense, qui exige du lecteur une disponibilité absolue, pour alimenter cette fresque dont la lecture est captivante. Rien que la révélation sur le passé de Simon Culp, le véritable vilain de l'histoire, occupe deux chapitres ! Pourtant, jamais on n'est perdu dans ce flot d'événements, même au coeur du dôme de ténèbres qui enveloppe Opal City.

Robinson a le goût du symbole simple mais percutant et c'est cela qui rend son récit fluide malgré tout : il est question de lumière et de nuit, de mort et de renaissance, d'amour et de sacrifice. C'est à s'attachant à cela qu'on comprend que ce spectacle crépusculaire et mouvementé vaut surtout pour l'émotion qu'il produit à la fin, lorsque l'un des personnages principaux rencontre son destin.

L'héritage, notion fondamentale de la série, est aussi présent : qu'il s'agisse de transmettre le relais du rôle de protecteur de la cité, de la paternité, de la connaissance, du mal incarné, tout  ici traduit cela. Ted passe la main définitivement à Jack, Jack récupère son fils, les Mist connaissent une fin tragique à la mesure de leurs méfaits, les Dibny s'instruisent au contact du grand détective Hamilton Drew, The Shade se délivre de son démon Simon Culp. Et n'oublions pas le règlement de comptes entre les O'Dare. Il y a une évidente volonté pour Robinson de solder plusieurs dossiers avant de terminer sa série.

Il est une fois encore bien soutenu par la prestation impressionnante de Peter Snejbjerg au dessin qui enquille sans problème, sans faiblir, les treize épisodes de l'arc narratif. L'artiste livre des planches mémorables sans compter ni ménager ses efforts, assumant aussi l'encrage : une vraie performance. Mais son style s'épanouit dans ces scènes entre chien et loup, très expressionnistes.

On a du mal à comprendre pourquoi, aujourd'hui, Snejbjerg ne dessine plus aucune série en vue chez un des "Big Two" (Marvel ou DC) quand on note sa régularité sans failles et son talent énorme. Ce type devrait être une star.

Pour le soixante neuvième épisode, le lecteur a aussi la joie de savourer une poignée de planches composées par Paul Smith à l'occasion d'un flash-back de Ted Knight avec une JSA en jupons : c'est magnifique et c'est un rappel de la glorieuse équipe que forma Robinson avec le ce grand artiste sur JSA : The Golden Age et Leave it to Chance.

L'épilogue de cette histoire est aussi sobre qu'élégante et annonce la fin de la série avec des adieux poignants mais dignes encadrant une réflexion peu commune sur la retraite volontaire d'un héros.

mercredi 18 avril 2018

STARMAN, VOLUME 8 : STARS MY DESTINATION, de James Robinson, David S. Goyer, Peter Snejbjerg, Stephen Sadowksi, Chris Weston et John McCrea


Ce huitième tome des aventures de Starman est la suite directe du précédent (A Starry Knight) puisque Jack Knight y poursuit (et achève) son voyage dans l'espace en compagnie de Mikaal Tomas et de l'hologramme de son père, Ted. James Robinson est soutenu par David S. Goyer pour le scénario, tandis que Peter Snejbjerg met le tout en images (avec les participations de Chris Weston, John McCrea et Stephen Sadowki) pour les épisodes 55 à 60.


- #55 : Starcab Confessions. (Dessiné par Peter Snejbjerg, Chris Weston et John McCrea) -  Space Cabbie est, comme son nom l'indique, un chauffeur de taxi galactique. Il embarque deux clients, Ric Starr et Ace Arn, en 2153 pour les conduire dans le secteur Karloff. Le chauffeur raconte dans quelques circonstances il a rencontré Jack Knight lorsqu'il sauva Starfire des griffes de Jarko le pirate. Mais ses deux passagers ont d'autres versions de l'histoire...


- #56 : City without Light. (Dessiné par Stephen Sadowski et Peter Snejbjerg.) - A Opal City, les O'Dare enquêtent sur les morts suspectes et violentes du commissaire Sam Woo, Lockhart Beaumont, Katherine Shawnessy  et Milton Kroll. Tout accuse the Shade qui se cache chez Ted Knight, lequel a demandé à Flash d'enquêter. Mais d'autres héros, dans le coin, sont sur la piste du tueur : Black Condor, Phantom Lady, Adam Strange et "Bobo" Benetti.


- #57-60 : Stars my destination. (Dessiné par Peter Snejbjerg.) - L'hologramme de Ted Knight généré par la Boîte-Mère d'Apokolips a localisé la signature énergétique de Will Patton sur la planète Kranaltine, planète ennemie de Rann, qui, aussitôt, attaque leur vaisseau et le détruit. Récupéré par les hommes du prince régent Jediah Rikane, Jack Knight est soumis à la question pour connaître la raison de sa présence dans le secteur, tandis qu'il découvre que son tortionnaire s'est allié avec Turran Khan, l'ennemi juré de Mikaal Tomas. Ils détiennent Will Patton car son âme est identique à celle de Gawyn, le frère du prince régent, sur le trône avant lui. Jack et Mikaal sont déportés sur la planète-prison Asryx où Jarko le pirate fait sa loi mais où sont également retenus Tigorr (un Omega man), Delaken (espion de Rann), Medphyl (un Green Lantern) et Fastback (un Néo-Dieu).


Tous ensemble, ils réussissent à s'évader et se débarrassent aussi bien des gardiens que des prisonniers qui leur barrent la route. Fastback trouve dans les ruines du pénitencier un caisson où repose Will Patton, mais celui-ci, une fois ranimé, refuse de rentrer sur Terre avant d'avoir libéré Kranaltine du joug de Jediah Rikane et Mikaal veut en finir avec Turran Khan. Heureusement, Delaken bénéficie d'une complice inattendue mais précieuse en la personne de Lady Merrian, la femme de Gawyn.
  

Soutenu par le peuple opprimé de Kranaltine, les héros attaquent Jediah Rikane et Turran Khan lorsque M'Ntorr rend ses pouvoirs de Starman à Will Patton, habité par l'âme de Gawyn ! Tandis que Delaken et Jack Knight rejoignent Lady Merrian, Mikaal Tomas affronte Turran Khan et Patton/Gawyn Jediah Rikane. Alors que Delaken s'apprête à téléporter Jack et Lady Merrian jusqu'à Rann, Medphyl l'abat !
  

Jack réussit à tuer Medphyl avec sa lance cosmique tout comme Patton/Gawyn, régénéré par M'Ntorr, prend l'avantage sur Jediah Rikane et Mikaal élimine Turran Khan en retrouvant lui aussi ses pouvoirs de Starman. Avant d'être téléporté sur Terre avec Jack, Patton retrouve Lady Merrian et l'âme de Gawyn le convainc de rester à ses côtés pour restaurer la démocratie sur Kranaltine. Mikaal choisit aussi de rester sur place. Seul Jack Knight rentre donc à Opal City.

Les six épisodes de cet album sont un régal et concluent la saga spatiale de Starman tout comme il met en scène la rencontre entre plusieurs détenteurs du nom. En comptant une évocation de Ted Knight lorsqu'il était en activité lors d'un flash-back, on voit donc pas moins de quatre Starmen dans ces chapitres, une véritable lignée illustrant le thème central de la série (la passation).

Avant d'en venir à l'arc narratif principal (en quatre parties), Stars my destination s'ouvre par deux épisodes distincts. Le premier (Spacecab confessions) est un one-shot très amusant qui permet à James Robinson et David S. Goyer de construire un court récit selon trois points de vue différents, avec les variations sur les faits que cela implique. A chaque fois, il y est question du sauvetage de Starfire capturée par le pirate Jarko, mais selon le dessinateur et le narrateur, l'aspect des personnages change et introduit de subtiles nuances dans le déroulement des événements. On retrouve dans cet exercice de style la tonalité de certains épisodes de Nexus de Mike Baron et Steve Rude, une folie douce, qui prend le contexte et ses poncifs pour s'en amuser, avec des motifs comme l'aparté en ouverture de Space Cabbie. D'ailleurs, graphiquement aussi, surtout avec Peter Snejbjerg, on retrouve un graphisme proche de Rude, tandis que Chris Weston évolue dans un registre plus détaillé et très expressif (les grimaces de Ted Knight sont irrésistibles) et John McCrea opère une sorte de synthèse entre ses deux collègues.

Le n° 57 est une sorte de parenthèse : Robinson et Goyer préparent le terrain pour le tome 9 en revenant sur les crimes commis à Opal City par un assassin dont les pouvoirs sont identiques à ceux de the Shade. Et les soupçons des O'Dare, chargés de l'enquête, semblent se vérifier finalement quand l'autre protecteur de la ville s'en prend à "Bobo" Benetti... Il faudra lire l'arc (en dix épisodes !) de Grand Guignol pour en savoir plus. Stephen Sadowki dessine toutes les scènes à Opal City avec son style réaliste classique mais assez impersonnel, tandis qu'à la fin, quand l'action revient au périple spatial de Jack Knight et ses compagnons, Peter Snejbjerg reprend la main avec le brio qu'on lui connaît.

Enfin, nous voici arrivés à l'arc narratif qui donne son titre à l'album. On se souvient que Jack s'est engagé à partir explorer l'espace-temps pour retrouver le frère de sa fiancée, Sadie, Will Patton, qui fut Starman durant la période située entre le départ à la retraite de Ted Knight et sa succession éphémère par son fils David. Après, durant leur quête, avoir rencontré Salomon Grundy, La Légion des Super-Héros, le père de Superman, le héros est confronté au terrible Jediah Rikane qui détient Patton.

Mais la situation se complique vite car Patton partage son âme avec celle du prince déchu Gawyn et que Rakine s'est allié à Turran Khan, l'ennemi juré de Mikaal Tomas. L'affaire s'engage très mal pour les héros, qui finit sur une planète-prison où l'attendent à la fois de nouveaux adversaires mais aussi, heureusement, des renforts opportuns. Et c'est alors parti pour le match retour avec comme objectif le renversement du tyran de Karaltine.

Tout ça a un air prononcé de Flash Gordon et comme Robinson et Goyer sont des fans cultivés, ils s'emparent de cette référence avec maestria pour livrer un récit plein de rebondissements (la traîtrise de Medphyl), de princesse à sauver (Lady Merrian, clin d'oeil appuyé à Lady Marianne issue elle de Robin des bois), de soulèvement populaire, et de duels disputés (entre Patton/Gawyn et Rikane, Jack et Medphyl, Mikaal et Khan). Remplacer les pouvoirs cosmiques et les armes futuristes par des épées et vous êtes dans une histoire de capes et d'épées digne des films de Michael Curtiz avec Erroll Flynn. Jubilatoire !

Peter Snejbjerg dessine tout ça avec une magistrale maîtrise : son art de jouer avec les ombres et lumières (que ne vient pas dénaturer l'encrage de Keith Champagne) n'a d'égal que la variété de son découpage, la profusion de ses images ne nuit jamais à leur lisibilité, et il sait donner un souffle indéniable à ces mouvements. C'est aussi beau que bon pour résumer. Pour ma part, je préfère la série quand il la dessine, même si, évidemment, la période Tony Harris est également excellente.

La suite promet d'être copieuse avec un arc narratif en dix chapitres qui dévoilera ce qui se joue à Opal City en proie à une vague de crimes alors que Jack Knight revient chez lui, sans le frère de sa fiancée.   

mardi 13 mars 2018

STARMAN, VOLUME 7 : A STARRY KNIGHT, de James Robinson, David Goyer, Steve Yeowell et Peter Snejbjerg


Le départ de Tony Harris (dessinateur régulier de la série) à la fin du volume précédent a coïncidé avec celui de Jack Knight pour un voyage dans l'espace à la recherche de Will Patton, le Starman qui l'a précédé. Mais ce n'est pas le seul changement notable qui apparaît à la lecture de ce septième tome où James Robinson collabore désormais avec David Goyer au scénario et où Steve Yeowell va vite céder sa place de nouvel artiste à Peter Snejbjerg (qui va enchaîner 30 épisodes d'affilée, jusqu'à la fin du titre !).


- City whitout light (#47. Dessiné par Steve Yeowell.) The Shade boit le thé avec Ted Knight et tous deux discutent de la sécurité d'Opal City depuis le départ de Jack. Matt O'Dare et sa soeur Hope affrontent les super-vilains pensant profiter de la situation. Barry O'Dare s'occupe au commissariat central sans vraiment réussir à se rendre aussi utile. Clarence O'Dare sert désormais d'intermédiaire entre les autorités et les super-héros. Jake "Bobo" Benetti veille sur les bas-fonds. Sadie Falk s'occupe de la boutique de Jack (que le Pirate Noir cherche à contacter). Mason O'Dare fréquente Charity, la diseuse de bonne aventure, dont il semble épris. Seuls deux points assombrissent le tableau : l'assassinat de l'informateur Dudley Donovan, tué de la même manière que David Knight ; et le meurtre du commissaire Sam Woo.


- Starman's Blues (#48. Dessiné par Steve Yeowell.) Un cauchemar rappelle à Mikaal Tomas la mort de sa fiancée Lyysia et, dans un accès de rage, il endommage le tableau de bord du vaisseau de Starman. L'hologramme de Ted généré par la boîte-mère confiée à Jack par Orion conseille à son fils de se poser sur une planète proche. Ils explorent l'endroit et tombent sur... salomon Grundy, à nouveau dominé par sa personnalité malfaisante, qui veut les tuer pour s'emparer de leur appareil. 


- Talkning with David' 99 (#49. Dessiné par Steve Yeowell.) Mikaal, blessé, perd connaissance et rencontre alors David avec qui il discute de la perte de ses pouvoirs, de son sentiment d'être inutile mais aussi de son besoin de venger Lyysia. Cependant l'hologramme de Ted sauve Jack de Grundy et avec Mikaal, ils repartent de cette planète maudite. Puis ils traversent une masse noire qui les propulse plus loin, non seulement dans l'espace mais aussi dans le futur. Ils sont alors abordés par la Légion des Super-Héros, menée par Star-Boy !


- Lighting the way (#50. Dessiné par Peter Snejbjerg.) Jack, Mikaal, l'hologramme de Ted accompagnent Star-Boy et Umbra dans cette masse noire qui menace d'engloutir l'univers. Au coeur de ces ténèbres, après des jours, voire des semaines de marche, et de combats contre des créatures qu'elle génère, ils découvrent ce qui la génère : the Shade ! Pour rétablir la situation, celui-ci somme Jack de lui tirer dessus avec sa lance cosmique. L'effet est immédiat et spectaculaire. The Shade explique comment cela a pu se produire et permet à Jack et ses compagnons de repartir - tout en leur cachant que l'un d'eux mourra. Il reste auprès de Star-Boy pour l'instruire sur son destin qui le conduira à visiter le passé.
  

- Midnight in the house of El (#51. Dessiné par Peter Snejbjerg.) Grâce à the Shade, Jack, l'hologramme de Ted et Mikaal remontent le temps mais ont atteint l'année 1922 et atterrissent sur Krypton avant sa destruction. Ils y sont accueillis par Jor-El, le futur père de Kal-El, qui deviendra Superman sur Terre ! Conduit jusqu'au père du jeune explorateur, le sévère Seyg-El, qui pense qu'ils sont des espions ou des envahisseurs, Jack et ses amis sont emprisonnés après avoir été interrogés. Mais Jor-El les libère, au risque d'être puni à son tour. Ils récupèrent la boîte-mère et la lance cosmique de Jack et s'enfuient.


- Men of two worlds - The Long Goodbyes (#52-53. Dessinés par Peter Snejbjerg.) Reprenant leur odyssée, Jack obéit à Mikaal quand celui-ci, sentant la présence de son ennemi Turran Kha, veut le traquer. Ils atterrissent sur Rann, patrie adoptive de l'aventurier interstellaire Adam Strange. Un traité de paix entre plusieurs mondes est sur le point d'être signé et la présence de Kha, dont le vaisseau est trouvé dans une forêt proche, menace l'événement. Lors de la réception donnée à la veille de la signature du document, le terroriste et ses complices surgissent et lorsque la vie de Alanna et Aleea, la femme et la fille de Strange, est menacée, Jack n'hésite pas à s'interposer, au péril de sa vie. Kha disparaît en prenant Aleea en otage.
  

Ressuscité en étant cloné par la technologie de Ran, Jack part à la poursuite de Kha avec Strange, Mikaal tout en étant prévenus par Sardath, le beau-père de Adam, qu'il procédera à la signature du traité comme prévu, quitte à sacrifier sa petite-fille. Les dons de pisteur de Mikaal permettent de débusquer leur ennemi et ses sbires, neutralisés avec l'aide, notamment, de thanagariens (les semblables de Hawkman). Cette coalition a uni les peuples mieux qu'un bout de papier mais s'en empêcher Kha de s'échapper. Jack et Mikaal, avec l'hologramme de Ted, se chargeront de le traquer.

Lire Starman à partir de ces épisodes est un point d'entrée idéal (il suffit de juste de savoir pourquoi les héros sont dans l'espace et de mesurer la notion d'héritage qui lie Jack à son père, présent à ses côtés sous la forme d'un hologramme). Bien entendu, suivre la série depuis le début est bien mieux et permet d'apprécier pleinement son humanité et son envergure.

David Goyer avait déjà aidé James Robinson sur les scénarios de quelques numéros dans le tome précédent, mais désormais les deux hommes (qui relanceront aussi le titre JSA à cette époque - nous sommes en 1999) collaborent étroitement et régulièrement sur les histoires (Robinson se réservant la rédaction du script et des dialogues). Il est indéniable que Goyer apporte avec lui un sens de l'aventure plus marqué, plus premier degré aussi, et le voyage dans l'espace occupe six des sept épisodes (il se poursuivra et se conclura dans le recueil suivant).

L'action gagne donc en exotisme et s'autorise des libertés audacieuses, parfois acrobatiques, plus grandes que lorsqu'elle se déroulait à Opal City. Désormais, on sillonne le cosmos, des planètes hostiles, d'autres plus hospitalières, mais on progresse aussi dans le temps, jusqu'à un lointain futur, ou on le remonte jusqu'au début du XXème siècle. Pourtant, tout cela est pensé avec une grande cohérence et les auteurs explorent la continuité du DC Universe sous des angles troublants.

Le pic de l'album est sans contexte l'épisode 51 où Jack fait la connaissance en 1922 du jeune Jor-El, le (pas encore) père du futur Superman ! La situation est folle et sidère d'ailleurs Starman, tiraillé entre l'envie de révéler à ce jeune explorateur kryptonien le sort de sa planète, sa paternité, le destin extraordinaire de son fils, et la réserve que lui impose le souci de ne pas altérer le continuum espace-temps. Il n'empêche, on est saisi par une émotion poignante quand Jack et ses compagnons quittent le monde condamné.

Toutes ces aventures, collectées dans ce recueil, exploitent la notion de transmission : la conversation mondaine entre the Shade et Ted Knight sur la sécurité d'Opal City en l'absence de Jack, les retrouvailles périlleuses avec Salomon Grundy, le dialogue entre Mikaal et David Knight, la rencontre avec la Légion des Super-Héros et le jeune leader Star-Boy (au sujet duquel the Shade fait des révélations étonnantes sur son destin), les cachotteries de the Shade sur le sort d'un des membres de l'équipage (promis à la mort avant son retour sur Terre) de Starman, l'alliance entre Jack et Adam Strange pour sauver la fille de ce dernier. Le tout toujours mené sur un rythme soutenu aboutit à des récits denses où l'action ne domine jamais la caractérisation.

Passation aussi esthétique puisque, Tony Harris parti (même s'il continue de produire les couvertures de la série), Starman doit se trouver un nouvel artiste. Steve Yeowell, déjà actif par le passé pour des fill-in, s'y colle le temps de trois chapitres : son style épuré et élégant convient à merveille, même si on a l'impression diffuse que l'encrage de Wade von Grawbadger ou Keith Champagne alourdit un peu son trait aérien.

Puis avec l'épisode 50 (plus long, d'une trentaine de pages, comme un Annual, pour fêter ce cap important), la série accueille celui qui va s'installer comme le nouveau titulaire : Peter Snejbjerg. Aujourd'hui, ce dessinateur de grand talent a été injustement oublié, même s'il réalise parfois des épisodes pour des productions du "Mignola-verse" chez Dark Horse. Pourtant, pendant une dizaine d'années au début des années 2000, il sera un talent remarqué et remarquable, d'une régularité prodigieuse (il va enchaîner les trente derniers épisodes de Starman), avant de s'éclipser sans avoir pu terminer la mini-série The Mighty (où il sera remplacé par un débutant prometteur : Chris Samnee).

Le style de Snejbjerg n'entre pas dans le registre du réalisme classique, il y a une sorte de naïveté dans son trait dont on peut imaginer que le Mazzucchelli de Batman : Year One l'a influenceé grandement. Sa manière de traiter les ombres et les lumières, de façon franche, expressionniste, et d'attribuer à ses personnages une expressivité minimaliste mais toujours juste, dans un découpage sage mais rigoureux, produit une lisibilité très efficace et un côté rétro très approprié à la série. (Re)lire Starman sert aussi à cela : (re)découvrir et (ré)évaluer un dessinateur.

Toujours aussi moderne, inclassable, et divertissant sans oublier d'être touchant, l'oeuvre de James Robinson est et reste une gemme dans les grands classiques publiés par DC Comics.  

mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...