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mardi 9 avril 2019

UNDER PRESSURE, d'Anna Boden et Ryan Fleck


Avant le triomphe de Captain Marvel, les réalisateurs Anna Boden et Ryan Fleck ont signé ce beau film noir qui n'a pourtant pas eu droit à une sortie en salles en France mais est disponible en DVD. Ils y dirigeaient deux acteurs, depuis eux aussi "Marvélisés", Ben Mendelsohn et Ryan Reynolds, et prouvaient une sensibilité d'auteurs très prometteuse. Une pépite à découvrir.

Gerry (Ben Mendelsohn)

Joueur talentueux mais compulsif, Gerry doit beaucoup d'argent à plusieurs créanciers après une mauvaise passe. Mais lorsqu'il fait la connaissance de Curtis, de neuf ans son cadet, dans un casino à Dubuque, dans l'Iowa, sa chance tourne. Ils deviennent rapidement amis, constatant leur complémentarité même si leurs philosophies divergent : Curtis ne joue que pour le plaisir, en dilettante, alors que Gerry s'y adonne maladivement, sans avoir s'arrêter quand les circonstances ne lui sont plus favorables.

Curtis et Gerry (Ryan Reynolds et Ben Mendelsohn)

Le lendemain, ils vont parier à une course de chiens et raflent une grosse somme en misant sur un concurrent pourtant mal côté. Dans un bar, Curtis explique à Gerry qu'il évoque le Machu Pichu quand il estime qu'il doit se séparer d'un acolyte - une manière de faire comprendre à son nouveau comparse qu'il le laissera tomber en cas de déconfiture. Au matin Gerry se présente devant Sam, une de ses créditrices, à qui il promet un remboursement imminent et elle lui accorde, à contrecoeur, un dernier délai.  

Simone (Sienna Miller)

Gerry convainc Curtis d'écumer ensemble toutes les maisons de jeux lors d'un voyage le long du Mississippi jusqu'à ce qu'ils aient 25 000 $ en poche, la somme requise pour s'asseoir à la table de Tony Roundtree, un joueur renommé évoqué par Curtis. Ils font une première halte à Saint-Louis où Curtis retrouve sa fiancée, Simone, escort-girl, qui présente sa collègue Vanessa à Gerry. Ils passent la soirée et la nuit ensemble sans pourtant coucher ensemble. 

Vanessa (Analeigh Tipton)

Les deux hommes reprennent la route, direction : Memphis. Gerry joue toujours aussi bien mais perd tout lors d'une partie à laquelle Curtis ne participe pas, préférant écouter du blues et danser dans le bar attenant. Gerry cache sa déconvenue à Curtis et échange avec lui sur leurs passés, l'occasion pour le premier de parler de son ex-femme et de sa fille qu'il aimerait reconquérir. Curtis se laisse attendrir et accepte qu'ils fassent un détour par Little Rock. Mais Gerry est mis à la porte par son ex-femme quand elle le surprend en train de voler de l'argent caché dans le linge d'une commode.

Curtis

A Tunica, Curtis descend dans un hôtel-casino où Gerry lui avoue enfin qu'il n'a plus d'argent. Ils se séparent après une ultime tentative de se refaire à une course hippique - où Gerry mise sur le mauvais cheval alors que Curtis a, au contraire, sans le lui dire, raflé la mise avec une autre monture. Déambulant en ville, Gerry trouve l'adresse de Tony Roundtree et découvre qu'il n'est pas le grand joueur vanté par Curtis qui, pendant ce temps, se rend dans un bar où chante sa mère pour qui il remet, au barman, une enveloppe pleine de cash.

285 000 $ aux dès !

Gerry rentre au casino et s'essaie aux dès. Très vite, la chance revient en même temps que Curtis. Ils décident de miser à quitte ou double sur un coup et empochent miraculeusement 285 000 $ ! Ils fêtent ça par un repas copieux puis en louant une suite luxueuse. A l'aube, Gerry s'éclipse avec sa part en laissant un mot pour Curtis où il évoque le Machu Pichu. Il s'achète une voiture neuve et prend la route.

Présenté en 2015 au festival de Sundance, Mississippi Grind (rebaptisé stupidement Under Pressure chez nous) n'a pas eu l'occasion d'être exploité en salles en France, sortant directement en vidéo. Une sanction injuste pour le nouveau film du duo de réalisateur-producteur-scénaristes de Half Nelson (qui valut en 2006 une nomination à l'Oscar du meilleur acteur pour Ryan Gosling).

Il s'agit à première vue d'une série noire classique sur le thème de l'addiction au jeu, à l'atmosphère à la fois cool et tendue, mais le résultat surprend par la manière dont il évite les clichés et s'attache surtout à dessiner l'amitié improbable entre un joueur talentueux mais incapable de savourer ses victoires et de s'arrêter quand le vent tourne en sa défaveur et un autre qui, lui, ne joue que par plaisir, sachant ne pas forcer sa chance, mais traînant de vieilles culpabilités.

Le film évolue au gré d'une superbe bande-son, essentiellement composé de standards de blues, le long de la Côte Est des Etats-Unis en s'enfonçant toujours plus dans le Sud et la nuit, de salles de jeux minables en casinos flamboyants, pour deux gagne-petit qui rêvent de battre la banque. Une fois qu'on s'y laisse prendre, difficile de décrocher, ce qui correspond finalement parfaitement au comportement des deux héros à la fois irrésistiblement attirés et implacablement aveuglés par les néons des enseignes et les jetons misés lors de parties de cartes ou les billets achetés pour des courses de chiens ou de chevaux. Gerry et Curtis sont comme aimantés par les cartes distribués, les dès lancés.

Tourné sur pellicule, l'image possède un grain particulier qui renforce la parenté de cette oeuvre avec les classiques des années 70. D'ailleurs, les cinéastes semblent avoir voulu gommer au maximum les repères temporels et invoquer les fantômes des losers magnifiques du passé, entre chien et loup. Ryan Fleck et Anna Boden refusent toute complaisance, montrant souvent à quel point ces lieux de perdition et ceux qui les fréquentent sont maussades, blafards, et préfèrent l'intimisme au spectacle du jeu, les silences aux dialogues, les regards et les gestes à la psychologie.

Ben Mendelsohn (sobre et attachant en type à la dérive) et Ryan Reynolds (épatant en charmeur blessé) sont également excellents dans cette partition à la fois pathétique et touchante : ils profitent peu ou mal de ce que la vie leur offre, qu'il s'agisse de l'argent, des femmes, de la famille, se laissant entraîner par les événements, résignés à gagner comme à perdre. Une mélancolie séduisante transpire de cette virée, où la virilité est pudique, les regrets lourds, la complicité intense parce que précaire, juste illuminée par deux femmes éphémèrement croisées (Sienna Miller et Analeigh Tipton, magnifiques).

A la fin de cette ballade, les deux partenaires se quittent après avoir décroché la timbale, mais sans qu'on sache s'ils en feront bon usage. La fugacité de leur alliance donne toute sa valeur à leur récit et c'est aussi pour cela qu'il est désolant qu'aucun distributeur français n'ait voulu misé sur ce joli film.

jeudi 21 mars 2019

CAPTAIN MARVEL, de Anna Boden et Ryan Fleck


MCU, chap. XXI : Captain Marvel est donc le premier film mettant en scène une super-héroïne pour les studios Marvel, après 20 longs métrages. Mais si l'Histoire retiendra ce fait, le projet devait surmonter un autre obstacle : présenter les origines du personnage d'une manière différente pour ne pas lasser les fans. En confiant la tâche à deux cinéastes issues du milieu indépendant, Anna Boden et Ryan Fleck, avec une star oscarisée mais elle aussi révélée par l'art et essai, Brie Larson, Marvel réussit son pari brillamment.

 Yon-Rogg et Vers (Jude Law et Brie Larson)

1995. Hala, capitale de l'empire Kree. Hantée par un cauchemar récurrent (dans lequel elle survit à un crash aérien mais assiste au meurtre d'une femme par un alien), Vers, membre de la Starforce, se confie à son supérieur et mentor, Yon-Rogg. Il lui conseille d'en parler à l'Intelligence Suprême, qui apparaît à la jeune femme sous les traits de la victime de son mauvais rêve et l'invite à maîtriser ses émotions pour devenir un bon soldat.

 Vers

Vers a vite l'occasion de tester son tempérament car elle part en mission avec la Starforce pour exfilter un espion Kree chez les Skrulls (les aliens métamorphes apparaissant dans son cauchemar). Elle est piègée et capturée par Talos, le chef ennemi, qui sonde ses souvenirs à la recherche d'une information précise. Vers réussit à s'échapper en dérobant le cristal dans lequel les Skrulls ont enregistré ses souvenirs.

 Nick Fury et Vers (Samuel L. Jackson et Brie Larson)

Mais la capsule à bord de laquelle elle fuit s'écrase sur Terre. Vers tente de donner sa position à Yon-Rogg mais la communication est mauvaise et surtout interceptée par le S.H.I.E.L.D.. Alors que Nick Fury va l'arrêter, elle surprend un Skrull sur le point de tuer l'agent spécial et le poursuit. L'ennemi la sème mais Fury neutralise son adjoint, Phil Coulson, remplacé par un alien métamorphe. Cela le convainc d'aider Vers dans sa mission : récupérer un générateur supra-luminique convoîté par les Skrulls.

 Talos (à droite : Ben Mendelsohn)

En consultant le cristal pris aux Skrulls, Vers oriente ses recherches en direction du Projet Pegasus, où travaillait le Dr. Wendy Lawson, conceptrice du générateur. Avec Fury, elle pénètre dans ce complexe de l'USAF et consulte les archives pour découvrir qu'elle a vécu sur Terre six ans auparavant en tant que Carol Danvers. Elle serait morte avec Lawson à la suite d'un crash. Keller, le supérieur de Fury, prévenu apr ce dernier, débarque et tente de les éliminer, lui et Vers, révélant ainsi qu'il est un Skrull.

 Maria Rambeau et Carol Danvers (Lashana Lynch et Brie Larson)

Vers et Fury s'enfuient aux commandes d'un avion. Direction : la Lousiane, où réside Maria Rambeau, l'amie pilote de Carol Danvers. Les deux amies se retrouvent et s'expliquent sur les événements survenus six ans auparavant. Talos débarque mais obtient une trêve en fournissant l'enregistrement de la boîte noire de l'avion dans lequel Vers et Wendy Lawson se sont crashés : il révèle que Yon-Rogg a exécuté Lawson, une Kree du nom de Mar-Vell, ayant conçu le générateur pour les Skrulls afin qu'ils échappent à une sanglante répression des Kree.

 L'Intelligence Suprême Kree sous less traits du Dr. Wendy Lawson
alias Mar-Vell (Annette Bening)

Vers dont le vrai nom est donc Carol Danvers accepte d'aider Talos à retrouver la base secrète de Mar-Vell. Elle se situe en orbite au-dessus de la Terre, invisible. A l'intérieur se sont cachés la femme, le fils de Talos, et d'autres réfugiés Skrulls. Mais Yon-Rogg et son commando surgissent et décident de les exécuter. 

 Captain Marvel 

Soumise à un interrogatoire à distance par l'Intelligence Suprême, Carol trouve les ressources mentales pour se détacher de son emprise et réveiller ses puissants pouvoirs, acquis en ayant détruit le générateur de Mar-Vell autrefois. Elle décime le commando et permet à Fury d'évacuer les Skrulls. Puis elle défie la flotte Kree emmenée par Ronan l'accusateur, qui préfère battre en retraite après la destruction d'un de ses vaisseaux.

Captain Marvel

De retour sur Terre où Yon-Rogg s'est crashé, Carol le renvoie à Hala en faisant porter le message qu'elle y retournera afin de négocier la sauvegarde de la Terre et des Skrulls. Puis elle confie à Fury un pager amélioré grâce auquel il pourra la contacter en cas d'urgence. Captain Marvel escorte les Skrulls jusqu'à une planète d'accueil.

Deux scènes supplémentaires ont lieu au milieu puis à la fin du générique de fin :

- Captain Marvel apparaît devant Steve Rogers (Captain America), Natasha Romanoff (Black Widow), Bruce Banner (Hulk) et James Rhodes (War Machine) après qu'ils aient récupéré le pager de Fury, désintégré par Thanos (dans Avengers : Infinity War).

- Goose, le chat recueilli par Fury et Carol lors de leur fuite du Projet Pegasus, recrache le Tesseract, fournissant l'énergie du générateur de Mar-Vell, sur le bureau de Fury.

La présentation d'un nouvel héros Marvel est devenu un exercice en soi. S'il est nécessaire pour que le grand public, peu ou pas familier avec les personnages issus des comics, il a fini par lasser les fans, pour qui ce préliminaire est inutile. Par ailleurs, la forme varie peu, prisonnière de sa linéarité narrative.

Aussi quand Anna Boden et Ryan Fleck avec leur co-scénariste Genova Robertson-Dwort ont promis que cette origin story surprendrait, l'espoir le disputait à la perplexité.

Ce n'était pas le seul pari du projet. Si l'an dernier Black Panther (avec le premier super-héros noir) a été un énorme carton au box office, le résultat m'a laissé (et pas que moi) sur ma faim. En soulignant le caractère féministe de l'entreprise, Marvel s'est attiré les quolibets des commentateurs sur les réseaux sociaux, ceux qui pointaient qu'il avait fallu attendre vingt films pour avoir une héroïne en vedette, et les autres (authentiques trolls) qui attaquaient le studio sur le nom du personnage (Captain Marvel ayant d'abord été le pseudo d'un héros de Fawcette Comics puis DC, qui sera bientôt à l'affiche sous le titre Shazam !).

Passons sous silence le fait aussi que de gros malins reprochèrent, dès la première bande-annonce mise en ligne, à Brie Larson de ne pas assez sourire... On a décidément les polémiques que mérite l'époque.

Bon, je l'admets, je suis bon client des films Marvel, ce qui ne m'empêche pas d'être critique à leur égard (comme je l'ai donc été avec Black Panther). Surtout je suis admiratif de la réussite du studio, de la rigueur de son plan pour construire patiemment un univers cinématographique (là où Warner fait n'importe quoi avec le catalogue DC), ponctuant ces "phases" successives de films-sommes (la série Avengers, dont le quatrième, Endgame, sortira le 24 Avril prochain). Avec un succès insolent.

Bien entendu, on peut discuter de la qualité stylistique de ces longs métrages, où la personnalité des réalisateurs compte moins que la cohérence éditoriale du studio (d'où l'exclusion de cinéastes plus inventifs). Mais c'est une logique qui n'a pas instauré Marvel (par le passé, de grands studios imposaient leurs directors une esthétique maison et contrôlaient la carrière d'acteurs à coups de contrats d'exclusivité pendant des années).

En "débauchant" deux indépendants comme Boden et Fleck, on pouvait être curieux de voir ce qui en sortirait. Les deux réalisateurs ont eu de bonnes relations avec le studio qui, en retour, semble leur avoir laissé la liberté d'oser une construction narrative plus souple.

Captain Marvel n'est donc pas un récit linéaire classique : il introduit l'héroïne déjà investie d'une partie de ses pouvoirs, mais amnésique, reconditionnée par des aliens belliqueux. Séparée de son commando, Vers va poursuivre la mission engagée et découvrir ce qu'elle cachait - et, ce faisant, apprendre qui elle est vraiment.

Vers, c'est la fin du nom Danvers et Carol Danvers a d'abord été une pilote de l'USAF en qui une savante Kree a placée sa confiance pour sauver un générateur permettant à une race extra-terrestre injustement persécutée de fuir vers un nouvelle terre d'accueil. Irradiée par l'énergie du dispositif, Carol en a absorbée la puissance mais a subi un lavage de cerveau pour la réprimer. En apprenant ce qu'on lui a fait et qui sont les vrais méchants  de cette intrigue, elle change de camp et de nature, assumant ses pouvoirs et un statut inédit.

En situant l'histoire dans le passé (1995), le scénario ne mise pas simplement sur l'effet nostalgique, même s'il s'amuse de l'époque décrite (avec les balbutiements d'Internet, l'incompétence du SHIELD face à des menaces extra-terrestres, et une bande-son référencée). Le script donne une perspective à l'Histoire du MCU, comme auparavant avec Captain America (et la seconde guerre mondiale) ou Ant-Man (avec la genèse du SHIELD). En pleine expansion depuis le premier film Avengers (2012), le studio a exploré l'espace mais aussi le temps pour cartographier la position de ses personnages et établir le contexte dans lequel ils ont grandi avant de nous apparaître. Captain Marvel est un jalon supplémentaire dans ce travail d'établissement.

Ensuite, comme en 1995, le film repose sur un duo digne des buddy movies, un couple improbable et complémentaire, facilitant par l'humour qu'il produit la sympathie du public. Vers/Carol Danvers et le jeune Nick Fury forment un binôme impeccable, à l'alchimie indéniable, soutenu par des seconds rôles bien campés (Lashana Lynch - sur laquelle beaucoup de geeks fantasment en pensant qu'elle et Carol sont amantes - , Ben Mendelsohn en chef Skrull surprenant - car ce n'est pas un méchant comme dans les comics - , Annette Bening dans un triple rôle épatant - et qui enrichit la galerie d'acteurs prestigieux ayant contribué au MCU).

Le spectacle est plaisant pendant les 3/4 du film, qui file vite et bien. Le spectateur est accroché par l'intrigue, ses rebondissements. Mais ce n'est rien comparé au crescendo final qui voit Captain Marvel véritablement naître à l'écran, y compris dans le changement de couleurs de son costume (habilement intégré), et déployant une puissance de feu qui confirme qu'elle est bien la plus puissante de toutes (l'argument avancé en prévision de son renfort aux Avengers dans Endgame et leur revanche contre Thanos). C'est sans doute le point décisif du film : non seulement faire connaître un personnage moins célèbre que Iron Man, Thor, Captain America, Spider-Man, mais surtout l'imposer comme un atout majeur, l'as du jeu de cartes. Et ça, sans forcer.

Si le rôle-titre était promis à Yvonne Strahovski par Joss Whedon quand il pilotait les deux premiers Avengers, l'avoir finalement confié, après de longues discussions avec l'intéressée (qui veillait aussi bien à la qualité de son écriture qu'aux conséquences qu'un tel film allait avoir sur sa carrière), à Brie Larson devient une évidence dès les premières minutes. La comédienne n'est pas seulement, donc, une interprète subtile de drames auteuristes, elle s'inscrit avec naturel et autorité, mais surtout beaucoup de malice, en star d'actioneers. Un casting parfait parce que Larson ressemble à Carol Danvers, physiquement, mais aussi moralement (son engagement dans les mouvements #metoo puis time's up en attestent... Au point que, durant la promotion du film, elle a obtenu de pouvoir être interviewée par d'autres journalistes que des mâles blancs de 40 ans... S'attirant la colère de quelques machos conservateurs frustrés).

C'est bien agrèable aussi de profiter de Samuel L. Jackson autrement qu'en "fil rouge" du MCU. Rajeuni par la grâce des effets spéciaux (c'est sidérant), il affiche une complicité irrésisitible avec sa partenaire et peut donner à Fury une épaisseur bienvenue, révélant que le maître espion a été un simple fonctionnaire étranger aux surhumains.

Enfin, avec une partition idéale pour lui qui n'est jamais meilleur que dans l'ambiguïté, Jude Law compose un excellent Yon-Rogg, méchant mais pas que de cette histoire, et dont l'incarnation existe vraiment face à Larson et Jackson (dont c'était d'ailleurs la réunion après Kong : Skull Island).

En vérité, il ne faut pas évaluer les films Marvel à leur qualité cinématographique pure - ce sont les maillons d'une longue chaine, il est forcé qu'ils soient standardisés. Mais en termes de plaisir, de divertissement, Captain Marvel est un des meilleurs crus. Pas de doute, Carol Danvers est là pour un moment, et pas seulement parce qu'elle fait la loi au box office. 

mardi 11 septembre 2018

READY PLAYER ONE, de Steven Spielberg


L'affiche promet "Une aventure trop grande pour le monde réel". Et pour moi, inutile de faire durer le suspense, Ready Player One de Steven Spielberg m'a fait l'effet d'être "trop vieux pour ces conneries", pour citer une réplique culte des années 80 (L'Arme Fatale, de Richard Donner) abondamment citées dans ce long métrage. J'avais bien quelques doutes sur le fait que ce film ne s'adressait pas à moi. J'en ai eu la confirmation après deux heures vingt.

 James Halliday et Ogden Morrow (Mark Rylance et Simon Pegg)

2045. La Terre (enfin les Etats-Unis) sont en proie au dérèglement climatique et à une pauvreté endémique. Les habitants des nombreux ghettos, pour se divertir, se connectent à un gigantesque jeu vidéo en ligne par lequel ils accèdent à l'Oasis grâce à un équipement spécial (des gants, une combinaison et des lunettes). Ceci est la création de feu James Halliday et Ogden Morrow, fondateurs de Gregarious Games. Avant de mourir, Halliday avait évincé Morrow et enregistré une vidéo dans laquelle il expliquait léguer sa fortune au joueur qui trouverait l'Oeuf de Pâques caché dans l'Oasis grâce à trois clés. 

Wade Watts (Tye Sheridan)

Cinq ans après, personne n'a encore réussi à atteindre cet objectif. Wade Watts, un adolescent de Columbus, Ohio, s'y emploie dans la roulotte où il a installé son matériel, à proximité du domicile de sa tante Alice. Sous l'avatar de Parzival, il fait des recherches dans le Conservatoire de l'Oasis sur le passé de Halliday et découvre ainsi que ce dernier était amoureux de la femme de Morrow, Kira.

Aesh, Parzival, le Conservateur et Artemis

Cet indice et d'autres permettent au garçon de trouver la première clé lors d'une épreuve reproduisant une course automobile. Il fait, à cette occasion, connaissance avec Artemis, une autre joueuse qu'il convainc de s'allier avec ses amis, Daito, Cho et surtout Aesh, un mécanicien de génie. Mais leur réunion n'échappe pas à Nolan Sorrento, P.D.G. de Innovative Online Industries (IOI), qui est prêt à tout pour s'emparer de l'Oasis afin d'en tirer de juteux profits.
  
Visite de l'Hôtel Overlook

Toujours en quête de la deuxième clé, le groupe visite, dans une nouvelle épreuve, la reproduction de l'Hôtel Overlook du film Shining (Stanley Kubrick). Sorrento a engagé le mercenaire i-Rok pour pister Parzival et l'éliminer. Il apprend la véritable identité du joueur lorsque, pour fêter la découverte de la deuxième clé, ce dernier invite Artemis dans un club où il lui avoue son amour et son nom civil. Des soldats virtuels de l'IOI surgissent pour le capturer mais ils parviennent à leur échapper. Artemis choisit de rompre avec Parzival qu'elle juge inconscient.

Samantha Cook et Wade Watts (Olivia Cooke et Tye Sheridan)

Sorrento contacte alors Parzival dans l'Oasis et lui propose, en échange des clés, un poste dans son entreprise et une énorme rémunération. Mais il refuse. L'homme d'affaires, en guise de représailles, envoie alors des drones dans le ghetto où vivent Wade et sa tante Alice et détruit leur domicile. Le garçon fuit avant d'être enlevé, une cagoule sur la tête. Lorsqu'on la lui ôte, il est dans le repaire des insurgés que commande Samantha alias Artemis. Mais les drones ont traqué Wade et les commandos de l'IOI débarquent. Samantha aide Wade à s'évader et se fait arrêter à sa place. 

Le Géant de Fer

Wade est récupéré par Aesh, Daito et Cho, dont ils découvrent pour la première fois les apparences et l'âge (le premier est une femme noire, le deuxième un gamin et le troisième un ado comme lui - les deux derniers étant asiatiques). Tous ensemble, ils s'accordent pour libérer Samantha/Artemis, mais pour cela il faut empêcher Sorrento de trouver la troisième clé dans l'Oasis, situé dans le château de la planète Doom que l'avatar de l'homme d'affaires a rendu impénétrable grâce à un champ de force acquis par i-Rok. Dénonçant les méthodes de son ennemi, Parzival enjoint tous les joueurs à le soutenir dans un assaut contre le château.

Parzival et Anorak

Samantha est libérée à distance et s'occupe dans le monde réel de désactiver le champ de force. Parzival peut alors se diriger jusqu'à une console Atari 2600 pour gagner la dernière clé. Mais Sorrento déclenche alors une bombe qui désintègre tous les joueurs de l'Oasis. Grâce à un jeton Extra Life que lui avait remis le Conservateur, Parzival survit et gagne la troisième clé, accédant ainsi à l'Oeuf de Pâques. Anorak, l'avatar de Halliday, lui tend alors le contrat prêt à être signer pour qu'il devienne le nouveau patron de l'Oasis.

Wade, Samantha, Daito et Cho (Tye Sheridan, Olivia Cooke, Wiri Morisaki et Philip Zhao)

Mais Parzival/Wade refuse de parapher le document car il n'a pas joué pour l'argent. C'est ce qu'espérait Halliday. Dans le monde réel, Sorrento est arrêté alors qu'il s'apprête à abattre Samantha, Cho, Daito et Wade. Avec Aesh, ces quatre-là se partageront la direction de l'Oasis, soutenus par Ogden Morrow (qui jouait le rôle du Conservateur). Leur première décision est pourtant impopulaire puisqu'ils décrètent que le jeu sera fermé deux jours par semaine afin que chacun profite de la vraie vie.

Très loin de l'enthousiasme provoqué par Pentagon Papers (tourné durant la post-production de ce long métrage), Ready Player One représente ce que Steven Spielberg l'entertainer veut prouver aux critiques et au grand public qui douteraient de sa capacité à encore produire des blockbusters. Malheureusement, la démonstration, si elle a lui valu effectivement un nouveau énorme succès commercial et des articles élogieux, ne m'a pas convaincu. 

Pour tout dire, je n'ai cessé de me demander à quel point Spielberg avait effectivement mis en scène ce long métrage dont l'action la plupart du temps se déroule dans l'univers virtuel de l'Oasis. Si, en tant que réalisateur, il a du indiquer avec précision les mouvements de caméra, les angles de vue, les lumières, s'il a validé les effets spéciaux, toute cette partie revient quand même à des techniciens spécialisés pour donner forme et vie à cet endroit virtuel.

Et l'Oasis, hé bien, elle st affreusement laide, d'une mocheté ahurissante, à tel point que c'est embarrassant de savoir que Spielberg a vu et voulu ça ! Les avatars sont hideux (mention spéciale à Artemis, mais les autres ne sont pas mieux), les décors ont une esthétique épouvantable, tantôt criarde, tantôt trop obscure, et les innombrables citations à la pop-culture, directement issues du roman d'Ernest Cline dont est tiré le film (et que l'auteur a adapté avec Zak Penn) ne réjouiront que les vieux geeks de cette époque, fétichistes pathétiques de vieux ordinateurs, de jeux vidéos, et qui vont user leurs DVD/Blu-Ray pour repérer le moindre caméo au ralenti.

Cet aspect est une vraie purge pour moi qui n'ait jamais été un gamer et qui déteste irrévocablement ce passéisme nourri au name-dropping, comme figé dans un "bon vieux temps" aussi attirant qu'une femme botoxée. Spielberg a au moins le bon goût de ne pas trop recycler sa propre oeuvre (alors que Cline en faisait l'acmé de sa génération), mais il adresse des clins d'yeux vraiment lourdingues aux copains (le cube Zemeckis) et a remplacé son fidèle compositeur John Williams par le so eighties Alan Silvestri (qui joue au DJ vintage en plaçant d'entrée Jump de Van Halen ou, pire que tout, du Duran Duran et du Tears for Fears).

Cependant, le pire est atteint dans un passage dont raffole apparemment beaucoup de monde : la scène de l'Hôtel Overlook issu du film Shining de Stanley Kubrick. Les deux cinéastes étaient de grands amis, et Spielberg a même mis en scène le script de A.I. : Intelligence Artificielle, un projet longtemps caressé par Kubrick. Il aurait dû se souvenir qu'il n'avait pas été très inspiré en le faisant (et d'ailleurs, ce fut un bide cuisant en salles). Mais, là, le réalisateur de 2001 : L'Odyssée de l'espace doit se retourner dans sa tombe (et Stephen King doit fulminer, lui qui détestait le film de Kubrick) en voyant où finit son son chef d'oeuvre horrifique dans un passage plus affligeant que digne de l'hommage voulu.

J'ai lu ça et là que Ready Player One serait une réflexion sur les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) via IOI ou un autoportrait multiple de Spielberg via les personnages de Wade ou Halliday ou Sorrento. Mouais. Peut-être... Mais enfin ça ne saute pas aux yeux, sinon pour la ressemblance physique troublante entre le jeune Tye Sheridan et le le cinéaste il y a cinquante ans. Toutefois le comédien, comme ses partenaires, n'a guère l'occasion de briller à cause d'une caractérisation grossière et du peu de temps accordé aux scènes dans le monde réel : dommage pour Olivia Cooke surtout, et Ben Mendelsohn. Mark Rylance en revanche est incompréhensiblement mauvais en pseudo-Steve Jobs autiste, affublé d'une invraisemblable perruque.

On me répliquera sans doute que je n'ai pas du voir le même film que la majorité. Mais rien ne sauvera à mes yeux ce naufrage qui me fait surtout espérer que son metteur en scène consacre davantage ses efforts sur des projets adultes : Spielberg est depuis longtemps le roi de Hollywood, il n'a plus rien à prouver, et à 71 ans, il est bien meilleur en héritier des grands maîtres classiques qu'en challenger de grosses machines, surtout aussi mal écrites et conçues.