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jeudi 13 janvier 2022

MARAUDERS #27, de Gerry Duggan, Matteo Lolli et Phil Noto


Le run de Gerry Duggan s'achève avec ce vingt-septième numéro de Marauders, qui sera aussi très certainement le dernier épisode que je critiquerai. Série profondément inégale mais étrangement attachante aussi, elle va être relancée au n°1 avec une nouvelle équipe artistique. Pour ce baisser de rideau, Matteo Lolli revient et Phil Noto l'accompagne. 



Krakoa. Kitty Pryde questionne Forge sur l'avancée de ses travaux pour qu'elle puisse utiliser les portails de l'île. Il a encore besoin de temps et cela ne la satisfait pas. Elle va donc se tourner vers quelqu'un d'extérieur.


Ailleurs. Pyro et Bishop usurpent les identités de deux marchands d'armes pour vendre des héliporteurs du SHIELD aux Homines Verendi. Mais le deal, une fois conclu, dégénère avec l'arrivée des vrais trafiquants. Lors de la bataille qui suit, Kitty enregistre les prochains départs de plusieurs membres.


Madripoor. Wilhelmina Kensington est en cavale après avoir quitté les Homines Verendi. Traquée par les Reavers, elle est sauvée par Callisto qui la conduit jusqu'à Masque. Ainsi, Mina a un nouveau visage et peut partir pour commencer une nouvelle vie.


Krakoa. Lourdes Chantel annonce à Sebastian Shaw qu'elle prend sa place au sein de la Hellfire Trading Company, tandis que Emma Frost donne la sienne aux Stepford Cuckoos. Le conseil de l'île se réunit après cette redistribution des cartes.

Gerry Duggan est un bien curieux scénariste qui écrit des séries parfois avec rigueur, quand il s'en tient à une idée précise (Cable où il a orchestré durant un an le remplacement de la version jeune de Nathan Summeurs par sa version plus âgée et connue - et appréciée). Parfois aussi avec une irritante nonchalance, quand il mène sa barque au gré d'intrigues lâches, dont on a du mal à retenir un vrai fil conducteur.

Marauders appartient à la seconde catégorie. En vingt-sept épisodes, Duggan aura fait un peu tout et n'importe quoi, sauf s'en tenir au programme du titre - pour rappel, il devait s'agir d'une série sur le commerce de la médecine krakoane et le sauvetage de mutants dans des pays où ils étaient persécutés. Ces deux thèmes n'ont été, la plupart du temps, que survolés, comme si Duggan s'en fichait.

La série partait qui plus est avec un handicap : le nom Marauders renvoie à une bande de vilains qui ont commis un abominable massacre dans les années 80 et personne n'a jamais compris l'idée de Marvel d'attribuer de nom à une équipe de mutants héroïques. Pire : on pouvait penser qu'avec Destiny of X en vue, la série changerait de nom (comme Excalibur qui devient Knights of X). Mais non.

A présent que Gerry Duggan écrit X-Men, il a choisi (ou on lui a demandé de choisir) entre continuer à animer Marauders ou passer le flambeau. Là encore, c'est la deuxième option qui a été retenue. Comment allait-il quitter la série étant donné qu'il l'avait si mal commencé et poursuivi cahin-caha ?

Hé bien, comme à son habitude, Duggan passe d'un sujet à l'autre, sans vraiment en creuser aucun, il déplace des pions, évacue des personnages. Peut-être avec la complicité de son successeur (Steve Orlando), pour lui permettre de démarrer sans avoir à se soucier de replacer son casting. La solution a au moins le mérite d'être élégante, même si, en définitive, Marauders s'achève avec le sentiment de n'avoir jamais complètement débuté, comme si 27 épisodes n'avaient pas servi à grand-chose.

Car au fond ce qui se joue ici n'inspirera rien au lecteur. Il ne sera jamais ému, amusé, étonné, choqué d'assister aux mouvements des personnages, parce que Duggan ne s'est jamais investi pour nous les rendre attachants. Il a parfois fait n'importe quoi (rebaptiser Kitty Pryde Kate et l'affubler d'un costume grotesque, faire de Pyro un sombre crétin), parfois il a voulu bien faire mais trop tard (montrer la véritable puissance de mutant oméga de Iceberg), parfois il a insisté inutilement sur le caractère d'un personnage (Shaw dépeint comme une ordure - sans blague ?). D'autres ont été sous-exploité (Callisto, Bishop, Tornade - depuis partie sous d'autres cieux, dans les mains d'un auteur plus doué), d'autres sont revenus de nulle part ( Lourdes Chantel, Christian Frost, Shinobi Shaw), d'autres n'ont fait que passer (le Hurleur).

C'est dommage. Comme il est dommage que la série n'ait jamais bénéficié d'un artiste régulier. Matteo Lolli, qui a ouvert le bal d'un long défilé, revient pour l'occasion et livre, contre toute attente, son meilleur boulot. Phil Noto, qui aurait été parfait (et aurait tenu la barre sans faillir), l'accompagne, et j'enrage que ce dessinateur si compétent ait perdu son temps sur la série Cable au lieu d'être titularisé sur Marauders. Encore un rendez-vous manqué.

C'est terriblement frustrant au final. 27 épisodes pour ça ? Mais que vraiment retenir en dehors de ce sentiment d'une série qui vous glisse en permanence entre les doigts ? Sur le papier, il y avait de quoi en faire un titre majeur, avec un programme précis et intéressant. En fin de compte, Gerry Duggan aura sans cesse tout fait pourse défiler, et le staff éditorial aura été incapable d'attribuer un desssinateur de bon niveau et régulier (en dehors des trop rares épisodes signés par Stefano Caselli).

Au fond, Marauders marque bien la fin d'une époque. Je ne prendrai pas le prochain volume, et je constate que le nombre de mensuels X que je suivais va diminuer conséquemment (à part X-Men Red, rien n'est attirant, et X-Men est en ballotage). 

jeudi 2 décembre 2021

MARAUDERS #26, de Gerry Duggan et Matteo Lolli


Ce vingt-sixième épisode de Marauders est l'avant-dernier du run de Gerry Duggan qui retrouve pour l'occasion (et le mois prochain pour le final) le dessinateur Matteo Lolli, avec qui il a lancé le titre. On sent que le scénariste ne sait plus trop quoi raconter, sans spoiler Inferno, et donc il s'amuse à faire n'importe quoi, de façon plus sympa et sans conséquence que sur X-Men.



Dans la longue file d'attente des mutants à ressuciter, le tour de Harry Leland est enfin venu. Il renoue avec Sebastian Shaw et Emma Frost, qu'il côtoyait aux débuts du Club des Damnés et qui l'aident à se réacclimater.


Pendant ce temps, les Marauders - Kitty Pryde, Christian Frost, Iceberg, Callisto et Lockheed - convoient une cargaison d'alcool de Krakoa lorsqu'ils sont attaqués par le dragon Fin Fang Foom. Iceberg l'écarte au terme d'une bataille où il démontre l'étendue de ses pouvoirs de mutant oméga.


Shaw accompagne Leland à New York City dans l'ancien hôtel particulier du Club des Damnés. Shinobi Shaw les surprend et Sebastian informe Harry qu'il s'agit de son fils biologique qu'il a élevé durant son"absence".


Aux Nations-Unies, l'ambassadeur du Royaume-Uni tente à nouveau de discréditer Krakoa en faisant remarquer qu'aucun représentant mutant n'assiste à la séance. Mais Harry Leland se présente alors enq qualité de porte-parole de la Nation X.

Le résumé ci-dessus donne bien l'idée du côté complétement décousu de l'épisode. On pourrait même pousser plus loin en affirmant que cela résume la série Marauders telle que l'a toujours écrite Gerry Duggan qui, le mois prochain, quittera le titre pour se conacrer exclusivement à X-Men.

Si je suis très sévère avec ce que Duggan fait sur X-Men, je garde une tendresse, un peu coupable, pour son travail sur Marauders, dont la désinvolture, si elle m'a parfois agacé, voire limite découragé, fait l'essentiel de son charme.

Sur le fond, entre ce que la série devait être et ce qu'elle a été effectivement, Duggan n'a jamais respecté le contrat. Marauders devait se consacrer d'une part au business de Krakoa, au commerce de sa médecine miraculeuse via la Hellfire trading company, et de l'autre, au sauvetage et au rapatriement de mutants persécutés dans des Etats ne reconnaissant pas Krakoa comme une nation.

26 épisodes ont été produits et très peu de ce programme initial a été tenu. On a eu un peu droit à du sauvetage, un peu à du commerce, mais tout ça a été dilué dans des intrigues filandreuses. Comme d'ahbitude, ce qui semble le plus intéresser Duggan, c'est un tour de passe-passe entre ce que la série doit faire et ce que lui a envie de faire. De fait, l'histoire la plus mémorable de toute la série restera celle contenue dans ses dix premiers épisodes avec l'assassinat de Kitty Pryde par Sebastian Shaw jusqu'à la résurrection compliquée de Kitty et la révélation de l'identité de son agresseur (et de son mobile). Cela nous laisse donc une quinzaine d'épisodes où Marauders est parti dans tous les sens.

C'est encore le cas cette fois avec le retour que personne n'atttendait de Harry Leland, membre du Club des Damnés apparu lors du run de Claremont/Byrne dans les années 70. Comme s'il n'y avait personne de plus qualifié, Sebastian Shaw et Emma Frost en font le nouvel ambassadeur de Krakoa auprès des Nations-Unies et Duggan ajoute même, de manière aussi incongrue que dispensable, qu'il est le père biologique de Shinobi Shaw (pourquoi ? On n'en sait rien et on ne le saura sans doute jamais, mais bon, ça permet de remplir deux planches).

Si donc le retour de Leland est le fil rouge de l'épisode, Duggan gratifie le lecteur d'une scène d'action, comme un quota, avec un équipage réduit des Marauders aux prises avec... Fin Fang Foom ! Là encore, pourquoi pas ? Cela donne l'occasion d'apprécier Iceberg en action, en train de déployer ses pouvoirs à leur maximum, ce qui n'est pas souvent le cas, alors qu'il est quand même un mutant de niveau oméga (au même titre que Tornade ou Marvel Girl ou Magneto par exemple). Bobby Drake, c'est un peu le héros "dugganien" par excellence : personne ne s'en méfie mais il peut accomplir des prouesses, rarement mais quelquefois quand on (Duggan le premier) se souvient qu'il en est capable.

Fin Fang Foom est aussi parfait pour Duggan qui adore ce genre d'adversaire improbable. Même si, après avoir lu Nextwave (de Warren Ellis/Stuart Immonen), il n'est plus possible de voir le dragon sans réprimer un fou rire, sur une page il en jette et on peut être sûr d'avoir de l'action et du grand spectacle.

Où tout cela nous mène-t-il ? Pas loin. Il est aussi fait mention de Nimrod, briévement. Et c'est là qu'on se doute que Duggan doit meubler sans trop en dire, au risque de spoiler Inferno, qui va sûrement impacter tous les titres X. Pourtant, au-delà de l'Annual de Marauders, Marvel n'a toujours pas confirmé si la série continuerait (à ce stade, seuls X-Men, New Mutants et Wolverine en sont assurés. Certainement X-Force aussi. Mais aucune annonce sur le futur d'Excalibur, S.W.O.R.D.. X-Corp semble d'ores et déjà condamné.).

Matteo Lolli revient au dessin pour conclure le run de Duggan avec qui il avait démarré la série. C'est toujours aussi inspide même si ce n'est pas ce qu'il a fait de pire. La scène avec Fin Fang Foom n'est pas mal, l'artiste ayant compris qu'il fallait la traiter sans lésiner sur les plans larges avec un découpage réduit pour des cases de belles dimensions. Le reste est plat, hormis la splash page où Leland découvre Krakoa, sympa. 

Mais au fond Lolli est comme Duggan : on ne sent jamais chez lui une envie de se dépasser, d'aller au-delà de ce qu'il pourrait faire. Sa technique est limitée et il est absolument incapable de produire quelque chose qui sort de l'ordinaire, qui va prouver qu'il sait raconter visuellement quelque chose d'intéressant. Au fond, c'est un dessinateur qui n'est ni inspiré ni motivé (le seul dessinateur qui a apporté un plus à la série restera Stefano Caselli, dans une prestation en pointillés). Les couleurs de Rain Beredo ne rattrapent rien, c'est là aussi le minimum syndical.

Parce que son auteur n'a jamais su élever son niveau et par conséquent celui de la série, Marauders est resté ce titre qui se laisse lire mais dont on ne retiendra pas grand-chose, voire rien (quel a été son impact sur la franchise ? Se poser la question, c'est y répondre). Si elle ne survit pas à l'après Inferno, pas sûr qu'elle manque à quiconque. Sauf si ceux à qui elle sera confiée se démènent vraiment.... 

vendredi 29 octobre 2021

MARAUDERS #25, de Gerry Duggan et Phil Noto


On ne va pas se voiler la face : cet épisode fait peine à voir, ça sent vraiment la fin, et Gerry Duggan expédie ça sans élégance, en s'een fichant ostensiblement. Marauders effectue en quelque sorte une boucle, renouant avec ses pénibles et médiocres débuts. C'est un triste spectacle. Phil Noto et le lecteur méritent mieux que ça.


Ejectés dans le vide sidéral, les Marauders ne doivent leur salut qu'à Iceberg qui forme autour de ses compagnons une sphère de glace étanche. Kitty, Emma, Bishop, Pyro et Shaw reviennent à eux pour se rendre compte que leur réserve d'oxygène va vite s'épuiser.
 

Mais ils ne laissent pas abattre : Kitty met à profit ses connaissances scientifiques pour que le problème de l'oxygène soit provisoirement règlé. Puis Emma localise télépathiquement le vaisseau Mercury récupéré par Eden Ryxlo. Enfin, Shaw et Bishop trouvent un moyen de s'en rapprocher.
 

Reste à aborder le Mercury. Kitty se lance dans le vide sidéral et phase pour pénétrer dans vaisseau. Elle surprend Eden Rixlo et l'affronte vaillamment, en se servant des techniques de combat apprises auprès de Ogun. Ôtant ses bloqueurs psychiques à Rixlo, elle permet à Emma de le contrôler.


Iceberg, Bishop, Shaw, Pyro et Emma rejoignent Kitty à bord du Mercury. Contre toute attente, Emma épargne Rixlo et le débarque sur Arakko en lui laissant le Mysterium qu'elle lui avait remis pour racheter le Mercury, et pour le convaincre de ne plus lui chercher d'ennuis.

Gerry Duggan n'en a visiblement plus rien à fiche de Marauders. Tout comme Savage Avengers, qu'il concluera prochainement, le scénariste n'a plus qu'une hâte : se débarrasser d'une série qu'il n'a plus la motivation pour en rédiger les histoires, avant de se consacrer pleinement à X-Men. Mais il y a la manière...

On peut légitimement se séparer d'un titre qu'on a porté pendant plus de deux ans et 25 épisodes et le faire avec classe, estimant qu'on n'a plus rien à lui donner ou parce qu'on a n'a plus le temps de s'en charger ou parce qu'on a la tête pleine avec un titre plus exposé. C'est le cycle des comics : un auteur écrit une série, s'en va, un autre auteur arrive et prend le relais, le lecteur quant à lui voit s'il continue ou s'il embarque à la faveur de ce changement.

La façon de faire de Gerry Duggan est en vérité pathétique par le je-m'en-foutisme total qu'il affiche. Il a décidé de quitter le navire sans égards pour ses personnages ni pour le lecteur en lui servant, depuis plusieurs mois en vérité déjà, des épisodes indignes. On a vraiment l'impression de l'entendre penser que puisqu'il part, pourquoi se fouler ? C'est, je le dis, minable.

Marauders a toujours été le vilain petit canard de la franchise, une série souvent écrite à la va-comme-je-te-pousse, mais qui avait un capital sympathie étonnant, un côté attachant. Pour cela, j'ai passé beaucoup de choses à Duggan : son incapacité à respecter le cahier des charges (Marauders n'a jamais été la série qu'elle aurait dû être, devant parler du sauvetage de mutants persécutés et de livrer la médecine krakoane en détaillant le business de la Hellfire company), son absence de méchants sérieux, sa valse de dessinateurs, etc. Editorialement, cela relève de la paresse car on a laissé faire Duggan.

Le numéro du mois dernier et celui de ce mois-ci soulignent cette tendance : rarement ai-je lu une histoire en deux parties aussi médiocre. D'ailleurs, franchement, deux épisodes pour une intrigue pareille, cela laisse songeur, avec son vilain sorti de nulle part, un argument absolument nul, et une résolution aussi terne. L'impression de boucle est telle que, en plus d'être aussi mauvais que les premiers, ces épisodes se concluent avec une Kitty Pryde qui a à nouveau le nez cassé, comme une adresse lancée par le scénariste au lecteur de la première heure. Sauf que ce n'est ni inspiré, ni drôle. De là à dire que tout ce que Duggan aura voulu imposer, c'est que Kitty Pryde soit appelée Kate et qu'elle aura eu recours à la rhinoplastie, il n'y a qu'un pas. Quoi d'autre de notable ? Je ne vois pas.

Je suis fumasse, d'autant plus que, après avoir subi des dessinateurs souvent moyens (Matteo Lolli, Lucas Werneck) ou très bons (Stefano Caselli et ici Phil Noto), Marauders ne donne rien de bon à illustrer à Phil Noto. Il fait le job, en bon professionnel, habitué aux scripts de Duggan, rompu à tout. Mais c'est du gâchis d'avoir un artiste aussi expérimenté et de lui donner juste ça. Franchement, sans Noto, ce serait juste imbuvable.

Après avoir lu ça, je pense que Steve Orlando ne pourra pas faire pire en Janvier prochain. Mais aurais-je encore envie de suivre Marauders alors ? Il faudra que le série se remette en question (en commençant par se redéfinir) et assure sur le plan graphique (en ayant un artiste régulier de bon niveau). C'est pas gagné.  

jeudi 16 septembre 2021

MARAUDERS #24, de Gerry Duggan et Phil Noto


Gerry Duggan a de la suite dans les idées et surtout il a visiblement l'intention de piloter son coin de l'univers mutant comme bon lui plait depuis Planet-Size X-Men. C'est ce que prouve ce nouvele épisode de Marauders qui part dans l'espace, sur Arakko. Pour l'occasion, la série accueille son énième artiste en la personne de Phil Noto, qui, sans forcer son talent, redonne de l'allure au titre.


Suite au meurtre d'un shérif sur Arakko, le vaisseau Mercury des Marauders atterrit et Bishop va mener son enquête. Iceberg et Pyro partent de leur côté, Emma Frost et Kitty Pryde du leur pendant ce temps. Les deux femmes entrent dans un bar où se trouve Sebastian Shaw, buvant un verre au comptoir.


Emma sonde les esprits des clients lorsque l'un d'eux l'interpèle : elle le reconnaît, il s'agit de Eden Rixlo, un ancien du Nova Corps à qui elle vola jadis son vaisseau. Il exige qu'elle le lui rende mais l'échange dégénère et oblige Kitty puis Shaw à intervenir.


Finalement, Rixlo entend raison et accepte de parlementer autour d'un repas à la table du Mercury. Il est rétribué avec du Mysterium puis prend congé de ses hôtes. Mais il a piègé la pièce dont la vitre explose et projette les passagers dans le vide sidéral, vers une mort inéluctable.


Cependant, sur Terre, un homme s'apprête à lancer un coktail molotov contre le repaire des X-Men à New York. Lourdes Chantel l'en empêche et le fait déguerpir...

Le départ de Jonathan Hickman de la franchise X au terme de Inferno laissera visiblement la place à une direction plus collégiale des séries. On peut craindre que chaque scénariste suive ses propres plans, sans avoir plus à se soucier des plans de l'architecte qu'est Hickman. Mais il est certain que Gerry Duggan continuera à occuper une place à part dans l'organigramme des auteurs.

En effet, depuis la parution de Planet-Size X-Men et sa reprise de la série X-Men, Duggan est désormais dans une situation spéciale. Sans donner le "la" à ses collègues, il écrit deux titres importants, avec Marauders et X-Men (vous allez me dire que Benjamin Percy écrit X-Force et Wolverine, mais ce sont deux mensuels qui exploitent le même personnage central, Wolverine/Logan, ce qui me semble être une nuance importante).

Si je souligne l'évolution du rôle de Duggan, c'est parce que ce mois-ci il envoie ses Marauders dans l'espace. Peut-être, si cela doit être développé dans le futur, est-ce que ça croisera les plans de Al Ewing et du S.W.O.R.D.. En tout cas, cela renoue avec une tradition des X-Men qui ont souvent vécu des aventures mémorables dans l'espace, et d'ailleurs la série actuelle X-Men voit ses héros affronter des menaces venant du cosmos (même si les mutants ignorent qu'ils sont dans le viseur de Cordyceps Jones).

Depuis longtemps (depuis toujours), Duggan s'est montré assez frivole avec ce que devait traiter Marauders, c'est-à-dire l'aspect commercial de la Hellfire trading company et même l'aspect plus classiquement héroïque (sauver des mutants persécutés dans des pays étrangers). C'est comme si le scénariste avait accepté la série pour mieux masquer ses intentions et faire ce qu'il voulait, une fois placé en orbite. On peut le regretter car ces deux objectifs auraient donné une série passionnante, mais d'un autre côté on a gagné des histoires imprévisibles, moins programmées.

L'intrigue de ce 24ème épisode sort de nulle part, en tout cas je n'avais jamais entendu parler de ce Eden Rixlo, ancien du Nova Corps, qui aurait été doublé par Emma Frost lorsqu'elle lui aurait volé son vaisseau. Si ça vous évoque quelque chose, n'hésitez pas à me le signaler en commentaire. Duggan aligne des scènes téléphonées au possible mais divertissantes, où il se fait plaisir et confirme qu'il adore écrire en particulier Emma Frost et Kitty Pryde. Leur duo fonctionne très bien, même s'il a fallu s'habituer à cette Kitty plus badass et violente (comme à la présence à leurs côtés de personnages comme Pyro ou Sebastian Shaw). La fin est prévisible car Rixlo n'inspire jamais confiance, même une fois calmé par Shaw. L'épilogue réintroduit de manière inopinée Lourdes Chantel, pour laquelle Duggan a à l'évidence un faible et des plans.

Marauders est la série X qui a connu le plus d'artistes, ce qui ne cesse de m'agacer (que fait le staff éditorial ?!). A part Stefano Caselli, on a rarement été gâté, comme si Duggan lui-même n'avait aucune exigence graphique pour sa série. Caselli parti pour SWORD, il semble que Marauders soit condamné à un nouveau défilé de dessinateurs. Cette fois, c'est au tour de Phil Noto de tenter sa chance.

Noto et Duggan se connaissent bien, ils viennent de réaliser les douze épisodes de la série Cable, et ils ont déjà souvent collaboré ensemble auparavant. Noto est un dessinateur tout-terrain, il est très rapide, assure dessin, encrage, couleurs, sans jamais rendre sa copie en retard, autant dire que c'est une perle rare de nos jours.

Il ne force pas son talent sur cet épisode, au contraire il signe quelques approximations inhabituelles, dont la plus notable est l'aspect qu'il donne à Emma Frost sous sa forme adamantine, qui est franchement ratée. Son découpage, comme souvent, manque de dynamisme, mais le récit le soulage de scènes spectaculaires et mouvementées (le climax étant l'échange tendue entre Rixlo et Emma dans le bar). Pourtant, malgré cette prestation décevante, Noto ferait un bien fou à Marauders s'il devait s'y installer parce qu'il est solide et ponctuel et que la série a besoin de ça (faute de mieux, et il est acquis qu'aucun artiste vedette ne viendra dessiner la série).

On va voir où Duggan nous emmène avec cette histoire dont la suite directe sera révélée le mois prochain. Marauders reste ce titre sympa et désinvolte qui connaît autant de hauts que de bas, mais se lit toujours avec plaisir.

vendredi 20 août 2021

MARAUDERS #23, de Gerry Duggan et Ivan Fiorelli


Ce vingt-troisième chapitre de Marauders se situe donc après les événements du Hellfire Gala et la situation ne satisfait pas Emma Frost, pour plusieurs raisons. Ces contrariétés inspirent à Gerry Duggan un épisode plein d'action et lui permettent de recomposer son casting, en incorporant des personnages qu'il avait visiblement envie d'animer. Pour l'accompagner, la série a un nouveau dessinateur, Ivan Fiorelli, mais qui ne va pas s'attarder.


Alertée par le Hurleur qui a interrompu des gangsters irlandais et russes dans un entrepôt de remèdes krakoans, Emma Frost, contrariée par le meurtre de la Sorcière Rouge et la disparition de son frère Christian, rassemble une équipe de Marauders pour lui venir en aide.


Sur ces entrefaîtes, des Reavers surgissent et balancent une bombe à retardement dans l'entrepôt. Emma ordonne télépathiquement aux voisins d'évacuer la zone pendant que Banshee, Kitty Pryde et Jumbo Carnation se chargent des Reavers. Tempo ralentit le minuteur de la bombe.


L'explosion ne fait ainsi aucune victime et le Hurleur s'envole à la poursuite des Reavers en fuite pendant que Emma calme russes et irlandais sur la prochaine livraison de remèdes. Elle avise ensuite Kitty sur la nécessité de renforcer la sécurité des sites de stockage de la Hellfire company.


Pendant ce temps à Londres, les Stepford Cuckoos livrent à la vindicte populaire le père de Wilhelmina Kensington qui a abusé d'elle enfant. La jeune fille quitte dans la foulée l'organisation des Homines Verendi.

C'est sur un rythme très alerte que se déroule cet épisode réjouissant à bien des égards. Gerry Duggan s'y montre plus inspiré et inventif que sur X-Men, ce qui est en somme normal car il maîtrise mieux ces personnages dont il écrit les aventures depuis deux ans. Mais c'est surtout que l'épisode est à tous les points de vue plus complet, plus dense.

Avec Marauders, Duggan pilote peut-être la série la plus diverse de la franchise : il doit à la fois proposer de l'action, une caractérisation dynamique des personnages, s'intéresser à l'aspect business de la Hellfire trading company (avec tout ce que cela suppose : le commerce de la médecine de Krakoa, le négoce clandestin avec des pays n'ayant pas admis la souveraineté de l'île des mutants, le sauvetage et le raptriement de mutants persécutés), tout en ayant à sa disposition un casting illimité (puisque pratiquement n'importe quel mutant de Krakoa peut être amené à travaillé pour la Hellfire company en fonction de ses compétences).

Qui plus est, récemment, avant et pendant Hellfire Gala, les Marauders ont dû faire face à des mouvements internes : Tornade a quitté navire pour devenir la reine d'Arakko sur Mars, Callisto veille sur les Morlocks, Iceberg entretient une relation avec Christian Frost... Autant de paramètres à prendre en compte.

Mais on dirait que Duggan a choisi d'en tirer parti pour reformuler son casting et donc ce qui meut son récit. On sait (parce qu'il l'a avoué) qu'il avait voté pour incorporer Tempo dans l'équipe des X-Men plutôt que Polaris. Qu'à cela ne tienne : il en fait un membre des Marauders. Il a aussi dit qu'il aimait le Hurleur, inutilisé par les autres scénaristes. Idem : le voici dans l'équipe.

Et il faut reconnaître à Duggan qu'il n'est jamais meilleur que quand il a sous la main des personnages qu'il affectionne. Il profite d'avoir Sean Cassidy pour rappeler aux fans que ce dernier avait formé une sorte de couple avec Emma Frost dans la géniale série Generation X, où ils étaient les professeurs d'une nouvelle génération de mutants (Synch, Monet, Chamber, Husk, Skin...), alors créée par Scott Lobdell et Chris Bachalo. D'entrée de jeu, Dugga ranime le lien entre Cassidy et Emma à la faveur d'un appel au secours qui justifie l'action.

Pour Tempo, son pouvoir est habilement utilisé pour une scène spectaculaire, mais le passé chaotique de la jeune femme est aussi rappelé (elle a fait partie du Mouvement de Libération Mutante, et a commis des actes terroristes). Lorsque Kitty lui offre une place fixe dans l'équipe, c'est une manière pour elle de se racheter sans lui accorder un blanc-seing. De manière générale, cette itération des Marauders est prometteuse, et avec Emma sur le terrain, Duggan peut vraiment l'écrire autrement que comme un leader loin du feu mais sans lui ôter ni de son glamour ni de sa morgue (c'est comme ça qu'on l'aime).

Ajoutez à cela une conclusion au subplot concernant Wilhelmina Kensington, qui, mine de rien, diminue les Homines Verendi et vous avez donc un épisode bien fourni. Il est de ce fait regrettable que les dessins ne soient pas à la hauteur d'un tel script.

Ivan Fiorelli ne produit pas des planches indignes, mais bon, le résultat n'est pas abouti. Au début, on est emporté par le flux des événements, ça va vite, on ne fait pas trop attention. Puis les manques apparaissent : un encrage trop léger, des expressions maladroites, des proportions un peu racoleuses. Il y a du potentiel, mais pas assez de substance, de chair dans ce dessin-là. L'absence de Stefano Caselli se fait cruellement sentir pour cette série qui a toujours souffert de ne pas avoir un artiste régulier et solide.

Mais Fiorelli ne fait que passer. Zé Carlos va lui succèder le mois prochain, puis Phil Noto ensuite, puis Matteo Lolli en Novembre. Ce défilé est fort dommageable (d'autant que pour X-Men aussi, Duggan devra se passer de Pepe Larraz en Octobre et en Novembre). J'aimerai quand même que le staff éditorial remédie à cela, en titularisant Noto (car c'est le plus expérimenté, talentueux et régulier du lot).

Marauders mérite plus que jamais d'être lu et suivi, et donc d'être bien dessiné car scénaristiquement, c'est une pépite.

jeudi 22 juillet 2021

MARAUDERS #22, de Gerry Duggan, Matteo Lolli et Klaus Janson


Autant vous prévenir : si vous n'avez pas lu les derniers n° de Marauders et ceux des séries encadrant le Hellfire Gala, passez votre chemin, rattrapez votre retard et alors vous pourrez profiter de ce vingt-deuxième épisode. Car Gerry Duggan connecte tout dans ce nouveau chapitre où il est question de secrets et de dissimulations. Matteo Lolli dessine la moitié et laisse l'autre, un gros flashback, à Klaus Janson, guest-artist ce mois-ci.


Les lendemains de fête laissent souvent des migraines comme c'est le cas pour Emma Frost, qui lit la couverture du gala du Club des Damnés dans la presse et se voit rappeler par le Pr. X de parler à Sebastian Shaw au sujet de l'impossibilité de ressuciter Lourdes Chantel.


Leur "mère" trop accaparée par ces affaires, les Stepford Cuckoos découvrent sur l'île de Mykines Wilhelmina Kensington en état de choc. En sondant son esprit, elles découvrent qu'elle est submergée par un trauma d'enfance et décide de l'aider.


Emma Frost se confie à Sebastian Shaw à propos de Lourdes Chantel en lui révélant qu'elle n'est pas morte comme il le croit. Par le passé, elle l'a aidée à fuir les brutalités du Roi Noir du Club des Damnés en mettant en scène sa mort.


Emma a ensuite requis les services de Wilson Fisk pour que Lourdes bénéficie de faux papiers et d'une nouvelle vie en échange de quelques faveurs; Aujourd'hui, Emma fait comprendre que ce mensonge a finalement motivé Shaw a aider l'établissement de la Nation X.

L'épisode est donc clairement découpé en deux parties. C'est le genre de dispositif que peut se permettre Gerry Duggan sur Marauders, qui n'est pas une série aussi stricte dans sa construction, aussi rigoureuse dans son déroulement que X-Men où le cahier des charges lui impose un quota d'action, des subplots, des cliffhangers et du soap opera. On mesure bien à présent que le scénariste doit se dédoubler non seulement physiquement pas aussi stylistiquement car les deux titres qu'il écrit n'ont pas les mêmes ambitions.

X-Men est la vitrine de la franchise, la série qui doit imposer le nouveau statu quoi d'une équipe de mutants justiciers en les rendant aussi sympathiques que les Avengers. Marauders reste plus lié à ma mythologie de Krakoa établie depuis Hox - PoX, où il s'agit encore de développer les intrigues de l'île des mutants. Récemment, juste avant l'event Hellfire Gala, au cours du dîner d'adieu de Tornade à l'équipe des Marauders, Sebastian Shaw déplorait l'absence de Lourdes Chantel, la femme qu'il aimait et qui est morte tragiquement, tuée par une Sentinelle - dans une histoire de X-Men Classic.

Cette affaire revient sur le devant de la scène maintenant que la fête est terminée. Et le Pr. X exige d'Emma Frost qu'elle clarifie la situation auprès de Shaw. Mais on y reviendra plus tard car l'épisode s'attarde sur une autre piste qui est amenée à se prolonger. En effet, les Stepford Cuckoos, de retour d'Arakko, trouvent sur la plage de l'île Mykines Wilhelmina Kensington en état de choc.

Wilhelmina est une membre des Homines Verendi, ce club de gamins richissimes qui ont pris le contrôle de Madripoor dont ils ont réussi à chasser les mutants. Apparus dans Wolverine and the X-Men de Jason Aaron, Gerry Duggan les a réutilisés depuis le début de Marauders d'une manière finalement assez efficace, quoique irrégulière, dans une guerre des nerfs et de territoire. Wilhelmina a été invitée au gala mais l'expérience a été un choc qui a fait remonter de mauvais souvenirs à la surface : les Stepford Cuckoos découvrent qu'elle a été victime d'abus sexuels durant son enfance par son père.

Saisissant l'occasion à la fois d'aider la jeune fille (comme le leur a enseignées leur mère) et peut-être avec une idée derrière la tête (soulager Wilhelmina pour qu'elle leur soit redevable ensuite et donc affaiblir les Verendi), elles l'accompagnent pour règler ce problème. La suite aux prochains numéros. Le risque pour Duggan, c'est qu'il aime multiplier les pistes narratives, les subplots. Il le fait avec de bonnes intentions (pour n'oublier aucun mutant) mais on peut se demander s'il aura vraiment le loisir de développer tout ça : après les Morlocks (qui font de la résistance à Madripoor, car ils rejettent l'autorité de l'ONU) et maintenant le cas Wilhelmina, sans oublier le business de la Hellfire trading company, ça commence à faire beaucoup.

Revenons à présent à Emma Frost, Sebastian Shaw et Lourdes Chantel. Duggan a sorti ce personnage des oubliettes (puisqu'elle n'était apparue que dans un épisode de X-Men Classic, donc seuls les connaisseurs s'en souvenaient), mais son idée est séduisante, d'autant qu'on voit qu'au lendemain du gala, Shaw a récupérait ses moyens (il avait été sévèrement remis en place pour avoir voulu tuer Kitty Pryde et Lockheed) et que la hâche de guerre semble enterrée avec Emma. Toutefois celle-ci est sommée par le Pr. X de révèler la vérité à Shaw sur sa défunte maîtresse.

Jusqu'alors, l'épisode est dessiné par Matteo Lolli, plutôt dans un bon jour. Il nous gratifie par exemple d'une superbe splash page avec Emma (voir ci-dessus), inspirée par un cliché célèbre de Faye Dunaway par Terry O'Neill après qu'elle avait reçu son Oscar pour Network (de Sydney Lumet, 1976) :


Le dessinateur italien a du goût et il aime représenter Emma. Le reste est aussi bon, même s'il manque toujours à Lolli une certaine rigueur dans les compositions, du dynamisme, de l'expressivité. Comme Stefano Caselli ne reviendra pas (il remplace Valerio Schiti sur SWORD), il va falloir que Marvel trouve un artiste régulier solide pour que Marauders ne sombre pas visuellement.

D'autant que, pour se charger du long flashback qui occupe la seconde moitié de l'épisode, Klaus Janson a été appelé. Janson jouit toujours d'un prestige certain dans la profession car il reste le compagnon de route de Frank Miller dans les années 80 (sur Daredevil où il était plus un finisseur qu'un simple encreur) puis de John Romita Jr. C'est une sorte de monstre sacré.

Pourtant, je l'avoue, je ne partage pas cette idolâtrie. Avec Miller, Janson formait un duo exceptionnel (même si les deux hommes se sont brouillés). En revanche, je n'ai jamais considéré qu'avec Romita Jr., il avait quelque chose d'aussi conséquent - JR Jr. ayant bien baissé aussi. Mais il y a pire : c'est quand Janson se pique de dessiner (et de s'encrer). Là, franchement, ce n'est ni fait ni à faire. Malheureusement, ça se vérifie une fois de plus ici.

Ses pages sont moches et trahissent un je-m'en-foutisme peu reluisant de la part d'une "légende" comme lui. Quand on atteint la scène où Emma confie Lourdes au Caïd, c'est du grand n'importe quoi : les plans sont composés d'une façon affreuses, les personnages sont mal proportionnés et même difformes (le Caïd est carrément bossu !), les gros plans sont hideux. Désolé, mais je ne vois aps comment on pourrait encore être indulgent devant un tel massacre.

On referme donc cet épisode avec un sentiment partagé (comme souvent sur cette série). Gerry Duggan a en tout cas du boulot maintenant : avec tout ce qu'il sème dans Marauders et l'écriture de X-Men, il devient le scénariste à la tête de deux gros titres de la franchise X. L'avenir nous dira s'il peut assumer cela, mais il est déjà évident qu'il ne bénéficie pas sur Marauders d'un artiste comparable à Pepe Larraz, à même de compenser ses éventuels coups de moins bien.

jeudi 3 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES I - II - III : MARAUDERS #21 (Gerry Duggan/Matteo Lolli) - X-FORCE #20 (Benjamin Percy) - HELLIONS #12 (Zeb Wells/Stephen Segovia)

 AVANT-PROPOS 

Ici commence le nouvel event mutant : Hellfire Gala. Celui-ci va concerner douze séries dont la publication va s'étaler sur quatre semaines, durant tout le mois de Juin. Comme pour X of Swords l'an dernier, j'ai choisi d'en rédiger le résumé et la critique par lots, en regroupant les épisodes qui sortiront chaque semaine (avec peut-être une exception pour Planet-Size X-Men, dans 15 jours), et en suivant l'ordre de lecture évidemment. J'espère que cela vous donnera envie de découvrir cet event qui s'annonce une fois encore très atypique.

*


On démarre donc avec Marauders #21, écrit par Gerry Duggan (le chef d'orchestre de l'event, sous la supervision de Jonathan Hickman) et dessiné par Matteo Lolli.


Sur l'île qu'elle a achetée à Namor, via Magneto, Emma Frost reçoit les invités du Gala du Club des Damnés, en compagnie de Kitty Pryde et Sebastian Shaw. Successivement, les Avengers, les Fantastic Four, le Dr. Strange et même des ambassadeurs de pays hostiles à Krakoa arrivent.


Après un petit concert télépathique de bienvenue, les invités conversent. La présence du Dr. Fatalis électrise l'ambiance. Un ambassadeur Shi'ar vient annoncer à Emma Frost que sa livraison est arrivée, mais elle n'a aucune idée de quoi il s'agit et délégue son frère Christian pour s'en occuper.


Tout semble bien se passer, même si Mr. Fantastic semble n'être venu que pour faire plaisir à son fils Franklin, couvé par Kitty Pryde. Et que Captain America dit à Cyclope qu'il espère qu'il sait ce qu'il fait après leur conversation quelques jours plus tôt...


On poursuit avec X-Force #20, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Joshua Cassara.


La X-Force s'occupe de la sécurité du Gala. Kid Omega s'accroche brièvement avec Iron Man qui atterrit sur l'île au lieu d'arriver via un portail de Krakoa avec une fleur. Domino et Wolverine surveillent la livraison de diamants logiques par les Shi'ar dont Christian Frost accuse la réception.


Le Fauve observe les invités et vérifie qu'ils sont parasités à leur insu par des implants végétaux importés de Terra Verde, ce qui lui permettra ensuite de surveiller tout le monde. Mais Emma Frost surprend ce manège et rejoint Sage au PC de sécurité.


Tandis que Wolverine et Domino doivent règler une intrusion à l'extérieur, Emma ordonne à Sage de neutraliser les implants végétaux. Mais elle n'y arrive pas car ceux-ci ont été piratés...
 

On finit (pour cette semaine) avec Hellions #12, écrit par Zeb Wells et dessiné par Stephen Segovia.


Les Hellions n'ont pas été invités à la fête à cause de leur passé criminel. Seuls Psylocke, Havok et Mr. Sinistre se rendent au gala. Psylocke confie la surveillance du groupe à Greycrow, ébloui par la robe de sa partenaire, mais amer d'être ostracisé.


Finalement, après avoir descendu une bouteille d'alcool, Greycrow décide de désobeir à Psylocke et entraîne Nanny, Orphan-Maker, Empath, et Wild Child au gala. Leur arrivée ne passe pas inaperçu et le Pr. X confie à Havok le soin de veiller à ce que son équipe ne fasse pas de bêtise.
 

Mais évidemment tout va rapidement dégénérer et Magneto avec l'aide de Magik doit congédier les agitateurs. Seul Havok, au bras de Polaris, échappe à l'exclusion. De retour dans leurs quartiers, les Hellions voient surgir de l'ombre un clone à l'air menaçant de Mr. Sinistre...

Après X of Swords, dont le format et le développement étaient déjà spéciaux (quitte à déconcerter et décevoir les lecteurs - même si, pour ma part, j'ai apprécié), le Hellfire Gala s'annonce déjà comme un nouvel event mutant atypique. En effet, pas de grandes batailles à l'horizon mais une grande fête organisée par Emma Frost sur l'île qu'elle a acquise auprès de Namor, par l'entremise de Magneto (dans Giant-Size X-Men : Magneto), où sont conviés les plus grands héros mais aussi des représentants de plusieurs pays (pas tous amis avec la Nation X) et de l'univers (Shi'ars en tête). L'objectif de ce gala : nouer de nouvelles relations mais aussi présenter la nouvelle équipe des X-Men, élue par la communauté de Krakoa, et qui incarnera les champions de la "mutanité".

C'est Gerry Duggan (le scénariste de Marauders, mais aussi Cable et le futur auteur de la nouvelle série X-Men) qui est aux commandes de l'event, même si Jonathan Hickman le supervise. Marvel a abondamment communiqué et plusieurs séries ont fait mention de cette sauterie depuis plusieurs mois maintenant - on peut même dire que tout a commencé dans Giant-Size X-Men : Magneto et X-Men #16.

Plusieurs dessinateurs ont, pour l'occasion designé les costumes de gala des mutants, déployant une imagination débridée pour créer des looks qui évoquent ouvertement le MET gala, mélange de défilé de mode et d'oeuvre de charité où les stars du cinéma, de la chanson, des médias se présentent dans des tenues extravagantes, avec l'ambition affichée d'en mettre plein la vue mais aussi d'abolir les distinctions de races et de genres.

Tout cela n'a évidemment pas manqué de faire grincer quelques dents et de provoquer des ricanements ou de la consternation de la part de lecteurs (quand il ne s'agissait pas tout simplement de gens qui ne suivent pas/plus les séries X depuis que Hickman les a relancées), au prétexte que c'était grotesque, out of character, et j'en passe. A ces gardiens du temple qui prétendent savoir comment doivent être écrits les X-Men, je répondrai simplement  qu'il leur suffit de passer leur chemin au lieu de se complaire dans les râleries. Il s'agit de toute façon des mêmes qui se plaignent que rien ne bouge dans les comics mainstream mais qui, dès que ça frémit, se plaignent encore plus bruyamment que ça change trop.

Le principe de Hellfire Gala repose sur le fait que l'action se déroule lors d'une unique soirée dont tous les aspects sont montrées dans douze épisodes sur onze séries et un numéro spécial. C'est une construction qui impose aux scénaristes une coordination parfaite car il ne s'agit pas de raconter autre chose que ce qui est prévu dans ce laps de temps. A en croire les trois premiers chapitres publiés cette semaine, le contrat est rempli, il n'y a pas d'écart, les épisodes se répondent, se complètent harmonieusement, ce qui n'exclut pas quelques moments savoureux ou surprenants et quelques intrigues secondaires.

Dans Marauders, Gerry Duggan se concentre sur l'accueil des invités. Emma Frost, Kitty Pryde et Sebastian Shaw reçoivent en première ligne. Tempo (future membre de l'équipe des Marauders) épingle une fleur de Krakoa pour permettre aux convives de passer les portails donnant accès à l'île de la Reine Blanche du Club des Damnés, comme c'est le cas des Avengers. D'autres arrivent par leurs propres moyens sur plance, comme les 4 Fantastiques, le Dr. Strange, le Dr. Fatalis (qui a accepté de faire le déplacement bon gré mal gré).

Le scénariste insiste sur les détails qui vont faire phosphorer les fans : que dit Reed Richards au Pr. X ? Que fait exactement là Fatalis ? Pourquoi avoir accepter que des ambassadeurs de pays hostiles aux mutants viennent ? Certaines réponses sont données ensuite, dans X-Force notamment, mais d'autres demeurent inconnues.  C'est malin et accrocheur.

Malheureusement, Matteo Lolli dessine tout ça sans grand talent. Comme à son habitude, il rend une copie trop sage, avec des personnages manquant de consistance, de distinction. Dommage vraiment que Stefano Caselli n'ait pas pu signer cet épisode d'ouverture, auquel il aurait donné sans mal beaucoup plus de cachet.

Dans X-Force, très logiquement, Benjamin Percy détaille le dispositif de sécurité mise au point pour l'événement. Wolverine et compagnie sont réquisitionnés pour garantir que la soirée ne souffrira d'aucun accroc. On apprécie déjà de voir que le scénariste éclaire un point laissé en suspens par Duggan dans Marauders avec l'ambassadeur Shi'ar venu remettre un colis à Emma Frost (il s'agit de diamants logiques, qui permettent de stocker des informations en quantité quasi-infinie mais aussi d'alimenter des éléments technologiques mutants, comme l'enregistrement des copies mentales de chaque mutant afin que, lors de leur résurrection, grâce à Cérébro, Charles Xavier puisse doter à nouveau les revenants de leurs esprits).

Mais le véritable intérêt de l'épisode réside encore une fois dans les manigances du Fauve qui a imaginé une utilisation très discutable de la végétation spéciale de Terra Verde. Il s'en sert ici comme d'implants qui parasitent les invités à leur insu pour qu'ensuite il puisse les surveiller, une fois qu'ils seront rentrés chez eux. Tout le monde est ciblé, y compris les super-héros sur place, donc les Avengers, les FF. Une gigantesque opération d'espionnage qui vient alourdir le casier déjà bien rempli de Hank McCoy dont Percy a fait un des mutants les plus objectivement abjects.

Sauf que Emma Frost veille et remarque la manoeuvre puis ordonne à Sage de neutraliser ces implants. Pas si simple... Et c'est sans compter sur un autre souci : Deadpool veut taper l'incruste et Wolverine et Domino doivent l'en empêcher (si on a déjà droit à une belle petite bagarre, Wolverine #13 dans trois semaines devrait développer cette partie).

Joshua Cassara est fidèle au poste et illustre l'épisode brillamment. Il ne s'économise pas sur les décors (la salle de réception remplie d'invités) ni sur la figuration. Cela a un coût : l'artiste est moins inspiré pour les tenues de circonstance de la X-Force, qui ressemblent à des tuxedos moulants pas très beaux. Mais bon, Cassara fait vraiment bien sa part du boulot, surtout après Lolli, donc on lui pardonne.

Enfin, Hellions offre une rupture de ton bienvenue. Comme c'était déjà le cas lors de X of Swords, les vilains petits canards de la Nation X occupent une place à part dans le déroulement de l'histoire. Il était évident qu'ils n'allaient pas être invités, en dehors de Mr. Sinistre (qui siège au conseil de Krakoa et qui n'adore rien tant que de parader dans les soirées mondaines), Havok (qui est le frère de Cyclope) et Psylocke (à qui on doit bien quelques égards après que Betsy Braddock ait investi son corps pendant des années).

Zeb Wells s'amuse (et nous amuse) beaucoup avec cet épisode très drôle et cruel où, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu. Le scénariste connait bien ses personnages, leur passé, et il exploite tout cela dans une collection de scènes qui renvoient aux relations des Hellions avec le reste des mutants : Wild Child jaloux de Daken au cou duquel se jette Aurora, Nanny qui pour se venger d'avoir été écartée de la fête suit Sinistre toute la soirée pour lui faire honte, Greycrow qui tente d'exprimer ses sentiments auprès de Psylocke (on le comprend, elle est vraiment sublime dans sa robe échancrée), Orphan-Maker qui veut à tout prix goûter aux cocktails et qui a la mauvaise idée de se fier aux conseils de Empath...

Mine de rien, on se prend d'affection pour ces personnages pourtant infréquentables, mise au ban d'une société qui prétend pourtant intégrer tous ses sujets mieux que lorsqu'ils essayaient de s'assimiler au reste de l'humanité. 

En prime, Stephen Segovia, qui n'a pourtant rien d'un artiste de génie, se lâche avec succès, animant cette équipe d'électrons libres en soulignant à quel point leur présence dérange les hôtes du gala et qui se font renvoyer chez eux sans ménagement quand tout dérape franchement.

Ces trois premiers chapitres sont un régal, diversement illustrés, mais tous bien écrits. Une bonne entrée en matière, à la structure habile et fertile en péripéties. A suivre la semaine prochaine avec Excalibur #21 et X-Men #21...

vendredi 7 mai 2021

MARAUDERS #20, de Gerry Duggan et Stefano Caselli


Jordan White, l'editor-in-chief des séries X, l'a annoncé depuis plusieurs mois : en 2021, de grands bouleversements attendent le personnage de Tornade. Dans cet épisode de Marauders, Gerry Duggan les acte autour d'un dîner entre les membres de l'équipe et la principale intéressée. C'est aussi l'occasion de revenir sur quelques hauts faits d'armes de la déesse, et aussi de savourer des planches magnifiques de Stefano Caselli, colorisées par Sunny Gho et Chris Sotomayor.


A bord du navire Mercury de Kitty Pryde, sur une mer démontée, se tient un diner en l'honneur de Tornade, qui vient d'annoncer aux Marauders qu'elle quitera bientôt l'équipe. Chaque convive revient sur un moment où la mutant africaine les a impressionnés, sans même utiliser ses immenses pouvoirs.


Pyro se rappelle d'une récente visite en Inde où elle a délivré une mutante exploitée par un démanteleur d'épaves. Bishop parle d'une négociation en Angola avec des rebelles armés qu'il a raisonnés en leur faisant croire à la présence de sa partenaire tandis qu'un orage grondait.


Iceberg se remémore un épisode après la bataille de Madripoor où Ororo Munroe a infligé une correction au Maître de la Haine au point de le dissuader de continuer ses activités. Callisto évoque à demi-mots sa résurrection après l'Epreuve où Tornade l'a aidée.


Kitty revient sur la fois où elle s'est cassée le nez sur le portail de Krakoa. Emma se souvient quand elle et Tornade avaient échangé leurs corps. Emma se retire et trouve Sebastian Shaw sur le pont où il mentionne la défunte Lourdes Chanel à la veille du gala du Club des Damnés...

La (superbe, comme d'hab') couverture de Russell Dauterman est une friandise adressée aux vieux fans des X-Men de Chris Claremont dans les années 80, quand Tornade arborait sa coupe mohawk, que Kitty Pryde se faisait appeler Shadowcat et que Diablo avait une romance avec Ororo Munroe. La mutante, maîtresse des éléments, semble contempler ce souvenir dans le soleil couchant (à moins que ce ne soit à l'aube). Tout cela rejoint l'annonce de Jordan White, l'editor de la franchise X, qui avait promis que 2021 marquerait une évolution spectaculaire pour Tornade.

Le script de Gerry Duggan met en scène un dîner à bord du navire Mercury, volé par Kitty Pryde au tout début de la série Marauders. Tornade annonce qu'elle va quitter l'équipe après le gala du Club des Damnés, sans préciser ses projets. Mais ceux-ci seront dévoilés bientôt et révéleront l'ampleur des changements dans sa vie (peut-être en relation avec la faveur que lui doit Xandra, l'impératrice Shi'ar, qu'elle a sauvée dans X-Men #17 ?).

Duggan n'a finalement guère utilisé le personnage de Tornade dans sa série, elle semblait ne pas entrer vraiment dans ses plans, et honnêtement sa présence ne semblait se justifier que par les liens quasi-maternels qu'elle entretient avec Kitty Pryde. Les interventions récentes et marquantes de Callisto fonctionnaîent bien mieux car la reine des Morlocks s'inscrit naturellement mieux dans le ton d'une série comme Marauders.

Le "problème" Tornade ne date pas d'hier. Peu de scénaristes savent bien l'écrire et encore moins savent l'employer à sa juste valeur. C'est souvent le souci de Marvel avec des personnages comme elle, trop puissants (en son temps, déjà, John Byrne, co-écrivant les épisodes de Uncanny X-Men avec Claremont notait que Jean Grey/Phénix avait été penséé comme l'équivalent de Thor chez les mutants avant qu'ils ne se rendent compte qu'elle était trop puissante pour permettre aux adversaires de l'équipe d'exister de manière assez menaçante). Tornade est qualifiée de "déesse", c'est une mutante de niveau Oméga, elle souffre du syndrome Phénix. Et plusieurs auteurs en ont fait une femme volontiers arrogante, même si elle a connu des épreuves terribles (une enfance misérable, la perte de ses pouvoirs).

Duggan fait pourtant preuve de subtilité au moment de rendre Tornade à qui voudra bien la prendre. Les convives du Mercury évoquent tour à tour un moment important qu'ils ont partagé avec elle et le scénariste se montre habile dans cet exercice, sans sombrer dans l'hagiographie, évoquant des scènes qu'on n'avait pas vues, d'autres où Tornade est carrément absente, d'autres encore où son rôle n'est que suggéré, enfin d'autres qui renvoie à un vieil épisode de la période Claremont-Cockrum (le souvenir de l'échange des corps cité par Emma Frost).

Ce qui est évident, c'est que Duggan aurait visiblement préféré écrire Ororo sans pouvoirs, car elle inspire curieusement plus de respect et d'intérêt à ses yeux. Le scénariste s'amuse à un petit jeu autour du goût et de l'adresse de Tornade pour les couteaux, chacun des convives pariant sur le nombre de lames qu'elle porte sur elle. Ainsi on peut deviner que, malgré ses immenses pouvoirs, Ororo s'arme encore comme si elle devait perdre ses capacités mutantes (comme à l'époque où une arme de Forge l'en priva et qu'elle portait sa fameuse coupe mohawk). Et tous les invités du repas conviennent que, effectivement, Tornade n'a guère besoin d'invoquer les éléments pour s'imposer face à l'ennemi ou asseoir son autorité. Cela peut inciter à se poser la question : Ororo se prêterait-elle à l'Epreuve (le "Crucible') si elle perdait ses pouvoirs pour les récupérer ? Pas sûr... Mais alors quelle serait sa place dans la nation X, à la table du conseil de Krakoa ? On comprend bien que ces interrogations sont partagées par le personnage et rencontrent sa décision de prendre du champ avec les Marauders.

Stefano Caselli dessine cet épisode de manière magistrale. Sa complicité avec Duggan est formidable, il dispose d'un script prompt à jouer sur ses points forts et il valorise le scénario à chaque page. Son trait très expressif rend compte de toutes les émotions qui traversent les personnages de l'épisode (même si Shinobi Shaw et Christian Frost restent muets - à vrai dire, on se demande ce qu'ils font là, même si Christian est le frère d'Emma et qu'on voit Sebastian Shaw sur le pont du Mercury à la fin).

Pour la première fois, Pyro, le crétin de service, aligne quelques répliques intelligentes et ne sert pas que de faire-valoir. Bishop affiche une mine rusée, savoureuse à souhait. Iceberg a droit à une entrée très bien vue. Kitty renvoie au tout début de la série. Mais celles qui brillent le plus, sous le crayon de Caselli, à l'évidence ses deux favorites, comme Duggan, sont bien Callisto et Emma Frost. Les différences entre ces deux mutantes sont indéniables, pourtant elles sont sans doute celles qui ont connu les expériences les plus intimes avec Tornade et aussi celles qui partagent avec elle cette même stature de chefs, de femmes de tête. Perso, j'adore absolument la Callisto de Duggan et Caselli, certes plus belle qu'à son apparition (pourtant dessinée par Paul Smith), mais qui a une présence à l'image, un charisme redoutable (elle me fait penser à la chanteuse Chrissie Hynde, qui, je crois, avait été le modèle initial du personnage, comme Debbie Harry avait inspiré Dazzler).

Exceptionnellement, l'épisode est colorisé par Sunny Gho et Chris Sotomayor, et j'ai l'impression que ce dernier s'est chargé de plus de pages que son collègue, car la palette est plus nuancée (notamment pour la carnation de Tornade - les fans avaient beaucoup reprocher à Federico Blee de l'avoir faite trop pâle alors qu'elle est originaire du Kenya). Le rendu est en tout cas superbe.

Pour son vingtième numéro, Marauders prouve que la série bat son plein. J'ignore encore quel sera son sort après le Hellfire Gala du mois de Juin, puisque Gerry Duggan écrira dès Juillet X-Men (qui sera renuméroté au #1). Le scénariste signera-t-il les deux séries ? Je doute toutefois que Marauders soit annulé (la data page finale rappelle la mission de l'équipe, parfois un peu reléguée hors champ), je ne l'espère pas en tout cas.