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lundi 16 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Visiblement l'entrée consacrée à "l'affaire" Substack vous a intéressés si j'en juge par le nombre vues enregistrées par Blogger : merci, ça fait plaisir ! Je n'étais pas très sûr de moi quand j'ai voulu, chaque semaine, consacrer un article aux News comics, mais les retours me réconfortent. Aussi en voilà d'autres, que j'ai préféré séparer de ma précédente entrée afin de ne pas vous imposer la lecture d'un pavé indigeste.

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MARVEL COMICS/DISNEY :


On démarre par un nouveau titre que proposera Marvel en Novembre prochain : il s'agira d'une mini-série (sans que l'éditeur ait précisé combien d'épisodes elle comptera) intitulée Captain America - Iron Man. Et tenez-vous bien, c'est la première fois que les deux Avengers partagent l'affiche d'une série consacrée à une histoire commune. Derek Landy écrit, Angel Unzueta dessine ce récit où les deux Avengers s'unissent pour affronter une menace provenant de l'Hydra. Très original donc... On peut se surtout se demander si ces deux personnages finiront la série amis ou en se foutant sur la gueule comme ça leur arrive régulièrement - façon pour Marvel de préparer une Civil War III ?
En tout cas, entre la fin de la mini The United States of Captain America et ceci, ça repousse le retour d'une série Captain America à 2022.
 

Une série débute, une autre va s'achever. Malgré de bonnes critiques et des ventes stables, Marvel annule Black Cat, écrit par Jed MacKay, en Novembre. Le titre avait déjà connu un premier arrêt au bout d'une première "saison" de 12 numéros avant d'être "relaunchée". Jamais deux sans trois ? On peut s'interroger après que Marvel a juré que Felicia Hardy allait devenir un de leurs personnages les plus importants à l'issue de l'event Infinite Destinies (réparti sur plusieurs Annuals). A moins que la Chatte Noire n'ai tun rôle important à jouer dans le futur Spider-Man Beyond ?


Marvel file un drôle de mauvais coton au niveau relations humaines et publiques en ce moment. Après Scarlett Johansson qui a décidé de poursuivre Disney suite à la double exploitation en salles et sur la plateforme de streaming Disney + qui l'aurait privé de plusieurs millions (grâce à un pourcentage sur les recettes en salles), voilà qu'un nouvel article de presse révèle que les auteurs dont les histoires ou les personnages sont portés à l'écran touchent en tout et pour tout 5 000 $ et une place pour l'avant-première dudit long métrage ! Ouch !
Une anecdote particulièrement édifiante révèle que lors de l'avant-première de Captain America : Le Soldat de l'Hiver, Ed Brubaker et Steve Epting (les créateurs du Winter Soldier quand même) se sont d'abord vus refuser l'entrée à la salle de projection... Avant que Sebastian Stan (l'interprète de Bucky Barnes) ne les fasse passer !
Et après ça, certains s'étonnent que tout le monde file chez Substack...
 

Un autre qui n'est pas jouasse, et à juste titre, c'est l'excellent dessinateur Joe Quinones qui vient de révéler ces jours-ci sur Twitter une drôle de mésaventure. Il a en effet découvert que Marvel commercialiser des posters d'America Chavez, d'après des couvertures de la série qu'il avait dessinées.... Mais en ayant effacé, grossièrement, sa signature de l'image (ci-dessous) !



Le procédé est évidemment indigne. Et sur le réseau social, de nombreux collègues et amis de Quinones, travaillant pour Marvel ou d'autres éditeurs, lui on exprimé leur soutien mais aussi leur sidération. Car, bien sûr, tout cela prive Quinones d'argent sur la vente de ces posters.
Rappelez-vous quand C.B. Cebulski, le rédacteur en chef de Marvel Comics, a été nommé, l'éditeur justifiait son choix par le fait que c'était lui-même un auteur et qu'il allait pouvoir mieux les représenter, les promouvoir que son prédécesseur (Axel Alonso). Hé bien, c'est là une curieuse manière de respecter les artistes.

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DC COMICS :


Les sollicitations pour le mois de Novembre sont tombées pour DC Comics (et bientôt pour Marvel), ce qui permet de découvrir de nouveaux projets à paraître dans trois mois et demi. Et parmi ceux-ci, on notera le retour du retour Jeff Lemire/Dustin NGuyen, après leurs collaborations chez Image (sur Descender et Ascender), pour une mini-série de prestige en quatre volumes de 40 pages, sous le Black Label : Robin & Batman.
Car il s'agira bien d'une histoire sur la première année de Dick Grayson en tant que Robin aux côtés de Batma, raconté du point de vue du Boy Wonder. Les premières pages qui ont été communiquées sont sublimes. Je vais craquer.


Et si vous aimez Robin, vous serez comblés avec la sortie d'une autre mini-série en six numéros intitulée Robins (avec un "s"), par Tim Seeley au scénario et Valdemar Rivas au dessin. Ce projet, qui réunira tous les Robin (Dick Grayson/Nightwing, Jason Todd/Red Hood, Tim Drake/Red Robin, Cassandra Cain/Orphan et Damian Wayne/Robin) est en fait le gagnant d'un concours de pitch organisé par DC et élu par les fans. A voir.
 

Depuis le début de la semaine dernière, Tom Taylor teasait sur Twitter son nouveau projet en expliquant qu'il travaillait depuis deux ans en secret dessus, avec un "dream artist". Il avait donné comme seul indice les initiales DCDKOS. Késako ? Hé bien, il s'agit de DC's Dark Knight Of Steel, une mini-série en 12 épisodes, sous le Black Label, dessinée par Yasmine Putri (jusqu'ici surtout remarquée pour ses superbes couvertures).
Comment souvent avec Taylor, c'est aussi un "Elseworlds", donc hors continuité. Cette fois, le scénariste s'est amusé à imaginer l'univers DC dans une ambiance à la Game of Thrones médiéval où la Trinité Superman-Wonder Woman-Batman est au centre de l'intrigue. Un peu gadget, il faut le reconnaître, mais amusant, à l'image de Taylor, un des auteurs les plus sympathiques et amoureux sincères du genre super-héroïque, inspiré par ces univers parallèles où tout est permis.
Les premières pages diffusées montrent que Putri a autant de talent pour les pages intérieures et les characters designs que pour ses covers. Et ça démarre aussi en Novembre.


Novembre encore : actuellement à l'oeuvre sur Infinite Frontier, le néo-architecte du DCU Joshua Williamson y réemploie la Justice League Incarnate imaginée par Grant Morrison dans The Multiversity. En compagnie de Dennis Culver, Andreï Bressan et Brandon Peterson, et avec un casting sensiblement modifié, Williamson va consacrer à ces gardiens de l'Omnivers une mini-série en 5 parties.
Gary Frank signera les couvertures. Mais je ne suis pas emballé.


Pas davantage que je ne le suis pas Wonder Woman : Evolution, une autre mini-série en 8 épisodes, écrites par Stephanie Phillips et dessinée par Mike Hawthorne (qui atterrit donc chez DC après avoir annoncé la fin de son bail chez Marvel, où il suppléé Marco Checchetto sur Daredevil et où il tenait le record d'épisodes dessinés sur Deadpool). L'amazone part dans l'espace représenter la Terre dans une espèce de compétition façon Jeux Olympiques. Bof.


Ce qui suit n'a encore rien d'officiel mais Sanford Greene (le dessinateur de la série Bitter Root chez Image Comics) a posté sur Twitter cette étude d'OMAC, le One Man Army Corps créé par Jack Kirby en 1974. Ce qui est déjà alléchant. Mais qui devient encore plus intriguant quand l'artiste mentionne le nom de Brian Michael Bendis. Projet en vue ? En tout cas, à surveiller de près car ça pourrait donner quelque chose de fun, certainement au sein du Black Label. Fingers crossed !


Pour terminer les News DC, un point sur les mouvements internes : d'abord le dessinateur actuel d'Action Comics, Daniel Sampere, quitte le titre écrit par Philip Kennedy Johnson au #1036 en Octobre. Il a annoncé partir pour un nouveau projet (je cite :) "ENORME !" toujours pour DC. Les paris sont ouverts mais on surveillera ça avec attention parce que Sampere est un excellent dessinateur (qui mérite mieux que le scénariste avec lequel il collaborait...).


Dans mon entrée consacrée à Substack, j'évoquai à demi-mots du changement concernant Tini Howard, qui allait collborer au nouveau projet de Jonathan Hickman (3 Worlds. 3 Moons). Mais j'avais gardé sous le pied la grosse info de la scénariste actuel de Excalibur qui quitte Marvel pour rejoindre DC en Novembre. Elle débutera chez son nouvel éditeur par une histoire courte dans l'anthologie Batman : Urban Legends. Mais nul doute qu'elle n'a pas fait le voyage juste pour ça. Reste à savoir qui va reprendre Excalibur, titre sur lequel elle avait imprimé sa marque (à laquelle je n'ai guère accrochée mais qui était indéniablement originale).


Enfin, et ça, c'est sans doute, l'annonce qui me fait le plus plaisir : la légende vivante Mark Waid revient chez DC en 2022 ! Ce n'est pas vraiment une surprise vu que Marvel ne lui donnait plus rien à écrire (ou alors des séries condamnées à l'échec, mais dont il se chargeait avec le professionnalisme qu'on lui connaît). On peut exclure qu'il s'occupe de Flash (sur lequel il a beaucoup donné) ou d'Aquaman (promesse faîte de ne jamais l'écrire depuis le décès de son partenaire Mike Wieringo, avec lequel il avait en tête de produire une série sur Arthur Curry). Mais Waid peut et sait tout écrire, il connaît cet univers, ces héros comme personne, et si DC lui donne un bon dessinateur (peut-être Daniel Sampere, tiens !), alors ce sera immanquable.

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IMAGE COMICS :


Enfin, pour conclure cette entrée, un rapide détour par Image qui nous prépare un joli cadeau de Noël un mois avant la date puisque l'éditeur publiera Friday Book One : The First Day of Christmas, écrit par Ed Brubaker et dessiné par Marcos Martin. Il s'agit d'une histoire originellement proposée sur PanelSyndicate, la plateforme de comics dématérialisés créée par Brian K. Vaughan et Martin, où le lecteur paie ce qu'il veut pour lire les épisodes mis en ligne.
Conçue comme un hommage aux romans policiers et young adult, Friday est une merveille mélancolique, somptueusement mise en image. N'hésitez pas à commander cet album au format "à l'italienne" en Novembre !

Et voilà, c'est fini pour cette fois. Prenez soin de vous et de vos proches (en allant vous faire vacciner !). Et à très bientôt pour de nouvelles critiques !

vendredi 28 février 2020

DIAL H FOR HERO #12, de Sam Humphries et Joe Quinones


Ainsi s'achève la maxi-série Dial H for Hero. Ce serait mentir de prétendre que cette conclusion n'est pas bienvenue car le projet a souffert d'indéniables longueurs, mais il faut aussi reconnaître à Sam Humphries et Joe Quinones d'avoir mené leur barque avec assurance et panache. Le terme de l'aventure de Miguel et Summer se termine en beauté, sur une note résolument optimiste, qui fait vraiment du bien.


Aspirés dans le K-Dial, Miguel et Summer pensent avoir perdu la partie contre Mr. Thunderbolt. Mais la jeune fille n'en veut pas à son ami, qui a perdu ses repères au pire moment. L'espoir demeure et c'est ce qui va les sortir de ce mauvais pas.


Le temps presse car Mr. Thunderbolt est désormais en possession des quatre cadrans magiques et s'apprête à doter tous les habitants du multivers de super-pouvoirs pour leur épargner souffrance et peine comme lui quand il a perdu son grand-père.


Miguel et Summer surgissent dans l'Hyper-Néant de Mr. Thunderbolt, juste à temps pour l'empêcher d'accomplir son plan. Miguel affronte son double maléfique, Thunder Montez, tandis que Summer se sert du C-Dial pour neutraliser Thunderbolt.


Le vilain est piégé dans un réalité parallèle tandis que Miguel annihile son double. Reste pour les deux adolescents à trouver le chemin pour réintégrer leur dimension d'origine. Summer échange les combinés avec les cadrans et trouvent ainsi un passage entre les pages du Multivers.


Ils regagnent ainsi le repaire de l'Opérateur. Celui-ci a mesuré le danger de cacher les cadrans et va désormais les garder à l'oeil dans un endroit unique. Il renvoie Summer et Miguel à Metropolis où, escortés par les fantômes de SuperMiguel et Lolo Kick You, ils profitent de le retour à la normale.

Le succès critique et commercial de Mister Miracle (par Tom King et Mitch Gerads) a motivé DC Comics a multiplié les projets sous la même forme, des maxi-séries en douze épisodes, soit un an de publication. C'est devenu particulièrement flagrant ces derniers mois avec la parution de Martian Manhunter (Steve Orlando/Riley Rossmo), Batman's Grave (Warren Ellis/Bryan Hitch) et la semaine prochaine le lancement de Strange Adventures (Tom King/Mitch Gerads et Evan Shaner). Sous la bannière "Wonder Comics", le label de Brian Michael Bendis, on a eu droit à Wonder Twins (Mark Russell/Stephen Byrne) et donc Dial H for Hero.

Pourtant, on le sait, ce dernier titre n'était pas destiné à un tel format puisque seuls six épisodes avaient été programmés. Mais les bons retours ont incité l'éditeur à prolonger l'histoire. Cela s'est senti quand, précisément à mi-chemin, le scénario a connu quelques signes d'essoufflement, visiblement pas conçu pour une rallonge pareille.

Sam Humphries a meublé avec le plus de maîtrise possible, tandis que son dessinateur, Joe Quinones, déjà généreux dans l'effort, tirait la langue et devait être suppléé par des invités. On pouvait alors craindre que Dial H... ne sombre.

Après un passage à vide de quelques épisodes, pourtant, les auteurs ont su rebondir et nous entraîner vers une conclusion digne du projet. Comme quoi, il ne faut pas partir à l'aventure sans disposer de suffisamment de munitions et surtout sans un plan d'ensemble à la mesure du format. Il y a bien une différence de taille entre un scénariste qui s'engage dans douze épisodes dès le départ et un autre qui doit improviser, visiblement, pour étirer son récit sur un an de publication.

Avec disons deux ou même quatre épisodes en moins, la série aurait indéniablement gagné en efficacité et en densité, conférant à son propos une solidité plus évidente, sans compter que Joe Quinones aurait sans doute assuré toute la partie graphique sans soutien. Il ne faut pas blâmer Sam Humphries qui a dû composé avec une situation inattendue.

A partir du moment où l'intrigue a promis une étape décisive à Apokolips, le lecteur s'est mis à espérer un dénouement spectaculaire. Mais en fin de compte, on a eu droit qu'à une brève escale chez Darkseid (qui n'a d'ailleurs pas montré son nez). D'une certaine manière, Humphries a eu le nez creux en nous décevant sur ce point car il a choisi de recentrer in extremis, in fine, son intrigue sur ses deux héros et leur adversaire plutôt que de s'attarder chez les Néo-Dieux de Kirby - et d'affronter la concurrence terrible de la maxi-série de King et Gerads.

Ce qu'on retiendra de Dial H... dans son ultime chapitre, c'est sa naïveté assumée mais agréable où l'héroïsme fait place à l'espoir : une astuce plus fine qu'elle n'en a l'air puisqu'elle repositionne l'obsession de Mr. Thunderbolt, méchant qui voulait donner des super-pouvoirs à tous les habitants du Multivers pour qu'il ne souffre pas comme il a souffert de la mort d'un proche. Ainsi, cette objectif pathétique acquiert une certaine noblesse, maladroite certes mais qui révèle au lecteur le visage d'un vilain plus désespéré que vraiment maléfique.

Elle montre aussi que les deux jeunes héros, en particulier Miguel, en perdant le Nord (selon la formule de Summer), n'ont pas été sans reproches mais que la solidarité les sauve. Eux aussi ont été maladroits, mais cela les rend identiquement attachants. Humphries est en définitive un sentimental qui ne se résout pas à séparer le monde entre des mauvais irrécupérables et des gentils impeccables : chacun porte en lui des regrets et cela l'humanise au-delà du fait d'acquérir ou de distribuer des super-pouvoirs. D'ailleurs à la fin, on voit que les fantômes de SuperMiguel et Lolo Kick You accompagnent Miguel Montez et Summer Pickens dans les rues de Metropolis comme des reliquats de leur aventure, des sortes d'anges gardiens, mais les deux adolescents ont prouvé leur valeur sans leurs avatars - et trouvé leur bonheur sans eux.

Quinones fait une dernière fois feu de tout bois au dessin et nous régale d'excentricités bien dosées. Il convoque notamment John Romita Sr., mais l'essentiel n'est plus dans la citation. Lui aussi de dépouille de ses artifices pour livrer des planches très belles où ses deux jeunes héros reviennent au centre. Ce sont eux qui trouvent la solution pour neutraliser Thunder Montez et Mr. Thunderbolt, pour regagner le Heroverse, pour rentrer à Metropolis.

Malgré tout, Quinones et son coloriste, l'excellent Jordan Gibson, ne se privent pas de quelques planches fabuleuses comme quand Miguel et Summer sont coincés dans le K-Dial, ou encore lorsqu'ils traversent des moments forts de l'Histoire du DC Univers le temps d'une double-page magnifique, sans oublier la page finale, superbement composée (notez la présence aérienne de Superman, figure emblématique de toute la série).

Comme je le disais plus haut, avec moins d'épisodes, et peut-être un petit break d'un mois à mi-parcours, Quinones aurait sûrement pu dessiner l'intégralité de la série. Mais on ne peut guère se plaindre des artistes invités pour le remplacer ponctuellement, et qui ont maintenu à l'ensemble une belle allure. L'un dans l'autre, visuellement, Dial H... aura été un régal pour les yeux.

Reste à savoir si tout cela aura une quelconque influence sur le reste du DCU. En l'état, les publications du label  "Wonder Comics" semblent déconnectées, tout au plus s'adressent-elles des clins d'oeil entre elles et certains personnages passent d'un titre à l'autre (pour atterrir dans Young Justice). Pourtant, avec ces cadrans magiques, Sam Humphries a prouvé qu'il y avait matière à peser sur le cours des affaires. 

vendredi 31 janvier 2020

DIAL H FOR HERO #11, de Sam Humphries et Joe Quinones


Le pénultième numéro de cette maxi-série fait feu de tout bois, confirmant le redressement opéré par son scénariste. Sam Humphries nous entraîne, avec ses héros, à Apokolips et convoque Superman, la figure récurrente, le modèle, de manière très ludique, pour une réflexion sur l'héroïsme. Joe Quinones, lui aussi, est en grande forme et produit parmi ses planches les plus inventives. De quoi être confiant pour le grand final.


Les SuperMiguels déboulent à Apoklips pour y dérober le K-Dial, le dernier des quatre cadrans magiques, grâce auxquels Mr. Thunderbolt va pouvoir reconfigurer tout le Multivers en dotant ses habitants de super-pouvoirs.


Mais Summer Pickens est là aussi et fait face à Granny Godness. Elle lui cède volontiers le K-Dial en lui expliquant que cet appareil est maudit et consume l'âme de son utilisateur. Summer peut rejoindre l'Opérateur et élaborer avec lui un plan pour accueillir les SuperMiguels et Mr. Thunderbolt.


Les quatre SuperMiguels ne tardent pas à apparaître dans la Hérovers et Summer utilise le C-Dial pour se transformer en Lolo KickYou afin de les affronter. Mais la bataille est inégale et la jeune fille est vite dépassée par ses adversaires.


Mr. Thunderbolt surgit et peut s'emparer du K-Dial. Il expédie Miguel, qui a voulu reprendre sa forme humaine, et Summer dans le néant, et il gagne Metropolis où ses fidèles l'attendent dans son quartier général situé au sous-sol du "Daily Planet".


Ensemble ils composent sur le quatre cadrans le numéro 52 (F-I-F-T-Y-T-W-0). Le Multivers tremble sur ses bases, toutes les dimensions sont affectées. Mr. Thunderbolt, ivre de puissance, peut remodeler à sa guise le continuum espace-temps.

Comme aux plus belles heures de la maxi-série, débutée il y a presque un an maintenant, cet épisode prouve l'imagination de ses auteurs. Sam Humphries et Joe Quinones (avec l'aide, pour ce dernier, du coloriste génial qu'est Jordan Gibson) n'ont pas seulement revitalisé un vieux concept de DC mais produit une saga ambitieuse. Le résultat n'aura pas toujours été égal en qualité, parce que le projet initial a été modifié à mi-parcours et que cela a affecté la construction du récit, mais on peut dire que l'équipe artistique n'a pas manqué de panache pour être à la hauteur de la conclusion.

Car, sauf un impair terrible, la fin de Dial H for Hero saison 2019-2020 promet d'être grandiose. Certes, ce onzième épisode ne s'attarde pas assez sur le passage à Apokolips, pourtant longtemps attendu et abondamment "teasé" par le scénariste comme l'étape la plus spectaculaire, mais quand le fond faillit, la forme le rattrape et assure au lecteur un divertissement jubilatoire.

Bien entendu, lorsqu'on s'arrête dans le coin le plus terrible du Quatrième Monde créé par Jack Kirby, impensable de ne pas signer le chapitre par une référence appuyé au "King of comics". Et Quinones s'amuse énormément à pasticher le style visuel de son illustre aîné, toujours avec la même virtuosité.

Mais le dessinateur ne s'en contente pas : il consacre une pleine page au plan de fabrication d'un K-Dial à la manière d'une fiche de jeu dans un magazine (à vous de choisir si vous découperez une page de votre revue...). Puis, plus loin, pour représenter le retour de Lolo KickYou, le double super-héroïque de Summer Pickens, il renoue avec le trait manga propre au personnage et un découpage ultra énergique (avec un "gaufrier" explosif).

Cette folie graphique reste l'atout maître de la maxi-série, ce par quoi le projet a vraiment été transcendé, au risque parfois de flirter avec l'exercice de style. Mais Quinones est un artiste hors du commun, visiblement porté par le récit et inspiré par le scénario de Humphries.

Ce dernier a profité pleinement de l'histoire pour visiter divers pans du DCU, mais la figure centrale de son histoire reste Superman, et il le convoque à nouveau via les SuperMiguels. On reconnaît des versions parodiques du Superman cyborg, de Connor Kent... Mais c'est surtout un prétexte pour réfléchir à la notion de héros incarné par le kryptonien et ses avatars. Que se passerait-il si cela était dévoyé ?

En se laissant corrompre par Mr. Thunderbolt, en cédant à la tentation du pouvoir, Miguel fait l'apprentissage de la duperie. Son nouveau mentor le double sans scrupules au moment où il récupère les quatre cadrans magiques avec lesquels il peut reformater le Multivers selon son délire (en conférant à tous des super-pouvoirs). Comme Miguel, Thunderbolt veut faire le Bien, corriger ce qu'il a vécu comme une injustice dramatique (la perte d'un être proche et aimé), mais son comportement trahit à la fin de cet épisode une mégalomanie qui dépasse toute noblesse.

C'est le complexe du Messie, qui risque de perdre tout super-héros et envahit tout super-vilain. L'Opérateur ne ressort pas non plus grandi de l'affaire car son laxisme, sa propre faiblesse (Mr. Thunderbolt n'est que l'autre partie de lui-même), a précipité la situation et il s'en est remis à deux enfants pour la corriger.

Tout cela confirme que, sous ses airs légers, Dial H for Hero est plus profond et trouble qu'il n'en a l'air. Il ne reste plus qu'à boucler la boucle en beauté, ce que cet avant-dernier chapitre prépare avec brio.

jeudi 9 janvier 2020

DIAL H FOR HERO #10, de Sam Humphries et Joe Quinones


On approche de la fin de Dial H for Hero (d'autant plus que le prochain numéro sortira la dernière semaine de Janvier) et logiquement l'action s'accélère. C'est un plus notable après le ventre mou traversé ces derniers mois, certainement du au fait que Sam Humphries a développé un script initialement prévu pour six épisodes. Joe Quinones est pour sa part toujours en grande forme (ayant profité de quelques numéros de répit).


Summer et Miguel traversent le Multivers à bord du van et découvrent les Terres parralèles et leurs héros. Sans savoir où ce périple va les mener, ils atterrissent sur la Terre-32 où tous les super-héros sont des amalgames de ceux qu'ils connaissent.


Mais ce monde est en pleine guerre contre le Harli-Quinnitor contre laquelle tout le monde est mobilisé. Super-Martian accueille les deux adolescents et confie leur protection à Lobo Kick You, l'avatar de Summer sur cette Terre.


Conduit dans la Rue Miguel dotée de conscience, le jeune garçon y trouve une cabine téléphonique avec une porte blindée. Il en déchiffre la combinaison d'entrée et découvre le Y-Dial à l'intérieur, le téléphone jaune que l'Opérateur lui a fermement déconseillé d'utiliser.


Mais, parce qu'il veut pacifier ce monde, il désobéit. Aussitôt Mr. Thunderbolt surgit et révèle à Miguel les mensonges de l'Opérateur pour brider le jeune garçon et empêcher la survie du Multivers en dotant tous ses habitants de super-pouvoirs.


Tandis que Lobo Kick You évacue Summer, Miguel suit Mr. Thunderbolt dans son repaire. Il ne lui reste plus que le téléphone noir à obtenir pour mener son plan à bien, mais l'appareil se trouve à Apokolips. Miguel se transforme pour aller le chercher.

Quel que soit la qualité du dénouement de cette maxi-série, on ne pourra que déplorer la décision de DC d'avoir voulu exagérément la prolonger en passant de six épisodes à douze. Cela a eu pour conséquence une décompression narrative préjudiciable au projet et abouti à des numéros dispensables, visiblement écrits dans l'urgence pour meubler plus que pour enrichir l'intrigue. Huit ou à la rigueur dix épisodes auraient largement suffi.

Mais reconnaissons à Sam Humphries de s'être bien débrouillé pour limiter la casse. Certes il a connu un coup de mou manifeste passé le #6, mais a su redresser la barre au #9. Ce #10 confirme ce mieux même si les ficelles sont grosses comme des câbles pour nous faire patienter.

En effet, l'objectif de l'histoire est de nous emmener à Apokolips où se trouve le dernier des quatre cadrans magiques cardinaux, le noir. Une fois Mr. Thunderbolt en possession des quatre téléphones, il sera en mesure de doter tout le Multivers de super-pouvoirs et de le pacifier grâce à cela. Du moins c'est ce qu'il promet, et on peut douter de sa bienveillance.

Dans le même temps, Humphries a joué la carte de l'ambiguïté en assombrissant la figure de l'Opérateur, la moitié de Thunderbolt, si bien que le lecteur doute des deux. Les arguments de Thunderbolt pour que Miguel adhère à son projet sont troublants et malins (l'Opérateur est un censeur, qui veut le brimer, et sous couvert de libre-arbitre, ne fait rien pour épargner les Terres parallèles). Mais d'un autre côté, comme le lui rappelle à bon escient Summer, Miguel est traqué depuis qu'il est en possession du H-Dial par Thunderbolt : peut-il vraiment s'abandonner à ce personnage ?

Si la série avait conservé une certaine densité, on aurait exploré le Multivers plus tôt et donc la complexité de la situation telle qu'exposée d'une part par l'Opérateur et d'autre part par Thunderbolt. A la place, on a droit à un passage sur Terre-32 et quelques vignettes sur d'autres mondes vite survolés par les deux héros. Malgré tout, Humphries ne se pose pas sur Terre-32 par hasard puisqu'il s'agit d'un monde où les super-héros sont des amalgames improbables des héros de Terre-1 : Superman est ici un mélange de l'homme d'acier et du Martian Manhunter. Cela renvoie aux personnages en lesquels Miguel (et Summer) se transforment grâce au H-Dial, qui sont aussi de curieux mixes de héros. Et puis ça ne fait jamais de mal de puiser dans l'abondante cartographie cosmique et dimensionnelle que Grant Morrison a planifié dans son anthologie The Multiversity (bien plus importante et surtout plus synthétique en vérité que les manipulations constantes d'un Geoff Johns pour agréger la spatio-temporalité du DCU).

L'aventure devient à nouveau accrocheuse puisque Apokolips est plus que jamais proche. On va surveiller avec gourmandise la visite de Miguel (ou des SuperMiguel) dans le domaine de Darkseid. Et observer qui de Mr. Thunderbolt ou de l'Opérateur est le plus digne de confiance...

Joe Quinones dessine à nouveau l'intégralité de ce numéro. Il n'y reproduit pas le style d'un illustre confrère (ou alors je ne l'ai pas reconnu), mais son travail est d'une générosité visuelle épatante. Il ne lésine pas sur les pleines pages riches en détails et spectaculaires à souhait. Terre-32 en proie à un conflit grotesque contre le Harli-Quinnitor (comme si Harley Quinn était devenu l'Anti-Monitor - une fantaisie que seul Humphries peut se permettre puisqu'il est aussi le scénariste de la série Harley Quinn), la représentation de tous les super-héros amalgamés, ou le survol des mondes parallèles sont autant de morceaux de bravoure à l'actif de l'artiste.

Mais quand Quinones doit se calmer un peu pour offrir au récit une narration en relation avec l'évolution psychologique de Miguel, il sait aussi s'assagir et produire des pages impeccablement découpées et même astucieuses. Le meilleur exemple réside dans cette autre splash-page ave l'Opérateur et Mr. Thunderbolt qu'on peut plier pour comprendre que les deux personnages forment une seule entité.

Il faut aussi saluer la contribution essentielle depuis le début de la série du coloriste Jordan Gibson, dont la palette fait vivre cette histoire avec toutes les variations graphiques insensées que Quinones lui imprime. Gibson exécute un travail énorme et superbe, qui contribue à l'immersion du lecteur dans un récit très référencé mais toujours accessible.

Si l'équipe tient bon, la dernière ligne droite promet d'être épique.

vendredi 29 novembre 2019

DIAL H FOR HERO #9, de Sam Humphries et Joe Quinones


Le second arc de Dial H for Hero a connu un sérieux coup de mou depuis trois épisodes, mais Sam Humphries semble s'être ressaisi avec ce numéro 9 qui revient en force sur l'intrigue principale et bénéficie du retour de Joe Quinones comme seul dessinateur. Il était temps puisque la saga entame son dernier tiers.


Mr. Thunderbolt a désormais en sa possession deux des quatre téléphones magiques - le rouge (qui donne des pouvoirs aléatoires) et le jaune (qui donne deux pouvoirs). Miguel et Summer détiennent le bleu (qui révèle le héros en chacun de nous). Le noir se trouve à Apokolips.


Mais Miguel est frustré par la situation : désirant toujours confier le téléphone à Superman et lui parler des autres appareils, il s'est fait embaucher comme coursier au "Daily Planet" avec Summer qui lui a interdit d'utiliser le téléphone bleu car, alors, ils seraient repérés par Mr. Thunderbolt.


L'Opérateur du Heroverse a également deviné la mauvaise humeur de Miguel et l'appelle sur le téléphone bleu pour le mettre en garde contre leur ennemi. Ce qu'il ignore, c'est que Thunderbolt et ses adeptes sont également cachés dans le "Daily Planet".


Pressé d'en découdre autant que de renouer avec le super-héroïsme, Miguel désobéit à l'Opérateur et Summer et utilise le téléphone bleu. Mal lui en prend : il est transformé en un justicier ridicule et, à l'instant même, localisé par Thunderbolt qui lui envoie ses sbires.
  

Miguel ne doit son statut qu'à Summer, qui redevient Lolo Kick You grâce au téléphone bleu, et défait les agents du Thunderbolt Club. Avec elle, Miguel prend la fuite à bord du van de son oncle qui se téléporte dans le Multivers.

Trois épisodes pour (presque) rien, c'est ce qu'on retiendra des trois derniers mois de parution de Dial H for Hero. Et sans doute faut-il autant y voir un manque d'inspiration de la part du scénariste que la conséquence de prolonger un projet conçu pour durer six chapitres et prolongé en récit étalé sur douze mois.

Mais ce neuvième épisode renoue avec le meilleur du projet (ça tombe bien, puisque le premier recueil est disponible, gorgé de bonus). L'intrigue reprend ses droits et les personnages sont confrontés à des problèmes directs résumés avec adresse en première page.

Ainsi Sam Humphries opère-t-il une sorte de rappel, comme si, lui aussi, avait besoin de savoir où il en est. On apprend (ou on ré-apprend) les particularités des quatre téléphones cardinaux (le rouge donne des pouvoirs aléatoires, le jaune en donne deux, le bleu fait surgir le "héros intérieur", mais on ignore la propriété du noir qui se trouve sur Apokolips). On découvre aussi que Miguel et Summer, pour attendre Superman, ont réussi à se faire embaucher au "Daily Planet" (où travaille Clark Kent), mais les tâches ingrates qu'on leur donne frustre particulièrement Miguel qui aimerait bien redevenir un super-héros.

Un double souci se présente : s'il le fait, Mr. Thunderbolt le remarquera aussitôt et aussi en quoi le transformera le téléphone bleu. Pendant quelques pages, ça patine un peu, on se demande où veut aller Humphries (ou plutôt on le devine trop bien) - d'ailleurs ce qu'on pressent arrive, à tous les niveaux, et cela est très convenu, décevant. Un signe que la série est encore convalescente.

En vérité, cela indique qu'on se trouve en présence d'un épisode de transition : nous entamons ici le dernier tiers de la série, il faut à la fois pour Humphries garder des cartouches en vue d'un final spectaculaire mais aussi re-dynamiser une histoire qui s'est embourbé. Pour cela il mise sur une sorte de crise d'adolescence malvenue de son héros, un ressort paresseux mais qui aboutit à un cliffhanger accrocheur.

Le salut vient réellement de Joe Quinones qui, lui aussi, a été bien absent depuis trois mois et doit donc prouver qu'il est toujours investi dans la série. L'artiste ne déçoit pas, au contraire : il nous en met plein la vue.

Déjà il se passe à nouveau d'encreur (même si Scott Hanna n'a pas démérité pour l'aider) et avec le coloriste Jordan Gibson il produit des pages formidables. Un des plaisirs de Dial H for Hero, c'est la manière dont Quinones réussit à imiter, de manière virtuose, le style d'autres grands dessinateurs pour représenter les transformations des héros ou les astuces narratives du scénario. Cette fois, il fait très fort.

On a d'abord droit à deux planches traitées à la manière de Chris Ware (le créateur de Jimmy Corrigan) et c'est d'autant plus savoureux que Ware a toujours exprimé son dédain pour les comics de super-héros. Quinones ne le singe pas méchamment mais la performance est remarquable.

Puis, plus loin, lorsque Miguel se change en Early Adopter, c'est Alex Toth et ses characters designs pour Hanna-Barbera qui sont convoqués sous le crayon de Quinones. Le trait naïf, épuré, cartoon est une merveille de dérision dans cette scène où la parodie est à l'oeuvre.

(En revanche, je dois avouer ne pas avoir reconnu l'artiste imité pour l'intervention du gang des Geckos, qui fait penser aux Teenage Mutants Ninja Turtles.)

Ces tours de force visuels ne sont pas des gadgets, ils servent le récit et lui donnent une énergie qui manque au seul scénario de Humphries. Ce dernier, en souhaitant qu'il se ressaisisse complètement le mois prochain, après avoir donné de tels défis à son dessinateur, serait bien inspiré en effet de se bouger pour que les belles dispositions affichées dans le premier acte de la série soient converties alors que son dénouement approche. Mais je lui fais confiance. 

samedi 26 octobre 2019

DIAL H FOR HERO #8, de Sam Humphries, Paulina Galucheau et Joe Quinones


Ce huitième épisode de Dial H for Hero confirme, malheureusement, une baisse notable de régime, comme si avoir prolongé la série au-delà des six numéros initiaux en avait diminué le charme et les qualités. Joe Quinones ne dessine qu'une page, laissant le reste à Paulina Galucheau, qui est loin d'avoir le niveau. Sam Humphries s'amuse beaucoup avec la narration, mais sans faire progresser une intrigue au point mort depuis le #6.


Comment Robby Reed est-il devenu l'Opérateur du Heroverse ? Et d'où vient son adversaire, Mr. Thunderbolt ? La vérité va apparaître en rêve à Miguel qui va découvrir également qu'il existe plusieurs téléphones magiques.



Des cadrans au nombre de quatre, rouge, bleu, jaune et noir. En découvrant le premier, Robby a acquis ses super-pouvoirs et appliqué la justice en affrontant Mister Thunderbolt et son gang de braqueurs de gang - sans rapport avec son futur rival dimensionnel.


Mais tout cela n'a pu lui permettre de sauver son grand-père de la maladie qui devait l'emporter. Robby entreprit de corriger cette injustice en remontant le temps mais traversa les dimensions à la place pour aboutir dans le Heroverse.


Là, il déterra le Y-Dial, le cadran jaune, fondation du Multivers, composé d'une partie lumineuse et d'une autre sombre. Robby ignorait alors qu'en faisant cela il allait se dédoubler pour créer son opposé, Mr. Thunderbolt, dont l'ambition était de donner des pouvoirs à tous et de conquérir le Multivers.


A présent, dans notre dimension, au coeur du "Daily Planet", à Metropolis, Mr. Thunderbolt est en possession des cadrans rouge, bleu et jaune. Miguel, lui, sait où se trouve le noir : dans l'endroit le plus dangereux de l'univers, sur Apokolips !

Après l'épisode du mois dernier qui ressemblait fort à une sorte d'intermède ludique pour permettre aux auteurs de souffler, en montrant quelques citoyens de Metropolis dotés de super-pouvoirs par Mr. Thunderbolt durant une heure (avant que Super Miguel n'y remette de l'ordre), on était en droit d'attendre que l'histoire reprenne son cours.

Il n'en est rien, autant le dire d'emblée. Il devient évident que la décision de DC de transformer une mini-série de six épisodes en une maxi de douze ne faisait pas partie des plans de Sam Humphries, qui a dû remanier sa copie et rallonger la sauce pour ce nouveau format.

Ce nouveau chapitre n'est pas inintéressant, mais, comme le précédent, parfaitement superflu, dans la mesure où il ne raconte rien qu'on n'ait déjà déduit tout seul. La révélation principale - Mr. Thunderbolt est le double de l'Opérateur, donc de Robby Reed, engendré au contact du Y-Dial - fait long feu et, en vérité, n'avait guère besoin d'être explicitée, surtout sur toute la durée d'un épisode.

Cela fait surtout deux numéros qu'on attend que Miguel et Summer affrontent Mr. Thunderbolt, réfugié dans une pièce du "Daily Planet", avec trois des quatre cadrans magiques qui lui permettront de conquérir le Multivers. Un peu long... Même si le cliffhanger promet un détour par Apokolips qui est à même de tonifier une intrigue en panne.

Humphries joue donc sur la narration pour tenter de rendre l'exercice plaisant et son idée est amusante puisqu'on suit les origines de Robby Reed, l'Opérateur, de A à Z, tandis qu'une page sur deux, on lit celles de Mr. Thunderbolt de Z à A (en commençant par la page 20 pour atteindre la page 1 où se déroule la séparation des "jumeaux" du Multivers). C'est ingénieux, mais aussi très artificiel.

Et cette impression est soulignée par la faiblesse du dessin, confié à Paulina Galucheau, puisque Joe Quinones se contente de signer la dernière page. Cette artiste pallie de la comparaison avec le titulaire du poste, son trait est moins assuré, ses personnages moins définis, ses décors plus sommaires. Tout est moins bon, plus amateur. Il est certes dur de trouver un fill-in capable de faire oublier Quinones, mais là, c'est vraiment raté.

Je ne vais pas davantage accabler cet épisode et ceux qui l'ont produit, mais il est évident que Dial H for Hero aurait gagné à sinon rester en six épisodes, en tout cas à ne pas être étendu à douze (une dizaine de numéros aurait plus sage, avec pour Quinones, une pause d'un mois entre le sixième et le septième chapitre).

dimanche 29 septembre 2019

DIAL H FOR HERO #7, de Sam Humphries et Joe Quinones, Colleen Doran, Mike Avon Oeming, Erica Henderson et Stacy Lee


Ce septième épisode de Dial H for Hero est une parenthèse dans la série. Peut-être produit suite à l'annonce de la modification du titre, qui est passé de six à douze numéros. Peut-être pour permettre à Joe Quinones de souffler. Mais Sam Humphries en profite pour revenir sur l'heure où Mr. Thunderbolt a doté de super-pouvoirs tout Metropolis, et avec quelques artistes invités, s'amuse à réfléchir sur ce que cela a représenté pour quelques co-citoyens de Superman...


Pendant une heure, Mr. Thunderbolt, en possession du téléphone magique, a pourvu les habitants de Metropolis de super-pouvoirs, créant un chaos ahurissant. Mais qui en a vraiment profité comme Miguel, qui a sauvé la ville du crash d'un avion de ligne ?


Tony faisait son jogging en pensant à son petit ami Kevin lorsqu'il répondit à l'appel de Thunderbolt. Transformé en Sir Prize, il découvrit son compagnon dans les bras d'un autre homme. Dévasté, il trouva néanmoins du réconfort auprès d'autres individus également changés.


Tara était chez elle, malade, dans l'impossibilité de se soigner à cause de son assurance souscrite chez Lexcorp. Devenue Phanstama, elle partit se venger en terrorisant l'employé qui suivait son dossier, au point qu'il lui accorda les fonds pour qu'elle soit prise en charge.


Lucy, elle, s'était changée en chasseuse de monstres et sa première cible serait sa tante Rita, qu'elle savait responsable de l'empoisonnement de sa mère pour toucher son héritage. Hélas ! pour Lucy, Rita était devenue une créature trop puissante pour qu'elle l'arrête.


Enfin, Fiona avait été métamorphosée en détective Flamingo enquêtant sur l'Ange Gardien... Qui n'était autre qu'un brave chien. L'Opérateur du Heroverse se demandait encore qui serait son successeur tout en sachant que pour stopper Mr. Thunderbolt, il devrait leurs origines à tous les deux.

Je peux me tromper (DC n'a pas communiqué à ce sujet) mais il me semble évident que lé décision de l'éditeur d'accorder le statut de maxi-série en douze épisodes à Dial H for Hero a obligé Sam Humphries à modifier son intrigue. Cet épisode en témoigne qui revient sur les événements du précédent numéro comme pour gagner du temps, en invitant plusieurs dessinateurs à suppléer Joe Quinones (qui ne signe que deux planches) pour qu'il soit prêt à illustrer le second acte de l'histoire.

Pourtant, le résultat n'est pas un bouche-trou laborieux, mais une occasion pour le scénariste de creuser le thème de l'héroïsme, de manière à la fois ludique et lucide - car parmi les quatre cas sur lesquels il se penche, tous ne sont pas animés par de bons sentiments.

Dans Metropolis peuplé de milliers de super-héros pendant une heure, on croise des individus improbables, un vrai festival digne d'un carnaval, pour lesquels la situation va servir de révélateur plus ou moins douloureux.

Avec Colleen Doran, Humphries dresse le portrait d'un jeune homosexuel sous pression car il cherche par tous les moyens à correspondre à l'idéal masculin de son compagnon. Quand Mr. Thunderbolt lui offre la possibilité d'une transformation, il ignore de quelle nature elle va être mais il l'accepte car les termes choisis du manipulateur vont dans le sens de ses espoirs. Pourtant, c'est une déconvenue cruelle à l'arrivée, même si Tony trouve une épaule réconfortante ensuite.

Le look de Sir Prize, l'alter ego éphémère de Tony, est particulièrement kitsch, digne d'un défilé de la gay pride, mais l'écriture de Humphries évite toute moquerie et tire l'ensemble vers la fable, tandis que Doran ne s'économise pas en planches très fournies.

Avec Mike Avon Oeming, on a droit au segment le plus spectaculaire : l'artiste vole carrément la vedette au scénariste en produisant des pages aux compositions et au découpage hallucinant. Visiblement, le personnage de Phantasma l'a inspiré et on traverse ce passage ébahi.

La charge contre le système de santé et de couverture sociale américains est claire et sans appel. Et malgré son visuel dément, c'est paradoxalement la nouvelle la plus ancrée dans le réel du lot.

Avec Erica Henderson, on glisse dans un moment plus étrange, trouble. Lucy chasse des monstres bien humains, et sa quête de vengeance est finalement très noire. Le graphisme de la dessinatrice de The Imbeatable Squirrel Girl emprunte ici volontiers à celui d'européens (on pense à Sfar, Blain). C'est superbe.

Humphries démontre une fois encore la diversité des registres abordés en se servant du fantastique pour traiter de la famille. Magistral.

Enfin, le dernier segment dessiné par Stacy Lee est celui qui m'a le moins convaincu et plu. Je ne suis pas un fan du style manga, même si je reconnais que l'intégrer à un épisode spécial comme celui-ci n'a rien d'incongru. Mais surtout la morale de ces pages est faible, et même franchement niaise (le Saint-Bernard transformé en Ange Gardien). Bof.

Très étonnante sur la forme et variée sur le fond, cette pause dans la série n'est pas sans qualités. Toutefois, la suite directe de l'intrigue, et la promesse de révélations dramatiques sur Mr. Thunderbolt et l'Opérateur, nous mettent l'eau à la bouche. Vivement le mois prochain !