Affichage des articles dont le libellé est Travis Moore. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Travis Moore. Afficher tous les articles

jeudi 21 septembre 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #19, de Mark Waid et Travis Moore


Batman - Superman : World's Finest #19 marque la suite et fin de l'histoire débutée le mois dernier dans laquelle Mark Waid revient sur la toute première rencontre entre les deux héros. Travis Moore complète son remplacement de Dan Mora dans son style toujours élégant, mais qui comme le scénario manque cruellement de punch. 
 

Jax-Ur s'est évadé de la Zone Fantôme dont il a découvert des failles et où il a attiré des humains pour lui permettre de sortir. Batman a pris sa place et Superman a bien du mal à dominer cet adversaire autrefois condamné sur Krypton pour meurtre de masse. Mais les deux héros sauront unir leurs forces pour en venir à bout...


Jusqu'à présent, en dehors peut-être de l'épisode du dîner catastrophe entre Robin et Supergirl, ces numéros intermédiaires entre deux arcs de World's Finest n'ont guère convaincu de leur utilité. Il semble bien que ce soit pour Mark Waid juste une occasion pour faire souffler ses lecteurs - et son dessinateur Dan Mora.


Pourtant, cette fois, la promesse de révéler comment Batman et Superman ont débuté leur association était alléchante. Mais ne nous le cachons pas, le résultat n'est franchement pas à la hauteur : tout reste désespérément anecdotique et on n'apprend rien de consistant sur les origines du duo.


Mark Waid a, c'est vrai, un peu déçu sur le dernier arc de la série, le lancement du spin-off World's Finest : Teen Titans n'a visiblement pas rencontré le succès escompté puisque le titre a été réduit à une mini-série en six épisodes, et Shazam ! manque d'épaisseur pour l'instant. Quant à Superman : The Last Days of Lex Luthor, on attend toujours le deuxième épisode.

Le scénariste, qui brillait depuis son retour chez DC, serait-il essoufflé ? C'est possible mais pas certain, d'autant que la prochaine aventure de Batman et Superman intrigue méchamment (on y retrouvera Boy Thunder et l'univers de Kingdom Come). Alors quoi ? Peut-être tout simplement que Waid en fait un peu trop.

Dans le cas précis de World's Finest, l'accord parfait entre Waid et Dan Mora aboutit au constat simple que quand l'artiste est absent, l'intérêt retombe. Et c'est comme si le scénariste était aussi moins inspiré. Ce récit en deux parties en témoigne : le postulat était prometteur, mais à l'arrivée on n'a droit à quelque chose sans intérêt, mou.

Jax-Ur souffre d'être un vilain trop méconnu et donc on se fiche un peu de savoir comment il va être vaincu. Son plan pour s'échapper de la Zone Négative est même éclipsé par la présence d'un complice qui, en vérité, servira dans une future intrigue pour... Action Comics de Philip Kennedy Johnson ! Que World's Finest serve de rampe de lancement à une intrigue pour une série qui n'est même pas écrite par Waid a quelque chose de perturbant, comme si le scénariste en était réduit à être la béquille d'un collègue.

Quant à la relation Batman - Superman, elle n'en ressort ni amoindri ni grandi : je me répète mais il n'y a rien eu dans ces deux épisodes qui a enrichi la mythologie du tandem, alors qu'on nous a vendu cet arc en prétendant que les deux héros ont failli ne jamais être amis. A tout prendre, je préférerai me passer de ces épisodes intermédiaires à l'avenir, mais évidemment DC ne se passera jamais du titre pendant un mois (ou deux) - alors que, à mon humble avis, le lecteur l'accepterait en sachant que seul Dan Mora la dessinerait.

Je ne veux pas donner l'impression de dire que je n'ai pas aimé le travail de Travis Moore sur ces deux numéros. C'est un artiste que j'apprécie et qui rend toujours une copie très soignée. Son trait est très élégant, c'est agréable à lire. Vraiment rien à jeter. 

Par contre je me demande s'il est vraiment fait pour les comics d'action et même pour les super héros où il me semble emprunté, gauche, maladroit. En témoigne cet épisode où la bagarre entre Jax-Ur et Superman occupe un nombre élevé de planches et dont Moore échoue complètement à restituer l'intensité, la brutalité. Jax-Ur y malmène Superman et fait preuve d'une véritable malfaisance que le dessinateur a bien du mal à traduire visuellement.

En même temps, Moore s'évertue avec Tamra Bonvillain à imiter la patine des comics du golden age, notamment dans les angles de vue, la palette de couleurs, le découpage très sage. C'est raccord avec l'histoire, sa temporalité. Mais pas sûr que ça charme grand-monde.

Encore une fois ça n'ôte rien à la série et surtout pas à ce qui s'annonce dès le mois prochain. C'est sans conséquence et dispensable. Rendez-vous dans trente jours pour quelque chose de plus à la hauteur de ce à quoi World's Finest nous a habitués.

jeudi 17 août 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #18, de Mark Waid et Travis Moore


Comme c'est devenu la coutume, Batman - Superman : World's Finest propose un interlude entre deux nouveaux arcs et à cette occasion Mark Waid fait équipe avec un autre artiste que Dan Mora (qui signe quand même la couverture). Cette fois, avant de revenir à une nouvelle aventure, on a droit à un entracte en deux parties illustré par Travis Moore et dans lequel on remonte encore plus loin dans le passé puisqu'on va assister à la première rencontre entre Superman et Batman.


Gotham. Deux affaires occupent Batman et le GCPD : d'un côté, le Sphinx cambriole plusieurs banques, et de l'autre, on assiste à des disparitions soudaines d'individus, dont le majordome de Bruce Wayne, Alfred. Lorsque Clark Kent découvre que les énigmes du Sphinx sont rédigées en kryptonien, il quitte Metropolis pour Gotham...


Mark Waid est un grand collectionneur de comics du golden age (avant les années 1950 donc), et particulièrement des bandes de Superman. Sa connaissance au sujet du Man of Steel est encyclopédique et d'une certaine manière, il était logique qu'avec une série comme World's Finest, il finisse pas remonter le temps jusqu'à cette époque.


Dans le tout premier épisode de World's Finest qu'il a écrit, on assistait à un bref flashback où Batman sollicitait l'aide de Superman car le Pingouin avait kidnappé Robin et on devinait que les deux héros collaboraient pour une de leurs premières fois. Comment alors avaient-ils fait connaissance et su se faire confiance ?


C'est à cette question que se propose de répondre cet épisode (et le suivant). Mais, en vérité, à quand exactement, dans l'Histoire des comics Superman et Batman ont ils fait pour la première fois équipe ? J'ai mené l'enquête.


Ci-dessus figure la couverture de Superman #76 (1952) qui met en scène la première rencontre pré-Crisis on Infinite Earths du Dark Knight et du Man of Steel. L'épisode est écrit à trois par Edward Hamilton, Bill Finger et Bill Woolfolk et dessiné par Curt Swan. L'action se déroule sur paquebot et déjà, très vite, l'un comme l'autre devinent leur identité secrète et affichent leur complémentarité.


Post-Crisis, c'est dans Man of Steel #3 (1986) de John Byrne (scénario et dessin) que Superman et Batman se croisent pour la première fois dans le contexte rebooté du DCU et là, les choses sont déjà plus conflictuelles puisque Superman prend Batman pour un vilain avant de l'aider à arrêter Magpie.

On retrouve justement cette vilaine, au look impayable, dans World's Finest #18, mais l'intrigue propose une nouvelle version de la première alliance entre Superman et Batman. Mark Waid a une idée très maline pour les confronter, de telle sorte que, comme chez Byrne, ils ne s'apprécient pas tout de suite, avant, comme à l'époque du golden age, ils comprennent qu'à deux, ils sont imbattables.

On pense d'abord que l'enquête concernant le Sphinx et ses énigmes écrites en kryptonien et ces affaires de disparitions n'ont aucun rapport et que, peut-être, Waid va profiter de cet arc en deux parties pour résoudre une chose après l'autre. Mais en fait, avec une remarquable fluidité, il lie les deux investigations pour aboutir à un cliffhanger très accrocheur.

L'apparition de Superman dans le bureau de Jim Gordon est un moment savoureux, le commissaire révélant avoir toujours douté qu'un homme puisse voler comme le protecteur de Metropolis (cela rappelle cette ligne de dialogue dans Batman : Year One où Alfred évoque dans le nommer Superman avant que Batman ne teste son aile volante). Jim Gordon réfléchit ensuite brièvement à voix haute en se demandant si ce ne serait pas une bonne idée d'installer sur le toit du commissariat central un Bat-signal afin de contacter plus rapidement le dark knight

Mark Waid nous régale de plusieurs réparties du même style comme quand Batman et Superman parcourt Gotham de nuit et que le premier réussit à identifier d'où peut venir le second d'après son accent, sa façon de parler (et il tombe évidemment juste). Ou plus tard quand Bruce Wayne réussit à démasquer Clark Kent grâce des satellites (dont Lex Luthor serait jaloux, affirme-t-il) qui retracent les déplacements de Superman à Metropolis. Mais Superman sait aussi rapidement qui se cache sous le masque de Batman et le lui fait savoir avec un sourire malicieux.

J'avoue qu'un seul détail m'a fait tiquer : c'est lorsque Jimmy Olsen montre à Clark sur une tablette  l'inscription en kryptonien laissée par le Sphinx dans le coffre d'une banque. Déjà dans World's Finest : Teen Titans, Waid montre que Speedy est accro aux réseaux sociaux et qu'il streame les interventions de l'équipe. Ces outils modernes dans des épisodes censés se dérouler dans le passé sont, je trouve, maladroits, malvenus. Je préférerai que Waid s'en tienne à quelque chose de plus daté, ou en tout cas de moins contemporain car, là, du coup, on a l'impression que le passé dans lequel s'inscrivent ces séries n'est pas si/assez éloigné.

Mora occupé à dessiner des épisodes d'avance pour Shazam ! (qui revient en Septembre) et World's Finest (à paraître en Octobre), c'est donc Travis Moore qui a été rappelé pour le suppléer. Si son dessin n'a pas le même dynamisme que celui de son collègue, il compense par un trait toujours élégant.

On pourra être dérouté par le masque qu'il dessine à Batman mais il correspond à celui des origines du personnage avec la face sombre sur une cagoule bleue. D'ailleurs, Tamra Bonvillain applique des couleurs qui semblent plus claires, plus pales comme pour souligner l'ancienneté du récit, avant que les costumes des personnages aient possédé leurs teintes définitives, plus foncées.

Moore n'est pas du genre à adopter un découpage excentrique, c'est même très sage. Trop peut-être. Mais sans doute a-t-il suivi le script et voulu ainsi revenir au classicisme des comics du golden et silver age où rien ne débordait. A l'exception notable d'une splash-page à la fin de l'épisode. Mais n'y voyez pas un reproche de ma part : le boulot de Moore est toujours impeccable, très clean, c'est un fill-in de grande qualité.

Suite et fin le mois prochain. Avant un bond annoncé dans le futur, en direction d'un grand classique de Mark Waid qui s'offre une revisite d'un de ses chefs d'oeuvre...

samedi 27 mai 2023

NIGHTWING #104, de Tom Taylor et Travis Moore


Nightwing #104 marque la fin de l'arc qui a servi de prologue à la relance de la série Titans, également écrite par Tom Taylor et dont le n° 1 est sorti la semaine dernière. Le scénariste conclut cette histoire sans éclat et il est regrettable comme d'habitude avec lui que ce soit l'habitude. Travis Moore termine son intérim avec classe avant le retour de Bruno Redondo le mois prochain.


Doté par Neron de pouvoirs pour deux heures, Nightwing renonce à les utiliser contre son adversaire et préfère demander conseil à Superman. Il part ensuite aider les Titans sur l'île de Themyscira et sauver Olivia Desmond, qui sera confiée aux amazones...


Commençons par parler de ce qui va se passer le mois prochain et ensuite : en Juillet et Août nombres de séries vont se mettre en pause pour s'aligner sur l'event Knight Terrors, écrit par Joshua Williamson et qui va confronter plusieurs personnages à leurs pires cauchemars. Nightwing fera partie du lot et donc la série reprendra ses droits en Septembre au n°106.


Ce qui signifie que le n°105 sera le dernier avant ce break et pour l'occasion Bruno Redondo sera de retour au dessin pour un épisode très spécial, entièrement raconté du point de vue de Nightwing (en caméra subjective donc), un exercice de style à la manière du n°87 (avec ce plan-séquence unique).


Je pense que j'écrirai à cette occasion ma dernière critique sur la série puisque je n'ai pas l'intention de la poursuivre (et que je vais également zapper les épisodes tie-in à Knight Terrors). J'avais décidé d'accorder une dernière chance à Tom Taylor sur Nightwing après le #100, mais ça n'a pas été concluant.

En parlant encore de calendrier, on notera la bizarrerie de celui de DC qui a donc relancé Titans une semaine avant Nightwing #104 qui lui sert pourtant de rampe de lancement. L'arc qui se termine aura en effet vu les Titans s'inviter dans les pages des aventures de Nightwing de manière curieuse et pour une intrigue qui a fait long feu.

C'est aussi un bon résumé de tout ce qui cloche avec Tom Taylor, auteur plus à l'aise avec des histoires hors continuité, où son imagination débridée est plus inspirée. Jamais, avec Nightwing, il n'a semblé en mesure de proposer des arcs narratifs aussi inventifs, aussi libérés, même si son affection pour le personnage est sincère et qu'il a contribué à le remettre sur de bons rails.

Mais, comme je l'ai (trop ?) souvent écrit, Nightwing par Tom Taylor souffre trop de la comparaison avec ses modèles plus ou moins déclarés, comme Daredevil (période Waid/Samnee) ou Hawkeye (période Fraction/Aja). Le fait que DC ait voulu par-dessus le marché suspendre la publication de Justice League et faire des Titans la nouvelle équipe première de super-héros de leur univers, avec Nightwing comme symbole de Dawn of DC, a placé Taylor dans le rôle d'un scénariste leader au même titre que Joshua Williamson.

Il ne fait pourtant aucun doute qu'avant la fin 2023 un relaunch de Justice League sera mis en route et les Titans seront à nouveau à la seconde place qu'ils ont souvent occupée dans la hiérarchie du DCU, un peu comme les New Mutants n'ont jamais remplacé les X-Men.

Pour en revenir à ce #104, Taylor expédie le dénouement de son récit avec une désinvolture proche du complet je-m'en-foutisme. Pourvu de pouvoirs par Neron, Nightwing fait des allers-retours Themyscira-Metropolis (pour demander à Superman que faire des talents offerts par le maître des bas-fonds). Cela donne lieu à une scène dont on hésite à dire si elle est sympathique ou grotesque, car si la relation Superman-Nightwing a souvent été exploitée par les auteurs, elle ne fait ici que souligner l'évidence (c'est-à-dire que Nightwing ne se laissera jamais déborder par le pouvoir). Les Titans sont réduits à de piteux soldats incapables de s'en sortir sans leur leader temporairement doté de capacités extraordinaires.

Je vous passe le reste, qui est aussi croquignolet avec la gamine Desmond et un cliffanger avec Raven qui n'intéressera que ceux qui lisent le relaunch de Titans (ce qui n'est pas mon cas). Tout Taylor est concentré dans cette vingtaine de pages, avec à la fois cette naïveté mais aussi cette incapacité à conclure dignement. On reprochait beaucoup ça à Bendis dans le temps, qui démarrait fort mais ne savait pas finir, mais au moins Bendis, dans ses bons jours, imaginait des histoires moins fumeuses (je sais qu'en écrivant ça, beaucoup ne seront pas d'accord, mais prenez ça pour de la nostalgie de fin de semaine puisque Bendis publie désormais dans l'indifférence générale, y compris la mienne).

Visuellement, c'est au moins joli et c'est grâce à Travis Moore, le fill-in de luxe, qui vaut bien mien mieux que Geraldo Borges (qui est aillé grossir les rangs des séries créées par Kyle Higgins chez Boom ! Studios). Il y a une certaine fadeur chez ce dessinateur, au demeurant très doué, solide techniquement, mais il mériterait mieux que de jouer les remplaçants pour des collègues qui ne tiennent pas leurs délais. C'est propre, élégant, efficace en tout cas, avec un découpage toujours impeccable, des personnages beaux, des compositions soignées. La critique glisse sur Travis Moore simplement parce qu'il fait le job et il le fait bien consciencieusement.

Un dernier mot encore. J'ai bien en tête que la lecture de critiques comme celles de cette semaine n'a rien de très distrayant, mais je refuse de mentir sur mon ressenti. Il n'y a pas eu de très bons comics sortis ces mardi et mercredi et c'est aussi frustrant pour moi car je sais après les avoir lu que je n'aurai pas d'articles captivants à rédiger. La semaine prochaine aussi, la moisson risque d'être maigre, avec peu d'achats de mon côté. Mais les comics fonctionnent par cycles, et si ce n'est pas très excitant en ce moment, la roue finira par tourner.

mercredi 19 avril 2023

NIGHTWING #103, de Tom Taylor, Travis Moore et Vasco Georgiev, C.S. Pacat et Eduardo Pansica


Avant-dernière partie de l'arc en cours, ce 103ème épisode de Nightwing a quelque chose de décourageant tant Tom Taylor retombe dans ses pires travers. Pour ne rien arranger, Travis Moore au dessin tire la langue et a besoin de renfort. La back-up story par C.S. Pacat et Eduardo Pansica ne vaut pas mieux.


Raven guide Cyborg, Beast Boy et Nightwing en Enfer où, avec la complicité de Blaze, ennemie jurée de Neron, ils vont chercher le contrat signé entre le démon et Roland Desmond. De son côté, la fille de ce dernier, Olivia, est emmenée à Themyscera pour qu'elle s'entraîne...


Parfois, quand vous lisez des comics, vous avez un sentiment de découragement car, même si une série vous plait, c'est comme si celui qui l'écrivait, même en affichant de bonnes intentions, ne pouvait s'empêcher de vous décevoir. C'est quelque chose auquel je commence à être habitué avec Tom Taylor.


Je ne vais pas revenir sur les hauts et les bas de son run sur Nightwing, mais dernièrement, je trouvais qu'il s'était ressaisi. Certes, tout n'était pas parfait, et il y a toujours chez Tom Taylor une propension à différer des éléments pourtant avancés comme cruciaux. Par exemple, après avoir consacré beaucoup de temps à l'opposition Nightwing-Blockbustet et à introduire Heartless, ce dernier après son retour au premier plan au n°100, a à nouveau disparu.


Nightwing est donc devenu l'antichambre de la future série Titans, qui sera toujours écrite par Taylor. Mais qu'importe le flacon si on l'ivresse, et l'histoire débutée au n°101 n'avait rien de désagréable. Qui plus elle était mise en images par le talentueux Travis Moore, un artiste plus sobre que Bruno Redondo.

Mais tout ça vole en éclats dans cet épisode sorti hier. Travis Moore tire la langue et doit recevoir de l'aide. DC a donc demandé au jeune Vasco Georgiev de signer les pages 5 puis 13 à 18. Georgiev a beau s'appliquer, ça se voit quand même comme le nez au milieu de la figure. De plus, s'il n'est pas maladroit, il est quand même loin d'avoir un niveau suffisant, très loin du trait élégant de Moore.

Pour ne rien arranger, alors que je scrollais sur Twitter hier, j'ai découvert sur le fil de Kara Huset que DC a carrément piqué à cette jeune artiste le design de costume que Neron donne à Nightwing à la dernière page de cet épisode. Kara Huset n'a évidemment pas été prévenue et a été sidérée de constater ce plagiat manifeste. Reste à savoir si elle poursuivra DC en justice, sachant que ce genre de procédure est une épreuve pour une artiste inconnue face à un géant de l'édition et sa horde d'avocats. Mais bon, c'est tout de même écoeurant comme procédé...

J'étais déjà mal à l'aise avec cette affaire (dans laquelle, je l'espère, Tom Taylor et des dessinateurs interviendront en soutenant Kara Huset) en lisant l'épisode. Je ne m'attendais pas à l'être aussi en découvrant le contenu de l'histoire, qui fait vraiment pitié.

On pouvait raisonnablement espérer un numéro riche en action, en décors épiques, en péripéties puisque Raven entraînait Cyborg, Beast Boy et Nightwing en enfer pour y trouver le contrat passé entre Neron et Blockbuster. N'espérez rien de tout ça ! C'est abominablement mou, sans nerf, et Tom Taylor pousse même le bouchon jusqu'à montrer que l'endroit où Neron enregistre ses contrats sous la forme d'une salle entièrement occupée par des ordinateurs : heureusement que le ridicule ne tue pas sinon la série devrait se trouver un nouvel auteur...

Parvenu à ce degré de nullité, on se demande franchement ce qui passe par la tête de Tom Taylor, et s'il est même encore préoccupé par Nightwing. Il lui est arrivé d'introduire des éléments limites dans la série, comme Nite-Mite, mais il s'en tirait avec les honneurs. En revanche, impossible de ne pas être consterné devant la mollesse de l'action ici et une "trouvaille" comme cette salle des ordinateurs de l'enfer. On ne peut tout simplement pas terminer l'épisode sans être presque gêné pour le scénariste...

Lassé d'être toujours déçu, de façon régulière, je vais quand même terminer cet arc, mais après rideau parce que je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me convaincre de continuer. Et ne comptez donc pas sur moi pour investir dans la série Titans (j'hésitai avant, mais plus maintenant).


Je vais être totalement transparent : j'ai lu la back-up story de Nightwing #103, avec cet interminable enquête du héros qui forme Jon Kent à ne pas compter que sur ses pouvoirs. Mais je n'en ai rien retenu. Quel est l'intérêt de cet appendice ?

Et en prime, c'est très laid (Eduardo Pansica est méconnaissable).

samedi 25 mars 2023

NIGHTWING #102, de Tom Taylor et Travis Moore, C.S. Pacat et Eduardo Pansica


Suite directe du n°101, ce nouvel épisode de Nightwing continue de préparer le terrain pour le retour imminent de la série Titans, puisque les membres de l'équipe figurent aux côtés de Dick Grayson dans cette aventure. C''est ma foi fort plaisant à lire et on sent surtout que Tom Taylor affectionne ces personnages. Quant à Travis Moore, il fait plus que bien suppléer Bruno Redondo.


Un métamorphe a pris la place de Nightwing pour atteindre Olivia Desmond, la fille de feu Blockbuster, protégée par les Titans. L'équipe résout ce problème rapidement mais fait face à un autre. Raven tranche en affirmant qu'ils n'ont pas le choix : il va falloir obtenir des explications de Neron...
  

Jusqu'à la relance de la série Titans, Nightwing n'est plus vraiment la série de Dick Grayson puisque Tom Taylor a invité Raven, Beast Boy, Flash, Cyborg, Starfire et Donna Troy dans les pages du mensuel qui lui est consacré.


Ce faisant, il a aussi mis entre parenthèses ce qui derait occuper Nightwing à Blüdhaven même, en particulier avec Heartless et Tony Zucco en cavale. Mais, pour être tout à fait franc, je trouve que c'est un moindre mal et qu'on serait bien injuste d'adresser des reproches au scénariste.
 

En effet, le retour des Titans se fait déjà depuis un certain temps au sein du titre Nightwing, avec les apparitions de Flash (Wally West) et du reste du groupe. Et puis, il faut reconnaître à Tom Taylor une vraie affection et un vrai talent pour écrire cette équipe.

Cet arc narratif sera de toute façon bref (quatre épisodes, soit jusqu'au #104 en Mai). Et surtout il est plaisant à lire. L'intrigue n'est pas extraordinaire mais entraînante, même s'il faut s'assurer d'avoir lu Nightwing #98 avant (pour bien comprendre le rôle joué par Neron et Olivia Desmond).

A la fin de l'épisode précédent, Nightwing était piégé par un métamorphe à la solde du seigneur des enfers qui allait en profiter pour atteindre la fille de feu Blockbuster, sous la protection de Raven et Beast Boy. Taylor ne fait pas durer le suspense et règle son compte à cet usurpateur rapidement pour se concentrer sur son interrogatoire, ficelé grâce au lasso de vérité de Donna Troy. Puis sur les suites à donner à cette affaire.

Je ne sais pas ce que vaudra la série Titans par Taylor et Nicola Scott, mais il est évident que l'auteur sait comment animer cette équipe, qu'il a délesté de Roy Harper/Arsenal, pour revenir à la formation composée par Marv Wolfman et Geroge Pérez. Nightwing passe un peu au second plan, ce qui est normal, mais vu ce qu'ont programmé Taylor et Redondo pour le n°105, ce n'est que partie remise...

Travis Moore est bien plus qu'un joker pour suppléer l'absence de Redondo. On le savait déjà avant ça, mais c'est un excellent dessinateur, au style très élégant, avec un trait réaliste, qui parfois évoque celui de Mike McKone. Il est particulièrement doué pour représenter les femmes, et Starfire, Donna Troy et Raven sont superbes sous son crayon. Je suis moins fan de son Cyborg, mais à sa décharge il n'est pas responsable du design du personnage (vraiment moche). On peut se demander pourquoi, avec ses pouvoirs ou avec ceux de Raven, Beast Boy est toujours borgne (blessure infligée par Deathstroke dans Dark Crisis).

Le découpage est très sage, mais aussi très fluide. C'est une lecture facile, sur laquelle els couleurs acidulées de Adriano Lucas fonctionnent parfaitement bien. C'est du travail propre, et si Travis Moore devait devenir le remplaçant régulier de Redondo, je signe tout de suite pour.

La suite s'annonce prometteuse et spectaculaire. J'avais arrêté de lire Nightwing fâché par le surplace de la série et les prestations en pointillés de Redondo, avant de rattraper le train en marche pile pour le centième épisode. J'apprécie ce que je lis depuis et je croise les doigts pour que Tom Taylor garde son mojo - avant de tenter, peut-être, le coup sur la reprise de Titans.


Comme le mois dernier, ce numéro est agrémenté d'une back-up story mettant en scène une enquête menée par Nightwing et Jon Kent. C'est absolument dispensable, parce que l'histoire de C.S. Pacat échoue à captiver et que les dessins d'Eduardo Pansica imitent sans l'égaler Ivan Reis (guère aidés, il est vrai, par l'encrage affreux de Eiber Ferreira).

jeudi 23 février 2023

NIGHTWING #101, de Tom Taylor et Travis Moore, C.S. Pacat et Eduardo Pansica

 

Finalement, j'ai décidé de replonger dans les aventures de Nightwing après la réussite du n°100 de la série, paru le mois dernier. Une série qui va pour un temps être un titre Titans déguisé comme le prouve cet épisode. Tom Taylor fait équipe avec l'excellent Travis Moore (Bruno Redondo signant la couverture mais étant trop occupé par ailleurs avec des commissions art).


Feu Blockbuster avait vendu son âme à Neron et s'il venait à disparaître, c'est sa fille qui reveindrait au seigneur des bas-fonds. Olivia Desmond est sous la protection de Raven et Beast Boy lorsque Nightwing leur rend visite. Le corps d'un étudiant de la Titans Academy aurait été trouvé dans les gravats de la Tour de New York, détruite lors de l'attaque menée par Deathstroke...


Si j'ai pu être très déçu par Nightwing de Tom Taylor, et notamment par la prestation en pointillés de Bruno Redondo au dessin avant d'arrêter de suivre la série, je mentirai en disant que ça ne m'a pas manqué de lire les aventures de Dick Grayson. Et le centième épisode paru le mois dernier m'a convaincu de replonger.


Entre-temps, ce qui était attendu s'est concrétisé : une nouvelle série Titans va être relancée en Mai prochain et c'est bien Tom Taylor qui l'écrira, avec Nicola Scott au dessin. En attendant cela, Nightwing va donc être un team-book qui ne dit pas son nom puisque les partenaires de Dick Grayson sont désormais à ses côtés à Blüdhaven.


Mais alors qu'on aurait pu croire que Taylor allait enchaîner, après le n°100, sur un arc narratif mettant en scène Heartless, le scénariste a décidé de jouer encore une fois la montre avec ce vilain. Au lieu de ça, il fait référence à ce qui s'est passé dans Nightwing #98 (avec le lutin Nite-Mite) et l'event Dark Crisis (on Infinite Earths).

Commençons par Dark Crisis : dans ce récit, la Titans Tower de New York a été détruite dans une grande bataille provoquée par Deathstroke. C'est expliqué dans l'épisode, donc même si vous n'avez pas lu l'event, vous n'êtes pas perdu (et oserai-je ajouter que vous n'avez rien perdu non plus si vous n'avez pas lu Dark Crisis, dont la première partie vient d'être traduite par Urban Comics ?).

Ensuite, dans Nightwing #98, Nightwing faisait la connaissance d'un lutin de la 5ème dimension, Nite-Mite (l'équivalent pour lui de Bat-Mite pour Batman et de Mr. Mxyzptlk pour Superman), capable d'exaucer tous ses voeux à condition d'accepter son existence et de le laisser assister à ses exploits. Ainsi, grâce à cet allié inattendu, Nightwing a sauvé Olivia Desmond, la fille de Blockbuster des griffes de démons envoyés par Neron, avec qui Roland Desmond avait passé un pacte.

Roland mort (tué par Heartless), Neron entend bien récupérer la fille et demande une faveur au roi de Vatlava, avec lequel il tend un piège à Nightwing... En dire plus serait spoiler la nature du piège en question, très simple et malin, pas très original mais efficace. Un concentré de Tom Taylor, en somme.

Ce qui change le regard porté sur cet épisode et l'arc à suivre, c'est sans aucun doute le changement de dessinateur. Bruno Redondo a préféré se mettre en congé quelques mois (pour achever des commissions promises à des fans - et recharger ses batteries ?), mais il signera quand même les couvertures de la série. C'est Travis Moore qui se chargera des pages intérieures.

Moore est un artiste solide, dont la productivité n'est pas folle mais toujours soigné. Il avait inauguré le run de Becky Cloonan et Michael Conrad sur Wonder Woman, et il vient de finir une mini-série chez Image (Sins of the Black Flamingo), il a aussi illustré le sixième épisode de Batman-Superman : World's Finest de Mark Waid.

Mais ce qui distingue Moore de Redondo, c'est son classicisme. Contrairement à son collègue espagnol, il met en images les histoires qu'on lui confie avec sobriété, et par conséquent la ressemblance qu'on trouvait visuellement entre Nightwing et Hawkeye (par David Aja) ou Daredevil (par Chris Samnee) n'a plus lieu d'être.

Mine de rien, le titre y gagne énormément, non pas parce que Redondo a fait du mauvais boulot, mais parce qu'on ne lit plus l'épisode en comparant à Nightwing à ses glorieux aînés. Le rendu est très élégant, soigné, avec un niveau de détail pour les décors plus élevé que la moyenne, et un style réaliste académique. Les couleurs, toujours apposées par Adriano Lucas, permettent à la série de conserver sson look lumineux.

Taylor utilise Raven, Beast Boy et Starfire en supporting cast, sans qu'ils ne volent la vedette à Nightwing. Mais de toute façon, ça fait plaisir de voir Dick entouré de ses copains Titans, bien intégrés à l'intrigue. Est-ce qu'on verra Cyborg, Flash ou Donna Troy ensuite ? Ce ne serait pas étonnant vu la menace incarnée par Neron.

C'est presqu'un nouveau départ. Et c'est très plaisant.
 

- A NIGHT AT THE CIRCUS (Ecrit par C.S. Pacat, dessiné par Eduardo Pansica). - Nightwing continue d'entraîner Jon Kent pour qu'il ne se repose pas seulement sur ses super-pouvoirs. Ils sont amenés à enqueter sur une tentative d'assassinat dans un cirque...

A partir de ce numéro, la série s'enrichit d'une back-up story. DC en a confié l'écriture à l'écrivain C.S. Pacat, spécialiste de romans fantastiques et qui a collaboré récemment à des tie-in pour l'event Lazarus Planet. Elle n'a que quelques pages pour faire ses armes, donc 'est assez ingrat à juger, mais le prétexte est de montrer comment Nightwing entraîne Jon Kent avant qu'ils ne se mêlent d'une affaire qui rappelle étrangement les conditions ayant conduit à la mort des parents de Dick Grayson.

Encore plus ingrat peut-être : c'est le talentueux Eduardo Pansica qui s'occupe des dessins. Il mérite franchement mieux que quelques planches, mais souhaitons que c'est en attendant mieux et plus.

vendredi 19 août 2022

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #6, de Mark Waid et Travis Moore


Ce sixième épisode de Batman - Superman : World's Finest est presque un hors série, ou du moins un numéro de transition. D'ailleurs, comme pour l'indiquer au lecteur, le dessinateur n'est pas le même : on est gâté car c'est Travis Moore qui suppléé Dan Mora (qui reviendra le mois prochain). Mark Waid, lui, revient sur le sort de Robin perdu dans le passé et c'est une vraie lettre d'amour au personnage.


Après avoir résolu le problème du démon Nezha, Supergirl explique avoir perdu Robin dans les couloirs du temps. Mais Batman sait que son sidekick saura laisse des indices pour être retrouvé.


Robin a atterri en 1892 et a intégré un cirque itinérant qui passait près de l'île de Corto Maltese. Le meurtre de deux récrues récentes accuse les fauves du dresseur César. Robin enqûete.


Batman et Superman surgissent et aident Robin dans ses investigations. Lors d'une représentation, le châpiteau prend feu. Superman évacue le public. Batman sauve un homme dans la cage du lion.


Mais dans la panique, Robin a gardé son sang-froid et découvert qui était le véritable meurtrier...

Franchement, on est verni avec cette série car même sans Dan Mora, qui achève la série Once & Future avec Kieron Gillen, DC donne à Mark Waid un partenaire de choix avec Travis Moore. La qualité est donc au rendez-vous, mais le scénariste semble avoir préparé l'absence de son dessinateur régulier.

En effet, World's Finest #6 est un épisode de transition entre deux arcs. Durant l'histoire qui s'est achevée au précédent épisode, Supergirl et Robin ont remonté le temps pour savoir comment les Guerriers de Ji étaient parvenus à enfermer le démon Nezha. Mais sur le chemin du retour, un orage avait séparé les deux amis et Robin était perdu dans les couloirs du temps.

Comment alors le retrouver ? Batman comptait sur l'ingéniosité de son sidekick pour avoir laissé un indice permettant de le localiser. Et justement, sur l'île de Corto Maltese où se trouve la tombe de Nezha, sous un rocher, Superman découvre une message gravé dans la pierre.

Cependant, Robin, en 1892, a intégré un cirque itinérant où deux recrues récentes ont été tué, visiblement par les animaux d'un dresseur de la troupe. Il obtient un délai avant l'exécution des bêtes pour prouver leur innocence et identifier le véritable assassin. Peu après Batman et Superman arrivent à cette époque...

Qu'importe si le moyen pour réunir Robin avec son mentor et son oncle est un peu grossier, là n'est pas l'essentiel. De toute manière, depuis le début de la série, Mark Waid a pris le parti de se ficher de toute vraisemblance pour renouer avec un esprit silver age, cette époque entre les années 50 et 70 où les histoires privilégiaient la fantaisie, l'action.

Ce qui compte, c'est que l'épisode, où les retrouvailles entre Robin, Batman et Superman étaient attendus, prévisibles, est une lettre d'amour au personnage de Dick Grayson. Et, sans vouloir être désobligeant avec Tom Taylor qui s'occupe de lui désormais dans la série Nightwing, Waid donne une leçon en la matière.

L'épisode est en effet une véritable synthèse de qui est Dick Grayson, de ce qu'il représente, de ses qualités héroïques. Tout est là : son passé circassien, ses talents de détectives, son amour des animaux, sa bonté naturelle, sa pugnacité, son sens de la camaraderie, le respect que lui vouent ses aînés. Tout ça en une vingtaine de pages et une enquête rondement menée. La révélation du nom de l'assassin et de son mobile est très bien vu, pas si facile à deviner. Le tout est raconté avec cette légèreté presque insolente, ce storytelling irrésistible de Waid, qui ficelle sa mini-intrigue avec une fluditié réjouissante.

Il y a ce classicisme élégant dans l'écriture de Waid, une écriture qui n'a rien à prouver, qui eest tellement juste dans la caractérisation, tellement précise dans la narration. Pas décompression inutile, pas de dialogues ronflants, pas de subplots tarabiscotés, juste du comic-book de haute volée, simple, accessible, cool. Hors mode, donc intemporel, donc imparable. 

Et puis World's Finest est une belle série, visuellement parlant. Dan Mora absent, on pouvait craindre que DC file un artiste passable à Waid pour attendre le retour de son partenaire. Mais l'éditeur compte visiblement sur cette série et veut faire plaisir au scénariste et au lecteur car c'est Travis Moore qui joue les fill-in de luxe. Actuellement, le dessinateur est occupé par une mini en creator-owned chez Image, mais il a dû produire ces pages depuis quelques temps car il n'est pas, comme Mora, capable de dessiner deux titres en même temps.

Et puis le résultat est trop impeccable pour avoir été casé en vitesse. Les planches, toujours colorisées par Tamra Bonvillain, sont magnifiques. Moore représente Robin à la perfection et chaque cadre témoigne d'un investissement sérieux. Les décors sont superbes et les animaux qui jouent un rôle décisif dans l'histoire sont parfaitement croqués (ah, ce lion !).

Moore a un trait moins dynamique que Mora, mais il réussit quelques scènes épatantes quand il s'agit de découper les acrobaties de Robin, rejoint par Batman puis Superman. Lors de l'incendie du châpiteau, l'action s'emballe mais le découpage est ultra fluide, avec une palette nuancée. Impossible de ne pas tomber sous le charme.

Ce que ça fait du bien de lire une telle série. Non seulement parce qu'elle se distingue par son ton, mais surtout par l'excellence de son écriture et de ses dessins. 

dimanche 13 juin 2021

WONDER WOMAN #773, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


Cette semaine de lecture s'achève avec Wonder Woman #773, qui sera (sauf surprise) le dernier épisode que je critiquerai. J'avais apprécié la reprise en main du titre par Becky Cloonan et Michael Conrad, bien aidés par les dessins de Travis Moore, mais la conclusion de cet arc m'a déçu et convaincu de ne pas poursuivre. La faute à qui ?


Wonder Woman pénètre dans la forteresse de Valkyries pour leur réclamer les morts tombés sur le champ de bataille. Mais toute tentative de négociations est vouée à l'échec quand Thor et ses troupes font à leur tour irruption dans la place pour en découdre.


Wonder Woman doit ramener le calme et elle emploie les grands moyens pour cela en détruisant le marteau de Thor dont elle a deviné qu'il s'agissait d'une réplique corrompue par le Dr. Psycho. Projetée dans le plan astral, elle affronte ce dernier et le neutralise. Deadman se charge du reste.
 

Les Valkyries et Thor discutent ensuite d'une trêve en compagnie de Wonder Woman qui réussit à imposer un arrangement convenant à toutes les parties. Une fête est donnée pour l'occasion que Valkyries et Asgardiens partagent. Mais Wonder Woman n'a pas le coeur à ça. 


Heureusement, elle retrouve le sourire lorsque reparaît Sigfried. Ils passent la nuit ensemble, mais à l'aube l'amazone s'éclipse sans le réveiller pour partir rejoindre l'Olympe. Sigfired la rattrape pour lui offrir son épée : elle en aura besoin car la situation chez les dieux grecs est dramatique...

Comme je le disais en ouverture, la reprise en main de Wonder Woman il y a quatre mois m'avait bien plu. La présence comme co-scénariste de Becky Cloonan n'y était pas étrangère car j'apprécie ce qu'elle fait, notamment ses productions en creator-owned (Demeter, The Mire, Wolves), des contes romantiques aux ambiances envoûtantes. Etrangement, DC lui a adjointe un partenaire, Michael Conrad, dont j'ignore l'importance de la contribution pour les scripts.

A l'issue de l'inteminable saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo), Wonder Woman est morte, se sacrifiant pour éliminer le Batman-qui-rit. Puis dans Infinite Frontier #0, on découvrait que l'amazone déclinait l'offre de la Quintessence de veiller sur l'ordre du Multivers, préférant continuer ses aventures dans l'au-delà. Direction : le champ de bataille permanent du Ragnarok, lié à la mythologie nordique.

Ce cadre offrait une situation étonnante mais dépaysante. Comme Wonder Woman était sujette à des troubles de la mémoire, elle devait aussi bien survivre à des combats réguliers qu'essayer de savoir ce qu'elle faisait vraiment là. En cours de route, elle croisait un de ses vieux ennemis, le Dr. Psycho, dont le rôle allait devenir plus important que prévu.

Mais Cloonan et Conrad, à force de courir plusieurs lièvres à la fois, ont fini par s'égarer et leur histoire a vu son intérêt se déliter. Entre un piège tendu au serpent Nidhogg, le mal qui rongeait Yggdrasil, les manigances d'Odin, les caprices de Thor, et la disparition de Sigfried, Wonder Woman, inspirée par l'écureuil Ratatosk, errait dans un univers qui était en fin de compte moins exotique que peu passionnant.

Malgré tout les scénaristes ont eu le bon goût de ne pas s'éterniser : l'arc ne compte que quatre épisodes, c'est bien suffisant. Mais au fond, le sentiment qui subsiste, c'est qu'on ne sait pas bien à quoi cette histoire a servi, ce qu'elle racontait vraiment. Et surtout est-ce que ces aventures dans l'au-delà ont vraiment un avenir ?

La faute à qui ? demandai-je plus haut. On peut s'interroger en fait sur la responsabilité même du personnage de Wonder Woman dont personne ne sait visiblement quoi faire. C'est un personnage compliqué dont la position demeure floue. A la base, l'amazone née sur une île à l'écart des hommes a rejoint le monde comme ambassadrice de paix. Elle a fait partie de la Société de Justice, de la Ligue de Justice. C'est à la fois une diplomate et une guerrière, l'égale en puissance de Superman. C'est aussi devenu une vedette de cinéma incarnée par Gal Gadot dans deux films de Patty Jenkins (le premier est bien, le deuxième est catastrophique) et deux de Zack Snyder (qui n'a visiblement pas la même vision du personnage, mais n'est pas plus inspiré). Morte (mais provisoirement, car elle reviendra à la vie forcément), Wonder Woman est désormais remplacée par sa mère, Hippolyte, au sein de la Ligue de Justice écrite par Brian Bendis, sans que cela choque (c'est même certainement l'idée la plus intéressante de Bendis).

Mais au fond qui est Wonder Woman ? Qu'est-ce qui en fait un personnage essentiel en dehors de sa notoriété, de sa longévité (80 ans au compteur) ? Qu'est-ce qui en fait une héroïne indispensable ? Et surtout comment l'écrire de manière captivante, originale ? Wonder Woman, au fond, représente une certaine fossilisation chez DC : si on la change trop, elle risque de perdre son identité, sa singularité, alors on ne la touche pas et elle demeure cette figure curieuse, qui n'a pas/plus la dimension iconique d'un Superman ni l'attractivité d'un Batman. Brian Azzarello, durant les New 52, avait tenté de bousculer le personnage, profitant du reboot, mais la série semblait détachée des autres apparitions de WW (qui vivait alors une romance avec Superman dans Justice League et dans la série Superman/Wonder Woman). Grant Morrison, dans la collection hors continuité Earth-One, a voulu revenir aux bases mais sans produire une histoire (sur trois volumes) convaincante (loin de là).

Peut-être faut-il plus pour que Wonder Woman soit (à nouveau) à la hauteur ? Kelly Sue DeConnick et Phil Jimenez travaillent depuis plusieurs années sur un graphic novel (somptueux, d'après les pages qui ont été montrées), la scénariste avait fait des merveilles avec Captain Marvel, le dessinateur adore l'amazone. S'ils opérent un lifting à la hauteur des attentes (et intégré à la continuité !), ce serait un joli coup (d'ailleurs, DeConnick sur la série régulière de l'amazone, avec Robson Rocha au dessin par exemple - l'artiste étant sans titre fixe actuellement -, voilà qui serait une idée accrocheuse).

Travis Moore commence à tirer la langue sur ce dernier épisode, même si ses planches sont toujours très belles, mais avec de moins en moins de décors. Tamra Bonvillain doit "meubler" les arrières-plans avec des camaïeux de couleurs plus ou moins heureux (j'avoue ne pas être fan de son travail - d'ailleurs elle a été remplacée sur le dernier épisode de Justice League par FCO Plascencia). S'il anime avec bonheur Diana, ses designs pour Thor ou les asgardiens en général ont quelque chose de kitsch. Les trois Valkyries possèdent un vrai charisme, hélas ! peu exploité. Mais bon, quatre épisodes, c'est le maximum que peut enchaîner Moore.

Le dénouement est assez grotesque, avec la concrétisation de la romance entre Diana et Sigfried. Le physique de bellâtre de ce dernier est bien terne et la scène a quelque chose d'embarrassant dans sa convention, surtout compte tenu de la réaction de Wonder Woman, maussade après la victoire et sautant au cou du guerrier ressucité dès qu'il resurgit. Franchement, un scénariste masculin écrirait ça, on le taxerait de balourdise (à raison), mais qu'une scénariste comme Cloonan se laisse aller à ça, c'est... Gênant, terriblement guimauve.

Ce n'est pas que j'avais de grandes attentes avec cette série (qui a connu bien des soubresauts depuis le début de l'ère DC Rebirth), mais ça ne vaut pas le coup de persévérer.

jeudi 13 mai 2021

WONDER WOMAN #772, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


La saga nordique de Wonder Woman se poursuit tranquillement - en tout cas pour le lecteur, qui n'est guère bousculé par le rythme du scénario de Becky Cloonan et Michael Conrad et quelques effets un brin répétitifs. Néanmoins, cela reste agréable, notamment grâce aux superbes dessins de Travis Moore, et à l'apparition d'un personnage inattendu...


Avalée par le serpent Nidhogg, Diana trouve dan son estomac la clé de la forteresse des valkyries et réussit à sortir en poussant le reptile à vomir. Accompagnée de l'écureuil Ratatosk, elle rejoint le champ de bataille mais Sigfried lui apparaît fugacement pour la prier de renoncer à le retrouver.


Diana n'en fait pourtant qu'à sa tête et se joint à Thor et les autres asgardiens pour une énième bataille dans le Valhalla. A cette occasion, elle redécouvre qu'elle sait voler et d'autres vagues souvenirs remontent à la surface. Toutefois, cela la distrait et elle périt dans l'affrontement.


Comme à chacune de ses morts, Diana entend une voix d'outre-tombe lui réclamer d'abréger son séjour au Valhalla. Elle revient à la vie et découvre que cette voix était celle de Deadman, qui évoque la situation critique de l'Olympe. Wonder Woman veut pourtant atteindre les valkyries et sauver Sigfried.
 

Avec Ratatsok, elle s'enfonce dans la forêt sombre de Myrkvid où elle est confrontée à son double maléfique. Il s'agit d'une illusion du Dr. Psycho pour une fois encore la dissuader de rencontrer les valkyries. Diana accède à un embarcadère où Odin accepte de la déposer à la forteresse...

Depuis trois épisodes sous la direction de Becky Cloonan et Michael Conrad, la série Wonder Woman a pris le parti d'entraîner l'amazone dans un cadre inattendu, pour une aventure étrange - et pour cause l'histoire se passe au Valhalla (l'au-delà des dieux asgardiens) et Diana est morte à la fin de la saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo).

Ce choix s'est avéré, à mes yeux, payant car les auteurs se sont affranchis avec bonheur des sempiternelles intrigues et des ennemis familiers de Wonder Woman. On a droit à un récit curieux mais plaisant, avec du mystère (qui parle à Diana pour qu'elle quitte cet au-delà ?), de l'action (une guerre sans fin - le Ragnarok et ses cycles), et une dose d'absurde (les mort à répétition sur le champ de batailles des dieux nordiques).

La contrepartie, c'est que tout se déroule sur un rythme pour le moins tranquille. Cloonan et Conrad préfèrent des épisodes fournis, avec une succession de scènes initiatiques, une progression cryptique, que sonner vraiment la charge et enchaîner des moments spectaculaires (les batailles sont abrégées par les morts successives de Wonder Woman). Par ailleurs, les scénaristes utilisent des versions alternatives de personnages divins familiers pour un lecteur de Marvel, comme Thor, Odin, ou plus généralement friand de mythologie (Sigfried), plus des éléments rattachés comme l'arbre-monde Yggdrasil, le serpent Nidhogg, l'écureuil Ratatosk.

Tout cela aboutit à une collection de chapitres solides et intéressants, mais aussi frustrants car on a l'impression que depuis trois épisodes on n'a pas avancé d'un iota, voire paresseux puisque le tempo n'est pas très vif. La répétition de certains effets narratifs a même tendance à devenir un peu lassant.

Ce numéro ne change pas vraiment la donne, mais présente tout de même l'avantage de bousculer un peu le statu quo de l'héroïne. En effet, à la défaveur d'un énième combat qui tourne court, Diana se souvient qu'elle est Wonder Woman et on apprend (enfin) qui est cette silhouette qui s'adressait à elle avant qu'elle ne ressucite. L'apparition de Deadman fait sens et c'est un plaisir de revoir ce personnage qui aurait dû devenir une vedette après la saga Brightest Day, où il tenait un rôle de premier plan, et durant le New 52, où plusieurs scénaristes se battaient pour l'animer (résultat : personne ne l'a écrit et comme tout ce qui avait été brillamment réhabilité durant Brightest Day, Boston Brand n'a échappé qu'aux oubliettes que grâce à Justice League Dark).

C'est le meilleur moment de cet épisode et sans doute de l'arc jusqu'à présent. Parce qu'il faut bien convenir qu'à part ça Becky Cloonan et Michael Conrad écrivent ensuite Wonder Woman d'une manière qui devient horripilante, têtue au possible et contre toute logique, fonçant droit dans la gueule du loup pour une raison qui défie l'entendement (sauver Sigfried sans qu'on sache jamais pourquoi cela lui tient tant à coeur et contrariant de manière puérile le cycle de Ragnarok alors qu'elle n'appartient pas à cette mythologie). De ce fait, les péripéties qu'elle traverse ici ont la fâcheuse manie d'enfoncer un clou déjà bien planté, entre les avertissements de Sigfried, Deadman, Dr. Psycho, Odin, face à une Diana inflexible : tous la mettent en garde contre les valkyries, l'Olympe requiert sa présence à cause d'une crise importante, mais l'amazone s'en fiche.

Ecrire une héroïne entêtée à ce point, pourquoi pas ? Mais encore faudrait-il que les scénaristes nous expliquent sa motivation, ce qui n'est pas le cas. Tout juste peut-on supposer qu'elle brave le danger  parce qu'elle a, disons, l'habitude de ne jamais laisser un problème irrésolu. mais c'est un peu maigre comme justification.

Heureusement, c'est magnifiquement dessiné et cela nous console un peu, même si ça ne corrige pas tout. Travis Moore signe son avant-dernier épisode (il cédera sa place à Andy McDonald au #774) et livre une copie irréprochable. Son investissement dans chaque planche est total et le résultat est un plaisir pour les yeux.

On peut certes pinailler en notant qu'il est un peu avare sur les décors pour certaines scènes, mais dans l'ensemble, l'action est clairement situé et si l'environnement est sommaire, c'est parce que, tout compte fait, on suit Wonder Woman dans des endroits qui ne présentent pas d'intérêt visuel particulier, qu'il s'agisse de la grotte du serpent Nidhogg (logiquement sombre), le champ de bataille (désolé il se doit). En revanche, la forêt de Myrkvid et l'embarcadère où attend Odin (digne de Charon sur le Styx) sont impeccables, chargés d'une ambiance glaçante à souhait.

Pour ce qui concerne les personnages, j'ai été un peu déçu par le design de Thor et d'Odin, le premier étant vêtu d'un costume trop super-héroïque alors que l'ensemble des figurants porte des tenues plus conformes à des guerriers nordiques, et le second étant bizarrement habillé de guenilles indignes du Père-de-tout, roi d'Asgard (même si on comprend sur la fin que cette apparence modeste est une sorte de déguisement destiné à leurrer tout le monde). Il est évident que Moore a mis le paquet sur la tenue de Wonder Woman, dont le look est vraiment très détaillé (et amené à changer au prochain arc).

Moore ne fait pas de folie avec son découpage, c'est un narrateur sobre, qui dose ses effets et ne consent qu'à des cases plus grandes que pour souligner des passages précis (l'assaut durant la bataille, la traversée de la forêt, l'arrivée à l'embarcadère). La colorisation de Tamra Bonvillain est elle aussi mesurée, bien que parfois les carnations sont un peu trop rosées (peut-être à cause d'un problème d'impression - ce ne serait pas la première fois que DC néglige cet aspect avec Wonder Woman, en son temps Greg Rucka pestait déjà en réclamant que Diana est une peau plus bronzée comme une vraie amazone et le résultat était parfois catastrophique).

On verra ce que donne le conclusion de cet arc le mois prochain, en espérant que Cloonan et Conrad ne déçoivent pas. Après, je ne sais pas si je continuera la série, tout dépendra de la qualité des dessins de McDonald, qui aura fort à faire pour supporter la comparaison avec Moore.