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lundi 16 janvier 2023

NIGHTWING #97-98-99, de Tom Taylor, Bruno Redondo, Geraldo Borges et Daniele di Nicuolo


J'avais arrêté de suivre Nightwing en Septembre 2022 avec le n° 96, lassé. Mais demain sortira le n° 100 et je l'ai commandé, car ce n'est pas tous les jours qu'on tient un centième épisode d'une série régulière dans les mains. Afin de ne pas être largué, je me suis procuré les trois issues parues en Octobre, Novembre et Décembre 2022 et je m'en vais vous en livrer une critique.


Blockbuster a été tué par Heartless. Les barons de la pègre sous sa protection sont arrêtés, avec des flics corrompus et des politiciens véreux. Parmi eux : Salvatore Maroni qui accepte de témoigner pour bénéficier de la clémence de la justice. Il témoignera à Gotham et la commissaire Renee Montoya s'occupe de son transfert...


Bien entendu, Nightwing, avec Batgirl, supervise l'opération qui va tourner mal et les obliger à cacher Maroni pendant un week-end dans une planque de Batman dans la forêt. Jusqu'à ce qu'ils reçoivent la visite d'un étrange individu...
 

Tom Taylor écrit évidemment cette première partie de l'arc Power Vacuum (Pouvoir Vacant) tandis que Bruno Redondo le dessine, aidé par Geraldo Borges pour les pages 8 à 14, dans cet épisode sorti en Octobre 2022.


On enchaîne avec le n° 98, qui est une vraie curiosité, sans rapport avec l'intrigue en cours, prétexte pour Tom Taylor à s'amuser avec le dessinateur Daniele di Nicuolo, son compère de la série Seven Secrets, publiée chez Boom ! Studios (et achevé depuis).
 

Le visiteur qui a trouvé la planque de Nightwing et Batgirl n'est autre que NiteèMite, un lutin de la 5ème dimension, et qui est prêt à exaucer tous el désirs du héros. A commencer par ses noces avec Batgirl ? Mais ce n'est pas 'pas encore ?) le moment...


Direction : Blüdhaven où Nite-Mite explique à Nightwing que Blockbuster vendit son âme à Néron en échange d'une faveur il y a quelques années. Le caïd mort, c'est à sa fille que le démon va demander de payer sa dette...


On ferme la parenthèse et on enchaîne avec la suite, qui renoue avec plus de sérieux.


Bruno Redondo revient au dessin, toujours épaulé par Geraldo Borges sur les planches 14 à 17 et 20-21. Tom Taylor prépare le terrain pour le centième épisode.


Tony Zucco, le "père" de Melinda, la demi-soeur de Dick Grayson, vient de sortir de prison et veut reprendre les affaires de Blockbuster. Nightwing, mis au courant, le suit jusqu'à la cale où Zucco se fait remettre par le Quartier-Maître un bijou du Kahndaq.


Mais Nightwing intervient quand Zucco manque de tuer le Quartier-Maître. Il maîtrise le malfrat dont veut disposer le Capitaine de la Cale, mais le Quartier-Maître, pour remercier Nightwing le laisse livrer Zucco à la justice.


Ceopendant Heartless, décidé à frapper un grand coup pour s'imposer comme le maître du grand banditisme de Blüdhaven, tue ceux qui refusent de le servir et recrute ceux qui acceptent de le soutenir...

Lorsque j'avais cessé de suivre Nightwing il y a cinq mois, c'est parce que je n'y trouvais plus mon compte. J'avais pourtant apprécié comment Tom Taylor avait repris la barre de la série, montrant une réelle affection pour le personnage et restaurant sa superbe après bien des errements narratifs (en gros depuis la fin du run de Tim Seeley au début de la période Rebirth).

Et puis, après ces débuts prometteurs, bien que très influencés par ce que firent Mark Waid et Chris Samnee sur Daredevil et Matt Fraction et David Aja sur Hawkeye, j'ai eu le sentiment que Taylor échouait à trouver un deuxième souffle, coupé en plein élan par des tie-in à Fear State (l'histoire développée par James Tynion IV dans Batman). 

Cela coïncida avec les difficultés manifestes de Bruno Redondo à énchaîner les épisodes, tandis que Geraldo Borges, qui le remplaçait, peinait à me convaincre. Borges n'est pas maladroit, son trait évoque celui de Guiseppe Camuncoli, mais il n'a pas la grace de celui de Redondo.

Finalement, alors que je voulais aller au numéro 100 de la série, j'abandonnais au 96. Je le regrettai aussitôt mais je ne voulais plus rédiger de critiques au vitriol sur la série. Demain, 17 Janvier 2023, paraîtra donc ce fameux centième épisode et je n'ai pas résisté à le commander pour posséder cet exemplaire historique. Car il devient rare qu'une série atteigne ce cap à l'heure des relaunchs si fréquents ou des annulations expéditives.

DC Comics et Tom Taylor nous promettent un n° king-size de plus de 50 pages, avec plusieurs artistes et un nouveau statu quo à l'issue de cet épisode. Il faut dire qu'en parallèle Nightwing a pris du galon au sein du DCU puisque dans l'event Dark Crisis (on Infinite Earths), Dick Grayson s'est imposé comme le leader des héros en battant en duel Deathstroke. La Justice League, revenue d'entre les morts (à l'exception de Green Arrow -mais une mini-série en Avril reviendra sur son sort), s'est dissoute, fatiguée et en quête de sens. Nightwing et les Titans incarnent la relève et doivent assumer le rôle de l'équipe des champions de la Terre.

Les sollicitations pour Nightwing à partir du #101 ne font pas mystère du fait que Nightwing va être assisté par ses amis Titans à Blüdhaven, enterrinant de fait une situation mise en plance depuis un moment par Tom Taylor, qui a multiplié les apparitions en guest-stars des partenaires de Dick Grayson. Aura-t-on droit à terme à une série Titans ? Ou bien tout cela va-t-il se cantonner aux pages de la série Nightwing ? On verra.

Avant le centième épisode, Tom Taylor doit donc fournir trois épisodes et il s'appuie sur la fin du n° 96, où on assistait au meurtre de Blockbuster, en fuite après s'être fait corriger par Nightwing, par Heartless, cet énigmatique tueur qui retire leur coeur à ses victimes pour se les faire transplanter. Pour être tout à fait complet il aurait fallu que je revienne sur les événements relatés dans l'Annual 2022 de Nightwing par Tom Taylor et Eduardo Pansica dont la première partie dévoilait les origines de Heartless et où on apprenait l'origine de son affliction et de sa nature maléfique, qui en fait une sorte de double négatif de Dick Grayson. Mais ce n'est pas non plus préjudiciable à la compréhension.

Dans un premier temps donc; la mort de Blockbuster aboutit à une vague d'arrestations dans la police, le milieu politique et la mafia de Blüdhaven. Parmi les protégés de Roland Desmond, Salvatore Maroni pense être à l'abri sauf qu'il va être transféré à Gotham et que pour sa survie il doit témoigner devant un juge. Le transfert dégénère vite et Nightwing avec Batgirl le cachent durant un week-end dans un bunker de Batman.

Taylor écrit un récit rapide, rythmé, qui renoue avec le meilleur de son run. Il y a de l'action, de l'humour, des situations originales, on ne s'ennuie pas. La relation entre Dick et Barbara Gordon est parfaitement saisie, entre romantisme et suspense, avec une pointe de comédie. Bruno Redondo assure la majeure partie des dessins avec une classe folle et Geraldo Borges s'acquitte de huit planches avec efficacité.

Puis, de façon surprenante, Taylor change complètement de braquet dans l'épisode suivant. Comme si le transfert de Maroni ne l'intéressait soudainement plus, il s'embarque dans un numéro complètement fantaisiste où il nous présente le lutin Nite-Mite, l'équivalent (inédit) pour Nightwing de Bat-Mite pour Batman ou Mr. Mxyztplk pour Superman, créature miniature, surpuissante et facétieuse.

Si un jour DC commercialise une peluche ou une Funko de Nite-Mite, on saura d'où ça vient, et les parents l'offriront à leurs bambins comme leur nouveau doudou. Je ne vais pas jouer les rabat-joie cependant car c'est très marrant et Taylor réussit son coup, même si l'intrigue est un prétexte. L'embarras de Dick face au lutin produit des scènes très drôles sans sacrifier à l'action, avec une belle baston contre des démons envoyés par Néron pour enlever la fille de Roland Desmond.

Pour le scénariste, c'est l'occasion de renouer avec l'artiste Daniele di Nicuolo avec lequel il a co-créé et réalisé la série Seven Secrets (chez Boom ! Studios en vo, Delcourt en vf). Celui-ci a un trait très vif, aux influences manga très nettes, et cela convient merveilleusement au projet délirant. Si parfois, certaines expressions m'ont gêné (mais bon, je ne suis pas fan de manga...), l'ensemble demeure très agréable.

Enfin, le #99 sent un peu l'épisode imaginé pour gagner du temps puisqu'il faut encore un numéro avant le 100. Le "père" de Melinda Zucco resurgit avec le projet d'occuper le trône laissé vacant (le power vacuum du titre de l'arc) par Blockbuster. Nightwing va l'en empêcher fissa et Melinda couper définitivement les ponts avec cet encombrant paternel (qui n'est pas son père biologique, puisqu'elle est la fille de John Grayson, le père de Dick).

Puisque, donc, le scénario ne casse pas des briques, on se rattrape sur les dessins. Geraldo Borges vient encore au secours de Bruno Redondo en signant cette fois six planches. Le résultat n'est pas vilain et on finit par trouver bien du mérite à Borges, dans son rôle de pompier de service, sans doute content de travailler sur un titre populaire, mais certainement aussi frustré de n'avoir que ssi peu d'espace pour prouver sa valeur.

Redondo va de toute façon faire un break après le n°100 (il dessine des commissions art pour payer les factures), mais il y a quelque chose de désolant à voir un si bon artiste incapable de signer un épisode entier (et ne parlons même pas d'un arc entier), même avec l'aide d'un encreur désormais. Parce que quand il est aux commandes, son trait précis et ses compositions magistrales sont un régal. Les fans continueront à être gâtés puisque c'est Travis Moore qui devient l'artiste de la série pour l'arc suivant le #100.

Au fond, ces trois épisodes résument parfaitement tout ce qu'on peut aimer et aussi moins apprécier sur Nightwing. Tom Taylor est un scénariste plus habile et malin que vraiment inspiré (ou alors inspiré dans le sens où il s'inspire beaucoup de ce que d'autres ont fait ailleurs), et malgré sa sincère affection pour son héros, il ne semble jamais en mesure de faire plus qu'une série sympa. Graphiquement, Nightwing est une belle production, jamais gâché par ceux qui la dessinent, mais les difficultés de Redondo à enchaîner les épisodes frustre le fan. 

Je ne sais pas si je replongerai après le n° 100 mais j'espère que la fête sera réussie pour ce cap qu'il faut saluer. Quant à Nightwing, il est de toute façon amené à occuper le devant de la scène pour la nouvelle ère qui s'ouvre, Dawn of DC.

mercredi 20 juillet 2022

NIGHTWING #94, de Tom Taylor et Geraldo Borges


Si hier j'écrivais que World's Finest était ma série mainstream (au moins parmi celles publiées par DC) favorites, Nightwing sombre chaque mois un peu plus dans mon classement. Ce 94ème épisode ne fait pas vraiment exception à la règle : non qu'il soit horrible à lire, mais parce que rien d'intéressant ne s'y passe. Et en prime, Bruno Redondo est (encore) absent, remplacé par Geraldo Borges. Quand ça veut pas...


La procureur général de Blüdhaven déclenche une vague d'arrestations dans la police. Melinda Zucco avertit le commissaire MacLean de fuir mais il est rattrapé par Nightwing, aussi prévenu par sa soeur.
 

Des dossiers compromettants sont ainsi collectés par Oracle tandis que la procureur général présente la remplaçante de MacLean : Maggie Sawyer, ex du CGPD et venant de Metropolis.


Ces manoeuvres déplaisent à Bockbuster qui convoque Melinda, en menaçant sa mère. Elle lui explique ,n'avoir pas le choix pour Sawyer, pressée par la procureur.


Blockbuster l'emmène dans un hangar où il détient celui qu'il pense être la taupe ayant dénoncé McLean : l'Electrocuteur. Melinda obtient de rester seule avec lui et en profite pour appeler Nightwing.

Il y a quelque chose de profondément triste à voir une série qui vous plaisait ne plus vous plaire. C'est comme du sable qui vous glisse entre les doigts, vous ne pouvez rien y faire. Le charme s'est rompu, dissipé, la magie n'opère plus, l'histoire se passe sans plus vous emporter avec elle.

Je ne vais pas revenir sur les débuts du run de Tom Taylor et sa collaboration si grisante avec Bruno Redondo. Mais un point statistique éclire de manière troublante la déliquescence du titre et du duo : depuis le début de l'année, sept numéros de Nightwing sont sortis, et seulement quatre ont été déssinés par Redondo. Lequel Redondo n'a signé que les deus derniers chapitres de la série et est remplacé une nouvelle fois ce mois-ci par Geraldo Borges.

Est-ce un rendement digne ? Sans trop en demander, je ne le crois pas. Hier encore, j'évoquais la force de travail impressionnante d'un Dan Mora, qui livre une quarantaine de pages par mois, produit deux séries simultanèment, des couvertures à la pelle. Sans aller aussi loin, deux épisodes pour Redondo qui se fait ensuite suppléer, ce n'est pas sérieux.

J'ai souvent beaucoup passé de choses à des artistes que j'aime dans le passé, comme David Aja qui était lui aussi très fâché avec les délais. Mais d'une part, à chaque fois, il sortait des épisodes de malade, et ensuite, Hawkeye était une série que Marvel laissait filer, consciente qu'il fallait mieux accepter ses retards que casser ce miracle qui leur rapportait des prix et du prestige. Toutefois, Redondo n'est pas Aja, et je ne saurais l'excuser avec autant d'indulgence.

Geraldo Borges fait ce qu'il peut et ma foi, il se débrouille honorablement. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a tromperie sur la marchandise. DC nous a vendu Nightwing par Tom Taylor et Bruno Redondo, pas par Taylor et Borges. Ce dernier livre quelques pages vraiment de bon niveau (la course-poursuite entre Nightwing et MacLean), mais l'ensemble reste léger, parfois btouillon, avec un trait tremblant. 

Adriano Lucas reste aux couleurs et assure donc une cohérence graphique à la série, mais c'est ttout. Lui aussi n'est pas un coloriste de la trempe d'un Matt Hollingsworth, d'un Matt Wilson, d'un Marte Gracia, d'un Dave Stewart, ce genre de partenaires qui donne un vrai cachet à une série.

Voilà pour la forme. Passons au fond. Et, pardon pour le jeu de mots, mais on touche un peu le fond avec cet épisode. Alors qu'on pouvait penser après le précédent épisode et le retour de Heartless, que le scénario allait grimper dans les tours, Taylor freine à nouveau de façon exaspérante, comme s'il ménageait trop ouvertement sa monture (pour atteindre le n°100 de la série où on aurait droit à un vrai climax ?).

Règler l'affaire des flics ripoux, pourquoi pas ? Mais que c'est mou ! Taylor introduit dans la série le personnage de Maggie Sawyer que DC balade déjà pas mal. Celle qui fut une des héroïnes du formidable Gotham Central a ensuite poursuivi sa carrière à Metropolis, et la voilà mutée à Blüdhaven avec l'appui de Melinda Zucco et de la procureur général. Flic intraitable, elle promet bien entendu que plus personne ne sera au-dessus des lois. Nous voilà rassurés...

Evidemment, Blockbuster n'est pas content et cela nous conduit à la fin de l'épisode avec une chute téléphoné au possible (et c'est vraiment le cas de le dire puisqu'un coup de fil va provoquer un effet domino). Ce sont là les maux de Nightwing depuis plusieurs mois : tout est mou et prévisible, l'intensité est absente.

Tom Taylor plaisante souvent sur Twitter qu'on le confonde avec Tom King lors des dédicaces (et King en rit aussi). Pourtant, s'il y a bien une raison de les associer, au-delà du fait qu'ils écrivent tous les deux pour DC, c'est qu'ils semblent définitivement plus à leur avantage dans le format des mini-séries que dans celles des ongoing. Comme King sur Batman, qui, passé le 50ème épisode, avait sérieusement piqué du nez, Taylor semble incapable de conserver à Nightwing ce qu'il avait réussi à lui injecter de satisfaisant au début. La question peut vraiment se poser de savoir si, comme King, il ne devrait pas se contenter de faire ce qu'il sait le mieux en abandonnant une publication mensuelle - mais je doute que ça arrive de sitôt (il est désormais exclusif DC, ce qui signifie que l'éditeur compte sur lui, et puis il adore Nightwing - même s'il l'écrit de moins en moins bien).

Cette fois, c'est sûr, il me faudra un 95ème épisode bien meilleur pour que je continue à m'accrocher, faute de quoi l'aventure Nightwing s'achèvera en Août pour moi.

jeudi 21 avril 2022

NIGHTWING #91, de Tom Taylor et Geraldo Borges


Je suis, je dois le dire, un peu chonchon après la lecture de ce Nightwing #91. Parce que, même si c'est une série qui est loin d'être désagréable à suivre, ce n'est pas/plus ce que c'était. Tom Taylor tourne un peu en rond et je perds un peu patience. Geraldo Borges fait ce qu'il peut, mais il ne vaudra jamais Bruno Redondo (qui signe cette belle cover). Bref, c'est pas ça.


Flash et Nightwing affrontent KGBeast et ses hommes qui ont tenté d'enlever Barbara Gordon. Les malfrats neutralisés, Nightwing dévérouille le téléphone de KGBeast et le remet à Flash.


Flash donne le téléphone à Barbara Gordon qui accéde à son répertoire et identifie le commanditaire de KGBeast. Elle remonte la piste jusqu'à l'Agente Funebre au Costa Rica.


Nightwing et Flash se rendent sur place pour confronter l'Agente Funebre, chef légendaire d'une organisation de tueurs à gages, qu'ils réussissent à neutraliser.
 

Nightwing a alors l'idée de diriger tous les tueurs de l'Agente Funebre dans un piège. Ce qui, quand l'opération est bouclée, parvient aux oreilles de Blockbuster, évidemment mécontent...

Nightwing est une série qui, à juste titre, je m'empresse de le dire, depuis sa reprise par Tom Taylor, a très bonne presse. Le héros créé par Marv Wolfman et George Pérez revient de tellement loin que c'est un plaisir et un soulagement de le savoir animé désormais par un auteur talentueux, qui l'apprécie visiblement. On ne dira jamais assez l'importance pour un personnage d'être écrit par un scénariste pour qui ce n'est pas un héros de plus.

Ceci étant dit, est-ce que ça suffit d'aimer un personnage pour bien l'écrire ? Evidemment que non, sinon, au lieu d'écrire des critiques de comics, je rédigerai un comic-book mensuel sur Nightcrawler pour Marvel et j'aurai un succès fou, les fans apprécieraient l'elfe des X-Men comme jamais auparavant et les commentateurs seraient tous élogieux.

Depuis le début de son run, Tom Taylor a eu à coeur de redonner à Nightwing un certain lustre, des objectifs, un statut. A son avis, il est un des héros les plus importants du DCU, et on ne peut guère le contredire car Dick Grayson a une longévité étonnante et le public l'apprécie. Qui plus est, il est passé du rôle de Robin le boy wonder de Batman à Nightwing le chef des New Teen Titans et je crois qu'on peut affirmer qu'il occupe, pour cela, une place que n'ont pas acquise Jason Todd (Red Hood) ou Tim Drake (Red Robin) ni même Damian Wayne (Robin).

Taylor ne cache guère non plus ses influences - ou s'il ne les revendique pas, le lecteur un peu connaisseur saura les identifier : un peu du Hawkeye de Fraction/Aja, du Daredevil de Waid/Samnee. Impression renforcée par la manière dont Bruno Redondo illustre ses scripts, avec inventivité (à défaut de vrai génie). Bref, le tableau est séduisant. Mais alors pourquoi ça ne marche pas autant que j'aimerai sur moi ?

Sans aller jusqu'à le comparer au naufrage actuel de Eternals de Kieron Gillen, je trouve que la série Nightwing connaît un peu la même descente. Après des débuts brillants et prometteurs, on assiste à des épisodes moins aboutis, dont on peine à cerner la fin, ou du moins qui traînent en longueur. L'arc actuel, qui a mis Dick Grayson dans le viseur de Blockbuster en raison de leurs projets opposés pour Blüdhaven, est symptomatique de ce malaise narratif.

En effet, Taylor multiplie les guest-stars au détriment non seulement de son héros, qui se trouve éclipsé par ces partenaires occasionnels, mais aussi de son histoire, qui s'étire péniblement. On a vu les Titans intervenir, puis Jon Kent, et maintenant ce #91 boucle un diptyque avec Flash (Wally West). Aucune de ces histoires avec des invités n'a été passionnante. Pire : aucune n'a fait avancer le schmilblick, et toutes ont malheureusement fait de Nightwing un héros assisté, flanqué de compères providentiels qui assurent ses arrières, se font un sang d'encre pour lui et l'empêche de s'imposer comme la vraie star de son propre show. Un comble !

Imaginez si cela se produisait dans la série Batman et qu'on voit se pointer à chaque épisode un de ses amis de la Justice League pour le dépanner. Ce serait agaçant, horripilant. C'est pourtant l'effet produit par tous les copains de Nightwing qui s'invitent dans la série. Où veut en venir Taylor ? Si c'est pour rappeler, alors qu'il n'y a plus de série régulière avec les Titans, que ceux-ci sont toujours en activité et conservent des liens avec leur chef historique, c'est un effort louable certes, mais c'est trop présent dans la série Nightwing. Si c'est une manoeuvre de Taylor à l'adresse de son éditeur pour lui confier une relance d'une série Titans, bon, qu'il en parle avec les gens concernés, sans encombrer la série Nightwing.

Je ne dis pas que c'est insoutenable, mais ça commence à me courir sur le haricot. Je veux lire les aventures de Nightwing, avec au minimum Barbara Gordon/Oracle, pas un simili Nighting team-up with.... Comme tout indique que Taylor veut atteindre le 100ème épisode pour livrer un numéro mémorable, et sans doute ensuite partir sur une nouvelle histoire, je vais patienter jusque-là, tout en espérant ne pas m'ennuyer, au minimum. Mais ça a intérêt à valoir le coup, sinon gare !

Au dessin, Geraldo Borges boucle sa prestation. On sent bien qu'il fait des efforts, qu'il fait de son mieux, et dans l'ensemble, ce n'est pas déplaisant. Mais c'est un dessinateur qui n'a rien de renversant, et qui parfois est juste passable. Par exemple, sa manie de texturer le costume de Flash comme s'il était plastifié n'est vraiment pas belle.

Son découpage est le plus souvent très classique, sans inventivité. Lorsqu'il tente un effet de mise en scène, c'est très plat (comme décomposer les mouvements de Flash lorsqu'il désarme KGBeast). Lorsqu'il tente une double page pour l'affrontement entre Nightwing et l'Agente Funebre, le combat manque de punch (et Taylor appuie malencontreusement sur la voix-off pour désamorcer tout suspense en rappelant les modifications apportées au costume de Dick par Mr. Terrific).

En fait, Borges ressemble à beaucoup d'artistes actuels que les éditeurs lancent dans le bain alors qu'ils semblent n'avoir pas achevé leurs études. Ils semblent se former sur le tas, et tant pis si c'est au détriment de la série. La gestion des fill-in est globalement, actuellement, désastreuse, les editors sont nuls à ce niveau, incapables d'aligner deux dessinateurs de niveau à peu près égal sur un titre. A la place, on préfère lancer des mini-séries qui occupent, ironiquement, des dessinateurs plus solides. Or des dessinateurs sous-"exploités" et doués, il y en a, et je pense qu'ils seraient ravis de prêter main forte à leurs collègues quand ceux-ci éprouvent le besoin de souffler.

Bref, Nightwing est dans une position d'équilibriste : jamais désagréable à lire, mais pourtant depuis quelques épisodes maintenant en dessous de son potentiel affiché précédemment. Moi, je me suis fixé une échéance. Je souhaite vivement que Tom Taylor et Bruno Redondo me convainquent de tenir jusque-là - et au-delà.

mercredi 16 mars 2022

NIGHTWING #90, de Tom Taylor et Geraldp Borges


Nightwing #90 marque le troisième volet de l'arc Get Grayson. Et on ne peut que constater un essoufflement de la série écrite par Tom Taylor. Le scénariste ne force vraiment pas son talent et les épisodes se suivent et se ressemblent. Bruno Redondo au repos (sauf pour la couverture), c'est Geraldo Borges qui dessine, en s'en sortant bien.


Réveillé par un appel de sa demi-soeur, Melinda Zucco, au milieu de la nuit, Dick Grayson apprend que l'immeuble qu'il détient et où il habite va être la cible d'un attentat. Il déclenche l'alarme incendi et réveille ses voisins pour qu'ils sortent en urgence.


Oracle prévient Wally West qu'elle a perdu le contact avec Dick. Flash se rend aussitôt à Blüdhaven et fouille les décombres de l'immeuble jusqu'à ce que ce Nightwing resurgisse. Sans attendre l'arrivée de la police, corrompue par Blockbuster, Flash emmène son ami chez lui pour qu'il se repose.


Le lendemain, Barbara Gordon est arrêtée en pleine rue par deux hommes armés qui lui ordonnent de les suivre. Transportée dans un fourgon, elle avertit Dick et Wally de sa situation. Nightwing veut attendre de savoir où elle est conduite avant d'intervenir.


Cette information reçue, Barbara est exfiltrée et Nightwing et Flash prennent sa place. Ils découvrent alors que c'est KGBeast qui a organisé ce kidnapping, autrement dit le tueur professionnel qui a failli tuer Dick...

Beaucoup ont comparé la reprise en main de Nightwing par Tom Taylor au run de Matt Fraction sur Hawkeye. Le scénariste de DC n'a guère cherché à cacher cette référence en multipliant les clins d'oeil à la série publiée chez Marvel, notamment en dotant Dick Grayson d'un chien (comme Lucky avec Clint Barton), en faisant de Dick le propriétaire d'un immeuble (comme Clint là encore), en incluant à ses histoires Barbara Gordon (comme Clint faisait équipe avec Kate Bishop)... On pourrait continuer comme ça longtemps.

En soi, ça ne me pose pas de problème : mieux vaut s'inspirer des meilleurs. Le souci, c'est qu'on ne peut pas dire que le Nightwing de Taylor a la même saveur que le Hawkeye de Fraction, qui avait isolé le personnage de Clint Barton pour observer ce qu'il faisait quand il n'était pas en mission avec les Avengers, le décrivant comme un sympathique loser. Tandis que Taylor a fait de Grayson l'héritier d'un pactole amassé par Alfred Pennyworth, engagé dans une action d'ampleur pour réhabiliter les quartiers populaires de Blüdhaven, et en le confrontant à un simili-Caïd, Blockbuster, à la place des tracksuit mafias de Hawkeye, mais sans un tueur aussi glaçant que Kazi le clown.

Surtout, Fraction avait obtenu de Marvel que sa série sur Hawkeye soit détaché des events et crossovers pour raconter son histoire sans interférences, lui donnant de faux airs de comic-book indé, là où Nighwing a dû composer avec Fear State (et des épisodes très dispensables). Pour son deuxième arc narratif sur le titre, Taylor a emprunté une nouvelle voie en faisant de Grayson la cible de la pègre de Blüdhaven, contrariée par ses ambitions sociales et mettant sa tête à prix.

Et donc depuis Nightwing partage l'affiche avec ses amis qui veulent le protéger : Barbara Gordon, mais aussi les Titans, et ce mois-ci (et le suivant) Flash (Wally West)... Là où Clint Barton restait seul, souvent lâché par ses proches (à cause de diverses maladresses, notamment avec les femmes) ou trop fier pour demander de l'aide. Ce côté team-up n'est pas désagréable là encore, mais devient systématique, paresseux.

Ce que je veux dire, c'est que Tom Taylor semble incapable jusqu'à présent à donner à sa série, et à son héros, une dimension originale. Nightwing paraît incapable d'exister autrement que par rapport à la Bat-family, aux Titans (et la présence de KGBeast en méchant de service à la fin de ce numéro renvoie carrèment au run de Tom King sur Batman quand Nightwing fut touché par une balle en pleine tête par le tueur, le rendant amnésique pendant de longs mois). Entre les adresses à Hawkeye, mais en moins efficaces, et les renvois à d'autres séries, trop automatiques, Nightwing manque trop de substance. Ce n'est pas aussi original, touchant, atypique que Hawkeye tout en empruntant beaucoup à ce dernier, et ces rappels constants à la Bat-family et aux Titans ou même à Superman deviennent lassants.

J'ai donc été déçu, mais en vérité c'est un sentiment plus profond qui émerge, celui de lire une série certes habile, divertissante, jolie à regarder, mais sans âme, sans caractère, plus flatteuse qu'audacieuse. Trop belle pour être honnête en somme.

Bruno Redondo ne dessinera pas ce diptyque avec Wally West en guest-star puisqu'il a enchaîné Nightwing #89 et Superman : Son of Kal-El #9. C'est aussi un peu l'autre problème, mais celui-ci n'est pas propre à Nightwing : quand l'artiste régulier du titre n'est pas capable d'être présent plus de quatre épisodes d'affilée, le lecteur est forcément frustré et s'inquiète du niveau des remplaçants.

Geraldo Borges n'est pas un mauvais fill-in, même si son trait n'est pas aussi affirmé que celui de Redondo. Disons qu'il s'inscrit dans le même registre, réaliste et descritptif, et s'efforce de reproduire des tics visuels de Redondo (comme cette page en coupe où on voit Dick dévaler les escaliers de son immeuble pour réveiller ses voisins avant l'attentat).

Là aussi, c'est plutôt plaisant car Borges fait l'effort, c'est propre, plutôt bien fait, même si les expressions des personnages sont parfois maladroites, l'encrage un peu pâteux. Je préfère ça à Robbi Rodriguez (qui avait oeuvré sur les épisodes durant Fear State). Et Adriano Lucas fait un gros boulot aux couleurs pour conserver à la série son unité visuelle. N'empêche, ni Redondo ni Borges ne rivalisent avec David Aja ou Annie Wu sur Hawkeye, dont l'inventivité et le caractère conféraient au titre une personnalité grisante. Là, c'est juste bien fait, mais jamais étincelant. Il n'y a pas ce bonus graphique où on peut s'amuser lors de la critique à voir que le dessin ajoute quelque chose au script.

C'est ingrat de démonter Nightwing car c'est tout de même une chouette série. Mais c'est rageant surtout de voir qu'elle ne décolle pas, comme si Tom Taylor, le premier, se contentait du minimum, en caressant trop le fan dans le sens du poil.

mercredi 24 novembre 2021

CATWOMAN #37, de Ram V, Nina Vakueva, Laura Braga et Geraldo Borges - FEAR STATE


Editorialement, il faut bien le dire, Fear State aura été du grand n'importe quoi, une preuve supplémentaire qu'un crossover ne profite à personne s'il n'est pas dirigé, si son instigateur écrit seul dans son coin et laisse ses camarades, annexés au projet, se débrouiller seuls, sans quelqu'un pour organiser tout ça. Ainsi lit-on ce 37ème épisode de Catwoman, l'avant-dernier écrit par Ram V et qui aura nécessité trois artistes. Pour un résultat inepte.


La Jardinière, Harley Quinn et Catwoman croyaient avoir eu raison des soldats du Magistrat et de l'Atout à leur tête, mais Simon Saint a cloné ce dernier. Les trois femmes gagnent alors du temps pendant que Poison Ivy est exfiltrée.


Mais le Sphinx et le Pingouin comptent sur la confusion générale pour mettre la main sur Poison Ivy. Le fourgon dans lequel elle est évacuée est pris dans une embuscade. Edward Nygma pense tenir sa revanche comme Oswald Cobblepot sur Selina Kyle qui les avait doublés.


Sauf que Catwoman répond au Sphinx qu'elle avait prévu sa trahison et qu'elle lui envoie la bande de Gueule d'argile. Ghost-Maker arrive en renfort pour éliminer l'Atout et les soldats du Magistrat et sauver Catwoman, la Jardinière et Harley Quinn.
 

La suite est connue : Poison Ivy et Queen Ivy sont réunies par Harley Quinn et la Jardinière. Shoes prévient Catwoman que Batman est sain et sauf. Le maire Nakano ordonne le retrait des forces de l'ordre de Alleytown. Selina Kyle peut souffler et réfléchir à la suite.

Ces épisodes tie-in à Fear State de Catwoman auront fait beaucoup de mal au run de Ram V. S'il n'avait pas été obligé de composer avec ce crossover, peut-être n'aurait-il pas renoncé à écrire la série au-delà du n°38, qui sortira le mois prochain (même s'il paraît évident que le scénariste a envie de se consacrer à des projets plus personnels)...

Quoi qu'il en soit, Fear State a parasité Catwoman au pire moment : juste avant que l'histoire imaginée par James Tynion IV ne débute, Selina Kyle affrontait le Père Vallée (et on a entraperçu qu'il avait survécu), le détective Hadley est mort en sauvant Maggie Kyle d'une balle que lui destinait le Père Vallée, et Catwoman était sur le point de règner sur Alleytown.

Tout ça a été balayé par Fear State : Alleytown a vu débarquer les soldats du Magistrat et le GCPD sur ordre de Simon Saint et du maire Nakano, Catwoman a vu son royaume flamber tout en étant embarqué dans une quête pour sauver Poison Ivy et alors que le Sphinx et le Pingouin préparaient leur revanche.

Le fait même que Catwoman #37 sorte une semaine après Batman #117 et Nightwing #86 montre bien à quel point DC a mal édité ce crossover puisqu'on se trouve à lire la conclusion du récit impliquant Catwoman alors que l'on sait déjà que Saint a été arrêté et son programme Magistrat annulé. C'est absurde.

Si Fear State s'était contenté d'être le dernier arc narratif du run de Tynion sur Batman, cela aurait amplement suffi. Mais DC a voulu que tous les Bat-titles soient impactés sans même se demander si c'était légitime et nécessaire. Pour Nightwing, on a eu droit à trois épisodes dispensables et pour Catwoman pas mieux. Surtout il était évident que Tom Taylor (pour Nightwing) et Ram V (pour Catwoman) ont été obligés de trouver quelque chose à raconter pendant trois épisodes sans que, visiblement, Tynion ait préparé quoi que ce soit pour leurs séries et leurs personnages. Du grand WTF.

Cela gâche complètement ce qu'a bâti Ram V : le départ du dessinateur Fernando Blanco a déjà nui à la série, mais ces épisodes tie-in ont été pénibles à lire parce qu'on s'y emmerdait franchement. Le scénariste, contrairement à Taylor, n'a rien fait pour dissimuler qu'il s'agissait d'une corvée pour lui, torchant son affaire en comptant ostensiblement les jours avant de quitter le titre. 

Et, à ce sujet, en l'absence de toute nouvelle annonce, j'en viens de plus en plus à douter qu'il fasse de vieux os chez DC : il l'a encore répété récemment en interview, il souhaite consacrer plus de temps à ses creator-owned, et se partage l'écriture de Venom avec Al Ewing (de façon très compartimenté : Ewing écrit les parties dans l'espace avec Eddie Brock devenu le nouveau roi des symbiotes, Ram V écrit les parties avec Dylan, le fils d'Eddie, sur Terre, en possession du symbiote autrefois lié à son père).

Pour ne rien arranger, cet épisode est un vrai fourre-tout graphique puisqu'il a fallu trois dessinateurs pour le compléter. Nina Vakueva en réalise la moitié ce qui va jusqu'au moment où le Sphinx avoue à Catwoman qu'il l'a trahie avec le Pingouin), dans un style efficace mais un peu frustre, avec des scènes d'action aux compositions maladroites. Puis Laura Braga vient prêter un coup de main pour un quart (l'entrée en scène grotesque du Ghost-Maker), sans relief. Et enfin Geraldo Borges signe le dernier quart de l'épisode avec de meilleures pages que ses consoeurs, sobres et élégantes (en glissant même au passage un hommage discret au regretté John Paul Leon). Jordie Bellaire tente de coloriser tout ça en donnant une unité esthétique, mais c'est mission impossible.

Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V sera associé à Felipe Andrade (avec qui il vient de publier The Many Deaths of Laila Starr, une mini chez Boom ! Studios - succès critique et public). On va voir comment il gère ça. Après, ce sera à Tini Howard et Nico Leon de redresser la barre et, comme ils ont décidé de partir dans une nouvelle direction, ça pique mon intérêt plus que je ne l'aurai pensé.