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vendredi 29 décembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #3, de Tom Taylor et Lucas Meyer


Ce troisième épisode (sur six) de Titans : Beast World confirme la médiocrité de l'event écrit par Tom Taylor. N'allez pas croire que ça me procure du plaisir de démolir le travail d'un auteur, mais soyons lucide et reconnaissons que ce n'est vraiment pas bon. Par-dessus le marché, Ivan Reis cède sa place à Lucas Meyer et, sans démériter, ce dernier n'a quand même par les mêmes atouts à faire valoir.


A la Tour des Titans, Nightwing a enfermé Batman, infecté, et le Dr. Clancy l'examine tandis que le détective Chimp vient apporter son expertise. Jon Kent éloigne Power Girl, également contaminé, Donna Troy tente de retenir Beast Boy. Et Amanda Waller va libérer le plus célèbre détenu de la prison de Stryker...


Par le plus grand des hasards, je relisais il y a peu un article paru dans Comic Box au sujet de Secret Invasion, l'event écrit par Brian Michael Bendis en 2008. J'avais précédemment relu un article sur Civil War de 2006 par Mark Millar dans la même revue.


Et ce qui m'a frappé, c'est à quel point la physionomie même des events, aussi bien chez Marvel que chez DC, a changé. Sans sombrer dans le "c'était mieux avant", force est de constater que, à l'époque de Secret Invasion et Civil War, les éditeurs concevaient ces histoires avec les auteurs avec l'ambition de faire bouger les lignes.


Dans le cas de Civil War par exemple, une idée aussi simple que forte questionnait le statut des super-héros : il s'agissait de considérer leur rôle de justiciers ne rendant de compte à personne, agissant en dehors de toute autorité, jusqu'à ce qu'un terrible accident impliquant un groupe de jeunes héros ne remette tout ça en cause.

Secret Invasion travaillait la matière différemment et annonçait en quelque sorte une certaine dérive des events puisque, initialement, Bendis l'avait conçu comme un arc de la série New Avengers - d'ailleurs l'intrigue commençait dans les pages de ce titre. Ce n'est qu'ensuite que l'équipe éditoriale a convaincu le scénariste de développer le projet pour en faire un event, impliquant d'autres héros. Mais Bendis avait un pitch assez malin pour concerner tout le monde et plonger ensuite tout l'univers Marvel dans une nouvelle ère (le Dark Reign).

Aujourd'hui, ce n'est vraiment plus pareil. Chez Marvel, non seulement les events se succèdent, parfois plusieurs la même année, et les répercussions sont vite expédiées (quand il y en a). Chez DC, il y a toujours cette tentation d'une nouvelle Crisis (la dernière, Dark Crisis, a abouti au statu quo actuel, Dawn of DC).

Le cas de Titans : Beast World s'inscrit dans un mouvement qui se veut plus souterrain mais qui manque par trop de subtilité. D'un côté, l'histoire surfe sur la série Titans de Tom Taylor et le fait d'établir l'équipe de Nightwing comme la digne remplaçante de la Justice League - quoi de mieux qu'un event pour prouver qu'ils sont à la hauteur de cette responsabilité ?

D'un autre côté, paradoxalement initié par Joshua Williamson, aujourd'hui principal architecte du DCU version comics, il y a la volonté de faire de Amanda Waller, la patronne de la Suicide Squad, la grande vilaine avec un plan simple : prouver que les super héros sont une menace et l'éradiquer en manipulant l'opinion. C'est elle qui a provoqué la catastrophe en cours - et pourtant elle supervise aussi une équipe de méta-humains (une nouvelle mini-série Suicide Squad est déjà programmée à l'issue de Beast World).

On aurait donc pu avoir, idéalement une synthèse des démarches de Millar et Bendis avec Beast World : une intrigue mijotée à feu doux mais explosive. Pourtant, au lieu de ça, on a quelque chose qui est grotesque, écrit avec des ficelles grosses comme des câbles, sans aucune nuance, et qui n'est déclinée que dans des tie-in spécialement conçus pour l'occasion (et dont je me demande qui les lit parce que, vraiment, il faut être motivé).

Tom Taylor ne réussit déjà pas à imposer les Titans comme une équipe valant la Justice League (mais c'était attendu : comme les New Mutants n'ont jamais éclipsé les X-Men, personne, je crois, ne voudra jamais des Titans à la place de la Justice League). Alors lui demander d'être aussi percutant que Millar et prévoyant que Bendis (dans une configuration chez DC où il n'a pas la même importance ni la même influence), c'était perdu d'avance.

Mais là où le bât blesse, c'est que en trois épisodes, son event échoue lamentablement à créer des scènes, voire des séquences assez puissantes pour que le lecteur croit que cette histoire va marquer le futur du DCU. Pour l'instant, la seule victime marquante est Batman, mais c'est contre-productif puisque c'est justement Batman et que tout le monde sait qu'il recouvrera son intégrité physique et mentale à la fin (c'était le même problème qui s'était posé avec Lazarus Planet). 

Et les manipulations de Waller deviennent ridicules car si on suit le travail de Williamson, on sait qu'elle agit pour le compte d'autres personnes, et si on ne le suit pas, c'est encore plus embarrassant puisque rien ici ne nous renseigne sur cette réalité en coulisses. A cet égard, l'identité du détenu qu'elle fait sortir de prison à la fin de l'épisode apparaît comme un retour en arrière pathétique par rapport à ce que Williamson lui-même avait mis en place dans Superman (et ça veut aussi dire que Williamson l'a approuvé).

Je suis un peu long et je m'en excuse, mais je ne veux pas taper sur Taylor sans expliquer ce qui, selon moi (mais je pense que mes reproches sont objectifs), ce fonctionne pas. En vérité, ça dépasse Taylor, son manque de talent ne fait que rendre le problème plus évident. Et ce problème est d'abord celui des éditeurs qui multiplient les events sans comprendre que leur multiplication diminue leur impact. La complicité du lectorat qui continue à tomber dans le panneau en achetant car il espère que celui-ci sera différent ne fait qu'aggraver la chose.

En ce qui me concerne, si je n'attendais pas grand-chose de Taylor sur un tel format (et en général), je n'ai pas été déçu. Mais je le suis nettement plus quand je vois que cet épisode n'est pas dessiné par Ivan Reis, qui était l'attraction principale. Il reviendra pour le #5, et c'est tout, donc il aura seulement dessiné la moitié d'un event : c'est dire s'il a vraiment déjà la tête ailleurs (en l'occurrence chez Ghost Machine pour qui il va devenir exclusif et retrouver Geoff Johns).

Lucas Meyer n'est pas mauvais, il semble même que Beast World soit une sorte de test pour lui puisque DC l'a confirmé comme le prochain dessinateur régulier de Titans (Nicola Scott n'aura donc pas fait long feu). Mais ce qui lui manque, surtout pour un projet comme ça, c'est justement ce qu'apporte un artiste comme Reis : de la puissance, de l'ampleur, de l'envergure, du souffle.

Evidemment, ça s'acquiert avec de l'expérience et Reis a eu tout le temps de l'accumuler chez DC, notamment depuis Blackest Night qui a fait de lui la superstar qu'il est. Toutefois, je trouve curieux de jeter dans le grand bain un artiste comme Meyer, surtout pour suppléer Reis : la comparaison est inévitable et je doute qu'elle tourne en sa faveur. C'est sévère mais implacable.

Allez, rendez-vous dans quinze jours pour la suite de ce nanar boursouflé.

mardi 12 décembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #2, de Tom Taylor et Ivan Reis


Ce deuxième volet de Titans : Beast World est aussi spectaculaire que le premier. Ce qui est l'essentiel puisque c'est l'objectif évident de cet event. Tom Taylor mène sa barque avec efficacité à défaut d'originalité car son histoire en rappelle furieusement une autre... Quant à Ivan Reis, il donne tout ce qu'il a avant son départ annoncé de DC.
 

Devenu l'équivalent de Starro après avoir vaincu la Necrostar, Beast Boy ne se maîtrise plus et libère des spores sur le monde entier, qui transforment les humains en bêtes sauvages. La situation devient hors de contrôle quand Batman est contaminé puis Black Adam...


Au moins on ne pourra pas reprocher à Titans : Beast World son manque de finesse : c'est bien un divertissement bourrin, sans aucune subtilité, avec des ficelles grosses comme des câbles, produit dans l'unique but d'en mettre plein la vue.


D'un côté, on peut donc féliciter DC pour sa franchise dans cette entreprise : l'éditeur ne trompe personne sur la marchandise, il ne cherche pas à réinventer la roue et on peut parier que les conséquences resteront limitées - même avec la confirmation que la vraie méchante dans cette affaire en tirera quelque profit.


De l'autre, on peut quand même se désoler que DC se soit lancé dans ce récit sans plus d'ambition, ou plus exactement ait trouvé de la place pour un projet aussi bas du front au lieu de simplement publier des séries mensuelles tranquillement, à peine quelques mois après Knights Terror. Mais au moins cette fois, l'intrigue n'impacte pas les titres en cours (les tie-in sont des n° spéciaux tout à fait dispensables).

Tom Taylor demeurera pour moi le scénariste le plus surcoté de DC : son Nightwing a eu raison de ma patience et son event n'est rien d'autre que la confirmation de la pauvreté de son imagination. Car, parlons peu mais parlons vrai : Titans : Beast World a tout d'un plagiat. Qui plus est un plagiat d'un crossover de DC.

Souvenez-vous : en 2016, DC Rebirth venait juste de démarrer et à peine quelques mois après la relance des titres Batman, Detective Comics et Nightwing, Steve Orlando signait script et dialogues du crossover : Night of the Monster Men. Hugo Strange y transformait en monstres géants et grotesques plusieurs personnages (dont Nightwing) pour créer le chaos à Gotham.  

Bon, hé bien, là, vous remplacez Strange par Amanda Waller et le Dr. Hate (le nom de vilain le plus ridicule dont on nous a gratifié depuis des lustres) qui ont profité du plan de Beast Boy pour battre la Necrostar en se transformant en Starro. Résultat : tout le monde ne se transforme pas en monstres mais pas loin quand même puisqu'ils deviennent des bêtes sauvages.

Ah, je vous avais prévenus, c'est du pompage en bonne et due forme, et sans scrupules. La Nuit des Monstres était déjà d'une débilité sans fond mais Titans : Beast World ne vaut pas mieux - en tout cas à ce stade. Bien sûr, on peut croire aux miracles et penser que ça va s'arranger, mais je ne miserai pas gros là-dessus.

Taylor fait de Batman une sorte de loup-garou et de Black Adam un lion. J'espère que Aquaman ne va pas se changer en baleine et nouer une idylle avec King Shark... Mais avec ce scénariste, on peut s'attendre à tout. Je ne veux pas l'accabler : il y a bien un editor qui a validé cette idée et un rédacteur en chef qui a consenti à la publier, mais bon, après Knights Terror qui, comble du comble, ne faisait jamais peur, ce Beast World est un autre event assez pathétique. DC n'a pas besoin de ça.

Heureusement, dans notre malheur, nous avons le plaisir de lire les planches de Ivan Reis. C'est bien la seule chose de valable dans ce nanar et l'artiste brésilien honore la profession en donnant tout ce qu'il a au service de cette histoire débilissime.

Là aussi, on peut se désoler que le dessinateur qui, jadis, accomplit des miracles sur Blackest Night en soit réduit à faire ça, mais en même temps, il doit s'en fiche pas mal puisque, c'est annoncé, il va quitter DC pour rejoindre Ghost Machine, le label de son ami Geoff Johns pour lequel il sera exclusif (et il y rejoint d'autres pointures comme Bryan Hitch, Francis Manapul, Jason Fabok rien que pour la partie graphique).

Le soin que met Reis à illustrer Beast World, à nous livrer des scènes épiques, force le respect, mais on ne peut s'empêcher là aussi d'être affligé de voir celui qui a tant donné à DC partir sur cette note. Il méritait une sortie plus qualitative, une histoire digne de son talent. Pour ma part, je regretterai toujours qu'il n'ait pas oeuvré sur un run à sa mesure sur Justice League (il avait participé à la série du temps des New 52, mais avec des épisodes peu convaincants).

De mon côté, je vais continuer et terminer Titans : Beast World. Uniquement parce que le rythme de parution est soutenu (prochain n° dans quinze jours) et que ce sera donc vite plié. Et pour Reis. Après, je tâcherai d'oublier jusqu'au nom de l'infâme Tom Taylor, un des pires écrivaillons de comics qui a jamais été.

mercredi 29 novembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #1, de Tom Taylor et Ivan Reis


Je ne suis pas un fan des events, ni de Tom Taylor, mais pourtant je me suis trouvé à lire le premier épisode (sur six) de l'event DC de cette fin d'année : Titans Beast World. La présence au dessin de Ivan Reis motive beaucoup et puis surtout l'éditeur a décidé de ne pas faire durer les choses (malgré l'habituel cortège de tie-in qui accompagnera cette histoire) en publiant tout ça entre fin Novembre et début Janvier. Alors ? Est-ce que c'est bien ?
 

Une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité atterrit sur Titan, la lune de Saturne, mais réveille la Necrostar, un monstre bien connu du peuple tamaranéen de Starfire. Seul Starro le conquérant a réussi par le passé à la vaincre. Mais méfiant à la perspective d'une telle alliance, Beast Boy propose un plan B risqué...


Je n'avais pas prévu de me lancer dans cet event. Comme je l'écris plus haut, les events me déçoivent trop souvent. En plus celui-ci est écrit par Tom Taylor, un scénariste largement surcoté pour moi. Et je ne lis pas la série Titans qu'il écrit.


Mais quand un ami m'a prêté son exemplaire en me jurant que c'était bon, je me suis laissé tenter. Et, c'est vrai que c'est bon. Pas révolutionnaire mais efficace. Et avec ses quarante pages, ce premier numéro (sur six) se donne les moyens d'embarquer le lecteur dans un récit très spectaculaire.


Le retour de la Justice League n'étant toujours pas d'actualité, DC mise sur les Titans, placée en première ligne, comme les remplaçants de la Ligue de Justice. On s'amusera quand même de voir tous les cadors de la JL aux premiers rangs lors de la réunion de crise, même si c'est bel et bien la bande de Nightwing qui est en haut de l'affiche.


Comme souvent chez DC, la menace est cosmique : ici, il s'agit de la Necrostar, une entité extrêmement puissante et fatale enterrée sur la lune de Saturne, Titan, et réveillé par une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité, dont le leader, Frère Eternité, semble avoir caché à ses "forevernauts" un vilain secret.

L'événement, retransmis en direct à la télé, alerte aussitôt Starfire qui reconnaît un vieil idiome tamaranéen pour réveiller la Necrostar. Logiquement, c'est aussi Koriand'r qui va expliquer à tout un tas de héros de quoi il ressort, grimoire à l'appui. Tom Taylor semble compter sur une certaine simplicité pour poser les fondements de son intrigue et c'est louable.

Néanmoins le scénariste se garde des munitions - il a raison, quand on part pour un épisode de 40 pages, autant ne pas tout dire d'un coup. La seule entité capable de contenir la Necrostar est Starro le conquérant, mais pour Beast Boy, il est clair qu'attendre de l'aide d'une bestiole pareille revient à soigner le mal par le mal, donc assumer un trop gros risque.

Je ne spoile pas grand-chose en vous révélant que le plan de Beast Boy est de se transformer en une étoile de mer géante rivalisant avec Starro. Le procédé est détaillé de manière à la fois assez détaillée et allusive pour ne pas verser dans l'horreur, et souligne le lien, romantique autant que sacrificiel, entre Gar Logan et Rachel Roth/Raven.

Il est intéressant de voir que le scénario prend en quelque sorte le contrepied des classiques de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque des New Teen Titans, où Raven était l'élément instable de l'équipe à cause de ses liens avec Trigon, qui risquait de la faire sombrer du côté obscur à tout moment. Ici, c'est elle qui accompagne Beast Boy vers sa métamorphose, où il risque à son tour de perdre tout contrôle. Et évidemment, pas besoin d'être un génie pour l'anticiper, ça ne va pas manquer d'arriver... Mais avec le concours d'un autre méchant.

Sur ce dernier, en revanche, je resterai discret, même si je dois avouer que je trouve son nom franchement grotesque (et il faut en outre savoir qu'il est apparu un peu plus tôt, à la fin de Knights Terror, l'event estival de 2023, quand Amanda Waller a récupéré la pierre du cauchemar et une autre relique). Il faudra attendre pour voir ce que va en faire Taylor, si la Necrostar est définitivement écartée, et si Starro ne pointe pas le bout de ses branches...

C'est en tout cas efficace et très rythmé. Ivan Reis fait ce qu'on attend de lui et pour quoi il est si insolemment doué : l'épisode regorge de planches généreusement détaillées, avec des angles de vue grandioses. Les décors sont exploités de la manière la plus spectaculaire possible et les scènes d'action ont une envergure que peu d'artistes parviennent à traduire.

Le casting, fourni, n'est pas un souci pour Reis, ni pour son encreur Danny Miki ni pour son coloriste Brad Anderson, qui ont tous eu à les représenter dans leurs carrières. Le vrai défi est bien de faire croire au lecteur que les Titans peuvent être les grands sauveurs de l'humanité comme la Justice League avant eux et pas seulement des substituts pratiques en attendant le retour des justiciers vedettes.

La formation qu'animent Taylor et Reis consiste en Nightwing, Starfire, Donna Troy, Cyborg, Raven et Beast Boy, et ce sextet ne manque pas de charisme. Quiconque a une connaissance minimum de l'univers DC sait qui sont ces personnages, déjà là à la fin des années 70, début des années 80, même si après Wolfman et Pérez leur groupe a connu des fortunes très diverses. 

Ce qui est appréciable, c'est que DC semble définitivement sorti de ses tentations de faire des Titans une Justice League junior avec des héros aux compétences équivalentes. Et Taylor s'appuie sur l'historique de cette bande pour ne pas avoir à expliquer au lecteur qui ils sont, d'où ils sortent, pourquoi ils sont en première ligne. Même si la Justice League est présente à l'image et finira pas revenir dans une série mensuelle, pour l'heure, elle n'est ni reléguée artificiellement  pas plus que les Titans mis en avant pour l'occasion. D'ailleurs le titre de l'event associe bien Titans et Beast World (alors que DC aurait pu se contenter de cette dernière partie).

Le cliffhanger laisse la porte ouverte à une crise en bonne en due forme (mais sans le ciel rouge ni forcément la fin de l'univers/multivers/omnivers à la clé). Et surtout on n'aura pas à attendre longtemps pour la suite (chaque numéro paraîtra à quinze jours d'intervalle).

mercredi 23 août 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #12, de Tom Taylor et Yasmine Putri


21 (!) mois après le début de sa parution, Dark Knights of Steel est (enfin) terminé. Une fin sans surprise, sans éclat, qui ne comblera pas grand-monde à coup sûr. Tom Taylor donne au lecteur lambda ce que ce dernier veut, rien de plus, et se permet même de teaser une suite... Yasmine Putri produit de jolies planches mais on sent que de son côté aussi le coeur n'y est plus.
 

Protex et les martiens blancs ont scellé un pacte avec Amanda Waller qui leur fournit un moyen de percer les défenses autour du château des El. Mais Constantine, Lois et Harley Quinn ont prévu une parade dont le prince Bruce, Kal et Diana sont les fers de lance...


Il y a peu je rédigeai une critique groupée des derniers épisodes en date de Avengers et Guardians of the Galaxy pour pointer les faiblesses  de leurs scénaristes respectifs, incapables, selon moi, de produire de bons team-books, alliant une caractérisation de qualité et des intrigues originales et efficaces. 


Je n'épargnai pas Jed MacKay et le duo Jackson Lanzing - Collin Kelly mais Tom Taylor me semble aussi surcôté que ces trois-là. Je sens que je ne vais pas me faire beaucoup d'amis en disant cela parce que Taylor est populaire avec son run sur Nightwing, que je considère également surestimé. Mais tant pis, je le dis quand même : ce n'est pas bon.


Il me semblait pourtant que Taylor s'en sortait mieux dans le cadre d'histoires hors continuité. J'avais trouvé son premier arc de DCeased plutôt malin, mais avoir ajouté deux volumes à ce récit montrait bien un opportunisme regrettable.

Si Dark Knights of Steel avait été édité plus intelligemment (notamment en accordant un break substantiel à Yasmine Putri pour qu'elle puisse dessiner tranquillement des épisodes d'avances, ou en publiant cette mini-série bimestriellement par exemple), la lecture aurait sans doute été plus agréable; Mais en l'état, les retards fréquents ont eu raison de ma patience et de mon indulgence car, à chaque fois, que je découvrais un nouveau chapitre, je ne lisais rien qui justifiait que cela ait pris tant de temps pour l'écrire et le dessiner.

Entendons-nous bien : ce n'est pas mauvais. Yasmine Putri, cover-artist, s'avère une dessinatrice complète et douée, et j'aimerai la revoir sur un projet sans doute plus modeste, en tout cas moins énergivore - car, franchement, donner une histoire pareille à quelqu'un qui n'est pas habitué à livrer vingt pages par mois est une absurdité.

Tom Taylor n'est pas non plus un scénariste à jeter. En transposant le DCU dans une épopée médiévale teintée de fantastique, il a adapté parfois avec goût et imagination des personnages et des situations familières. Même si au bout du compte il a gadgetisé tout cela, soulignant plus les différences cosmétiques que thématiques.

Malgré tout, on achève la lecture de Dark Knights of Steel avec un sentiment de déception trop grand pour l'ignorer. Taylor a eu les yeux plus gros que le ventre, en voulant absolument caser des héros dont il n'a rien fait (comme Green Arrow, mutilé et rendu inutile, Black Canary, réduite à de la figuration, Poison Ivy, trop en retrait...). Il a sombré dans des clichés d'auteur de fanfic en créant très artificiellement un couple Supergirl-Wonder Woman (jamais développé), a fait de Batman un bâtard mi-humain, mi-kryptonien (sans que cela n'enrichisse le personnage).

Cette distribution pléthorique de personnages associée aux retards de parution a contribué à troubler le lecteur qui pouvait facilement ne plus se rappeler qui était qui. Et comme le noeud de l'intrigue reposait sur la présence de martiens métamorphes, usurpant l'identité de seconds rôles, tout devint vite confus. En route, des pans entiers de l'histoire sont passés à la trappe (notamment les plans de Etrigan/Ra's Al Ghul contre les Titans) quand d'autres se révélaient tardivement mais de manière trop attendue (la duplicité de Waller).

Le problème de Taylor est bien similaire à celui de MacKay et Lanzing - Kelly : il ne sait pas correctement caractériser ses protagonistes, bons ou méchants, et le lecteur a toutes les peines du monde à s'y attacher. Les intrigues et subplots sont maladroits, ne s'imbriquent pas avec fluidité, et n'aboutissent qu'à des conclusions faiblardes compte tenu des enjeux élevés avancés au début. En vérité, il veut à la fois créer un monde (ici donc un DCU médiéval avec une touche de fantasy) et des figures réinventées de façon mémorables. Il échoue sur les deux plans.

D'abord parce que cet univers parallèle qu'il invente n'est pas suffisamment bien défini : il ne suffit pas de placer des visages familiers et relookés dans des châteaux forts pour que cela suffise à convaincre de l'originalité du procédé. C'est juste exotique. Ensuite, il ne suffit pas davantage de redéfinir des relations entre des héros connus (comme faire de Wonder Woman et Supergirl un couple, de Superman et Batman des demi-frères) pour qu'on trouve ça très audacieux ou même original. C'est juste cosmétique, aussi choquant qu'un changement de costume ou de couleur de peau ou de sexe : les editors et auteurs devraient savoir que les lecteurs sont devenus plus difficiles à berner que ça.

Enfin, il y a, chez Taylor, un problème majeur : celui du vilain. Dans Nightwing, il a passé un nombre invraisemblable d'épisodes à photocopier l'antagonisme Daredevil-Kingpin en les remplaçant par Nightwing-Blockbuster, et quand il a rajouté à l'équation Heartless, il a totalement échoué à faire de ce dernier un méchant avec une présence consistante. Ici, c'est pareil : Protex et sa bande de martiens tombent trop facilement dans un piège qui plus est imaginé par Harley Quinn (!), la grande bataille qui promettait d'être incertaine est réglée en deux temps-trois mouvements. C'est piteux. Mais surtout le dit Protex n'a aucune personnalité et ses plans aucune originalité ni envergure : on sent, on sait qu'il va échouer.

Reste donc les planches de Yasmine Putri. Quand elle a été aux commandes, elle a rarement déçu. Elle manque certes d'expérience comme narratrice, mais pas de talent. Il aurait été surtout plus avisé qu'elle s'exerce sur une histoire moins ambitieuse et plus rigoureuse avant de s'engager dans une mini-série aussi longue et laborieusement écrite. Cela lui aurait évité de dessiner tant de cases dénuées de décors, pour gagner du temps, même si elle a eu la chance d'avoir un talentueux coloriste comme Arif Prianto pour l'aider.

Si Taylor, comme tout l'indique, écrit une suite, je n'en serai de tout façon pas. J'en ai définitivement soupé de ce mauvais écrivaillon dont la hype me dépasse. Peut-être est-ce surtout là l'enseignement de Dark Knights of Steel : arrêter de porter aux nues des auteurs qui sont si inégaux, arrêter d'en faire des pseudo-architectes quand ils n'en ont pas les capacités. D'ailleurs, arrêtez ces histoires de scénaristes-architectes et veillez à ce qu'ils écrivent d'abord de bonnes histoires avant de leur demander de réinventer la roue.

mardi 27 juin 2023

NIGHTWING #105, de Tom Taylor et Bruno Redondo


Cette fois, ce devrait vraiment être le dernier numéro de Nightwing dont j'écrirai la critique. La série va elle aussi connaître un hiatus de deux mois, le temps de l'event Knight Terrors, et reprendra en Septembre, mais sans moi. Tom Taylor et Bruno Redondo ont imaginé une histoire en caméra subjective, entièrement du point de vue de Nightwing. Le résultat est donc un pur exercice de style. Mais pas que.



A peine réveillés, Dick Grayson et Barbara Gordon reçoivent un appel de la maire de Bludhaven les avertissant qu'une arme biologique circule en ville à bord d'une rame de métro. Nightwing et Batgirl découvrent que l'une des Double Dare s'st injecté un vaccin et est poursuivie par les ravisseurs de sa soeur jumelle...


J'ai différé autant que possible le moment où je lâcherai Nightwing parce que c'était une série sympa, à laquelle on ne pouvait reprocher de divertir de façon qualitative. Cependant, on pouvait la blâmer pour son inconsistance chronique, sa narration lâche, et les prestations en pointillés de son artiste principal.


Les fans de comics adorent brûler ce qu'ils ont aimer et, même si je me retiens de céder à cette tentation, je n'aurai pas l'outrecuidance de prétendre que je ne le fais pas. Quand il a repris la série, Tom Taylor m'a séduit par son amour du personnage et son écriture entraînante tout comme Bruno Redondo avec son graphisme inventif et élégant.


Puis, progressivement, le charme s'est dissipé comme un parfum capiteux. La décompression narrative a eu raison de ma patience, des intrigues inégales se sont accumulées, et le dessinateur titulaire était trop souvent remplacé à mon goût par des suppléants doués mais un cran en dessous. S'est alors posée la question : combien de temps encore allais-je donner sa chance au produit ?

Je disais que les fans de comics sont parfois capricieux et dénigrent aussi vite qu'ils encensent. Prenez Bendis, Millar, des hit-makers longtemps loués justement pour leur capacité à transformer le plomb en or et qui ont fini sur le bûcher pour avoir trop recyclé les mêmes idées, les mêmes motifs. Prenez Aaron idolâtré quand il animait les mutants puis vilipendé pour ses Avengers. Prenez Johns applaudi pour avoir porté aux cimes Green Lantern puis méprisé pour avoir lancé les New 52. On pourrait continuer longtemps comme ça.

A sa façon Tom Taylor a fini lui aussi par lasser en utilisant trop souvent les mêmes recettes, en préférant la forme au fond. Si des lecteurs continuent d'apprécier sa soupe, d'autres voient en lui un escroc qui n'a finalement pas grand-chose à raconter.

Je n'irai pas aussi loin même s'il m'a souvent agacé. Ce n'est pas un mauvais bougre, j'en suis sûr, il aime ce qu'il fait, ses personnages, est sincère dans sa démarche. Mais au fond, comme Tom King (qui demeure bien plus doué que lui), il est plus agréable à suivre dans ses histoires hors-continuité que dans des productions mensuelles plus calibrées.

Ce 105ème épisode de Nightwing résume parfaitement Taylor : l'épisode s'appuie sur une prouesse, raconter une histoire en temps réel, du point de vue de son héros. C'est-à-dire qu'on voit ce qu'il voit, et qu'on le voit, lui, uniquement dans des miroirs, des reflets. De la caméra subjective. Pourquoi ? 

Pourquoi pas ? Rien ne justifie spécialement ce truc visuel sinon le simple amusement et l'exploit visuel accompli par Bruno Redondo qui, comme dans Nightwing 87 et son fameux plan-séquence, fait un super boulot, respectant cette gageure avec brio. Le découpage est très fluide et dynamique, toujours en mouvement, et souligne la drôlerie de certaines situations sans trop insister.

C'est vraiment dommage que Redondo ne soit pas plus régulier et ne puisse pas enchaîner les épisodes, mais ce n'est pas en s'engageant dans la réalisation d'épisodes spéciaux comme celui-ci qu'il se corrigera. Le comble, c'est que même quand il a reçu l'aide d'un encreur, son rendement est resté le même. Au fond, ne serait-il pas plus avisé de la part de DC et de Tom Taylor d'employer Redondo sur un récit au sein du DC Black Label où la périodicité est moins stricte et où donc il aurait le temps de dessiner à un autre rythme, moins soutenu.

Toutefois, il serait injuste et faux de comparer ce n° 105 au 87, qui était un coup pour rien, un machin tape-à-l'oeil sans intérêt (et qui, en recueil, n'a pas pu être édité en dépliant pour apprécier le plan-séquence). Tout simplement parce que, cette fois, Tom Taylor s'est souvenu de poser un enjeu consistant et surtout qu'il avait un vilain qu'il a beaucoup trop négligé.

Je vais donc spoiler et je me le permets puisque c'est ma dernière critique sur Nightwing. A la fin de cette course-poursuite, le héros aboutit dans le bureau de l'homme qui traquait les Double Dare. Il s'agit d'un nommé Lyle Shelton et, comme dévoilé dans l'Annual de Nightwing (que je n'ai pas lu mais ce n'est pas préjudiciable à la compréhension), c'est l'alter ego de Heartless, l'homme qui a tué Blockbuster et organisé l'attaque contre la prison de Blüdhaven dans le n° 100.

Taylor, qui semblait jusque-là se servir de ce méchant seulement quand il y pensait alors que, dans le même temps, il voulait en faire l'antagoniste principal de Nightwing (en mêlant ses origines aux siennes), réussit enfin à rattacher les wagons et à réunir les deux adversaires (même si Nightwing ignore que Shelton est Heartless, mais au moins maintenant sait-il qu'il faut s'en méfier). Que ce fut laborieux ! Mais pour ceux qui sont restés jusque-là, c'est comme une récompense.

Hélas ! trop tardive. En tout cas pour moi. Avec des "si", dit-on, on mettrait Paris en bouteille, mais avec des si Taylor était plus rigoureux dans son écriture, si Redondo était plus ponctuel ou carrément remplacé par un dessinateur vraiment régulier, Nightwing serait un fleuron du Dawn of DC. Malheureusement, ce n'est qu'une série qui a eu raison de ma patience, malgré des atouts et des atours évidents. Dommage.

mercredi 7 juin 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #11, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Dark Knights of Steel s'achèvera dans deux mois, quasiment deux ans depuis le début de sa parution (c'était en Novembre 2021). D'où un légitime sentiment de lassitude, de ne pas en voir le bout. Editorialement, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est pas fameux. Mais Tom Taylor aura, tant bien que mal, su préserver un intérêt à son projet, bien aidé par la dessinatrice Yasmine Putri. Et ce pénultième épisode est une belle veillée d'armes.



Les martiens blancs ont mis la main sur la kryptonite, grâce à laquelle ils ont un avantage sur le royaume des El. Avec les Pierce et les Amazones, ceux-ci se préparent à la guerre, grâce à J'onn J'onzz mais aussi aux prisonniers des donjons qui sont libérés. Ce qui déplaît à la général Waller...


La désastreuse gestion éditoriale de cette mini-série obligera, je l'espère, les editors du DC Black Label à réfléchir à leur manière de sortir de futurs projets sous cette bannière. Car, avec deux sous d'intelligence, et davantage de bon sens, Dark Knight of Steel aurait été bouclé depuis un moment et ses lecteurs moins frustrés.


Je ne vais pas revenir là-dessus, j'en ai déjà parlé dans de précédentes critiques, mais tout de même, quel gâchis que de ne pas avoir mieux anticiper le temps nécessaire à Yasmine Putri pour dessiner ses épisodes. Démarrée en Novembre 2021, la série ne se conclura qu'en Août 2023, ayant épuisé pas mal de fans entre temps.


C'est d'autant plus dommage que Tom Taylor a sans doute écrit son magnum opus avec Dark Knights of Steel. Si, avec une série comme Nightwing, le scénariste m'a déçu et découragé, en revanche, quand il imagine des récits "elseworlds", il se montre bien plus inspiré, libéré de toute contrainte.

La révélation que Alfred, le valet du prince Bruce, était en réalité le martien J'onn J'onzz dans cette réalité a permis de justifier beaucoup d'événements antérieurs. A commencer par le fait que les vrais méchants de l'histoire étaient des martiens blancs métamorphes venus conquérir la Terre après la destruction de leur planète. Dans un contexte médiéval, teinté de fantastique, c'est une fantaisie supplémentaire qui n'a aucun mal à trouver sa place, même si elle survient tardivement.

Il est désormais acquis que Dark Knights of Steel s'achèvera dans une bataille qui promet d'être spectaculaire et mortelle pour nombre de protagonistes, entre les kryptoniens de la maison El, les amazones, la famille Pierce, sans doute les Titans, et quelques sorciers. Aussi, ce onzième chapitre est une veillée d'armes.

Taylor prend donc le temps de montrer comment les adversaires d'hier se préparent au conflit en utilisant ce que redoutent le plus leurs ennemis, le feu, ici creusant des tranchées, là incendiant des terrains. La reine Lara et ses deux enfants déterrent de quoi forger un projecteur de la zone fantôme où expédier les martiens blancs. Poison Ivy met à disposition sa forêt pour concevoir des armes. John Constantine comprend à quel point il a mal interprété la prophétie. Les mystérieuses créatures enfermés dans les donjons de la maison El sont libérés pour grossir les rangs de l'armée.

Cette dernière initiative a pour conséquence de déplaire à Amanda Waller, qui a souffert la perte de nombre de ses soldats à cause de ces vauriens. Et elle trahit donc les El en allant proposer une alliance aux martiens blancs. Je spoile mais ce n'est pas méchant dans la mesure où ce comportement correspond à celui de la Amanda Waller qu'on connaît dans la continuité classique, prête à composer avec la pire engeance contre des dangers surhumains. C'est le point le plus convenu, le plus téléphoné de cette partie de l'épisode.

Ce qui l'est moins, c'est la réconciliation entre Kal et Bruce quand on se souvient que le premier avait voulu tuer le second quand il lui avait révélé être son demi-frère. Mais ça, c'était avant, avant qu'on sache que Protex, le chef des martiens blancs, avait usurpé l'identité et l'apparence de Kal. Taylor s'est joué du lecteur, quitte parfois à miser sur des coups de théâtre un peu poussifs, un casting un chouia trop fourni (je compte sur le retour des Titans, d'Etrigan, mais sans en avoir l'assurance). Le scénariste apprécie visiblement d'abuser son audience, ce qui ne serait pas gênant si sa série sortait régulièrement, alors que là, avec cette périodicité chaotique, l'astuce est moins efficace.

Yasmine Putri a un peu de mal à dissimuler sa fatigue. Quand on dessine sur une si longue durée une histoire, difficile de garder la même énergie, la même exigence. Elle accomplit une prestation très honorable à laquelle on peut juste reprocher d'être trop légère sur les décors, avec beaucoup trop de plans sans arrière-fond (et que le coloriste Arif Prianto doit donc remplir).

Le charisme de ses designs et l'allure de ses personnages comblent un peu ces failles, mais il faut bien avouer que l'épisode ne permet pas non plus à Putri de fournir un découpage spectaculaire. Elle s'acquitte avec professionnalisme de scènes dialoguées, souvent en tête-à-tête, et certains moments sont tout de même touchants et beaux (je retiens l'échange entre le prince Bruce et J'onn J'onzz).

C'est vraiment, je le répète, que l'éditorial ait échoué à trouver une parution plus adaptée, qui nous aurait épargné des fill-in trop moyens et une pause de plusieurs mois à mi-parcours qui n'a pas permis à Yasmine Putri d'engranger assez d'épisodes d'avance. Souhaitons à présent que Tom Taylor nous donne un final à la hauteur, en attendant de relire tout ça d'une traite, apaisé.

samedi 27 mai 2023

NIGHTWING #104, de Tom Taylor et Travis Moore


Nightwing #104 marque la fin de l'arc qui a servi de prologue à la relance de la série Titans, également écrite par Tom Taylor et dont le n° 1 est sorti la semaine dernière. Le scénariste conclut cette histoire sans éclat et il est regrettable comme d'habitude avec lui que ce soit l'habitude. Travis Moore termine son intérim avec classe avant le retour de Bruno Redondo le mois prochain.


Doté par Neron de pouvoirs pour deux heures, Nightwing renonce à les utiliser contre son adversaire et préfère demander conseil à Superman. Il part ensuite aider les Titans sur l'île de Themyscira et sauver Olivia Desmond, qui sera confiée aux amazones...


Commençons par parler de ce qui va se passer le mois prochain et ensuite : en Juillet et Août nombres de séries vont se mettre en pause pour s'aligner sur l'event Knight Terrors, écrit par Joshua Williamson et qui va confronter plusieurs personnages à leurs pires cauchemars. Nightwing fera partie du lot et donc la série reprendra ses droits en Septembre au n°106.


Ce qui signifie que le n°105 sera le dernier avant ce break et pour l'occasion Bruno Redondo sera de retour au dessin pour un épisode très spécial, entièrement raconté du point de vue de Nightwing (en caméra subjective donc), un exercice de style à la manière du n°87 (avec ce plan-séquence unique).


Je pense que j'écrirai à cette occasion ma dernière critique sur la série puisque je n'ai pas l'intention de la poursuivre (et que je vais également zapper les épisodes tie-in à Knight Terrors). J'avais décidé d'accorder une dernière chance à Tom Taylor sur Nightwing après le #100, mais ça n'a pas été concluant.

En parlant encore de calendrier, on notera la bizarrerie de celui de DC qui a donc relancé Titans une semaine avant Nightwing #104 qui lui sert pourtant de rampe de lancement. L'arc qui se termine aura en effet vu les Titans s'inviter dans les pages des aventures de Nightwing de manière curieuse et pour une intrigue qui a fait long feu.

C'est aussi un bon résumé de tout ce qui cloche avec Tom Taylor, auteur plus à l'aise avec des histoires hors continuité, où son imagination débridée est plus inspirée. Jamais, avec Nightwing, il n'a semblé en mesure de proposer des arcs narratifs aussi inventifs, aussi libérés, même si son affection pour le personnage est sincère et qu'il a contribué à le remettre sur de bons rails.

Mais, comme je l'ai (trop ?) souvent écrit, Nightwing par Tom Taylor souffre trop de la comparaison avec ses modèles plus ou moins déclarés, comme Daredevil (période Waid/Samnee) ou Hawkeye (période Fraction/Aja). Le fait que DC ait voulu par-dessus le marché suspendre la publication de Justice League et faire des Titans la nouvelle équipe première de super-héros de leur univers, avec Nightwing comme symbole de Dawn of DC, a placé Taylor dans le rôle d'un scénariste leader au même titre que Joshua Williamson.

Il ne fait pourtant aucun doute qu'avant la fin 2023 un relaunch de Justice League sera mis en route et les Titans seront à nouveau à la seconde place qu'ils ont souvent occupée dans la hiérarchie du DCU, un peu comme les New Mutants n'ont jamais remplacé les X-Men.

Pour en revenir à ce #104, Taylor expédie le dénouement de son récit avec une désinvolture proche du complet je-m'en-foutisme. Pourvu de pouvoirs par Neron, Nightwing fait des allers-retours Themyscira-Metropolis (pour demander à Superman que faire des talents offerts par le maître des bas-fonds). Cela donne lieu à une scène dont on hésite à dire si elle est sympathique ou grotesque, car si la relation Superman-Nightwing a souvent été exploitée par les auteurs, elle ne fait ici que souligner l'évidence (c'est-à-dire que Nightwing ne se laissera jamais déborder par le pouvoir). Les Titans sont réduits à de piteux soldats incapables de s'en sortir sans leur leader temporairement doté de capacités extraordinaires.

Je vous passe le reste, qui est aussi croquignolet avec la gamine Desmond et un cliffanger avec Raven qui n'intéressera que ceux qui lisent le relaunch de Titans (ce qui n'est pas mon cas). Tout Taylor est concentré dans cette vingtaine de pages, avec à la fois cette naïveté mais aussi cette incapacité à conclure dignement. On reprochait beaucoup ça à Bendis dans le temps, qui démarrait fort mais ne savait pas finir, mais au moins Bendis, dans ses bons jours, imaginait des histoires moins fumeuses (je sais qu'en écrivant ça, beaucoup ne seront pas d'accord, mais prenez ça pour de la nostalgie de fin de semaine puisque Bendis publie désormais dans l'indifférence générale, y compris la mienne).

Visuellement, c'est au moins joli et c'est grâce à Travis Moore, le fill-in de luxe, qui vaut bien mien mieux que Geraldo Borges (qui est aillé grossir les rangs des séries créées par Kyle Higgins chez Boom ! Studios). Il y a une certaine fadeur chez ce dessinateur, au demeurant très doué, solide techniquement, mais il mériterait mieux que de jouer les remplaçants pour des collègues qui ne tiennent pas leurs délais. C'est propre, élégant, efficace en tout cas, avec un découpage toujours impeccable, des personnages beaux, des compositions soignées. La critique glisse sur Travis Moore simplement parce qu'il fait le job et il le fait bien consciencieusement.

Un dernier mot encore. J'ai bien en tête que la lecture de critiques comme celles de cette semaine n'a rien de très distrayant, mais je refuse de mentir sur mon ressenti. Il n'y a pas eu de très bons comics sortis ces mardi et mercredi et c'est aussi frustrant pour moi car je sais après les avoir lu que je n'aurai pas d'articles captivants à rédiger. La semaine prochaine aussi, la moisson risque d'être maigre, avec peu d'achats de mon côté. Mais les comics fonctionnent par cycles, et si ce n'est pas très excitant en ce moment, la roue finira par tourner.

mercredi 19 avril 2023

NIGHTWING #103, de Tom Taylor, Travis Moore et Vasco Georgiev, C.S. Pacat et Eduardo Pansica


Avant-dernière partie de l'arc en cours, ce 103ème épisode de Nightwing a quelque chose de décourageant tant Tom Taylor retombe dans ses pires travers. Pour ne rien arranger, Travis Moore au dessin tire la langue et a besoin de renfort. La back-up story par C.S. Pacat et Eduardo Pansica ne vaut pas mieux.


Raven guide Cyborg, Beast Boy et Nightwing en Enfer où, avec la complicité de Blaze, ennemie jurée de Neron, ils vont chercher le contrat signé entre le démon et Roland Desmond. De son côté, la fille de ce dernier, Olivia, est emmenée à Themyscera pour qu'elle s'entraîne...


Parfois, quand vous lisez des comics, vous avez un sentiment de découragement car, même si une série vous plait, c'est comme si celui qui l'écrivait, même en affichant de bonnes intentions, ne pouvait s'empêcher de vous décevoir. C'est quelque chose auquel je commence à être habitué avec Tom Taylor.


Je ne vais pas revenir sur les hauts et les bas de son run sur Nightwing, mais dernièrement, je trouvais qu'il s'était ressaisi. Certes, tout n'était pas parfait, et il y a toujours chez Tom Taylor une propension à différer des éléments pourtant avancés comme cruciaux. Par exemple, après avoir consacré beaucoup de temps à l'opposition Nightwing-Blockbustet et à introduire Heartless, ce dernier après son retour au premier plan au n°100, a à nouveau disparu.


Nightwing est donc devenu l'antichambre de la future série Titans, qui sera toujours écrite par Taylor. Mais qu'importe le flacon si on l'ivresse, et l'histoire débutée au n°101 n'avait rien de désagréable. Qui plus elle était mise en images par le talentueux Travis Moore, un artiste plus sobre que Bruno Redondo.

Mais tout ça vole en éclats dans cet épisode sorti hier. Travis Moore tire la langue et doit recevoir de l'aide. DC a donc demandé au jeune Vasco Georgiev de signer les pages 5 puis 13 à 18. Georgiev a beau s'appliquer, ça se voit quand même comme le nez au milieu de la figure. De plus, s'il n'est pas maladroit, il est quand même loin d'avoir un niveau suffisant, très loin du trait élégant de Moore.

Pour ne rien arranger, alors que je scrollais sur Twitter hier, j'ai découvert sur le fil de Kara Huset que DC a carrément piqué à cette jeune artiste le design de costume que Neron donne à Nightwing à la dernière page de cet épisode. Kara Huset n'a évidemment pas été prévenue et a été sidérée de constater ce plagiat manifeste. Reste à savoir si elle poursuivra DC en justice, sachant que ce genre de procédure est une épreuve pour une artiste inconnue face à un géant de l'édition et sa horde d'avocats. Mais bon, c'est tout de même écoeurant comme procédé...

J'étais déjà mal à l'aise avec cette affaire (dans laquelle, je l'espère, Tom Taylor et des dessinateurs interviendront en soutenant Kara Huset) en lisant l'épisode. Je ne m'attendais pas à l'être aussi en découvrant le contenu de l'histoire, qui fait vraiment pitié.

On pouvait raisonnablement espérer un numéro riche en action, en décors épiques, en péripéties puisque Raven entraînait Cyborg, Beast Boy et Nightwing en enfer pour y trouver le contrat passé entre Neron et Blockbuster. N'espérez rien de tout ça ! C'est abominablement mou, sans nerf, et Tom Taylor pousse même le bouchon jusqu'à montrer que l'endroit où Neron enregistre ses contrats sous la forme d'une salle entièrement occupée par des ordinateurs : heureusement que le ridicule ne tue pas sinon la série devrait se trouver un nouvel auteur...

Parvenu à ce degré de nullité, on se demande franchement ce qui passe par la tête de Tom Taylor, et s'il est même encore préoccupé par Nightwing. Il lui est arrivé d'introduire des éléments limites dans la série, comme Nite-Mite, mais il s'en tirait avec les honneurs. En revanche, impossible de ne pas être consterné devant la mollesse de l'action ici et une "trouvaille" comme cette salle des ordinateurs de l'enfer. On ne peut tout simplement pas terminer l'épisode sans être presque gêné pour le scénariste...

Lassé d'être toujours déçu, de façon régulière, je vais quand même terminer cet arc, mais après rideau parce que je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me convaincre de continuer. Et ne comptez donc pas sur moi pour investir dans la série Titans (j'hésitai avant, mais plus maintenant).


Je vais être totalement transparent : j'ai lu la back-up story de Nightwing #103, avec cet interminable enquête du héros qui forme Jon Kent à ne pas compter que sur ses pouvoirs. Mais je n'en ai rien retenu. Quel est l'intérêt de cet appendice ?

Et en prime, c'est très laid (Eduardo Pansica est méconnaissable).

mercredi 29 mars 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #10, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Désormais publiée bimestriellement jusqu'à son dernier épisode (ce qui nous projette en Juillet prochain), Dark Knights of Steel se rappelle à notre souvenir comme une histoire qu'on oublierait presque dans le flot des sorties. Mal éditée donc, la saga de Tom Taylor et Yasmine Putri reste toutefois une bonne lecture.


L'écuyer de Maître Bruce, Alfred, a révélé sa véritable nature : il est un martien, celui désigné par la prophétie de John Constantine comme l'Homme Vert, susceptible de provoquer le chaos. Appelé à raconter son histoire, J'onn J'onzz se défend en accusant son compatriote, le martien blanc, Protex, comme celui dont il faut vraiment se méfier...


Il y a quelque chose de regrettable dans la manière dont Dark Knights of Steel a été édité. Dans l'organigramme des comics, il y a un poste-clé, celui de l'editor, qui est en quelque sorte chargé de veiller à la production des séries. Il sert de correcteur auprès du scénariste, de superviseur auprès de l'artiste, et veille à ce que les épisodes sortent à l'heure dans un calendrier validé par la maison d'édition.


Le DC Black Label permet aux auteurs une plus grande souplesse dans les délais de production, et on peut mesurer le sérieux des editors des titres à la manière dont il organise la mise sur le marché des épisodes. De ce point de vue, The Human Target, de Tom King et Greg Smallwood, a été un exemple, puisque pour permettre à Smallwood de dessiner tranquillement les six derniers épisodes, un break de six mois dans la parution fut décidé et le lecteur était prévenu.


Mais il faut bien reconnaître que la plupart du temps, une telle anticipation n'est pas à l'oeuvre et régulièrement les mini-séries du DC Black Label commencent à sortir ponctuellement puis accumulent les retards. Du coup le lecteur se sent, légitimement, frustré, attendant chaque nouvel épisode sans trop savoir quand il sera disponible.

De ce point de vue, Dark Knights of Steel, c'est du grand n'importe quoi : songez que le n°1 est sortie en Novembre 2021, le 6 en Avril 2022, mais le 7 était dans le bacs en Novembre 2022, et depuis le rythme est devenu bimestriel. Quelqu'un chez DC a cru que Yasmine Putri (dont c'est la première grosse bande dessinée après s'être fait un nom comme cover artist) allait tenir un rythme mensuel sans problème alors qu'elle n'a jamais été capable de livrer plus de trois épisodes d'affilée. Du coup maintenant on a compris qu'il fallait lui laisser deux mois pour ne pas avoir recours à un fill-in artist...

Là où le bât blesse, c'est que le scénario de Tom Taylor comptait visiblement sur un rythme de parution régulier quand on voit le nombre de coups de théâtre qu'il contient, mais c'est devenu impossible à mesure que les épisodes prenaient du temps à être complétés. Aujourd'hui, on ne lit plus Dark Knights of Steel comme une série palpitante mais plutôt comme un tortillard qui se traîne, qui n'en finit plus de finir, avec des rebondissements qui surviennent comme si l'auteur les inventait pour alimenter une intrigue interminable.

Bien entendu, ce n'est pas le cas, Taylor avait sûrement prévu de raconter son histoire telle quelle, avec ces péripéties, mais force est d'avouer qu'une bonne partie du plaisir s'est évanouie avec les retards accumulés. C'est désolant.

Je ne veux pas donner le sentiment d'accabler Yasmine Putri car l'artiste a toujours produit des épisodes de haute volée, bien meilleurs que ceux de ses suppléants, et finalement si elle a besoin deux mois pour compléter chaque chapitre, c'est un moindre mal. Mais l'editor, dont c'est le métier, aurait dû le prendre en compte dès le début et organiser la parution à ce rythme d'un épisode tous les deux mois. Le lecteur s'y serait habitué et la série n'en aurait pas tant pâti.

Pour en revenir au contenu de cet antépénultième épisode, Taylor reprend donc sur la révélation de la véritable identité d'Alfred, qui dans son histoire, est donc J'onn J'onzz le martien. Une des particularités de ce "Elseworld" tient au fait que des personnages familiers ne sont pas/plus ce qu'ils sont dans la continuité. Ainsi le méchant Green Man est Lex Luthor devenu aussi dément que le Joker avec en sa possession un anneau de Green Lantern, ou Etrigan le démon est Ra's Al Ghul. Et donc Alfred Pennyworth, écuyer du seigneur Bruce Wayne, est donc le limier martien.

Une grosse partie de l'épisode revient sur ses origines et à son arrivée sur Terre, dans des circonstances légèrement différentes que celles qu'on connaît (plus dé téléportation par le Pr. Erdel, mais toujours le massacre des martiens verts par les martiens blancs). Taylor lie tout cela à la prophétie de John Constantine sur l'Homme Vert qui apportera le chaos entre les royaumes et c'est habile à défaut d'être fluide. Tout comme il agrège l'alliance entre la maison El, la maison Pierce et les amazones autour d'un ennemi commun. Sans oublier le renfort de Poison Ivy.

Tout est désormais en place pour les deux prochains et derniers épisodes qui promettent un conflit entre Protex et son commando de martiens blancs et cette coalition née sur les morts de Jor-El, Jefferson Pierce et Hippolyte. Yasmine Putri nous régalera, à n'en pas douter, avec des planches magnifiques et Tom Taylor a toutes les cartes en main pour un dénouement spectaculaire. Il ne reste plus qu'à prendre notre mal en patience...