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vendredi 15 décembre 2023

GREEN LANTERN #6, de Jeremy Adams, Xermanico, Scott Godlewski, Peter J. Tomasi et David LaFuente


Le premier arc narratif de Green Lantern par Jeremy Adams se conclut avec ce sixième épisode, encore une fois décompressé mais spectaculaire, grâce au dessin de Xermanico soutenu cette fois par Scott Godlewski. La back-up story de Peter J. Tomasi et David Lafuente continue sur des chapeaux de roues avant d'être promue.


Ivre de rage, Sinestro affronte Green Lantern tout en ripostant face aux avions de chasse de l'armée américaine. Sinestro n'est visiblement plus lui-même et ne retient plus ses coups mais n'écoute plus non plus Hal Jordan...


C'est décidément une série difficile à appréhender que celle écrite par Jeremy Adams. Soyons clair : c'est agréable à lire, il y a de l'action, une sorte de simplicité sympathique. Mais subsiste aussi, toujours un sentiment de vacuité embarrassant.


Récemment, je discutais avec des amis des atouts des Big Two actuellement et un consensus émergeait pour dire que, sur le plan éditorial, DC était certainement plus solide et clair dans leur offre. Les équipes artistiques en place sur les séries les plus exposées étaient fiables et séduisantes.


Tandis que du côté de Marvel, la déception dominait. Si X-Men et leur gamme demeuraient attractifs, pour peur qu'on ait apprécié jusque-là l'âge de Krakoa (ce qui n'est pas le cas de tout le monde), en revanche d'autres titres forts laissaient très perplexes comme The Avengers, The Amazing Spider-Man, Captain America, Daredevil.

Sur tout ça j'étais généralement d'accord tout en nuançant que tout n'était cependant pas parfait chez DC à qui je reproche souvent de produire des séries attirantes mais parfois un peu creuses ou passant à côté de leur potentiel. J'ai évoqué à ce sujet Shazam !, Nightwing et Green Lantern.

En vérité, appelé à préciser mon ressenti sur GL, j'ai expliqué que je voyais pas de vrai point de vue. Jeremy Adams est malin, il sait mener sa barque, mais je ne vois pas où il veut en venir, quel est son propos, ce qui distingue son run. Qu'apporte-t-il depuis six n° à Green Lantern ? Je suis incapable de répondre à cette question.

Green Lantern reste désespérément orphelin de l'époque Geoff Johns. Quand ce dernier s'était emparé du héros, Hal Jordan était en pleine disgrâce. Il l'a réhabilité et a patiemment mis en place des intrigues au long cours culminant dans des sagas mémorables comme la Guerre de Sinestro puis l'event Blackest Night. Johns a fait de Green Lantern un personnage plus populaire qu'il ne l'a jamais été, supplantant même en son temps Superman et Wonder Woman, bien aidé aussi par des dessinateurs de haut vol, Ivan Reis le premier.

Je ne dis pas que ses successeurs (Robert Venditti, Grant Morrison) ont démérité, je ne les ai pas lus pour la plupart ou de façon trop éparse. Mais aucun ne me semble avoir creusé le personnage et sa mythologie avec autant d'intensité que Johns. On peut comprendre que ses successeurs l'abordent avec humilité voire frilosité. Mais qu'importe tant qu'ils essaient quelque chose (comme ce fut le cas avec Morrison, même si je n'ai pas été conquis). Hélas ! Jeremy Adams ne me paraît pas avoir grand-chose de neuf à apporter à la série.

C'est en tout cas ce que je retire de ce premier arc que j'ai souvent trouvé vide, en tout cas très/trop décompressé, ne se réveillant vraiment que ces deux derniers mois. Ce qui se passe dans ce numéro ne change guère la donne, même si la révélation finale concernant Kilowog intrigue et l'apparition d'un personnage jusqu'ici seulement vu (sauf erreur de ma part) dans la série animée Green Lantern surprend.

En vérité, ce qui retient le lecteur, ce sont les dessins de Xermanico qui fournit une prestation irréprochable, même si cette fois il tire la langue et est rejoint par Scott Godlewski (sur les pages 3 à 6 et 19-20). Les styles des deux artistes s'accordent assez bien pour ne pas choquer même si Xermanico est supérieur, avec un découpage plus étudié, un trait plus détaillé alors que Godlewski est trop lisse en comparaison.

Mais c'est un atout qui se retourne contre la série car elle souligne encore davantage la faiblesse du récit. Comme Nightwing, on attend longtemps avant qu'il se passe quelque chose pour avoir quelque scènes finalement peu inspirées. Et comme pour Shazam ! il y a cette impression pesante que l'auteur gagne du temps faute d'idées nettes et profondes.

Dans ces conditions, je ne pense pas poursuivre l'achat de ce titre.
  

- WAYWARD SON Pt. 3 (Ecrit par Peter J. Tomasi et dessiné par David LaFuente). Korg, le fils de Sinestro, continue de manigancer pour échapper à son protecteur tyrannique Nagaf, en s'en prenant à des voleurs d'organes...


Sans surprise, il se passe toujours plus de choses dans la dizaine de pages de la back-up story écrite par Peter J. Tomasi que dans la vingtaine donnée à Adams. Et il y a visiblement quelqu'un d'assez lucide chez DC pour le reconnaître puisque le scénariste va bientôt pouvoir développer son histoire sur un format traditionnel.

En effet, en Février 2024, Tomasi poursuivra l'aventure de Korg dans Sinister Sons. Korg y fera équipe avec le fils de Zod, ennemi juré de Superman, et l'objectif est clair et assumé : il s'agit bien de produire un titre qui sera le négatif des Super Sons qu'écrivit déjà Tomasi (avec Jorge Jimenez au dessin au début).

David LaFuente restera au dessin, autre bonne nouvelle, vu qu'il est très en forme sur cette back-up. J'ignore si je me lancerai là-dedans ou si, éventuellement, j'attendrai que les épisodes soient collectés en recueil, mais ça fait plaisir de voir deux talents comme ça promus (et pour Tomasi, ce ne sera pas la seule actualité puisqu'il a rejoint Ghost Machine, le label de Geoff Johns chez Image, et écrira The Rocketfellers avec Francis Manapul au dessin).

mercredi 15 novembre 2023

GREEN LANTERN #5, de Jeremy Adams et Xermanico, Peter J. Tomasi et David Lafuente


Hallelujah ! Ce cinquième épisode de Green Lantern est le meilleur de la série depuis son relaunch. Enfin, Jeremy Adams met du nerf, de l'actio, du fond dans son récit. On a failli attendre... Xermancio, comme d'habitude, est impeccable. Et la back-up story de Peter J. Tomasi et David Lafuente reste un régal.


Sinestro a décidé de passer à la vitesse supérieure pour quitter la Terre en instillant la peur dans l'esprit des humains et ainsi générer lui aussi son propre anneau. Mais évidemment Hal Jordan va s'en mêler et tester les propriétés de son propre anneau pour neutraliser une attaque de drones piratés...


Jusqu'à présent, je ne lisais Green Lantern principalement pour ses dessins, désespérant chaque mois que Jeremy Adams développe une histoire consistante, à la hauteur de son héros. Mais la narration décompressée à l'excès, l'absence de nerf dans l'intrigue, une caractérisation décevante, ont (presque) eu raison de ma patience.


Comme je l'écrivais le mois dernier, j'étais sur le point de lâcher ce titre à la fin de l'arc en cours (qui devrait avoir lieu en Décembre). J'étais pessimiste sur les chances que Jeremy Adams accomplisse un miracle. J'avais tort.


Je ne vais cependant pas prétendre que tout a changé et qu'on tient un épisode renversant qui ouvre des perspectives mirifiques pour la série. Mais c'est tellement mieux que tout ce qu'il a proposé jusqu'à présent que l'espoir renaît.

C''est flagrant dès la scène d'ouverture où Sinestro pirate les communications pour s'adresser à la population de plusieurs villes et les avertir que les humains sont devenus faibles, négligents, affligeants. Et que pour y remédier, les faire réagir ou les éradiquer définitivement, il comptait leur inspirer une peur totale.

On savait que Sinestro et ses complices s'étaient introduits dans les locaux de la compagnie de Carroll Ferris mais, contre toute attente, ils n'y avaient rien volé. Flash comme Green Lantern étaient perplexes : c'est sûr, cela cachait quelque chose. Mais quoi exactement ?

La réponse est un piratage des drones militaires produits par Ferris désormais commandés par Sinestro et sa bande et fonçant sur d'innocents civils. Pas le choix pour Carroll, le seul à même de l'aider est Hal. Green Lantern va donc s'engager dans une folle course-poursuite pour détruire les drones. Mais Sinestro lui réserve quelques tours.

Alors, oui, ça reste encore léger sur le fond : Green Lantern qui pulvérise des drones, ce n'est pas le scénario le plus épique auquel il a été confronté. Mais Adams s'arrange habilement pour que cette menace soit efficacement exploité et surtout il imprime au récit un tempo soutenu qui a le mérite de ne pas laisser au héros et au lecteur le loisir de souffler. C'est un progrès considérable après quatre épisodes où il y avait beaucoup de temps morts.

Ensuite, le script va et vient entre trois positions : on est à la fois dans le centre de commandement de Sinestro, celui de Ferris, et avec Green Lantern. Adams se montre beaucoup plus adroit pour passer de l'un à l'autre que lorsqu'il nous imposait des flashbacks qui ralentissaient l'intrigue et ne nous renseignait qu'au compte-gouttes sur la situation des uns et des autres. 

Il n'est pas exclu qu'on ait encore droit à quelques explications a posteriori puisque la dernière page de l'épisode promet de révéler le mois prochain pourquoi exactement les Planètes Unies ont placé la Terre en zone de quarantaine et forcé les Green Lanterns à rester où ils se trouvaient quand cette décision a été prise. Mais bon, là aussi, attendons de voir comment cela se justifiera et sera mis en scène. 

Visuellement, une fois encore, Xermanico accomplit un boulot remarquable et il réussit magistralement à visualiser les actions de Hal Jordan, à montrer les capacités de son anneau, et à valoriser ses actions parfois périlleuses (comme lorsqu'il génère des constructions lumineuses solides).

Il me semble aussi que le talent de l'artiste est spécialement appréciable dans sa manière de découper l'action et notamment de faire ressentir au lecteur la sensation de vol et de vitesse. On a vu tellement de super héros se déplacer dans le ciel qu'il est extrêmement compliqué pour un dessinateur d'imaginer de nouvelles façons de le représenter.

Comme souvent, le plus simple est le meilleur. Un des artistes qui m'a le plus ébloui dans cet exercice est Stuart Immonen dans Superman : Secret Identity. Je ne peux affirmer que Xermanico l'a étudié mais cela ne m'étonnerait pas car il utilise des angles de vue, des cases de certaines dimensions, des valeurs de plan similaires. Et l'effet est vraiment probant.

Ajoutez-y un cliffhanger explosif et prometteur et on peut attendre, confiant, le sixième épisode. Un sentiment qui n'était pas garanti il y a un mois.
  

- WAYWARD SON Pt. 2 - Korg, le fils de Sinestro, toujours sur la planète Xela, réussit à pirater la banque de données des Planètes Unies pour localiser son père. Il lui faut trouver de l'argent pour partir le rejoindre. Et ce n'est pas le butin qu'il vole à une bande de brigands qui impressionne Nagaf qui l'héberge...


J'avais été très séduit par la première partie de cette back-up story démarrée le mois dernier et cette impression se confirme. Peter J. Tomasi s'approprie le peu de pages à sa disposition pour livrer un récit très dynamique animé par un jeune personnage teigneux. Ses objectifs sont clairs et ses interactions avec Nagaf fournissent des scènes percutantes.

Le dessin expressif et énergique colle parfaitement au script : David Lafuente est dans son élément et nous rappelle quel bon narrateur graphique il est. Dommage que cet excellent artiste n'ait jamais réussi à tenir le rythme sur une série régulière, sans quoi il serait devenu la star qu'on prédisait qu'il serait. Mais ça fait plaisir de le lire à nouveau.

jeudi 12 octobre 2023

GREEN LANTERN #4, de Jeremy Adams et Xermanico, Peter J. Tomasi et David Lafuente


Ce quatrième épisode de Green Lantern ne se démarque, hélas ! pas des précédents, même s'il faut lui reconnaître d'être un peu plus mouvementé. Mais que la narration de Jeremy Adams est décompressée ! Heureusement qu'il y a le dessin de Xermanico pour nous tenir éveillé... Ce numéro accueille aussi une back-up story, Wayward Son, par Peter J. Tomasi et David Lafuente, qui suit le fils de Sinestro.


Sinestro exige de Hal Jordan qu'il lui remette sa bague mais quand il cherche à l'activer, il échoue. Il met alors sa menace à exécution en déclenchant le compte à rebours de plusieurs bombes dans Coast City. Pour empêcher une catastrophe, Green Lantern fait appel à Flash...


C'est malheureux à dire mais sans être mal écrite, cette série est décourageante, exaspérante même. Mois après mois, c'est le même constat qui s'impose : ça ne décolle pas. Un comble pour une série dont le héros est pilote d'essai dans le civil !


Entendons-nous bien : Jeremy Adams est plein de bonne volonté et il passe après d'excellents auteurs, dont Geoff Johns dont le run sur Green Lantern a remis le personnage au centre du DCU. Mais c'est comme si, depuis, tous ceux qui lui ont succédé vivaient dans son ombre, ne parvenant pas à rivaliser.


Le souci de Green Lantern, ce ne sont donc pas les histoires dans lesquelles les auteurs l'entraînent ni même la manière dont ils caractérisent le personnage, mais bien l'écart entre les ambitions affichées et le résultat fini. De fait, l'aura du héros a pâli inexorablement et alors que du temps de Johns, Hal Jordan était une des vedettes de DC, éclipsant sans mal Superman par exemple, aujourd'hui, il a du mal tenir son rang.

Entre temps, il faut aussi préciser que Scott Snyder qui a longtemps animé le titre Justice League lui a préféré John Stewart dans le rôle du Green Lantern de service, s'inspirant ouvertement du dessin animé La Ligue des Justiciers (qui devrait bientôt être visible sur Netflix) où Stewart occupait déjà la place.

De bonnes idées, Adams n'en manque pas et elles ont de quoi intriguer, accrocher le lecteur : d'abord le fait que Hal Jordan est coincé sur Terre, dépourvu de son anneau de puissance mais qu'ensuite il a réussi à en générer un dont il découvre les propriétés. Ce nouvel anneau est au coeur du début de cet épisode puisque Sinestro exige que Jordan le lui remettre afin qu'il puisse quitter la Terre et rejoindre sa planète Korugar, qui, elle, n'est pas mise en quarantaine par les Planètes Unies. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu et Sinestro va se venger.

L'autre bonne idée de ce numéro est d'y mêler Flash (Barry Allen - qui, quoi qu'on me dise, reste "le" Flash. Je n'ai rien contre Wally West, mais Barry reste mon favori.). Comme la couverture l'indique, c'est un clin d'oeil à The Brave and the Bold puisque Barry Allen et Hal Jordan ont partagé nombre d'aventures dans cette revue. D'ailleurs, là encore, du temps de Johns, les deux héros incarnaient le temps (Flash) et l'espace (Green Lantern).

Mais le souci, c'est que de bonnes idées ne suffisent pas à faire un bon scénario et donc un bon comic-book. On en a la preuve cruelle ici : car tout est désespérément mou. Flash aide donc Green Lantern à désamorcer des bombes déclenchées par Sinestro et, en passant, ils mettent une dérouillée à Major Disaster. Mais Jeremy Adams échoue complètement à nous faire vibrer pour ces exploits. Et les scènes plus calmes ne disposent pas de situations et de dialogues assez brillants pour compenser. C'est fade.

Dans ce ce genre de configuration, le lecteur a tendance, naturellement, à se raccrocher à l'aspect esthétique de la série. De ce côté-ci, pas de déception : Xermanico livre de superbes planches, il anime les personnages avec élégance et efficacité, ne ménage pas ses efforts sur les décors. Son découpage est fluide et nerveux à la fois, avec une belle variété dans les angles de vue, les valeurs de plan. 

Mais on reste sur un sentiment de gâchis. Un tel artiste mérite mieux que ça, mieux que ce récit sans tonus, sans singularité, que cette intrigue sans relief, qui peine à décoller. On se fiche au fond de ce que nous raconte la série et c'est ça le pire. Qu'y a-t-il de plus accablant que de lire une histoire dont l'issue manque à ce point de perspective et de suspense, de vie ?

Je me suis donné jusqu'au #6 pour donner sa chance au produit, donc jusqu'à Décembre. 2024 se fera-t-elle avec ou sans Green Lantern ?
  

- WAYWARD SON #1 (Ecrit par Peter J. Tomasi et dessiné par David Lafuente.) - Korg est le fils de Sinestro. Livré à lui-même, il doit rapporter de l'argent à Najaf, son protecteur. Mais las de cette situation, il veut prouver qu'il est le digne descendant de son père...

Pour tout vous dire et rapidement, cette back-up story réussit là où Green Lantern échoue lamentablement. En quelques pages, Peter J. Tomasi (ex-scénariste et editor de DC) prouve qu'il n'a pas perdu la main et nous régale avec un récit plein de pep's en suivant le rejeton de Sinestro, aussi enragé que ce dernier. Malgré le peu de place à sa disposition, le scénariste plante le décor sans perdre de temps, nous accroche, et son petit héros a un caractère percutant.

Graphiquement, c'est l'occasion de profiter du talent du trop rare David Lafuente, parfait pour ce genre d'exercice et de protagonistes. Les couleurs vives de Tamra Bonvillain lui vont à merveille. C'est un régal. 

On se dit, un peu dépité, que si DC avait confié au vétéran Tomasi l'écriture de Green Lantern (qu'il connait bien pour avoir longtemps écrit le titre Green Lantern Corps), ç'aurait été parfait. Quant à Lafuente, ce serait vraiment cool qu'il bénéficie de plus de pages (même si on sait que ce n'est pas non plus un artiste capable d'assurer 20 pages mensuelles).

vendredi 11 octobre 2019

SUPERMAN #16, de Brian Michael Bendis et David Lafuente


Un numéro d'acrobatie auquel se livre Brian Michael Bendis dans ce seizième épisode de Superman : il faut en effet que le scénariste tente d'apaiser les fans des "Super Sons" au moment où il s'apprête à envoyer Jon Kent au XXXIème siècle (dans la Légion des Super Héros). Pour cette mission, il s'est adjoint les services du dessinateur David Lafuente et ensemble, les deux anciens partenaires d'Ultimate Spider-Man signent un petit bijou.


Damian Wayne affronte sur les docks de Gotham des sbires de Leviathan mais ils lui échappent en se téléportant. Leur bateau explose ensuite. C'est alors que surgit Jon Kent dont l'apparence désarçonne Damian car il est désormais plus âgé que lui.


Damian, de nature méfiante, particulièrement dans cette période agitée, pense qu'il s'agit d'une ruse de Leviathan. Mais il finit par se rendre à l'évidence et reconnaît son ami qu'il laisse l'enlacer. Jon s'envole au sommet d'un gratte-ciel pour lui donner de plus amples explications sur son changement.


Désolé de n'avoir pas été là dans les épreuves qu'il a traversées durant son périple avec Jor-El, Damian scelle ces retrouvailles avec Jon en l'emmenant chasser quelques gredins en ville. Jon évoque l'offre de la Légion de l'enrôler et ses hésitations à partir pour un futur lointain.


Damian l'encourage pourtant à accepter cette proposition, car lui le ferait. Il espère même que Jon convaincra les Légionnaires de l'intégrer un jour. Quoiqu'il en soit, il sera toujours là pour lui, comme ses parents. Et il enlace Jon à son tour avant de s'éclipser.


De retour à la Forteresse de Solitude, Jon retrouve son père, qui a eu une discussion avec Lois Lane à son sujet. Saturn Girl réapparaît et achève de convaincre Jon de partir avec elle pour le XXXIème siècle.

Indiscutablement, l'événement le plus commenté dans le début du run de Brian Michael Bendis sur Superman aura été d'accélérer la croissance de Jon Kent. La conséquence directe de ce changement concernait les "Super Sons", imaginés par Peter J. Tomasi et Patrick Gleason dans le précédent Volume du titre, qui aura aboutit à deux séries successives (Super Sons et Adventures of the Super-Sons).

Bien que les deux séries en question aient été annulées, faute d'un lectorat suffisant, il n'en a pas fallu davantage à certains pour accuser Bendis d'avoir provoqué leur fin. Et la prise d'âge de Jon achevait leurs espoirs d'une troisième série - autement improbable malgré tout. L'intégration de Superboy aux Teen Titans aurait été plus réaliste. Mais la concurrence de Young Justice avec le retour de Conner Kent condamnait cette piste. Il y avait tout simplement trop de Superboys au XXIème siècle.

Pour ma part, même si je comprends l'attachement pour le jeune Jon Kent, j'apprécie son évolution. Je reconnais que Bendis s'y est pris maladroitement (mais il semble que le scénariste compte revenir sur les années passées par Jon sur Terre-3 durant lesquelles il a vieilli), néanmoins cela produit une situation intéressante, impulsant une nouvelle dynamique entre Jon et Damian, mais aussi Jon et ses parents, et aboutissant de façon fluide à son intégration dans la Légion des Super Héros (dont il est devenu l'inspirateur historique).

J'ignore si les efforts déployés par Bendis dans cet épisode pour traduire tout cela consoleront les fans des "Super Sons", mais je trouve qu'il s'en tire très bien. C'est un des chapitres les plus agréables de la série depuis qu'il l'anime, riche en belles scènes, à l'émotion simple, avec un humour inspiré. Tout juste peut-on regretter qu'il n'y ait aucun moment entre Jon et Lois (dont il s'éloigne aussi). Mais cela sonne juste : l'attitude interloquée et suspicieuse de Damian, la manière dont il compose avec la situation, encourage et envie Jon vis-à-vis de la Légion, vraiment il faudrait être bien sévère pour ne pas apprécier à sa juste valeur tout cela.

L'autre bon point de cet épisode, c'est d'en avoir confié les dessins à David Lafuente. Je ne dis pas que Reis n'aurait pas été capable de l'illustrer aussi bien, mais ç'aurait été très différent. Lafuente est habitué à Bendis, ils ont collaboré sur Ultimate Spider-Man (juste après le départ d'Immonen et avant l'arrivée de Pichelli), et l'espagnol est naturellement à l'aise pour représenter les jeunes héros.

Son style n'a rien de réaliste, il s'inscrit même volontiers dans le cartoon, avec des influences manga. En cela, on peut le rapprocher d'un Humberto Ramos, avec toutefois moins d'exagérations expressives. Son découpage est très nerveux et fluide à la fois, ce qui imprime à l'épisode un rythme soutenu. La mise en couleurs de Paul Mounts est parfois un peu trop appuyée, mais le trait de Lafuente est assez marqué pour ne pas être "mangé".

Une page se tourne pour Superman. En presque un an et demi, Bendis aura fait le ménage à sa manière, écartant Jor-El, Jon, Lois. L'Acte II de son run débutera vraiment en Novembre.   

mercredi 1 juin 2016

Critique 907 : ULTIMATE SPIDER-MAN, VOLUME 22 - ULTIMATUM, de Brian Michael Bendis, David Lafuente et Stuart Immonen


ULTIMATE SPIDER-MAN : ULTIMATUM rassemble l'Annual 3 et les épisodes 129 à 133 de la série, écrits par Brian Michael Bendis et dessinés par David Lafuente (Annual 3) et Stuart Immonen (#129-133), publiés en 2009 par Marvel Comics.
*
 (Extrait de Ultimate Spider-Man : Annual 3.
Textes de Brian Michael Bendis, dessins de David Lafuente.)

- Annual 3. La relation amoureuse de Mary-Jane Watson et Peter Parker est à un tournant : les deux adolescents vont-ils coucher ensemble pour la première fois ? En attendant de se décider, Spider-Man assiste la police de New York qui traque un cambrioleur surnommé Mysterio, qui a un complice parmi les forces de l'ordre.
(Extrait de Ultimate Spider-Man #133.
Dessins de Stuart Immonen.)

- Ultimatum. Magneto, le leader des mauvais mutants, est dévasté par la mort de ses deux enfants (Quicksilver et Scarlet Witch, membres des Ultimates, tués en mission) et ravage la Terre en provoquant de terribles tsunamis. New York est submergé, de nombreux super-héros meurent dans la catastrophe ou en combattant Magneto.
Peter Parker, qui était sorti se promener avec des amis, les quitte pour porter secours, en tant que Spider-Man, aux civils lorsque Hulk réapparaît. Le monstre accepte d'aider le tisseur mais perd le contrôle de ses nerfs quand il découvre le cadavre de Daredevil (Matt Murdock fut l'avocat de Bruce Banner).
La situation devient encore plus désespérée lorsque le manoir du Dr Strange est détruit, libérant des démons dans la ville. Hulk provoque une gigantesque explosion en voulant juguler cette invasion. Spider-Woman se rend sur place avec Kitty Pryde pour retrouver Spider-Man...

Avec ce 22ème tome s'achève non seulement la prestation de Stuart Immonen comme artiste de la série mais aussi le premier cycle de Ultimate Spider-Man (le titre fera l'objet d'un relaunch avant de reprendre sa numérotation normale moins de deux ans après).

Avant cela, l'album s'ouvre avec le troisième Annual, un épisode plus long qu'à l'accoutumée (une trentaine de pages), dans lequel Brian Michael Bendis aborde la question de la sexualité du couple formé par Peter Parker et Mary-Jane Watson : le traitement est sobre, en vérité la question est juste effleurée, souvent sur le ton de la comédie. Le scénariste n'oublie pas que la série a pour fonction de raconter les exploits de Spider-Man et il introduit pour l'occasion la version Ultimate de Mysterio.

Ce chapitre permet aussi de présenter l'artiste qui illustrera les aventures du tisseur ensuite : l'espagnol David Lafuente connaîtra la lourde (insurmontable ?) tâche de succéder à Mark Bagley et Stuart Immonen qui étaient capables d'enchaîner les épisodes avec une régularité d'horloge suisse. Ses prestations ne seront jamais à la hauteur de ses illustres devanciers (à la fin de son passage, il partagera même ses épisodes avec Sara Pichelli, qui lui succédera avant elle-même de passer le flambeau à David Marquez, le seul qui aura été capable de soutenir le rythme). Pour ma part, j'ai toujours été réservé vis-à-vis de Lafuente : lorsqu'il dessine les personnages en civil, son style cartoony, parfois aussi influencé par le manga, est sympathique ; en revanche il est plus inégal quand il s'agit de composer des scènes d'action sans sacrifier des éléments visuels (en particulier les décors, comme beaucoup de ses collègues sous pression).

Le dernier arc dessiné par Immonen est en fait un tie-in au crossover Ultimatum écrit par Jeph Loeb et dessiné par David Finch : je ne l'ai pas lu, échaudé par des critiques très négatives et parce que je n'aime guère ce scénariste et cet artiste. Il s'agissait à l'époque de bouleverser l'univers Ultimate après 9 années d'existence, en sacrifiant plusieurs personnages dans une saga spectaculaire et violente. Avec le recul, cette initiative a surtout marqué le début de la fin pour cette collection : Marvel aurait sans doute été plus inspiré de confier les séries de la gamme à de nouveaux auteurs et artistes aussi novateurs que Millar, Bendisn, Hitch, Bagley, Ellis, plutôt que d'infliger cet électrochoc qui n'a rien revitalisé. Aujourd'hui, les parutions Ultimate ont disparu, même si une série Ultimates (sans rapport avec celle originale de Millar et Hitch) est publiée et que le Ultimate Spider-Man toujours écrit par Bendis a été transféré dans l'univers classique de l'éditeur. Quel triste gâchis...

Bendis se sort pourtant excellemment de la contrainte consistant à aligner sa série fétiche à une ligne narrative qu'il n'a pas choisi : il respecte les rebondissements imaginés par Loeb et décrit leurs conséquences sur la vie de Spider-Man et ses proches. La présence de Hulk, les dommages subis par le sanctum santorium du Dr Strange fournissent des péripéties très bien exploitées. Mais le plus fort est ailleurs.

Le scénariste choisit en effet de clore son arc avec un épisode entièrement muet, ce qui est à la fois un pied-de-nez à sa réputation de dialoguiste bavard et un défi narratif. Le résultat est de toute beauté, avec un dénouement poignant - qui aurait été une conclusion à la carrière de Peter Parker bien meilleure que celle qui aura lieu plus tard.

Pour réussir cela, il fallait un artiste du calibre de Immonen, dont le génie expressif, le talent pour rendre compte de la gestuelle des personnages, et le soin apporté aux décors (New York sous les eaux) transcendent l'exercice de style en démonstration graphique. Les doubles pages qui émaillent ces derniers épisodes sont fabuleuses, l'encrage de Wade Von Grawbadger parfait et la colorisation de Justin Ponsor est extraordinaire.

En 21 épisodes, le tandem formé par Bendis et Immonen auront régalé les amateurs de cette version alternative de l'homme araignée : la complicité évidente entre les deux partenaires ne faisait que commencer, puisqu'ils renouèrent avec des épisodes de New Avengers et surtout All-New X-Men.

dimanche 9 mars 2014

Critique 422 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen et David Lafuente


ALL-NEW X-MEN, VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH rassemble les épisodes 11 à 15 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés en 2013 par Marvel omics. Stuart Immonen signe les dessins des #11 à 14, David Lafuente ceux du #15.
 *

(Extrait de All-New X-Men #10. Dessins de Stuart Immonen.)

L'un des 5 premiers X-Men choisit de rejoindre les rangs (avec les soeurs Stepford) de l'équipe du Cyclope moderne, contre l'avis de ses amis, de Kitty Pryde et Wolverine. Ce mouvement déstabilise encore davantage le groupe de jeunes mutants.
Entretemps, le SHIELD a prévenu Wolverine qu'une série de vols d'importantes sommes d'argent a été commis par Mystique et ses compères, qui ont pris pour cela l'apparence des premiers X-Men. Ensemble, ils décident de rechercher Raven Darkholme mais sont interceptés rapidement par les Uncanny Avengers.
(Extrait de All-New X-Men #12. Dessins de Stuart Immonen.)

Cette rencontre s'avère riche en émotions fortes : Scott découvre son frère Alex (alias Havok), désormais doté de pouvoirs mutants et à la tête de ce groupe, Jean Grey apprend télépathiquement que Scarlet Witch a provoqué la décimation des mutants (durant la saga House of M), tandis que Wolverine doit convaincre Captain America, Thor et Rogue que les jeunes mutants n'ont rien à voir avec les cambriolages commis par la bande à Mystique. 
Logan ment toutefois à ses collègues des Uncanny Avengers en leur jurant qu'ils leur laissent régler son compte à Mystique pour mieux la pister de son côté. En se rendant sur le site de Stark Resistance où le gang a sévi, Wolverine remonte la trace des malfrats qui sont sur le point de négocier le rachat de l'île de Madripoor, carrefour de nombreux trafics, à l'organisation terroriste de l'Hydra.
Les mutants s'interposent et une bataille éclate, durant laquelle Lady Mastermind, complice de Mystique, tente de faire perdre la raison à Jean Grey pour venger la mort de son père. Les Uncanny Avengers arrivent à la fin du combat pour embarquer Mystique et Lady Mastermind (Dents-de-Sabre et l'Hydra ont pris la fuite, profitant de la confusion).
(Extrait de All-New X-Men #13. Dessins de Stuart Immonen.)

Après ce nouveau tourbillon, les jeunes mutants ont droit à un peu de repos à l'école de Wolverine. Le Fauve moderne entraîne Jean Grey à exercer sa télékinésie, mais la jeune femme est distraite et troublée par une pensée de son professeur sur les sentiments qu'il éprouvait pour elle autrefois. Scott Summers et Bobby Drake s'offrent une virée en ville pour rencontrer d'autres adolescents et découvrir comment ils vivent et les perçoivent.
(Extrait de All-New X-Men #15. Dessins de David Lafuente.)
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Le programme de ces cinq nouveaux épisodes est toujours aussi dense que les dix précédents : Brian Michael Bendis réussit à exploiter le postulat de départ de la série, à développer des intrigues et enrichir les relations entre les personnages sur un rythme soutenu.
Pour commencer, on découvre donc lequel des cinq premiers X-Men rallie le camp du Cyclope actuel : ce n'est pas une surprise si on a fait attention aux réactions antérieures du personnage, mais Bendis prend le temps de justifier son choix et d'en montrer les conséquences immédiates, avec une belle empoignade en prime. Pourtant, le long dialogue que le scénariste impose au lecteur passe bien :  il a beau occuper la moitié de l'épisode 11, il est très bien argumenté, la tension qui se dégage de toute cette séquence est magistralement rendue, mélange de frustration, d'anxiété et d'inéluctabilité. On touche à un des points essentiels de l'affaire depuis son départ : le scénariste profite d'avoir des personnages quasiment vierges placés dans une situation qui agit sur eux comme un accélérateur de particules, les obligeant à mûrir plus vite, à prendre des décisions radicales, provoquant des déchirements, et donc impactant tout le tissu de la série. De ce point de vue, il y a une vraie progression en une dizaine de chapitres, alors même qu'on n'a pas pratiquement pas changé de décor et que peu de temps a passé du point de vue des personnages.

Bendis décrit avant tout donc de jeunes héros déboussolés, qui utilisent leurs pouvoirs d'autant plus maladroitement qu'ils sont inexpérimentés mais aussi parce qu'ils sont soumis à des épreuves initiatiques, des révélations sur eux-mêmes, qui leur font perdre tout sens des mesures (ainsi, si Jean Grey cherche à forcer le destin, c'est plus par désarroi que par autoritarisme, et donc ce n'est pas qu'un moyen pour crééer un moment saisissant dans le fil du récit). Avec ce passage, Bendis semble aussi vouloir marquer le coup et désormais développer la série All-New X-Men de manière plus autonome, en ne la liant plus intimement de celle des Uncanny X-Men (qu'il écrit aussi en parallèle).
Par conséquent, les mutants adultes autour des premiers X-Men les traitent comme des jeunes victimes d'un traumatisme, déplacés dans le temps sans avoir eu le temps de considérer toutes les répercussions et sans avoir eu toutes les données en main pour le faire (les déclarations du Cyclope moderne pointent bien du doigt ce que le Fauve moderne a dissimulé aux jeunes héros pour les faire venir). Cela aboutit à des personnages novices, maladroits aux combats et dans leurs rapports entre eux et avec les yeux, et le souci de Wolverine et Kitty Pryde est d'abord de les ménager, voir de les écarter, pour qu'ils ne soient pas en danger... Mais ils sont également désobéissants, ce qui complique la tâche de leurs chaperons.

Néanmoins, Bendis s'arrange très bien pour ne pas les écrire comme des acteurs passifs, subissant ce qui leur arrive : il équilibre ce sentiment en veillant à leur donner des sentiments qui leur sont propres, donc des réactions distinctes (le malaise de Scott, par exemple, ou l'ahurissement de Bobby). On peut s'identifier à eux, ou en tout cas comprendre ce qu'ils traversent car leurs comportements sont toujours crédibles, et éclaire chaque rebondissement avec à-propos.
Ainsi quand Jean Grey découvre que Wanda/Scarlett Witch (dont la présence au sein des Uncanny Avengers étonne déjà tout le groupe) a failli effacer la race mutante, le scénariste fait non seulement référence à la saga House of M qu'il a écrite mais aussi au fait qu'une mutante a été sur le point d'anéantir toute ses semblables sans savoir qu'elle était alors en proie à une crise de folie.
Les retrouvailles entre Scott et Alex Summers donnent aussi lieu à un passage troublant et émouvant (résumé par Captain America qui fait remarquer à Havok qu'il a pu revoir son frère sous son meilleur jour).
On peut aussi évoquer ce moment où, en plein combat, les jeunes X-Men répètent une manoeuvre apprise en salle des dangers, ce qui traduit déjà leur progression comme équipe depuis qu'ils sont arrivés à notre époque. Le scénariste a ainsi, plusieurs fois, au cours de ces nouveaux épisodes, à coeur de montrer des situations nouvelles, des questionnements divers auxquels les personnages répondent de manière spontanée ou réfléchie, toujours organique. Quelques exemples : comment réagir aux propos de Havok qui refuse publiquement d'être résumé à un super-héros mutant (l'argumentation de Kitty Pryde établissant un lien avec ses origines juives est à la fois pertinente et poignante) ? Lady Mastermind (Regan Wyngarde) réussira-t-elle à corrompre, comme son père, Jean Grey ?

Parfois même, Bendis, qui est connu (et aussi bien apprécié que détesté pour son goût des dialogues abondants) ose se passer de mots pour résumer de manière à la fois comique et astucieuse la complexité d'un instant entre deux personnages de la même famille (voir l'irrésistible page où Jean Grey tombe sur sa fille Rachel, chacune lisant dans l'esprit de l'autre avant de s'éloigner, désorientées). Ces passages sont autant de révélateurs très efficaces pour répondre ou déjouer les attentes des lecteurs, le scénariste ne se défile pas mais les résout avec malice ou sérieux, mais en veillant toujours à ne pas ralentir le tempo.
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(Extrait de All-New X-Men #13. Dessins de Stuart Immonen.)

Mais toutes les qualités scénaristiques de la série ne seraient pas aussi remarquables sans la contribution d'un excellent dessinateur, capable de traduire visuellement les subtilités émotionnelles des personnages et l'énergie des situations.
Une fois encore, Stuart Immonen fait la preuve de sa complémentarité avec Bendis et de sa faculté à produire des planches d'exception. Compte tenu des délais de production, le soin qu'il apporte à la réalisation de l'ouvrage est tout à fait fabuleux : son point fort reste l'expressivité, qu'il s'agisse de la plasticité faciale des personnages ou de leurs attitudes, toujours justes, propres à chacun, le tout intégré à des compositions très vivantes, avec un découpage varié.
Il a, en soutien, un encreur qui sait mieux que quiconque appuyer la force de son graphisme avec Wade Von Grawbadger, qui sait donner de la texture au dessin, souligner les contrastes. Les crayonnés d'immonen sont déjà très précis, mais son partenaire soigne les finitions en parvenant à la fois à respecter le trait du dessinateur et apporter sa propre patte.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'habituer à la la mise en couleurs de Marte Gracia, ici secondé par Rain Breredo (sur les #12-13), mais désormais j'apprécie ses choix, qui savent donner une ambiance sophistiquée et intelligente à chaque scène et chaque émotion (y compris dans le huis clos aux lumières rouges du Blackbird).

Surtout, le travail d'Immonen mérite qu'on revienne sur chaque page pour en apprécier les dispositions : la manière dont il peut placer une grande quantité de personnages dans un plan (ou une série de plans) tout en veillant à sa lisibilité et en lui insufflant du dynamisme, en variant les angles, la dimension des cadres, en jouant sur une planche ou deux pages en vis-à-vis, est éblouissante. Il sait parfaitement typer un personnage en lui donnant une morphologie, des mimiques, de façon à ce que le lecteur sache à qui il a affaire. Avec Immonen, une image parle autant que ce que dit le dialogue (et c'est aussi pour cela que les passages où les héros ne font que parler restent divertissantes car ils se déplacent, on peut lire sur leurs visages l'émotion correspondant à leur propos, etc). Et quand il s'agit de produire une représentation spectaculaire (comme la manifestation du Phénix), c'est également très puissant, non seulement parce que le dessin est impressionnant mais aussi parce qu'auparavant Immonen a su ménager son effet avec une mise en page plus sage.

En comparaison, comme c'était déjà le cas avec l'intérim de David Marquez, lorsque David Lafuente prend le relais, le résultat est nettement moins flamboyant. L'espagnol n'a pas un style réaliste, il évolue même dans un registre quasi-cartoony, naïf. C'est tout à fait séduisant quand il s'agit de représenter des instants humoristiques ou romantiques, mais moins probant lorsqu'il faut servir quelque chose de plus mouvementé (la seule scène d'action semble bâclée, en tout cas mal composée).
Mais, bien que je n'ai jamais été un grand fan de l'artiste, je reconnais à Lafuente un côté très sympathique. C'est juste un peu tendre, et parfois (un comble quand on n'a qu'un épisode à traiter) un peu expédié (là encore, l'absence de décors dans des vignettes de grande taille ou le manque de diversité dans l'expressivité des personnages passent mal).
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Avec ce troisième recueil, la série ne connaît pas de faux pas ni de baisse de régime, elle prend même un relief et une ampleur qui lui vaut un succès public et (dans l'ensemble) critique très méritée. Bendis est vraiment inspiré et peut compter sur Immonen pour nous accrocher durablement dans un récit bien construit, rythmé, alternant intimisme et action en quantités égales.

Espérons que cette belle mécanique ne sera pas grippé par le crossover Battle of the Atom (imaginé par Jason Aaron et Brian Wood) qui suit ces épisodes (et implique aussi les séries Uncanny X-Men, X-Men et Wolverine & the X-Men), conçu pour célébrer le cinquantenaire des mutants.