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mercredi 3 janvier 2018

BATMAN, VOLUME 3 : I AM BANE, de Tom King, David Finch, Mitch Gerads et Clay Mann


C'est un programme copieux qu'offre ce troisième recueil des aventures de Batman écrites par Tom King - et encore ai-je choisi d'écarter de ma critique le dispensable Annual #1 qui y est greffé. Mais avec sept épisodes et trois récits successifs, le lecteur a d quoi faire pour ce qui marque en fait la fin de la "saison 1" de la série depuis la relance "DC Rebirth" (on arrive effectivement au 24ème épisode pour un titre bimensuel).


- I Am Bane (#16-20, dessinés par David Finch). Jour 1 : Batman vient d'exfiltrer de la prison de Santa Prisca le Psycho-Pirate afin de guérir Claire Clover alias Gotham Girl. Mais cette opération a un prix : le justicier sait qu'il dispose de peu de temps avant que Bane ne vienne l'affronter pour récupérer son "dû". Bruce Wayne ordonne donc à Dick Grayson (Nightwing), Jason Todd (Red Hood), Duke Thomas (The Signal), et son fils Damian (Robin) de quitter Gotham.


Mais Bane piège Robin, Red Hood et Nightwing et les blesse sérieusement. Batman les confie à Superman qui les soigne dans sa forteresse de solitude. A Gotham, malgré ses préventions, le chevalier noir dispose d'alliés comme Bronze Tiger, Catwoman, The Signal et le commissaire Gordon tandis que Alfred Pennyworth supervise la première session thérapeutique de Claire Clover en présence du Pyscho-Pirate, enfermés dans la cellule du Joker construite par Mister Miracle (donc réputée inviolable). Batman monte la garde devant l'asile d'Arkham où Bane se montre avec ses prisonniers - Bronze Tiger, Catwoman et The Signal.


Jour 4 : Batman refuse d'échanger le Psycho-Pirate contre les otages de Bane. Un premier affrontement brutal oppose les deux ennemis, au désavantage du chevalier noir. Mais il s'agit d'une manoeuvre stratégique pour distraire son adversaire pendant que Catwoman se libère et délivre Bronze Tiger et The Signal puis neutralise les sbires de Bane.


Fou de rage, s'injectant encore plus de venin pour augmenter sa force physique, Bane pénètre alors dans l'asile d'Arkham, résolu à en faire sortir le Psycho-Pirate. Sur sa route se dressent plusieurs pensionnaires de l'établissement qu'il écarte sans faire de quartier - Double-Face, Salomon Grundy, Amygdala, l'Epouvantail, Mister Freeze, Firefly, Flamingo, Man-Bat, le Dr. Zsasz, le Chapelier Fou, le Dr. Phosporus, Hush, Copperhead, l'Homme-Calendrier. Puis il force le Sphinx à forcer la serrure de la cellule où est enfermé le Psycho-Pirate. Mais une surprise l'attend...
   

Jour 5 : en effet, à l'intérieur se trouve Batman - Alfred, Claire et le Psycho-Pirate ont été déplacés entre temps. Un second combat, encore plus violent, éclate avec Bane, qui jure qu'il tuera ensuite tous les proches du justicier puis détruira Gotham. Mais Batman rend coup pour coup et terrasse la brute, stimulé par la promesse faite à Claire de la sauver à tout prix.

L'arc principal de ce troisième tome s'inscrit dans la suite logique et directe des événements de l'histoire d'I Am Suicide où Batman avec la complicité de quelques criminels triés sur le volet a enlevé le Psycho-Pirate à Bane dans la prison de Santa Prisca. On comprend donc rapidement que Tom King va conclure non seulement cette intrigue mais aussi, plus largement, tout ce qu'il a mis en route depuis sa reprise de la série puisque le Psycho-Pirate va devoir défaire ce qu'il a fait à Gotham Girl dans les épisodes de I Am Gotham.

Bane est un ennemi à part dans la rogue gallery du chevalier noir puisque son créateur, Chuck Dixon, l'avait conçu comme une version optimisée de Batman, aussi intelligent que lui, orphelin comme lui et plus fort physiquement (endurci par la prison mais aussi dopé par un venin qu'il s'injecte et développe spectaculairement sa musculature et son endurance). Une célèbre histoire vit même Bane triompher du justicier en lui brisant le dos lors d'une bagarre.

Pour animer pareil personnage, le retour au dessin de David Finch (qui réalise sa dernière prestation à ce jour sur le titre) était tout indiqué : l'artiste, qui n'est pas réputé pour son sens de la mesure anatomique et adore croquer les brutes bodybuildées, campe effectivement Bane comme un colosse effrayant, littéralement enragé, balayant tout sur son passage - on pense, en particulier dans le #19, lorsqu'il se fraie un passage dans l'asile d'Arkham, au Fléau de Marvel, galvanisé par le poison qu'il s'injecte autant que par l'objectif qu'il s'est fixé.

L'affrontement avec Batman donne lieu à deux bagarres épiques, d'une brutalité ahurissante : il s'agit vraiment d'un combat à mort où personne ne retient ses coups, sans chorégraphie - une baston avec des attaques assénées pour faire mal, pour tuer. King et Finch s'inspirent ouvertement du célèbre match Mohamed Ali-George Foreman en 1974 à Kinshasa au Zaïre où Batman tiendrait le rôle de l'ex-Cassius Clay, encaissant les crochets et uppercuts de son vis-à-vis pendant plusieurs rounds pour l'épuiser avant de riposter et de l'emporter, épuisé.

Le lecteur aussi est rincé par cette démonstration qui réserve, malgré tout, autre chose que des bourre-pifs et du sang puisque King adresse une allusion adroite à Mister Miracle quand il mentionne le fait que le roi de l'évasion a élaboré la cellule du Joker à l'asile d'Arkham et plante la graine pour sa future saga, War of Jokes and Riddles, lorsque le Sphinx demande à Bane d'évoquer ce conflit jusqu'alors inconnu à Batman.

Ce n'est pas l'arc le plus subtil de la série ni l'effort le plus sophistiqué de King mais ce récit confirme tout ce qui a déjà été installé pendant les quinze premiers épisodes : un Batman ingénieux mais suicidaire, des ennemis retors et violents, une ambiance infernale où les ressources mentales comptent autant que les physiques.  


- The Brave and The Mold (#23, dessiné par Mitch Gerads). Lloyd McGinn est assassiné dans une chambre d'un hôtel minable de Gotham. Le commissaire Gordon appelle Batman sur les lieux où se manifeste ensuite Swamp-Thing qui veut participer à l'enquête. La créature du marais explique, durant les investigations qu'il mène aux côtés de Batman, que la victime était son père. Leurs recherches les mènent jusque dans un musée, après avoir rudoyé quelques crapules. Alec Holland préfère alors tuer le meurtrier que de laisser Batman en disposer, provoquant la colère de celui-ci mais disparaissant ensuite sans s'excuser.

"The strangest team-up" peut-on lire sur la couverture de ce numéro 23 de la série, et Tom King tient la promesse contenue dans cette accroche. 

Mais avant d'aller plus loin, il faut d'abord préciser où sont passés les épisodes 21-22 : il s'agissait en fait d'un mini-crossover entre Batman et Flash, intitulé The Button. Deux chapitres de Flash complètent cette histoire écrite par King et Joshua Williamson, dont l'argument consiste surtout à préparer la saga globale Doomsday Clock de Geoff Johns et Gary Frank, dont la publication a débuté depuis deux mois maintenant et qui va relier l'univers des Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons au reste de l'univers DC (la rumeur veut en effet que le Dr. Manhattan aurait créé le DCU en procédant d'abord à l'établissement du reboot des "New 52" puis de "Rebirth"). Mais rien qui n'impacte la continuité actuelle de la série de King.

Dédiée à Bernie Wrightson (mort en Mars 2017) et Len Wein (mort en Septembre 2017), l'épisode associe donc leur création, Swamp Thing, à Batman. L'enquête qui les réunit n'a rien de renversant - un crime dont la victime est le père de la créature du marais - mais le partenariat entre Alec Holland et Bruce Wayne détone vraiment. Tom King joue à fond sur le décalage entre les deux héros, l'un (Batman) incarnant la ville, la rationalité, l'humanité ; l'autre (Swamp Thing) représentant la nature, la bizarrerie, la monstruosité.

Pourtant ce qui les rapproche ici, c'est la mort : Batman a perdu ses parents tués par un voleur, le père d'Alec Holland est exécuté dans des conditions aussi sordides. Mais Batman a dévoué sa vie à capturer les criminels pour les faire juger, alors que Swamp Thing cache ses intentions jusqu'au bout et se vengera sans en aviser son partenaire, provoquant son courroux.

Le geste de la créature du marais nous prend autant au dépourvu mais King se dispense de le juger, comme si l'état mental du personnage était tellement altéré qu'on ne pouvait déterminer s'il élimine le meurtrier comme un bourreau ou comme l'acte d'une force sinon supérieure, en tout cas différente : en effet, lors d'un dialogue très philosophique entre les deux associés, au manoir Wayne, Swamp Thing considère que tout chose, tout être naît de la poussière et y retourne. En faisant justice finalement, n'applique-t-il pas radicalement ce cycle naturel en le précipitant ? Il est évident que les principes moraux d'Alec Holland ne sont plus les mêmes qu'un humain "normal" comme Batman et donc sa manière de juger un criminel aussi. L'accord tacite que pensait avoir passé Wayne avec lui devient donc absurde. Il a totalement négligé l'imprévisibilité éthique de la créature.

Graphiquement, Mitch Gerads s'occupe de tout - dessin, encrage, couleurs, et même design du lettrage ! Le script est fidèlement respecté et établit déjà les codes en vigueur depuis dans Mister Miracle, avec l'usage intensif d'un découpage en "gaufrier" de neuf cases qui, loin de morceler artificiellement l'action ou d'être un gimmick un peu poseur, encadre parfaitement l'intrigue.

Le procédé fonctionne merveilleusement en particulier dans les moments où le scénario souligne l'étrangeté du duo, et permet des ellipses, impulse un rythme très efficace. Gerads sait par ailleurs très bien remplir chaque plan, et y injecter des éléments comiques (Alfred passant le balai derrière Swamp Thing dont les feuilles tombent et qui laisse derrière lui de la poussière). On retiendra aussi la première apparition (parmi les malfrats interrogés par Batman) d'un certain Kite-Man, dont King va se resservir dans War of Jokes and Riddles.
    

- Every Epilogue is a Prologue (#24, dessiné par David Finch - pages 1 à 4, 8, 10, 12, 16 à 20 - et Clay Mann - pages 2-3, 5-7, 9, 11, 13-15). Gotham Girl est guérie mais s'interroge sur son avenir : doit-elle poursuivre ses activités super-héroïques, sachant que plus elle use de ses pouvoirs, plus son espérance de vie se réduit ? Elle demande conseil à Batman qui lui recommande de profiter de la vie et l'envoie chez un ami en Europe pour s'entraîner sans user de ses facultés surhumaines.
  

Claire souhaite à Batman d'être heureux en surmontant ses craintes car il a failli sentimentalement par le passé. Le soir venu, il rejoint Catwoman pour une balade acrobatique sur les toits de la ville avant de lui avouer avoir racheté, jadis, le premier diamant qu'elle avait volé. Il orne désormais une bague que, un genou à terre, Batman tend à Catwoman en lui demandant de l'épouser.

Après l'intermède avec Swamp Thing, Tom King boucle ce qui est donc l'Acte I de son run : l'auteur a annoncé avoir un plan pour une centaine d'épisodes, et que la colonne vertébrale de son plan était la relation entre Batman et Catwoman. Il le prouve avec ce 24éme chapitre.

La narration alterne entre scènes nocturnes et diurnes d'une même journée : le jour, sur les hauteurs de la ville, Claire Clover, en costume de Gotham Girl, apparaît rétablie mentalement (on comprend donc que le "traitement" a réussi, le Psycho-Pirate a rendu à la jeune femme sa sérénité) mais en proie à un doute existentiel. Doit-elle, au prix de sa vie, continuer à être une super-héroïne ? Elle a payé un lourd tribut à cette tâche en manquant perdre la raison et en voyant mourir son frère. Batman lui explique, en termes réfléchis et choisis, ce qui les distingue : il n'a pas choisi d'être Batman, sa tragédie familiale a décidé de sa vocation de justicier, alors que sa protégée a voulu s'engager dans cette carrière par altruisme et pour suivre son frère.

Pourtant le vrai noeud dramatique de l'épisode est ailleurs et sert à King de transition avec ce qui se passe la nuit quand Batman et Catwoman s'amusent à traverser la ville en quelques acrobaties. Pourquoi Batman est-il seul alors que Bruce Wayne a collectionné les aventures sentimentales ? 

L'amour fait peur à Batman car elle l'engage intimement et lie celle qu'il aimerait à sa vie dangereuse. Vivre avec quelqu'un, comme il l'a expérimenté avec ses différents Robin, c'est risquer de le voir blessé, tué même, par ses nombreux ennemis. C'est exposer ses failles s'il échoue à protéger ceux qu'il aime. Pour un homme habitué à tout contrôler, tout maîtriser, aimer, c'est lâcher prise, un abandon effrayant.

Lorsque Claire Clover lui souhaite pourtant de trouver le bonheur pour lui avoir rendu l'espoir, Batman comprend qu'il doit affronter sa peur comme ses ennemis et demande donc Catwoman en mariage. Tom King ose un pari fou puisque les couples ne durent pas souvent dans les comics : quand les amants ne se séparent pas, leurs aventures se chargent de les éloigner ou la mort rattrape l'un des deux. Il en va aussi de l'identification du lecteur avec le héros : les justiciers qui se marient sont assimilés à des personnages qui s'embourgeoisent, se rangent, et le fan craint plus que tout que la tension ne tombe, que la romance prenne le pas sur l'action.

Le public des comics reste aussi majoritairement masculin et l'intérêt porté au héros est proportionnel à sa liberté : un solitaire séducteur est plus passionnant qu'un époux fidèle, même si madame participe activement à ses aventures. Mais en pariant sur un couple Batman-Catwoman, King ne fait pas que rapprocher officiellement deux personnages qui ont été longtemps attirés l'un par l'autre, il joue aussi sur leur dualité intrinsèque : lui du bon côté de la loi, elle dans une situation plus ambivalente, lui le tombeur dans le civil mais austère en costume, elle discrète au quotidien mais provocante dans sa tenue de monte-en-l'air. Il y a peu de chance que ces deux-là vivent leur amour comme une routine.

L'épisode est dessiné pour moitié par David Finch (les scènes avec Catwoman), moitié par Clay Mann (celles avec Gotham Girl). Finch prouve qu'il est excellent quand il se calme, bien aidé par la superbe colorisation de Jordie Bellaire et un encrage impeccable de Danny Miki. Mais les pages signées par Mann, encrées fabuleusement par son frère Seth Mann, sont magnifiques, avec un découpage magistral qui rend la discussion des deux protagonistes très vivante : l'artiste est devenu depuis son transfert chez DC un fill-in de grande qualité, et son interprétation de Batman est impressionnante.

7 épisodes donc mais un vrai grand huit émotionnel : la "saison 1" du Batman version Tom King s'achève en beauté. La suite s'annonce plus excitante que jamais.  

dimanche 20 août 2017

BATMAN, VOLUME 1 : I AM GOTHAM, de Tom King, David Finch et Ivan Reis


Je vous ai récemment fait part de la grande impression que m'avait fait Tom King à l'occasion du premier épisode de la maxi-série Mister Miracle. L'ex-co-scénariste de Grayson (avec Tim Seeley) est visiblement devenu un auteur sur lequel mise beaucoup DC Comics puisqu'on lui a confié rien moins que la conduite de la série Batman.

En succédant à Scott Snyder (qui animait le héros durant les "New 52"  avec lequel il a signé le n° 0, Rebirth", assurant ainsi une transition organique pour titre), King n'a pas tardé à imprimer sa marque avec son premier arc, I Am Gotham, en six épisodes.

L'aventure démarre spectaculairement avec un avion de ligne qui menace de se crasher sur Gotham. Batman s'emploie aussitôt à empêcher la catastrophe tout en accomplissant une manoeuvre dans laquelle il risque d'y passer. Mais alors qu'il est sur le point de demander à Alfred Pennyworth d'appeler Superman en renfort, l'appareil est dérouté et ses passagers avec Batman sauvés grâce à l'intervention de deux jeunes surhumains : Gotham et sa soeur Gotham Girl.  

Inspirés depuis leur enfance dans la métropole par la figure protectrice de Batman, ils ont utilisé la fortune de leurs parents pour en aider les citoyens, de manière humble. Mais cela ne suffisait pas et ils ont enduré un entraînement physique intensif puis sont partis au secours de civils dans des zones de guerre à l'étranger. Dans une de ces lointaines contrées, ils ont acquis, sans préciser comment, des super-pouvoirs. Désormais ils veulent collaborer avec Batman et s'améliorer encore à son contact.

Batman ne refuse pas leur aide, d'autant que ses ennemis menacent la ville incessamment, au point qu'il soupçonne que quelqu'un organise ces attaques. Il en aura la confirmation quand le Dr. Hugo Strange rend enragé Gotham grâce au Psycho-Pirate. Pour Batman, il s'agit alors de neutraliser le jeune homme dont l'état dévaste mentalement sa soeur...

L'argument de l'histoire est simple mais accrocheur : que se passerait-il si Gotham n'avait plus besoin de Batman grâce à l'apparition de surhumains aussi puissants que Superman ? Certes, Hank et Claire Clover demandent à Batman de parachever leur formation, mais pour le dark knight, cette situation remet son statut entier en question. 

Plutôt que de la méfiance, Bruce Wayne y voit d'abord presque une opportunité, d'autant qu'il a constaté son impuissance à empêcher le crash de l'avion et sait que sa ville est en proie, depuis toujours, à la menace de super-vilains, moins intelligents que lui mais plus costauds. Si un cerveau criminel préparait un assaut d'ampleur de ces monstres, arriverait-il à le repousser ? Rien n'est moins sûr.

Pour raffiner son affaire, Tom King a pris soin de donner quand même une faille à Gotham et Gotham Girl : s'ils ne détaillent pas comment ils ont acquis leurs pouvoirs (autrement qu'à l'étranger lors de missions humanitaires), on apprend rapidement que plus ils les utilisent (en fréquence et en intensité), plus ils écourtent leur durée de vie - ce qui introduit une notion sacrificielle à leurs actes héroïques.

Le récit bascule lorsque l'un d'eux tombe dans un piège et perd les pédales, les événements s'enchaînent dramatiquement ensuite et aboutissent à un épilogue étonnant par l'émotion qu'il produit - et aussi parce qu'il renvoie au dénouement du premier arc de Detective Comics, vol. 1 : Rise of the Batmen. Cette chute donne un relief inattendu à une intrigue que ses six épisodes rendraient presque expédiée (mais c'est aussi par que l'arc narratif est très bien rythmé).

David Finch s'occupe du dessin de cinq des épisodes et réussit un Batman massif qui offre un contraste intéressant avec les doutes qui l'assaillent. Le dessinateur maîtrise en tout cas la représentation du héros et réussit de belles séquences, bien cadré par un script qu'on devine directif. L'épilogue est illustré par Ivan Reis et, évidemment, avec le talent exceptionnel de l'artiste (même si, depuis quelque temps, il a du mal à se fixer sur un titre durablement en tenant les délais), le chapitre y gagne en subtilité : il est question de deuil, de folie, de consolation, et toute la détresse partagée par Batman et Gotham Girl sont superbement rendue par un trait expressif, un travail sur les angles de vue intelligent : une pièce d'orfèvrerie. (Bimensuelle, la série sera dessinée alternativement, d'un arc à l'autre, par Finch et Mikel Janin, plus Clay Mann pour des intermèdes : le lecteur est gâté.)

On peut tout à fait se passer du n° 0 pour entrer directement dans le vif du sujet de I Am Gotham, qui se présente comme un début moins flamboyant que pour Detective Comics, mais la suite (Batman obligé d'infiltrer la prison de Santa Prisca pour récupérer le Psycho-Pirate remis par Hugo Strange à Bane) promet son lot de sensations fortes.

mardi 11 août 2009

Critique 87 : NEW AVENGERS 11 à 13 - RONIN + ANNUAL 1, de Brian Michael Bendis et David Finch









Ronin est le troisième arc des Nouveaux Vengeurs, toujours écrit par Brian Michael Bendis et à nouveau illustré par David Finch. Cette histoire se déroule des épisodes 11 à 13, publiés de Novembre 2005 à Janvier 2006 par Marvel Comics.
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L'énigmatique Ronin, recommandé par Matt Murdock/Daredevil pour le remplacer au sein des Nouveaux Vengeurs, enquête à la demande de Captain America sur l'organisation criminelle, la Main, en lieu et place de Wolverine. Ses investigations décident le reste de l'équipe à le rejoindre au Japon où leur route croise celle du Samouraï d'Argent. Ce dernier est en affaire avec Viper, chef de l'Hydra.

Sentry est, lui, resté en Amérique, récupérant de ses problèmes identitaires (révèlés dans l'arc précédent) et refusant d'aider ses partenaires sur ce coup à cause de cela. Cependant, Captain America commence à soupçonner Spider-Woman de ne pas être celle qu'elle prétend : il a raison puisqu'il est désormais évident qu'elle "roule" à la fois pour les Nouveaux Vengeurs, le S.H.I.E.L.D. et l'Hydra...
Quant à l'identité réelle de Ronin, elle en laissera plus d'un interloqué puisqu'il s'agit d'Echo, alias Maya Lopez !
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Brian Bendis n'a pas tardé à rétablir le cap après le raté de son arc précédent et, encore aujourd'hui, je considère ce Ronin comme l'un des meilleurs passages de la série.
Les premiers et principaux atouts de cette histoire sont sa brièveté et son dynamisme : en trois épisodes, le scénariste emballe une intrigue tonique, avec de belles séquences d'action, quelques surprises bien senties. On en voit pas le temps passer, c'est une réussite.

Intelligemment, Bendis renoue avec l'affaire du Raft tout en disposant quelques pions pour la suite, comme le jeu de rôles de Spider-Woman, suggéré dans Breakout. En déplaçant l'action au Japon, l'auteur adresse également des clins d'oeil réjouissants aux fans de Frank Miller (l'implication de la Main) mais aussi aux épisodes des X-Men par Chris Claremont et Paul Smith (lorsque Wolverine voulut se marier et dut affronter Viper et le Silver Samouraï) : le décor est agréablement dépaysant et permet des scènes savoureuses contre les Ninjas, où les bons mots de Spider-Man passent bien.
Le tout est mené sur un rythme soutenu mais le propos est toujours lisible, d'une fluidité et d'une sobrièté parfaite.
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David Finch, qui revient sur le titre, rend aussi une copie très honorable : dès la première scène, il impose un personnage dont on regrette presque le démasquage final - et l'exploitation maladroite par la suite. L'artiste nous gratifie surtout de planches soignées, toujours épaulé par ses partenaires favoris (Danny Miki à l'encrage et Frank d'Armata aux couleurs), dans un style un peu moins encombré qui fait plaisir.
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Le titre rebondit donc de façon très opportune - et cela va durer quelque temps.
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En Juin 2006 paraît New Avengers Annual #1 : il s'agit donc d'un épisode spécial, plus long, et qui signifie que le titre est désormais bien installé commercialement. Mais c'est aussi un chapitre particulier pour deux autres raisons : d'abord parce qu'il propose un suite directe à une situation présentée à la fin du premier arc, Breakout, et ensuite parce qu'il s'articule autour d'un motif traditionnel dans les comics super-héroïques, le mariage de deux héros... Qui, bien sûr, sert de cadre à une bataille épique.
Le scénario est bien sûr l'oeuvre de Brian Michael Bendis et les dessins sont signés par son complice du crossover House of M, le français Olivier Coipel.
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Gravement blessée par Sauron en Terre-Sauvage, Yelena Belova (alias la Veuve Noire blonde) accepte de recevoir les pouvoirs du Super-Adaptoïde comme les lui proposent les agents de l'HYDRA afin de se venger des Nouveaux Vengeurs.
Elle attaque l'équipe juste après que Jessica Jones
ait accepté la demande en mariage de Luke Cage. Yelena absorbe d'abord les pouvoirs de Sentry puis de Luke Cage, Wolverine, Spider-Man, et Spider-Woman, alors que le maire de New York est reçu par Tony Stark et Captain America à leur nouveau quartier général.

Mais après que Spidey ait compris qu'elle ne peut dérober les pouvoirs que d'un seul héros à la fois, Yelena Belova est mise en échec par Iron Man - ou plutôt par une attaque groupée de plusieurs armures du héros commandées à distance par Stark - et par Sentry dont elle a aussi "volé" le double démoniaque, Void, menaçant de détruire son esprit.
La situation conduit l'HYDRA à déclencher l'auto-destruction de Yelena, empêchant ainsi Iron Man de l'interroger pour connaître le nom de ceux qui l'ont transformée. Néanmoins, tous les Vengeurs suspectent l'organisation terroriste d'être derrière cette agression et Spider-Woman est prise à parti par Stark car elle a espionné l'HYDRA pour le compte de Nick Fury dans le passé.

Finalement, les noces de Luke Cage et Jessica Jones sont célèbrées devant un prêtre ressemblant de façon troublante à... Stan Lee.
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Ce premier "annual" est un pur régal et, à tout seigneur, tout honneur, c'est d'abord grâce à la contribution d'Olivier Coipel. Réalisées entre House of M et Thor, les planches que le français a réalisées pour l'occasion révèlent la fabuleuse progression de l'artiste durant ces dernières années. Ce n'est pas la première fois qu'il dessine ces personnages : avec Geoff Johns et Chuck Austen, il avait déjà oeuvré sur les Vengeurs "classiques" sur deux sagas (Red Zone et Lionheart of Avalon), et il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il semble être né pour les animer.
Le découpage est éblouissant, donnant un tempo effrené à ce récit plein d'action : on tourne les pages à toute allure mais on y revient avec un plaisir égal en se laissant toujours prendre. L'aisance avec laquelle il insuffle vie et expressivité aux personnages, avec laquelle il alterne les angles de vue, agence la composition des plans, jongle avec le format des vignettes : c'est un feu d'artifices !
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L'intrigue est simplissime et à vrai dire, l'argument n'est qu'un prétexte, mais Bendis s'est visiblement amusé - et son plaisir est communicatif. Il y a un côté "old school" dans ce numéro où c'est vraiment "les bons contre la méchante".

La parenthèse est enchanteresse et atteste que le scénariste, lorsqu'il "lâche les chevaux" (comme dans Ultimate Spider-Man), vaut bien mieux que lorsqu'il abuse de la narration décompressée dont il est devenu le symbole vivant.
Un épisode pas absolument indispensable (sinon pour découvrir le sort de la blonde Veuve Noire) mais une lecture tellement jouissive qu'il serait idiot de s'en priver !

dimanche 2 août 2009

Critique 85 : NEW AVENGERS 1 à 6 - BREAKOUT, de Brian Michael Bendis et David Finch







Les Avengers sont morts : place aux New Avengers (les Nouveaux Vengeurs en français) ! Le titre mettant en scène les aventures de cette nouvelle équipe paraît pour la première fois dans New Avengers #1 (novembre 2004). Le scénario est écrit par Brian Michael Bendis et les dessins sont signés par David Finch. L'arc Evasion (Breakout en vo) compte 6 épisodes.
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L'histoire introduit une nouvelle formation et raconte comment elle voit le jour, 6 mois après les évènements de Disassembled.

Tout commence lorsque le super-vilain Electro provoque une gigantesque panne électrique dans la prison de haute sécurité du Raft et entraîne l'évasion de 42 criminels sur un total d'environ 90.
Le reste des malfrats est contenu grâce à l'intervention impromptue de Captain America, Iron Man, Luke Cage, Jessica Drew/Spider-Woman, Spider-Man et Matt Murdock/Daredevil - ce dernier étant sur les lieux, avec son associé Foggy Nelson pour rencontrer un client, Robert Reynolds, qui s'accuse du meurtre de sa femme.
Au terme d'une bataille épique dans le pénitencier, et concluant que le destin a permis la réunion de ces héros comme cela avait été le cas pour les cinq premiers Vengeurs, Cap convainc Iron Man de créer un nouveau groupe en invitant les quatre autres justiciers présents au Raft de se joindre à eux.
Tous acceptent, à l'exception de Daredevil qui refuse de ternir la réputation des autres héros à cause des ennuis qui l'accablent à l'époque (les médias et les autorités le harcèlent après que sa double identité ait été révèlée, malgré ses démentis).
Après avoir retrouvé et interrogé Electro, les Nouveaux Vengeurs découvrent que le mystérieux Karl Lykos- pour l'évasion duquel Electro a été spécialement engagé - est dans le collimateur du S.H.I.E.L.D.. Le dossier de Lykos est consulté par Spider-Woman et Captain America et les conduit, avec leurs partenaires, jusqu'en Terre Sauvage où ils croisent la route du X-Man Wolverine.
Peu après, l'équipe est repérée par l'alter-ego de Karl Lykos, Sauron, et capturée par plusieurs mutants. Les Nouveaux Vengeurs réussissent à s'échapper puis découvrent avec stupeur que le S.H.I.E.L.D. exploite comme des esclaves les compagnons de Lykos. Yelena Belova débusque Sauron et lui tire dessus, il riposte en la défigurant.
Des missiles s'abattent alors sur la zone, supprimant les occupants à l'exception des Vengeurs, protégés par un champ de force émis par l'armure d'Iron Man. Un héliporteur du S.H.I.E.L.D. embarque les membres du groupe et Captain America exige à Maria Hill, la directrice de l'organisation gouvernementale, des explications. Elle raconte qu'un trafic clandestin de vibranium les a conduits ici.
Peu convaincu, Iron Man confie à ses compères que certains fugitifs du Raft sont officiellement considérés comme morts depuis des années, ce qui signifie que le S.H.I.E.L.D., en plus de piller les réserves naturelles de pays étrangers, serait en train de rassembler des super-criminels. Cap accepte d'engager Wolverine (qu'il qualifie pourtant de meurtrier) pour poursuivre leurs investigations sur cette sordide affaire...
*
Pour démarrer "sa" série, Brian Bendis met d'emblée le paquet, en divisant clairement son récit en deux sous-parties : la première met en scène une spectaculaire évasion dans une prison pour méta-humains et la seconde embarque la nouvelle équipe de Vengeurs dans une enquête à la fois exotique, funeste et vouée à être développée sur le long cours, à la recherche non seulement des fugitifs mais aussi du (des ?) responsable(s) de ce coup de force et du trafic que cela dissimulait.
Si on en croit des propos récents du scénariste, concernant l'élaboration de l'intrigue du crossover Secret Invasion, la fondation de cette saga était déjà établie dès le départ des New Avengers - et même avant avec le récit Secret War (dans lequel Nick Fury, alors patron du S.HI.E.L.D., entraînait plusieurs héros dans une mission commando secrète en Latvérie, royaume du Dr Fatalis).
Cette affirmation reste délicate à contester, même si des éléments jouent rétrospectivement en sa faveur : on ignore qui paie Electro pour attaquer le Raft, qui manoeuvre dans l'ombre l'exportation illégale de vibranium, qui rassemble les super-criminels en cavale.
En revanche, on sait que Spider-Woman collabore avec une puissance ennemie, qui lui ordonne d'infiltrer les Nouveaux Vengeurs : il est donc évident qu'elle est un agent double, voire triple - car elle a encore accès à des dossiers confidentiels du S.H.I.E.L.D. et est peut-être encore en relation avec Fury (qui a disparu de la circulation après l'affaire en Latvérie).
Cela étant dit, il faut reconnaître que ces six premiers volets sont fort plaisants à lire. L'assaut du Raft et l'affrontement entre les quelques héros présents sur place et la presque centaine de criminels (parmi les plus redoutables du Marvelverse) est d'une efficacité indéniable. On doute franchement que les justiciers puissent juguler autant d'adversaires, et la présence de l'énigmatique Robert Reynolds, qui participe à la victoire, ajoute au suspense de l'affaire.
Le personnage de Sentry possède un charme rétro et décalé dans cette galerie, qui promettaient encore beaucoup à l'époque : créé par Paul Jenkins, ce gaillard surpuissant ressemblait à la fois à une parodie des héros DC comme Superman et fut présenté comme un savoureux canular. L'éditeur prétendit en effet qu'il s'agissait d'un justicier imaginé durant le "golden age", oublié puis relancé pour l'occasion.
L'autre polémique que déclenchera le scénariste concernera la composition même de ces Nouveaux Vengeurs, mix étonnant de stars (Captain America, Iron Man, Spider-Man, Wolverine) et de seconds couteaux (Luke Cage, Spider-Woman). Les Vengeurs ont pourtant de tout temps été formés de vedettes et de personnages de moindre importance, n'ayant pas de série propre. Mais, à la vérité, l'idée de cette formation semble avoir été soufflée à Bendis par Mark Millar et Joe Quesada qui désiraient faire des Nouveaux Vengeurs l'équivalent de la JLA, avec donc les personnages les plus populaires de la firme.
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David Finch cultive quand à lui ce qui caractérisait déjà son apport à Avengers Disassembled : je trouve cependant son travail plus fort ici, même s'il éprouve encore des difficultés avec les expressions faciales en particulier, et donc pour caractériser nettement ses personnages en général - tous ses héros masculins sont des armoires à glace tour à tour impassibles ou l'air furieux : c'est un peu limité... Par contre, il ne s'en sort pas trop mal avec Spider-Woman, à qui il donne même une pulpeuse féminité (voir sa première appartion en costume dans l'appartement de Stark...).
Néanmoins, il est toujours aussi à l'aise lorsqu'il s'agit de mettre en images d'explosives séquences d'action, avec un découpage dynamique à défaut d'être original, et un dessin fourni en détails (presque trop, mais l'encrage de Danny Miki n'arrange rien).
Finch est l'archétype de l'artiste plus à son avantage quand il s'agit d'animer des personnages en costumes qu'en civil - il reste un des rares à avoir su conférer un certain charisme à Sentry lorsque celui-ci décide d'aider les Nouveaux Vengeurs dans le Raft.
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Le récit ne manque pas par ailleurs d'humour - sur un mode encore léger et moins envahissant que sur certains arcs futurs. Par exemple, des scènes comme celles où Luke Cage a les poings finalement englués dans la toile de Spider-Man après avoir menacé de tabasser Electro, où Spider-Woman ruse pour soutirer des informations à des co-détenus, le crash en Terre Sauvage et ses conséquences immédiates (une faune agressive), et le moment où les membres de l'équipe se réveillent nus et aux mains de Lykos, ne manquent pas de piquant.
Finalement, ces six premiers épisodes constituent une introduction encore incomplète aux origines de cette nouvelle équipe et certains de ses prochains membres ne sont pas encore ou peu exploités (Sentry et Wolverine) Mais c'est un divertissement assez palpitant et prenant, qui donne envie de poursuivre l'aventure et rénove assez adroitement les Vengeurs dans le but d'en faire à nouveau des tenors du Marvel Universe.

Critique 84 : AVENGERS DISASSEMBLED, de Brian Michael Bendis et David Finch



Avengers Disassembled est initialement un crossover impliquant plusieurs séries publiées par Marvel Comics : l'idée générale était que des héros majeurs de la firme (comme les Vengeurs, Spider-Man, ou les 4 Fantastiques) réagissaient à des assauts les déstabilisant physiquement et émotionnellement. Le scénariste Brian Michael Bendis jouait, avec ce titre, sur le cri de ralliement des Vengeurs : "Avengers Assemble!".
Les titres les plus affectés par cette histoire furent les Avengers, mais aussi Thor, Captain America et Iron Man. En revanche, on pouvait continuer à suivre des mensuels comme Spider-Man et Fantastic Four sans problème.
Les membres des Avengers concernés par les évènements de Chaos (c'est-à-dire le segment concernant l'équipe proprement dît) étaient l'Homme-Fourmi (Scott Lang), Captain America, Captain Britain (Kelsey Leigh), le Faucon, Hawkeye, Iron Man, Scarlet Witch, Miss Hulk, la Vision, la Guêpe et Yellowjacket.
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L'histoire débute au manoir des Vengeurs lorsque le système de sécurité de l'endroit avertit ses occupants d'une intrusion : elle est le fait du Valet-de-Coeur, pourtant mort après avoir sauvé la vie de la fille de l'Homme-Fourmi, Cassie Lang. Le Valet explose inexplicablement, tuant Scott Lang et ravageant une partie de la demeure des héros.
Peu après, la Vision se crashe avec un des Quinjets des vengeurs et libère une petite armée de robots Ultron qui s'en prennent aux rescapés. Durant l'affrontement qui suit, Miss Hulk est prise d'une crise de folie furieuse au cours de laquelle elle détruit la Vision.
A la suite de cette première vague d'attaques, plusieurs autres vengeurs (parmi lesquels des réservistes comme Spider-Man et Daredevil) arrivent au manoir. C'est alors qu'une énorme flotte de vaisseaux extraterrestre apparaît dans le ciel et ouvre le feu. Hawkeye se sacrifie pour sauver ses amis de cette soudaine invasion Kree.
Finalement, on découvre que c'est Scarlet Witch qui a provoqué tous ces évènements : devenue progressivement folle depuis la mort de ses enfants quelques années auparavant, elle s'était convaincue de leur existence grâce à des sortilèges influencés par l'essence du démon Mephisto. Ses pouvoirs causaient depuis des altérations de la réalités et ce phénomène empirait au point d'affecter l'existence de ses proches et sa santé mentale déjà fragile : elle avait fini par penser que les Vengeurs lui avaient retiré sa progéniture.
Lors d'une ultime confrontation, les Vengeurs, aidés par le Dr Strange, neutralisent Wanda Maximoff et son père, Magneto, reconnaissant les erreurs qu'il a commises en l'élevant, l'emmène avec lui pour la soigner.
Quelques mois plus tard, l'équipe se réunit dans les ruines du manoir. Quicksilver explique comment son père, le Professeur Charles Xavier et le Dr Strange s'occupent désormais de sa soeur dans un endroit tenu secret. Puis Tony Stark révèle à ses camarades qu'ils doivent se séparer car la réputation du groupe a souffert des évènements causés par Scarlet Witch et aussi parce qu'il ne peut plus financer une telle formation (son entreprise a perdu des contrats importants).
Chacun de ceux qui sont là évoquent alors un de ses plus mémorables souvenirs, comme lorsque l'équipe s'est créée, ou quand ils découvert Captain America, ou leur rôle durant la guerre Kree-Skrull, ou le mariage de la Vision et Wanda...
Comme ils quittent les lieux, les Vengeurs sont attendus à l'extérieur de leur quartier général dévasté et acclamé par une foule de civils. Une page se tourne...
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... Et avec cette page, ce sont 500 épisodes qui trouvent leur conclusion : Brian Michael Bendis a offert un final à la fois apocalyptique et émouvant à une série historique, où se sont succédés les meilleurs auteurs et les plus grands artistes depuis Stan Lee et Jack Kirby. Pour cela, le scénariste n'a pas hésité à trancher dans le vif, supprimant plusieurs personnages (dont l'emblématique Hawkeye, qui fut d'abord un super-vilain avant de se racheter une conduite comme justicier, ou la Vision, sans doute l'androïde le plus célèbre du Marvelverse) et concluant son épopée dans un déluge pyrotechnique... Qui n'était pourtant qu'une énorme illusion !
Le procédé est radical et extrèmement roublard, on peut d'ailleurs reprocher à l'auteur d'en faire trop, mais sans doute fallait-il frapper fort et couper net pour inscrire le point final à près de quarante ans de continuité et alors que le titre même se vendait mal.
Car il faut replacer les choses dans leur contexte : à l'époque de Disassembled, dopés par leurs adaptations cinématographiques, Spider-Man et X-Men dominent commercialement Avengers dans les kiosques. Même si comme les mutants, c'est une série mettant en scène une équipe, la composition des Vengeurs n'a cessé de changer tout au long de son existence, comptant un nombre écrasant de membres. Il y avait les vedettes, les "big guns", comme Captain America, Iron Man, Thor, voire la Guêpe, et (tous) les autres, parfois membres éphémères et oubliables/oubliès. Mais en tant que tels, les Avengers ne ressemblaient plus à grand'chose.
La dernière formation en date n'était par ailleurs pas la plus fameuse, et Bendis a ensuite expliqué avoir tué certains personnages parce qu'il les considéraient comme d'authentiques "tocards" (à l'image du Valet-de-Coeur). Nous verrons, cependant, que, par la suite, en animant les Nouveaux Vengeurs, le même Bendis ne s'est pas privé de ramener sur le devant de la scène des seconds couteaux, tout aussi incertains, pour en faire de nouvelles stars. Mais c'est là la finalité de ce genre de jeu de massacre : chaque auteur a ses "têtes", ses favoris, et s'amuse à les promouvoir lorsqu'il en a la possibilité. On ne peut donc pas vraiment reprocher à Bendis de répéter ce que beaucoup de ses prédécesseurs ont fait...
Narrativement, le scénariste n'a pas encore complètement systématisé la décompression dramaturgique dont New Avengers deviendront le laboratoire (et parfois la caricature) : le récit est mené avec beaucoup de rythme, les rebondissements s'enchaînant à toute vitesse, allant même crescendo dans une débauche d'explosions, d'attitudes troubles, de situations paroxystiques. On a à peine le temps de se demander ce qui se passe entre l'explosion de Jack of Hearts, le crash de la Vision, les attaques successives des Ultrons et des Krees, le coup de folie de Tony Stark à l'O.N.U. et celui de She-Hulk, le sacrifice d'Hawkeye, et l'affrontement contre Wanda puis les apparitions du Dr Strange et de Magneto.
Et quand la situation s'est calmée et que le temps des adieux est venu, Bendis ne cède pas non plus à ce qui en irritera plus d'un ensuite, soit des dialogues abondants, à l'humour potache, et dilatant la durée de certaines séquences. L'évocation des grands moments passés de l'histoire des Vengeurs est rédigée sobrement, avec une pointe de sentimentalisme indéniable, mais sans manièrisme.
Ces brefs flash-backs, illustrés sur des double-pages, sont aussi un régal pour les yeux car, pour ce Avengers finale, de grands artistes ont été mis à contribution : Steve McNiven, David Mack, Alex Maleev, Jim Cheung, Gary Frank, Mike Mayhew... Cela participe à faire de ce numéro un exemplaire vraiment exceptionnel, transition entre le titre qui s'achève et celui qui va arriver.

Disassembled a été dessiné par David Finch (avec quelques pages reprises aux épisodes de Kirby, Dick Ayers ou Olivier Coipel) et encré par ses collaborateurs habituels, Danny Miki, Mark Moralès, Allen Martinez et Victor Olazaba.
Je ne suis pas un grand fan de cet artiste. Pourtant, il fait le boulot et sait en mettre plein la vue comme le réclame une histoire de ce genre : beaucoup le font mieux que lui, c'est une évidence, mais David Finch a été au bon endroit, au bon moment. C'est aussi comme cela qu'on gagne ses galons.
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Les Vengeurs sont morts ? Vive les Nouveaux Vengeurs ! Oui, une page se tourne, mais un nouveau livre va commencer... Et la fin de cette histoire est vraiment le début d'une autre !

samedi 13 juin 2009

Critique 59 : FALLEN SON - LA MORT DE CAPTAIN AMERICA, de Jeph Loeb et Leinil Yu, Ed McGuiness, John Romita Jr, David Finch et John Cassaday

Cette collection d'épisodes spéciaux constituent l'épilogue du crossover Civil War.
Au terme de la saga écrite par Mark Millar et dessinée par Steve McNiven, au cours de laquelle les super-héros de l'univers Marvel se déchiraient après le vote d'une loi les obligeant à se faire recenser auprès des autorités, les partisans - menés par Iron Man - de cet enregistrement remportaient la bataille au détriment des résistants - dirigés par Captain America.
Depuis, les héros travaillent pour le gouvernement, mais d'autres, refusant toujours ls nouvelles règles du jeu, continuent de lutter contre le crime - et s'opposent occasionnellement à leurs amis d'hier - dans la clandestinité. Puis, dans sa série régulière, Captain America allait ensuite être victime d'un assassinat ourdi pa son ennemi Crâne Rouge, avec la complicité du Dr Faustus, qui avait mentalement conditionné la maîtresse du héros, Sharon Carter, pour le tuer lors de son transfert devant un tribunal.
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L'idée de Victime de Guerre : La Mort de Captain America (en vf) revient à J. Michael Straczynski : il s'agissait d'étudier les réactions de personnages-phares de Marvel après le décés du héros en explorant les cinq stades du deuil - refus, colère, marchandage, dépression, acceptation. C'est à Jeph Loeb que fut confié la rédaction de ces récits, chacun étant illustré par un dessinateur différent.
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Captain America alias Steve Rogers, le super-soldat créé durant la seconde guerre mondiale pour lutter contre les nazis, porté disparu après une mission, puis miraculeusement retrouvé vivant dans les glaces polaires, devenu membre des Vengeurs et le champion des valeurs américaines, est mort. Tout le pays est en émoi. A travers cinq justiciers qui l'ont côtoyé de près, se battant avec (ou contre durant la "Guerre Civile") lui, nous découvrons comment son décés affecte la communauté des super-héros.
- Wolverine (membre des X-Men et des Nouveaux Vengeurs) va s'introduire dans un héliporteur du SHIELD où est détenu Crossbones, le meurtrier du héros national. Il refusait d'admettre que Cap' reposait dans un cercueil à bord du vaisseau autrement qu'en le vérifiant lui-même.
- Spider-Man n'admet pas, lui, que les amis de Cap' puissent tranquillement jouer au poker après ce qu'il lui est arrivé. La colère le submerge mais oblige tout le monde à avouer son impuissance, alors que les Puissants Vengeurs sont en mission.
- Hawkeye, revenu d'entre les morts après House Of M, revient à New York après avoir cherché en vain la Sorcière rouge, qui l'a ressucité. Il est appréhendé par Iron Man qui marchande avec lui pour qu'il revêtisse le costume de Cap' - ce qu'il accepte dans un premier temps avant de reprendre le maquis, refusant d'être instrumentalisé par Tony Stark et le SHIELD.
- Spider-Man retrouve Wolverine après avoir affronté le Rhinocéros. Cette bagarre lui a servi de défouloir mais il reconnaît ensuite être rongé par une profonde dépression car la mort de Cap' le renvoie à celle de son premier amour, Gwen Stacy, qu'il n'avait pas pu empêcher non plus.
- Iron Man dirige les funérailles nationales de Cap', mais au moment de prononcer son éloge funêbre, est incapable de prononcer un mot, saisi par l'émotion. Pour rendre dignement hommage à son partenaire et accepter sa mort, il lègue sa dépouille à Namor et aux profondeurs de la mer arctique, là même où il fut retrouvé après la seconde guerre.
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Jeph Loeb s'est acquitté de cette tâche bien particulière avec les honneurs : les copies qu'il a rendues sont toutes de bonne facture, et même parfois excellentes.
Les trois chapitres les plus convaincants sont ceux consacrés aux refus avec Wolverine, au marchandage avec Hawkeye et à l'acceptation avec Iron Man : ils réussissent à la fois à rendre hommage à Captain America, à ce qu'il incarnait, en restant logique par rapport aux motivations des acteurs, en traduisant les sentiments évoqués, en suscitant une vraie émotion.
Le meilleur numéro et le plus beau est, à mon sens, celui de l'Acceptation : à la fois solennel, sobre, avec un dénouement astucieux, poignant et poétique, il synthétise parfaitement le projet. Il se suffit à lui-même et représente un adieu à la mesure du personnage. En même temps, il dégage une sorte d'apaisement sans négliger la prise de conscience d'Iron Man, qui salue à la fois son adversaire de Civil War mais surtout honore la mémoire de celui qui fut son acolyte chez les Vengeurs, l'emblême de la nation américaine, celui qu'il ne sera jamais.
Le moins bon est sans conteste celui consacré à la colère : la narration ne fonctionne pas, le traitement est bancal avec son alternance de scènes d'action spectaculaires et inutiles, déplacées et en dehors du propos, et des passages lourdement dialogués, mis en scène sans finesse.
Pour le reste, le bilan est inégal sans être ni honteux ni inoubliable.
L'épisode avec Hawkeye (Marchandage) est malin.
Celui avec Spider-Man (Dépression) est d'un symbolisme poussif.
Et celui avec Wolverine (Refus) est assez creux finalement malgré un face à face tendu entre le mutant griffu et Crossbones, on ne comprend surtout pas trop pourquoi Daredevil y a été convoqué si ce n'est pour jouer les détecteurs de mensonges...
Ce qui rend l'objet troublant, c'est le fait que Jeph Loeb ayant perdu son fils, on a, semble-t-il, jugé qu'il était le mieux placé pour parler du deuil et de ses conséquences psychologiques. L'analyse est facile mais n'a rien d'évidente et surtout rien de légitime : ce n'est pas la perte d'un être cher qui donne le talent pour traiter de la douleur qui en résulte. A moins d'avoir atteint un grand recul sur cet évènement, il reste toujours difficile d'écrire, et de bien écrire qui plus, c'est-à-dire en sachant à la fois faire partager ses émotions, en sachant les décrire et les interpréter avec pudeur, sur ce sujet.
Le fait d'avoir compilé en un seul ouvrage ces épisodes souligne qui plus est davantage leurs défauts et le peu d'évidence de cette initiative que leurs qualités et la cohérence de l'entreprise. Le choix des protagonistes y est d'ailleurs pour beaucoup, selon qu'on apprécie ou pas chacun d'entre eux.
Et, contrairement à ce qui est indiqué, chaque volet n'est pas consacré à un personnage en particulier : dans celui du Marchandage, paru en complèment de la série Captain America, c'est à Hawkeye que Loeb s'intéresse, et Wolverine, après avoir tenu le haut de l'affiche dans le Refus, est encore présent dans la Colère avec les (Nouveaux et Puissants) Vengeurs puis dans la Dépression de Spider-Man.
En soi, qu'un héros traverse plusieurs récits n'est pas dérangeant (Iron Man squatte quatre sur cinq d'entre eux) mais leur disposition rend ce procédé un peu pesant et finalement restreint le nombre d'acteurs concernés par le sujet - ainsi n'aurait-il pas été plus normal de s'intéresser au sort du Faucon, fidèle parmi les fidèles du Captain, plutôt que de favoriser ainsi Spidey ou Wolvie ?
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En revanche, graphiquement, l'éditeur a mis à disposition du scénariste la crème de ses illustrateurs : le casting a de quoi faire rêver, que des vedettes !
Leinil Yu livre un Wolverine bouillonnant à souhait, torturé et prêt à tout, comme on l'aime.
John Romita Jr (encré par Klaus Janson) n'a pas besoin de forcer son talent pour nous emballer avec Hawkeye.
Et John Cassaday nous gratifie d'un splendide final, et je pèse mes mots : ponctué de "splash-pages" renversantes et d'une double page fabuleuse, le chapitre Acceptation lui doit énormèment.
En revanche, le choix de David Finch pour illustrer la Dépression est surprenant : son trait déjà touffu est encore surchargé par l'encrage plombant de Danny Miki.
Et Ed McGuinness rate complètement son affaire en traitant de la Colère, avec un découpage totalement raté par-dessus le marché.
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Finalement, ce receuil est honnête mais moyen, il laisse une impression mitigé et la conviction que cela aurait pu être bien meilleur, plus puissant, avec un auteur (ou même plusieurs) plus inspiré(s). Visuellement accrocheur, c'est parfois davantage un beau livre d'images, de fulgurances, qu'un grand et digne hommage à la hauteur du personnage.