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jeudi 7 mars 2024

X-MEN #22 (Gerry Duggan / Phil Noto)

 

Où l'on assiste au grand retour de Ilyana Rasputin /Magik, infectée par des nanites et mourante mais désireuse de liquider quelques sbires d'Orchis tout en libérant des mutants détenus dans un goulag de l'organisation anti-mutante...



Je ne vais pas vous mentir : je n'ai pas aimé cet épisode, et pourtant j'adore Ilyana Rasputin / Magik, et pourtant il y a quelques très bonnes scènes. Mais ça n'a pas pris comme j'aurai aimé. En vérité, je trouve que Fall of X n'en finit pas de finir et que Gerry Duggan fait n'importe quoi - sans doute parce qu'il lui faut bien écrire d'ultimes épisodes avant que ne soit bouclé l'ère de Krakoa.


En fait, on pourrait dire que Marvel, une fois de plus, s'est tiré une balle dans le pied. En annonçant des mois à l'avance la fin de l'âge de Krakoa, l'éditeur a rendu des fans inconsolables et ceux qui n'ont pas aimé cette période à la fois excités et dubitatifs pour la suite. Et ce n'est pas la gestion de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X (les deux mini qui n'en font - soi-disant - qu'une mais qui sont surtout également médiocres) qui a arrangé les choses.


La fin de l'âge de Krakoa précédera, on le sait, une sorte de reboot qui ne dit pas son nom et sans doute un changement de cap. Tom Brevoort, un vétéran de Marvel avec plus de trente ans de service, va s'asseoir dans le fauteuil de Jordan White, qui n'a pourtant pas démérité mais qui s'en va parce que Brevoort est plus haut placé dans l'organigramme. Et Brevvort a déjà laissé entendre qu'il n'entendait pas réduire la voilure en éditant au moins autant de titres X, même s'il y aurai certainement pas mal de nouveaux auteurs et artistes sous ses ordres (Gail Simone, malgré ses dénégations, va certainement écrire une grosse série mutante).
 

Fall of the House of X raconte en parallèle de la série X-Men l'échec des mutants contre Orchis et notamment le règne des machines (Moira X, Nimrod et la sentinelle oméga en tête), tandis que Rise of the Powers of X suggère, sans nuances, via un voyage temporel, comment la franchise mutante va être rebootée. Et c'est bien là le problème comme l'illustre ce X-Men 22.

En effet que ce soit dans Fall of the House of X ou dans X-Men, on suit désormais des X-Men qui sont déterminés à rendre coup pour coup contre Orchis. L'objectif central qui est de libérer Cyclope dont la mascarade de procès se tient actuellement est complètement noyé par ces assauts dont j'ai toute la peine du monde à comprendre la logique. Mais ce n'est pas grave puisque on sait déjà comment tout sera pardonné (en tout cas pour le monde de la Terre 616) et oublié (grâce au fameux voyage temporel destiné à effacer toute la dixième vie de Moira et donc l'existence même de Krakoa comme nation).

Du coup, on assiste à un spectacle étrange et perturbant où tout ce qui se passe compte en fait pour du beurre mais qui écorne quand même considérablement l'image des X-Men. Car il y a ce qu'oubliera le monde dans les comics et il y a ce dont se souviendront les lecteurs, et ça, voyez-vous, ce n'est pas pareil. 

A quoi assiste-t-on et qui entache nos héros ? On voit des X-Men procéder à une vendetta sanglante contre Orchis. D'un côté, le fan de base se dit : "Hé, ce sont les méchants, s'ils meurent, ce n'est pas grave, et puis même, ils l'ont mérité". De l'autre, on se dit, et chez moi, c'est ce qui l'emporte : "Hé, les X-Men sont en train d'assassiner des hommes et des femmes qui certes ont conspiré pour les éliminer, mais quand même les X-Men TUENT !".

Et ça, hé bien, pour moi, c'est n'importe quoi, c'est vraiment tout ce que ne sont pas les X-Men, ces héros persécutés, mais qui ne répondent jamais en suivant la loi du talion. Wolverine tue, mais c'est presque à part, et d'ailleurs les meilleurs scénaristes savent souligner qu'il paie le prix fort pour ça. Mais voir, comme ici, Magik et Shadowkat et Emma Frost et Polaris zigouiller des membres d'Orchis, même pas les pontes de l'organisation, non de simples trouffions dans cette armée, franchement, ça ne me plait pas.

Et, attention, quand je dis qu'ils tuent, c'est pas comme ça en passant, mis en scène de manière suggestive, subtile. Non, c'est un putain de bain de sang, ça gicle de partout, c'est limite écoeurant. On peut avoir des héros qui pètent les plombs, et ça peut aboutir ensuite à d'autres histoires où ils sont confrontés à ces exactions commises en état de crise. Mais là, on sait que tout ça va être effacé des tablettes, que personne dans le monde des comics ne s'en souviendra (à part peut-être les X-men eux-mêmes, mais j'en doute - je crois que le reboot va les rendre tous amnésiques par un tour de passe-passe, un bon lavage de cerveau, peut-être par Xavier lui-même, ce ne serait pas la première fois).. Bref, tout ça restera impuni. Et c'est peut-être bien ça, le pire.

Parce que quand les séries relancées par Brevoort et compagnie débuteront, comme je le disais plus haut, le fan lui se souviendra ce qu'on fait les X-Men, il se rappellera du sang versé par eux, de leur acharnement, de leur absence totale de retenue et de scrupules, de leur absence totale d'héroïsme en fait. Et alors comment, à ce moment-là, pourrons-nous les considérer comme de sympathiques héros mutants ? J'ignore si les auteurs exploiteront ça et si oui, comment, mais là encore, j'en doute.

Je ne pense vraiment pas que Jonathan Hickman aurait fait les choses comme ça. Il voulait montrer l'avènement et la chute de l'empire mutant, c'est certain. Mais je ne crois absolument pas qu'il aurait bouclé ça dans un bain de sang, avec tellement de haine, de violence, et en ayant recours à un coup de tablette magique pour laisser la place à de nouveaux créateurs. C'est là qu'on mesure la perte qu'a représenté le départ de Hickman, qui n'a jamais été remplacé par un auteur supervisant les grandes lignes de Destiny of X et Fall of X. Peut-être que si Al Ewing avait pris sa relève, ça aurait pu marcher, mais vraisemblablement Jordan White et Marvel n'ont pas souhaité remplacer Hickman comme "head of X", et du coup chacun a fait son truc de son côté, Duggan, Gillen Percy, Ewing. Et aujourd'hui, il faut finir le boulot, mais c'est mal fait.

Phil Noto dessine encore cet épisode, qui aurait pourtant parfaitement convenu à Joshua Cassara (qui se contente de signer la couverture - je pense que Cassara se prépare pour quelque chose, qui sera annoncé prochainement parce que c'est trop bizarre qu'un artiste mis en avant comme ça auparavant se limite en ce moment à faire des couvertures). Et bon, j'aime bien Noto, mais franchement, il n'est pas en forme actuellement. On sent qu'il travaille à l'arrache, et que ce qu'il a à dessiner ne l'inspire pas. Il ne se foule pas et en plus, comme dans cet épisode précis, l'action domine, il n'est pas dans son élément. Il y a des angles de prise de vue maladroits, des compositions foirées, des moments qui tombent à plat.

Gerry Duggan ramène Lockheed et on a droit à une scène embarrassante de nullité quand le dragon est ramené à Kitty et Ilyana : on vient d'assister à un véritable massacre commis par les deux filles et tout d'un coup, le scénariste nous sort une scène tchoupi avec le dragon. "On vient d'éviscérer tout un bataillon d'Orchis mais on est trop contentes en plus de retrouver Lockheed". Non, c'est pas possible de tomber autant à côté de la plaque.

Je sens que la fin de Krakoa va être péééééééééniiiiiiiiiiible.

jeudi 15 février 2024

X-MEN #31 (Gerry Duggan / Phil Noto)

Avant-propos :

Je reviens après une absence indépendante de ma volonté : j'étais - et je suis encore un peu - atteint par la grippe et dans l'incapacité d'alimenter ce blog, d'écrire des articles. Les vicissitudes de mon grand-âge... Mais à chaque chose malheur est bon puisque, dans mes bons moments, j'avais quand même le plaisir de lire et donc d'emmagasiner du matériel pour le blog dans les prochains jours.

Merci pour votre patience. Et portez-vous bien.

Ce qui suit contient des spoilers : il devient impossible
de garder secrets des éléments de l'intrigue à ce stade.


Talon morte lors de leur mission sur la Contre-Terre, Synch a gardé son esprit grâce aux pouvoirs de Jean Grey mais sans le dire à personne. Toutefois, cela l'empêche d'assister ses amis X-Men aux prises avec Nimrod...


J'écris cette critique de X-Men #31 après avoir lu le deuxième chapitre de Fall of the House of X et cela me permet d'apprécier ce que rédige Gerry Duggan à la fois dans la série régulière et la mini-série qui accompagnent la fin de l'ère de Krakoa.


Et quand je dis "apprécier", c'est vraiment le cas car le scénariste conçoit X-Men et Fall of the House of X non pas comme deux histoires parallèles mais bien comme un tout, organiquement lié, qui se répond, se complète. Pas sûr qu'on trouve la même relation avec Rise of the Powers of X, ni même d'ailleurs que cette autre mini-série ne finisse pas gâcher le projet de Duggan.
 

En effet, ce qui frappe, c'est que Marvel a voulu, sciemment, élaborer Fall... et Rise... comme le furent House of X et Powers of X. Sauf que ces deux-là étaient écrites par le seul Hickman quand Fall... et Rise... le sont par des auteurs aussi différents que Duggan et Kieron Gillen, autrement dit pour le premier quelqu'un essentiellement tourné vers ses personnages quand l'autre l'est vers les concepts. (mais un bon cran en dessous de ce que peut faire Hickman).


Lire X-Men 31, c'est donc, avant tout, lire la relation de personnages. Même avec en son centre une bataille contre Nimrod, Duggan est concentré sur ses héros, leurs rapports. L'épisode est encore une fois dessiné par Phil Noto, dans une meilleur forme que pour X-Men 30, mais en vérité uniquement parce que lui aussi se distingue par sa qualité à dessiner des personnages alors que sa mise en scène de l'action demeure au mieux paresseuse, au pire bâclée.

Outre les retrouvailles entre Wilson Fisk et Typhoid Mary (celle-ci avait été projetée avec Magik et Dani Moonstar dans un dimension parallèle lors du Hellfire Gala, et tout cela a été relaté dans la mini Realm of X que je n'ai pas lue), Duggan et Noto consacrent donc l'essentiel de leurs efforts aux adieux entre Synch et Talon.

Comme j'ai tenu à prévenir en avant-propos, je ne peux tenir certaines infos secrètes plus longtemps sans écrire des critiques qui deviendraient trop cryptiques, tournant autour du pot sans avoir rien à commenter. En l'occurrence, je choisis de révéler que Talon a trouvé la mort sur la Contre-Terre où elle et Synch ont dérobé au Maître de l'Evolution une orbe capable de neutraliser le poison inoculé par Orchis à la médecine krakoane. Mais évidemment, la mission a dégénéré et Laura Kinney en a fait les frais et comme, les Cinq étant toujours introuvables, on ne peut plus ressusciter les mutants, elle est réellement morte.

Synch a toutefois trouvé une astuce pour conserver son esprit mais cette solution n'a pas d'avenir parce qu'elle lui coûte des efforts terribles et l'empêche de soutenir les X-Men sur le terrain. Cela aboutit à une scène vraiment déchirante d'adieux pour le plus vieux couple de mutants ayant jamais vécu (si on prend en compte la durée de leur séjour commun dans la Voûte et de leur romance).

Duggan et Noto rivalisent de sobriété pour traiter cela. Alors, évidemment, il y a une autre Laura Kinney dans la nature (ressuscitée par erreur quand on croyait la première morte dans la Voûte), mais il est impossible d'imaginer un rapprochement romantique avec Everett Smith : c'est bien la X-23 originelle qui disparaît ici et c'est réellement émouvant. Duggan aura fait de Synch et Talon un couple iconique de l'ère de Krakoa.

Un très bel épisode donc avant le retour des grandes manoeuvres pour Fall of the House of X 2, dont je vous causerai vite.

dimanche 21 janvier 2024

X-MEN #30 (Gerry Duggan / Phil Noto)


Trois tandems : Cyclope rêve de Jean Grey et en parle à une psy à la solde d'Orchis entre deus séances de son procès. Iron Man apprend par Firestar que Orchis la soupçonne d'être un agent double. Synch et Talon partent sur la Contre-Terre pour voler au Maître de l'Evolution de quoi soigner les humains victimes de l'empoisonnement des remèdes krakoans.


C'est un curieux épisode que ce (déjà) trentième numéro écrit par Gerry Duggan. Curieux d'abord parce qu'il se déroule en même temps que Fall of the House of X et nous montre que d'autres mutants sont affairés pendant que leurs semblables ont déclaré la guerre à Orchis. Et curieux par sa construction même.
 

En fait, comme l'indique mon résumé, Gerry Duggan découpe l'épisode en scènes où il suit des couples. Cyclope se confie à une psy aux ordres d'Orchis et du Dr. Stasis en particulier, qui veut se servir de ce que dit Scott Summers pour l'accabler durant son procès. Puis Iron Man retrouve Firestar qui lui fait part des soupçons qui pèsent sur elle dans la direction de Orchis. Enfin, et surtout, au coeur du dispositif, on a Synch et Talon en mission sur la Contre-Terre du Maître de l'Evolution qui possède un moyen de régler un des gros problèmes des mutants.


Duggan ne fait aucune mention de ce qui s'est passé dans Fall of the House of X, mais il ne fait pourtant aucun doute que ce qui se passe là se situe en parallèle, ne serait-ce qu'à cause de la situation de Cyclope qui se trouve à Paris pour son procès. En vérité, le scénariste prouve qu'il n'a pas oublié que tout ne tourne pas autour de cette mascarade judiciaire mais que d'autres mutants sont bien occupés par d'autres aspects de la crise actuelle.


Si la scène avec Cyclope ouvre l'épisode et celle avec Iron Man et Firestar est rapide, en revanche Duggan développe ce qui se passe avec Synch et Talon. Pour commencer, il revient sur ce qu'avait établi Jonathan Hickman dans X-Men #18-19 (dans le précédent volume du titre), avec la mission accomplie par les deux mutants chez les Enfants de la Voûte, les milliers d'années qu'ils ont passé ensemble ou séparés, la romance qui s'est nouée entre eux, mais aussi sur l'époque suivante (l'actuelle volume de la série) où Laura Kinney a été ressuscitée sans qu'on sache que sa précédente version vivait encore dans la Voûte.
   

Le retour du Maître de l'Evolution à cette occasion va aboutir à un tour particulièrement dramatique et la dernière page de l'épisode vous réserve une image mémorable et très troublante. En dire plus serait criminel, mais il sera intéressant de voir quand et comment Duggan va négocier cette affaire. C'est en tout cas très fort et retors.

On peut par contre s'interroger sur la qualité du dessin de Phil Noto. J'aime beaucoup cet artiste mais il semble avoir ici travaillé rapidement, comme s'il avait été appelé en catastrophe. Cela se voit nettement dans la pauvreté des décors, des finitions bâclées. Noto est un artiste rapide mais professionnel, aussi quand ses planches montrent des signes aussi évidents de laisser-aller, c'est qu'il a livré son travail dans l'urgence.

Par ailleurs, Noto fait tout : dessin, encrage (même si ça n'a plus grand sens d'appeler ça de l'encrage puisqu'il travaille numériquement et que le temps où des encreurs trempaient leurs plume et pinceau dans un encrier semble révolu), et couleurs. Les effets qu'il tire de ces ressources infographiques sont impeccables, maîtrisées, mais moins peaufinées que d'habitude. En fait, Noto n'est jamais meilleur que lorsqu'on lui confie des scènes tranquilles, pas de l'action (car il n'a pas un découpage et des compositions très stimulantes pour représenter ce type de scènes). Mais là, même dans le registre qui lui convient le mieux, tout est trop plat.

C'est dommage parce que ce que raconte Duggan mérite mieux qu'une simple illustration : par exemple, dans la première scène avec Cyclope, il y a un mélange d'érotisme et de mélancolie, mais Noto échoue lamentablement à le restituer. Passons sur la scène entre Iron Man et Firestar, qui est purement fonctionnelle. Mais on a le même sentiment d'impuissance de la part de Noto quand il lui faut raconter visuellement la mission de Synch et Talon et ses terribles conséquences. Là aussi ça traduit un manque de temps, de recherche : Noto se contente de dessiner ça à l'économie et le résultat en pâtit terriblement.

On a donc l'exemple type d'un épisode faible visuellement mais très bien écrit : ce n'est pas plus suffisant ou satisfaisant qu'un épisode superbement bien dessiné mais mal écrit. Souhaitons que Phil Noto se ressaisisse puisqu'il sera aux manettes des trois prochains numéros avant le retour en Avril de Joshua Cassara.

samedi 9 décembre 2023

X-MEN #29, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


C'est le dernier épisode de X-Men pour la période Fall of X. X-Men #30 se déroulera en parallèle de Fall of the House of X qui sera également écrite par Gerry Duggan, lequel nous promet une mini-saga très noire (tandis que Rise of the Powers of X écrit par Kieron Gillen se déroulera dix ans dans le futur). Joshua Cassara revient dessiner ce numéro 29 avec son punch habituel.


Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel sont en Latvérie et le Dr. Fatalis les accueille sur le pied de guerre avec sa propre équipe de mutants. Les trois X-Men les croient sous emprise mais se trompent. L'affrontement est inévitable.


Le mois prochain le monde des X-Men va connaître un nouveau basculement avec le début de la parution de deux mini-séries en six numéros chacune dont chaque épisode sortira à une semaine d'intervalle chacun, comme ce fut le cas en 2019 avec House of X et Powers of X.


Officiellement, c'en sera fini de la période Fall of X mais n'allez pas croire que les scénaristes Gerry Duggan et Kieron Gillen, respectivement aux commandes de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X réservent une pause pour les X-Men.


Et surtout la série X-Men continuera d'être publiée pendant ce temps, exploitant d'autres intrigues parallèles mais simultanées. Toutefois, c'est bien une page qui va se tourner en 2024 pour nos héros et pas seulement sur un plan narratif.

En effet, Jordan White, qui supervisait toute la gamme mutante depuis 2019, va céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusque-là des Avengers. C'est un signal fort envoyé par Marvel aux fans, une manière de dire que désormais les X-Men deviennent (à nouveau) les vraies vedettes de l'éditeur. Et quand on sait que Kevin Feige commence lui aussi à prospecter pour trouver des auteurs susceptibles d'introduire les mutants dans le MCU, le mouvement est enclenché.

Des titres touchent à leur fin : d'abord ceux qui ont été lancés dans la foulée de Fall of X, mais aussi d'autres qui existaient avant (comme Immortal X-Men). D'autres seront certainement relaunchées l'an prochain (X-Force et Wolverine - Benjamin Percy qui les écrivaient a laissé entendre qu'il ne les écrirait plus, même s'il affirme aussi ne pas en avoir fini avec certains personnages). Et ce sans oublier le teaser concernant une série New X-Men (qui évoque immanquablement le run de Grant Morrison). Bref, ça va bouger.

Gerry Duggan est resté silencieux concernant son avenir sur la franchise après Fall of the House of X. Peut-être Marvel et Brevoort préparent-ils l'arrivée de nouveaux auteurs, histoire d'apporter du sang neuf (et se distinguer de ce qu'a supervisé Jordan White).

Quoiqu'il en soit, Duggan se sera tardivement révélé sur X-Men, comme si Fall of X et le dernier Hellfire Gala lui avait permis de s'émanciper de l'héritage de Hickman. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est sans doute pas un grand scénariste, mais c'est un professionnel solide qui s'épanouit dans les contraintes qu'il s'est lui-même fixé. En l'occurrence une période de crise intense pour les mutants.

Duggan l'a expliqué en interview : il procède d'une manière spéciale pour développer ses histoires. Au lieu de s'intéresser aux héros, il part du méchant susceptible de les éprouver le plus. Avec le triomphe sanglant d'Orchis, en particulier du Dr. Stasis, MODOK, Nimrod, Moira X, il disposait d'antagonistes coriaces et retors à même de faire souffrir les X-Men.

De fait, depuis, l'équipe des X-Men n'existe plus vraiment : il subsiste un noyau de résistants éparpillés quand la majorité des krakoans a disparu et que ceux qui sont sur Arakko/Mars sont engagés dans une guerre contre Genesis (dans la série X-Men Red d'Al Ewing). Duggan s'est véritablement épanoui avec cette non-équipe réduite où chacun réagit de manière très différente à la crise actuelle. Kitty Pryde s'est assombrie comme jamais. Synch et Talon sont devenus des leaders. Wolverine, accaparé par ailleurs, est très discret. Rasputin IV tient un rôle ingrat de témoin qui aimerait bien agir davantage. Et MS. Marvel doit composer avec son nouveau statut. Enfin Firestar est dans une situation très compliquée d'agent double.

Le mois dernier, Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel apprenaient justement grâce au Fléau via Firestar que la Latvérie abritait des mutants. La logique conduisait Synch et Talon à penser qu'ils étaient retenus contre leur gré par Fatalis, même si Orchis n'avait entamé aucune action contre ou avec celui-ci. Cet épisode démarre donc exactement là où on en était resté avec Fatalis surprenant le trio Wolverine-ShadowKat-Ms. Marvel sur ses terres. Et là, surprise...

Il y a bien des mutants en Latvérie, mais très peu en vérité, et surtout au service de Fatalis, de leur plein gré. Et pour cause, il les a soustrait à des conditions de vie infâmes pour devenir sa garde rapprochée (même si certains, jugés instables, sont gardés sous clé). Ce malentendu va évidemment provoquer une bagarre, entrecoupée de flashbacks sur le passé des mutants latvériens.

Joshua Cassara revient sur le titre pour ce numéro qui lui va comme un gant car il est complètement dans son élément quand il s'agit de mettre en images une bonne bagarre. Il souligne le caractère coriace des mutants de Fatalis, qui possèdent des pouvoirs assez originaux, et le fait que l'artiste a créé leurs designs contribue immanquablement à la facilité avec laquelle il les anime.

L'épisode est donc découpé en trois blocs : les flashbacks, rapides et convenus ; la bagarre, expéditive et efficace ; et un dernier morceau, le plus surprenant, après l'affrontement, qui éclaire sur la position de Fatalis mais aussi de ses mutants (dont la position n'est pas forcément alignée sur celle de leur maître, ce qui encourage à penser qu'on pourrait les revoir dans un futur proche). Dans cette dernière séquence, Cassara nous fait apprécier son goût du détail pour le décor d'une salle de banquet bien garni mais aussi dans sa façon de représenter Fatalis, vraiment impressionnant.

La boucle est bouclée avec la scène d'ouverture qui se passe dans le passé, lorsque Charles Xavier aux côtés de Magneto et Moira, s'apprêtait à lancer son message à l'humanité sur la naissance de la Nation X. Duggan s'autorise une petite retcon habile en imaginant que Fatalis avait intercepté le message de Xavier et le lecteur découvre du même coup que, déjà, le maître de la Latvérie avait déjà sa bande de mutants aux ordres. Surtout, Fatalis avait prophétisé la chute de Krakoa dès le début en annonçant à Xavier qu'il n'avait pas l'étoffe d'un gouvernant et que son petit Etat ne serait jamais craint comme la Latvérie. Malin. Et juste.

Encore une fois, Duggan prouve son excellence dans ce genre d'exercice de style, avec une narration rapide, des personnages bien campés, des situations exploitées avec efficacité, sans fioritures. Cassara lui emboîte le pas avec son dessin brut. Le fan est comblé et attend maintenant avec impatience de lire Fall of the House of X (et Rise of the Powers of X).

vendredi 3 novembre 2023

X-MEN #28, de Gerry Duggan et Joshua Cassara

 

On sent que Fall of X approche de sa fin et c'est particulièrement vrai quand on suit X-MenGerry Duggan a vraiment pris ses responsabilités. Le scénariste montre progressivement comment les deux camps en guerre s'organisent et c'est captivant. Joshua Cassara revient sur la série pour un épisode très mouvementé où son style rugueux fait merveille.



Orchis a détecté des mutants en Latvérie et s'interroge sur la façon de traiter avec le Dr. Fatalis. Pendant ce temps Firestar pirate des données et les transmet au Fléau qui s'évade et rejoint la réistance. ShadowKat doit se rendre en Latvérie avec Ms. Marvel et Wolverine les attend déjà sur place...


Encore un épisode formidable ce mois-ci pour X-Men : Gerry Duggan prouve qu'il a les choses bien en main et excelle dans cette ambiance sombre où les mutants sont à terre mais pas vaincus. Il n'y a pas à dire : le scénariste a pris une autre dimension à l'occasion de Fall of X.


Toutes les scènes s'enchaînent avec fluidité et beaucoup de rythme, il y a une tension constante qui vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. C'est tout de même assez rare qu'une série mensuelle parvienne à conserver ces éléments sans chercher à épargner ni les personnages ni le lecteur.


Car, et c'est la réussite la plus notable sans doute actuellement, personne ne peut deviner comment tout ça va finir. Tout tend à la fin de Krakoa, à une redistribution des cartes, et 2024 verra même Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusqu'à présent des Avengers.

A ce sujet, c'est le signe manifeste que Marvel mise désormais davantage sur les mutants que sur les Avengers. Une révolution après un long temps consacré à mettre les Avengers en première ligne et à synchroniser leur destin dans les comics et sur grand écran. D'ailleurs la rumeur court que Kevin Feige, qui n'était pas jusqu'alors pressé d'adapter les X-Men pour le cinéma, chercherait désormais à accélérer  sur ce plan en convoquant des scénaristes susceptibles de les introduire dans le MCU (même s'il ne faut pas non plus s'enflammer, ça ne sera pas non plus pour l'an prochain).

On a aussi eu la confirmation en début de semaine sur le site AIPT, à l'occasion d'un entretien avec plusieurs scénaristes de la franchise mutante, que Fall of X, même si Jonathan Hickman n'y a pas participé, avait été prévu par l'architecte dès le départ. Sa saga mutante était construite en trois actes (Dawn of X - Reign of X - Fall of X). Quelle vista quand même.

Pour en revenir à ce X-Men #28, ce qu'il faut en retenir, c'est que des brèches se multiplient dans le plan d'Orchis. Et ça commence par quelque chose qu'on n'avait pas vu venir : il y a des mutants en Latvérie, donc dans le pays du Dr. Fatalis et on fera plus ample connaissance avec eux le mois prochain. Vont-ils être des alliés pour les X-Men en résistance ? Ou rester en dehors du conflit ?

Il semble que Orchis soit embarrassé par tout ça : même cette organisation est réticente à affronter Fatalis, non seulement parce que ce serait un adversaire redoutable mais aussi parce que c'est le chef d'un Etat étranger. En revanche, Firestar communique l'info à la résistance via le Fléau qu'elle aide à s'évader...

Gerry Duggan arrive à lier tout ça avec une aisance admirable, y compris lors d'une scène d'une habilité épatante quand Firestar s'introduit dans la cellule de Cyclope et réussit (je vous laisse découvrir comment) à lui faire comprendre qu'elle n'a pas trahi les X-Men. L'astuce trouvée par Duggan est un bijou d'écriture.

Au dessin, on retrouve Joshua Cassara. Je l'admets, je n'ai pas toujours été fan de son travail tout en lui reconnaissant une efficacité indéniable. Disons, pour résumer, que je le trouve plus à l'aise quand il y a de l'action que pour les dialogues, les épisodes calmes.

Son trait n'est pas toujours flatteur avec les personnages, il est meilleur avec les gros durs qu'avec les femmes par exemple. C'est donc pour ça qu'ici il est parfaitement à sa place : le contexte dans lequel se déroule l'histoire, les protagonistes, l'ambiance, tout correspond à la dureté naturelle de son style.

En outre, quand à la fin de l'épisode, ShadowKat et Ms. Marvel retrouvent Wolverine (Logan), l'expérience qu'a acquise Cassara pour dessiner ce dernier quand il travaillait sur X-Force permet de rendre au griffu toute sa dangerosité et son souci de ne pas mettre en danger Kamala Kahn et Kitty Pryde pour ce qui les attend.

Vraiment, j'adore ce qui se passe en ce moment dans X-Men. Ce n'est pas destiné à durer mais c'est tout de même excitant sur le moment et pour la suite. Quoi que nous réserve l'après Fall of X, on pourra dire que ce qui se passe actuellement aura été une rampe de lancement idéal.

jeudi 5 octobre 2023

X-MEN #27, de Gerry Duggan et Phil Noto

 

J'aime décidément beaucoup ce que Gerry Duggan fait avec Fall of X : on a le sentiment que le scénariste se lâche comme jamais et surtout il traduit à merveille l'ambiance oppressante de cette période. Dans ce X-Men #27, il ne reste pas en place, divisant l'épisode en deux parties distinctes, également intéressantes et prometteuses. Le dessin est assuré par Phil Noto qui a dû remplacer au pied levé Stefano Caselli, initialement prévu.



Shadowkat infiltre une prison d'Orchis où elle trouve le Fléau et découvre que son voisin de cellule est Cyclope dans un sale état et qu'elle ne peut libérer. De retour auprès de Synch, Talon, Ms. Marvel et Rasputin IV avec un casque Cerebro, elle les laisse aller rendre une visite aux 4 Fantastiques, eux aussi indésirables à New York...
 

Au fur et à mesure des épisodes se déroulant dans ce nouveau statu quo qu'est Fall of X, on mesure à quel point Gerry Duggan est un scénariste qui n'est jamais aussi bon que dans un cadre strictement établi. C'est déjà frappant avec Uncanny Avengers, ça semble l'être avec Invincible Iron Man (série également impactée par les mésaventures actuelles des mutants), et surtout avec X-Men.
 

En toute honnêteté, je ne trouve pas que Gerry Duggan a l'étoffe d'un grand scénariste susceptible d'apporter quelque chose de renversant à la franchise. Mais c'est un professionnel expérimenté maintenant et qui potasse ses dossiers de manière appliquée pour sortir de bonnes histoires, divertissantes.


A ce jeu-là, en tout cas, il est autrement plus convaincant que d'autres auteurs Marvel que l'éditeur a décidé d'éprouver sur de gros titres (comme Ryan North sur Fantastic Four ou Jed MacKay sur The Avengers). Tout simplement parce qu'il se plie plus facilement aux contraintes : mieux il s'y épanouit.

Comme, avec Kieron Gillen, c'est lui qui a précipité Fall of X avec le dernier Hellfire Gala en date, il a dû se préparer à raconter quelque chose de sensiblement différent de ce qu'on lui demandait jusqu'alors, c'est-à-dire mettre en scène les X-Men comme les champions de Krakoa, une équipe de super-héros dont la particularité est de ne comporter que des mutants.

Or, pendant les deux dernières années, on a pu constater que Duggan affichait ses limites dans cet exercice trop convenu. Les intrigues, les adversaires qu'il imaginait pour les X-Men n'avaient rien de bien palpitant : c'était efficace, bien fait, mais sans grand relief. Désormais que la crise est là, que les mutants sont à nouveau en position de faiblesse (comme ils l'ont rarement été), le cadre n'est certes pas original mais fournit à Duggan des ressorts dramatiques qu'il manie bien mieux.

La série est devenue plus dure, plus sombre, plus désespérée et en conséquence l'adversité est partout. Les X-Men sont acculés, diminués, face à Orchis qui a réussi à les entamer sérieusement, à retourner l'opinion contre eux. On n'est en vérité pas si loin de ce que Brubaker faisait quand il écrivait Captain America avec cette atmosphère poisseuse, noire, dépressive et un héros qui semblait ne jamais voir le bout du tunnel après avoir retrouvé Bucky Barnes changé en Soldat de l'Hiver et Crâne Rouge en coulisses.

Il y a donc maintenant un côté polar, série noire dans X-Men qui lui va bien, je trouve. C'est la guerre, tous les mutants sont réquisitionnés, sont des X-Men, doivent se salir les mains au besoin, gagner des points patiemment face à un ennemi omniprésent, malin, retors, organisé, puissant. C'est ce qu'on voit spécialement avec ShadowKat qui joue les ninjas et découvre ce mois-ci les conditions de détention du Fléau et surtout de Cyclope qu'elle ne peut même pas faire évader (je ne vous dis pas pourquoi pour ne pas spoiler mais c'est terrible).

L'autre partie de l'épisode met en avant Rasputin IV, la chimère conçue dans le futur de Powers of X par Mr. Sinister, désormais présente à notre époque. Comme toutes les chimères, elle possède les pouvoirs de plusieurs mutants mais sans avoir la puissance des originaux. Avec Synch et Talon, promus bien malgré eux chefs de la résistance, et Ms. Marvel, et muni d'un casque Cerebro récupéré par ShadowKat, ils vont demander de l'aide à Mr. Fantastic.

Comme les FF sont eux aussi hors de New York (suite aux événements dévoilés dans le premier arc de leur série - je vous renvoie aux critiques que j'avais rédigées de la série écrite par Ryan North), la rencontre se passe dans un environnement dépaysant, qui permet au lecteur de respirer un peu. Duggan revient sur une histoire développée dans la mini-série X-Men/Fantastic Four de Chip Zdarsky et Terry Dodson en 2020 quand Krakoa avait invité Franklin Richards à séjourner sur Krakoa. Pour résumer : méfiant, Reed Richards avait alors trouvé un moyen d'altérer le gène X de son fils afin qu'il ne puisse franchir le portail krakoan.

Aujourd'hui si les X-Men savaient à nouveau comment Reed avait réussi cela, ils pourraient échapper à leurs persécuteurs pour mieux les frapper. Mais Mr. Fantastic ne se souvient plus de ce qu'il a fait car Charles Xavier a effacé sa découverte de son esprit... Là encore, je ne vais pas vous spoiler comment cela lui revient mais Duggan emploie Ms. Marvel avec beaucoup d'à-propos dans une scène-clé.

Visuellement, l'épisode est, disons-le, assez faible. Pourtant j'aime beaucoup Phil Noto mais il est évident qu'il n'a pas disposé de beaucoup de temps pour livrer ses planches (que, comme d'habitude, il dessine, encre et colorise lui-même).

La raison en est simple : au départ X-Men 27 devait être illustré par Stefano Caselli, or celui-ci a fait ses adieux aux mutants il y a deux mois avec le n° 25, qui comptait une pagination plus conséquente qui plus est. Après quoi il s'est mis au boulot sur le one-shot Ultimate Universe qui sortira le mois prochain.

Marvel a dû donc trouver un artiste rapide et vite. Phil Noto est capable de relever le défi mais il a dû quand même se presser car plusieurs pages sont expédiées. Les décors sont pauvres, certains personnages sont rapidement croqués, sans finitions, et la colorisation est également peu nuancée.

Noto réussit les scènes les plus faciles, comme quand ShadowKat infiltre la prison. La suite est beaucou moins convaincante et lorsque les X-Men rencontrent les FF et que Rasputin IV écarte la Torche puis la Chose, on sent vraiment que Noto a dû faire vite. Comme les scènes d'action ne sont pas son fort en général, c'est particulièrement flagrant. Je reste quand même indulgent en prenant en compte les conditions dans lesquelles il a travaillées mais bon, c'est pas fameux éditorialement.

La fin de l'épisode annonce déjà le programme du suivant où Firestar va passer un sale quart d'heure. Mais chut ! Et rendez-vous dans un mois.

jeudi 7 septembre 2023

X-MEN #26, de Gerry Duggan Jim Towe et Javier Pina


Ce 26ème épisode de X-Men annonce par sa couverture un mariage imminent. Mais qui va épouser Emma Frost ? Pour le savoir, il faut attendre la dernière page de ce numéro et connaître la suite, il faudra patienter jusqu'au 27 Septembre prochain, avec la parution de Invincible Iron Man #10. Gerry Duggan est aux commandes, avec les dessinateurs Jim Towe et Javier Pina, de ce mini-crossover qui s'inscrit dans la période Fall of X.


La disparition de sa femme, Typhoid Mary, lors du Hellfire Gala, motive Wilson Fisk a aider financièrement la résistance mutante. Cependant, Shadowkat s'infiltre dans la station spatiale de Orchis au-dessus de la Terre avec un objectif : tuer Firestar qui travaille désormais pour l'ennemi...


Les plannings de sorties de Marvel Comics ont des voies impénétrables. Pourquoi ne pas avoir sorti la même semaine, ou à seulement une semaine d'intervalle deux épisodes de deux séries aussi complémentaires ? Mystère.


En effet, X-Men #26 est la première partie d'une histoire en deux actes dont la fin sera dévoilée dans Invincible Iron #10, qui ne sera disponible qu'à la fin du mois. C'est totalement incompréhensible et stupide de ne pas avoir aligner la parution de ces deux épisodes.


La couverture annonce la couleur et c'est le blanc d'une robe de mariée portée par Emma Frost. Je ne vais pas spoiler grand-monde en révélant que les noces à venir uniront les destins de la Reine Blanche du Club des Damnés avec Tony Stark : tout ça a été communiqué abondamment par Marvel qui n'en a visiblement plus rien à faire de jouer la carte du suspense.

Mais en vérité, cet élément n'occupe qu'une partie dérisoire de X-Men #26, tout se joue à la dernière page, dans une scène aux allures de vaudeville plutôt maladroite. On verra bien où cela mène - si ça se trouve à rien : Marvel est bien fichu d'avoir monter tout ça pour ne finalement par organiser de mariage du tout. D'ailleurs, beaucoup de fans s'interrogent sur la nature d'une telle union entre Stark, coureur de jupons, et Emma Frost, dominatrice très indépendante, si ce n'est un mariage de raison, d'intérêt puisque Gerry Duggan qui écrit et X-Men et Invincible Iron Man (mais aussi Uncanny Avengers) a fait de l'Avenger en armure un soutien de la cause mutante (et une victime de Feilong, membre d'Orchis).

Avant cela, il se passe des choses plus intéressantes en tout cas. Lors du Hellfire Gala, dans la confusion, Typhoid Mary a disparu avec Magik et quelques autres - Dani Moonstar, Marrow et Dust - (la mini-série Realm of X raconte comment elles ont atterri dans le royaume de Vanaheim). Son mari, qui n'est autre que Wilson Fisk/le Caïd, réclame vengeance, pensant qu'elle est morte, et accepte de financer la résistance mutante et devient le nouveau Roi Blanc du Club des Damnés. La situation est particulièrement délicate pour Emma Frost qui dépend à nouveau de Fisk et travaille sous ses ordres.

On aperçoit aussi Kamala Kahn dans sa nouvelle situation (telle que développée dans la mini-série Ms. Marvel : The New Mutant) face à la persécution des mutants - ou de ce que les fans de Orchis prennent pour eux.

Cependant, dans la droite ligne de ce qu'il avait annoncé dans le précédent épisode de X-Men, Gerry Duggan concentre son attention sur la mission de Shadowkat : retrouver et tuer Firestar. Tout ici est un quiproquo dramatique puisque, avant d'être tuée par Moira X, Jean Grey a glissé dans l'esprit des cadres de Orchis l'idée que Firestar travaillait pour eux depuis son entrée chez les X-Men afin de les trahir le moment venu. Mais Jean n'a pas eu le temps d'avertir les autres mutants de sa manoeuvre.

Jim Towe dessine les 3/4 de l'épisode (de la page 1 à 22 exactement). Son style est assez lisse et on peut le regretter car l'intensité de l'épisode aurait réclamé un artiste moins transparent. Toutefois, même si ses pages sont assez quelconques, elles ont le mérite d'être lisibles et dynamiques dans l'ensemble. Malgré ça, tous ses personnages ont l'air sorti du même moule, avoir le même âge, ce qui est quand même embarrassant quand il s'agit de représenter des femmes aussi distinctes que Emma Frost, Kitty Pryde et Angelica Jones.

C'est d'autant plus dommage que les trois dernières pages, on ne sait pourquoi, sont elles dessinées par l'excellent Javier Pina (dont j'aurai tant aimé qu'il soit désigné comme successeur de Pepe Larraz sur le titre tant il arrive à l'imiter à la perfection). Et là, ce n'est plus du tout la même chanson car Pina, en très peu de temps et de place, produit des planches à l'atmosphère chargée, aux noirs profonds, qui auraient fait merveille sur la totalité d'un épisode comme celui-ci.

Gerry Duggan ne règle pas vraiment le sort de Firestar et on peut deviner que Shadowkat ne lui fait pas entièrement confiance, la livrant à de futures agressions par d'autres mutants en colère. C'est vicieux et ingrat pour Firestar (qui n'a jamais été un personnage épargné par les scénaristes - elle a eu un cancer, des amours compliquées, une carrière en dents de scie, et même son élection au sein des X-Men l'a prise au dépourvu).

Quoiqu'il en soit, Fall of X continue, au moins dans X-Men, à se savourer. Si ce statu quo n'invente rien (Mutant Massacre est dans toutes les mémoires des fans des mutants dans les années 80), il secoue franchement l'âge de Krakoa et présente le mérite de fragiliser réellement les héros.

dimanche 6 août 2023

X-MEN #25, de Gerry Duggan et Stefano Caselli (+ résumé des #22 à 24)

La lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 m'a bien secoué et je me suis donc demandé si ça ne vaudrait pas le coup de reprendre au moins la lecture de la série X-Men pour en suivre les conséquences. En outre, l'annonce d'une titre New X-Men début 2024 suggère que X-Men pourrait s'arrêter et que toute la franchise mutante pourrait être révisée à cette occasion.

Comme j'ai tenu à faire les choses bien, je vais, avant de critiquer X-Men #25, publié une semaine après Hellfire Gala 2023, revenir succinctement sur ce qui l'a précédé, dans les n° 22 à 24, parus de Mai à Juillet 2023 et écrits par Gerry Duggan et dessinés par Joshua Cassara.


 


X-Men #22 (Mai 2023) a avant tout servi à remettre sur le devant de la scène les méchants de l'organisation anti-mutante Orchis, comme l'indique la couverture ci-dessus.  On y apprend que le Dr. Stasis (un des quatre clones de Mr. Sinistre) et M.O.D.O.K. ont trafiqué les remèdes krakoans pour en faire des poisons et ainsi retourner l'opinion humaine contre les mutants. Stasis a également ouvert des cliniques où des mutants peuvent subir une ablation de leur gène X. En découvrant cela, Cyclope, Firestar et Forge apprennent également que Orchis a conçu des robots dotés d'un squelette en adamantium cloné sur celui de Wolverine (Logan) d'après des résidus récupérés lors de missions d'infiltration de X-Force dans leurs locaux.
 

X-Men #23 (Juin 2023) continue de mettre en lumière les manoeuvres de Orchis, et particulièrement ici celle de Feilong. Comme Gerry Duggan est également le scénariste de la série Invincible Iron Man, il a raconté comment le responsable des infrastructures d'Orchis a pris le contrôle de Stark Industries pour concevoir une nouvelle génération de Sentinelles basée sur la technologie d'Iron Man. L'un de ces Sentinelles sauve des pompiers en interventions avant de détecter un mutant parmi eux. Les X-Men interviennent pour le secourir et affrontent la Sentinelle dont ils viennent à bout avec beaucoup de difficulté. C'est aussi dans cet épisode que Cyclope apprend par Emma Frost la mort de Ms. Marvel (avec laquelle il avait fait partie des Champions et qui a été tuée dans Amazing Spider-Man #26, écrit par Zeb Wells et dessiné par John Romita Jr.).


X-Men #24 (Juillet 2023) débute par le retour de nos jours de Young Cable qui veut éviter le futur massacre mutant lors du Hellfire Gala, mais qui est capturé par Nimrod, Moira X et Karima Shapandar. Les X-Men stoppent Pogg Ur-Pogg dans le Gameworld où il commet un braquage. Jean Grey et Scott Summers ont une discussion tendue sur le fait que Cyclope n'est jamais allé sur Arakko, ce qu'il justifie en expliquant que cela reviendrait à laisser la Terre à leurs ennemis en fuyant sur Mars. Enfin, Magik téléporte Sunfire dans l'Outremonde où il va tenter de sauver Redroot the Forest.


Et on en vient donc à X-Men #25 (Août 2023) où Gerry Duggan renoue avec Stefano Caselli au dessin. L'action se situe donc immédiatement après le carnage commis par Orchis au Hellfire Gala. L'épisode est plus long qu'à l'accoutumée (45 pages) et on sent nettement que le scénariste lâche les chevaux après deux ans sur la série, s'affranchissant (enfin) des intrigues de Jonathan Hickman et plongeant les mutants dans une crise profonde.


Désormais la seule à pouvoir franchir les portails krakoans sabotés par Orchis, Kitty Pryde atterrit à Jérusalem où elle est encerclé par des agents ennemis. Elle s'en débarrasse violemment puis rejoint le Japon pour y changer d'identité. La résistance mutante s'organise dans les souterrains des Morlocks sous l'impulsion de Synch, Talon, Rasputin IV et Emma Frost et l'aide de Captain America et Iron Man (dévasté que sa technologie ait servi aux Sentinelles de Feilong).


Cyclope est prisonnier du Dr. Stasis qui veut lui soutirer des informations sur les cachettes de ses amis en cavale comme Forge, qui a atterri dans la Voûte (des Enfants de la Voûte) tandis que sur Arakko, Genesis terrorise les krakoans exilés. Feilong explique au Président des Etats-Unis qu'il tient à sa disposition ses armes pour répliquer contre les Arakkis si ceux-là voulaient riposter. Emma Frost tente d'apaiser Kitty mais celle-ci s'est fixée pour mission de tuer Firestar...
  

Ce qui frappe donc en lisant ce gros épisode à la suite du Hellfire Gala, c'est à quel point Gerry Duggan semble , enfin, se lâcher. Depuis deux ans qu'il écrit X-Men, il a abondamment puisé dans les idées laissées en plan par Jonathan Hickman, ce qui a donné l'impression qu'il ne racontait pas toujours ce qu'il voulait. Par ailleurs il y avait beaucoup à redire sur sa gestion des formations des X-Men.


Il paraît en effet acquis qu'il n'y aura pas de Hellfire Gala l'an prochain (ni même après). Si ces festivités paraissaient au début une bonne idée pour composer un groupe de X-Men dont un membre était choisi par les fans, Gerry Duggan devait faire avec des personnages qui n'étaient pas forcément ceux que, lui, auraient sélectionnés. De fait, il ne s'est pas beaucoup ni bien servi de Sunfire la première année, et un peu mieux de Firestar la seconde.


Pour moi qui avait beaucoup apprécié Uncanny Avengers de Duggan, c'était décevant. Je savais le scénariste capable de beaucoup mieux, surtout dans les comics actuels où les team books ne sont guère convaincants. Mais il paraît évident que le Hellfire Gala a permis à Duggan de prendre les commandes, quitte à mettre un gros coup de pied dans l'ordre bien établi. Et maintenant les mutants sont dispersés et plongés dans une grave crise.

La crise, les mutants connaissent, et c'est même dans ces moments-là qu'ils sont souvent les meilleurs car contraints de se dépasser, de se retrouver, de s'unir, de résister. Orchis leur a flanqué une correction terrible et les épisodes précédents ce n°25 ont permis d'apprécier leur puissance et leur patience avant de porter leur assaut. Bien entendu, on peut, rétrospectivement tiquer sur certains points : comment Krakoa, avec X-Force, a été à ce point incapable de voir venir cette attaque - y compris le soir du Gala avec son lot de télépathes aux aguets ? Pourquoi Arakko n'a pas réagi ? Etc.

Quoi qu'il en soit, la situation est critique. Beaucoup de mutants ont disparu en franchissant les portails krakoans mais Charles Xavier ne sait pas où ils sont - en tout cas pas sur Arakko. Parmi les disparus, on compte les Cinq et donc, jusqu'à ce qu'ils soient localisés (en supposant qu'ils soient encore vivants), le protocole de résurrection est suspendu. 

Des X-Men emblématiques avaient quitté Krakoa ces derniers mois dans leurs séries respectives : Diablo, Wolverine - le premier a gagné New York où il endossera une nouvelle identité dans la mini-série Uncanny Spider-Man. Cyclope est désormais aux mains du Dr. Stasis (qui lui a cousu les paupières et le torture pour savoir où se cachent ses amis en cavale). Jean Grey est morte, poignardée par Moira X (à son tour tuée par Malicia). Young Cable a été capturé par Nimrod, Karima Shapandar et Moira X...

La résistance se limite pour le moment à Synch, Talon (Laura Kinney), Rasputin IV (venue du futur dans Sins of Sinister), Emma Frost et ShadowKat. Kitty Pryde est au centre de cet épisode puisque, désormais, elle seule peut franchir les portails krakoans. Gerry Duggan brosse le portrait intense de la jeune femme qui vit la tragédie de sa communauté comme un écho à l'histoire de Days of Future Past (où son moi du futur revenait prévenir les X-Men d'une catastrophe causée à l'époque par Mystique et la Confrérie des mauvais mutants).

Même si j'avais des réserves concernant l'évolution de Kitty, je dois admettre que cet épisode m'a convaincu de revoir mes a priori. Certes on peut être choqué par la violence dont elle se montre capable, mais Duggan relie ça intelligemment à une période passée où Kitty a affronté le ninja Ogun et où Wolverine l'a entraînée. Même le surnom ShadowKat avec ce "K" à la place du "C" s'explique : la lettre "K" renvoie Katherine/Kitty, c'est donc la Kitty sombre, noire, vengeresse, tueuse, littéralement.

En revanche, je suis plus dubitatif concernant l'intégration de Ms. Marvel. Là, on voit clairement que Duggan compose avec un élément qui n'est pas de son ressort, mais plutôt une décision éditoriale arbitraire pour aligner le personnage de Kamala Kahn sur son double du MCU. A voir quelle importance prendra Ms. Marvel dans l'avenir des X-Men, mais entre sa mort complètement foirée et sa résurrection artificiellement bricolée pour en faire une mutante, ce n'est pas très inspiré.

Enfin, celle qu'on ne voit que lors d'une scène mais qui est appelée à vivre des jours difficiles, c'est bien Firestar dont Jean Grey a fait une taupe au sein d'Orchis en manipulant l'esprit de Stasis. Après Malicia qui est partie à ses trousses à la fin du Hellfire Gala, convaincue qu'elle avait trahi les mutants, c'est maintenant au tour de ShadowKat de lui courir après pour la zigouiller. Et ce n'est certainement pas fini (puisque la couverture de X-Men #28, qui sortira en Novembre, montre le Fléau qui lui fonce dessus).

Un mot quand même du dessin : Stefano Caselli remplace Joshua Cassara pour quelques épisodes et l'italien, comme d'habitude, se montre particulièrement efficace. Son trait expressif et son sens de l'action servent superbement un script tendu. La longueur du numéro permet d'apprécier tout le talent de Caselli, aussi à l'aise pour des scènes intimistes que pour d'autres plus spectaculaires. Les décors sont soignés, détaillés, fournis, variés. Les ambiances sont prenantes, accrocheuses, et portent un récit sombre, grave.

D'aucuns jugeront cela comme un retour en arrière après la refonte de la franchise par Hickman et l'avènement de Krakoa, la fondation de la nation X, la création de Arakko, etc. On peut légitimement être nostalgique car, depuis le run de Grant Morrison, aucun autre scénariste n'avait autant fait bougé les lignes mutantes. Moi-même, j'aurai bien aimé que cela dure encore un peu.

Mais, d'un autre côté, toutes les bonnes choses ont une fin. Et Hickman l'avait en quelque sorte acté avec Inferno où le Conseil de Krakoa montrait les membres du gouvernement mutant se regarder en chien de faïence. Il ne faut pas s'illusionner et penser que Krakoa était fait pour durer éternellement. C'était une poudrière prête à exploser. De toute façon, il ne serait pas acceptable de tout redevienne comme avant le Hellfire Gala : ça, pour le coup, ce serait une terrible régression.

Non, ce que j'espère, c'est qu'en 2024, avec ces New X-Men que Marvel a teasé, on assiste vraiment à une nouvelle impulsion, un mouvement profond et original. Avec de nouvelles séries, peut-être de nouveaux auteurs, en tout cas de nouvelles propositions. A la mesure du traumatisme que nos héros ont subi. Et des espoirs que les fans nourrissent pour leur retour. 

dimanche 7 mai 2023

FALL OF X : la fin de l'âge de Krakoa ?

J'ai décidé, ce Dimanche, de vous parler de Fall of X, le prochain event dédié aux mutants et qui promet de bouleverser toute la franchise. Il sera lancé en Août prochain et Marvel a commencé par communiquer à ce sujet avec cette image promotionnelle dessinée par Bryan Hitch :


Comme vous le voyez, ce n'est pas fête et scénaristes et editors trollent allègrement les fans en prédisant la chute de Krakoa, sur l'air de "jusqu'ici tout allait bien, mais maintenant les véritables ennuis commencent : les mutants et leur nation y survivront-ils ?".

C'est la nouvelle tendance chez Marvel actuellement : lancer une série, un event, un crossover en plongeant directement héros et lecteur dans une situation de crise dont on apprend ensuite la cause. C'est ainsi qu'ont été relaunchées les séries Amazing Spider-Man (par Zeb Wells et John Romita Jr.), Fantastic Four (par Ryan North et Iban Coello) ou plus récemment Invincible Iron (par Gerry Duggan et Juan Frigeri) et j'en passe.

C'est une approche singulièrement opposée à celle en vigueur chez DC avec le statu quo post-Dark Crisis (on Infinite Earths), Dawn of DC, qui veut renouer avec une vision plus positive des héros. Bien entendu, ne soyons pas naïfs : la vie de super-héros n'est pas un long fleuve tranquille et donc il faut relativiser l'optimisme de mise en question.

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que l'architecte du renouveau mutant, Jonathan Hickman, a quitté la franchise avec le quartette Inferno. Le scénariste a été empêché par la pandémie de Covid de réaliser toutes le idées qu'il avait en tête mais il s'est retiré en laissant aux auteurs de nombreuses pistes à explorer - et Gerry Duggan, notamment, sur le titre X-Men, en a repris un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y a plus officiellement de capitaine à la barre du navire X comme le fut Hickman, mais certains se sont imposés malgré cela.

Gerry Duggan pilote X-Men, le vaisseau amiral de la franchise, et va (re)lancer Uncanny Avengers en Août. Al Ewing a démontré son adresse pour développer des intrigues complexes sur X-Men : Red. Et surtout Kieron Gillen a mené rapidement deux events dans lesquels les mutants étaient aux premières loges : A.X.E. : Judgment Day et Sins of Sinister, pour lesquels sa série Immortal X-Men a servis de rampe de lancement.

Depuis la refonte de l'univers mutant, Marvel a établi des séquences : après House of X/ Powers of X, il y a eu Dawn of X, puis Reign of X, et enfin Destiny of X. Fall of X s'inscrit donc dans une continuité et semble bien prévu pour remettre en question ce que des critiques ont appelé "l'âge de Krakoa" (pour désigner ce qu'avait commencé Hickman).

Fall of X est difficile à définir car, d'une part, on ne sait pratiquement rien sur ce que ça va raconter (tout juste a-t-on appris que quelqu'un allait voler le costume de Captain Krakoa et commettre grâce à lui une série d'actions violentes contre les mutants - ce qui conduira Captain America et Malicia à créer une nouvelle formation des Uncanny Avengers), et, d'autre part, parce que cela ressemble à un mix de crossover (avec les séries X actuelles, Invincible Iron Man et de nouveaux titres) et d'event. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de mini-série centrale autour de laquelle s'agrégeraient des tie-in.
 

Ainsi, parmi, les "nouveaux" titres lancés à cette occasion, Marvel ressort de son chapeau Alpha Flight. C'est le scénariste Ed Brisson et le dessinateur Scott Godleswski qui auront la délicate mission de séduire les fans avec cette énième nouveau départ. Sur la couverture ci-dessus de Leonard Kirk, on remarque des absents dans l'équipe comme Sasquatch, Marina, Talisman mais également Vega et Aurora (résidant désormais sur Krakoa).


Steve Orlando pour le scénario et Vicenzo Carratu au dessin sont en charge de Astonishing Iceman, pour laquelle il est dit que Bobby Drake va assumer son statut de mutant oméga (combien de fois a-t-on eu droit à cette promesse ?).


Children of the Vault a droit à son titre par Deniz Camp (scénario) et Luca Maresca (dessin). Et la couverture de Yanick Paquette suggère qu'ils sortent de leur voûte pour régler leurs comptes avec les mutants (et plus ?).
 

Dark X-Men est une nouvelle itération de ce groupe par Steve Foxe (scénario) et Jonas Scharf (dessin), et la couverture de Steven Segovia montre Madelyne Pryor aux côtés de Havok, Archangel et Gambit (!) dans ce groupe.


Realm of X investit les teritoires magiques avec Magik et Mirage comme on les voit sur la couverture de Stéphanie Hans, pour ce comic-book écrit par Torunn Gronbekk et dessiné par Diogenes Neves.


Uncanny Spider-Man mettra en scène Diablo déguisé en tisseur sous la houlette de Si Spurrier (scénario) et Lee Garbett (dessin) - sans doute pour dévoiler la nouvelle vie de Kurt Wagner après son départ de Krakoa (dans le n° Before the Fall - Sons of X, paru la semaine dernière).

Que penser de cette collection ? Pour être tout à fait franc avec vous, je ne vois rien là-dedans susceptible de m'intéresser. Les équipes artistiques sont au mieux moyennes, les pitchs sont improbables. Je ne comprends pas l'intérêt et je ne vois rien susceptible de survivre au-delà de Fall of X. Même si des retrouvailles avec l'Alpha Flight ont pu me faire plaisir, je doute que Brisson et Godleswi par exemple fassent des miracles et les héros canadiens retourneront certainement dans les oubliettes où ils passent le plus clair de leur temps. Un concept comme Uncanny Spider-Man, qui plus est écrit par l'insupportable Spurrier, est au minimum foireux, encore une fois Diablo (mon X-man préféré) est victime de l'inspiration débile de cet auteur.


En ce qui concerne les série déjà établies, Fall of X impactera X-Men à partir de son n° 25, écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli (qui ne revient donc pas sur X-Men : Red et alternera les arcs avec Joshua Cassara). Marvel, fidèle à ses mauvaises habitudes, spoile déjà l'après Hellfire Gala 2023 en révélant que Kitty Pryde (héritant du pseudo ShadowKat - avec un "K"...) intègre l'équipe première en mode ninja. Je n'aime clairement pas cette idée (le mode ninja) mais bon...
 

Bien que j'ai cessé de lire X-Force depuis un moment, Benjamin Percy va profiter de Fall of X pour renouveler l'effectif de la CIA de Krakoa, avec Colossus à la tête de l'équipe, à partir du n°23, qui sera dessiné par Robert Gill. Vous noterez aussi que Deadpool sera présent dans le groupe, dans son propre titre et dans Uncanny Avengers : bonjour l'overdose !


X-Men : Red #14 accueillera son nouvel artiste régulier en Août : Yildiray Cinar devient le nouveau partenaire de Al Ewing sur Arakko, où Genesis, l'épouse d'Apocalypse, fera son retour, ce qui devrait provoquer du remue-ménage au sein du gouvernement local.


Immotal X-Men #14 sera produit par Kieron Gillen et Lucas Werneck, mais j'ai lâché l'affaire depuis un moment là-aussi. On remarquera toutefois que Charles Xavier, comme sur l'image de Bryan Hitch annonçant Fall of X, est au centre de ce numéro et je crois qu'on peut raisonnablement interpréter ça comme un gros indice sur la chute du co-fondateur de Krakoa...


Wolverine, toujours par Benjamin Percy, sera, en Août, au coeur d'une aventure avec Ghost Rider, dessinée par Geoff Shaw. Mais bon, n'ayant jamais suivi cette série, ça m'en touche une sans... Vous connaissez la suite.
 

Gerry Duggan n'est peut-être pas un architecte comme Hickman mais au mois d'Août il sera à la tête de trois mensuels avec X-Men, Uncanny Avengers et Invincible Iron Man qu'il a relancé en Février dernier. Tony Stark va donc faire partie de Fall of X et on sait déjà pourquoi puisque Feilong, le milliardaire chinois allié d'Orchis, a racheté Stark Industries pour fabriquer de nouvelles Sentinelles basées sur la technologie Stark. Eh oui, le retour des Sentinelles, voilà qui est follement original...
 

Mais donc, la grande relance alignée sur Fall of X, c'est celle de Uncanny Avengers par Gerry Duggan (qui avait déjà signé un excellent run sur ce titre à partir de 2015 (je ne suis pas loin de penser que c'est ce que je préfère de lui), avec le dessinateur Javier Garron (qui a illustré une bonne partie des Avengers de Jason Aaron). La line-un comprend Captain America et Malicia (qui reforment cette unité), Monet, Deadpool, Psylocke, Vif-Argent et certainement encore un membre surprise (un Inhumain ? Un Eternel ?).

On en vient alors au fond du problème : depuis le départ de Hickman, après le premier Hellfire Gala (où il passa le relais sur X-Men à Duggan), j'avais de nombreux doutes sur le futur de la franchise X. J'ai toutefois voulu donner sa chance aux séries qui étaient le plus susceptibles de continuer à me plaire. Mais la tournure que ça a prise, notamment à partir de l'arrivée dans le staff des scénaristes de Kieron Gillen m'a progressivement découragé.

Je n'aime pas la manière dont Gillen écrit les mutants et surtout l'omniprésence de Mr. Sinistre qu'il a mis partout où il le pouvait, même quand finalement c'était inutile (comme par exemple dans A.X.E. : Judgment Day). Je n'ai pas lu Sins of Sinister (et d'après ce qu'on m'en a dit, j'ai eu raison). Immortal X-Men m'a profondément déçu, puis un peu plus plu, avant de m'horripiler.

Duggan est un scénariste correct, qui ne manque pas d'efficacité, mais dont le bilan sur X-Men me laisse perplexe. Le fait de chambouler l'effectif des X-Men chaque année avec le Hellfire Gala me semblait amusant, stimulant, mais Duggan a bouclé la première "saison" sur la série en ne convaincant pas, échouant à caractériser certains membres, à instaurer une vraie dynamique dans le groupe, et accouchant d'intrigues mal foutues. La seconde saison m'ennuie, avec des arcs débutant bien mais ne menant nulle part, avec toujours les mêmes faiblesses dans la caractérisation; la dynamique de groupe. De plus, si j'aime bien Stefano Caselli, Joshua Cassara n'a pas un dessin qui me séduit assez, donc je vais en rester là.

Je passe donc sur X-Force et Wolverine.

Idem pour Legion of X et tout ce que touche Si Spurrier, absolument imbuvable (alors qu'il est capable de pondre des merveilles comme Saison de Sang). Je lui reproche surtout son traitement de Nightcrawler (mais en vérité, je n'aime pas ce qu'il en a été fait depuis Dawn of X), si loin de l'idée de Cockrum.

Reste X-Men : Red. Al Ewing m'a souvent impressionné, par sa capacité à s'adapter à tout ce qui impactait sa série, mais surtout par la construction virtuose de ses intrigues. Pourtant, je suis réservé sur la suite, avec le retour annoncé de Genesis (et d'Apocalypse) sur Arakko, et après tout ce qu'il avait imaginé autour de Abigail Brand, du SWORD. Peut-il fait aussi bien ? Mieux ? Ou même puis-je encore lire seulement X-Men : Red en abandonnant tout le reste alors que Ewing ne refuse jamais de composer avec les idées des autres (et ce sera encore le cas avec Fall of X) ? C'est la limite avec Ewing : il joue trop le jeu, alors que je pense qu'il gagnerait à étanchéifier son titre.

Cette notion d'étanchéité a disparu avec Hickman qui avait conceptualisé son projet autour de Krakoa, de mutants désormais affranchis, ne courbant plus l'échine, se coupant même du reste du monde quand celui-ci ne reconnaissait plus son statut. 

Il n'est guère étonnant dans ces circonstances que pendant ce temps Hickman s'occupe du retour de l'univers Ultimate avec la mini Ultimate Invasion (dessinée par Bryan Hitch) et prépare le très alléchant G.O.D.S. (dessiné par Valerio Schiti). On voit bien que ce scénariste démiurge investit des territoires sur lesquels il aura la main, sans être parasité par des tie-in, d'autres séries, d'autres auteurs, une sorte de pré carré qu'il contrôle comme un auteur-editor comme pour House of X/Powers of X.

J'ai souvent pensé qu'après Hickman, les mutants couraient le risque de redevenir génériques, animés par des auteurs plus soucieux de faire fructifier des séries, une franchise, que par apporter de nouveaux concepts, d'enrichir la base d'idées initiale de Hickman. Et j'ai aujourd'hui le sentiment qu'on y est, à l'aube de Fall of X (même si cette impression a été alimenté depuis un an). Je ne veux pas lire de titres mutants sans passion pour ce qu'ils racontent. Et là, je sens que c'est comme quand Grant Morrison avait lâché l'affaire, à cause des editors qui n'aimaient plus ses idées, et que les X-Men sont rentrés dans le rang (à quelques exceptions près comme Astonishing X-Men de Whedon/Cassaday, Wolverine & the X-Men de Aaron/Bachalo, All-New X-Men de Bendis/Immonen).

Donc, pour résumer, je cesse là mon aventure avec les mutants. Seules exceptions : je lirai le prochain Hellfire Gala, et peut-être donnerai-je sa chance à Uncanny Avengers. Je sais que mes critiques sur ces titres X avaient de nombreuses vues et je remercie tous ceux qui les ont lues en y trouvant des analyses honnêtes. Mais la mer des comics est pleine de parutions et je trouverai certainement de quoi compenser ces arrêts.