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samedi 24 février 2018

FUTURE QUEST PRESENTS #7 :BIRDMAN, de Phil Hester et Steve Rude


Décidément c'est le mois des fins puisque ce septième épisode de Future Quest presents est aussi le dernier chapitre de l'aventure de Birdman par Phil Hester et Steve Rude. Ce fut court, mais ce fut bon, et même davantage comme le prouve cette conclusion.


Mentok et ses disciples, après avoir tenté de pousser Jen Holder à tuer Birdman, sont interrompus par l'arrivée des agents de l'Inter-Nation. Ils se réfugient sur le toit de l'hôpital où le malfaisant leader aspire l'énergie vitale de ses sujets et des patients mourants afin d'ouvrir un portail dimensionnel pour le Dieu Décharné.


Falcon-7 supplie Birdman d'intervenir bien qu'il soit très perturbé par la révélation que le petit Jacob Holder ne soit pas son fils, après qu'il l'ait sauvé, et que l'Inter-Nation l'a manipulé en profitant de son amnésie partielle. Malgré tout, il s'envole pour affronter Mentok.


Répliquant grâce à la force que lui insuffle le Dieu Décharné, Mentok tourmente Birdman qui résiste grâce à un bouclier d'énergie solaire. Via l'esprit de Jacob, Jen Holder motive le héros pour qu'il riposte avant que l'essence du Dieu Ra ne soit dominé par celle de son adversaire.


Birdman réussit à briser le lien qui unit Mentok à ses sujets. Mais le méchant préfère être aspiré dans les ténèbres du Dieu Décharné que d'être sauvé en étant purifié par son adversaire.


Les agents de l'Inter-Nation prennent en charge les disciples dépossédés de Mentok, parmi lesquels Jen Holder tandis que Falcon-7 promet à Birdman de déclassifier son dossier afin qu'il recouvre la mémoire. Mais le héros fait le choix d'aller de l'avant en se consacrant à ses activités de justicier.

L'épisode débute par un tour de passe-passe narratif dans lequel Phil Hester se prend un peu les pieds : en effet, il s'avère que Mentok et sa clique dans la chambre de Jacob Holder ne sont qu'une illusion voué à désespérer Birdman en lui faisant croire que Jen Holder est prête à le tuer. Pourtant, à la fin du précédent épisode, on voyait le héros se jeter sur les disciples de son ennemi : s'ils n'étaient que des visions, il leur serait passé à travers...

Si on excuse cet embrouillamini, qui, en soi, n'a rien de dommageable pour la suite, alors on embarque dans la fin de cette histoire avec le même plaisir qu'auparavant. Hester conduit son récit avec beaucoup de rythme tout en ayant procédé à un resserrage de son intrigue pour aboutir à son climax.

L'affrontement final entre Birdman et Mentok tient toutes ses promesses, il est spectaculaire, intense, tout en proposant une réflexion (basique mais efficace) sur la foi. En effet, Birdman est en plein doute avant la bataille car il vient de découvrir, en cascade, que Jacob n'est pas son fils, qu'il n'a donc pas eu de liaison avec Jen Holder, mais aussi que l'Inter-Nation s'est servi de lui en profitant de son amnésie partielle, compromettant du même coup ses sentiments pour Falcon-7. Pas l'idéal au moment d'en découdre avec Mentok.

Mais un questionnement identique se pose chez ce dernier qui doit, en puisant dans les forces de ses fidèles et des patients mourants de l'hôpital, invoquer le Dieu Décharné en ouvrant un portail dimensionnel. On remarque que cette action réclame un effort important chez le méchant et lui inspire même de l'appréhension quand la divinité du mal qu'il sert se manifeste, menaçante au point de le faire vaciller. Mentok paraît alors dépassé par ce qu'il sollicite.

Ces troubles sont magnifiquement traduits en images par Steve Rude dont les planches sont une fois encore - ou comme toujours, devrait-on dire - somptueuses. La virtuosité de cet immense dessinateur (pourtant colosse aux pieds d'argile car il a avoué, dans un documentaire récent, souffrir de bipolarité et avoir connu de sévères déboires financiers en se lançant dans l'auto-édition) produit des compositions puissantes et sophistiquées : il faut voir comment donne une pleine page par "The Dude", ça envoie du bois !

Mais quand il découpe une scène en un "gaufrier" de neuf cases ou qu'il se passe de cadres pour exprimer le déferlement d'énergie déployée par les deux adversaires, on est également bluffé par ce mélange d'élégance et d'énergie. Les couleurs de John Kalisz parachèvent cette oeuvre avec une palette vive, tonique, qui convient idéalement à l'ambiance rétro du récit mais aussi au dessin classique, dans le sens le plus noble, de Rude. Quel bonheur !

Ces trois épisodes ont été un régal et Hester comme Rude y ont manifestement pris beaucoup de plaisir. On rêve de voir les deux hommes se réunir très vite pour un nouveau projet. La BD, quand elle est aussi bien servie, c'est du caviar !    

jeudi 18 janvier 2018

FUTURE QUEST PRESENTS #6 : BIRDMAN, de Phil Hester et Steve Rude


Le premier chapitre de l'aventure de Birdman par Phil Hester et Steve Rude avait été un enchantement et j'étais impatient d'en lire la suite au sein de la série Future Quest. Pas de suspense : c'est un nouveau bonheur, aussi beau que bon !


Il y a trente ans au collège de Claremore, Oklahoma. Menton, un adolescent, est convoqué dans le bureau de sa proviseur pour s'expliquer sur un dessin effrayant qu'il a réalisé et épinglé dans la salle de classe de Mrs. Faulkner. Le garçon se défend en affirmant que l'image représente ce qu'il entend dans sa tête - d'ailleurs il peut les pensées de tout le monde et provoque une attaque chez son interlocutrice.


De nos jours. Mentok, entouré de ses fidèles, tente d'invoquer le Dieu Décharné (Fleshless God, en v.o.) : pour cela, il doit aspirer l'envie de Lunsford, l'anxiété de Nguyen, la répugnance de Hamilton, la cruauté de Tullibard, ses disciples. Grâce à ces mauvais sentiments, il ouvre un passage vers le néant.


Cette brèche attire ses sujets mais leur énergie combinée n'est pas assez forte pour que Mentok entre en contact avec le Dieu Décharné. Il comprend que pour réussir, il a besoin de la peine de Jen Holden.


Cette dernière est arrêtée par Falcon-7 après avoir affirmé à Birdman qu'elle était la mère de leur fils, ce dont le justicier n'a aucun souvenir. Pour en avoir le coeur net, il s'envole avec la jeune femme qui lui rappelle leur romance passée au Caire, lorsqu'il enquêtait sur un groupe de voleurs de reliques.


Ils pénètrent dans une chambre du Mercy Hospice où le petit Jacob est plongé dans le coma après avoir été opéré d'une tumeur cérébrale. Jen demande à Ray Randall d'utiliser ses pouvoirs énergétiques pour qu'il se rétablisse.


Il s'exécute et le garçon s'éveille. Mais, au même moment, Mentok et ses troupes investissent la pièce. Birdman se jette sur eux pendant que Tullibard tend son pistolet à Jen et que Mentok lui ordonne de tuer le héros si elle veut sauver son fils !

Lire cette histoire, c'est plonger à la source des comics et comme se détacher de tout ce qui exige que la BD doit prétendre au réalisme. On a affaire à un héros valeureux, un méchant infâme, des situations simples, du sentimentalisme : il y a une forme de pureté dans cette forme d'expression.

On pourrait donc croire qu'il n'y a rien de plus simple à écrire et à dessiner, qu'il suffit de respecter une sorte de "bible" vieillotte pour flatter la fibre nostalgique des lecteurs, jouer la corde "vintage", saisir le prétexte de l'exercice de style. Ce serait condescendant et erroné.

Pourquoi ? Parce que, comme tout récit aspirant à une forme de classicisme, les auteurs doivent s'abstenir de toute ironie, de tout cynisme avec le genre abordé. Il faut assumer le premier degré et assurer au lecteur un divertissement avec des éléments d'un autre âge. Phil Hester l'a parfaitement compris en ne prenant pas de haut son personnage et l'intrigue qu'il traverse, en restant fidèle à l'époque dont il provient, au support dont il a surgi.

Cela ne signifie pas que le récit ne suscite pas quelques ambiguïtés : en soulignant que Birdman a perdu des souvenirs (et pas des moindres puisqu'il a oublié qu'il avait eu une relation avec Jen Holden et un fils avec elle !), la question se pose de savoir à quel point les pouvoirs dont il a été investi l'ont altéré aussi bien physiquement que mentalement. Par un effet miroir, à quel point Mentok est-il fou ou illuminé (soit littéralement éclairé, convaincu qu'il sert les plans d'une entité supérieure) ? Le méchant de cette affaire est-il une sorte de fanatique avec ses dévots ou le pendant de l'hôte des dons du dieu Ra ? Qui, de Birdman ou de son ennemi, est-il vraiment un surhumain : le super-héros capable de réveiller un enfant comateux ou le vilain qui entend les pensées des gens ?

Pour illustrer avec inventivité mais élégance ces questions, Steve Rude produit des pages splendides, où la beauté de son trait (qui ne risque plus d'être transformé puisqu'il assure désormais aussi l'encrage) n'a d'égale que l'efficacité de son découpage. L'artiste abolit volontiers les cadres traditionnels pour loger dans une même vignette deux plans avec un effet subtil de zoom par exemple, ou en suggérant un travelling avant intense.

Le génie de Rude s'exprime aussi dans ses compositions savantes comme lorsqu'il se "contente" de représenter les silhouettes de deux personnages dans un couloir d'hôpital dont le sol représente un damier : le symbole est éloquent (deux êtres avançant comme de simples pions) et le résultat exceptionnellement graphique (le décor et les protagonistes se fondent dans une quasi-abstraction). Les couleurs de John Kalisz savent mettre en valeur les images de Rude sans les masquer, rappelant qu'à ce stade, avec un dessinateur de ce niveau, mieux vaut ne pas en rajouter.

Une fois encore, l'épisode se termine sur un cliffhanger saisissant, de ceux pour lesquels le lecteur comptera impatiemment les trente jours qui le séparent de la suite.  

dimanche 24 décembre 2017

FUTURE QUEST PRESENTS #5 : BIRDMAN, de Phil Hester et Steve Rude


Depuis Janvier 2016, DC Comics a noué un partenariat avec le studio d'animation Hanna-Barbera pour exploiter leurs personnages emblématiques dans des comics. Quatre séries ont d'abord été produites : Scooby Apocalypse (d'après Scooby-Doo, par J.M. DeMatteis, Keith Giffen, Jim Lee), The Flintstones (par Mark Russell et Steve Pugh), Wacky Raceland (d'après Wacky Races, par Ken Pontac et Leonardo Manco), et Future Quest (d'après Jonny Quest principalement, par Jeff Parker et Evan Shaner). Depuis, la collection "Hanna-Barbera Beyond" s'est enrichie de nouveaux titres, donc ce Future Quest Presents qui est un spin-off de Future Quest, où de brefs arcs narratifs se concentrent sur un des héros de la première série, avec, à chaque fois, une équipe artistique différente et des intrigues indépendantes.

Pour animer Birdman, tout était là pour m'accrocher puisque Phil Hester écrit et, surtout, Steve Rude dessine.


Roy Randall est un ancien égyptologue qui a acquis les pouvoirs de Birdman : il est pourvu d'ailes qui lui permettent de voler (jusqu'à la vitesse du son) et peut projeter des rafales d'énergie solaire, sans oublier son compagnon Avenger, un faucon avec lequel il communique mentalement.


L'agence Inter-Nation, via l'agent Falcon-7, l'appelle en renfort en Nouvelle-Zélande où est apparu un monstre géant, Rûaumoko, qui terrorise une tribu locale. Birdman intervient et parvient, non sans mal, à détruire la créature.


Dans la tente de Falcon-7, Birdman est briefé sur des phénomènes similaires auxquels l'Inter-Nation et lui-même ont dû récemment faire face à Bogota, au Pays de Galles et en Mongolie : à chaque fois, des monstres mythiques, des divinités oubliées, des esprits de la Terre ont frappé. L'organisation terroriste F.E.A.R. est soupçonnée d'être derrière tout cela en prévision d'un attentat plus important.
  

En examinant les images des précédentes attaques, Falcon-7 et Birdman remarquent la présence récurrente d'une femme dont le collier est orné du symbole du Culte de Ra, originaire du Caire, et sur lequel enquêta Roy Randall dans le passé. Troublé, il doit s'éloigner pour réfléchir.
  

Falcon-7 en profite ensuite pour interroger un prisonnier prétendant être l'élu de Dieu et capable d'invoquer des forces occultes comme celle ayant fait apparaître Rûaumoko. Des araignées apparaissent alors et s'en prennent aux agents de l'Inter-Nation. Birdman entend l'appel au secours de Falcon-7 et intervient avec Avenger, mais le prisonnier prend la fuite en direction d'une colline où l'attend un groupe.


Une femme, parmi les membres de ce groupe, s'évanouit et est abandonnée par leur chef, Mentok. Birdman la rejoint et elle le reconnaît en lui révélant l'existence du fils du justicier - enfant dont il ignorait l'existence !

Future Quest a été un cauchemar éditorial qui n'a vécu que le temps d'une année et douze numéros, épuisant son dessinateur (Evan Shaner, remplacé ponctuellement d'autres artistes) à cause d'une intrigue foisonnante mais confuse de Jeff Parker, ambitionnant d'utiliser une foule de personnages d'un coup. Malgré cet échec, la critique et les lecteurs ont apprécié le retour de ces héros méconnus, quasiment oublié, et le reste de la gamme "Hanna-Barbera Beyond" a connu de bonnes ventes. Suffisamment pour que DC Comics poursuive l'aventure en la reformulant.

Future Quest Presents a donc opté pour une sélection de récits en deux-trois épisodes à chaque fois réalisés par une équipe artistique différente, plus "digeste" pour le lecteur qui peut commencer un arc sans se soucier du précédent. Jeff Parker et Ariel Olivetti se sont ainsi consacrés à Space Ghost, puis Parker et Ron Randall ont employé le Galaxy Trio. Cette fois, Phil Hester écrit une histoire pour Steve Rude avec Birdman.

Créé par Alex Toth, le personnage emprunte à Hawkman tout en étant capable de lancer par ses poings des rayons solaires ou de générer des boucliers d'énergie, son masque ressemble à celui qu'aura plus tard Wolverine, et sa relation avec le faucon Avenger préfigure le lien qui unit Sam Wilson/Falcon avec Redwing. Mais le charme rétro du héros est irrésistible sous le crayon virtuose de Steve Rude.

Le dessinateur avait déjà signé quelques pages sur Future Quest, il était prévisible qu'il reviendrait dans cette anthologie dont l'ambiance est faite pour lui, même si, dans les années 80, il reçut une cuisante leçon de narration de la part de Toth à qui il soumit des planches d'une reprise de Jonny Quest. Les années ont passé et Rude a su tirer les enseignements de la démonstration de son intransigeant modèle, seul le plaisir reste et il le communique formidablement au lecteur.

Phil Hester imprime un rythme très vif au récit, fidèle au dessin animé d'origine : les origines du héros y sont suggérées sans être développés (Birdman tient ses pouvoirs du dieu Ra, et a été égyptologue avant d'être une sorte d'agent spécial dont le quartier général est richement équipé). L'action et le spectacle prime, et de ce côté on est servi avec un monstre de boue menaçant une tribu, le commando de l'Inter-Nation (une sorte de SHIELD avant l'heure). La seule entorse à la série initiale est que Falcon-7 n'est plus un chef de section avec un bandeau sur l'oeil gauche (image désormais trop associé à Nick Fury) mais une belle jeune femme métisse prénommée Dev, dont l'attirance pour Birdman (dont elle connaît la double identité) est évidente (et réciproque ?).

En peu de pages mais de manière très dense, Hester introduit une quantité d'informations sans saturer la lecture de l'épisode puisqu'il mentionne le Culte de Ra, l'organisation F.E.A.R., un prisonnier adepte d'occultisme, jusqu'au cliffhanger mélodramatique à souhait. 

Impossible de ne pas être emporté par un divertissement aussi irrésistible et si somptueusement illustré. Rendez-vous immanquable dans un mois pour la suite !

  

dimanche 15 juillet 2012

Critique 337 : THE SPIRIT - BOOK TWO, de Darwyn Cooke

Will Eisner's The Spirit : Book Two rassemble les épisodes 7 à 13 de la série écrits et dessinés par Darwyn Cooke, publiés en 2007-2008 par DC Comics et Will Eisner Studios. Les épisodes 7 et 13 sont composés d'histoires courtes (8 pages chacune) écrites et dessinées par des invités, Cooke se contentant d'en signer les couvertures.
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- #7 : Summer Special.
* Harder than diamonds. Ecrit par Walter Simonson et dessiné par Chris Sprouse. Une jet-setteuse, Krystil Fullerite, de passage à Central City, est victime d'un vol de diamants. Un chauffeur de taxi est injustement accusé et le Spirit décide de prouver son innocence en surveillant cette mondaine aux fréquentations louches...

Pour ouvrir cet épisode spécial composé de trois "short stories", Walter Simonson (Thor) fait équipe avec Chris Sprouse (Tom Strong). L'intrigue est légère mais menée sur un bon rythme et joue sur les fausses apparences (la jet-setteuse arnaqueuse, le Spirit qui se fait passer pour un chauffeur). Au dessin, Sprouse livre une copie comme d'habitude très élégante, aux finitions soignées. De la belle ouvrage.

*Synchronicity. Ecrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Jordi Bernet. Par une journée caniculaire, le Spirit en poursuivant un voleur dans un immeuble déclenche une série de dégats qui vont bouleverser le quotidien des habitants (un veuf à la recherche des bijoux de son épouse, un couple dans le besoin, un autre menacé par un usurier, et une pulpeuse jeune femme qui bronzait sur le toit)...

Jimmy Palmiotti (Power Girl) et Jordi Bernet (Torpedo) sont habitués à travailler ensemble puisqu'ils ont signé plusieurs épisodes de Jonah Hex (série western à laquelle a également collaborée Darwyn Cooke). Ensemble, ils produisent ce segment alerte et surtout très drôle, dont la structure respecte l'unité de temps et de lieu, et où le Spirit n'est qu'un acteur parmi d'autres. Le dessin tonique de Bernet fait merveille. Jubilatoire.

* Hard cell. Ecrit et dessiné par Kyle Baker. Le Spirit, après le meurtre d'un homme lié à Maori, une riche pin-up, va questionner cette dernière. D'autres homicides, tous en rapport avec elle, se succèdent. Trop pour ne pas s'interroger sur son implication. La clé de l'énigme réside dans un téléphone portable...

Kyle Baker entraîne le Spirit dans une aventure très noire, mais le scénario est paresseux, poussif, autant que son dessin est sombre et, reconnaissons-le, d'une laideur indigne. A oublier vite.
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- #8 : Time Bomb. Octopus piège le Spirit puis l'agent de la CIA Silk Satin dans un édifice en plein centre ville où il a installé une bombe. Suite à un mauvais coup reçu, Silk Satin est amnésique et ne sait plus comment désamorcer l'explosif. Pendant ce temps, l'agent Stratford, partenaire de Satin, explique au commissaire Dolan et sa fille Ellen la procédure prévue en dernier recours si la bombe explose... 
Darwyn Cooke revient aux commandes de la série avec cet épisode, un des chefs-d'oeuvre de ce second tome dont la double-page 4-5 (ci-dessus) est un magnifique hommage aux jeux de lettrage qu'affectionnait Will Eisner (encore un morceau de bravoure de Jared Fletcher). L'essentiel de l'action se déroule en huis-clos et alimente une tension que nuance des passages oniriques et des dialogues plein d'humour entre "Mr Sexypants" et l'agent Satin. La chute est ironique et frappante...
Les dessins de Cooke, toujours encrés par J. Bone (comme depuis le début de son run), sont un modèle de storytelling, imprimant un rythme décapant au récit.
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- #9  : El Morte. Lors d'un transfert de prisonniers (parmi lesquels on retrouve le Cosaque), un sniper fait un carton et blesse le commissaire Dolan. Le Spirit affronte le tireur qui lui inflige une sévère correction. Qui est cet adversaire ? Un démon resurgi du passé du héros - et qui ne fait qu'entamer un terrifiant retour... 

Le retour de Silk Satin dans le précédent épisode indiquait que Cooke allait exploiter des éléments posés dans le premier tome. Avec le début de la vendetta d'El Morte, cette intention se confirme puisque le méchant n'est autre qu'Alvarro Mortez, revenu, comme le Spirit, d'entre les morts, mais sérieusement âbimé et déterminé à se venger de manière radicale et ample. Le héros est malmené comme jamais et la série prend un tour beaucoup plus sombre, dramatique.
Cette direction n'est pourtant pas une surprise au regard de l'oeuvre de Cooke, qui a souvent abordé des points noirs et violents dans ses oeuvres (la guerre et la "chasse aux sorcières" dans les 50's dans La Nouvelle Frontière, le grand banditisme dans Parker, le western baroque avec Jonah Hex...). Le résultat est encore plus saisissant grâce à son style graphique cartoony a priori opposé à ces humeurs plus brutales.
Mais c'est une totale réussite, riche en inventions esthétiques, notamment dans le traitement du flash-back revenant sur les origines d'El Morte, avec encore une fois une colorisation magistrale de Dave Stewart.
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- #10 : Death by television. Qui en veut à plusieurs journalistes-animateurs de chaînes du cable au point de les éliminer les uns après les autres ? Le Spirit mène l'enquête, tout en devant à nouveau collaborer avec Ginger Coffee, la ravissante mais envahissante reporter qui figure peut-être dans l'agenda du tueur...

Cooke ramène cette fois-ci le personnage de Ginger Coffe, qu'il a créé et présenté dans le premier épisode de son run. L'enquête conduit le Spirit dans le milieu des "anchor-men", ces vedettes de talk-shows, bâteleurs et populistes, et manie l'humour noir et le suspense avec dextérité. Le tandem Spirit-Ginger est très efficace, et la révèlation du coupable plutôt étonnante.
Le graphisme se fait plus classique, presque sage, pour ce récit qui est sans doute le moins inspiré de ce second tome, mais Cooke emballe son affaire avec quand même beaucoup d'adresse.
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- #11 : Day of the dead. L'heure du face-à-face final entre le Spirit et sa némésis El Morte a sonné. Une armée de zombies est aux portes de Central City et le héros, au coeur de la bataille contre un ennemi déjà mort, peut compter sur Ellen Dolan et un de ses ex-amants, Argonaut Bones, pour l'aider...

Cooke conclut son tryptique avec Alvarro Mortez/El Morte (vilain de sa création, qui aura été finalement davantage l'ennemi du Spirit qu'Octopus ou P'Gell, méchants "Eisner-iens") et pour l'occasion, met les petits plats dans les grands en faisant basculer la série dans le registre fantastique. Zombies, magie noire, ambiance de fin du monde : tout est réuni pour ce final baroque et explosif.
Il ajoute au casting Argonaut Bones (quel nom impayable) qu'il relie directement à Ellen Dolan (à qui il donne ainsi un passé sexuel, tout comme au Spirit). Ebony White et le commissaire mais aussi la mère diabolique de Mortez sont au rendez-vous de cet épisode qui tient toutes ses promesses et n'est pas avare en scènes spectaculaires (avec là encore, une extraordinaire double-page - ci-dessus - de présentation, au lettrage incomparable).
Le duel final est à la hauteur de l'attente, indécis, âpre. Cooke s'est déchaîné et a atteint sa cible.
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- #12 : Sand. Le meurtre d'Hussein (le fameux "arrangeur", apparu plusieurs fois dans le tome 1), va replonger le Spirit dans la tourmente. Mais cette fois, son enquête le bouleverse encore plus qu'à l'ordinaire car c'est son premier amour qui y est mêlé : l'ensorcelante Sand Saref, aux prises avec la maléfique Dr Vitriol et un inquiétant client convoîtant un poison...
Pour son dernier épisode, Darwyn Cooke a puisé directement à la source en s'inspirant de deux épisodes réalisés par Will Eisner (Sand Saref et Bring on Sand Saref) : l'histoire est imprégnée d'une mélancolie très touchante, traversée par des flash-backs sur l'enfance et la jeunesse du héros et de la première fille qu'il a aimée et qui a mal tournée.
La mission elle-même se déroule en une nuit, avec des ambiances envoûtantes sur les docks embrumés de Central City. Pour ces scènes-là, J. Bone encre Cooke. Mais pour l'évocation du passé, l'artiste assume tout, seul, et livre des planches splendides, aux découpages virtuoses, et avec des effets de tracé imitant intelligemment le propre trait d'Eisner (voir ci-dessous).
Un authentique chef-d'oeuvre !
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- #13 : Holiday Special.
*One Hundred ! Ecrit par Glen David Gold et dessiné par Eduardo Risso. Une bande de voleurs déguisés en Spirit ont dérobé des diamants mais quand le justicier de Central City les appréhende dans un zoo, leur butin atterrit dans la cage d'un tigre. Pour le récupérer, le commissaire Dolan sollicite une dresseuse dont le Spirit doute de l'honnêteté...

Sur cette trame minimaliste et savoureusement amorale, avec une chute malicieuse, Glen David Gold dispose d'un partenaire de premier plan en la personne d'Eduardo Risso, le dessinateur de la série 100 Bullets (écrite par Brian Azzarello).
Cet épisode est vraiment celui de cet artiste dont les planches somptueuses sont un régal pour les yeux, mixant des compositions subtiles et des jeux d'ombres et de lumières dignes de Frank Miller. Merveilleusement beau.

*Family treasure. Ecrit par Denny O'Neil et dessiné par Ty Templeton. Une vieille dame des quartiers pauvres est harcelée par des gredins qui veulent s'emparer du trésor de son défunt oncle. Le Spirit lui vient en aide... Mais l'argent récupéré fera tourner la tête de l'héritière.

Le légendaire Denny O'Neil, réputé pour ses scénarios dramatiques (Iron Man, Green Lantern & Green Arrow), s'offre ici une fantaisie acide dont la chute est très drôle. Le Spirit y est victime de sa bonté dans cette fable bien tournée.
Ty Templeton (qui, comme Darwyn Cooke, vient de l'animation) illustre ceci avec habileté, le récit se déroulant entièrement en une nuit, sous la pluie, en huit pages.

*The cold depths of the icicle heart. Ecrit par Gail Simone et dessiné par Phil Hester. Après s'être interposé entre le gang de Isolde "Ice" McQueen et un de ses débiteurs, le Spirit est assommé et jeté dans la baie gelée de Central City. Frappé d'amnésie, il se remet progressivement en vagabondant dans la ville jusqu'à ce que sa route croise à nouveau celle de ses agresseurs...

Gail Simone (Villains United) écrit la dernière histoire de volume sur le modèle des épisodes " 'Nuff said" : aucun dialogue, les textes sont remplacés par des illustrations résumant leur propos. L'intrigue est elle-même très efficace, avec le Spirit en fâcheuse posture par une froide nuit d'hiver, ce qui donne en plus une ambiance atypique. 
Phil Hester illustre ce segment avec une invention à la mesure du défi narratif : son style anguleux et cartoony est parfait pour ça (dommage qu'aujourd'hui cet artiste ait quasiment renoncé au dessin au profit d'un rôle d'auteur).
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Ce second Livre est un complèment idéal au premier, développant des "plots", offrant son lot de morceaux de bravoure, confirmant l'immense talent de Darwyn Cooke. La présence des guest-stars ne gâche pas le vue, avec des chapitres savoureux et visuellement souvent superbes.
Dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps (même si depuis le Spirit a eu droit à de nouvelles aventures).