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mercredi 17 novembre 2021

NIGHTWING #86, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE


Pour Nightwing aussi, la parenthèse Fear State se termine avec ce 86ème épisode. Tom Taylor s'en est bien sorti alors que cela ne le passionnait visiblement pas. Robbi Rodriguez au dessin a assuré un intérim honorable. Mais l'histoire aura surtout permis d'introduire une menace pour le futur.


Nightwing, Batgirl et Red Robin assistent, horrifiés, à l'effondrement de la Tour de l'Horloge, détruite par l'Anti-Oracle, alias la Voyante, complice de Simon Saint. Alors que les trois héros déblaient les décombres, Batgirl reçoit un appel de Spoiler qui les rassure.


Ayant pu s'échapper du bâtiment in extremis alors qu'elles affrontaient des soldats du magistrat, Spoiler et Orphan sont indemnes. Nightwing a alors une idée pour attaquer la base volante de Simon Saint sans éveiller les soupçons de ce dernier et de la Voyante.


Vêtus d'armures des soldats du Magistrat, la bande s'introduit dans la volante mais la Voyante provoque le crash de l'appareil à bord duquel se trouvent des enfants confiés aux bons soins de Simon Saint. Batgirl neutralise ce dernier pendant que les enfants sont évacués.


Seule avec Nightwing, Batgirl redirige la base volante pour qu'elle s'écrase dans la Baie de Gotham. Pourtant Barbara Gordon enrage car la Voyante court toujours. Elle ignore qu'il s'agissait d'un des enfants sauvés par Red Robin, Spoiler et Orphan...

Une des choses qui a vraiment manqué à Fear State comme crossover, c'est à l'évidence que les scénaristes des séries annexées n'ont pas reçu les détails de l'intrigue écrite par James Tynion IV. En gros, on a eu l'impression que chacun devait se débrouiller avec les grandes lignes de l'histoire, faire en sorte que les personnages soient tous impactés par le programme Magistrat, à tout prix.

Dans le cas de Nightwing, c'était flagrant dans la mesure où le personnage habite et agit à Blüdhaven et non à Gotham. Tom Taylor a dû trouver une ruse pour le faire venir à Gotham et l'impliquer dans cette affaire. Mais le scénariste a été malin.

En s'appuyant sur la solidarité de la Bat-famille, Nightwing n'a pas trop eu l'air d'un poisson hors de l'eau. Il est venu aider Barbara Gordon attaquée par un hacker informatique qui empêchait Batman de communiquer avec ses soutiens. Il devenait clair que Taylor allait profiter de Fear State pour formaliser la romance entre Dick Grayson et Babs, tout en adressant des clins d'oeil à Batman mais aussi aux Batgirls (en vue de leur prochaine série dédiée).

On ne s'est donc pas trop ennuyé, même si tout ça aurait très pu se faire sans Fear State. Non, là où Taylor a été habile, c'est qu'il a profité de la situation pour introduire une nouvelle menace dont il se servira dans de prochains épisodes de Nightwing. Il s'agit de l'Anti-Oracle alias la Voyante. En plus de Blockbuster et Heartless, ce ne sont donc pas les adversaires qui vont manquer pour Dick et Babs - entendu que ces deux-là reforment officiellement un couple (est-ce que Tom Taylor aura l'opportunité et l'envie d'impliquer Starfire, l'autre ex de Nightwing, pour savoir ce qu'elle en pense ?).

Mais bon, en dehors de ça, et quelques dialogues savoureux (Spoiler et Orphan réagissant au fait que Dick et Babs se sont embrassés, les enfants dans la base de Simon Saint interrogeant la bande sur leur relation avec des membres de la Justice League), pas de quoi se relever la nuit. Taylor a joué le jeu du crossover, mais il a dû trouver l'exercice bien contraignant et le lecteur attend avec impatience de retourner à Blüdhaven le mois prochain.

Au dessin, Robbi Rodriguez n'a pas été une mauvaise pioche pour suppléer Bruno Redondo (qui s'est acquitté des couvertures, et d'ailleurs si on dispose côte à côte celles des n°84 à 86, on peut profiter d'un joli triptyque). Le trait dynamique de Rodriguez colle bien avec les aventures bondissantes de Nightwing et de ses amis.

On peut être plus réservé sur l'esthétisme de Rodriguez car évidemment, son graphisme est moins beau que celui de Redondo, moins propre. Parfois on a le sentiment qu'il va trop vite, que ça manque de finesse, que certaines expressions sont trop cartoonesques, que certaines attitudes sont mal fichues. Mais dans l'ensemble, ça passe.

Le vrai problème, ce n'est pas Nightwing, c'est Fear State - et on pourra juger des approximations dans le partage des infos entre scénaristes comme quand on compare la scène où Nightwing et compagnie débarque dans la salle de contrôle de la base de Simon Saint et celle vue dans Batman #117 : d'un côté, seuls Batgirl et Nightwing s'y présentent, de l'autre ils sont entourés par Spoiler, Orphan et Red Robin, encore vêtus des armures des soldats du Magistrat.

Allez, passons. Et rendez-vous au prochain n°, qui sera un grand moment garanti (puisqu'il sera constitué d'une seule séquence !)

mercredi 20 octobre 2021

NIGHTWING #85, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE


L'event/crossover Fear State se poursuit dans les pages de Nightwing #85, et le résultat n'est pas bien fameux. Parce qu'il est intelligent et se concentre sur son héros, Tom Taylor limite les dégats mais ça ne veut pas dire que ce qu'il raconte est bien passionnant. Robbi Rodriguez met cela en images avec efficacité, sans plus. Bof, quoi !


L'individu qui a piraté Oracle s'identifie auprès de Barbara Gordon sous le pseudonyme de la Voyante en lui affirmant qu'elle l'a définitivement vaincue. Barbara, revêtue de son costume de Batgirl, ne l'entend pas ainsi et convainc Nightwing de l'aider, alors qu'il souhaiterait la protéger.
 

Ensemble ils se rendent à la base Oracle 2, dans un hangar où Batgirl a installé des équipements de secours en cas d'urgence. Après avoir neutralisé des gardes envoyés là par Simon Saint, ils entrent dans le local où ils sont soumis à la toxine de la peur de l'Epouvantail.


Tim Drake/Red Robin arrive en renfort et Batgirl peut se connecter au réseau informatique, mais la Voyante l'a aussi piraté. Toutefois, elle a commis une erreur car désormais Batgirl peut la localiser et confirmer son lien avec Simon Saint, puisqu'elle opère depuis la base volante de ce dernier.


Alors que Nightwing, Red Robin et Batgirl partent pour attaquer la forteresse de Saint, la Voyante annonce qu'elle a piégé l'appartement de Barbara Gordon... Où celle-ci avait justement envoyé Spoiler et Orphan !

Un crossover, c'est un peu comme un diligence : lorsque le cheval de tête (en l'occurrence Batman) fait décroche, tout le reste de l'attelage (ici Nightwing et compagnie) part en sucette. C'est comme ça qu'on se retrouve avec un épisode de la série Nightwing où... C'est Batgirl qui tient la vedette, jusqu'en à assumer la narration en voix off !

Tom Taylor est un scénariste de talent et donc il sauve les meubles en emballant son affaire avec efficacité : on ne s'ennuie, le scénario ne part pas en vrille, le casting est resserré. Mais ça ne signifie pas que ce qu'il raconte est passionnant.

En fait, Taylor touche du doigt ce qui pourrait être un caillou dans son jardin : le rôle exacte dévolue à Barbara Gordon. Lorsque Alan Moore a écrit The Killing Joke en 1988, longtemps après DC a hésité à inscrire cette histoire dans la continuité. Puis Barbara Gordon, dans sa chaise roulante, est devenue Oracle, et y a gagné une étonnante popularité, éclipsant sa carrière en tant que Batgirl. A tel point que pour nombre de lecteurs, il n'était plus nécessaire qu'elle récupère cet alias. Et de fait, d'autres Batgirls sont apparus, dont la plus fameuse est encore Cassandra Cain, aussi connue sous le surnom de Orphan.

Pourtant, lors des New 52, sous l'égide de Gail Simone (qui avait pourtant largement contribué à faire de Babs Gordon en tant qu'Oracle un personnage de premier plan), la Batgirl originelle est revenue sur scène, sans vraiment d'explication sur son miraculeux rétablissement physique. Mais les différentes séries qui l'ont remise en selle n'ont guère convaincu les fans. Jusqu'à ce que finalement, Babs reprenne son rôle d'Oracle sans être clouée à sa chaise roulante.

En arrivant sur Nightwing, Tom Taylor a prévenu qu'il comptait utiliser Babs/Oracle mais aussi Batgirl et tout le monde s'est demandé comment il allait manoeuvrer. Maintenant qu'on sait que l'an prochain, une série Batgirls (au pluriel), mettant en scène Stephanie Brown (Spoiler) et Cassandra Cain (Orphan) sous la direction de Babs Gordon/Oracle, un nouveau statu quo semble établi. Et il paraît évident que Babs ne restera pas Batgirl une fois Fear State passé.

Il n'empêche, ça fait drôle, non seulement de la revoir dans la tenue de Batgirl, mais en plus mener le récit en voix off, comme si Nightwing devenait l'invité de la série qui, pourtant, porte son surnom. Ce qui n'est pas drôle du tout, en revanche, c'est quand à la fin de l'épisode, un clifffhanger explosif survient et qu'on nous informe que pour connaître la suite, il faut lire la back-up story de Batman #115, prélude à la susmentionnée série Batgirls (et pour l'avoir lue, ben, en vérité, c'est dispensable). DC nous prendrait pas un peu pour des pigeons ?

Côté dessin, Robbi Rodriguez assure. Ses planches ont un dynamisme certain, qui contribue au plaisir de la lecture en entretenant le rythme soutenu du script de Taylor. Parfois, malgré tout, on tique un peu sur des expressions pas très flatteuses, un trait un peu trop lâché, un encrage un peu brouillon. L'élégance de Bruno Redondo nous manque, même si on comprend que le dessinateur n'ait pas voulu s'embarquer dans des épisodes comme ceux-là pour mieux préparer son retour en beauté.

Au passage, Taylor et Rodriguez se paient la tête du fameux épisode du Batman de King dans lequel Nightwing prenait une balle dans la tête tirée par KGBeast (prélude à une série d'épisodes lamentables, écrits par Dan Jurgens où Dick Grayson survivait mais était amnésique). D'un côté, l'issue de la scène ici joue sur la note traumatique habilement. D'un autre côté, c'est une façon peu courtoise d'appuyer sur une idée malheureuse de King mais qui a surtout été exploité ad nauseam par Jurgens et DC.

Bref, je trouve le temps un peu long maintenant avec Fear State et les tie-in que j'avais hésité à suivre, ça me servira de leçon. Et ça vous instruira sur le fait qu'on peut zapper ces numéros pénibles.

vendredi 24 septembre 2021

NIGHTWING #84, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE


Nightwing #84 (et 85 et 86) seront des épisodes attachés à Fear State, l'actuelle intrigue de Batman, qui s'étend donc comme un crossover avec d'autres séries. On peut s'étonner, légitimement que Nightwing participe à cette histoire puisque le héros ne réside plus à Gotham, mais Tom Taylor n'a visiblement pas eu le choix et compose cependant habilement avec cette contrainte. Bruno Redondo est absent (il s'acquitte de la couverture toutefois), laissant la place à Robbi Rodriguez au dessin.


Après avoir prononcé son discours sur le grand projet qu'il avait pour Blüdhaven, Dick Grayson patrouille sous le masque de Nightwing dans sa ville. C'est alors qu'il reçoit un message brouillé d'Oracle et décide de partir pour Gotham s'assurer que tout va bien.
 

Il ignore qu'il a été attiré là par l'Anti-Oracle et se rend donc dans Crime Alley comme on le lui demande. Bien entendu, c'est un piège : il est cerné par des Gardiens de la Paix du Magistrat. Mais Batman vient lui prêter main forte.


Se réfugiant dans un appartement, ils se font tirer dessus. Pour épargner les civils à l'intérieur, ils se descendent dans les égoûts de Gotham. Batman résume la situation à Nightwing qui refuse de rentrer à Blüdhaven et demande comment être utile à Gotham.


Nightwing gagne la Tour de l'Horloge où se trouve Barbara Gordon. Les communications brouillées par l'Anti-Oracle, ils doivent s'en remettre à de bons vieux talkie-walkie. Mais Barbara n'entend pas rester là les bras croisés...

De tous les titres liés à Batman, Nightwing est celui qui se détache désormais le plus puisque Dick Grayson n'opère plus à Gotham, il est retourné vivre à Blüdhaven et récemment, dans sa série, ayant hérité d'une fortune léguée par Alfred Pennyworth, il a entrepris d'aider cette cité à grande échelle. Ce choix attire sur lui les regards inamicaux de Blockbuster, qui tient la mairie (même s'il ignore que Melinda Zucco agit contre ses intérêts).

Bref, on est loin du Fear State qui se propage à Gotham et pousse Batman dans les cordes, avec toute sa bande (Ghost-Maker, Harley Quinn, Oracle, Spoiler, Orphan...). C'est pourquoi on pouvait penser/espérer que DC fiche la paix à Tom Taylor et n'implique pas Nightwing dans cette histoire. Mais évidemment, c'était peine perdue.

Pour composer avec ce crossover qu'il n'a sans doute pas voulu, Tom Taylor a dû trouver de quoi attirer à nouveau Nightwing à Gotham. Il le fait en jouant la carte des sentiments : parce que Batman a été son mentor (et que lui a été son premier Robin) et parce que Oracle est Barbara Gordon (son premier - et éternel ? - amour). C'est d'ailleurs en croyant recevoir un appel à l'aide de cette dernière qu'il se rue à Gotham pour s'assurer que rien de grave ne s'y passe. Evidemment, les choses vont vite se gâter...

Tom Taylor a du mérite et du talent, deux qualités indispensables pour se plier à l'exercice ingrat du tie-in, car à vrai dire l'essentiel, le fan le sait bien, se passe dans les pages de Batman (et d'ailleurs, ça m'étonnerait fort que Nightwing, au final, contribue beaucoup à la résolution de la crise). Je ne blame pas DC particulièrement, Marvel fait pareil même quand on nous promet, juré, craché, que non, seule la série principale sera impactée. En vérité, on peut même plutôt féliciter DC de ne pas imposer des events aussi réguliers que Marvel et d'imposer à ses auteurs de marcher au pas (depuis Death Metal en tout cas).

L'épisode se lit vite, il est plein de tonus et Taylor enchaîne les scènes à un rythme soutenu, sans laisser le temps à son héros et à ses lecteurs de souffler. Batman s'invite rapidement dans l'action et à cette occasion le scénariste excelle à mettre en scène la complicité des deux héros, habitué depuis longtemps à se battre ensemble mais aussi à se tenir tête (car Dick Grayson a aussi pris son indépendance avec son mentor depuis longtemps et ce dernier a fini par l'accepter, désormais ils se parlent d'égal à égal). On sent bien la volonté de Taylor de montrer que Nightwing n'est pas un adjoint ordinaire de Batman (et d'ailleurs sur Twitter, il s'amuse souvent à qualifier Batman de sidekick de Nightwing). La dernière page annonce le retour d'une héroïne dont on pensait qu'elle avait pris sa retraite (même si je pense que ce retour n'est que provisoire).

Bruno Redondo a préféré passer son tour pour ces trois épisodes, se contentant de signer les couvertures (mais c'est pour la bonne cause car à son retour, au #87, l'artiste prépare une superbe surprise avec son scénariste). DC a donc fait appel à Robbi Rodriguez pour le suppléeer et c'est un choix plein d'à-propos.

En effet, Rodriguez s'est fait remarquez ces dernières années chez Marvel pour avoir dessiné Spider-Gwen (une Gwen Stacy issue d'une dimension parallèle et pourvue de pouvoirs similaires à Spider-Man). Il était donc tout indiqué pour illustrer les aventures d'un héros acrobate comme Nightwing. Son style n'a cependant rien à voir avec celui de Redondo, avec un trait plus souple, plus exubérant et moins strictement réaliste. Il introduit un aspect un peu cartoon à la série, même si, étonnamment, son découpage reste sobre.

Les décors sont parfois un peu sommaires, car Rodriguez appuie les mouvements, les effets de vitesse, et donc zappe volontiers les arrière-plans. Mais je ne lui en veux pas trop car il n'est que de passage et que le résultat n'est pas désagréable, ça fait le job dirons-nous.

Je pense que la lecture de ces épisodes sera dispensable, mais soyons honnêtes, l'écriture de Taylor et l'énergie de Rodriguez font passer la pilule, pas de quoi se plaindre de cette figure imposée.