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jeudi 10 août 2023

SUPERMAN ANNUAL 2023, de Joshua Williamson, Mahmud Asrar, Edwin Galmon, Caitlin Yarsky, Max Raynor et Jack Herbert


C'est un généreux Annual d'une quarantaine de pages que Joshua Williamson a écrit. Et en ligne de mire, le scénariste annonce un event concernant Superman pour 2024. Entouré de pas moins de cinq artistes, il centre davantage son récit sur Lois Lane qui veut découvrir les secrets de Metropolis à la lumière des situations traversées par Superman récemment.


Ainsi, alors que Superman affronte Toyman, Lois Lane, pour apporter un regard neuf aux reportages du "Daily Planet", décide de confier à des journalistes des sujets qui ne sont pas leur spécialité habituelle. De la visite des locaux de SuperCorp à celle de la prison de Ryker's Island en passant par une patrouille avec le nouveau chef de la police... Sans oublier les nouvelles manigances du Dr. Pharma et de Mr. Graft.


Signe indéniable que la méthode Joshua Williamson fonctionne sur Superman, DC va centrer un event l'an prochain autour du kryptonien, ce qui n'a pas dû arriver depuis un bail. Pour le scénariste, ce sera une saga de plus, puisque, l'an dernier, il était aux commandes de Dark Crisis et cet été il pilote Knights Terror.


Dans la série Superman qu'il anime depuis le Printemps, Joshua Williamson s'est aligné sur le statu quo post-Dark Crisis qui veut montrer une image positive des héros. Superman y a scelle une alliance inattendue avec Lex Luthor qui a mis à sa disposition ses immenses moyens bien qu'il soit en prison.
 

Evidemment, ce deal a son revers : Lex a, grâce au sacrifice du magicien Manchester Black, effacé du souvenir de la population que Superman était Clark Kent. Seuls ses proches s'en souviennent, ceux qui se risqueraient à faire des recherches à ce sujet pourraient mourir.
 

Mais dans l'ombre deux nouveaux méchants conspirent pour reprendre le contrôle de Metropolis : Dr. Pharma  et Mr. Graft ont affronté Lex quand il est arrivé en ville et qu'il en était l'unique justicier. Par ailleurs une mystérieuse nouvelle protectrice est apparue en la personne de Marilyn Moonlight, sans que nul ne sache si elle soutient Superman.

Lois Lane est piquée au vif par tous ces événements. Désormais rédactrice en chef du "Daily Planet", en l'absence de Perry White, elle va entreprendre une enquête. Mais ce jour-là, alors que Toyman affronte Superman, elle doit d'abord envoyer ses reporters sur le terrain et attribue à chacun d'eux une mission sans rapport avec sa spécialité, afin de trouver des angles neufs. Elle-même va retourner sur le terrain.

Joshua Williamson découpe donc cet Annual en plusieurs segments correspondant aux reportages des journalistes du "Daily Planet". On visite les locaux de SuperCorp en compagnie de Jimmy Olsen et Lisa Lombard pour découvrir que Parasite y a trouvé un emploi. On suit Cat Grant dans la voiture de patrouille du chef Kekoa, nouvellement promu à la tête de la police, et elle en profite pour décrocher une interview de Marilyn Moonlight qui arrête deux braqueurs. 

Lois Lane va interroger Livewire mais Red Cloud tente de s'échapper au même moment. Ce passage fait plaisir à ceux qui, comme moi, avaient apprécié le run de Brian Michael Bendis sur Superman et Action Comics puisqu'elle était une de ses (meilleures) créations.

Mais le plus intéressant se trouve dans le dernier tiers de l'Annual. Superman découvre que les marionnettes de Toyman n'étaient pas sous le contrôle de Winslow Schott mais de Dr. Pharma et Mr. Graft, toujours à l'attaquer indirectement. Et ces deux-là détiennent Lobo dont le sang et le facteur régénérant les intriguent.

Mieux encore : Lois qui a envoyé deux de ses reporters fouiller les archives du journal découvre avec Clark Kent des secrets liant Perry White et Lex Luthor. Et On aperçoit même un vilain bien connu du Man of Steel dans les toutes dernières pages...

Pour ceux qui doutaient encore que Williamson avait un plan bien tracé pour Superman, après avoir lu cet Annual, on mesure à quel point le scénariste sait où il va. Malgré les révélations distribuées ici, il reste encore pas mal d'éléments à creuser. D'une certaine manière, Williamson explore Metropolis et ses figures emblématiques, anciennes et nouvelles, à la manière d'un Scott Snyder quand il était le pilote de Batman (durant les New 52). Toutefois ici, pas de Cour des Hiboux, mais quelque chose qui me paraît plus fluide et diversifié. Et une question : et si Superman/Clark Kent cachait aussi des choses, combien de temps avant qu'une investigatrice chevronnée comme Lois Lane ne le découvre ?

Visuellement, alors que les cinq artistes convoqués oeuvrent dans des styles très différents, ce qui fait la qualité de l'ouvrage, c'est la répartition des pages que chacun a illustrées. Mahmud Asrar ouvre et ferme la marche et il faut bien reconnaître qu'on l'a connu meilleur. Depuis son arrivée chez DC, le dessinateur turc ne fait pas vraiment d'étincelles, à l'image de la couverture, comme s'il avait du mal à s'approprier ces personnages et leur univers.

Le segment signé Edwin Galmon n'est guère plus concluant : je ne suis pas très fans de ce dessin numérisé à l'extrême. En revanche, les pages suivantes par Caitlin Yarsky sont superbes, notamment cette double page qui montre un plan en coupe de SuperCorp très détaillé.

Max Raynor est également très bon pour la scène à Ryker's Island et le combat qu'il met en scène entre Livewire et Red Cloud a une belle énergie. Jack Herbert lui succède pour le morceau incluant Marilyn Moonlight, dans une veine très réaliste : si donner le visage de Christopher Reeve à Superman est un clin d'oeil dont je me serai passé (n'étant pas fan de ce procédé qui consiste à donner des visages d'acteurs ou de vedettes à des héros de papier), Marilyn Moonlight possède toujours ce design magnifique créé par Jamal Campbell.

Ce serait une erreur de passer à côté de cet Annual, même s'il paraît un peu au mauvais moment, après le cliffhanger choc de Superman #5. 2023 a été jusque-là une très bonne année pour le kryptonien et 2024 promet aussi énormément.

vendredi 28 avril 2023

ACTION COMICS #1054, de Philip Kennedy Johnson et Max Raynor, Dan Jurgens, Dorado Quick et Yasmin Flores Montanez


Ce n°1054 d'Action Comics a-t-il un editor (le type censé veiller à la qualité de la revue et à la correction d'éventuelles erreurs) ? On peut se le demander quand on s'aperçoit des erreurs de crédits sur la couverture, mais aussi de la médiocrité de son contenu. Mes craintes sur ce format se confirment et c'est sans doute le dernier exemplaire que je critiquerai car entre Action Comics et Superman, mon choix est désormais fait.


- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson / Max Raynor) - Metallo enlève les Super-Jumeaux (Osul et Otho) que Jon Kent devait surveiller. Superman les retrrouve vite et affronte son ennemi avant de le convaincre de s'allier pour sauver sa soeur, Tracy Corben...


Est-ce que ça pouvait seulement fonctionner ? C'est la question qu'on se pose avec ce numéro d'Action Comics. Le format anthologique de ce mensuel avait quelque chose d'expérimental et prometteur, mais la proposition qui le portait, avec le titre animé par Philip Kennedy Johnson portait en elle les limites du concept.

En voulant mettre en scène toute la Super-famille, le scénariste faisait un pari ambitieux mais risqué car faire tenir tout ce monde sur une vingtaine de pages n'était pas une mince affaire. Il a, le mois dernier, blessé Kara, et éloigné Kenan et Connor, on pouvait deviner qu'il faisait de la place pour Kal et Jon, qui sont effectivement au coeur de cet épisode.

Du coup, Kennedy Johnson mise tout sur l'action et le grand spectacle et ferme le ban avec un cliffhanger qui remet en lumière un autre ennemi du man of steel. Hélas ! ce n'est pas, à mon avis, très judicieux tant cet adversaire est un des moins inspirés de la rogue gallery du héros. Du coup, l'intérêt pour la suite de l'intrigue s'en trouve fortement diminué.

Mais le vrai défaut de Action Comics est qu'elle trop peuplée, quasi-obèse. Là où Joshua Williamson avec Superman a adopté un parti-pris clair et basique (retour à l'aventure et le renouvellement dans la relation Superman-Luthor), Kennedy Johnson n'a pas su imposer le sien sinon en écartant une partie du casting et avec une histoire bien moins concentrée.

Ce mois-ci, contrairement à ce qu'indique la couverture, ce n'est pas Rafa Sandoval qui dessine, mais Max Raynor. C'est déjà gênant de constater que Sandoval ne peut pas aligner plus de trois épisodes consécutifs, mais Raynor évolue un bon cran en-dessous de lui, même si son travail reste très honnête.

Bref : je vais en rester là.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens) - Ayant réussi à échapper au robot envoyée à ses trousses, la princesse Glyanna piège Jon Kent qui est recherché par ses parents, retardés par DoomBreaker...

Là aussi, pour la partie graphique, c'est la grande désillusion puisque Lee Weeks fait défaut. Comme l'artiste était le seul véritable intérêt pour lire Lois & Clark 2, autant dire que la motivation en prend un sérieux coup.

Dan Jurgens assume donc scénario et dessin. Sur ce dernier point, encré par son fidèle collaborateur Norm Rapmund, il ne fait pas d'étincelles : perso, je n'ai jamais été conquis par le style de Jurgens comme artiste, convenable mais sans plus. Ici, il réussit quelques planches (celles avec Glyanna et Jon) mais sa manière de croquer Superman reste très générique, loin de la classe de Weeks - même si les couleurs, magnifiques, d'Elizabeth Breitweiser atténuent le choc thermique.

Le récit en lui-même ne console pas : depuis le début, il ne casse pas des briques et le twist de fin d'épisode ne change pas grand-chose. Beaucoup de scénaristes vétérans sont condamnés, semble-t-il, à écrire des histoires situées dans le passé, mais pour un Mark Waid (avec World's Finest) qui en profite intelligemment, la majorité fait le strict minimum, sans inspiration.


- STEEL ENGINEER OF TOMORROW (Dorado Quick/Yasmin Flores Montanez) - Après avoir été attaqué par Amalgam,  John Henry Irons se rend à la conférence de presse pour l'inauguration de son complexe industriel SteelWorks...

Power Girl retirée du sommaire, Action Comics accueille donc Steel Engineer of Tomorrow qui s'intéresse au père et la fille Irons, proches de la Super-famille. Pas de quoi sauter de joie, sauf s'il y avait derrière ça un pitch accrocheur. Ce n'est absolument pas le cas puisque Dorado Quick (inconnu au bataillon) nous la joue encore ennemi caché dans l'ombre et préparant la chute de John Irons.

Côté dessin, c'est également insignifiant tant le trait de Yasmin Flores Montanez est impersonnel. DC n'a vraiment rien d'autre sous la main que cette back-up sans âme, et mise en images par une artiste aussi empruntée ? Faut croire que oui. Faut aussi croire que le format anthologique trouve ses limites quand en dehors de la série principale, le reste du programme fait aussi pâle figure.

Mais encore faudrait-il que la série Action Comics convainque, et ce n'est pas le cas. Je craignais bien qu'une des deux séries mensuelles avec le kryptonien ne soit pas à la hauteur et comparé au plaisir pris à la lecture du Superman de Joshua Williamson et Jamal Campbell, c'est sans regret que je laisse tomber Action Comics.