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samedi 1 juin 2019

SUPERMAN : LEVIATHAN RISING SPECIAL #1, de Brian Michael Bendis, Greg Rucka, Matt Fraction, Marc Andreyko et Yanick Paquette, Mike Perkins, Steve Lieber, Eduardo Pansica


Ce copieux fascicule de 80 pages représente la dernière étape avant le commencement de la parution de l'Event Leviathan le mois prochain. Brian Michael Bendis avec Greg Rucka, Matt Fraction et Marc Andreyko préparent le terrain pour ce qui promet de bouleverser le DCU. Accompagnés d'artistes solides (Yanick Paquette, Mike Perkins, Steve Lieber et Eduardo Pansica), les auteurs n'entendent pas tout dévoiler cependant, juste nous mettre l'eau à la bouche. Et présenter de nouvelles séries.


- Clark Kent kidnapped ! (Ecrit par Brian Michael Bendis, dessiné par Yanick Paquette.) - Ms. Leone, la patronne de la "mafia invisible" de Metropolis, est abordée dans une librairie par Leviathan qui est impressionnée parla manière dont elle a réussi à déjouer la surveillance e Superman et souhaite ses conseils. Elle le met spécialement en garde contre Lois Lane. Celle-ci reçoit la visite de Superman à Chicago alors qu'il vient de détecter la présence d'un commando dans leur appartement à Metropolis. Il décide de se laisser kidnapper pour en savoir plus. C'est ainsi qu'il est fait prisonnier par Talia Al Ghul qui souhaite que Clark lui présente Superman...
  

- Lois Lane (Ecrit par Greg Rucka, dessiné par Mike Perkins.) - A l'hôtel Drake de Chicago, le soir venu, Lois Lane s'inquiète de ne pas voir revenir Clark Kent. Elle se rend à Metropolis et trouve leur appartement désert. Lois décide d'appeler du renfort : Batman puis Wonder Woman arrivent et alerte la Justice Ligue. Mais Lois n'a pas le temps de leur préciser qu'il s'agit de Clark et non de Superman.


- Jimmy Olsen (Ecrit par Matt Fraction, dessiné par Steve Lieber.) - En tournée promotionnelle pour la sortie de son livre, Jimmy Olsen se réveille à Gorilla City en compagnie de Jix. La soirée de la veille a été bien arrosée puisqu'ils se sont mariés. Mais la jeune femme est une voleuse inter-dimensionnelle pressée de fuir. Elle laisse à Jimmy son chat, particulièrement agressif. Le reporter, délesté de son argent et de son passeport, doit quitter Gorilla City et rejoindre Lois Lane par ses propres moyens.


- Supergirl (Ecrit par Marc Andreyko, dessiné par Eduardo Pansica.) - Supergirl enquête sur la destruction du siège du D.E.O. survenu trois mois plus tôt. Deux de ses amis, Eliza et Jeremiah, faisaient partie de cette agence. Lui souhaite vite reprendre du service, elle n'en peut plus des magouilles du service. Elle est retrouvée par le destructeur de Leviathan mais a laissé un message pour Supergirl dénonçant cette organisation.


- Action Comics (Ecrit par Brian Michael Bendis, dessiné par Yanick Paquette.) - Leviathan libère Clark Kent et embarque Talia Al Ghul. Mais elle refuse l'alliance qu'il lui propose. Sauvé in extremis par Superman, que viennent de libérer Firestorm, Lois Lane et Jimmy Olsen, elle préfère la prison à la collaboration. A Metropolis, Ms. Leone, de retour de sa rencontre avec Leviathan, explique comment elle va éliminer ce dernier.

On ferme cette revue en étant d'abord un peu surpris que certains personnages annoncés au premier plan pour le futur Event Leviathan soient absents - je pense à Batman, Manhunter (qui ne font que de brèves apparitions) mais surtout Batgirl, Green Arrow, la Question, ou Plastic Man. Puis le point de vue choisi se révèle, avec pertinence.

Depuis qu'il écrit les aventures de Superman dans ses deux séries, Brian Michael Bendis a pensé le personnage comme le pivot de l'univers DC, non seulement le héros potentiellement le plus puissant mais surtout un compas moral et une sorte de vigie, les yeux et les oreilles de la justice. L'illustration est particulièrement frappante dans Action Comics où la saga du Leviathan a été développée : à Metropolis, une mafia invisible oeuvre avec des précautions extrèmes pour ne jamais été remarquée de l'homme d'acier, et ce, depuis des décennies.

Si on applique ce procédé plus largement, alors il est possible qu'une conspiration puisse se mettre en place à l'insu de Superman. C'est ainsi que le Leviathan a grandi. Mais est-ce un vilain classique ? Une menace ? Ou une sorte de révolution ? Dans le numéro 1 de Year of the Villain, le segment concernant Leviathan suggérait, par la voix même de ce personnage, que ses manoeuvres (éliminer physiquement les organisations gouvernementales et terroristes) étaient plus ambivalentes. Batgirl apprenait que le maître d'oeuvre était certain qu'une fois son projet connu, les héros s'y rallieraient.

Superman : Leviathan Rising Special permet donc de considérer cette situation à travers quatre points de vue, comme autant de prologues mais aussi de teasers pour les séries Action Comics et Supergirl ou les futures maxi-séries Lois Lane et Jimmy Olsen (qui démarreront en Juillet).

La part la plus importante est bien entendue dévolue à Bendis avec Yanick Paquette au dessin : Clark Kent se laisse kidnapper et tombe entre les mains de Talia Al Ghul qui veut rencontrer grâce à lui Superman. La fille de Ra's est aux abois : son organisation, Leviathan, lui est ravie par l'individu du même nom, elle a donc besoin du plus puissant des alliés. En parralèle, Ms. Leone, la tête de la mafia invisible de Metropolis, rencontre justement Leviathan, impressionné par la façon dont elle a su mystifier l'homme d'acier.

Les deux chapitres ouvrent et ferment ce numéro, donnant le ton à un jeu de dupes : Talia préférera la prison à la collaboration avec Superman finalement, et Ms. Leone est certaine de pouvoir doubler Leviathan (qui en cachant son identité révèle sa faiblesse). Bendis souligne surtout que Lois Lane est crainte par Ms. Leone et le scénariste insiste sur ce point depuis plusieurs mois, au point qu'elle n'est même pas impressionnée par Batman (ce qui correspond aussi à la manière dont Tom King l'a mise en scène dans Batman). Surtout, entre Talia, Ms. Leone, Red Cloud, Leviathan, Superman paraît soudain vraiment dépassé parce que cette histoire est inhabituelle pour lui : c'est une autre marque déposée de Bendis depuis qu'il anime le personnage que de lui donner de vrais adversaires, capables de le dominer (physiquement comme Rogol Zaar, ou intellectuellement).

De retour chez DC (avec lequel il entretient des rapports compliqués depuis longtemps), Greg Rucka profite de quelques pages pour écrire Lois Lane à laquelle il va donc consacrer une maxi-série en douze épisodes à partir de Juillet. Le projet est évident tant Rucka aime ce genre de femmes (brune, intelligente, avec un caractère bien trempé). Avec Mike Perkins, il bénéficie d'un artisteau style réaliste et sombre parfait, même si leur segment est frustrant (et, c'est le comble, montre Lois obligée de sen remettre à la Justice League).

En revanche, la vraie surprise du chef revient au chapitre consacré à Jimmy Olsen puisque c'est Matt Fraction qui écrit et Steve Lieber qui dessine. L'intention du duo est de renouer franchement avec les aventures les plus délirantes du jeune reporter du "Daily Planet" et le ton est résolument à la comédie, avec voleuse inter-dimensionnelle, chat dément, gorilles et j'en passe. Impossible de ne pas éclater de rire et la maxi-série qui débutera le 17 Juillet prochain promet énormément. C'est totalement décalée par rapport à l'Event Leviathan, mais réjouissant.

On retombe dans du plus classique avec Supergirl, par Marc Andreyko et Eduardo Pansica (le combo aux commandes de la série de la kryptonienne). L'implication de Kara Zor-El  surprend un peu, mais s'explique par sa relation avec deux agents du DEO. Surtout on remarque que la cousine de Superman 1/ revient sur Terre après ses pérégrinations spatiales et 2/ est surveillée par Manhunter (en fuite après les événements de Action Comics #1011). Pansica n'est pas au meilleur de sa forme, et Andreyko se contente du strict minimum : c'est le segment le moins inspiré du lot.

ll n'empêche, la saga qui s'annonce est alléchante, avec son climat conspirationniste, son vilain qui n'en est pas vraiment un et dont l'identité reste un vrai mystère, les héros en première ligne.  Un an pile après son arrivée tonitruante chez DC, Bendis a toutes les cartes en mains pour frapper un grand coup (d'autant que son histoire s'inscrit dans un programme plus vaste d'histoires où les bad guys ont de grands projets - Bane dans Batman, Luthor dans Justice League). Cela faisait bien longtemps qu'un event ne m'avait pas autant titillé.   

samedi 14 avril 2018

DAREDEVIL #600, de Charles Soule, Christos Gage, Ron Garney et Mike Perkins


On n'a pas tous les jours 600 épisodes à son actif... Après le 700ème n° de Captain America, c'est donc au tour de Daredevil de franchir un cap historique mais à sa manière - ou plutôt à la manière de son scénariste qui boucle son arc en cours, Mayor Fisk, avant de continuer sa route. Ron Garney, lui, tire sa révérence (sans savoir, comme Samnee, même s'il reste a priori chez Marvel, où il va rebondir). Et le tandem Christos Gage-Mike Perkins (ce dernier ayant fait ses valises pour atterrir chez DC) participe à l'anniversaire avec une jolie back-up story.


Daredevil et ses acolytes (Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Spider-Man, Moon Knight, Misty Knight et Echo) attendent que Wilson Fisk rejoignent la bande de criminels à qui il a promise des postes dans son administration et qu'il a convoquée au bar Sarno's. L'occasion rêvée d'effectuer un coup de filet et de prouver que le Caïd se mêle toujours du crime organisé, ce qui lui coûterait son poste de Maire de New York.
  

Mais, dans le bar, les malfrats - Black Cat, Hammerhead, Diamondback, le Hibou - s'impatientent et commencent à penser qu'il s'agit d'un piège imaginé par Fisk pour les écarter. Peut-être même un traître se cache-t-il dans la place en attendant une descente des flics... La tension est à son comble.


De son côté, Blindspot, jeté du haut d'un immeuble par Muse dont il a dégradé une des fresques murales pour l'attirer, se rattrape et le rejoint pour l'affronter. Mais le jeune homme est dominé par son ennemi et son envie de se venger. C'est alors que la voix de la Bête, ce monstre commandant à l'organisation de la Main, retentit dans sa tête...


Retour au Sarno's : Les esprits s'échauffent et quand Black Cat est menacée par Diamondback, Spider-Man intervient. Il est suivi par Luke Cage, Iron Fist et Jessica Jones, puis, enfin, Moon Knight, tandis que Misty Knight et Echo se préparent à les rejoindre. Daredevil est mécontent : son plan tombe à l'eau, le Caïd ne se présentera plus mais la police approche déjà.


Possédé par l'esprit de la Bête et investi d'une force nouvelle, Blindspot prend le dessus sur Muse et, même s'il refuse finalement de le tuer, il l'élimine définitivement par accident.


Mis au courant par son assistant, Wesley, Fisk apprend l'arrestation des justiciers et des malfrats au Sarno's mais Daredevil arrive alors pour le défier. Hélas ! le Caïd réussit à l'assommer et d'autres policiers viennent embarquer DD. Le Maire de New York rejoint l'estrade prévue pour son discours au peuple de la ville quand il est blessé par une pluie de flèches tirées par les ninjas de la Main. Dans le fourgon de la police où il est enfermé, Daredevil devine ce qui se passe, impuissant, avant de surprendre un échange entre Steve Cornish, son propre assistant à la Mairie, et la première adjointe : Fisk avait modifié l'ordre de succession à son poste en cas de problème et c'est Matt Murdock qui hérite de sa charge !

Pas mal comme twist/cliffhanger, non ? Murdock va-t-il devenir le nouveau Maire de New York ? Pour cela il faudra d'abord qu'il se libère et s'évade du fourgon de police où il est. Mais sinon tout est en place pour qu'il accède au poste : Fisk est entre la vie et la mort après son agression par la Main, et s'il est inconcevable que Marvel autorise Charles Soule à tuer le Caïd, il est assez mal en point pour être hors jeu un bon moment.

La situation ne s'arrête pas à la santé de Wilson Fisk car, dans l'affaire, les amis justiciers de DD sont en prison (tout comme la bande malfrats qu'ils ont attaqué) et ça en fait un bon petit paquet : Spider-Man a réussi à s'échapper, mais Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Misty Knight, Echo, Moon Knight sont au frais dans une cellule.

Quand à la Main donc, elle a fondu sur New York comme une pluie de sauterelles et la Bête qui les commande n'est apparemment pas loin puisqu'elle a "parlé" à Blindspot - lequel a tué accidentellement Muse.

Soule a réussi à composer ce 600ème épisode comme un vrai point de convergence, au rythme d'un crescendo grisant, avec une cascade de rebondissements, de l'action à foison. On ne s'ennuie pas et les cartes sont vraiment redistribuées à la fin du numéro. Le scénariste, qui a parfois égaré le lecteur, ou l'a désorienté, et même déçu, depuis le début de son run, a, dans ses épisodes récents (notamment depuis les Volumes 4 et 5, et l'explication de la double identité récupérée par Daredevil puis son combat devant les tribunaux pour légaliser le rôle des justiciers), monté en régime pour aboutir à une saga ambitieuse, tonique, tendue, loin des errements des débuts.

Si Charles Soule ne semble pas pas parti pour céder sa place sur Daredevil dans le grand jeu des chaises musicales du nouveau statu quo Marvel ("Fresh Start") alors qu'il est donc en pleine bourre, à un tournant majeur, qu'est-ce qui lui aura vraiment manquer pour que sa production sur le titre soit plus satisfaisante encore ? La réponse est simple, d'autant plus évidente avec cet épisode : un dessinateur régulier.

A ce jour, les cinq arcs narratifs écrits par le scénariste comptent exactement 34 épisodes et Ron Garney, considéré comme l'artiste titulaire, régulier, de la série, en a dessinés précisément 17, soit finalement seulement la moitié. C'est un total somme toute respectable mais pas suffisant pour être comparé aux prestations de Chris Samnee avec Mark Waid, Michael Lark avec Ed Brubaker, Alex Maleev eavec Brian Bendis, ou pour remonter plus loin John Romita Jr. avec Ann Nocenti par exemple.

Parce qu'il a, cependant, illustré des épisodes mémorables, Garney restera comme le dessinateur de la période Soule (en attendant de voir comment assureront ses remplaçants), mais un peu par défaut. La qualité de sa prestation n'est pas en cause, en tout cas pour ma part je la trouve très honnête, probante, et ce n°600 ne fait pas exception : il assure superbement, servi par un script qui met en valeur ses points forts (le dynamisme du récit, le nombre des scènes d'action), il anime un casting fourni avec une sacrée efficacité, et si ses parti-pris esthétiques (ce trait vif, qui manque parfois de finitions, soutenu par la colorisation de Matt Milla, moins radicale qu'au début de l'aventure) sont discutables, il s'y est tenu, imprimant une personnalité particulière à sa contribution.

Mais incontestablement la série gagnerait à avoir un dessinateur capable d'enchaîner plus de cinq épisodes (de même que Soule devrait arrêter de s'amuser avec les deux costumes de DD, pour bien entendu revenir définitivement au rouge). Mike Henderson (qui a signé les pages de la mini Deadpool vs. Old Man Logan, que je n'ai pas lue mais qu'on dit prometteur) va succéder à Garney, au moins jusqu'au #605. On verra ce que ça donne, mais si Marvel pouvait installer un artiste solide et ponctuel, ce serait parfait (dommage que Schiti ait rejoint Slott sur Iron Man, ou que Greg Smallwood, voire David Marquez, ne soient pas annoncés).

Maintenant que je suis "à jour" avec la série, je vais, moi aussi, voir si je poursuis sa lecture. J'ai quand même envie de savoir où va mener cette situation, en souhaitant donc une embellie graphique.  
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Comme tous les épisodes spéciaux, franchissant une numérotation importante ou racontant une histoire cruciale, à la manière d'un Annual, le n°600 de Daredevil est complété par une back-up story écrite par Christos Gage (scribe fréquent de Dan Slott sur Amazing Spider-Man) et dessinée par Mike Perkins (qui fut longtemps la "doublure" de Steve Epting sur Captain America à l'époque où Ed Brubaker l'écrivait).

L'argument est simple : un passant aperçoit Daredevil discutant avec Foggy Nelson après que le premier soit intervenu et lui demande comment il connaît le justicier. Foggy se remémore les grands moments de son histoire avec "tête à cornes", instantanés dramatiques le plus souvent et parfois plus légers, depuis leur rencontre à la fac de Droit jusqu'à aujourd'hui.

Le résultat est bon, ni plus ni moins. On s'en serait passé sans problème, mais Gage résume habilement les faits en bon artisan qu'il est, et Perkins enchaîne de belles pages. Il n'y a rien de méchant à dire là-dessus, ni de particulièrement flatteur : c'est un aimable bonus, mais éclipsé par le coup de théâtre de l'épisode de Soule et Garney.

mercredi 25 mai 2011

Critique 233 : MARVEL : LES GRANDES SAGAS 4 - X-MEN, de Ed Brubaker et Trevor Hairsine


Ce quatrième volume de la collection "Marvel : Les Grandes Sagas" est consacré aux X-Men et reprend la saga Genèse Mortelle (Deadly Genesis, en vo), écrite par Ed Brubaker et dessinée par Trevor Hairsine, publiée par Marvel Comics de Janvier à Juillet 2006.
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Qui est ce mystérieux et puissant mutant qui, surgi de nulle part, en veut tant au Professeur Xavier ? La réponse se trouve dans le passé du mentor des X-Men, et plus précisèment lorsque ses premiers élèves (Cyclope, Marvel Girl, le Fauve, Iceberg, Angel, Havok et Polaris) furent pris au piège sur l'île vivante de Krakoa. La version officielle de l'Histoire prétend que pour les libérer, Charles Xavier recruta une nouvelle équipe, cosmopolite (avec Wolverine, Diablo, l'Epervier, le Hurleur, et Tornade). Mais Moira MacTaggert entraînait elle aussi de jeunes mutants dont le Pr X n'hésita pas à se servir comme de la chair à canon. Et aujourd'hui, l'un d'entre eux réclame vengeance...
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Ce récit en six parties tient une place à part pour moi car il fait partie des premiers que j'ai découvert en revenant aux comics super-héroïques après m'en être longtemps éloigné. C'était en 2007 dans les pages de la revue "Astonishing X-Men" et ce fut une lecture mémorable car elle faisait référence à une autre histoire, un grand classique, Uncanny X-Men King-Size 1, écrit par Len Wein et Chris Claremont et dessiné par Dave Cockrum, à l'origine de la relance triomphale de la série en 1976.
Ed Brubaker a imaginé une "retcon" astucieuse : il a profité d'un espace narratif dans la continuité des X-Men pour réécrire l'histoire et introduire de nouveaux personnages tout en rendant le Pr X responsable d'une odieuse manipulation. Dans cette révision du passé, l'équipe moderne a été précédée par un groupe d'élèves dirigé par Moira MacTaggert et sacrifié par Charles Xavier pour tenter de sauver ses premiers disciples.
Le procédé même de la "retcon" est sujet à débat puisqu'il s'agit au mieux d'enrichir la mythologie d'une série, au pire d'y intégrer des éléments qui risquent de ne pas être exploités par la suite. Dès lors, on peut s'interroger : pourquoi revenir sur le passé au lieu de se concentrer sur le présent ? Brubaker a néanmoins créé avec Vulcan un méchant accrocheur, dont on comprend le ressentiment, dont la réapparition ébranle les X-Men, et le scénariste développera son histoire dans un arc de douze épisodes, L'avènement et la chute de l'empire Shi'ar (The rise and fall of the Shi'ar empire, en vo), inégal mais ambitieux, avant que Vulcan ne soit utilisé par le duo Andy Lanning-Dan Abnett dans leurs sagas cosmiques.
Les deux autres additions notables à Genèse mortelle sont le personnage de Darwin, autre survivant de cette génération intermédiaire,dont le pouvoir est très original, et l'exclusion du Pr X, privé de ses pouvoirs à la suite de House of M - ce dernier fait a conduit Cyclope à devenir le véritable nouveau leader de la "mutanité".
Ces épisodes restent assez plaisants à la relecture, l'intrigue est efficace avec une vraie progression dramatique, malgré un affrontement final un peu expédié.
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Graphiquement, en revanche, le résultat est beaucoup plus inégal. La faute en incombe à Trevor Hairsine : après avoir dessiné le premier épisode, il n'a plus livré que des layouts (des planches à peine esquissées, voire incomplètes) et laissé à plusieurs encreurs successsifs (comme Kris Justice, Scott Hanna ou Mike Perkins) le soin de terminer les pages, parce que sa femme attendait leur premier enfant et qu'il n'a pas supporté la pression des délais d'un côté et de sa future paternité de l'autre. Une attitude bien peu professionnelle de la part d'un artiste que Joe Quesada présentait comme une des futures vedettes de Marvel, et dont la carrière depuis n'a fait que confirmer l'irrégularité.
C'est d'autant plus dommage que le premier épisode promettait beaucoup (sans être grandiose toutefois) et que les autres ne sont ensuite, au mieux, que moyens, avec des personnages aux expressions crispées, dans un découpage paresseux, aux finitions quelconques.
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Prochaine parution de cette collection : Wolverine par Jeph Loeb et Simone Bianchi (autant dire que ça ne risque pas d'être fôlichon)...

vendredi 4 juin 2010

Critique 149 : CAPTAIN AMERICA - WINTER SOLDIER 1 & 2, d'Ed Brubaker, Steve Epting, Michael Lark, John Paul Leon et Michael Perkins


Créé en 1940 par Joe Simon et Jack Kirby, Captain America est un des plus fameux super-héros issu du "golden age" : il a été le symbole des vertus patriotiques américaines, puis après avoir vu son succès décliner après-guerre, il a été littéralement ranimé par Stan Lee. Dans le 4ème épisode des Vengeurs, en Novembre 1963, toujours sous le crayon de Kirby, Namor dans un accès de rage détachait le bloc de glace où, sans qu'il en ait conscience, reposait son ancien partenaire. Récupéré par Giant-Man, Iron Man, Thor et la Guêpe, Steve Rogers allait découvrir le monde moderne et rapidement redevenir une icône et le chef de l'équipe.
La popularité du Capitaine ne devait jamais se démentir et cinq volumes de ses aventures, soient plus de 600 épisodes, confirment cet état de fait. Néanmoins, depuis la refonte du Marvelverse via la saga Heroes Reborn, Marvel a cherché des auteurs capables de redonner son lustre à ce personnnage pour en faire un produit pérenne. C'est à Ed Brubaker et Steve Epting qu'échût la lourde responsabilité de relancer la carrière de ce héros majeur en entamant ce cinquième volume. Durant les 13 épisodes de l'arc Winter Soldier, c'est donc à la fois un travail de synthèse et de rebond qui s'opère et qui allait révolutionner le titre pour en faire l'un des plus passionnants de ces dernières années.
Ce premier tome comprend les numéros 1 à 7 de la série régulière et s'impose comme un classique immédiat, réussissant à combler les puristes comme les profanes.
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Ed Brubaker démarre sur les chapeaux de roues, plein d'action et de suspense, dans une ambiance de série noire et d'espionnage haletante, qui va donner le "la" à toute la suite (50 épisodes avant la récente renumérotation au #600) : y sont présents Crâne Rouge, Sharon Carter (l'agent 13 du SHIELD), Nick Fury, et le cube cosmique, comme autant d'éléments "mythologiques".

Crâne Rouge prépare son retour, mais, contre toute attente, le scénario dévie brusquement et nous entraîne sur une piste inattendue puisque le criminel nazi est assassiné et le cube cosmique dérobé par son mystérieux éxécuteur !
De son côté, Captain America est présenté comme un soldat faisant face avec difficulté moins à des terroristes, qu'il stoppe sans ménagement, qu'à de vieux souvenirs de la seconde guerre mondiale - ces références permanentes au passé du héros deviendront la signature de la série.
La suite entraîne le capitaine dans une course contre la montre car des bombes menacent de détruire Paris, Londres et Manhattan, impliquant l'A.I.M.. Pendant ce temps, le mercenaire Crossbones le ralentit avant d'enlever une jeune femme qui serait la fille de Crâne Rouge, et le SHIELD enquête sur l'assassin de ce dernier : le fameux Winter Soldier - dont la révèlation de la véritable identité constituera un des chocs les plus retentissants de l'histoire de Marvel.
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Le parti pris esthétique de Steve Epting, dont le dessin évoque les glorieux aînés comme Jim Steranko ou Jim Holdaway, a le mérite de replacer Steve Rogers dans la réalité : les décors urbains font l'objet d'un soin particulier pour crédibiliser le monde dans lequel évolue le héros, mais il y a aussi un incroyable travail sur les lumières et la couleur - signée Frank D'Armata - (qui définiront durablement la série). On s'y croirait vraiment tellement l'artiste s'est appliqué.
Les flash-backs durant la seconde guerre mondiale sont illustrés par un autre grand talent, Michael Lark, qui collabora déjà avec Brubaker auparavant (Gotham Central, notamment) et c'est l'autre grande idée du relaunch : son style à la fois différent et voisin de celui d'Epting souligne la distance temporelle des actions tout en jouant avec subtilité sur le caractère anachronique de Captain America, héros à la fois d'hier et d'aujourd'hui, rivé au passé et ancré dans le présent.
Cette méthode (deux dessinateurs pour des époques distinctes) fera des petits, mais rarement avec une telle maestria (il est aussi, c'est vrai, peu courant d'avoir deux pointures comme Epting et Lark sur un seul projet).

Le 7ème épisode, The lonesome death of Jack Monroe, est illustré par John Paul Leon, dans un style différent, ce qui correspond à cet interlude puisqu'on se penche sur le cas (et la fin) d'un des remplaçants de Cap, Nomad, en proie à une confusion mentale profonde. Néanmoins, ce n'est pas le meilleur chapitre de ce recueil et on peut le zapper sans être égaré par la suite.
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Magistralement pensée, Ed Brubaker démontre dès le départ qu'il voit loin (il avait d'ailleurs précisé dans des interviews qu'il avait planifié au moins les 25 premiers épisodes), mais c'est d'abord parce qu'il a appris son personnage et qu'ici le passé est aussi important que le présent - mieux il le nourrit et donne un consistance étonnante à la série.
Le scénariste excelle dans cette ambiance entre série noire (qu'il a développée dans ses productions pour DC) et d'espionnage, la caractérisation des protagonistes est formidable : Captain America est décrit comme un soldat mais qui doute, est hanté par la guerre, et réagit brutalement à la violence du monde dans lequel il évolue. Il devient sous la plume de Brubaker une sorte de cowboy à la fois frustre et mélancolique, finalement plus touchant que le héros porte-drapeau auquel on pourrait le réduire.
Bref, ce "reboot" du personnage est une réussite exemplaire, qui sera confirmée dans la suite et fin de cette première histoire .

Ce deuxième tome rassemble les épisodes 8 à 9 et 11 à 14 de la série mensuelle (le n° 10 formait une parenthèse consacrée à la saga House of M).
Après le (re)démarrage exceptionnel du premier recueil, la question se posait de savoir si le scénariste tiendrait la distance. Le doute est balayé puisque Ed Brubaker réussit le tour de force d'élever d'un cran son histoire : l'utilisation non maîtrisée du cube cosmique, l'apparition fugace du docteur Faustus, les agissements de Crossbones, et l'enquête sur le Soldat de l'Hiver, chaque événement est sujet à caution, tout est suspect. L'intrigue se dénouera (partiellement) dans un final à la fois spectaculaire et plein d'incertitudes.
C'est là la grande force de Brubaker : faire coïncider la paranoïa du récits avec la vulnérabilité qu'elle engendre chez Steve Rogers qui ne peut pas croire au retour de son "sidekick" James "Bucky" Barnes, devenu un tueur à la solde des Russes. Le lecteur éprouve alors une empathie totale avec Rogers désirant à la fois sauver son ami et l'empêcher de nuire.

Le récit abonde en morceaux de bravoure commee, par exemple, la relation du dossier du Winter Soldier, la présence de l'escadron MODOC (Military Operatives Designed Only for Combat), l'enlèvement de la fille de Crâne Rouge par Crossbones, l'évocation des faits d'armes durant la seconde guerre mondiale et, enfin, la façon dont le cube cosmique est récupéré par Captain America et l'usage qu'il en fait.

L'écriture de Brubaker est sobre mais d'une efficacité épatante, les temps forts alternent avec des plages plus calmes, l'émotion n'est jamais sacrifiée sur l'autel de l'action : c'est vraiment un modèle du genre, qui préfigure la réussite du run de l'auteur sur Daredevil (dans un registre encore plus réaliste et noir).
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Ce scénario riche, palpitant, est encore une fois magnifiquement mis en images par Steve Epting, secondé pour les finitions par Michael Perkins, et Michael Lark (pour les séquences du passé et un épisode au présent). 
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Cette nouvelle version touche à la perfection : elle comblera le fan le plus pointu par son respect pour le passé du héros et emballera le profane. Croyez-moi sur parole : je n'étais pas spécialement client de Captain America, je le suis devenu depuis !