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jeudi 19 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 17-18-19 : X-FORCE #14 - HELLIONS #6 - CABLE #6, de Benjamin Percy et Joshua Cassara ; Zeb Wells et Carmen Carnero ; Gerry Duggan et Phil Noto


Avec trois numéros au programme de sa pénultième semaine de publication, X of Swords rue plus que jamais dans les brancards. Au risque de complètement larguer une partie de ses lecteurs, qui se plaindront de ne pas avoir eu ce qu'ils attendaient. Mais, en vérité, ce crossover ne joue-t-il pas sur l'absurdité même de l'exercice ? 


Les épreuves du tournoi s'enchaînent sans répit pour les champions de Krakoa et Arakko - qui mènent largement. Saturnyne s'amuse visiblement à les entraîner dans des matchs de plus en plus vides de sens, où parfois deux membres d'une même équipe doivent s'affronter.


Néanmoins, des pertes sont à déplorer : après Captain Britain, c'est l'Invocateur qui a trépassé. En sera-t-il de même pour Tornade qui est une nouvelle fois invitée à danser avec Mort ?


Les Hellions menés par M. Sinistre pour subtiliser les armes des champions d'Arakko traversent le territoire conquis et désolé de Dryador, mal en point. Ils croisent Tarn l'indifférent à qui Sinistre prélèvent des échantillons, provoquant ainsi sa colère.



La bataille qui s'ensuit en laisse beaucoup sur le carreau mais Psylocke réussit à rapatrier Havok, Greycrow et Empath dans le royaume d'Avalon. Empath contraint les prêtresses de Saturnyne de les laisser rejoindre Krakoa.


Revenus chez eux, les Hellions sont pourtant piègés par un des leurs et froidement exécutés par ce traître...


M. Sinistre se présente devant le Conseil de Krakoa avec de mauvaises nouvelles : il prévient ses pairs que les arakki dominent le tournoi et vont envahir leur île sous peu. Cable, défait par Bei la Lune Sanglante, avertit, lui, ses parents de la déroute, confirmant le présage de Sinistre.


Les jeux semblent être faits et Cyclope est accablé. Mais Jean Grey le réconforte et le convainc de réagir en préparant une riposte à l'invasion. L'ultime duel dans l'Outremonde se présente...



Le tableau ci-dessus détaille les matchs et les points gagnés au cours de leur déroulement. Mais plus que ça, il raconte autre chose, qui a à voir avec l'essence même de X of Swords et qui, je crois, en révèle le véritable sens.

Quand il reprend en main la franchise "X", Jonathan Hickman procède à un relaunch radical via les deux mini-séries House of X - Powers of X, au coeur duquel on trouve le personnage de Moira McTaggert dont il fait une mutante capable de ressuciter en conservant la mémoire de ses vies passées. Elle met ses connaissances au profit de la cause mutante pour tenter d'éviter son extinction par les machines (Sentinelles, Nemrod, Phalanx). Cela aboutit à l'établissement d'une nation mutante sur l'île de Krakoa et sa reconnaissance par l'ONU, mais aussi à l'instauration d'une société sur cette île avec des codes spéciaux et des atouts vertigineux (dont celui, crucial, de la résurrection).

Si l'entreprise de Hickman se solde par un succès critique et commercial, elle divise les fans qui reproche à l'architecte le fait d'avoir fait de Moira une mutante et de Krakoa une société proche d'une secte. Ces mêmes fans critiquaient souvent avec la même fougue le fait que depuis des années (des décennies) la franchise "X" manquait de direction, ne brillant que par intermittence, au gré de l'inspiration d'un scénariste qui sortait du lot.

Un an après HoX - PoX, la perspective d'un crossover massif, courant sur 22 épisodes, faisait peur. N'était-ce pas trop tôt ? Et trop gros ? Et pour les plus confiants, cela allait-il bouleverser vraiment le statu quo ? Ou créer de la confusion ?

Dans son premier acte (sur les 11 premiers épisodes), X of Swords a paru jouer la montre en même temps qu'il préparait un second acte convenu, à base de duels entre champions de Krakoa et d'Arakko, sur fond de quêtes d'épées. Et puis tout a basculé - ou dérapé, selon l'humeur.

En guise de duels, on a eu droit à des affrontements souvent expéditifs et au dénouement surprenant, à la logique absurde, dans des cadres chaotiques, avec un comptage des points sidérant. Il devenait clair que ce tournoi ne prenait pas un tour logique, qu'il était manipulé par Saturnyne, à la fois l'instigatrice et l'arbitre de l'événement. Dans quel but ? Mystère. Mais c'était justement cela qui rendait l'ensemble passionnant. Ou rebutant.

La lecture de X-Force #14, qui ouvre les hostilités de cette semaine, renforce cette impression avec une cascade d'épreuves de plus en plus non-sensiques, où parfois des champions de la même équipe sont engagés l'un contre l'autre ou alors où on assiste à des matchs idiots, aberrants, où les participants ne se servent pas de leurs épées mais se trouvent à danser, faire des puzzles, et autres activités incongrues.

Benjamin Percy mène son affaire à toute allure et Joshua Cassara produit des planches déchaînées qui témoignent du maelström dans laquelle sont aspirés les champions. Tout cela les dépasse et ils jouent quand même chaque partie avec abnégation, convaincus qu'ils peuvent sauver Krakoa ou emmener Arakko à la victoire. Ce n'est qu'à la toute fin de l'épisode qu'on a droit à un vrai combat, entre Tornade et Mort, pour une nouvelle danse envoûtante et féroce, dont la déesse mutante sort gagnante grâce à sa pugnacité et son ingéniosité - elle est littéralement plus forte que la Mort.

Le retour des Hellions (pour leur 6ème épisode et leur deuxième apparition dans la saga) augure d'un changement de registre - un de plus. Il y a de la casse et Zeb Wells va lui aussi jusqu'au bout de l'idée en donnant à ses héros leur rôle de commando-suicide. Plusieurs restent sur le carreau dans l'Outremonde, donc il est suggéré qu'ils ne seront pas ressucités et que la composition de l'équipe dans la série une fois la saga terminée pourrait être bouleversée. 

Si le ton reste encore humoristique dans ce titre, la noirceur l'emporte et la violence, sèche, domine. Le final de l'épisode est même glaçant, confirmant que Sinistre a son propre agenda et profite du chaos pour duper tout le monde - même si ensuite il prévient le Conseil de Krakoa que l'issue du tournoi préfigure un danger plus grand. Carmen Carnero livre des planches excellentes, dommage qu'elle ne reste pas sur la série (elle aurait pu me convaincre de continuer à la lire).

X of Swords a transformé les séries en véhicule d'une intrigue globale. Pourtant, Cable #6 est un peu épargné puisque le personnage-titre est bien présent, mais tout de même davantage comme spectateur que comme acteur - il subit une défaite humiliante (et Cypher lui épargne un sort plus funeste encore). En fait les jeux sont faits, depuis longtemps. Gerry Duggan abandonne tout ironie pour mettre en scène la fin de Gorgone de manière cruelle et poignante (alors qu'il s'agissait pourtant d'un personnage cher à Hickman) et si les dessins de Phil Noto manquent un peu d'énergie, le lecteur ressentira bien l'inéluctabilité de l'affaire. Contre toute attente, les X-Men ont été totalement submergés par les Arakki. Ce crossover aura été une longue descente aux enfers pour les héros.

Et finalement, si ça avait été ça, le vrai projet de cette saga ? Dans les events, que nous raconte-t-on d'habitude ? On suit des héros compromis dans une situation explosive puis se ressaisissant in extremis face à l'ennemi pour l'emporter au finish. Tout ça à grand renfort d'explosions, de bagarres et de grand spectacle. Raté ou réussi, un event n'est jamais souvent que ça.

Mais situez l'histoire dans un environnement fou, avec des règles faussées dès le départ, face à des adversaires objectivement supérieurs, et observezle résultat. Il ressemblera à celui de X of Swords, un tournoi des champions parfaitement absurde, où les héros n'ont aucune chance et où le lecteur est confronté à ses envies et ses frustrations par des auteurs qui veulent d'abord démontrer la stupidité de l'ensemble, comme on démonte un mécano patiemment assemblé mais fragile parce qu'usé.

C'est ainsi, en tout cas, pour ma part, que je considère ce crossover obèse et délirant : comme une leçon de narration, certes parfois pas très subtile ni assez concise, sur les codes mêmes des events, ces blockbusters gavés par les editors pour conquérir un maximum de fans avides de sensations fortes. Comme Arakko rêve de conquérir Krakoa - plus par avidité et rancune que par nécessité. Et au terme de duels idiots mais avec des personnages qui ne connaissent au fond que le plaisir abrutissant de se battre, même selon des règles ineptes.

Ce que Hickman, Duggan Howard, Percy, Wells ont fait avec X of Swords, c'est une déconstruction des events. Ils en montrent les rouages, pour mieux en pointer les mécanismes usés, périmés. Ils l'étirent jusqu'à le déchirer pour prouver que cela a trop duré. Ils animent ses acteurs comme des marionnettes dans un théâtre artificiel. Ils déjouent nos attentes pour en souligner la vacuité.

Il se pourrait bien que tout cela ne laisse pas que des traces parmi les rangs des X-Men. Sans doute des fans vont en vouloir aux auteurs de leur avoir mis le nez sur la grossiéreté de ce genre d'entreprises et donc de leur avoir prouvé qu'ils réclament des histoires insensées. Les lecteurs de comics ont peu d'humour et encore moins le sens de la dérision (il suffit pour s'en convaincre de lire les réactions outrées des fans de Zack Snyder quand on ose critiquer le futur nouveau montage de Justice League, pour lequel il a dépensé une fortune alors que dans le même temps Warner licencie à tout-va).

Mais on peut aussi choisir d'être lucides et adultes en considérant que toute déconstruction n'aboutit pas une destruction : elle peut aussi redonner un élan salvateur à un genre, à un exercice, comme HoX - PoX a su redonner une colonne vertébrale aux mutants il y a un an. C'est un remède de cheval, je vous l'accorde, mais c'est mieux qu'un pansement sur une jambe de bois. Ou des lamentations sans écho.

Suite et fin la semaine prochaine. Tenez-vous prêts : tout est vraiment possible !

vendredi 16 octobre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 6, 7, 8 : HELLIONS #5 - NEW MUTANTS #13 - CABLE #5, de Zeb Wells et Carmen Carnero, Ed Brisson et Rod Reis, Gerry Duggan et Phil Noto

 


Cette semaine, trois nouveau chapitres de X of Swords et trois nouveaux titres impactés : Hellions, qui sous la direction de Zeb Wells ressemble à une sorte de Suicide Squad mutante ; New Mutants de Ed Brisson qui s'intéresse particulièrement à Cypher et Warlock ; et Cable où Gerry Duggan anime la famille Summers-Grey. Carmen Carnero, Rod Reis et Phil Noto dessinent.


Lors d'une réunion extraordinaire du conseil de Krakoa, le Pr. X pointe les failles qui ont conduit à la crise actuelle avec Arakko. Mr. Sinistre a une idée pour éviter le tournoi à venir entre les champions des deux camps.


Il propose que son équipe des Hellions s'introduisent clandestinement dans la dimension d'Amenth via le royaume d'Avalon dans l'Outremonde pour y dérober les épées des champions d'Arakko. Le plan est voté par le Conseil. Mais à condition que Sinistre accompagne son équipe sur place.


Mr. Sinistre négocie avec l'excentrique Jamie Braddock, placé à la tête du royaume d'Avalon par Apocalypse, pour se déplacer jusqu'à Amenth. Puis avec les Hellions, il manipule la garde de Saturnyne afin de poursuivre leur route.

*


Dans le treizième épisode de New Mutants, Ed Brisson signe un de ses derniers épisodes (il cédera sa place après X of Swords à Vita Ayala). Bonne nouvelle : Rod Reis revient au dessin (et il fera équipe avec Ayala une fois le crossover terminé).



Sidéré, Cypher a appris qu'il allait devoir se battre au nom de Krakoa dans le tournoi contre les champions d'Arakko. Pour ne rien arranger, son épée sera son ami Warlock, le technarque. Magik décide de l'entraîner.


Illyana Rasputin ne retient pas se coups, sachant que Doug Ramsey est un novice en matière de combat. Il a beau résister vaillamment, il dérouille méchamment. Tout cela n'échappe pas à Exodus qui se tient prêt à remplacer Cypher s'il meurt pour devenir l'interprète de Krakoa auprès du conseil.


Cette perspective n'enchante pas Krakoa qui utilise Mondo pour communiquer avec Cypher et lui proposer de le cacher avant le tournoi. Mais Doug tient à honorer son rang et à assumer ses devoirs, quoi qu'il lui en coûtera.

*


X of Swords donne l'opportunité de découvrir des séries auxquelles je ne m'intéressais pas jusque-là. Cable (comme Hellions) est un titre lancé récemment (seulement cinq épisodes au compteur) et s'intéresse au fils de Cyclope et Jean Grey, qui d'ailleurs l'accompagnent ici, sous la direction de Gerry Duggan et Phil Noto.



Cable a activé l'entrée de la Pointe, la station orbitale qui sert de quartier général à l'organisation du S.W.O.R.D.. Saturnyne a en effet glissé dans l'esprit du Hurleur que quelque chose de décisif en prévision du tournoi s'y trouvait.


Mais sur place, Cyclope, Jean Grey et Nathan Summers découvrent l'équipage mystérieusement décimé par une force extra-terrestre. Jean et Cyclope repoussent les assaillants pendant que Cable va désactiver l'alimentation de la station qu'il a remise en route grâce à son épée.


De retour à Krakoa, Cable rejoint les champions pendant que Jean et Cyclope élaborent un plan pour débloquer les communications télépathiques avec l'Outremonde, ce qui pourrait donner un avantage aux leurs avant et lors du tournoi.

J'avais été un peu déçu par les premiers chapitres de X of Swords qui me paraissaient mal fichus, mal construits. Par exemple, la semaine dernière, les épisodes de Wolverine et X-Force ne formaient en vérité qu'un seul récit, et dans X-Force, on ne voyait aucun membre de l'équipe en dehors du griffu. Par ailleurs, graphiquement, c'était aussi moyen. Pas de quoi s'alarmer, mais pas non plus de quoi s'extasier.

Finalement, c'est avec des séries dont je n'attendais rien - pire : que je considérai comme surnuméraires dans la franchsie X - que mon intérêt s'est réveillé cette semaine. Non seulement, les épisodes de Hellions, New Mutants et (dans une moindre mesure) Cable sont particulièrement efficaces, mais surtout ils font progresser l'intrigue dans des directions imprévus. Visuellement, ils sont aussi bien plus aboutis.

Commençons par Hellions #5 : écrite par Zeb Wells, ex-espoir de Marvel, cette série pour son premier arc s'est distingué par son ton horrifique et absurde. Le casting est WTF au possible, avec Havok (qui retombe donc bien bas - seul Rick Remender semble avoir eu un réel intérêt pour Alex Summers lors de ses Uncanny Avengers), Kwannon/Psylocke, et des mutants improbables comme Greycrow (ex-Marauder, Nanny et Orphan-Maker, Wild Child et Empath. Cette équipe est celle de Mr. Sinstre, qui a convaincu le conseil de Krakoa de réunir ses membres, tous des vilains irrécupérables (en dehors de Havok et Psylocke) pour leur donner une chance de se racheter dans la communauté krakoane. Comment ? En leur confiant des missions-suicide. Les Hellions, ce sont donc la Suicide Squad mutante.

Autant dire que les intégrer au crossover ne m'inspirait pas confiance. J'avais tort car l'épisode est une franche réussite, très drôle et plutôt malin même dans l'exploitation de cette équipe. Depuis House of X-Powers of X, Nathaniel Essex (Mr. Sinistre) est dépeint comme un parfait crétin, même si c'est aussi un généticien génial. Admis au sein du conseil de Krakoa, il embarrasse fréquemment les autres par son caractère... Disons exubérant. Et en voulant composer une équipe avec des renégats incapables de s'intégrer au grand projet krakoan, ça ne s'est pas arrangé.

Mais dans le cadre de cette saga, cette bande de wildcards a bel et bien un rôle à jouer. Sinistre imagine un plan loufoque : envoyer les Hellions dans l'Outremonde pour qu'ils volent les épées des champions d'Arakko. Démunis, ils seront alors obligés de déclarer forfait pour le tournoi à venir. C'est totalement fou, et avec ces personnages, presque voués à l'échec, mais c'est une idée qui convainc malgré tout une majorité au sein du conseil. Exodus, qui déteste Sinistre, fait également en sorte que Sinistre mène cette expédition.

Zeb Wells, il y a quelques années, était un scénariste sur lequel Marvel misait, mais qui n'a jamais convaincu les lecteurs. Ce "loser" s'occupe donc aujourd'hui d'une bande de losers et il le fait bien. Il enchaine les scènes dynamiques avec un humour sarcastique, sans hésiter à charger la mule (tous les Hellions se détestent, sont des abrutis finis, et leur périple est tout à fait pathétique). C'est un vrai festival, très drôle (Mr. Sinistre cherche à envoyer un clone à sa place et le défi au chifoumi, Sinstre parlemente avec ce cinglé de Jamie Braddock placé sur le trône d'Avalon par Apocalypse, Empath manipule les gardes de Saturnyne et asservit Greycrow). Réjouissant.

D'autant plus que, seconde surprise, Carmen Carnero dessine. Je n'ai pas été tendre avec cette artiste quand elle officiait sur Captain Marvel mais ici, soutenue par le coloriste David Curiel, elle livre des planches remarquables, avec des personnages expressifs, des compositions parfaites, un découpage nerveux et inventif, dans des décors détaillés. Une transformation. Ou bien la rencontre avec des personnages, une série qui lui conviennent vraiment. 

On change de ton avec le treizième épisode de New Mutants, série qui a complètement dévissé après que Jonathan Hickman l'a abandonnée. Ed Brisson s'est avéré incapable de tenir le titre et d'en animer les héros de manière efficace, comme mal à l'aise avec ce qu'avait posé Hickman (la série en effet s'intéresse de manière générale aux nouveaux mutants, pas seulement à l'équipe du même nom). Résultat logique : il a décidé de quitter le titre une fois X of Swords achevé et sera remplacé par Vita Ayala (qui écrit déjà X-Factor).

Brisson a l'opportunité de réduire la voilure dans cet épisode qui se concentre sur Cypher, désigné à la surprise générale comme un des champions de Krakoa, et dont l'épée n'est autre que Warlock, le technarque. Récemment, la présence de ce dernier a été dévoilée après que Doug Ramsey se soit efforcé de cacher son ami, certains fans spéculaient sur une possible infection techno-organique de Krakoa par Warlock (on verra si cette théorie est crédible).

C'est une excellente idée de faire, en tout cas, de Cypher un des champions car jusqu'à présent le casting était plutôt prévisible (avec Wolverine, Magik, Tornade, Cable, en attendant les autres). Et donc l'épisode prend la forme, condensée, d'un récit initiatique, où Magik devient le coach de Doug Ramsey et Exodus un conspirateur. C'est l'autre bonne idée : Bennet de Paris n'était pas très développé  en dehors de son rôle de membre du conseil de Krakoa, on l'avait vu chanter les louanges de Magneto durant l'invasion Cotati, et c'était à peu près tout (en dehors de ses dialogues excédés avec Mr. Sinistre). Là, on le voit clairement miser sur la défaite (donc la mor) de Cypher pour le remplacer en tant que relais de Krakoa.

La relation entre Magik et Cypher est superbement écrite, Illyana Rasputin ne retient pas ses coups, ne ménage pas son ami et lui avoue même in fine ne pas croire qu'il a une chance dans le tournoi. Krakoa aussi est préoccupée par le sort de son ami, tout comme Warlock. Et pourtant, lorsqu'il a l'opportunité de se cacher, de se défiler, Doug Ramsey refuse, par orgueil, par sens du devoir aussi. Je doute qu'il soit sacrifié lors du tournoi (c'est un des chouchous de Hickman), mais sait-on jamais ? S'il devait mourir, cela provoquerait un vrai choc dans la communauté.

Rod Reis  a quitté New Mutants après l'arc initial écrit apr Hickman (qu'il a retrouvé pour Giant-Size X-Men : Fantomex). C'est donc un réel plaisir pour ses fans, dont je suis, de le retrouver - et de savoir qu'il reviendra comme artiste régulier sur la série après le crossover. Il anime parfaitement ces personnages, à qui il donne une vraie jeunesse mais aussi du caractère, grâce à son style très tranché, riche en effets numériques mais bien dosés, et son découpage inventif. Un régal.

Enfin, dans Cable #5, on renoue avec ce qui avait été engagé lors de X of Swords : Creation quand Cyclope, Jean Grey et leur fils suivaient une piste les menant à la Pointe, la station orbitale du S.W.O.R.D., grâce à un indice placé dans l'esprit du Hurleur par Saturnyne.

Je dois bien avouer que, dans le lot, c'est l'épisode qui m'a le plus dérouté et déçu. Je n'ai simplement pas saisi où Gerry Duggan voulait en venir et quel était le sens de cette aventure. On découvre que l'équipage de la Pointe a été décimé par des aliens via un portail en forme de monolithe noir (une référence à 2001 : l'odyssée de l'espace ?). Avoir réactivé la station  grâce à l'épée de Cable, était donc une mauvaise idée. On débranche donc tout et les aliens ne peuvent plus accéder à la station.

Bon, d'accord, mais après ? Après, en fait, il semble que ce soit surtout les deux dernières pages qui soient les plus intéressantes. Puisque les télépathes de Krakoa ne peuvent établir de liaison avec l'Outremonde (car Saturnyne les en empêche), Cyclope et Jean Grey décident de corriger cela. Quel rapport avec l'expédition dans la Pointe du S.W.O.R.D., mystère. Mais en revanche, cest vrai que cette affaire de communication avec l'Outremonde est plus captivante car on devine quel avantage elle donne aux mutants de Krakoa dans les événements à venir (ils pourraient espionner les Arakki et même aider les champions lors du tournoi). Dommage que ce soit aussi peu clair.

Concernant les héros de cet épisode, je sais que beaucoup de fans n'aiment pas "Kid" Cable - d'ailleurs, on peut s'étonner que ce jeune Cable n'ait jamais été montrer en compagnie de Hope, car le "vieux" cable l'a quand même élevée et donc elle ne devrait pas être enchantée que son père "adoptif" ait été remplacé par ce morveux. C'est vrai que ce "Kid" Cable n'est pas très charismatique, très agaçant. Pourtant Marvel compte sur lui (au point d'avoir spoilé sur son sort post-X of Swords), donc il faut faire avec. Par contre, suivre Cyclope, Jean Grey et leur fiston offrent de bons moments, leur trio fonctionne bien, donne de la consistence à chacun.

Et puis Phil Noto dessine. J'ai toujours bien aimé cet artiste, qui est capable de s'adapter à n'importe quelle série, qui n'est jamais en retard quel que soit le rythme de parution et alors qu'il assume dessin et couleurs. Il rend une copie sans éclat mais efficace, c'est propre, bien tourné, rythmé. C'est déjà ça pour une série et un héros auquel on ne s'attache guère.

Voilà ce qu'on peut dire des trois chapitres de la semaine. Un bon cru, la saga se déploie avec habileté, s'offre des extensions intéressantes, bénéficie de dessins très convaincants. A suivre dans sept jours avec les treizièmes épisodes de Excalibur et X-Men.