Affichage des articles dont le libellé est Leonardo Romero. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Leonardo Romero. Afficher tous les articles

vendredi 16 février 2024

BIRDS OF PREY #6 (Kelly Thompson / Leonardo Romero)


Sin réussira-t-elle à échapper à l'emprise de Megaera ? Et pourquoi Black Canary n'a-t-elle pas voulu que Barbara Gordon l'accompagne pour cette première mission des Birds of Prey ?


Comme d'habitude, ce résumé du dernier épisode d'un arc se veut le plus succinct possible afin de ne pas spoiler la résolution de l'intrigue. Cela vaut aussi pour le choix des pages qui servent à illustrer la critique. Non pas que je veuille en dévoiler trop non plus auparavant mais il me semble nécessaire de retenir le plus d'informations quand il s'agit de conclure.


Prenons alors le problème autrement et demandons-nous si ce premier arc de Birds of Prey a convaincu. Il me paraît qu'au niveau des ventes DC est satisfait : pas d'annulation en vue et c'est heureux. Le projet relancé par Kelly Thompson correspond parfaitement aux ambitions affichées par l'éditeur pour Dawn of DC avec une prime à l'aventure mais aussi à une forme de fiction moins sombre, ce qu'a été Birds of Prey.


Dans le paysage des comics actuels, on s'étonnera toujours du peu de titres portés par des personnage féminins : chez Marvel on a Captain Marvel, voire She-Hulk et Spider-Gwen, c'est même désolant (on pourrait presque ajouter X-Men : Red récemment où Tornade tenait le premier rôle). DC a Wonder Woman, Poison Ivy, Harley Quinn et donc Birds of Prey : à peine plus, mais en termes de notoriété et de durée, il n'y a pas photo avec la concurrence.


Kelly Thompson a eu les coudées franches pour son arrivée chez DC et sur le titre : on sent que rien ne lui a été imposée, pas même Harley Quinn (ou alors elle s'est montrée assez fûtée pour l'intégrer sans que cela ait l'air forcé). Toutefois, il sera intéressant de surveiller comment la série va évoluer à partir de l'arc suivant où justement on lui retire Harley et elle choisit de modifier la composition de l'équipe.

Dans les grandes lignes, l'intrigue de ce premier arc a surtout permis de voir que Thompson maîtrisait son affaire. Il faut dire qu'elle a longtemps rongé son frein chez Marvel qui lui refusait, je ne sais pourquoi, un team-book et donc elle s'évertuait à faire de ses titres des titres d'équipe en loucedé. On retrouve aussi des motifs familiers à son oeuvre comme la présence d'une créature monstrueuse, aux dimensions spectaculaires, à la nature antagoniste (ici Megaera) face à des héros qui ne paraissent pas armés suffisamment pour une telle opposition. Et bien entendu des dialogues bien sentis, des personnages aux relations tendues, une pointe d'humour absurde.

Mais, enfin, c'est tout de même épatant de voir comment elle s'est adaptée à la situation, à l'univers DC, quand d'autres qui passent de Marvel à la concurrence le font de manière plus laborieuse. Thompson est déjà chez elle, adoubée par Gail Simone (qui fit de Birds of Prey ce titre culte). La lecture a été agréable, rythmée, pleine de promesses pour l'avenir.

Evidemment, il y a eu "l'affaire" de l'épisode 5 dessiné par Arist Deyn : encore une fois, cet artiste ne mérite pas le tombereau de reproches qu'il a essuyé, son travail était plus que bien, son utilisation maline. Et de toute façon, Leonardo Romero ne pourra pas enchaîner des arcs : les team-books sont exigeants pour un dessinateur, a fortiori pour un comme lui qui livre des pages aussi soignées. Ce qui passait sur Hawkeye n'est pas possible sur Birds of Prey : il existe déjà très peu de dessinateurs capables d'assumer un mensuel avec un héros solo, alors ceux qui produisent des séries d'équipe à un rythme soutenu...

Refuser d'admettre ça, c'est en vérité méconnaître profondément la nature des comics et les exigences qui pèsent sur les artistes. Je ne dis pas que ça me ravit, j'aimerai aussi que Romero soit tout le temps là, mais ce n'est pas (plus) possible. J'ignore si les artistes actuels sont trop lents, mais je sais que les editors, les fans leur demandent beaucoup et aujourd'hui même Kirby serait lu avec perplexité avec ses pages en quatre cases, ses têtes carrées et exagérément expressives, sa mise en scène déchaînée. Romita Jr. a beaucoup baissé, Bagley n'est plus de la première jeunesse, Immonen semble avoir pris du champ et on ignore ce que sera le prochain emploi de Samnee, pour ne citer que quelques rares à aligner les épisodes sans avoir l'air d'être essoufflé.

On ne va pas pleurer : Javier Pina va remplacer Romero sur le prochain arc et c'est un excellent artiste, sous-exploité chez Marvel. Si Birds of Prey alterne des arcs par Romero et Pina, ce sera une série avec une fière allure. Et on peut désormais compter sur Kelly Thompson pour écrire une série comme elle en a longtemps rêvée et pour laquelle elle vient d'assurer. Dommage que Urban Comics décide de la traduire en album où elle sera associée au Green Arrow de Williamson et Izaakse (avec laquelle, en dehors du couple Ollie Queen-Dinah Lance, rien ne la lie)...

vendredi 8 décembre 2023

BIRDS OF PREY #4, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


La couverture de ce quatrième épisode de Birds of Prey ne ment pas : ça va chauffer et cogner dur entre les héroïnes ! Kelly Thompson et Leonardo Romero livrent un numéro explosif où l'action domine dans des pages superbes et intenses jusqu'à un cliffhanger palpitant. Cette série est jubilatoire.


Wonder Woman arrive sur Themyscera pour stopper les Birds of Prey. Tour à tour, Zealot, Big Barda et Batgirl tentent de couvrir le fuite de Black Canary, Sin et Harley Quinn. Mais l'affrontement terminé, la vérité sur la détention de Sin aboutit à une révélation menaçante pour l'île des amazones elle-même...


Des séries sorties cette semaine, on peut distinguer deux catégories : celles qui, comme Shazam ! ou Daredevil, ont échoué à tenir leurs promesses, et celles, comme Birds of Prey et X-Men (dont je parlerai plus tard), qui confirment la solidité de leurs équipes artistiques et la qualité de leur production.
 

Ce qui saute aux yeux avec Birds of Prey, c'est combien Kelly Thompson écrit - enfin ! - ce qu'elle n'a jamais eu l'opportunité de faire chez Marvel. Alors que si peu de scénaristes savent bien animer un groupe de super-héros, elle a ça dans le sang !


Adoubée par Gail Simone, qui a longtemps rédigé les aventures des BoP, Thompson est en pleine confiance, mais elle n'est pas arrivée chez DC seulement armée du soutien de sa consoeur. Elle est venue avec ses idées, son style, et il est frappant de voir à quel point ils collent à la série.

J'ignore si le titre sous sa conduite est un gros succès, je ne m'intéresse guère aux chiffres de vente (seulement au moment où une série est annulée), mais je pense vraiment que Birds of Prey a tout pour plaire. C'est efficace, rythmé, inventif, un divertissement quatre étoiles. Et j'espère que, le moment venu, quand il y aura assez de matériel pour ça, Urban traduira ces épisodes pour la France, qui n'a eu que trop rarement accès aux aventures des Oiseaux de Proie.

Dans ce quatrième épisode, comme on peut le deviner dès la couverture, il y a beaucoup d'action. Ce n'est pas nouveau : depuis sa relance, la série ne ménage ni ses héroïnes ni ne frustre ses lecteurs. Mais là, on franchit clairement un palier puisque les héroïnes vont affronter Wonder Woman dont elles ont "envahi" l'île natale.

Plutôt que de se concentrer sur une seule opposition évidente, mise en avant sur la couverture, Kelly Thompson éprouve l'amazone avec plusieurs de ses personnages. On appréciera une fois encore la manière dont Leonardo Romero créé pour chacune des chorégraphies distinctes, soulignant leurs différences dans une telle situation.

Bien entendu, le face-à-face entre Big Barda et Wonder Woman est le plus spectaculaire : la force colossale de l'ancienne Furie d'Apokolips et de l'amazone aboutit à une bagarre épique, âpre, disputée. Diana prend cher mais rend coup pour coup et le résultat est crédible.

Plus inattendue, l'intervention de Batgirl s'avère un vrai challenge pour Batgirl. En revanche, Zealot n'a pas vraiment l'occasion de briller face à Diana, mais il faut alors se souvenir qu'elle a fait voeu de ne tuer personne sur Themyscera avant, sinon, à n'en pas douter, la membre des WildC.A.T.S. aurait fait couler le sang.

Je reviens sur le dessin de Romero pour sa clarté. Il ne s'agit pas seulement d'une évidence car ce n'est pas donné à tout le monde de produire des scènes de combat aussi dynamiques et originales dans perdre de vue leur lisibilité. On peut, en s'adonnant à cet exercice, se laisser griser mais Romero ne tombe pas dans ce piège et c'est d'autant plus méritoire qu'en prime les belligérantes portent toutes des tenues très bariolées, très graphiques, et qu'il ne sacrifie aucun des détails de ces tenues.

Le cadre de ces bastons n'est pas non plus négligé : la forêt de Themyscera est valorisée et mise à contribution dans des moments clés, qu'il s'agisse de montrer l'impact des coups portés et reçus, ou de s'en servir pour les acrobaties accomplies notamment par Batgirl.

Dans le dernier quart de l'épisode, le rythme se calme un peu pour exposer la menace réelle qui pèse sur l'île des amazones et qui explique pourquoi Sin a été enlevée et retenue ici. Une entité géante, Megaera, pervertie qui plus est par l'arme de Big Barda, a besoin d'un hôte et c'est aux BoP de maintenant s'en occuper, ce qui ne s'annonce pas gagné après la défaite de Wonder Woman face à cette créature.

J'en dis peut-être trop, mais en vérité, l'essentiel est à venir dans le prochain épisode qui s'annonce peut-être encore plus dantesque que celui-ci. Les connaisseurs de l'oeuvre de Kelly Thompson auront remarqué son goût intact pour les monstres hors normes et les rebondissements dépassant les compétences de ses personnages. Mais cela garantit des frissons pour la suite de cet arc.

samedi 11 novembre 2023

BIRDS OF PREY #3, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


C'est ce qui s'appelle un script réglé comme du papier à musique : Kelly Thompson a écrit un premier arc pour Birds of Prey donc chaque épisode marque une étape, à la manière d'un roman noir sur un braquage. Sauf qu'ici, c'est une jeune fille qui sert en quelque sorte de butin. Leonardo Romero prouve une fois encore son brio en collant au plus près de ce modèle, diversifiant à chaque fois son approche graphique.


Les Birds of Prey ont atteint Themyscera en suivant le plan loufoque de Harley Quinn et sans être détectées. Elles se séparent alors pour couvrir le plus de terrain possible afin de trouver Sin au plus vite. Pendant ce temps, Green Arrow doit leur gagner du temps en tentant de piéger Wonder Woman...
 

Si je ne suis plus actif sur les forums (après y avoir passé beaucoup - beaucoup trop ! - de temps), parfois il m'arrive de revenir sur le "lieu du crime", mais sans intervenir, pour notamment lire ce que mes semblables disent des nouveautés comics. Je le fais aussi avec quelques Youtubers qui consacrent des vidéos aux comics.


Mais il faut bien reconnaître qu'on trouve plus de reviews de monthly comics sur les forums que sur Youtube. Et sans y chercher des gens forcément d'accord avec moi, j'estime intéressant de prendre, en somme, la température. C'est l'occasion d'observer comment de nouveaux titres sont reçus.


Et, c'est là où je veux en venir avec ce préambule, ce qui me frappe, c'est une forme d'impatience croissante chez les fans. Beaucoup de forumeurs se plaignent à bon compte du rythme des intrigues et aussi des écarts entre les ambitions affichées par les communicants des éditeurs et la réalité des comics publiés.

C'est comme si aujourd'hui plus personne n'avait le temps, et encore moins l'indulgence de savourer les comics. Il y a une sorte d'impératif dressé par certains lecteurs entre ce qu'on leur promet et ce qu'ils ressentent, ce qu'ils lisent et ce qu'ils réclament. Il faut que ça aille vite et que ce soit aussi spectaculaire que possible.

Cette impatience et cette intransigeance interrogent : est-ce de l'exigence ou de l'intolérance. Autrement dit : les fans de comics sont-ils vraiment des fans de comics ? Ou des râleurs jamais satisfaits ? 

Prenez Birds of Prey : nous en sommes au troisième mois de publication et je pense, en toute honnêteté, que c'est un des meilleurs, des plus agréables titres disponibles. C'est formidablement bien écrit, superbement dessiné, il y a une complicité éclatante entre l'auteur et l'artiste, c'est le revival d'une série parfaitement abouti. Et pourtant on en trouve pour ne pas être content. Que leur faut-il de plus ?

C'est un peu pareil pour G.O.D.S. dont je vous parlai hier et à qui les mêmes fans reprochent de ne pas être révolutionnaire comme ils s'y attendaient. Pour ma part, quand j'entame la lecture d'une nouvelle série, je n'en attends rien : c'est presque une politesse que je rends aux éditeurs et créateurs. Je veux arriver sans a priori et être surpris, en bien ou en mal. Je ne veux pas lire une série en me disant que la précédente version était déjà bien ou mal et que donc les auteurs ont la pression de faire mieux ou aussi bien. Et surtout je fais attention à ne jamais prendre pour argent comptant la publicité autour de ladite série.

Birds of Prey pourrait servir d'exemple car justement son intrigue est conçue comme une aventure en terrain non conquis, voire franchement hostile (les héroïnes doivent récupérer une des leurs sur une île où elles ne sont pas bienvenues). Toutes ces femmes, unies, doivent séduire le lecteur et affronter des périls multiples en étant prêtes à se sacrifier pour l'objectif à atteindre. Qu'importe leur réputation, leur efficacité, leur puissance collective ou singulière, comme un comic-book, elles doivent franchir les obstacles et conquérir leur double but (sauver leur amie et charmer le fan).

Kelly Thompson avance à pas comptés mais sa prudence ne doit pas être prise pour de la frilosité. Elle est surtout vigilante et minutieuse, comme ses personnages, car, comme eux, elle sait qu'elle ne doit pas se planter. Un échec et c'est la fin. On a donc eu droit à un premier épisode avec la formation des Birds of Prey, un deuxième avec la préparation de leur expédition, et ce troisième avec l'action en conditions réelles. D'aucuns trouveront ça trop plan-plan, voire lent. Moi, je trouve que c'est gradué, nuancé et jamais ennuyeux.

Chaque numéro a son lot d'action et soigne a caractérisation et le contexte tout en conservant une part de mystère, essentielle pour justement ne pas tout déballer tout de suite au lecteur pressé (qui râlerait pareil si tout lui avait été dit plus vite comme il le souhaite). Tout cela est magnifiquement servi par les illustrations de Leonardo Romero.

C'est un dessinateur appliqué mais pas ronronnant. Il adapte son découpage à chaque étape du récit. Dans le premier épisode, il a mis en valeur les qualités esthétiques de chaque héroïne tout en soulignant ce qui les rendait unique et donc ce qui faisait de leur union une curiosité. Puis, dans le deuxième épisode, il a montré comment elles pouvaient fonctionner ensemble dans l'urgence. Ce mois-ci, il les représente en binômes et fait en sorte de souligner à quel point leur façon de se battre sont distinctes.

L'effort placé dans tout cela peut presque passer inaperçu car Romero enveloppe son dessin dans une mise en scène étudiée, avec un découpage fluide, des compositions soignées et détaillées, des plans aux valeurs variées. Pourtant, quand on voit par exemple Big Barda et Batgirl affronter des amazones, il valorise ce qui les en fait des partenaires complémentaires, au même titre que Meridian et Zealot, ou Black Canary et Harley Quinn. Imaginez ce que cela requiert de recherches pour faire en sorte que le lecteur n'ait pas l'impression de voir à chaque fois deux femmes se battre identiquement...

Et puis il y a la scène finale où Green Arrow doit retarder Wonder Woman. Quand on lit cet épisode après Wonder Woman #2 de Tom King et Daniel Sampere où l'amazone affronte un régiment entier de l'armée américaine, on sait déjà que l'archer n'a pas une chance mais il la joue quand même crânement et cela aboutit à un cliffhanger intense. Je défie quiconque de ne pas avoir furieusement envie de lire la suite dans un mois au terme de cette ultime planche (qui renvoie d'ailleurs directement à la couverture).   
Morale(s) de l'histoire : ne vous trompez pas d'impatience ni d'exigence en lisant. Savourez l'épisode pour ce qu'il offre, et aimez-le ou pas en fonction de ça, pas parce qu'il ne répond pas à toutes vos questions ou toutes vos attentes. Et n'attendez pas trop des comics, n'écoutez pas le pub que les éditeurs font (et en la faisant, ils veulent toujours survendre leurs produits, ce qui n'est pas une bon service). Là aussi, accueillez l'histoire, appréciez-la pour ce qu'elle est (et pas pour ce à quoi on la compare).

Si, après ça, vous n'aimez pas davantage Birds of Prey (comme G.O.D.S.), ce n'est pas grave, mais je pense que vous passerez à côté de deux excellentes séries.

vendredi 6 octobre 2023

BIRDS OF PREY #2, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Ce deuxième n° de Birds of Prey peut donner l'impression d'un surplace et c'est vrai que Kelly Thompson avance (un peu) lentement. Pourtant le plaisir pris par la scénariste et le dessinateur, Leonardo Romero, est palpable et communicatif. C'est un excellent team-book avec des héroïnes attachantes et complémentaires comme on a envie d'en lire.


Après avoir dévoilé qu'elles devraient intervenir sur Themyscera, Black Canary doit convaincre Zealot qu'elles n'y vont pas pour affronter les amazones. L'équipe se sépare pour se fournir en matériel : Harley Quinn a promis un moyen de transport discret et Black Canary s'adresse à John Constantine...
 
Comme je l'indiquai en préambule, ce deuxième épisode de Birds of Prey ne fait pas tellement avancer le schmilblick. Kelly Thompson n'a pourtant pas l'habitude de traîner en route sauf que cette fois, pour la première fois de sa carrière, elle doit composer avec une vraie équipe et pas une héroïne entourée d'amies opportunément là pour elle.


De faut le rythme de son écriture s'en trouve sensiblement modifié car elle doit donner à chacune de ses Birds of Prey de l'espace pour exister. Comme son casting est solide et inattendu, il n'y a pas de souci de caractérisation : les cinq héroïnes ont toutes de la personnalité. Il faut juste qu'elle ait l'occasion de le démontrer.

Ainsi l'épisode s'ouvre par un flashback entre Black Canary et Sin, une manière simple de prouver au lecteur quel lien particulier unit les deux. Kelly Thompson le fait sobrement, sans chercher à nous tirer des larmes, dans une ambiance joliment mélancolique, devant un feu de bois dans une forêt.

Puis l'action revient au présent et reprend les choses là où on les avait laissées le mois dernier. Soucieuse quand elle apprend que l'équipe va devoir intervenir sur Themyscera, Zealot pense à se retirer car elle doute que l'opération se déroule sans verser du sang et elle refuse de tuer une amazone. Black Canary la convainc, de justesse, de rester.

Après Zealot, c'est au tour de Harley Quinn d'avoir son moment quand elle persuade l'effectif qu'elle leur procurera un moyen de transport sûr et discret. Il faudra attendre les dernières pages pour le vérifier et on renoue à l'occasion avec le goût de Thompson pour une certaine excentricité, une note d'absurde qui tranche avec la gravité du propos. Mais cela confirme que la scénariste sait comment animer cet électron libre qu'est Harley.

Thompson souligne encore davantage ce qu'elle avait entamé dans le premier numéro avec le tandem Batgirl-Big Barda, qui ne se quittent plus. Le contraste physique défini par le dessin de Leonardo Romero entre ces deux justicières vient appuyer la note humoristique car l'artiste a fait de Barda une géante très baraquée alors que Cassandra Cain est petite et fluette.

Le vrai morceau de bravoure, narratif et graphique, arrive quand Black Canary suit John Constantine pour une transaction qui, évidemment, tourne mal. Les autres Birds of Prey surgissent et une bagarre spectaculaire éclate avec des golems.

On ne peut qu'être ébloui par la prouesse de Romero pour mettre en scène cette baston. Jeux sur les cadres, les angles de vue, les valeurs de plan, jusqu'à une somptueuse double page merveilleusement composée où chacune des héroïnes montre une façon distincte de se battre : voilà une vraie leçon de découpage. Le plan est bluffant, avec un décor très fourni, des mouvements fluides, des interactions synchronisées (aucune ne se marche sur les pieds) et une utilisation de onomatopées géniale.

Rien que pour ça, on a envie de dire que cet épisode mérite le détour. Il y a une vraie magie qui opère quand Thompson et Romero collaborent tout comme quand ces cinq héroïnes s'entraident. Et c'est sans doute ce qui fait de cette série déjà une grande réussite : parce qu'entre ses auteurs et ses personnages, le lecteur perçoit une complicité commune et identique.

C'est aussi la preuve qu'un comic-book exclusivement féminin n'a pas besoin de brandir un étendard féministe pour justifier son identité. Ici, rien n'est asséné, tout est naturel. C'en est même surprenant parce que Thompson est partie avec l'idée d'une formation inédite pour ce titre : elle aurait pu avoir la pression, mais en vérité elle tient fermement les rênes, elle sait où elle va. Enfin, comme je l'avais déjà écrit le mois dernier, elle fait ce qu'elle rêvait de faire depuis longtemps et ce pour quoi elle est faite, ce pour quoi elle est la plus douée. Cette aisance innée pour l'exercice si périlleux du team book fait plaisir à lire.

Alors oui, ça pourrait aller plus vite, d'ailleurs Thompson par le passé a rarement eu besoin d'une mise en place aussi longue. Mais dès le mois prochain, il suffit de voir la couverture du prochain épisode pour ça, c'est évident que ça va bouger. Je n'ai aucun doute là-dessus et même si j'en avais, c'est déjà un régal de lire une aussi bonne entame pour être ravi et attendre ce qui vient avec confiance.

vendredi 8 septembre 2023

BIRDS OF PREY #1, de Kelly Thompson et lLeonardo Romero


Birds of Prey #1 marque le grand retour d'un titre emblématique de DC, longtemps écrit par Gail Simone (notamment dans un run datant de 2010). Aujourd'hui, c'est en quelque sorte avec sa bénédiction que Kelly Thompson, la scénariste qui lui ressemble le plus, ranime ce groupe en compagnie de Leonardo Romero, l'artiste qui illustra son run sur Hawkeye. Mais c'est surtout un rêve qu'exauce l'auteur et dont l'a privée Marvel.


Black Canary recrute une nouvelle formation de Birds of Prey : Big Barda, Zealot, Batgirl et Harley Quinn acceptent de l'aider à libérer sa "soeur' Sin de l'île de Themyscira, refuge des amazones. 


Avant de parler de cette relance de Birds of Prey (qui a, depuis Gail Simone, surtout connu des runs abrégées - le dernier sous l'ère Rebirth avec le titre Batgirl and the Birds of Prey), permettez que je fasse deux crochets.


D'abord, cette semaine, avant de lire ce premier épisode, je tombe sur Twitter sur des croquis de Mike Perkins pour un projet intitulé Liberators écrit par Marjorie Liu, proposée par cette dernière à Marvel en 2012 et qui devait réunir un casting 100% féminin (Black Widow, Mystique, Elektra, X-23 et Cecilia Reyes). Le projet fut rejeté car l'éditeur estimait que ça ne vendrait rien. Or, c'était déjà après le succès de Birds of Prey chez DC.


Ensuite, toujours chez Marvel, la scénariste Kelly Thompson, aux commandes de ce relaunch, s'est faite connaître en participant à l'écriture d'épisodes de A-Force, créée par G. Willow Wilson et Marguerite Bennett en 2015 au cours de l'event Secret Wars (de J. Hickman). Pratiquement toutes les séries qu'écrira ensuite Thompson pour Marvel ont été des tentatives pour elle de composer un titre féminin mais sans que Marvel ne lui confie un team-book avec juste des super-héroïnes.

Désormais freelance, Kelly Thompson peut se consacrer à des projets en creator-owned (The Cull, initié sur Substack, maintenant dispo chez Image) et travailler pour la "Distinguée Concurrence". Et celle-ci lui confie Birds of Prey. Autrement dit tout ce qu'elle a toujours voulu faire chez Marvel sans y avoir accès. Et en prime avec la bénédiction de Gail Simone, son idole.

Morale(s) de l'histoire : que Marvel cesse d'avoir peur de séries entièrement féminines et que leurs editors accordent à leurs scénaristes le droit de s'y essayer... Sous peine de les voir partir en face.

Fin des crochets. Si les Oiseaux de Proie ont souvent été formés par Oracle (Barbara Gordon) et Black Canary, avec Huntress en troisième position, la série a accueilli plusieurs héroïnes au fil des histoires, comme Big Barda (qu'on retrouve ici), Lady Blackhawk, Dove, Manhunter, the Question, etc. Pourtant, sans encore dévoiler pourquoi, Thompson écarte d'emblée deux des membres les plus populaires et récurrentes  : pas de Oracle ni de Huntress.

Tout l'épisode est donc consacré à la composition du groupe et Thompson a voulu surprendre, quitte à déplaire ou dérouter. Elle réintègre Big Barda certes, mais incorpore surtout Batgirl (Cassandra Cain, ancienne Orphan, formée par la Ligue des Assassins), Zealot (transfuge des WildC.A.T.S.) et Harley Quinn. C'est probablement l'arrivée de cette dernière qui a le plus ému les lecteurs, certains estimant qu'elle n'avait pas sa place ici (pourquoi ?) et d'autres supposant que c'était un élément purement marketing (Et alors ? Si ça aide effectivement à faire vendre la série...).

Dans tous les cas, Thompson, qui a toujours été une excellente dialoguiste à défaut de livrer des intrigues parfaites, justifie la présence de chacune : Barda incarne la puissance, Zealot l'expérience, Batgirl la loyauté. Et Harley est la "wildcard", l'élément qui créé justement la surprise.Un beau pied-de-nez. Evidemment, c'est un chapitre introductif : on n'entre pas dans le feu de l'action, on sait juste qu'il s'agit de sauver Sin sur l'île de Themyscira mais on ignore comment elle y a échouée, ce qu'on lui reproche et pourquoi est-ce Meridian (Mia Mizoguchi, ancienne élève de la Gotham Academy de Batman, communiquant depuis le futur) qui a alerté Black Canary.

Sin était un personnage dont j'ignorai tout, peut-être comme vous, et donc je me suis informé et j'ai appris que, pendant un temps, Black Canary et Lady Shiva avaient échangé leurs vies, la première pour parfaire son entraînement, confiant donc sa place au sein des Birds of Prey à la seconde (sans que ses camarades le sachent). C'est ainsi qu'elle fit la connaissance d'une jeune fille maltraitée, Sin, qu'elle prit sous son aile jusqu'à la considérer comme sa soeur. On comprend mieux le mobile sentimental de la série actuelle.

Je crois, sans trop me mouiller, que cette nouvelle version de BoP a des chances de séduire le public parce que c'est rondement mené et aussi parce que c'est superbement mis en images. Pour l'occasion Thompson renoue avec l'excellent Leonardo Romero qui était son partenaire sur son meilleur run chez Marvel, Hawkeye (starring Kate Bishop), et la coloriste de ce titre, Jordie Bellaire.

Trop rare alors qu'exceptionnellement doué, Romero retrouve un titre sur lequel il pourra briller et il s'y emploie sans tarder. Il donne à chacune des héroïnes une présence étonnante en peu de pages, les distinguant bien par leurs looks mais aussi par leur façon de bouger, leur gabarit (particulièrement avec le binôme Batgirl-Barda, cette dernière étant vraiment représentée comme une force de la nature, très grande et baraquée). Quand Harley arrive, il réussit parfaitement à visualiser sa folie sans que les autres ne soient écrasées par cette créature exubérante. Zealot a une classe fabuleuse. Et Black Canary a cette autorité naturelle sans forcer sur sa séduction (d'ailleurs Romero a conservé le design du costume de Dinah Lance qu'avait retouché subtilement David Marquez dans Justice League).

Les décors sont fournis, au-delà de la moyenne, et les effets de composition sont maîtrisés à la perfection, notamment la signature de Thompson, l'effet De Luca qui consiste à décomposer à l'intérieur d'un même plan les mouvements d'une action (voir image 1) - qu'on a déjà vu dans ses épisodes de Black Widow (avec Elena Casagrande au dessin), Captain Marvel (avec Carmen Crnero), etc.

Les couleurs de Bellaire évoquent celles de vieux comics, un peu passées, délavées, un parti-pris audacieux, mais qui colle à l'ambiance, évoquant une sorte de mélancolie, voire de crépuscule. C'est que, en ambitionnant d'aller délivrer une captive des amazones, on sait déjà que les Birds of Prey vont immanquablement croiser la route (et le fer) avec Wonder Woman (voire plus). Entre elle et Black Canary, qui ont été co-équipières souvent au sein de la Justice League, cela risque d'aboutir à un duel déchirant.

En bref, même si sur le fond, c'est classique, la série promet beaucoup. Pour Kelly Thompson, cela ressemble à un dream project, longtemps différé. Pour Leonardo Romero, c'est l'occasion d'imposer son immense talent. Pour DC de refaire briller une série culte. Et pour Marvel d'avoir des regrets...

vendredi 17 juin 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #2, de Benjamin Percy et Vanesa R. del Rey, David Pepose et Leonardo Romero, Patrick Zircher


Le premier n° de Moon Knight : Black, White & Blood s'est avéré si décevant (hormis le segment par Marc Guggenheim et Jorge Fornes) que je me suis demandé si ça valait la peine de poursuivre. Mais vu les auteurs de ce second exemplaire, je me suis laissé avoir. Et cette fois, pas de doute : c'est d'un tout autre niveau, avec des histoires inspirées, fortes, graphiquement audacieuses.


- The Empty Tomb. (Ecrit par Benjamin Percy, dessiné par Vanesa R. del Rey.) - Epuisé par ses troubles de la personnalité, Moon Knight sollicite l'aide du Doctor Strange. Celui-ci l'envoie en Egypte avec un scarabée sacré comme boussole et le prévient que la cure peut le tueur comme le guérir...


- A Hard Day's Knight. (Ecrit par David Pepose, dessiné par Leonardo Romero.) - Marc Spector entre dans un bar où il s'attable en compagnie de Steven Grant, Jake Lockley et Khonshu. Blessé, il leur demande comment il a été atteint...


- Blood Red Glider. (Ecrit et dessiné par Patrick Zircher.) - La veuve d'un ami soldat de Marc Spector le somme de venger son mari, mort en mission à cause de lui. Moon Knight se met en chasse pour retrouver Henrik Kless, le mercenaire qui a abattu son ami...

Le risque avec des projets comme Moon Knight : Black, White & Blood, c'est évidemment que le concept soit réduit à un gadget, à un pur exercice de style sans véritable fond. C'est ce qui s'était passé avec le premier numéro où malgré des noms ronflants, le manque de consistance des propositions était affligeant - même si j'épargnerai le segment réalisé par Marc Guggenheim et Jorge Fornes.

Bien déçu par cette expérience, je me suis posé la question de perséverer. Puis, au regard des auteurs impliqués dans cette seconde livraison, je n'ai pas résisté. Et j'ai été récompensé car le niveau des offres est bien plus élevé, gratifiant le lecteur de trois brêves histoires sur Moon Knight aussi inspirées narrativement que graphiquement audacieuses.

On démarre donc avec la nouvelle écrite par Benjamin Percy, dont pourtant je me méfie après avoir perdu beaucoup trop de temps à essayer d'aimer son run de X-Force. Mais ici, le scénariste retrouve la verve qui l'avait fait remarquer sur Green Arrow lorsqu'il imagine que Marc Spector, à bout de nerfs, consulte le Doctor Strange pour qu'il l'aide à ne pas devenir "un sarcophage vivant" obligé de composer avec ses multiples personnalités et surtout au service ce Khonshu.

Les planches de Vanesa R. del Rey ne plairont pas à tout le monde, le style de l'artiste étant exigeant dirons-nous. Mais au moins il se marie à la perfection avec le propos, cette traversée du désert éprouvante au terme de laquelle Moon Knight va soit trouver la paix soit la mort. Des images fortes, avec un usage du rouge sang intense, pour un script puissant, au final bien perturbant. S'il serait injuste de déloger Jed MacKay de la série régulière Moon Knight actuellement, j'avoue que je serai curieux de lire ce que Percy pourrait faire avec le personnage sur un run.

Ce qui suit est aussi bon : cette fois, c'est au tour de David Pepose, un auteur sur lequel Marvel semble placer beaucoup d'espoir tout en le testant sur des projets improbables (comme la nouvelle mouture des Savage Avengers), de nous conter un récit plein de malice. On associe mal cette notion avec Moon Knight mais, contre toute attente, le résultat est brillant.

Cette tablée des Moon Knights qui retrace les blessures physiques encore à vif sur le corps de Marc Spector après plusieurs batailles dont il n'a pas le souvenir est vraiment habile. Et comme c'est l'excellent Leonardo Romero qui se charge de dessiner, on est gâté. Désormais habitué aux contraintes de l'exercice (après l'avoir testé avec succès sur Elektra), l'artiste produit des planches pleines de pep's et de classe, c'est un régal (mais maintenant, messieurs-dames de chez Marvel, ce serait bien de récompenser Romero en lui confiant une série régulière).

Enfin, j'attendais particulièrement ce qu'allait faire Patrick Zircher, qui a depuis de longues semaines teasé sa participation à ce numéro. Et pour cause, pour la première fois, il a obtenu de signer scénario ET dessin. Féru de littéraure et amoureux fou de son média, il a visiblement mis tout son coeur à l'ouvrage.

Et ses efforts sont payants car il livre une histoire bien emballé, dense, à l'image de son dessin, superbement détaillé, où la couleur rouge est subtilement exploitée. Il n'y a rien de révolutionnaire chez Zircher, le scénariste comme le dessinateur, mais ce classicisme laborieux et racé a une sacrée gueule. Pas de doute que si Marvel (ou un autre éditeur) lui accorde plus de place et de temps, il saurait faire quelque chose qui vaille le détour en qualité d'auteur complet. Ce récit de vengeance en témoigne.

Rendez-vous dans un mois pour une nouveau lot de short stories, avec notamment Ann Nocenti et David Lopez au générique.

jeudi 24 février 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #1, de Charles Soule et Mark Bagley, Leonardo Romero, Declan Shalvey et Simone d'Armini


Je me suis procuré les deux premiers numéros de cette anthologie alors que je ne prévoyais que d'acheter le deuxième (qui comporte une histoire par Greg Smallwood). Suivant le même principe que pour d'autres projets (impliquant Wolverine, Deadpool, et chez DC Superman ou Wonder Woman), il s'agit pour des auteurs de produire de courts récits illustrés en utilisant seulement trois couleurs. Cette fois, c'est Elektra qui a inspiré les scénaristes et dessinateurs.


- Red Dawn. (Ecrit par Charles Soule, dessiné par Mark Bagley.) - Dans cette histoire, Elektra est vaincue par un groupe de vampires et désormais contaminée, elle doit consentir à l'ultime sacrifice...


- Not The Devil. (Ecrit et dessiné par Leonardo Romero.) - Dans cette histoire, Elektra traque un membre de la pègre, Shigeru Ono, qui tente de fuir New York. Mais elle découvre qu'il emmène avec lui sa fille, qu'elle se refuse à exécuter...


- The Crimson Path. (Ecrit par Declan Shalvey, dessiné par Simone d'Armini.) - Elektra vient au secours d'une jeune fille poursuivie par des tueurs. Au terme de la bataille, elle comprend qu'elle a hérité du titre de la cible comme assassin ultime...

Or, donc, j'étais parti pour acquérir le n°2 de Elektra : Black, White & Blood pour lire l'histoire qu'a écrite et dessinée Greg Smallwood (et dont j'avais parlé dans ma rubrique Des Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches). Et je suis revenu avec le n°1 en plus parce que Leonardo Romero était au générique...

D'habitude, je suis pas client de ces anthologies trichromatiques, que ce soit chez DC ou Marvel. Je n'ai rien contre, et même au contraire, ça peut être intéressant de voir comment des auteurs se débrouillent avec un format court et des contraintes graphiques. Mais en revanche je suis beaucoup plus perplexe sur le fond de l'affaire qui consiste surtout à mettre en avant des personnages réputés pour leur violence (en tout cas chez Marvel) sous couvert d'exercices esthétiques (tandis que chez DC, pour Superman et Wonder Woman, le spectre des histoires est plus large, même si la forme est gadget).

Mais, donc, Greg Smallwood et Leonardo Romero, deux artistes dont je suis fan, et qui m'ont convaincu de débourser quelques Euros. Pour quel résultat ?

Dans ce premier numéro, on a droit à trois récits. L'héroïne est donc Elektra. Noir, blanc et sang sont des couleurs qui lui correspondent sans problème. La création de Frank Miller reste un personnage qui conserve un pouvoir de fascination intacte, comme si rien ne pouvait l'abîmer. Pourtant Marvel semble souvent ne pas savoir quoi faire d'elle : véritable méchante, ou créature plus équivoque, éternelle femme fatale dans le sillage de Daredevil, elle fut même un temps membre des Thunderbolts (durant le bref run de Daniel Way et Steve Dillon) ! Elle a subi des relookings souvent hasardeux puis on lui a rendu son look d'origine, indépassable. Et si en fait Elektra résistait à tout ?

Partant de là, quel risque court-on de l'animer dans une anthologie consacrée à ses "exploits" ? Au moins, cela présente l'avantage de l'écrire et de la dessienr hors de toute continuité et au gré de la fantaisie de chacun. Si elle tombe entre de mauvaises mains, ce sera vite oublié. Si elle est bien dirigée, ce sera un bon point de plus à son palmarès.

On a une bonne idée avec ce premier numéro de ce à quoi peuvent ressembler ces expérimentations. Prenez Charles Soule et Mark Bagley : le premier a scénarisé Daredevil mais, curieusement, sans s'être vraiment servi d'Elektra (sinon dans un très bref arc), et le deuxième n'a, à ma connaissance, ajmais dessiné la tueuse au cours de sa longue carrière. Leur récit est étrange, funèbre, et pourtant envoûtant. Bagley est étonnamment bon sur ce coup et Soule très sobre. Ce n'est pas renversant mais intéressant.

Leonardo Romero leur succède et se montre très inspiré. Il puise à la source de Frank Miller en évoquant la période où le personnage d'Elektra est apparu et où le lecteur ne la situait pas du tout. Elle assassine plusieurs membres de la pègre et traque un asiatique qui veut fuir New York à la suite de ces carnages. En s'apercevant qu'il emmène avec lui sa fille, Elektra ne se résoud pas à la tuer mais complètera quand même son contrat. C'est cruel, hyper dynamique, et visuellement magnifique. Romero mériterait vraiment une seconde chance, lui qui m'avait ravi sur le run de Kelly Thompson avec Hawkeye et qui, depuis, vivote d'éditeur en éditeur.

Enfin, Declan Shalvey raconte un dernier segment métaphorique sur le thème de l'assassin ultime. C'est violent, sanglant, et étrangement beau malgré tout. Dommage qu'il n'ait pas dessiné également (mais il est fort occupé par ailleurs). C'est donc à Simone d'Armini, un artiste italien encore méconnu, qu'échoît la partie visuelle. Le résultat ne manque pas de style mais souffre parfois d'un manque de lisibilité, ce qui ne pardonne pas quand on travaille avec seulement trois couleurs. Toutefois, belle idée de colorer la tenue d'abord virginale d'Elektra avec le sang de ses adversaires pour qu'elle soit écarlate telle qu'on la connaît.

L'ensemble se lit donc bien, même si, sans surprise pour ma part, Leonardo Romero domine les débats. Un constat qui se confirmera avec le deuxième numéro. Mais ça, je vous en parlerai demain...

jeudi 10 juin 2021

BLACK HAMMER : VISIONS #5, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Quelques mois après la fin de la mini-série Skulldigger + Skeleton Boy, revoici le justicier créé par Jeff Lemire et Tonci Zonjic. Black Hammer : Visions est une collection de one-shots où diverses équipes créatives ont la permission de s'amuser avec les jouets de Lemire. Cette fois, c'est Kelly Thompson et Leonardo Romero, le tandem gagnant de Hawkeye, qui s'y colle, avec succès.


Skulldigger file Bijou, une belle cambrioleuse. Alors qu'elle s'apprête à dérober un gros diamant dans un musée, un agent de la sécurité la surprend. Elle le neutralise facilement mais doit composer avec le justicier qui réclame qu'elle laisse le caillou. Toutefois, elle réussit à filer avec.


La voleuse et le vigilant se croisent à nouveau plusieurs fois les semaines suivantes, mais à chaque fois Bijou parvient à se faire la belle. Skulldigger dresse sur une carte les sites ciblés par la jeune femme et découvre qu'elle s'en prend aux possessions d'un certain Andres Vanger.


Bijou se présente à la boucherie où Skulldigger travaille dans le civil. Elle l'a trouvé grâce à une ruse et vient lui demander son aide pour attaquer Vanger lors du gala qu'il donne. Il refuse, même s'il sait qu'elle défend une bonne cause.


Inquiet pour elle, Skulldigger s'invite à la soirée et Bijou croit qu'il a changé d'avis. C'est alors que le terrible GimJim surgit et Bijou avoue à Skulldigger qu'elle l'a recruté. Mauvaise idée...

Lancée au début de l'année, Black Hammer : Visions est une initiative originale en même temps qu'une confirmation supplémentaire de la fertilité de l'univers créé par Jeff Lemire. Le scénariste, ses personnages et leurs aventures sont appréciés de tous dans le milieu et il a donc invité ses pairs à s'en emparer pour écrire et dessiner des one-shots.

Patton Oswalt et Dean Kotz, Geoff Johns et Scott Kolins, Chip Zdarsky et Johnnie Christmas, et Mariko Tamaki et Diego Olortegui ont précédé Kelly Thompson et Leonardo Romero dans cet exercice de style, avec des fortunes très diverses. Ce qui distingue ce cinquième épisode des autres, c'est que ses auteurs ont parfaitement réussi à capter l'essence du Black Hammer universe en profitant d'une parution récente.

En effet, la scénariste a choisi d'animer Skulldigger quelques mois seulement après la fin de la mini-série Skulldigger + Skeleton Boy, mais en situant son histoire dans le passé du justicier. Kelly Thompson s'adapte brillamment aux contraintes, sans doute parce que sa principale qualité d'auteur réside dans l'efficacité de ses postulats. On se dit, après ça, que si elle optait plus souvent pour des épisodes auto-contenus dans ses propres productions, elle ne sombrerait pas dans des intrigues aux développements et au dénouements si décevants.

Skulldigger était la version du Punisher et de Batman selon Lemire. Thompson invente un dérivé de Black Cat et leur rencontre aboutit à un jeu du chat et de la souris très accrocheur. On ressent très vite le trouble du justicier pour cette séduisante cambrioleuse, mais le récit ne se contente pas de jouer la carte romantique. En effet, Thompson l'enrichit d'un véritable enjeu dramatique en dévoilant le mobile des actions de Bijou, qui n'est pas une simple voleuse mais une sorte d'éco-terroriste qui s'en prend à un riche affairiste prospérant sur l'exploitation de zones vertes et de traffics douteux.

Les motivations troubles de Bijou ne peuvent que se heurter à la morale rigide incarnée par Skulldigger. Mais les codes stricts de Skulldigger sont également fragilisés par les méfaits bien intentionnés de Bijou. C'est donc sur cette lutte de principes et de sentiments que se fonde l'histoire et qui vient piquer notre intérêt. On a alors envie, par sentimentalisme, que Skulldigger pardonne et aide Bijou pour que rien n'arrive à celle-ci. Jusqu'à l'irruption du sinistre GrimJim.

La fin de l'épisode est tragique et poignante, mais Thompson a le bon goût de ne pas en rajouter. Cette subtilité est payante et correspond de manière idéale au traitement graphique. Celui-ci est le produit des efforts de Leonardo Romero, un artiste que connaît bien la scénariste, puisque c'est avec lui qu'elle réalisa son excellent run sur Hawkeye.

Romero est un excellent dessinateur qui a été mal traité par Marvel, un peu comme Greg Smallwood. Alors qu'il a prouvé sa régularité et la qualité de son travail, après Hawkeye, il n'a plus été utilisé par l'éditeur de "la Maison des Idées", ou alors comme bouche-trou (comme lorsqu'il a remplacé Chris Samnee, sur le départ, pour la fin de son run sur Captain America). Récemment, Romero est réapparu sur la suite de The Fabulous Killjoys, de Gerard Way, publié comme Black Hammer par Dark Horse Comics, et comme cover-artist sur la série Red Sonja/Vampirella chez Dynamite (poste qu'il a quitté suite au scandale ayant lié l'éditeur au Comicsgate).

A nouveau donc, par un étrange hasard, Romero se trouve à succéder à un artiste dont le style ressemble au sien, en l'occurrence Tonci Zonjic, co-créateur de Skulldigger. Cela permet au lecteur de renouer avec le personnage presque tel quel qu'il l'avait quitté, représenté d'une manière similaire, avec un trait élégant et épuré, valorisé par les couleurs simples et superbes de Jordie Bellaire.

Romero reprend le design de Zonjic (en modifiant juste un peu la forme des fentes au niveau des yeux sur le masque/casque de Skulldigger) et créé celui de Bijou. Il donne à celle-ci une silhouette élancée et un visage aux expressions asiatiques. La malice du personnage est irrésistible et rend, par contraste, son sort final bouleversant. Romero dessine dans un style réaliste et descriptif, mais avec une économie de détails au profit de jeux d'ombres et de lumières expressionnistes. C'est un pur produit de l'école Alex Toth, moins énergique que Samnee, mais très plaisant.

La complicité intacte entre Thompson et Romero fait plaisir à voir et donne envie de relire une série par eux. Surtout, ils ont sur s'approprier intelligemment, fidèlement et inventivement l'univers d'un autre, pour ce one-shot bondissant et émouvant. Une réussite, comme on en souhaite d'autres pour ce titre.

jeudi 21 juin 2018

CAPTAIN AMERICA #704, de Mark Waid et Leonardo Romero (FINALE)


On y est : c'est la fin du troisième run de Mark Waid sur Captain America, sans doute son dernier aussi puisqu'il avait accepté d'écrire ces épisodes à la demande de Chris Samnee. Le 4 Juillet prochain (la date n'est évidemment pas innocemment choisie) sortira le n°1 d'un nouveau volume avec une nouvelle équipe créative (Ta-Nehisi Coates et Leinil Yu). Pour ce #704, Leonardo Romero opère seul au dessin, sans invité de marque, mais avec un discours éminemment symbolique de la part de son scénariste...


Pendant que Crâne Rouge affronte l'armada Kree, Jack Rogers interroge, de façon musclée, le général Pursur, un des leurs. Il a découvert que le sérum du super-soldat ne pouvait être assimilée par les extraterrestres et les tuait même : il lui faut maintenant savoir où ses agents dormants gardent les réserves de la précieuse potion, capable de détruire l'envahisseur et surtout de sauver Steve Rogers Jr..


En sondant le cerveau de Pursur, Jack envoie l'armée américaine avec des armes chargées spécialement dans les bases Kree sur Terre. Puis il s'emploie à convaincre les autres Etats fédéraux du pays de l'aider à neutraliser, le moment venu, Crâne Rouge au prix d'une stratégie risquée.


Crâne Rouge, une fois sorti victorieux de son combat contre l'armée Kree, tue Pursur et accule Jack dont il refuse, bien sûr, contrairement à ce qu'il avait promis, de guérir le fils au prétexte qu'il est le descendant de Captain America. Jack le supplie une dernière fois, prêt à lui prêter allégeance en lui baisant la main.


Crâne Rouge, appréciant d'humilier Jack, le laisse faire... Et tombe dans son piège : Rogers sape, par la force de sa volonté et de celle de ses compatriotes à travers le pays, l'énergie du cube cosmique assimilée par le nazi.


Crâne Rouge littéralement vaporisé, Jack découvre que Steve Jr. est rétabli totalement. Ensemble ils sortent aider les civils, le drapeau américain en main. Trois ans plus tard, Jack continue de guider l'Amérique en s'inspirant de l'esprit de son ancêtre, Captain America.

En terminant la lecture de cet ultime épisode, on comprend le lien particulier qui unit Mark Waid à Captain America, peut-être plus qu'aucun autre héros qu'il a écrit dans son abondante bibliographie. En récapitulant d'ailleurs les titres de ses petits arcs narratifs durant son dernier run, on obtient un résumé éloquent à la fois de la manière dont il voit le héros mais aussi de la manière dont le héros lui sert de porte-voix philosophiquement, politiquement.

Home of the Brave, Man out of time, The Promised Land : on croirait presque du Springsteen avec lequel Waid doit sûrement partager une vision sinon gauchiste, en tout cas humaniste de l'Amérique et de Captain America. Il ne s'agit pas de glorification, mais d'idéalisme, d'honneur, d'éternité, de mémoire, d'espoir. 

En somme, voilà autant de symboles anti-Trump sibyllins car, lorsque le POTUS sépare des enfants d'immigrés de leurs parents à la frontière mexicaine, absout les suprémacistes blancs dans une manifestation qui dégénère à Charlottesville, explique qu'il y aurait eu moins de victimes le 13 Septembre 2015 à Paris si les citoyens français avaient porté des armes, se désengage des accords sur le climat ou rejette le multi-littéralisme commercial, Mark Waid lui répond, en douceur, mais avec foi, que l'Amérique n'est pas cela. C'est une démocratie qui, consciente de l'être, ne doit jamais oublier ses principes et valeurs, à l'image de Jack Rogers qui se rappelle de Captain America comme d'un compas moral.

Avec son expérience, Waid a atteint, dans son écriture, lorsqu'il est particulièrement inspiré par son sujet, une forme d'épure classique : certains trouveront cela trop scolaire, pas assez moderne, et on pourra répliquer que c'est surtout intemporel, que ça sonne surtout juste, sans prétention mais avec honnêteté et franchise.

Ce sentiment se prolonge visuellement avec Leonardo Romero, qui aura donc réussi, non pas à éclipser Samnee, mais prolonger l'excellence de la prestation de son confrère subitement parti (sans qu'il ait trouvé de nouveau port d'attache !).

Certes, l'italien n'a pas encore la virtuosité narrative de son prédécesseur : ses pages ont encore une simplicité, une sagesse, qui limitent un peu le souffle que veut leur donner Waid. Romero n'est pas, par exemple, franchement à l'aise dans le grand spectacle comme en témoignent les scènes où Crâne Rouge terrasse l'armada Kree (d'ailleurs, le dessinateur échoue à reproduire la laideur du visage si particulier du nazi). Mais en même temps, ce graphisme low-fi a le mérite de ne pas vouloir faire de l'ombre à ce qui est raconté : il sert le propos, le plus fidèlement possible, avec ses moyens, parfois limites, mais aussi une vraie élégance. Le meilleur exemple se trouve dans cette image, pleine page, où le père et le fils Rogers brandissent le drapeau américain (voir ci-dessus) : une iconographie qui pourrait facilement être insupportable ou ridicule mais qui devient noble, belle, par sa naïveté même, sa représentation sobre souligné par ces mots "nous [les Rogers] avons une réputation à honorer".

Pour ma part, je ne lirai pas le prochain volume : la preview qui en a été diffusée ne m'a pas motivé, je suis aussi prudent avec Ta-Nehisi Coates (même si j'ai apprécié le n°1 de la relance de Black Panther) et avec Leinil Yu (très inégal, et peu inspiré depuis un moment). Je préfère rester sur cette belle impression - et attendre d'être à nouveau attiré par de futurs auteurs.   

dimanche 10 juin 2018

CAPTAIN AMERICA #703, de Mark Waid, Leonardo Romero et Alan Davis


C'est l'avant-dernier épisode du run de Mark Waid (qui se conclura dans quinze jours) et l'intrigue file toujours à toute allure, dans une narration très compressée, haletante. Le scénariste peut toujours compter sur le talent de Leonardo Romero pour l'illustrer, et le concours d'Alan Davis invité pour quelques pages.


Jack Rogers a libéré du cube cosmique Crâne Rouge alors qu'il espérait y trouver son ancêtre, Captain America. Pour que le nazi l'épargne après avoir appris son nom de famille, il lui explique comment s'emparer du pouvoir en Amérique alors que Washington est en proie au chaos depuis qu'il a découvert les secrets du général Pursur. En échange, Crâne Rouge devra sauver le fils de Jack.


Autrefois. Captain America est prisonnier du Melter et de Radioactive Man qui tentent, par la torture, de lui extorquer les codes de la sécurité du manoir des Avengers. Mais le héros résiste assez longtemps pour que ses acolytes - Hawkeye, Scarlet Witch et Quicksilver - le tirent de ce mauvais pas.


Une fois à la Maison-Blanche, Crâne Rouge neutralise facilement, grâce à la puissance du cube cosmique qu'il a assimilée, les gardes du général Pursur, qui se cache après avoir pris en otage le fils de Jack Rogers. Une fois dans la salle des archives, Crâne Rouge, guidé par Jack, dévoile au public que Pursur a déployé partout des agents dormants Kree pour prendre le pouvoir.


En infériorité numérique face à la foule déchaînée, les Kree sont vaincus et Pursur demande des renforts via un portail spatial. Crâne Rouge continue de consulter les archives et découvre que le fils de Jack porte le prénom de Captain America et est malade. Jack profite que le nazi soit distrait pour localiser Pursur.


Jack affronte le général et délivre son fils, mais Pursur affirme que les renforts Kree arrivent et vont reprendre le dessus. Mais Jack affirme avoir encore un atout dans la manche...

En ayant ouvert l'équivalent de la boîte de Pandore lorsqu'il a libéré Crâne Rouge du cube cosmique où il était détenu depuis sa dernière bataille contre Captain America, Jack Rogers a, comme son aventure, changé dramatiquement de statut. Désormais, il doit composer avec les conséquences de ses actes tout en sachant qu'il lui faudra ruser pour sauver et son fils et le monde pris en tenaille entre le nazi ressuscité et les manigances du général Pursur.

Mark Waid, dont on pouvait craindre qu'en perdant son partenaire Chris Samnee, connaîtrait des difficultés à animer son récit sur un tempo aussi vif, prouve qu'il fonce toujours pied au plancher san faire n'importe quoi. 

L'épisode est dense, jonglant avec plusieurs niveaux de lecture tout en restant focalisé sur le personnage de Jack : ce dernier s'est conduit jusqu'à présent comme subissant la situation, conscient qu'il n'était pas un héros, désirant seulement sauver son fils, mais improvisant avec maladresse jusqu'à devenir un fugitif. Maintenant, il lui faut faire face à plusieurs forces d'ampleur contre lui et sa détermination se manifeste par une attitude plus pro-active. Il manipule Crâne Rouge, suffisamment pour qu'il ne le tue pas et surtout pour qu'il écarte les gardes de Pursur. Puis il affronte directement le général, même si celui-ci obtient des renforts Kree.

Cette fois-ci, Waid n'interrompt l'histoire que par un flash-back mais il est révélateur : Captain America est torturé et résiste jusqu'à ce que les Avengers le localisent et l'aident. Il s'agit d'un intermède situé à l'époque où le héros est le chef de l'équipe, après les départs de Hulk, Ant-Man, la Guêpe, Iron Man et Thor - remplacés par Hawkeye, Scarlet Witch et Quicksilver, trois malfrats repentis. Ainsi entouré, Cap' est dans la même configuration que son descendant Jack, allié à Crâne Rouge, mais surtout il donne l'exemple en ne résignant pas.

Ce passage bénéficie des dessins d'Alan Davis et c'est toujours un régal de voir des pages de ce grand artiste qui, ces dernières années, s'est fait moins rare, mais tout de même discret en collaborant avec Jim Starlin sur des histoires avec Thanos (dont l'écho est resté confidentiel - Starlin a d'ailleurs fait part de son mécontentement concernant la promotion de ces épisodes alors que Marvel mettait le paquet pour populariser le titan fou en vue du film Avengers : Infinity War. Solution : ces récits sont désormais hors continuité et le scénariste a claqué la porte). On espère en tout cas que l'artiste rebondira vite (C.B. Cebulski lui fera-t-il cadeau d'une nouvelle production avec Excalibur ou Clandestine ?).

Le reste de l'épisode est dessiné par Leonardo Romero dont la prestation est comme toujours de haute volée. On ne peut que s'incliner devant la qualité de l'italien qui non seulement a su soutenir la comparaison avec Samnee en le remplaçant, mais qui s'est adapté à la narration de Waid en fournissant des épisodes impeccables, avec un vrai souffle.

Rendez-vous dans quinze jours pour le dénouement et la fin du run de Mark Waid, aussi imprévisible que méritoire et captivant.