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mercredi 23 novembre 2022

SHE-HULK #8, de Rainbow Rowell et Takeshi Miyazawa


She-Hulk #8 est sorti la semaine dernière mais j'ai tardé à le critiquer parce que... Comment dire ?... C'est nul. C'en est même gênant. Non pas que jusqu'à présent, la série ait atteint des sommets mais c'était sympathique à lire, reposant entre deux titres exigeants. Mais là, comment Rainbow Rowell a-t-elle pu croire que ça fonctionnerait ? Luca Maresca absent, il est remplacé par Takeshi Miyazawa, non sans talent. Mais c'est tout ce qu'il y a de bien ici.


Mark et April Booth étaient des bi-ingénieurs étudiant ce qui avait trasformé Bruce Banner puis Jennifer Walters en Hulk.


Leur objectif était de répliquer cette transformation en l'expérimentant sur eux-mêmes. Il analysèrent ainsi les différents Hulks et dérobèrent un échantillon du sang du premier conservé par Tony Stark.
 

Ayant, entre temps, collecté des fonds pour leurs recherches, ils synthétisèrent une nouvelle formule et se l'injectèrent. D'abord avec succès. Puis rapidement tout dégénèra.


Colosse au Q.I. d'un enfant, Mark dépendait de April, devenue naine mais ayant conservé ses facultés intellectuelles. Et résolue à pièger She-Hulk pour trouver une solution à leur état...

Il était prévisible après la fin du précédent épisode où Mark et April ont piégé She-Hulk que Rainbow Rowell allait nous en dire plus sur ce couple très bizarre et donc ce huitième numéro de la série est une origin story en bonne et due forme.

Pourtant, dès le début, on sent que ça ne va pas fonctionner. Pourquoi ? Parce que, il faut bien l'avouer, l'objectif de Mark et April est complètement con. Vous avez déjà lu une histoire où des personnages tentaient d'obtenir les pouvoirs de Hulk et qui finissait bien ? Non. Et pour cause : qui voudrait être Hulk, ce personnage aussi surpuissant qu'incontrôlable.

Donc, oui, ces deux savants amoureux qu'on nous présente sont de parfaits abrutis, arrogants comme seuls le sont ceux qui se croient capables de réussir là où tout le monde a échoué avant eux. Leurs motivations pour devenir des Hulks sont stupides et le résultat est donc couru d'avance. Ce sera un échec que Rainbow Rowell rend particulièrement grotesque, ce qui n'arrange rien puisque ça rend le couple encore plus stupide alors que la scénariste voulait visiblement nous les rendre dangereux.

Rowell ne recule devant ânerie et elle veut nous faire croire que ces deux idiots réussissent à dérober un échantillon sanguin de Hulk chez Tony Stark comme ça, sans se faire prendre. Elle veut aussi nous convaincre qu'ils obtiennent des fonds pour leurs recherches sans plus de difficultés. Et n'oublions pas, en étant au départ des bio-ingénieurs... N'aurait-il pas été plus simple, logique d'ne faire des généticiens ? Apparemment bio-ingénieurs sonne mieux. Je sais pas.

Le plus étonnant dans cette affaire, c'est que ça prend quand même une vingtaine de pages à Rainbow Rowell pour nous raconter ça. On fait souvent le procès des scénaristes adeptes de la narration décompressée en les accusant de rallonger artificiellement leurs récits. Mais c'est plus mou que vraiment décompressé. Le découpage écrit est ostensiblement très léger et laisse au dessinateur une bonne marge de manoeuvre pour que tout ça tienne en vingt pages.

L'apparence finale de Mark et April est une autre énigme car on n'a jamais vu expériecne aussi ratée pour acquérir les pouvoirs de Hulk aboutir à pareilles bizarreries, avec d'un côté un colosse neuneu et de l'autre une naine avec une tête énorme. C'est un peu comme si on était face à Bizarro (sans le côté rigolo) et le Leader au féminin (mais bine moins maline et sans être devenue verte).

Ce naufrage est affligeant. She-Hulk sur ses sept premiers épisodes n'était certes pas renversant, mais bon, ça se lisait, c'était sympa, inoffensif et bien dessiné. L'entreprise était très opportuniste de la part de Marvel qui voulait profiter de la série She-Hulk : avocate sur Disney + pour redonner un couo de projecteur sur Jennifer Walters, redevenue plus abordable après des années à être massacrée par Jason Aaron dans ses Avengers. Mais la série Disney + a été une des pires produites par la plateforme de streaming et ce comic-book suit la même pente.

Surtout on se demande quel est le plan derrière ça ? J'ai d'abord pensé que Mark et April étaient derrière la régression des pouvoirs du Valet de Coeur (il est possible que ça reste le cas, mais j'en suis moins convaincu). Finalement, c'est une fausse piste (quoique, sait-on jamais). En tout cas, c'est trop fumeux pour satisfaire. Et cet épisode est vraiment accablant pour que la série s'en relève. C'est l'épisode "jumping the shark" par excellence. Comment la brillante auteur de Moon Girl and Devil Dinosaur a-t-elle pu commettre ce machin ?

Comme les emmerdes volent en escadrille, Luca Maresca est absent (le dessinateur va être très occupé dans les mois qui viennent puisqu'il dessinera deux séries mensuelles !). C'est pourtant un très bon fill-in artist qui le remplace avec Takeshi Miyazawa. Ce dernier avait notamment supplée Adrian Alphona sur Ms. Marvel et on peut apprécier ses dessins sur sa page FB (même si ça fait un moment qu'il n'en a pas posté).

Miyazawa se débrouille bien mais il ne peut pas sauver cet épisode de la catatrophe. On sent qu'il n'a pas eu un script bien fourni et il doit donc se débrouiller avec le peu dont il dispose. Ou plus pragmatiquement il n'a pas eu envie de se forcer. Mark et April sont des individus très génériques, sans charisme. Comme leurs apparences post-opération a été établie par Maresca, Miyazawa se contente de suivre le guide. C'est très plat, très insipide. Mais je ne lui en veux pas : franchement, qui aurait envie de dessiner un machin pareil ?

J'en profite quand même pour rajouter que Jen Bartel, qui a pourtant du talent, a gagné un Eisner award comme meilleure cover artist. Sans être méchant, on peut se demander ce qui a motivé les votants à l'honorer quand on observe la banalité des illustrations de couvertures pour She-Hulk alors qu'en face d'elle il y avait par exemple Julian Totino Tedesco, dont chaque image est géniale, quel que soit le titre.

Honnêtement, je doute de rédiger la critique du prochain numéro de She-Hulk car celui-ci m'a achevé. Je n'étais pas tellement captivé jusque-là mais j'appréciai la série parce qu'elle m'offrait un moment de détente. Mais après ça...

jeudi 3 novembre 2022

SHE-HULK #7, de Rainbow Rowell et Luca Maresca


C'est un peu l'heure de vérité pour She-Hulk maintenant que la série sur Disney + est terminée. Il faut pour Rainbow Rowell et Luca Maresca exister sans cette béquille télévisuelle. Et les auteurs en ont visiblement conscience puisque, après six épisodes plutôt pépéres, ce numéro est plus nerveux et apporte des éléments de réponse sur plusieurs points.
 

Après avoir couché ensemble, She-Hulk et le Valet de Coeur se réveillent côte à côte. Elle souhaite qu'il reste, il est d'accord pour y réfléchir. Jen doit passer au bureau car Andy lui a demandée une faveur.


Ce Samedi, en l'absence de Mallory Book, Jen rencontre un client peu commun : un Fatalitbot que la procureur veut inculper pour les crimes du Dr. Fatalis. Victor Mancha demande à Jen de le défendre.


Car le Fatalibot a développé une conscience et il veut se détacher de son concepteur mais aussi parce que Victor Mancha veut règler ça légalement, Jen accepte l'affaire.


Avant de rentrer chez elle, Jen fait un crochet par Brooklyn. Elle se présente chez April et Frank, qui les ont agressés, elle et le Valet de Coeur. Mais ils lui tendent un piège...

Bien que lancée avant la diffusion de la série She-Hulk : Avocate sur Disney +, il est évident que Marvel comptait sur cette production pour promouvoir ce nouveau volume du comic-book consacré à She-Hulk.

Si la série sur Disney + est, à mon avis, médiocre, la série de Rainbow Rowell est bien plus sympathique. la scénariste a sur s'approprier le personnage avec beaucoup d'empathie pour développer un premier qui vient d'être traduit en français (par Panini Comics). Rowell s'inspire ouvertement du run de Dan Slott sans pour autant être aussi humoristique : Jen renoue avec son métier d'avocate après avoir quitté les Avengers et recouvré une apparence plus humaine et ses capacités intellectuelles.

Comme depuis le début de ce relaunch, l'épisode et distinctement découpé en trois actes : dans le premier, on renoue avec Jen et Jonathan Hart (le Valet de Coeur) qui viennent de coucher ensemble. Ce rapprochement romanttique était attendu mais a été bien amené, et les deux amants veulent visiblement s'engager dans une relation sérieuse tout en sachant que ce n'est que le début.

Dans le deuxième acte, Jen se rend au bureau un Samedi car Andy lui a demandée de lui rendre un service sans que Mallory Book soit au courant. Un client peu commun attend et Rowell le traite avec humour mais en prenant en compte sa complexité. Comment défendre un individu qui est le sosie d'un criminel célèbre mais dont il s'est émancipé et qui est même devenu un authentique héros depuis ? Au passage, Rowell utilise Victor Mancha, qu'elle écrivait lors de son run sur Runaways - en vue d'un retour de ces personnages dans cette série ? Ou un simple guest-star ?

Enfin, le troisième acte va entraîner She-Hulk dans un piège qui, incidemment, va lui permettre d'en apprendre plus sur ce qu'a subi le Valet de Coeur. Celui-ci, en effet, lui avait raconté avoir été enlevé et soumis à des expériences à l'origine de la régression de ses pouvoirs, mais sans se rappeler qui l'avait ainsi utilisé comme cobaye. 

Cette construction assure une lecture simple et fluide. Le rythme est tranquille - trop ? Il est certain que She-Hulk ne brille pas par son swing et on a parfois le sentiment que Rowell abuse un peu trop de la décompression narrative. Toutefois, je veux croire que tout ce qu'elle emt en place, même lentement, débouchera sur quelque chose de plus mouvementé et je ne serais pas surpris que cela se décante à la fin de cet arc (donc en vue du douzième épisode).

Les dessins de Luca Maresca participe au plaisir qu'on a à lire cette histoire. L'artiste italien excelle à saisir les expressions des personnages, de manière subtile. Il est en revanche un peu plus emprunté quand l'action s'accélère, comme en témoigne la bagarre dans l'appartement d'April et Frank où les compositions d'image et les attitudes sont plus empruntées.

Le contraste est saisissant avec ce qui précéde car dans les deux premiers actes, tout est très bien dosé. Les moments de tendresse, d'intimité entre Jen et Jonathan sont traduits par des gestes délicats et des plans sur les visages très justes. Idem quand Jen examine le cas du Fatalibot tout en écoutant les arguments de Victor Mancha dans son bureau. Les gags sont bien mis en scène sans être trop encombrants, un peu comme sait si bien le faire un dessinateur comme Steve Lieber.

Au fond, peut-être que la principale qualité de She-Hulk est de reposer le lecteur en se positionnant comme une série super-héroïque en pointillés. Ce n'est pas suffisant pour en faire quelque chose d'indispensable, mais ça relaxe après un event comme Judgment Day ou au milieu d'autres titres plus mouvementés. Je compte au moins aller jusqu'au terme de cet arc avant de décider si ça mérite de s'investir sur le long terme. Et sans doute que Marvel fera aussi ses comptes à ce moment-là...

dimanche 18 septembre 2022

SHE-HULK #6, de Rainbow Rowell et Luca Maresca


Sorti le 7 Septembre dernier, ce sixième épisode de She-Hulk confirme tout le bien qu'on peut penser de cette série. Rainbow Rowell est vraiment inspirée par son héroïne et l'intrigue qu'elle tisse autour d'elle est accrocheuse. Luca Maresca au dessin fait des merveilles en animant un casting très varié, toujours au service du scénario.


Patsy Walker/Hellcat remet à She-Hulk le dossier que les Avengers ont gardé sur le Valet de Coeur. Pourtant Jen se retient de le consulter tout de suite et remercie son amie pour ce service.
 

De retour au cabinet, She-Hulk reçoit la visite d'un client peu commun : Diablo. Il lui demande de défendre légalement les intérêts de Krakoa et elle accepte.


Contre toute attente, ce dossier enthousiasme Mallory Book, bien qu'elle ait interdit à She-Hulk de représenter des surhumains. Mais il s'agit d'un contrat en or avec de nombreux points à plaider.


She-Hulk retrouve le Valet de Coeur et lui remet le dossier des Avengers. Touché par les efforts déployés par Jen pour l'aider, il s'approche d'elle et elle le laisse l'embrasser...

Ce sixième numéro de la série marque vraiment un tournant dans sa progression : après avoir écrit un premier arc pour établir la nouvelle situation de She-Hulk, qui s'est retirée des Avengers, a repris son travail d'avocate, et a recueilli le Valet de Coeur que tout le monde pensait mort depuis longtemps, Rainbow Rowell doit maintenant passer la deuxième.

C'est en quelque sorte maintenant que commence le plus dur pour la scénariste. Si elle a réussi à intéresser les lecteurs à sa vision du personnage, elle doit à présent les garder et développer sa série. Elle maintient le cap en concentrant son récit sur la relation entre She-Hulk et le Valet de Coeur et le mystère qui entoure le retour de ce dernier, mais elle n'en reste pas là.

Rowell tient visiblement à inscrire sa série dans la continuité et pas en faire une sorte de fantiasie décalée comme cela fut le cas du temps de John Byrne ou Dan Slott. Ainsi, elle fait allusion au couple que forment désormais Patsy Walker/Hellcat et Tony Stark/Iron Man (tel que l'a imaginé Christopher Cantwelle dans son run actuel - reste à savoir si cela sera conservé par Gerry Duggan qui s'apprête à lui succéder sur ce titre).

Grâce à cela en tout cas, She-Hulk peut entrer en possession d dossier personnel du Valet de Coeur que les Avengers ont sonservé dans leurs archives. Rowell rappelle aussi à bon escient l'amitié entre Patsy et Jen et rédige des dialogues savoureux entre elles.

Dans la deuxième partie de l'épisode, c'est la vie professionnelle de She-Hulk qui est creusé. Depuis cinq épisodes, on la voit ramer pour gagner des clients au cabinet de Mallory Book. Ce n'est pas simple puisque cette dernière ne veut pas défendre de super-héros. Mais lorsque Diablo sollicite Jen pour qu'elle représente la nation mutante de Krakoa, qui doit résoudre de nombreux problèmes juridiques, l'occasion est trop belle pour la repousser.

Et, surprise, la nouvelle réjouit Mallory, qui pense surtout, elle, à la manne financière d'un tel dossier. Krakoa est une île certes, mais dont le commerce est juteux et la fortune assurée. Un client pareil, c'est la garantie de retombées en espèces sonnantes et trébuchantes mais aussi médiatiques. Narrativement, c'est aussi un terreau fertile pour de nombreux épisodes à venir et il sera passionnant d'observer comment Rowell va exploiter les relations entre les mutants et leur avocate. J'aimerai assez que cela permette de voir Jen fouler le sol de l'île et qu'on la voit donc à la fois dans sa série mais aussi dans des titres mutants (par exemple dans X-Men ou Immortal X-Men).

Enfin, le dernier tiers de l'épisode réunit She-Hulk et le Valet de Coeur et s'achève sur un twist attendu. Depuis quasiment le début de leurs retrouvailles, ces deux-là flirtent et le baiser qu'ils échangent ouvre clairement la porte à une relation plus intime. Bien entendu, tous les mystères entourant le Valet n'étant pas résolus, loin s'en faut, la suite risque d'être animée. 

Mais Rowell a fait preuve d'une finesse bien plus grande (mais ce n''était pas difficile) que Jason Aaron dans Avengers où il a voulu créer un couple franchement WTF entre She-Hulk et Thor sur le ton de la comédie. La scénariste a pris son temps mais à l'arrivée, même si c'est improbable, cette union est plus jolie et naturelle.

Luca Maresca fait aussi du très bon travail pour mettre cela en images. On peut dire (déplorer ?) qu'il ne fait pas trop d'efforts pour différencier les trois actes de l'épisode, et sans doute qu'un artiste plus inventif, plus expérimenté aussi, aurait eu à coeur de varier son découpage en fonction des scènes.

Mais cette simplicité est séduisante. Maresca n'est pas là pour faire le malin. Il est au service du scénario et son dessin est soigné, élégant, expressif. Il saisit parfaitement les attitudes et les représente avec subtilité. Quand Patsy et Jen rigolent ensemble sur leurs malédictions, Maresca réussit à dessiner ça avec un naturel qui fait souvent défaut aux artistes de comics plus doués pour la baston.

Le même compliment s'applique au dialogue entre Kurt Wagner et Jen : Rowell rend justice au mutant en lui rendant son caractère charmeur et enjoué, à mille lieues de l'elfe curaillon dans lequel on l'a si souvent cantonné (et qui doit faire se retourner Dave Cockrum sans sa tombe). La réaction de mallory Book est elle aussi très spontanée, captée avec adresse par Maresca.

Le plus difficile restait peut-être à découper dans la dernière partie car c'est souvent quand deux personnages saisis par le trouble, attirés l'un par l'autre, qu'on mesure à quel point un dessinateur est bon. Il faut que chaque plan soit cadré à bonne distance, que chaque expression des personnages soit juste, que le timing soit impeccable. Et une fois de plus Maresca y arrive. 

She-Hulk est une série sans prétention mais pas sans ambitions : c'est par son écriture très ciselée et ses dessins savamment dosés qu'elle parvient à un équilibre rare, précieux. C'est très plaisant à lire parce que c'est tout bonnement bien fait, par des auteurs inspirés, qui veulent rendre justice à l'histoire qu'ils raocntent et aux personnages qui la traversent.

samedi 17 septembre 2022

SHE-HUK BY RAINBOW ROWELL, VOLUME 1 : JESS AGAIN, de Rainbow Rowell, Rogé Antonio et Luca Maresca


Tout d'abord, ce recueil des cinq premiers épisodes de la série actuelle consacrée à She-Hulk ne sortira que le 22 Septembre prochain chez Panini Comics (avant le TPB US !), mais comme j'ai pu lire ces numéros en single issues ces derniers mois, je profite de leur réédition en album pour vous en livrer la critique - et ce alors que Disney+ diffuse actuellement une série sur la cousine de Bruce Banner. Toutefois, le travail de Rainbow Rowell et de ses deux dessinateurs mérite qu'on s'y arête.


Jennifer Walters vient de quitter les Avengers et a recouvré tous ses moyens en tant que She-Hulk. Elle se rend à un entretien d'embauche chez Mallory Book quand elle croise Titania. Elles s'affrontent brièvement avant de passer un marché pour s'entraîner ensemble. Après avoir été engagée, Jen s'installe dans l'appartement que lui loue Janet Van Dyne et se délasse dans un bon bain chaud. Jusqu'à ce qu'elle soit surprise par une visite inattendue...


Le Valet de Coeur, considéré comme mort depuis des années, resurgit donc dans la vie de She-Hulk. Il se souvient avoir capturé et soumis à des expériences avant de pouvoir s'évader et de penser à se rendre chez Jen. Toutefois, il refuse qu'elle prévienne les Avengers par peur qu'il ne l'enferme à nouveau.


Au cabinet de Mallory Book, Jen retrouve Andy, ex-créature du Penseur Fou devenu réceptionniste et secrétaire. Elle a interdiction de représenter des super-héros. De retour chez elle, She-Hulk discute avec le Valet de Coeur qui a constaté une diminution considérable de ses pouvoirs. Jen téléphone à Patsy Walker pour consulter le dossier de leur ami sans lui dire qu'il est chez elle.


She-Hulk, comme convenu, s'entraîne avec Titania, en compagnie de Volcana. Ben Grimm requiert ses services d'avocate en échange de quoi il la conseillera auprès d'autres héros cherchant une aide juridique. Reed Richards donne un un radiamètre mais elle l'utilise ensuite sur le Valet de Coeur. Alors qu'ils tentent d'identifier qui l'a enlevé, ils sont importunés par un inconnu agressif.


Une bagarre oppose She-Hulk à Mark, qui veut s'en prendre au Valet de Coeur. Ce colosse donne du fil à retordre à Jen jusqu'à ce que April, sa fiancée, ne s'interpose et le calme tout en reprochant son attitude à She-Hulk. En dînant au restaurant, le Valet de Coeur évoque le projet d'aller se retirer dans le Connecticut. Quelques jours plus tard, Jen observe April et Mark dans un square et apprend qu'ils sont mariés...

Lancée en Mars dernier, cette nouvelle série consacrée à She-Hulk bénéficie aujourd'hui de la publicité faite autour de la production diffusée sur Disney+. Mais ces dernières années, le personnage a surtout été monopolisé par Jason Aaron qui en avait fait un membre des Avengers, et avant cela, lors de Civil War II, Brian Michael Bendis avait notablement altéré ses pouvoirs.

En vérité il faut remonter aux runs de Charles Soule et avant lui de Dan Slott pour que Jennifer Walters ait eu les honneurs d'un titre dédié. Mais Miss Hulk, comme on l'appelle en France, doit l'essentiel de sa popularité à la série écrite et dessinée par John Byrne en 1989 (et dont Marvel et Panini viennent de reproduire les épisodes dans un omnibus récemment).

Rainbow Rowell hérite donc d'une héroïne qui a subi les pires outrages par des auteurs peu inspirés ces derniers temps. Mais Elle la récupère en ordre de marche : ses pouvoirs sont revenus à la normale, son aspect est moins mastoc, et elle pratique à nouveau comme avocate. 

Dans le premier épisode, la scénariste des Runaways s'emploie à resituer Jen/She-Hulk : elle passe un marché avec Titania (au lieu de s'affronter pour rien, elles vont s'entraîner ensemble), elle est embauchée par Mallory Book (une juriste rivale de Jen créée par Dan Slott) qui lui interdit de représenter des super-héros, elle récupère son appartement. Mais ce répit est de courte durée puisqu'un collègue des Vengeurs resurgit.

Rainbow Rowell va alors développer son arc autour du mystère entourant ce retour. Le Valet de Coeur est mort durant le run de Geoff Johns sur la série Avengers en explosant littéralement dans l'espace, incapable de contenir sa puissance, malgré les efforts de Tony Stark. On renoue donc avec ce héros quasiment oublié, toujours vêtu de son costume insensé, mais quasi-amnésique. Il ne se rappelle que d'avoir été détenu et d'avoir subi des expériences, mais sans savoir où et par qui. En tout cas, cela a considérablement réduit ses pouvoirs et donc sa dangerosité, il ne veut pas que les Avengers soient mis au courant de son retour car il craint leur réaction et finit même par envisager de se retirer dans le Connecticut en abandonnant son rôle de super-héros.

Contre toute attente, ce mystère est assez accrocheur, d'autant que Rowell l'enrobe d'une romance possible entre le Valet et She-Hulk. Ce couple potentiel improbable suscite notre curiosité, mais c'est surtout par la grâce d'une écriture précise, parfois drôle, en tout cas bien sentie, qu'on s'y attache. Déjà louée pour la qualité de sa reprise des Runaways, Rowell confirme son talent pour s'approprier des personnages qu'apparemment personne ne parvient à animer correctement (un peu comme Tom King chez DC, la gravité en moins).

Le seconds rôles sont soignés : Faire de Mallory Book la nouvelle patronne de Jen est une idée brillante car elle installe une tension immédiate entre les deux femmes qui furent rivales dans les cours de justice. Par ailleurs, Jen reçoit la consigne de ne pas défendre de surhumains (alors que Book a établi sa réputation sur ses plaidoiries en faveur de cette communauté). Evidemment, c'est un ordre impossible à respecter quand on connaît autant de super-héros et très vite Jen accepte de traiter un dossier mineur impliquant Ben Grimm, qui, pour la remercier, oriente des copains à son adresse.

Pourtant, en dehors de ça et de Handsome Andy (un androïde créé par le Penseur Fou, apparu pour la première fois dans un épisode de Fantastic Four des années 60), la série ne s'éparpille pas dans un défilé de guest-stars et reste focus sur Jen/She-Hulk et le Valet de Coeur. Tout le contraire de la série Disney+ qui a beaucoup (trop) aguiché avec des caméos (au final décevants).

D'abord dessinée par Rogé Antonio (jusqu'au début du n°3), la série prend vraiment son envol grâce à Luca Maresca qui achève donc le troisième épisode et remplace complètement Antonio ensuite. Ce dernier ne déméritait pourtant pas, avec un style très expressif et dynamique : j'ignore pourquoi il a cédé sa place.

Toutefois, il faut avouer que Maresca est meilleur. Jusqu'à présent peu connu, cet artiste italien trouve avec She-Hulk l'occasion de se faire remarquer. Auparavant, il avait signé la mini Phoenix Song : Echo (qui établissait Echo comme la nouvelle hôtesse de la force Phénix). Maresca a un trait très élégant, il soigne ses décors, son découpage est simple et fluide, il est à l'aise dans les scènes dialogués (majoritaires) comme dans l'action.

Surtout il s'acquitte avec brio d'animer She-Hulk à laquelle il donne beaucoup de charme, sans la rendre aussi sexy que Byrne toutefois. Idem avec le Valet de Coeur, qu'il affuble d'un tee-shirt pour masquer le design affreusement compliqué à reproduire et dont il restitue parfaitement le désarroi puis la quiétude retrouvée.

Le sixième épisode vient de sortir et je vous en parlerai très vite car tout àa m'a donné très envie de poursuivre cette série, surtout au moment où j'en abonne certaines. De votre côté, cochez la date de sortie du recueil (Panini le proposera avec le sous-titre Retour à la vie civile, avant le TPB US, dès le 22 Septembre), vous verrez, c'est très bon.