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mardi 13 janvier 2015

Critique 554 : FREE COMIC BOOK DAY - THOR / CAPTAIN AMERICA : THE MIGHTY AVENGERS, de Roger Langridge et Chris Samnee


FREE COMIC BOOK DAY - THOR / CAPTAIN AMERICA : THE MIGHTY AVENGERS est un récit complet, écrit par Roger Langridge et dessiné par Chris Samnee, publié en 2011 par Marvel Comics dans le cadre du "Free Comic Book Day" (une bande dessinée offerte gratuitement à titre promotionnel et disponible une fois l'an dans les les comic-shops).
Cette histoire complète la mini-série THOR THE MIGHTY AVENGER, réalisée par les mêmes auteurs, mais sans en être la conclusion.
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Il y a bien longtemps, Loki, le dieu asgardien du mensonge, a fait prisonnier l'enchanteur Merlin, allié du roi Arthur de Camelot, après lui avoir dérobé une ceinture magique mais dont il ne maîtrise pas encore tous les tours. Merlin décide alors d'invoquer deux héros du futur pour l'aider à renverser la situation : d'abord Captain America, qui opère sur le front allié en 1942, et ensuite Thor, demi-frère de Loki, dieu du tonnerre, banni par son père Odin sur Terre.
Les deux hommes, qui ne se connaissent pas et ignorent donc qu'ils combattront au sein des Avengers plus tard, réussissent à intégrer les troupes du roi Arthur auprès duquel se tient Loki, qui convoîte le Saint-Graal...

Comme j'en avais parlé dans ce blog, la mini-série Thor The Mighty Avenger fut une des lectures les plus jubilatoires de 2010 : produite, comme d'autres comics, pour profiter du film Thor (de Kenneth Branagh), elle ne rencontra, hélas !, pas le succès qu'elle méritait et fut prématurément et injustement interrompue au bout de huit numéros - une sanction d'autant plus frustrante que son scénariste avait prévu une saga en 12 épisodes, mais prévoyant devant les faibles ventes, avait ensuite préparé un dénouement au bout de 10 chapitres.

Une fois par an, les éditeurs américains participent à une opération appelée le "Free Comic Book Day" qui consiste à distribuer gratuitement dans le réseau des librairies spécialisées des exemplaires gratuits de diverses séries en proposant une histoire inédite. 
Profitant de cette opportunité, l'équipe artistique de Thor The Mighty Avenger livra donc cet ultime appendice, mais sans pour autant donner de fin à la série. Il s'agit plutôt d'un récit complet de 21 pages dans lequel le dieu du tonnerre rencontre pour la première fois Captain America, bien avant qu'ils ne soient tous deux membres des Avengers. Cependant, cette intrigue ne s'inscrit pas dans la continuité puisqu'on sait que jamais il ne fut fait mention auparavant ni ensuite d'une telle réunion entre ces deux héros.

Tous ceux qui auront aimé Thor The Mighty Avenger - et, malgré son annulation, ce titre gagna de nombreux nouveaux fans ensuite, lorsqu'elle fut éditée en recueils - retrouveront avec délice ce qui en faisait une version si sympathique du héros asgardien. Roger Langridge y déploie sa verve malicieuse et son habileté narrative dans un récit très rythmé, enjoué, qui peut séduire les jeunes lecteurs comme les vieux fans. Il y a de l'humour, de l'esprit, de l'action, du spectacle, du suspense, tout cela pour une somme finalement réduite de pages, mais subtilement exploitée. C'est un vrai "feel-good comic", qui montre qu'on n'a pas nécessairement besoin de sombrer dans les ressorts mélodramatiques ou violents du genre pour être efficace et divertissant.

Il trouve même de l'espace pour adresser quelques clins d'oeil ironiques aux connaisseurs (comme lorsque les soldats appellent Captain America "Fighting America", le nom d'une autre création patriotique de Jack Kirby, ou quand il situe l'aventure au temps des chevaliers de la table ronde d'Arthur à Camelot sur fond de quête du Graal).

Chris Samnee doit une bonne partie, pour ne pas dire l'essentiel de sa renommée actuelle à sa prestation sur Thor The Mighty Avenger. Beaucoup de lecteurs, comme moi, l'ont vraiment découvert ainsi, avant qu'il ne brille sur Daredevil, et ont été séduits par le style épuré et dynamique de cet artiste, revendiquant lui aussi des références atypiques (comme Alex Toth, à contre-courant du photo-réalisme).

Le dessin de Samnee, bien qu'ayant évolué, mûri, depuis, présentait déjà de formidables qualités, avec un découpage classique mais très fluide, des compositions toujours justes, des personnages expressifs, un sens de la lumière et des ombres parfaitement dosé (et mis en valeur par la colorisation de Matthew Wilson).

Il en a même profité pour re-designer le costume de Captain America (qui porte encore son bouclier triangulaire de ses débuts) avec adresse (à mi-chemin entre la combinaison de super-héros et des éléments vestimentaires plus classiques du soldat).

Lire cet épisode donne à la fois de nouveaux regrets sur l'annulation de Thor The Mighty Avenger tout en consolant un peu puisqu'il nous en donne un prolongement très distrayant et magnifiquement réalisé. 

mardi 10 mai 2011

Critique 229 : THOR THE MIGHTY AVENGER - VOL. 2, de Roger Langridge et Chris Samnee

Thor The Mighty Avenger Volume 2 rassemble les épisodes 5 à 8 de la série écrite par Roger Langridge et dessinée par Chris Samnee, publiée en 2010 par Marvel Comics. En complément, on trouve les épisodes 85-86 de Journey Into Mystery, écrits par Stan Lee et Larry Lieber et dessinés par Jack Kirby, édités en 1962.
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Thor ignore toujours pour quelles raisons il a été banni d'Asgard par son père Odin, mais il a décidé de profiter de sa romance avec Jane Foster en lui offrant une escapade en Australie, où le dieu du tonnerre va croiser la route de Namor, puis en Norvège, où il se rappelle sa dernière rencontre avec Heimdall, gardien du royaume des dieux nordiques. Il comprend que son impétuosité lui a valu d'être envoyé sur Midgard (la Terre) et qu'il va lui falloir se montrer humble et brave.
Thor va avoir l'occasion de prouver son courage lorsqu'il est enlevé par le mystérieux mécène d'un groupe de savants, responsable de son amnésie et convoitant ses pouvoirs. Jane Foster, inquiète de la disparition de son héros, sollicite l'aide d'Iron Man via Tony Stark dont Hank Pym lui a donné les coordonnées...
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Ce second recueil de Thor The Mighty Avenger contient les quatre derniers épisodes de cette série dont l'insuccès a entraîné l'annulation, au grand dam de ses fans (trop peu nombreux, mais tous séduits). On ne pourra que regretter que Marvel n'ait pas laissé à Roger Langridge le temps de conclure son intrigue, conclusion planifiée au #12 : c'est rageant, seulement 4 chapitres supplémentaires et tout aurait été bouclé.
Car, c'était prévisible, la série ne connaît pas de véritable dénouement et on ignore l'identité de l'individu qui a fait perdre la mémoire de Thor, s'il réussira à retourner sur Asgard et à s'expliquer avec son père. Quelle misère vraiment : Marvel supporte des âneries comme Deadpool mais ne peut même pas permettre à une série comme celle-ci d'être correctement terminée...
Néanmoins, Langridge rédige des épisodes au charme irrésistible : l'histoire d'amour entre Thor et Jane Foster est écrit avec une délicatesse et un humour d'une subtilité exemplaires, les apparitions de guest-stars comme Namor, Heimdall et Iron Man sont superbement exploitées.
Thor, qui, dans les quatre premiers épisodes, était décrit comme un sympathique balourd, ne perd pas son impulsivité mais gagne en sensibilité, par petites touches - et c'est cette légèreté qui est si agrèable à la lecture de cette série, où rien ne semble jamais forcé mais joue avec la complicité du lecteur. Ah, mais comment les lecteurs américains ont pu ne pas aimer cette merveille ? Quel gâchis !
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Chris Samnee illustre ces nouveaux et ultimes épisodes avec le même brio : l'expressivité de ses personnages, la sobriété de son découpage, est un pur régal. Il donne une humanité et une drôlerie tendre à cet univers de super-héros comme peu d'artistes y parviennent.
J'avais évoqué l'influence de maîtres comme Ditko ou Toth dans le trait épuré de Samnee : il mérite d'être comparé à eux, et on ne peut qu'espérer que le grand public saura apprécier le dessinateur à sa juste valeur dans un avenir proche puisqu'il participera à la future série Captain America and Bucky co-écrite par Ed Brubaker et Marc Andreyko.
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Les épisodes de Lee et Kirby complètent joliment le sommaire.

Faîtes-vous ce cadeau et procurez-vous les deux albums de ce titre : vous lirez un des comics les plus enchanteurs qu'ait produit Marvel en 2010 !

lundi 28 février 2011

Critique 210 : THOR THE MIGHTY AVENGER - VOL. 1, de Roger Langridge et Chris Samnee

Thor The Mighty Avenger volume 1 rassemble les 4 premiers épisodes (sur huit) de la série écrite par Roger Langridge et dessinée par Chris Samnee, publiée en 2010 par Marvel Comics. Les épisodes 83-84 de Journey Into Mystery, de 1963, écrits par Stan Lee et dessinés par Jack Kirby, où apparut pour la première fois le personnage de Thor, complètent le programme.
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Dans la perspective de son adaptation au cinéma, le personnage de Thor a été décliné en plusieurs séries l'an dernier, en parallèle au titre principal qui avait été relancé par J. Michael Straczynski et Olivier Coipel en 2008. Thor The Mighty Avenger s'est distingué à la fois par son ton et (hélas !) par son insuccès commercial (malgré d'excellentes critiques), alors qu'il s'agissait d'une version très accessible. Prévue pour (au moins) 12 épisodes par son scénariste, elle a été annulée au bout de 8 numéros et ce recueil présente donc la première moitié de cette production.
JMS a ressucité Thor en en faisant une bande dessinée volontiers décalée, souvent contemplative et mélancolique, traversée par des séquences d'action spectaculaires. L'auteur qui a claqué la porte de Marvel après des désaccords artistiques (il jugeait prématuré que Thor soit au centre d'une saga comme Siege et il était brouillé avec l'éditeur-artiste Joe Quesada depuis la fin de son run sur Amazing Spider-Man, avec l'arc One More Day) a été remplacé par Kieron Gillen qui lui-même vient de céder sa place à Matt Fraction, sans que la magie n'opère à nouveau.
Roger Langridge, qui a, entre autres, collaboré au Muppet Show, a choisi d'aborder le personnage en revenant à la fois à la source, celle de Stan Lee et Kirby, dont on peut redécouvrir le travail dans cet album, tout en réécrivant certains éléments.
La première de ces "révisions" concerne la localisation de l'histoire, qui ne se déroule pas à New York ou Los Angeles, mais Bergen, Oklahoma, au coeur de l'Amérique. Dans ce décor inédit, on peut lire comme un résumé du projet qui consiste à aborder le sujet tout en se décalant de la norme.
Ensuite, Langridge fait du dieu du tonnerre un étranger perdu au milieu de nulle part.

Chassé d'Asgard pour une faute dont on ne saura rien (du moins au terme de ces 4 épisodes) mais suffisamment importante pour provoquer le courroux de son père, Odin, Thor est non seulement un vagabond, mais il a perdu ses pouvoirs et la mémoire.

On constate donc que le récit ne se déroule pas dans la continuité classique (Odin est toujours vivant) tout en reprenant des idées de Lee (Thor banni par son père et amnésique).

Thor récupère ses pouvoirs et une partie de sa mémoire (il continue d'ignorer la raison de son bannissement) avec l'aide de Jane Foster, conservatrice au musée de Bergen, qui lui permet d'accéder à une urne où il retrouve son marteau Mjolnir. Là encore, on remarque que si Jane Foster est bien là, elle a changé de métier (dans la version classique, c'est une infirmière) mais surtout de statut (elle participe activement à la "restauration" de Thor, quitte son fiancé pour l'aider, en tombe progressivement amoureuse).
Enfin, le récit s'articule autour de rencontres-confrontations : d'abord, celle de Thor avec Jane Foster ; puis celle de Thor avec Mr Hyde qui convoîte également une relique du musée ; puis celle de Thor avec Giant-Man et la Guêpe ; et enfin celle de Thor avec les 3 guerriers (Fandral, Hogun et Volstagg) et Captain Britain. A chaque fois, le scénario est fondé sur un malentendu, débouche sur une bagarre, et aboutit à une réconciliation (sauf avec Mr Hyde).
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S'il y a une qualité indéniable à Thor The Mighty Avenger, c'est son humour irrévérencieux : Langridge s'amuse avec son héros en en faisant un idiot, impulsif, maladroit, qui ignore même pourquoi il a été puni mais agit sans réfléchir (il s'en prend à Giant-Man en le prenant pour un géant des glaces, ennemi des Asgardiens, ou à Captain Britain parce qu'il lui a demandé de se calmer). C'est vraiment jubilatoire de voir ce héros, d'habitude majestueux, emphatique, dépeint comme un benêt, mais sans doute est-ce cela qui a déplu au lecteur lambda, réticent à voir ses icones maltraités, même si c'est fait avec davantage de malice que de méchanceté.
Car Langridge ne se moque pas de son héros : s'il l'écrit comme un idiot, c'est un idiot sympathique, attachant, séduisant, un grand gamin qui assomme le méchant et reconnaît ses torts (même avec du retard). Et c'est aussi parce qu'il nous le montre à travers les yeux de Jane Foster.
Ce personnage féminin, tel qu'interprété par Langridge, n'est pas une potiche ou un faire-valoir, mais une jeune femme qui, comme Thor, se cherche et qui, en l'aidant à se (re)trouver, se trouve aussi. Cet aspect sentimental a dû également dérouter le lectorat traditionnel, qui n'est plus habitué à cela dans le Marvelverse actuel où les héros sont d'abord en couple avec des héroïnes ou des filles auxquelles ils cachent leur double vie. Thor The Mighty Avenger, c'est d'abord la romance d'un dieu et d'une mortelle qui savent chacun qui est l'autre, mais pas forcèment qui ils sont eux-mêmes.
Langridge fait preuve d'un humour subtil et léger pour décrire de décalage et Jane Foster joue le rôle d'une éducatrice pour Thor en lui apprenant des choses ordinaires qui définissent l'humanité, qu'il s'agisse d'utiliser un téléphone, de s'habiller de manière discrète, ou de sortir se détendre avec des amis. Elle est le guide du héros et du lecteur. Chez Stan Lee, Jane Foster était la demoiselle en détresse sauvée par le valeureux et puissant Thor. Chez Langridge, c'est une jeune femme moderne, dépassée par les évènements certes, manquant de confiance en elle, mais déterminée : elle héberge Thor mais sans lui ouvrir son lit (il couche sur le divan du salon), et à titre provisoire (le temps qu'il retrouve la mémoire).
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La finesse et le charme de la série doivent aussi beaucoup au dessin de Chris Samnee, dont le style tranche également avec les standards (un trait épuré mais expressif, un découpage très simple et classique).
L'apparence de Thor a été retouchée : moins massif, le costume designé par Coipel légèrement modifié (les aîles du casque réduites, moins de côtes de maille), il gagne en jeunesse et en élégance. L'influence d'artistes comme Ditko, Toth ou de l'école de la "ligne claire" est manifeste, mais très bien digéré par ce dessinateur qui préfère un graphisme dépouillé et juste aux grands effets. Il y a une modestie esthétique en même temps qu'une vraie beauté dans cet ouvrage.
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Thor The Mighty Avenger accomplit un exploit notable : il réussit à donner une véritable nouvelle jeunesse à un personnage qui a près de 50 ans en respectant à la fois les clés du héros et en les renouvelant. C'est un comic-book qui possède ce qui fait défaut à nombre de productions super-héroïques : du coeur. Et c'est pour cela que ce livre est irrésisitible - et que l'échec commercial de ce projet est terriblement rageant. Alors, lisez cette pépite et appréciez sa rareté.