Affichage des articles dont le libellé est Dan Jurgens. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dan Jurgens. Afficher tous les articles

vendredi 28 avril 2023

ACTION COMICS #1054, de Philip Kennedy Johnson et Max Raynor, Dan Jurgens, Dorado Quick et Yasmin Flores Montanez


Ce n°1054 d'Action Comics a-t-il un editor (le type censé veiller à la qualité de la revue et à la correction d'éventuelles erreurs) ? On peut se le demander quand on s'aperçoit des erreurs de crédits sur la couverture, mais aussi de la médiocrité de son contenu. Mes craintes sur ce format se confirment et c'est sans doute le dernier exemplaire que je critiquerai car entre Action Comics et Superman, mon choix est désormais fait.


- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson / Max Raynor) - Metallo enlève les Super-Jumeaux (Osul et Otho) que Jon Kent devait surveiller. Superman les retrrouve vite et affronte son ennemi avant de le convaincre de s'allier pour sauver sa soeur, Tracy Corben...


Est-ce que ça pouvait seulement fonctionner ? C'est la question qu'on se pose avec ce numéro d'Action Comics. Le format anthologique de ce mensuel avait quelque chose d'expérimental et prometteur, mais la proposition qui le portait, avec le titre animé par Philip Kennedy Johnson portait en elle les limites du concept.

En voulant mettre en scène toute la Super-famille, le scénariste faisait un pari ambitieux mais risqué car faire tenir tout ce monde sur une vingtaine de pages n'était pas une mince affaire. Il a, le mois dernier, blessé Kara, et éloigné Kenan et Connor, on pouvait deviner qu'il faisait de la place pour Kal et Jon, qui sont effectivement au coeur de cet épisode.

Du coup, Kennedy Johnson mise tout sur l'action et le grand spectacle et ferme le ban avec un cliffhanger qui remet en lumière un autre ennemi du man of steel. Hélas ! ce n'est pas, à mon avis, très judicieux tant cet adversaire est un des moins inspirés de la rogue gallery du héros. Du coup, l'intérêt pour la suite de l'intrigue s'en trouve fortement diminué.

Mais le vrai défaut de Action Comics est qu'elle trop peuplée, quasi-obèse. Là où Joshua Williamson avec Superman a adopté un parti-pris clair et basique (retour à l'aventure et le renouvellement dans la relation Superman-Luthor), Kennedy Johnson n'a pas su imposer le sien sinon en écartant une partie du casting et avec une histoire bien moins concentrée.

Ce mois-ci, contrairement à ce qu'indique la couverture, ce n'est pas Rafa Sandoval qui dessine, mais Max Raynor. C'est déjà gênant de constater que Sandoval ne peut pas aligner plus de trois épisodes consécutifs, mais Raynor évolue un bon cran en-dessous de lui, même si son travail reste très honnête.

Bref : je vais en rester là.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens) - Ayant réussi à échapper au robot envoyée à ses trousses, la princesse Glyanna piège Jon Kent qui est recherché par ses parents, retardés par DoomBreaker...

Là aussi, pour la partie graphique, c'est la grande désillusion puisque Lee Weeks fait défaut. Comme l'artiste était le seul véritable intérêt pour lire Lois & Clark 2, autant dire que la motivation en prend un sérieux coup.

Dan Jurgens assume donc scénario et dessin. Sur ce dernier point, encré par son fidèle collaborateur Norm Rapmund, il ne fait pas d'étincelles : perso, je n'ai jamais été conquis par le style de Jurgens comme artiste, convenable mais sans plus. Ici, il réussit quelques planches (celles avec Glyanna et Jon) mais sa manière de croquer Superman reste très générique, loin de la classe de Weeks - même si les couleurs, magnifiques, d'Elizabeth Breitweiser atténuent le choc thermique.

Le récit en lui-même ne console pas : depuis le début, il ne casse pas des briques et le twist de fin d'épisode ne change pas grand-chose. Beaucoup de scénaristes vétérans sont condamnés, semble-t-il, à écrire des histoires situées dans le passé, mais pour un Mark Waid (avec World's Finest) qui en profite intelligemment, la majorité fait le strict minimum, sans inspiration.


- STEEL ENGINEER OF TOMORROW (Dorado Quick/Yasmin Flores Montanez) - Après avoir été attaqué par Amalgam,  John Henry Irons se rend à la conférence de presse pour l'inauguration de son complexe industriel SteelWorks...

Power Girl retirée du sommaire, Action Comics accueille donc Steel Engineer of Tomorrow qui s'intéresse au père et la fille Irons, proches de la Super-famille. Pas de quoi sauter de joie, sauf s'il y avait derrière ça un pitch accrocheur. Ce n'est absolument pas le cas puisque Dorado Quick (inconnu au bataillon) nous la joue encore ennemi caché dans l'ombre et préparant la chute de John Irons.

Côté dessin, c'est également insignifiant tant le trait de Yasmin Flores Montanez est impersonnel. DC n'a vraiment rien d'autre sous la main que cette back-up sans âme, et mise en images par une artiste aussi empruntée ? Faut croire que oui. Faut aussi croire que le format anthologique trouve ses limites quand en dehors de la série principale, le reste du programme fait aussi pâle figure.

Mais encore faudrait-il que la série Action Comics convainque, et ce n'est pas le cas. Je craignais bien qu'une des deux séries mensuelles avec le kryptonien ne soit pas à la hauteur et comparé au plaisir pris à la lecture du Superman de Joshua Williamson et Jamal Campbell, c'est sans regret que je laisse tomber Action Comics.

vendredi 31 mars 2023

ACTION COMICS #1053, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Ce mois-ci, Action Comics se déleste de sa première back-up story puisque c'est le dernier volet de Power Girl Reborn (qui reviendra dans un n° spécial) par Leah Williams et Marguerite Sauvage et qui sera remplacé le mois prochain par Steel Engineer of Tomorrow. La série-titre continue son intrigue sur un rythme toujours soutenu, tandis qu'on se régale surtout avec Lois & Clark 2 grâce au dessin de Lee Weeks.



- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson/Rafa Sandoval) - John Henry Irons est attaqué par les nécro-drones de Metallo au siège de SteelWorks, mais l'un d'eux est capturé vivant après avoir blessé Supergirl. Metallo comprend, lui, que ce n'est pas sa soeur Tracy qui communique avec lui. Et Jon Kent doit composer avec Otho et Osul alors qu'une manif de Blue Earth a lieu...
 

On n'a pas le temps de s'ennuyer avec l'intrigue concoctée par Philip Kennedy Johnson, construite sur des scènes courtes et rapides, qui multiplient le problèmes pour Superman et sa super-famille, entre les assauts de Mentallo et ceux du mouvement Blue Earth. 

Toutefois, ce morcellement de l'histoire finit par devenir de plus en plus frustrant - est-ce parce que ce découpage rompt avec la tradition des épisodes de 20 pages/mois ? Sans doute. Mais aussi parce qu'on a l'impression d'assister un peu à une sorte de zapping où les personnages n'ont pas le temps d'être creusés, où les événements sont survolés. A surveiller.

En revanche, rien à redire concernant la partie graphique où Rafa Sandoval et son coloriste Matt Herms accomplissent un excellent boulot, très énergique, avec des scènes d'action très percutantes. Mais aussi des moments qui reposent davantage sur les ambiances (entre Metallo et "Tracy"), très intenses. 

C'est solide mais un chouia trop fragmenté.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens/Lee Weeks) - Superman parti secourir Jon, revient en catastrophe à la ferme où Lois est surprise par Lloyd Crayton/Doombreaker. Jon, lui, a disparu avec la princesse Glyanna, reconduite sur P'luhnn par le robot lancé à ses trousses...

On ne va pas se le cacher : même si Lois & Clark 2 n'est pas désagréable à lire, c'est d'abord pour les dessins, somptueux, de Lee Weeks, superbement mis en couleurs par la géniale Elizabeth Breitweiser, qu'on lit ce titre. Encore une fois, la maîtrise de l'artiste pour la narration transcende un script très banal de Dan Jurgens.

L'idée même de revenir sur le séjour des Kent avec leur fils à la ferme (comme au tout début de l'ère Rebirth) donne le sentiment d'une histoire gadget, juste là pour nous rappeler l'adorable gamin que fut Jon Kent (avant que Bendis ne le fasse précocemment vieillir). Jurgens ajoute donc une historiette à cette période, en faisant référence à Doombreaker (créé à l'occasion des 30 de la parution de La Mort de Superman, écrite par... Jurgens - on n'est jamais mieux servi que par soi-même).

J'aurai préféré un exercice moins nostalgique et sentimental - surtout pour Weeks, dont je rêve que Tom King lui écrive une mini-série pour le DC Black Label.


- POWER GIRL REBORN (Leah Williams/Marguerite Sauvage) - Après avoir tenté de traiter Beast Boy et Supergirl, Omen a l'idée de faire appel à Jon Kent pour qu'elle et Power Girl sondent son cerveau. Elles vont y découvrir qui mène ses attaques contre leurs patients...

En revanche, j'aurai bien aimé que se poursuive Power Girl Reborn, modèle de back-up story fondée sur des personnages redéfinis de manière intelligente et une intrigue accrocheuse. Leah Williams a réussi en trois petits épisodes à me captiver avec le duo Omen-Power Girl reconvertis en thérapeutes pour super-héros. L'identité du méchant qui s'attaque à leurs patients pour atteindre PG fait son petit effet et renvoie aux meilleures aventures de la JSA.

Qui plus est, c'est toujours un plaisir de lire les planches merveilleusement belles de Marguerite Sauvage, qui représente les plongées dans l'esprit avec une imagination visuelle débridée et d'une élégance folle. Sauvage mérite vraiment plus de crédit, mais, je ne sais si c'est son choix de ne pas se fixer sur une ongoing ou un manque de confiance des editors qui la sollicitent, elle ne reste jamais suffisamment longtemps pour qu'on profite durablement de son talent.

Cette histoire se poursuivra dans un n° spécial Power Girl, par la même équipe créative, de 50 pages, à paraître fin Mai. Je serai au rendez-vous - en espérant que DC, Williams et Sauvage n'en resteront pas là.

mercredi 1 mars 2023

ACTION COMICS #1052, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Après un excellent début, la nouvelle formule d'Action Comics avec son collège d'auteurs et d'artistes confirme ses bonnes dispositions. L'ensemble des séries proposées est d'un très bon niveau, se lit tout seul, et s'avère un régal à regarder. Tout juste déplorera-t-on le côté un peu trop morcelé de la totalité...


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson, dessiné par Rafa Sandoval.) - Metallo vient de commettre son attentat contre le siège de SteelWorks, blessant au passage Connor Kent. Superman l'envoie dans l'espace. Mais qui détient vraiment la soeur de John Corben ?


Dans sa nouvelle formule, Action Comics accueille donc trois séries et celle qui porte le titre de la revue se taille bien entendu la part du lion. Philip Kennedy Johnson s'est embarqué dans une histoire qui a démarré pied au plancher, avec beaucoup de personnages à gérer. Sans doute trop car on peut déjà constater que la majorité de la Super-family fait de la figuration, s'exprimant peu, ayant peu de place pour agir. Superman, légitimement, occupe le devant de la scène.

Il faudra donc vérifier si le scénariste va rectifier cela sur la longueur, et si ce n'est pas le cas, sans doute le concept retenu risque de devoir être corrigé. Mais il n'empêche que c'est loin d'être désagréable à lire, car toujours mené avec beaucoup de tonus. L'intrigue tisse déjà des liens entre le mouvement Blue Earth (qui s'oppose aux aliens) et Metallo, et disculpe Luthor d'être derrière la détention de Tracy, la soeur de John Corben.

Au dessin, Rafa Sandoval fait un sans-faute. Son découpage est généreux et il est aussi à l'aise dans l'action que dans le dialogue. On distingue bien chaque personnage, et les couleurs de Matt Herms font le reste. C'est un comic-book qui a fière allure.
 

- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens, dessiné par Lee Weeks.) - Jon Kent assiste à l'atterrissage de la princesse Glyanna de P'luhnn non loin de la ferme des Kent. Peu après surgit un exécuteur envoyé par le père de la princesse chargé de la ramener pour qu'elle soit jugée pour trahison...
 
Sans Lee Weeks et la coloriste Elizabeth Breitweiser, reconnaissons qu'on n'aurait pas de quoi s'émerveiller devant les quelques pages de Lois & Clark. Mais le dessinateur, si rare, nous régale avec son trait si élégant et sa collaboratrice habille chaque plan avec une palette d'une classe confondante.

Dan Jurgens nous sert un récit sympathique, qui n'est pas renversant avec sa princesse traquée. Mais le clifhanger final attise notre curiosité.


- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Marguerite Sauvage.) - Omen et Power Girl reçoivent Supergirl qui a un trouble du langage. Le traitement va réveiller les tensions entre les deux Kara mais surtout l'origine de son mal..

J'aime le concept de cette deuxième back-up story et le nouveau cas traité par Omen et Power Girl ce mois-ci est savoureux puisqu'il implique Supergirl. Or, Kara Zor-L (PG) est en quelque sorte une variante de Kara Zor-El (Supergirl), et Leah Williams rappelle avec à-propos que Power Girl n'a jamais été vraiment admise dans la Super-family (puisqu'elle vient d'une Terre parallèle). In fine, on comprend surtout que quelqu'un cherche à s'en prendre à Power Girl via Supergirl et c'est accrocheur.

Marguerite Sauvage (tout comme Sandoval et Weeks) prouve que Action Comics est bien fourni en artistes de qualité puisque ses planches sont merveilleusement belles et entraînantes, avec une mise en couleurs qu'elle effectue elle-même et qui est absolument magique.

BIlan des courses : on aimerait que cette revue compte plus de pages pour que chaque série ait plus d'espace. C'est parfois frustrant, mais c'est aussi bon signe car lorsqu'on en veut plus, c'est que c'est bon. Et de ce point de vue, Action Comics confirme qu'elle est une excellente surprise, impeccablement pensée et éditée.

vendredi 27 janvier 2023

ACTION COMICS #1051, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


On dirait bien que Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Inifnite Earths), va d'abord profiter à Superman. Avant le relaunch de la série qui porte son nom (par Joshua Williamson et Jamal Campbell), Philip Kennedy Johnson, qui s'occupe déjà de la série depuis un moment, inagure avec ce n° 1051 une nouvelle formule. Et le résultat est enthousiasmant.


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson et dessiné par Rafa Sandoval). - Superman a rassemblé toute sa famille à Metropolis en pensant au futur de la ville. Un mouvement de protestation anti-alien, Blue Earth, fait pourtant part de son mécontentement à ce propos.


Et pour ne rien arranger, Lex Luthor, depuis sa cellule de prison, fait chanter Metallo pour qu'il commette un attentat contre le siège de SteelWorks...

Depuis Mars 2021 et le n° 1029, Philip Kennedy Johnson écrit Action Comics et le scénariste a tout de suite marqué les esprits en s'engageant dans une très longue saga dans l'espace confrontant Superman à Mongul sur le Warworld, et l'intégration à son récit de ce que Grant Morrison avait écrit dans sa mini Superman and the Authority.

Le mois dernier, alors que s'achevait 2022, Action Comics #1050 établissait un nouveau statu quo en restaurant l'identité secrète de Superman (révélée lors du run de Brian Michael Bendis - on voit que DC fait vraiment tout pour effacer ce que ce dernier a pu apporter...). Pour ceux qui n'ont pas suivi : Lex Luthor a kidnappé le magicien Manchester Black (qui avait aidé Superman sur le Warworld) pour effacer le souvenir de l'identité civile de Superman des esprits, mais pour ceux qui voudraient quand même tenter de percer ce secret, le sortilège peut les tuer. En l'apprenant, Superman affronte une énième fois Luthor et l'envoie derrière les barreaux, même si son adversaire lui a expliqué avoir fait ça pour lui rendre service.

Avant de se faire arrêter, Luthor avait offert une nouveau corps à John Corben alias Metallo en échange de ses services futurs. Superman, lui, réunit toute sa Super-famille à Metropolis pour des initiatives plus pro-actives et faire de la cité la vraie ville de demain (the city of tomorrow pour the man of tomorrow donc). Il est désormais entouré de Jon, son fils, Kon-El, Kenan Kong (le Superman chinois), Kara Zor-El (Supergirl), Natasha Irons et son père John (Steel), mais également deux orphelins adoptés sur le Warworld, Osul-Ra et Otho-Ra. Et bien sûr Lois Lane, son épouse.

L'arc qui s'ouvre s'appuie sur les dessins de Rafa Sandoval, et les couleurs de Matt Herms, ce qui explique qu'ils aient tous deux quitté si vite la mini-série Black Adam de Christopher Priest. Le résultat est superbe, confirmant les progrès de Sandoval, en qui DC place sa confiance car dessiner Superman est une vraie promotion. L'artiste régale le lecteur avec un découpage dynamique, une gestion parfaite d'un casting étoffé, et une aisance aussi bien dans les scènes calmes que mouvementées.

Kennedy Johnson accroche le lecteur avec une entame nerveuse et dense où le danger vient de toutes parts (le mouvement Blue Earth, Luthor, Metallo). C'est très engageant et le fait de mettre en scène toute la super-famille est une idée enthousiasmante, qui transforme la série en un team-book qui ne dit pas son nom. Je n'avais pas lu la saga du Warworld (seulement des résumés et critiques, applaudissant l'ambition sans cacher son inégalité). Mais là j'ai envie de voir ce que ça donne dans cette configuration.


- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens et dessiné par Lee Weeks). - Dans le passé, après le combat de Superman contre Doombreaker, Lois et Clark repartent d'installer dans la ferme des Kent avec leur fils Jon.


Alors que Batman avertit Superman qu'un éclat de Doombreaker a disparu, il s'avère que c'est Jon qui l'a récupéré pour protéger son père...

D'une certaine manière, il s'agit là encore d'un pied-de-nez adressé au travail de Bendis dont une des décisions narratives les plus controversées a été de vieillir Jon Kent, que tant de lecteurs adoraient comme super-son, partenaire de Robin/Damian Wayne dans la série du même nom et le run de Peter J. Tomasi sur Superman.

Dan Jurgens, qui sait qu'il ne peut revenir sur cet état de fait, désormais exploité par d'autres auteurs (Tom Taylor le premier), situe donc la suite de sa mini-série Lois & Clark dans le passé. Il renoue avec Lee Weeks, qui signait déjà les dessins, et  rien que pour ça, on est heureux de lire ce qui suit.

Pour le trentième anniversaire de La Mort de Superman, DC a publié un one-shot dans lequel il confrontait le man of steel au successeur de Doomsday, le Doombreaker. Je n'ai pas lu ce one-shot, mais j'ai quand même compris cet épisode qui y fait référence à travers un éclat perdu par le monstre et dont Batman craint qu'il tombe entre de mauvaises mains - ignorant que c'est Jon qui l'a récupéré en toute discrétion pour protéger son père.

Toutefois, Jurgens et Weeks introduisent un nouvel élément pour nourrir leur intrigue. Visuellement, soutenues par les couleurs splendides d'Elizabeth Breitweiser, les planches de Weeks sont un enchantement et rappellent que cet artiste n'a pas le crédit qu'il mérite (même si désormais il se consacre aussi à l'enseignement de la narration graphique à la Joe Kubert School).

Quant à Jurgens, s'il est un dessinateur que je n'apprécie pas beaucoup, c'est un auteur bien meilleur et qui dispose d'une marge de liberté avec ce type de récit.
 

- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage). - Suite aux événements de Lazarus Planet, Power Girl et Omen sont psychiquement liées et décident de travailler ensemble pour aider des héros.


Leur premier patient est Beast Boy que son combat contre Deathstroke a traumatisé... 

Action Comics #1051 permet aussi à Power Girl de revenir sous le feu des projecteurs - et c'est heureux puisqu'elle ne fait visiblement pas partie de l'histoire imaginée par Geoff Johns pour sa nouvelle version de Justice Society of America. La plantureuse blonde a souvent été considérée comme la cinquième roue du carosse kryptonien et c'est dommage.

Leah Williams, dont j'ai adoré X-Terminators (qui s'est achevé cette semaine), est aux commandes de cette histoire annoncée en trois parties (visiblement Action Comics va alterner les back-up stories). Il y est question de Lazarus Planet, l'event en cours piloté par Mark Waid et Gene Luen Yang, mais là encore, pas besoin de suivre ça pour comprendre ce qui se passe ici. Il suffit juste de savoir, comme on nous l'explique, que Power Girl, affectée par la magie déployée, et Omen, une membre des Titans, ont noué un lien psychique inattendu qui leur inspire une collaboration.

Ensemble, elles deviennent donc des espèces de thérapeutes pour super-héros traumatisés, ce qui rappelle l'idée initiale (mais hélas ! mal exploitée par Tom King) de Heroes in Crisis. Omen trouve le problème, envoie Power Girl dans le plan astral pour le résoudre. C'est ingénieux, et très bien écrit, avec un premier cas touchant.

Marguerite Sauvage met cela en image avec son style exubérant et si beau. Pour l'occasion, elle a redesigné les costumes de Power Girl (très élégamment, même si je regrette la cape et le body-suit)) et Omen (super classe). C'est toujours un plaisir de lire les planches de Marguerite Sauvage, ça ne ressemble qu'à elle, et elle embellit tout ce qu'ele illustre.

Ce n° est king-size (une cinquantaine de pages), ce qui signifie que la pagination sera réduite ensuite. Mais le sommaire avec une série principale et deux back-ups, embrassant toute la super-famille, avec des équipes créatives d'excellent niveau, rend la proposition très attractive.

samedi 30 avril 2022

THOR #24/750, de Donny Cates et Nic Klein, avec Walter Simonson, Dan Jurgens, J. Michael Straczynski et Olivier Coipel, Al Ewing et Lee Garbett, Jason Aaron et Das Pastoras


Je ne suis plus Thor depuis un bail, et le run de Donny Cates m'a vite découragé. Mais c'est un épisode spécial que celui-ci : ce numéro 24 est aussi le 750ème de Thor, si on prend en compte tous les volumes de ses séries. Donny Cates y fait équipe avec Nic Klein, mais partage l'affiche avec de prestigieux invités qui ont marqué l'histoire du dieu du tonnerre chez Marvel pour ses soixante ans de parution.
 

Thor prononce l'éloge funêbre de son père, Odin, récemment mort. L'ancien Père-de-tout et roi d'Asgard a droit à des funérailles de viking. Même si Thor partage sa peine avec son demi-frère, Loki...


- Prologue (Ecrit et dessiné par Walter Simonson.) - Comment Beta Ray Bill est devenu le guerrier légendaire qu'on connaît, après avoir été capturé et fait l'objet d'expériences...


- The Seduction (Ecrit et dessiné par Dan Jurgens.) - Muni d'armes qui corrompent son âme, Thor ne devra son salut qu'à l'intervention d'Odin et de son demi-frère, Balder le brave...


- Benedictions (Ecrit par J. Michael Straczynski et dessiné par Olivier Coipel.) - Thor convoque en Asgard un notaire humain pour qu'il rédige ses dernières volontés...
 

- What Comes Next (Ecrit par Al Ewing et dessiné par Lee Garbett.) - Loki surgit 14 milliards d'années dans le passé et prévient Taaia, la mère de Galactus, d'un grave danger imminent pour le Multivers...

- Who Wields Who ? (Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Das Pastoras.) - Il y a un million d'années sur Midgard, Odin doit affronter des géants de glace sans l'aide de Mjolnir qui refuse de lui obéir...

Il est loin le temps où j'ai aimé lire Thor. Je doute, à l'allure où vont les choses, renouer un jour avec ce plaisir. Le long run de Jason Aaron ne m'a séduit que lorsque Jane Foster a été jugée digne de soulever Mjolnir, avec les dessins magnifiques du (depuis) trop rare Russell Dauterman. Lorsque Donny Cates a succédé à Aaron, j'espérai quelque chose qui ne s'est pas produit, assistant affligé à une reprise survendu, malgré là encore un artiste doué (Nic Klein). En vérité, il faut remonter au run, trop court, de J. Michael Straczynski et Olivier Coipel (en 2007 !) pour que je me rappelle d'une proposition intéressante pour le dieu du tonnerre...

Alors JMS avait accepté d'écrire la série initialement offerte à Neil Gaiman, en s'inspirant de thèmes et motifs chers à ce dernier (l'existence des dieux validée par la foi des humains). Avec Coipel, le scénariste fit de Thor un personnage revenu d'entre les morts et confronté aussi bien à sa mortalité qu'à la responsabilité de restaurer Asgard, de trouver une raison d'être au panthéon nordique, le tout dans le décor bien décalé d'une bourgade américaine.

Malheureusement, Marvel gâcha tout en précipitant Thor dans un event par ailleurs raté, Siege, écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par... Coipel, qui venait de quitter la série. JMS, déçu qu'on interfère avec ses plans, claqua la porte de Marvel pour s'exiler chez DC. Matt Fraction tenta, encore avec Coipel, de relancer la machine, sans convaincre. Puis Jason Aaron s'installa sur le titre, avec Esad Ribic...

Aujourd'hui, Cates vient d'achever un arc dans lequel il a sacrifié, au terme d'une intrigue d'une rare bêtise, Odin. Marvel a fait ses calculs et compté que ce 24ème épisode coïncidait avec la 750ème aventure du dieu du tonnerre, tous volumes et titres solos confondus. Je n'ai pas vérifié l'exactitude de cette comptabilité, mais l'éditeur a mis les petits plats dans les grands en publiant une giant-size issue de plus de 60 pages.

L'épisode s'ouvre et se ferme avec les funérailles grandioses d'Odin. Enfin.. Supposément grandioses, car, mise à part une double-page au début effectivement impressionnante, le reste est plutôt cadré serré, intimiste, et n'impressionne guère. L'émotion fait cruellement défaut tant le discours prononcé par Thor manque de personnalité, parasité par une voix off envahissante et inutile. Cates est décidément incapable de produire autre chose que de l'épate-couillon, ce qui lui réussit dans ses creator-owned abîmant immanquablement ce qu'il produit pour Marvel. Quant au dessin de Nic Klein, je lui reconnais une technique certaine, mais par contre je n'aime pas du tout la manière dont il représente Thor, si loin de ce qu'un Kirby, un Buscema, un Romita Jr ou un Coipel en ont fait.

Plus là pour célébrer les soixante ans du dieu du tonnerre que pour accompagner le cortège désolant de Cates, les invités sont plus inspirés, c'est un comble. Que Walter Simonson, cette légende vivante qui a révolutionné le personnage, nous conte les origines de Beta Ray Bill et c'est une leçon humiliante pour Cates et Klein tant, en quelques pages, il donne un souffle plus épique que dans les 23 épisodes du run actuel.

Dan Jurgens se charge lui aussi du texte et des dessins de sa partie. On peut regretter que Marvel n'ait pas laissé John Romita Jr l'accompagner - ou pas si on se fie au dramatique niveau affiché par l'artiste sur le relaunch de The Amazing Spider-Man paru cette semaine. Ce segment, censé mettre en avant Balder le brave, loupe un peu le coche, et l'encrage de Klaus Janson est affreux.

Et puis, ô joie ! J. Michael Straczynski et Olivier Coipel entrent en scène et c'est le retour des enfants prodigues. C'est magnifique, subtil, et ça rappelle à quel point en une douzaine d'épisodes, ces deux-là ont redéfini Thor, mieux que tout ceux qui leur ont succédé. Ah si seulement Joe Quesada n'avait pas fourré son nez là-dedans il y 14 ans...

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, voilà que Al Ewing et Lee Garbett se joignent à la fête. Le scénariste estimait, lui aussi, avoir été empêché d'écrire Loki, Agent of Asgard, comme bon lui semblait (son run ayant quand même été traversé par trois events !). Mais il a, de son propre aveu, accepté de rempiler, avec à la clé sa prochaine mini-série Defenders Beyond, où il renouera avec le Dieu de la Malice. Lee Garbett nous régale avec des planches à tomber.

Evidemment, Jason Aaron, le fossoyeur de Thor, se pointe pour une énième variation sur son obsession débile (Mjolnir et qui mérite de le brandir). C'est donc répétitif et assommant, mais les dessins de Das Pastoras ont un certain cachet.   

Je vous fais grâce du cliffhanger qui annonce le crossover Banner of War, avec le concours de qui a la plus grosse entre Thor et Hulk, concocté par Cates, et qui ne semble être là que pour confirmer pourquoi j'ai arrêté de croire que Marvel voulait que le dieu du tonnerre soit au coeur de bonnes histoires.

Un n° anniversaire peu digeste donc, mais avec quelques pépites qui raviront les fans d'une époque bien révolue.

lundi 17 décembre 2018

SUPERGIRL #25, de Marc Andreyko et Emanuela Lupacchino, avec Dan Jurgens, Brad Walker, Tom Derenick


Je redoutais un peu la sortie de ce #25 de Supergirl car DC fête à chaque fois qu'une série atteint ce cap des deux ans avec un contenu plus riche. Allait-il affecter l'histoire en cours ? En fait, non : Marc Andreyko poursuit son intrigue, accompagné cette fois d'Emanuela Lupacchino, puis deux back-ups complètent le programme. J'ai choisi de ne critiquer que l'épisode central, les deux autres segments ne présentant aucun intérêt.


Supergirl, Krypton et Z'ndr Kol sont entrés dans la constellation de Corvus à 27 années-lumière de la Terre, là où flottent désormais les restes de Krypton. Cette zone est toxique et affecte Kara Zor-El et son chien.


Elle doit enfiler une combinaison de protection filtrant la kryptonite et sortir inspecter les environs. C'est alors qu'elle est brutalement agressée par Splyce, la gardienne des lieux.


Z'ndr la prévient qu'elle ne doit pas s'attarder et, effectivement, entre la bataille qu'elle mène et les émanatiosn de kryptonite, Supergirl n'est pas à la fête. Sujette à des hallucinations, elle se revoit avec son père qui créa une machine capable de sauver leur planète.


Puis Supergirl voit Rogol Zaar : elle en déduit alors qu'il a dû s'emparer de cette machine et la détourner pour provoquer la destruction de Krypton. Dans un sursaut, elle écarte Splyce et s'apprête à rejoindre Z'ndr et Krypto.


Mais c'est alors que les deux adversaires disparaissent, téléportées dans le laboratoire de Harry Hohum, maître de Splyce et désireux de pratiquer des expériences sur Supergirl...

On constatera d'abord que la série continue d'être gâtée visuellement, depuis sa reprise en main par Marc Andreyko, car cette fois, après Kevin Maguire et Evan Shaner (qui reviendront pour le premier le mois prochain et pour le second un peu plus tard), c'est Emanuela Lupacchino qui dessine.

Le talent de l'italienne n'est plus à discuter. Par contre, son statut chez DC interroge : pourquoi l'éditeur ne lui fait-il pas davantage confiance en lui donnant une série régulière au lieu de lui faire jouer les intérimaires à droite et à gauche ? C'est frustrant car une fois encore, elle rend une copie impeccable.

Le dessin de Lupacchino convient parfaitement à Supergirl - elle est naturellement douée avec les héroïnes. La voir passer après l'expérimeté Maguire et le très bon mais peu ponctuel Shaner conserve au titre une cohérence esthétique très agréable. L'épisode, riche en action et révélations, est découpé avec savoir-faire, l'artiste s'en sort impeccablement. Vraiment, elle mérite mieux que de passer en coup de vent.

Pour sa part, Andreyko continue de creuser son intrigue et l'enquête de Supergirl avance bien. La voir débarquer précisément là où a été détruit Krypton fournit une conséquence logique : l'endroit est plein de kryptonite et affecte donc l'héroïne et son chien.

Malgré une combinaison de protection, elle affronte difficilement une adversaire coriace, mais le combat est plus une difficulté supplémentaire qu'un réel enjeu car, sujette à des hallucinations, Kara comprend ce qui a dû/pu se passer pour que Rogol Zaar commette son crime. C'est habilement amené.

Si on doit émettrer un bémol, c'est que la série est très classique : Andreyko suit son plan et ne va pas plus loin. Il a hérité du Man of Steel de Bendis un argument (l'investigation de Supergirl) et il s'y tient mordicus. De quoi faire croire que Bendis le téléguide, alors que ce n'est pasle cas (il est trop occupé par ses propres séries actuelles et celles à venir). On aimerait un tout petit plus de folie, d'incertitude, et Andreyko au contraire nous rassure (Z'ndr déclarant pouvoir retrouver Kara car sa combinaison de protection possède un traceur).

Mais ne boudons pas notre plaisir : Supergirl est indéniablement une série reposante, à lire pour se délasser, bien exécutée. C'est sans doute un peu limité, mais au moins on sait où on met les pieds. 

lundi 17 février 2014

Critique 414 : THOR - A LA RECHERCHE DES DIEUX, de Dan Jurgens, John Romita Jr et John Buscema


J'ai acquis il y a quelque temps ce volume de presque 300 pages pour un petit prix et qui propose le début du run du scénariste Dan Jurgens sur la série THOR, dont c'était le 2ème volume. Le dessins sont signés par John Romita Jr (#1-7, 10-12) et John Buscema (#9). 
Curieusement, cette édition (au format poche, publié dans la collection Succès du Livre de Paninicomics) escamote l'épisode 8, mais cela ne nuit pas à la compréhension de l'histoire.
L'action débute à New York lors d'une prise d'otages dont l'auteur réclame de parler à Thor. Celui-ci se présente et découvre que le preneur d'otages prétend être Heimdall, le gardien du pont arc-en-ciel d'Asgard. Ils s'y téléportent et découvrent la glorieuse cité en ruines et désertée. Désemparé, Thor ramène l'homme sur terre et le confie à Jane Foster, la femme mortelle dont il a été épris et qui travaille dans un hôpital de la ville.
Mais déjà Thor est appelé ailleurs : sur les docks, ses amis Vengeurs affrontent... Le Destructeur, dont l'armure est occupée par un militaire aigri. La bataille fait rage et coûte la vie au dieu du tonnerre qui sombre dans le royaume d'Héla, la déesse des morts.
Là, l'énigmatique Marnot arrache Thor à celle qui le convoitait mais ce service a un prix : désormais Thor, qui veut découvrir ce qui est arrivé à Asgard, devra partager son temps avec l'enveloppe d'un ambulancier, Jake Olson, mort lui aussi durant la bataille contre le Destructeur. 
Thor doit apprendre à connaître les secrets de la vie de Jake Olson qui avait entamé une relation avec Hannah, mère d'une adolescente qui ne s'entendait pas avec l'ambulancier. Il devra aussi affronter Sedna, une créature de la mer, convaincre Hercule de l'aider, subir les assauts de Majest Zelia et Perrikus...


La série THOR avait, avant ce run, connu des auteurs emblématiques comme Jack Kirby (dont c'était un des héros fétiches) ou Walt Simonson (qui l'a animé comme scénariste et dessinateur). Avec ces épisodes, Dan Jurgens hérite du personnage au lendemain de l'event Heroes Return (lui-même issu de Heroes Reborn et la saga Onslaught). Il lui revient de donner un second souffle au dieu du tonnerre, qui a toujours occupé une place à part chez l'éditeur (ce n'est pas un de ces super-héros à problèmes traditionnels).
Le point de départ n'est pas spécialement original : il s'agit à nouveau d'une histoire où la fin d'Asgard fournit l'argument pour que Thor soit embarqué dans une série d'aventures qui vont converger dans une bataille épique et la restauration du royaume des dieux nordiques.
Néanmoins, Jurgens évacue un élément important en n'utilisant pas Don Blake, l'alter ego mortel du dieu du tonnerre. A sa place, on a droit à l'ambulancier Jake Olson, guère plus original, et dont la création semble surtout servir de prétexte pour justifier l'existence et les manigances du personnage de Marnot.
Pour le reste du casting, Jurgens exploite une galerie de seconds rôles charismatiques, qui interviennent ponctuellement (Namor - une idée intéressante de réunir deux monarques, même si elle est juste effleurée ici. Roger Langridge dans Thor the mighty avenger les réunira sans, non plus, avoir le temps de creuser leur relation) ou s'inscrivent dans la trame générale de l'intrigue (le Destructeur, Hercule). Dans la dernière ligne droite du récit, des partenaires familiers de Thor font aussi leur apparition (Balder, Sif, les trois guerriers, Odin).
Tout cela est mené sur un rythme soutenu, même si les dialogues ampoulés (et traduits avec zèle) et un subplot ralentissent occasionnellement l'action. Jurgens prend le parti affiché de livrer une histoire où la baston est prédominante au détriment de la psychologie, qu'il s'agisse des bons ou des méchants (encore des conquérants déchus par Odin qui veulent se venger).
Bref, si on cherche un divertissement spectaculaire, qui ne demande pas de réflexion mais offre son lot de bagarres épiques et d'acteurs manichéens, ces épisodes remplissent parfaitement leur rôle. Mais on peut quand même préférer une autre approche, que ce soit en matière de rythme (avec par exemple le court mais très beau passage de J. Michael Straczynski et Olivier Coipel - le volume suivant celui de Jurgens) ou d'ambition (Kirby ou Simonson donc). Pour ma part, j'ai mis un certain temps avant d'attaquer la lecture de ce livre acheté sur un coup de tête, motivé par son rapport quantité/prix, et j'ai aussi mis du temps à adhérer au style de Jurgens, plus mécanique qu'inspiré. J'ai fini tout ça avec une impression mitigé : c'est distrayant mais bourrin, un peu lassant.

Ces sentiments partagés, on les retrouve aussi dans la partie graphique. A l'exception du fill-in dessiné par John Buscema et encré par Jerry Ordway, d'un superbe classicisme, d'une classe folle, les dessins de John Romita Jr encrés par Klaus Janson ont les défauts de leurs qualités.
Pour ce qui est d'enchaîner les séquences coup de poing vraiment ravageuses, on peut compter sur JR Jr qui connait son affaire et prouve son savoir-faire. L'apport de Janson est minimal : c'est lui mais en vérité, n'en déplaise à ses fans, ça pourrait être un autre qu'on ne verrait pas une grande différence. Il est loin le temps où ce bon vieux Klaus finissait et embellissait les crayonnés des artistes plus ou moins doués que lui, et je ne parle même pas de son run sur Daredevil avec Frank Miller où il était l'encreur le plus impressionnant qui soit, avec des effets de lumière, de texture merveilleux. Maintenant, il ne fait guère plus que ce qu'un encreur lambda accomplit, et je n'ai jamais trouvé que son association avec Romita Jr avait abouti à un résultat particulier (comparez avec ce qu'apportait Al Williamson au même dessinateur et vous comprendrez).
En revanche, quand il s'agit d'illustrer des scènes plus calmes avec des personnages plus ordinaires, les faiblesses de Romita Jr sautent au visage : l'expressivité est réduite au minimum, les attitudes sont figées, les compositions ordinaires... En rendant son dessin plus efficace, plus productif, Romita Jr a aussi négligé puis abandonné tous les aspects du graphisme qui pouvaient le rendre plus subtil, plus varié. A ce régime-là, les séries qu'il anime souffrent toujours d'une espèce de grossièreté dans l'exécution (encore pire quand il se contente de tracer des layouts, laissant le gros du boulot à ses encreurs). C'est dommage car, quand il s'inspirait moins de Kirby et plus de son père, JR Jr était finalement un dessinateur plus complet.

Bon, malgré tout, tout ça n'est pas désagréable à lire, et même, vers la fin, c'est suffisamment tonique pour devenir un "page-turner" assez redoutable. Il manque juste un peu d'âme et de finesse dans ce monde de brutes où d'autres auteurs, avant ou après Jurgens et Romita Jr, ont prouvé que l'univers de Thor ne saurait se résumer aux aventures d'un géant blond avec un gros marteau lançant des éclairs...

mercredi 27 avril 2011

Critique 224 : MARVEL : LES GRANDES SAGAS 2 - THOR, de Dan Jurgens et John Romita Jr



Après l'album consacré à Spider-Man, et alors que vient juste de sortir en salles son adaptation cinématographique (réalisée par Kenneth Branagh, avec Chris Hemsworth), le deuxième volume de la collection des "Grandes Sagas Marvel" est logiquement dédié à Thor.
Le livre contient deux histoires : la première porte sur les 4 premiers épisodes du volume 2 de la série The Mighty Thor, écrite par Dan Jurgens et dessinée par John Romita Jr, datant de Juillet à Octobre 1998 ; la seconde est un one-shot écrit et dessiné par Alan Davis, publié en Décembre 2008.
Le run de Dan Jurgens a commencé après le crossover Onslaught initié par Jim Lee et Rob Liefeld, à l'époque où ils étaient les deux artistes-vedettes de Marvel : dans cette saga, tous les héros Marvel affrontaient une entité surpuissante qui les exilait dans une dimension parallèle, laissant émerger dans l'univers 616 classique de nouveaux personnages (dont les plus célèbres restent les Thunderbolts). Mais les retards pris par Lee, Liefeld et consorts dans la réalisation des nouveaux titres ainsi qu'un mauvais accueil du public face à cette révolution a convaincu l'éditeur à faire marche arrière et à ramener sur le devant de la scène tous ses héros exilés. C'est ainsi que Thor a profité de l'occasion pour faire son retour, mais Dan Jurgens réserva quelques surprises de taille aux lecteurs comme on le découvre dès les épisodes repris dans ce recueil.
*
- Thor (vol.2) 1-4 : A la recherche des dieux - En parlant du diable - Un dieu, un homme - Cendres et poussières.
Ces quatres chapitres développent deux récits en deux actes chacun : d'abord, Thor et les Vengeurs doivent affronter une nouvelle incarnation du terrible Destructeur, la création d'Odin pour contrer les Célestes. La bataille est si rude que Thor est d'abord vaincu et échoue en Hel, au royaume d'Héla, la déesse nordique des enfers. Mais l'énigmatique et puissant Marnot le tire de là pour également sauver le secouriste Jake Olson - dont, comme il le découvre ensuite, le dieu du tonnerre va devenir l'alter ego...
Ensuite, Thor a affaire à Sedna, une sirène, tout près de l'asservir si Namor ne s'en mêlait. Pendant ce temps, dans Asgard dévastée (toujours à la suite de la lutte contre Onslaught), Majest Zelia, Perrikus et Adva , qui détiennent Odin, préparent leur attaque contre la Terre, à l'insu du dieu du tonnerre...

- Thor : Vérité historique est un épisode réalisé dix ans après mais qui se déroule en marge de la continuité. C'est une amusante visite de Thor et les 3 Guerriers (Fandral, Hogun et Volstagg) dans l'Egypte des Pharaons, où l'origine du Sphinx de Gizeh est réécrite avec fantaisie et beaucoup d'action.
*
Si, comme pour le recueil précédent, les épisodes choisis par Panini pour soi-disant initier des néophytes au personnage de Thor avec la sortie du film est très discutable, étant donné les libertés qu'avait prises Jurgens avec le héros, il n'en demeure pas moins que la découverte de ces chapitres est très distrayantes.
Dan Jurgens donne la part belle à l'action dans ses scénarios survitaminés où les affrontements spectaculaires se succèdent à toute allure et les rebondissements et les subplots abondent. Le fait (peut-être) le plus notable est que l'alter ego de Thor n'est plus Donald Blake mais l'infirmier Jake Olson, ce qui constitue un clin d'oeil savoureux à la romance entre Blake et Jane Foster (qui apparaît fugacement) depuis les origines de la série. Le scénariste donne à la personnalité de Thor le premier rôle quelle que soit son enveloppe puisque, même après que Marnot l'ait soustrait des griffes d'Héla, le dieu du tonnerre continue de s'exprimer dans le corps de son hôte mortel et doit, en conséquence, improviser avec la vie de ce dernier, qui a une liaison avec une mère de famille et est manipulé, à son insu, par son collègue Demetrius.
Jurgens intègre également dès le début à la série des guest-stars puisque les Vengeurs puis Namor combattent aux côtés de Thor dans ces quatre épisodes. Là où les décisions éditoriales de Panini sont plus frustrantes, c'est quand on découvre les subplots introduits par le scénariste, concernant les plans de Demetrius, de Sedna, de Majest Zelia, encore en suspens à la fin de ces quatre épisodes : pour connaître la suite, il faut se procurer des exemplaires de la défunte revue "Marvel Elite" où fut publiée la série...

John Romita Jr assure la partie graphique : un choix qui coule de source tant l'influence de Jack Kirby est devenue manifeste dans le style de l'artiste. Il sait donner à Thor toute la puissance que requiert ces épisodes et ses scènes de baston sont d'une énergie décoiffante. Klaus Janson encre ceci avec beaucoup plus de soin (même si ce n'est pas du grand Janson - mais Janson est-il encore capable d'être grand ?) que sur Avengers où il a retrouvé JR Jr. Enfin, la colorisation de Gregory Wright est également parfaite.
*
Le one-shot d'Alan Davis ne restera pas dans les mémoires comme d'autres comics du maître anglais, mais il a le mérite d'être très amusant et punchy, délicieusement anachronique, ironiquement révisionniste, comme quand Stan Lee s'employait à revisiter l'Histoire.

C'est surtout pour ses (toujours) admirables dessins, encrés par Mark Farmer, que Davis nous régale : ses planches ont une vigueur incomparable dont la pleine mesure éclate dans les scènes de combat (ici, Thor contre le Griffon géant cracheur de feu). C'est un beau bonus pour cet album déjà très tonique.
*
Un recueil revigorant : à suivre, dans deux semaines, Iron Man par Warren Ellis et Adi Granov.

jeudi 25 juin 2009

Critiques 64 : JUSTICE LEAGUE OF AMERICA 0 & TORNADO'S PATH, de Brad Meltzer et Ed Benes



Après avoir passé en revue tous les crossovers importants de DC depuis 1985, force est d'admettre que les cartes ont été amplement rebattues, pour le pire et/ou le meilleur. Quoiqu'il en soit, au terme de 52, la firme de Broadway avait le champ libre pour relancer au numéro 0 ses deux séries-phares (du moins celles dont les équipes de super-héros tenaient la vedette) : la JLA et la JSA.
Il est donc temps de voir ce que ces "relaunchs" ont donné, et je commencerai donc par le premier arc de la nouvelle JLA, inauguré par un curieux n°0...
*
Justice League of America #0 a été publié par DC Comics en Juillet 2006, sur un scénario (ou plutôt un canevas) signé Brad Meltzer et illustré par plusieurs dessinateurs (dont je donnerai la liste complète à la fin de cet article).
Puisqu'il n'y a pas d'histoire à proprement parler dans ce numéro, mais plutôt une succession de séquences se déroulant dans le passé, le présent et le futur de l'équipe, passons tout de suite à l'analyse de l'ouvrage.
*
Avec les bouleversements survenus à la fin d'Infinite Crisis, le retour de la JLA se devait d'être un évènement piloté par des auteurs à la hauteur. Une année s'était passée, dont les détails furent racontés dans l'hebdomadaire 52, et DC devait proposer une refonte du titre à la fois surprenante et accessible, respectant cependant le "bagage" de la continuité avec toutes les incarnations que connut son groupe de super-héros le plus fameux : synthèse périlleuse...
Relancer la Justice League of America avec une nouvelle équipe créative était un challenge difficile, pour ne pas dire impossible : des fans allaient forcèment râler, et rien n'assurait que de nouveaux lecteurs seraient séduits. Mais c'était aussi une opportunité de revitaliser le titre, en le purgeant de nombreuses scories, en osant emprunter une nouvelle direction, un nouveau casting.
En confiant cette tâche à Brad Meltzer, DC faisait le choix de la qualité et de l'audace : n'était-il pas l'homme qui avait réussi avec Identity Crisis à bousculer les conventions en rédigeant une histoire dérangeante mais à l'écriture soignée ?
Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, Meltzer a pris les chemins de traverse : dans ce numéro 0, c'est à un voyage au coeur de l'histoire de la JLA qu'il nous convie, un périple dont la "trinité" formée par Superman, Batman, et Wonder Woman sont les guides. A travers eux, nous allons revivre en une multitude de flashes des épisodes d'hier, d'aujourd'hui et même de demain, au moment même où ils se réunissent pour décider si leur équipe doit renaître de ses cendres - et avec qui, comme nous le révèlera Tornado's path.
Pour chaque période, Meltzer s'exprime via un de ces trois illustres personnages, avec leur sensibilité, leur vision des choses : qu'ont-ils retenu de toutes leurs aventures communes ? Et dans quelle mesure l'enseignement qu'ils vont en tirer va les inspirer ? Plus encore : quel avenir se dessine pour eux et la Ligue ?
On peut reprocher au scénariste, avec ce procédé, d'égarer le lecteur (a fortiori débutant) et de ne pas avoir (su choisir) un vrai point de vue. C'est particulièrement éloquent lorsque Meltzer nous montre d'hypothétiques scènes dans le futur, où l'on se demande s'il nous révèle de possibles et réelles histoires à venir ou s'il s'amuse simplement à nous lancer sur des pistes n'ayant aucune chance d'être exploitées. Les éditeurs de DC ne voient eux-même certainement pas aussi loin que Meltzer... Même si certaines scènes sont troublantes (ainsi, on devine qu'il arrivera malheur à Batman lors d'un dialogue entre Superman et Wonder Woman. Meltzer savait-il alors que Grant Morrison allait signer Batman R.I.P. ?).
Chacun appréciera (ou non) cet exercice d'anticipation...
En revanche, l'évocation du passé ponctuée par ce qui se passe aujourd'hui et ce qui a suscité la réunion de Superman et Wonder Woman dans la Batcave de Batman (la décision de ranimer la JLA et le choix de ses membres) est tout à fait plaisante : c'est exposé avec rythme, connaissance, souci de clarté, et l'entreprise permet d'apprécier la contribution d'une foule d'artistes très différents pour illustrer chaque époque. Tous ces dessinateurs ont effectué un formidable travail, certains recréant même le style des épisodes passés cités par Meltzer. Il se dégage de tout cela un étrange mélange de sentiments : nostalgie, excitation, expectative...
Si le but recherché était dee mettre l'eau à la bouche tout en adressant un clin d'oeil à la mythologie, c'est indéniablement réussi.
*
Et comme promis, en conclusion, voici la liste des artistes crédités pour ce n°0 : Ed Benes, George Pérez, Jim Lee, J. H. Williams, Gene Ha, Dick Giordano, Eric Wight, Tony Harris, Kevin Maguire, Dan Jurgens, Howard Porter, Luke McDonnell, Rags Morales, Ethan Van Sciver and Phil Jimenez.
*
Maintenant, place à l'action !

Justice League of America : Tornado's path est donc le premier récit, comptant 7 chapitres, mettant en scène la nouvelle muture de l'équipe. Le scénario a été écrit par Brad Meltzer et les dessins ont été réalisés par Ed Benes (encrés par Sandra Hope). Ce story-arc a été publié en 2006-2007 par DC Comics.
*
La Bat-cave sert de décor à une réunion importante entre Batman, Superman et Wonder Woman : ceux-là même qui avaient dissous la Ligue de Justice (après Infinite Crisis) débattent de l'opportunité de la reformer puis de qui y intégrer. Chacun a ses favoris et ses arguments pour défendre ses candidats, le casting va être l'objet d'âpres négociations.
Diana vise l'efficacité et la complémentarité. Clark désire des membres motivés et aux aspirations nobles. Bruce privilégie la confiance (normal, après que ses "collègues" aient voulu le rendre amnésique suite à ce qui s'est passé dans Identity Crisis...).
Cependant, Roy Harper et Hal Jordan s'entretiennent de leurs projets lorsqu'ils sont interrompus par la bague de Green Lantern : Kathy, la compagne de Red Tornado, s’inquiète car l'androïde, sévèrement blessé mais normalement capable de se reconstruire, ne revient pas à lui aussi vite que d'habitude...
Par ailleurs, Jefferson Pierce, alias Black Lightning, mène l'enquête, en se faisant passer pour un émissaire de Lex Luthor, au sujet de la disparition inexpliquée et récente de plusieurs super-vilains - spécialement Plastique et l'Electrocuteur.
Celle qui pourrait le savoir est Vixen mais elle est justement piègée en allant à la rencontre de la Question ...
Dans l'ombre sont à l'oeuvre T.O. Morrow, l'inventeur de Red Tornado, qui s'est allié avec Felix Faust et Salomon Grundy. Et si Morrow est là, Amazo n'est pas loin non plus : la situation s'annonce explosive et la JLA n'attendra pas longtemps pour reprendre su service !
*
Comme Red Tornado, la JLA est encore en pleine reconstruction et il faudra 7 épisodes à Brad Meltzer pour réassembler toutes les pièces d'une intrigue complexe mais, disons-le tout net et sans attendre, bien moins convaincante qu'Identity Crisis (qu'il considèra comme sa première histoire avec la JLA).
Si l'on cherche une analogie au processus de fabrication du récit ici proposé, c'est à une recette de cuisine qu'on pense : une pincée d'existentialisme chez Red Tornado, un peu de totem de Vixen, un zeste de magie de Felix Faust, quelques grains de savant fou façon T.O. Morrow, une pointe de mort-vivant avec Salomon Grundy, quelques gouttes de réplicant fou genre Amazo, le tout pimenté par les négociations du trio Batman-Wonder Woman-Superman, et le plat est prêt à être servi !
Mais le met est-il bon pour autant ? Pas autant qu'il aurait pu (dû ?)... En fait, Meltzer s'amuse avec le lecteur en ne lui donnant pas ce à quoi il s'attend - ce à quoi il était en droit d'attendre même. Finalement, c'est moins la refondation de l'équipe que des intrigues séparées mais se croisent qu'il s'agit : ces jonctions doivent former par la force des choses un groupe et un récit, mais si cette nouvelle Ligue comporte quelques bonnes surprises, ce dans quoi elle est embarquée est moins captivant à force d'être délayé.
Le lien entre tous ces évènements est l'androïde Red Tornado, décrit comme une version de Pinocchio... mais plus violente. Choisir d'axer l'histoire autour de ce héros de seconde zone n'est pas une option vraiment passionnante (à moins d'adorer le personnage). Ensuite, Meltzer, fidèle à sa réputation, ne ménage pas le lecteur avec des effets "gore" qui sont franchement complaisants ici. On a alors la désagréable impression qu'Authority s'est invité dans les pages de la JLA, comme si la parodie avait eu raison de l'original dont elle s'est inspirée - un comble !
*
Le dessin détaillé et massif d'Ed Benes souligne cette tendance "dure" avec laquelle Meltzer traite son sujet. L'artiste brésilien est un bon artisan au style solide, dans la veine d'un Jim Lee, et il respecte fidèlement les directives du scénariste. Les amateurs de planches (souvent doubles) spectaculaires seront comblés, mais ceux qui préférent la fluidité et la finesse devront passer leur chemin.
J'ai en outre trouvé que Benes affichait des faiblesses préjudiciables dans ce type d'entreprises, incapable de varier le physique de ses héros et héroïnes - les premiers sont tous des armires à glace aux mâchoires carrées, les secondes des créatures pulpeuses aux poses exagérèment sexys. Le casting fourni de cette nouvelle Ligue souligne ces lacunes.
Lorsqu'on repense à l'association de Meltzer avec un graphiste bien plus complet comme Rags Moralès, la comparaison n'est pas favorable à Benes.
*
Néanmoins, le scénariste a bien compris 5 points essentiels à une renaissance de la JLA comme équipe et comme titre :
- 1/ elle doit inclure les icônes du "DCverse",
- 2/ elle doit s'ouvrir à de nouvelles recrues,
- 3/ elle doit être intimement connectée à l'Univers DC,
- 4/ elle doit avoir des ennemis dignes d'elle,
- et 5/ elle doit savoir surprendre ses lecteurs.
A l'évidence, Meltzer aime ces personnages et écrire leurs aventures, mais justement cette affection l'empêche de rendre une copie plus satisfaisante et plus mesurée.
Le précédent "revival" de la JLA avait été dirigé par Grant Morrison et l'écossais s'était appuyé sur une formation plus classique mais aussi plus dense, celle des "big 7" – Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash, Martian Manhunter et Aquaman. L'équipe avait de l'allure et de la consistance car elle n'était composée que de héros icôniques.
Meltzer a converti le concept des "big 7" de Morrison en "big 3" : sa Ligue repose toute entière sur le trio emblèmatique Superman-Batman-Wonder Woman, qui, du coup, fait immanquablement de l'ombre au reste de l'équipe. On passe trop de temps à passer en revue tous les membres susceptibles d'intégrer la Ligue et pas assez à les voir en action. 7 épisodes, souvent long d'une trentaine de pages, avec d'abondants dialogues et des voix-off envahissantes, ont raison de notre patience.
*
Même si ce n'est pas une mauvaise bande dessinée, ce recueil ne provoque pas une adhésion suffisante, à la fois compte tenu des enjeux d'un tel relaunch et des qualités de ses auteurs. Un départ aussi laborieux plombe une série, a fortiori quand elle doit être relancée, et c'est la raison pour laquelle, après le crossover avec la JSA qui suivit cet arc, je n'ai suivi que de loin le titre.

mardi 16 juin 2009

Critique 61 : ZERO HOUR - CRISIS IN TIME, de Dan Jurgens et Jerry Ordway



Zero Hour: Crisis in Time est une mini-série en 5 épisodes, publiée en 1994 par DC Comics. Le véritable déclencheur de cette histoire est le Green Lantern Hal Jordan, membre du Green Lantern Corps, qui, devenu fou après la destruction de sa ville natale, Coast City, perd le contrôle de lui-même et devient Parallax. Sous cette forme, il entreprend de détruire pour le recréer l'univers DC.
Conçu comme un compte à rebours, le récit a été diffusé avec une numérotation inversée, commençant avec le 4ème épisode et se terminant avec le n°0.
On doit cette histoire à Dan Jurgens, qui l'a écrite et dessinée, et Jerry Ordway à effectuant l'encrage.
*
DC a présenté, par la suite, Zero Hour: Crisis in Time comme la saga intermédiaire entre Crisis on infinite earths et Infinite Crisis : le sous-titre en a d'ailleurs été subtilement modifié pour devenir "(A) Crisis in Time". Il s'agissait d'opérer la même action sur les lignes temporelles du "DCverse" que celle qu'avait accompli COIE avec les mondes parallèles : effectuer une synthèse, les unifier en une seule trame.
Mais cette série a aussi permis de résoudre certains problèmes en suspens depuis Crisis : la révision de certains personnages de l'univers post-Crisis s'était effectuée alors que d'anciennes versions de ces mêmes héros continuaient à être utilisées, une ou plusieurs années après la Crise (voir la réécriture des origines de Superman dans The man of steel ou de Batman dans Batman : year one).
Un personnage comme Hawkman posait le problème d'une manière encore plus frappante : la nouvelle version du guerrier aîlé n'apparut qu'en 1989 ! Dès lors, quel Hawkman était animé entre 1986 et 89 ? La Légion des super-héros présentaient les mêmes aberrations avec la suppression de Superboy et Supergirl de la continuité DC. Toutes ces réécritures ne furent en outre pas toujours très appréciées par les lecteurs.

*
L'histoire commence dans une réalité alternative, Alpha Centurion, d'où des versions de Batgirl et Triumph surgissent pour apparaître dans l'univers DC classique, ce qui créé la confusion. Une vague de "néant" provenant de la fin des âges commence à effacer des pans entiers du temps, d'une manière qui rappelle la vague d'anti-matière (dans COIE).
Ce phénomène semble apparemment causé par le super-vilain Extant
, anciennement connnu comme Hawk (du tandem héroïque Hawk & Dove) : il a acquis des pouvoirs affectant le cours du temps et en use pour bouleverser la continuité du "DCverse". Lors d'un affrontement avec la JSA, Extant avait provoqué le vieillissement accéléré de plusieurs d'entre eux, les affaiblissant ou les tuant.
Cependant, le véritable responsable est le Green Lantern Hal Jordan, qui s'est
rebaptisé Parallax, et qui essaie à présent de réformer l'univers selon ses désirs pour compenser les évènements à l'origine de sa dépression et les exactions qu'il a commises suite à cela.
Les efforts conjugués de plusieurs héros sont nécessaires pour empêcher Jordan/Parallax d'imposer sa vision d'un nouvel univers, et la ligne du temps est recréée, mais après avoir subi de subtiles modifications. Damage,
pour aider ses compagnons, a en effet provoqué un véritable nouveau Big Bang.
Conséquence : le monde commence à disparaître, et au terme de l'histoire, c'est une page blanche qui s'affiche devant nous...

*
L'impact le plus frappant de Zero Hour se situe en vérité dans ses suites : DC en profita pour remodeler des éléments de sa continuité à partir de la page vierge qui concluait cette série. Tout était à nouveau possible et l'univers DC pouvait être redessiné après le big bang causé par Damage pour stopper Parallax. Ce fut donc un nouveau départ, l'établissement d'une nouvelle ligne temporelle qu'institua Zero Hour, et de là découlèrent de nouvelles clés narratives et de nouveaux évènements.
Ainsi furent fixées des dates pour situe le début de ce nouveau "DCverse", l'histoire de ses personnages - comme ceux de la JSA, le Superman post-Crisis... Cette nouvelle chronologie fut sensible ailleurs, suggérant un calendrier des évènements et devant permettre une lecture plus fluide de la continuité.
Un exemple marquant fut la relance de La Légion des Super-Héros, dont l'histoire fut complètement corrigée après Zero Hour, ou les diverses versions de Hawkman qui furent synthétisées en un seul personnage - même si, dans ce second cas, toutes les contradictions et les confusions sur le héros ne furent pas résolues.
Mais la série donna l'opportunité à plusieurs titres de redéfinir (ou de clarifier) les origines de ses héros afin d'en donner un signalement officiel. Ainsi, les titres furent renumérotés pour permettre à tout le monde d'assimiler ce nouveau départ sur de nouvelles bases. Mais plusieurs publications empruntèrent de nouvelles directions par rapport à Zero Hour : dee nouvelles équipes furent formés au sein des revues consacrées à la Justice League, le fils d'Oliver Queen hérita du nom de Green Arrow et Guy Gardner découvrit qu'il avait hérité de pouvoirs différents.
Une part majeure des origines de Batman fut revue et corrigée après Zero Hour : le "Dark Knight" n'avait ainsi plus capturé l'assassin de ses parents et était même considéré comme une légende urbaine. De même, Catwoman n'était plus une prostituée et Dick Grayson devint légalement le fils adoptif de Bruce Wayne.
Néanmoins, comme je le relevai plus haut, ce vaste redémarrage ne résolut pas touts les problèmes de la continuité tortueuse de DC. Pour cette raison, l'éditeur introduisit un concept alternatif au Multivers : ce fut l'instauration de l'Hypertime. Mais, finalement, cette solution oeceuméniue n'allait pas satisfaire grand'monde et le crossover Infinite Crisis en 2005 devait éactiver les principes en vigueur avant Crisis... Singulier retour en arrière engendré par un projet qui devait pourtant remettre (c'est le cas de le dire) les pendules à l'heure !
De fait, Zero Hour servit aussi à lancer ou enterrer plusieurs séries : en définitive, l'opération était plus commerciale qu'artistique et c'est ce qui rend cette histoire plutôt désagréable. Mais la morale de toute cette grossière manipulation marketing fut que la plupart de ces nouveaux titres (à l'exception de Starman) fut annulé, échouant à séduire un lectorat sans doute furieux d'avoir été ainsi grugé.
Le succès critique de Starman devint une leçon pour les éditeurs de DC dans leur manière de (re)considérer les personnages du Golden Age, leur potentiel, leur influence : ce héros - ou plutôt son successeur allait d'ailleurs figurer au casting de l'actuelle JSA.
*
Artistiquement, Zero Hour n'a pas de quoi réjouir le fan ni attirer le néophyte. Dan Jurgens s'y montre un scénariste habile et un dessinateur efficace à défaut d'être un auteur inspiré et ayant une vraie "patte" : ses épisodes se lisent sans déplaisir, mais ne laissent pas, loin s'en faut, un grand souvenir.
En tant que graphiste, je n'ai jamais compris ce qu'il offrait d'attirant : il est d'un niveau moyen, honnête mais ne produit rien d'éclatant. C'est l'archétype du faiseur, sans personnalité.
Malgré tout son talent, pourtant bien plus raffiné, Jerry Ordway ne peut sauver les meubles, même si, ici simple encreur, sa contribution reste exemplaire, d'un grand professionnalisme. Mais la comparaison avec ce qu'il apporta à Crisis est cruelle et l'on repense avec nostalgie à la façon dont il embellissait les planches d'un George Pérez, dix ans auparavant...
*
On peut zapper Zero Hour, même si cette production nous éclaire sur le destin de Green Lantern, explique quelques aménagements au sein du DCverse, préparant notamment (et notablement) à la JSA d'aujourd'hui. Mais Infinite Crisis allait rebattre les cartes, et d'une manière bien plus remarquable - en bien comme en mal...