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mardi 2 novembre 2021

BLACKkKLANSMAN, de Spike Lee


Grand Prix du Festival de Cannes en 2018, Blackkklansman a marqué le retour au premier plan de son réalisateur, Spike Lee, après des années d'échecs critique et publics (son précédent hit fut The Inside Man, en 2008). Ce n'est que justice car le cinéaste en s'inspirant d'une étonnante histoire vraie livre un de ses "joints" les plus aboutis, une comédie très grinçante sur le racisme qui rencontra un écho troublant avec la gouvernance Trump.


1972. Colorado Springs. Ron Stallworth est le premier noir à intégrer la police mais on le cantonne aux archives où il doit subir le racisme de certains collègues. Il ose demander à ses supérieurs un nouveau poste et on lui confie alors une mission d'infiltration dans un meeting donné par un activiste des droits civiques, Kwame Ture (alias Stockely Carmichael) de passage en ville. Sur place, Ron aborde Patrice Dumas, la responsable des étudiants venus assister au discours. Plus tard, le même soir, elle est, avec Ture, arrêtée par l'officier Landers qui les menace ouvertement s'ils prolongent leur séjour ici.


Jugé compétent par sa hiérarchie, Ron est affecté aux Renseignements mais il s'y ennuie. Il téléphone alors à la branche locale du Ku Klux Klan en se faisant passer au téléphone pour un blanc raciste désireux de grossir leurs rangs. Son interlocuteur, Walter Breachway, lui donne rendez-vous. Ron demande alors à son collègue Flip Zimmerman de jouer son rôle et c'est ainsi que ce dernier rencontre Breachway et son adjoint, Felix Kendrickson, qui se méfie de lui. Les hommes évoquent un projet terroriste futur.


Cela suffit à Ron pour convaincre ses supérieurs de poursuivre l'enquête suivant le même stratagème. Pour obtenir une carte de membre du Klan, Ron contacte David Duke, le président de l'organisation, qui apprécie son zèle. Mais Zimmerman, lui, est toujours considéré avec perplexité par Kendrickson qui le soupçonne d'être un juif. Breachway calme le jeu. Ron revoit Patrice en essayant de la convaincre que tous les policiers ne sont pas racistes, mais elle n'en démord pas et espère que les noirs finiront pas se rebeller contre ceux qui les persécutent, quitte à prendre les armes. Le travail de Ron attire l'attention du FBI dont un agent le rencontre pour le prévenir que deux militaires appartiennent à la branche locale du KKK et pourraient fournir des armes et des explosifs.


David Duke se déplace à Colorado Springs pour l'intronisation de Stallworth/Zimmerman. Mais le leader ayant reçu des menaces de mort, la police lui octroie une protection et c'est Ron qui est désigné pour cela. Il en profite pour couvrir aussi Zimmerman qu'un des amis de Kendrickson identifie comme le policier qui l'a arrêté quelque temps auparavant. Lorsque, au cours du dîner qui suit, Ron remarque que Kendrickson et deux de ses acolytes s'absentent à la suite de Connie, la femme de Felix, il le suit, craignant qu'ils n'en profitent pour commettre leur attentat.


Ron réussit à arrêter Connie missionnée pour déposer une bombe devant le domicile de Patrice. L'explosion ne la touche pas mais tue Kendrickson et ses deux acolytes. De retour au poste, Zimmerman et Ron apprennent par leurs supérieurs que, suite à des coupes budgétaires, leur enquête est annulée et l'affaire classée. Ils savourent quand même leur succès quand Ron téléphone à Duke pour lui révèler qu'il l'a mystifié depuis le début.


Plus tard, Ron et Zimmerman tendent un piège pour faire arrêter Landers qui avait menacé Patrice. Celle-ci, toutefois, avoue à Ron qu'elle ne peut pas vivre avec un flic lorsque, depuis la fenêtre de son appartement, ils aperçoivent une croix en feu.... En 2017, à Charlottesville, une voiture-bélier fonce dans un cortège de manifestants anti-racistes et tue une assistante juridique, Heather Heyer, 32 ans. Le Président Donald Trump ne condamnera pas l'auteur de l'agression ni les contre-manifestants brandissant des drapeaux sudistes.

La carrière de Spike Lee est celle d'un cinéaste militant. Il s'est engagé publiquement dans ses oeuvres contre le racisme systémique subi par la communauté noire américaine, parfois avec virtuosité (Do The Right Thing), parfois avec maladresse (en s'insurgeant contre Michael Mann, un blanc, qui a filmé le biopic Ali, avec Will Smith). Mais on peut lui reconnaître une constance dans le discours, cash, sans concessions.

Malgré tout, au fil des longs métrages, son aura a terni. Des échecs cuisants au box office l'ont empêché de mener à bien des projets qui lui étaient cher. Il a aussi sûrement dû payer pour des déclarations à l'emporte-pièce, se mettant à dos des confrères qui n'avaient contre lui, s'enfermant dans une réthorique trop radicale. Et certains de ses interprètes fétiches (comme Denzel Washington) sont aussi allé voir ailleurs, ne pouvant attendre qu'il ait bouclé ses budgets.

Quand Blackkklsman est sorti, cela faisait dix ans que Spike Lee n'avait pas connu de vrais hits, depuis le polar The Inside Man, une série B jubilatoire, un heist movie jubilatoire mais impersonnel au possible. Son salut, le cinéaste l'a dû au réalisateur Jordan Peele et à la maison de production indépendante Blumhouse Productions, spécialisée dans les films d'horreur, tous deux admirateurs de longue date.

Avec les scénaristes Charlie Wachtel, David Rabinowitz et Kevin Willwott, Spike Lee a retrouvé l'inspiration dans l'autobiographie de Ron Stallworth, J'ai infiltré le Ku Klux Klan. Un récit ahurissant sur un flic noir qui s'est fait passer pour un type raciste incarné par un collègue juif qui rencontra David Duke, le "Great Wizard" de l'Organisation en 1972. Mais Blackkklansman n'est pas un biopic ni un film-dossier et c'est ce qui fait sa qualité.

En effet, Lee en a tiré une comédie grinçante, très noire, et glaçante, en insistant sur le stratagème de Stallworth pour pièger une bande de rednecks rêvant de révolution suprémaciste mais refusant de s'afficher en robe et cagoule blanche du KKK pour dédiaboliser leur organisation. Que l'on soit américain ou français, cela évoque forcément quelque chose - chez nous, le FN/RN de la famille Le Pen, l'extrême-droite qui veut se faire passer pour un mouvement politique démocratique et républicain mais peine à se débarrasser de son vrai visage, en continuant à frayer avec des groupuscules identitaires et des leaders européens xénophobes. Aux Etats-Unis, le constat est encore plus accablant puisque, quand le film est sorti, Donald Trump était Président et, suite à de nombreux débordements provoqués par des nationalistes, se refusait à les condamner, préférant affirmer qu'il y avait de braves gens même du côté des pires raclures racistes.

Mais le film évite de tomber dans le piège de l'indignation facile ou de la leçon de morale. En osant être parfois drôle, grâce à la combine jubilatoire de Stallworth, il souligne le grotesque de la situation et le pathétique de ces suprémacistes, dont les bombes finiront par leur péter au nez. Le KKK, ce sont des clowns en robes et cagoules blanches qui brûlent des croix, participent à des cérémonies rituelles et affirment que l'holocauste n'a pas eu lieu en expliquant qu'il s'agit d'un énorme coup monté des juifs pour culpabiliser la terre entière. Mais quand Zimmerman, pour répliquer à Kendrickson, antimsémite et négationniste absolu, lui explique qu'au contraire l'holocauste est un coup de génie car elle a industriellement débarrassé la Terre de millions de "youpins", il lui rabat le caquet.

Il faut accepter ce second degré ravageur pour entrer dans le film. Mais Lee prend aussi le temps de construire une scène admirable et terrifiante en montrant en parallèle une réunion du Klan et une d'étudiants noirs en présence d'un vieil homme (campé par la légende Harry Belafonte) qui leur raconte comment le lynchage abominable de son jeune ami a inspiré le film Naissance d'une Nation de D.W. Griffith, qui sera même projeté à la Maison-Blanche et encensé par le Président américain de l'époque, Woodrow Wilson. Là, on ne rit plus du tout, on a la gorge serrée. Et lorsque le film s'achève sur les images d'archives des émeutes de Charlottesville en 2017, avec la mort de Heather Heyer, écrasée apr une voiture-belier, lors d'une manifestation anti-raciste, que Trump refusera de condamner, le constat est accablant.

Mis en scène avec énergie et sobriété, le film ne cède jamais à l'esprit de revanche. Lee s'appuie sur les personnages de Stallworth et de Patrice Dumas, une étudiante engagée, pour équilibrer son propos qui ne fait pas l'erreur de mettre tous les flics dans le même panier mais appelle les noirs et les blancs à refuser toute violence raciste, à engager un débat et des actions de fond sur les forces de sécurité et contre la ségrégation. Le chemin est encore long mais Lee ne semble pas s'y résigner, il veut croire en de meilleurs lendemains. Et qui sait, avec le retour des Démocrates au pouvoir, et après d'autres drames comme celui de George Floyd (étouffé par un flic lors d'un contrôle de police), peut-être qu'une prise de conscience va vraiment avoir lieu...

Le casting est impeccable. Le duo formé par John David Washington, bien plus dynamique que dans Tenet (où visiblement l'intrigue et la direction d'acteurs l'ont trop bridé), et Adam Driver, placide et épatant comme toujours, est pour beaucoup dans la réussite du projet. Blackkklansman est aussi un formidable buddy movie grâce à eux. Laura Harrier est magnifique, à tous points de vue. Et Topher Grace compose un David Duke aussi méprisable qu'idiot avec talent. Mention aussi à Jasper Pääkkönen, effrayant dans le rôle de Kendrickson.

Restez bien jusqu'à la fin du génrique pour partir avec un superbe blues interprété par Prince. C'est la cerise sur le gâteau de cet excellent Spike Lee Joint.

mercredi 23 mai 2018

LOGAN LUCKY, de Steven Soderbergh


Cinq après avoir annoncé qu'il arrêtait le cinéma, Steven Soderbergh est revenu sur sa parole sur un coup de coeur pour le scénario d'une inconnue, Rebecca Blunt : Logan Lucky. Même s'il n'était pas resté inactif entre temps (produisant et réalisant des séries pour la télé - The Knick, The Girlfriend Experience...), on ne peut que se réjouir de ce retour car le bougre est en pleine forme.

 Jimmy Logan et sa fille Sadie (Channing Tatum et Farrah McKenzie)

Ancien espoir du football américain en Virginie Occidentale qu'une blessure a stoppé net, Jimmy Logan vit de petits boulots, séparé de sa femme Bobbi Joe Chapman, avec laquelle il a eu une petite fille, Sadie, qui participe à des concours de beauté. Engagé sur un chantier minier en Caroline du Nord à proximité du circuit du Charlotte Motor Speedway, il est licencié à cause de sa blessure au genou qu'il n'a pas déclarée aux assurances.

Clyde et Jimmy Logan (Adam Driver et Channing Tatum)

Son frère cadet, Clyde, n'est guère mieux loti : ancien soldat en Irak où il a perdu l'avant-bras gauche, il est désormais serveur dans un bar minable et se laisse convaincre par Jimmy de commettre un audacieux braquage en vidant la chambre forte du circuit où l'argent des divers commerces atterrit au moyen de tubes pneumatiques.

Joe Bang et es frères Logan (Daniel Craig, Channing Tatum et Adam Driver)

Pour réussir ce coup, ils ont besoin d'un expert et convainquent Joe Bang, pourtant détenu à la prison de Monroe de les aider. En échange, celui-ci veut que ses deux frères, Sam et Fish, participent au casse, tandis que les Logan comptent sur leur soeur Mellie, coiffeuse.

Clyde et Jimmy Logan

Jimmy a mis au point un plan très précis qui commence par l'incarcération à Monroe de Clyde après qu'il ait défoncé la vitrine d'un magasin avec sa voiture. Une fois au pénitencier, il peut en faire évader Joe qui s'est fait admettre à l'infirmerie tandis que les autres détenus provoquent une émeute à la cantine. Clyde et Joe sortent de la prison en se glissant dans des caissons fixés sous un fourgon puis ils retrouvent au circuit Jimmy, Fish, Sam, et Mellie - qui a laissé Sadie se préparer à un concours de chant.

Clyde, Jimmy et Joe

Sous le circuit, Joe prépare avec Clyde et Jimmy un léger explosif et le glisse dans un tube pneumatique et leur permet d'y fixer un aspirateur pour dérober l'argent de la chambre forte. Mais la fumée de l'explosion attire l'attention de la sécurité qui cherche à en localiser la provenance et la cause. Cela laisse suffisamment de temps au gang, rejoint par Sam, Fish et Mellie pour remplir des sacs poubelles avec le magot puis s'échapper avec d'être trouvés par les gardiens.

Jimmy, Sadie et Mellie Logan (Channing Tatum, Farrah McKenzie et Riley Keough)

Clyde et Joe retournent à la prison de Monroe dans un camion des pompiers qui s'y rend pour éteindre un incendie déclarée dans la cantine. Leur absence n'a pas été remarquée. Jimmy et Mellie partent assister au concours de chant de Sadie qui change de titre pour interpréter la rengaine préférée de son père. 

L'agent du FBI Grayson (Hilary Swank)

Quelques semaines après, Joe sort de prison et apprend par Clyde que Jimmy a déménagé pour se rapprocher de son ex-femme et de leur fille, sans savoir où ils se trouvent. De retour chez lui, Bang trouve sur son perron une pelle et a l'idée de creuser au pied de l'arbre dans son parc, là où il avait planqué son précédent magot que lui avait subtilisé sa femme : il déterre sa part du butin du casse du circuit, soulagé.

Le gang Logan

Tandis que l'agent Grayson et son adjoint enquêtent sur l'affaire et apprend que les assurances ont dédommagé l'organisation du circuit, Joe boit finalement un verre avec Mellie dans le bar de Clyde qui sert son frère avant de remplir celui de l'agent Grayson, dessaisie du dossier mais résolue à coincer le gang.

A première vue, Logan Lucky ressemble à s'y méprendre à une version prolo de Ocean's 11 (et ses suites), remplaçants le gang de voleurs-gravures de mode de Danny Ocean par des rednecks. Mais cela n'est que la surface d'une comédie policière plus astucieuse.

En vérité, tout ici appuie la thèse que beaucoup appliquent au cinéma de Soderbergh, cinéaste des illusions et des faux-semblants. Tout d'abord, le scénario qui a convaincu le réalisateur de revenir derrière une caméra pour le grand écran est l'oeuvre d'une inconnue, Rebecca Blunt : elle lui aurait envoyé un premier traitement pour avoir son avis et il serait tombé sous le charme au point de lui offrir de le produire et de mettre en scène.

Mais depuis cette jolie fable a interrogé quelques journalistes qui ont émis la possibilité que Rebecca Blunt n'existe pas et serait en vérité le pseudonyme de la femme de Soderbergh, Jules Asner, voire celui de Soderbergh lui-même - une théorie pas si farfelue car, déjà, par le passé, pour contourner des règles syndicales, il a pris divers pseudos pour cumuler les postes (de cadreur, monteur, etc). 

Ensuite, le titre est ironique car en fait, quand on nous présente les frères Logan, ils n'ont rien de "lucky" : l'un est boiteux depuis une vieille blessure subie quand, plus jeune, il était un espoir du football américain ; et l'autre a perdu son avant-bras gauche en servant en Irak. Mais autant Clyde est convaincu que la famille est maudite depuis des générations, autant son aîné Jimmy ne se résigne pas à cette superstition et le démontre en élaborant un plan sophistiqué et (quasi)imparable pour commettre un vol spectaculairement audacieux.

Lorsque les Logan font appel à Joe Bang (incarné par un étonnant Daniel Craig aux cheveux ras et peroxydés), celui-ci les prend de haut, sachant la déveine qui les précède, avant de se raviser en pensant au pactole qui les attend et sa sortie prochaine de prison. Il impose comme condition que ses deux frangins y participent et on découvre alors deux gredins encore pires que les Logan, de parfaits abrutis mais compétents dans des domaines précis.

Au milieu de ces hommes qui cherchent à se refaire, en n'ayant plus rien à perdre, en osant l'impensable justement parce que personne (y compris le spectateur) ne croit en eux, il y a Mellie, la soeur benjamine des Logan, dont le sang-froid, l'aplomb et le sex-appeal (comme il s'agit de Riley Keough dans le rôle, aucun problème de vraisemblance) va en fait assurer la cohésion du gang (rassurant Jimmy et Clyde et attirant Joe).

Pourtant, si le braquage est ingénieux et réussi, ce n'est pas vraiment ce qui passionne Soderbergh. Il prend du temps pour caractériser ses personnages, exposer la situation, croquer leur milieu, et il le fait avec bienveillance. On sent la tendresse qu'il a pour ces déclassés, ces oubliés de l'Amérique qui ont pourtant élu Trump à la tête de leur pays (en leur disant ce qu'il voulait entendre). Surtout, il nous les décrit comme des talents oubliés : derrière le colosse claudicant qu'est Jimmy (et que Channing Tatum interprète avec la conviction idéale) ou le manchot résigné qu'est Clyde (campé par Adam Driver dont la silhouette dégingandée est parfaite pour le personnage), il y a des hommes intelligents, inventifs, réactifs, malins, qui certes commettent un vol mais sans esprit de revanche sociale.

Peut-être l'attention que leur accorde le cinéaste s'appuie-t-elle aussi sur les difficultés qu'il a connues durant la composition du casting : Joe Bang a d'abord été proposé à Matt Damon (un habitué de Soderbergh) puis Michael Shannon (qui a dû renoncer à cause d'autres engagements), et Bobbi Joe devait être jouée par Katherine Heigl avant que Katie Holmes (un retour discret mais remarqué) n'hérite du rôle. Cela aurait donné un autre film.

Mais celui qu'on obtient finalement a ce petit plus, ce je-ne-sais-quoi d'attachant, qui le distingue, le rende irrésistible. Finalement Soderbergh a eu de la chance, et nous aussi, cinq ans après les excellents Effets secondaires et Ma Vie avec Liberace, en le retrouvant (à nouveau plus actif que jamais puisqu'il a enchaîné avec deux longs métrages depuis, dont l'un tourné avec un simple téléphone !).  

vendredi 17 juin 2016

Critique 922 : YOUNG ADULT, de Jason Reitman / FRANCES HA, de Noel Baumbach


YOUNG ADULT est un film réalisé par Jason Reitman, sorti en salles en 2011.
Le scénario est écrit par Diablo Cody. La photographie est signée Eric Steelberg. La musique est composée par Rolfe Kent.
Dans les rôles principaux, on trouve : Charlize Theron (Mavis Gary), Patton Oswalt (Matt Freehauf), Patrick Wilson (Buddy Slade), Elizabeth Reaser (Beth Slade).
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Récemment divorcé, Mavis Gary rédige les textes de romans pour "jeunes adultes" signés par une romancière célèbre. Mais cette série d'histoires, dont le succès a beaucoup décliné au fil des ans, est sur le point d'être interrompue par son éditeur.
 Buddy Slade et Mavis Gary
(Patrick Wilson et Charlize Theron)

Pour Mavis, ces revers sentimentaux et professionnels lui envoient un signal : elle doit rebondir en se fixant de nouveaux objectifs. C'est ainsi qu'elle décide de revenir dans sa ville natale du Minnesota, qu'elle retrouve inchangée : l'endroit est aussi morose qu'elle.
 Matt Freehauf et Mavis Gary
(Patton Oswalt et Charlize Theron)

Mais la jeune femme, qui cache sa situation personnelle à toutes les vieilles connaissances qu'elle croise sur place, est là pour réaliser un projet insensé, révélant ses névroses : elle veut reconquérir son amour de jeunesse, Buddy Slade... Alors même que celui-ci est marié, heureux en couple, et vient d'être père !
 Mavis Gary, Buddy et Beth Slade
(Charlize Theron, Patrick Wilson et Elizabeth Reaser)

Témoin et confident de Mavis, Matt Freehauf, qui fut lors de leur scolarité commune victime d'une agression homophobe qui l'a laissé physiquement handicapé, tente de la raisonner avant qu'elle ne se rende compte de la folie de son objectif au prix d'une terrible mais étonnamment salvatrice humiliation...
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FRANCES HA est un film réalisé par Noel Baumbach, sorti en salles en 2012.
Le scénario est écrit par Noel Baumbach et Greta Gerwig. La photographie est signée Sam Levy. La musique est composée par Sam Matarazzo.
Dans les rôles principaux, on trouve : Greta Gerwig (Frances), Mickey Sumner (Sophie), Adam Driver (Lev), Patrick Hensinger (Patch).
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A 27 ans, Frances espère intégrer à titre permanent la compagnie de danse où elle figure à New York.
 Sophie et Frances
(Mickey Sumner et Greta Gerwig)

Au même moment, sa meilleure amie et co-locataire, Sophie, lui annonce qu'elle part s'installer avec Patch, son compagnon qui l'a demandée en mariage, mais avec lequel Frances ne s'est jamais entendu.
Lev et Frances
(Adam Driver et Greta Gerwig)

Frances doit trouver un nouveau domicile et partage un temps l'appartement de Lev, un sculpteur séducteur qui ne cherche pourtant pas à coucher avec elle. Fauchée, paumée, mais animée par une énergie débordante, la jeune femme doit faire de choix pour son avenir, qu'elle concevra après un week-end à Paris...

Les hasards de la programmation télé ont abouti à la diffusion, à quelques jours d'écart (Dimanche et Mercredi dernier), respectivement sur France 4 et Arte, à ces deux comédies incarnées par deux personnages féminins mémorables.

Les grincheux râlent volontiers contre une certaine uniformisation du cinéma américain en le réduisant aux blockbusters, ces films à grand spectacle qui attirent en masse le grand public. C'est un reproche doublement stupide : d'abord parce qu'il est réducteur - le cinéma américain, ce n'est pas que ça - et ensuite c'est snob - les blockbusters ne sont pas forcément des grosses productions abêtissantes.

Avec les deux longs métrages que je réunis, opportunément, dans cette entrée, on a la preuve que les Etats-Unis proposent encore, régulièrement et en nombre conséquent, des films intermédiaires, sans gros budget, sans effets spéciaux grandiloquents. Frances Ha est l'archétype du film indépendant, tourné avec peu de moyens, en noir et blanc, dont le pitch tient sur un post-it, avec des acteurs remarqués dans ce registre alternatif. Young Adult est l'avant-dernier opus en date d'un réalisateur dont la filmographie se distingue justement par ses histoires à contre-courant mais souvent interprétées par des stars confirmées à la recherche de rôles atypiques.

Jason Reitman est un cinéaste que je suis avec intérêt depuis son premier film, Juno, qui abordait le thème des grossesses précoces via une adolescente qui décidait, contre toute attente, de ne pas avorter mais de faire adopter son bébé - une pépite excentrique qui révéla Ellen Page. Il a ensuite dirigé George Clooney dans In the air, avant de filmer ici Charlize Theron dans un rôle tout à fait remarquable.

Mavis Gary entreprend donc de reconquérir son amour de jeunesse sans se soucier du fait qu'il est désormais marié, heureux et père de famille. Son projet loufoque et pathétique a été écrit par Diablo Cody, déjà auteur du script de Juno, et met en scène un personnage tout à fait désagréable et ridicule que Charlize Theron ne cherche jamais à rendre aimable. C'est une curieuse comédie qui ne fait pas vraiment rigoler mais sidère avec son argument initial, l'entêtement misérable de son héroïne, la révélation progressive de ses échecs...

On peut juste regretter que Cody et Reitman n'aient pas été plus audacieux dans leur dénouement : Mavis comprend finalement son erreur, et se reprend en main, tourne la page. Une happy end étrangement convenue après une série d'humiliations pour cette femme qui ne suscite guère de compassion. Mais le film est suffisamment déroutant et d'une concision bienvenue (85') pour mériter une bonne note : rarement la formule de François Truffaut (même si je ne sais pas s'il en est vraiment l'auteur), "pour être aimé il faut être aimable" aura été si bien développée...

La concision et la singularité, ce sont aussi deux qualités qui honorent Frances Ha : j'avais souvent entendu de ce film avant d'enfin le découvrir au milieu de la semaine, lu des articles unanimement élogieux à son sujet, soulignant par dessus tout la révélation de son actrice-co-scénariste - la lumineuse et très grande Greta Gerwig.

Tant de louanges produisent chez moi souvent une méfiance proportionnelle, qui peuvent même suffire à me faire éviter ledit long métrage, comme si tout ça était trop beau pour être vrai. J'aurai pourtant été bien bête de passer à côté, je l'admets.

Comme Young adult, l'affaire est vite pliée : 85' pour relater les désagréments subis par Frances, jeune danseuse, qui apprend successivement que sa meilleure amie part vivre avec un type qu'elle considère comme un con et perd la place qu'elle convoitait dans une compagnie de danse new yorkaise. 

Si Diablo Cody et Jason Reitman ont quelque peu manqué la conclusion de leur film, on peut reprocher à Noel Baumbach et Greta Gerwig d'avoir filmé une histoire bien maigre. Mais la construction de leur récit est habile : en le chapitrant suivant les adresses où habite l'héroïne, on a le sentiment que l'action est très mobile et plus dense qu'il n'y paraît, alors qu'en vérité on ne quitte pas New York (hormis une escapade à Paris, qui évite cependant les clichés, avec plans touristiques et ébahis sur la Tour Effeil de rigueur) et que l'intrigue se résume surtout à une collection de discussions comico-existentielles très influencées par Woody Allen (sans en avoir la dérision et la fraîcheur) - et accompagnée d'une bande-son où Georges Delerue est abondamment repris (ce qui renforce son aspect "Nouvelle Vague", en plus du noir et blanc).

Pourtant, comme Charlize Theron éclipse Patrick Wilson chez Reitman (où Patton Oswalt incarne un second rôle beaucoup plus attachant), ce qui emporte l'adhésion du (télé)spectateur dans Frances Ha, c'est Greta Gerwig, face à qui ni Mickey Sumner ou même Adam Driver ne font pas le poids. Avec son sourire désarmant, sa longue silhouette à la fois impressionnante et gracieuse, la comédienne, à l'origine du projet qu'elle a écrit avec Baumbach sans jamais être durant toute la pré-production dans la même pièce que lui (ils n'échangeait leurs avis que par mails ou coups de téléphone !), dégage un tel charisme, sa présence est tellement éclatante, sans pourtant jamais sombrer dans la préciosité ni le cabotinage, qu'elle emporte sur son passage. 

Finalement, donc, de Charlize Theron (l'icone super glamour de Dior "J'adore") à Greta Gerwig (néo-coqueluche indé), de Jason Reitman (brillant "fils de") à Noel Baumbach (énième porteur du flambeau du cinoche de Big Apple), le cinéma américain rappelle tout seul, sans la contribution de critiques professionnels jamais contents, qu'il a bien des visages. N'est-ce pas pour cela qu'on l'aime tant, toujours et encore, même quand on se plaint constamment de ce que ses grands studios nous proposent ?