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mercredi 30 novembre 2022

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #1, de Geoff Johns et Mikel Janin


Quinze ans après son précédent volume (débuté en 2007), Justice Society of America revient. Enfin ! Et on le doit à Geoff Johns, celui qui était déjà à la manoeuvre la dernière fois, véritable amoureux de cette équipe. Il s'associe à Mikel Janin, dont c'est également le grand retour sur une série majeure. Et le résultat est aussi inattendu que classieux.


26 ans dans le futur. Huntress interroge de manière musclée la mafia de Gotham suite à la disparition de Doctor Fate. Elle est secondée par Salomon Grundy mais personne ne sait où est Khalid Nassour.


Au Q.G. de la J.S.A., Power Girl s'énerve après les nouvelles recrues et leur absence de résultat dans cette enquête. Deux jours plus tard, le corps, momifié, dans un sarcophage, de Nassour est retrouvé.


L'équipe se rend sur place quand elle est attaquée par Per Degaton. Il tue en manipulant le temps tous les membres sous le regard impuissant de Huntress.
 

C'est alors que Catwoman surgit et envoie à sa fille la boule à neige que Batman vola à Rip Hunter. Huntress est projetée dans le passé dont elle voit des moments-clés associés à la JSA défiler...

L'histoire éditoriale de Justice Society of America a toujours été compliquée. Au sein de DC Comics, deux clans se sont affrontés, entre ceux qui aimaient ce qui fut la toute première équipe de super-héros et estimaient qu'elle représentait les fondements de DC ; et ceux qui, au contraire, pensaient que ces personnages appartenaient au passé, qu'il fallait mieux les ranger au placard, les effacer de la continuité comme de vieilles reliques démodées.

C'est ainsi que, fort logiquement, quand survinrent les New 52, DC ignora le JSA puisque dans cette continuité réécrite, les premiers super-héros n'étaient là que depuis cinq ans. On aurait alors pu penser qu'avec le nouveau statu quo de Rebirth l'éditeur allait redonner leur place de fondateurs à ces héros, mais non.

Geoff Johns, dont la carrière est attachée à la JSA autant qu'au renouveau de Green Lantern ou Flash depuis qu'il succéda à James Robinson et David Goyer au tout début des années 2000, avait teasé le retour de l'équipe dans un one-shot consacré à Stargirl (à laquelle il consacre également actuellement une nouvelle série), pour lequel Bryan Hitch devait signer les dessins. Mais cela semblait rester sans lendemain.

Et puis, enfin, il y a quelques mois à peine, DC officialisait le retour du titre Justice Society of America pour ce mois de Novembre avec toujours Johns aux manettes mais avec Mikel Janin comme artiste( Hitch étant reparti chez Marvel entre temps). Cette série a été précédée d'un one-shot, The New Golden Age, au début du mois, qui faisait suite aux événements de Flashpoint Beyond.

Faut-il avoir lu The New Golden Age et même Flashpoint Beyond avant de se plonger dans Justice Society of America #1 ? Disons que ça aide à comprendre d'où sortent certains éléments, certains personnages, certains objets, comme les membres de l'équipe au début ou la boule à neige que lance Catwoman à Huntress (cette boule à neige provient même exactement de Doomsday Clock). Toutefois, il me semble juste de dire qu'on saisit tout sans avoir besoin d'être à jour sur toutes ces précédents histoires.

La question qu'on pouvait vraiment se poser, c'est à quand se situait ce nouveau volume de la série. Et sur ce point, on est très vite renseigné, dès la page 2 : l'action a lieu 26 ans dans le futur, 26 ans à partir de maintenant ("26 years from now"). Dans les comics, le temps est fluctuant, on vit dans une sorte de présent éternel, les personnages ne vieillissent pas, du moins pas à vitesse réelle, donc c'est malin de dire qu'une intrigue démarre 26 ans à partir de maintenant car dans un an, ce sera toujours valable.

Dans ce futur, Batman est mort depuis 8 ans. Il a été tué par un gangster sans intérêt mais que quelqu'un avait dôté de capacités spéciales pour accomplir sa mission. Batman (comme on le voyait dans The New Golden Age) avait eu une fille avec Catwoman, prénommée Helena, et celle-ci, après la mort de son père, a décidé de devenir Huntress pour traquer le meurtrier et poursuivre le travail paternel. Catwoman est encore active, mais davantage pour (sur)veiller sa fille que pour jouer les justicières ou les voleuses.

Helena Wayne/Huntress a donc 28 ans et elle a aussi contribué à refonder la Justice Society of America avec Power Girl. C'est la grosse surprise de cet épisode que de découvrir la nouvelle et très étonnante composition de l'équipe puisque ce sont d'anciens vilains qui siègent autour de la mythique table ronde. On reconnait Salomon Grundy (longtemps adversaire de la JSA mais aussi ami de Starman/Jack Knight) ou Gentleman Ghost (ennemi de Hawkman et Hawkgirl). Mais sinon ce sont des créations originales, comme le fils d'Icicle, le fils d'Harlequin (qui, elle, était une adversaire d'Alan Scott/Green Lantern), Ruby Voskov (fille de Red Lantern, le héros soviétique vu dans The New Golden Age), the Mist (fils de Jack Knight et Nash).

Ensemble et séparément, ils enquêtent sur la disparition de Khalid Nassour/Doctor Fate  qui avait donné rendez-vous à Huntress pour lui confier des infos (sur l'assassin de Batman). Pas de suspense : il sera retrouvé mort, momifié dans un sarcophage. Et la JSA subit alors l'attaque de Per Degaton qui, grâce à ses pouvoirs sur le temps, les abat sans pitié et rapidement. Huntress seule en réchappe grâce à l'intervention de sa mère en étant projeté dans le passé...

Geoff Johns est à son meilleur dans cet épisode. Non seulement parce qu'il ne cherche pas, comme trop souvent dans ses travaux pour DC ces dernières années, à imiter (mal) Alan Moore, mais parce qu'il produit un script à la fois dense et frustrant. C'est en effet un vrai pâge-turner et quand on arrive à la fin, on se dit "déjà ?!", ce qui est bon signe puisque ça signifie qu'on a envie d'en lire plus et vite. En commençant par une histoire dans le futur avec une JSA composée de vilains, il surprend, désarçonne, tout comme il le fait en tuant Doctor Fate (pourtant un des magiciens les plus puissants du DCU). Il s'attache aussi et enfin à suivre non pas une équipe mais un personnage, Hintress, qui, sur la couverture, a à ses pieds le casque de Jay Garrick, celui de Fate, la masse de Hawkman, la lanterne de Alan Scott : une image puissante, dramatique, qui suggère que la série va expliquer ce qui est arrivé à la JSA historique. Ou comment expliquer le futur en explorant le passé.

En étant renvoyé dans le passé, Huntress voit défiler sur une double page (dessinée par Scott Kolins, Brandon Peterson, Steve Lieber - Jerry Ordway signe aussi une page plus tôt sur des actualités du passé) des moments qui vont sans doute être expliqués dans les prochains épisodes et participer à la résolution du mystère. C'est un procédé cher à Johns que de teaser le programme à venir de manière cryptique mais excitante. En tout cas, que les fans de la JSA classique soient rassurés, tout indique qu'on reverra Jay Garrick, Alan Scott, Wildcat, Doctor Fate (Kent Nelson), Hawkman et Hawkgirl, Starman (Ted Knight). Et leurs héritiers - car c'est de tout temps le sujet essentiel de Justice Society of America.

On ne saura jamais à quoi aurait ressemblé la série dessinée par Bryan Hitch, mais on ne perd pas au change avec Mikel Janin. L'artiste espagnol a connu les sommets avec ses runs sur Grayson puis Batman (par Tom King les deux fois). Mais depuis il paraissait avoir du mal à s'imposer. Peut-être aussi que DC estimait qu'il était justement trop associé à Batman. L'ironie du sort, c'est qu'il revient sur une série avec la fille du dark knight en vedette...

Janin, en tout cas, a de quoi briller à nouveau et, même si, donc, il laisse quelques pages à des confrères sur ce premier épisode, il réalise une prestation excellente. Son trait din et élégant fait merveille, son découpage précis et dynamique sied parfaitement à un script nerveux. Il n'est pas du tout à la ramasse et s'est investi jusque dans les characters designs (celui d'Huntress en particulier, très classe). Il nous gratifie de pages intenses, raccord avec ce que raconte Johns (visiblement très heureux de l'avoir comme collaborateur, comme il l'a expliqué en interview).

Pour ne rien gâcher, c'est Jordie Bellaire qui s'occupe des couleurs et elle participe grandement à la réussite de ce premier épisode avec une palette nuancée le plus souvent, mais aussi vive à d'autres moments, qui est dans la ligne de qu'elle a fait sur The Nice House on the Lake (en moins radical cela dit). Johns, Janin, Bellaire : y a pas à dire, ça a de la gueule.

Parce que ces trois-là ont réussi à surprendre tout en donnant des gages pour la suite, ce retour de Justice Society of America promet beaucoup et comble même ceux qui attendaient désespérement le retour de ce titre emblématique.

mercredi 19 octobre 2022

FLASHPOINT BEYOND #6, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico, Mikel Janin et Gary Frank


Ce dernier épisode de Flashpoint Beyond n'aura pas sauvé ce projet boiteux et risque même d'attiser à nouveau la colère des détracteurs de Geoff Johns qui ne se prive pas de retconner une bonne partie du DCU (et de se servir de Watchmen au passage). On se rend aussi compte que Jeremy Adams et Tim Sheridan n'ont rien apporté de personnel à l'histoire. Restent les dessins, superbes, de Xermanico, Mikel Janin et (pour deux pages) de Gary Frank.


Rip Hunter et Corky Baxter tentent de reprendre à Batman le globe temporel qu'il a volé dans le labo des Chasseurs du Temps avec le projet de le briser et d'anéantir l'univers Flashpoint dans l'Hypertemps.


Au même moment, dans cet univers, Thomas Wayne écoute Martha, sa femme, expliquer comment elle veut remonter le temps pour empêcher la mort de leur fils, quitte à sacrifier Dexter Dent.


Gilda menace Dexter avec un pistolet et Thomas tente de la désarmer. Gilda fait exploser une bombe qui détruit la sphère temporelle de Martha et provoque l'effondrement de l'asile d'Arkham.


Thomas sauve Martha et Dexter. Et ce geste suspend celui de Rip Hunter qui constate que l'univers Flashpoint s'est stabilisé et ne menace plus l'hYpertemps. Comme l'avait parié Batman...

On peut peindre un tableau de bien des façons, avec nombre d'accessoires : au pinceau, au couteau, ou à la truelle. La finesse du résultat dépendra de l'outil employé. Et Flashpoint Beyond ressemble finalement à un assez mauvais tableau à la truelle mais où l'artiste aurait voulu être aussi fin que s'il avait manié un pinceau.

Pas plus tard qu'hier, après avoir lu ce sixième et dernier épisode, j'ai lu une interview de Geoff Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams, qui dressaient le bilan de leur mini-série, revenaient sur des points majeurs de cet ultime chapitre et les conséquences pour le futur du DCU, en particulier pour le relaunch de Justice Society of America par Geoff Johns.

On pouvait alors comprendre, ne serait-ce qu'en mesurant la longueur des interventions de Johns par rapport à celles de ses deux collègues, que non seulement, comme attendu, c'était bien lui le chef d'orchestre de ce projet, mais que surtout les deux autres n'avaient finalement pas apporté grand-chose, sinon des détails dans la caractérisation.

Un peu comme Omar Sharif dont le tiercé était la grande passion, on peut dire que Geoff Johns a pour hobby préféré la retcon, ou comment modeler le DCU à sa guise, à sa main. Pendant longtemps, jusqu'à la fin des New 52, on pouvait apprécier ses efforts en ce sens comme ceux d'un architecte occupé à mettre de l'ordre dans la chronologie éditoriale d'une maison comme DC où règnait un joyeux bordel. Et fort de ses succès sur des titres emblématiques comme Flash, Green Lantern, Justice Society of America et Justice League, ses patrons auraient eu tort de ne pas le laisser faire : Johns avait l'amour, la connaissance de cet univers, et les compétences pour le ranger.

Puis DC s'est rendu compte que, malgré tout ça, ça ne fonctionnait pas parfaitement. Il fallait passer à autre chose, réconcilier la tradition et la modernité, passer des New 52 à Rebirth (avec ses étapes successives). Johns, peut-être vexé, peut-être aussi écarté (à cause des polémiques sur le film Justice League de Zack Snyder, où son nom était régulièrement cité comme un des responsables de la débâcle), a alors semblé lâché l'affaire, et d'autres auteurs ont essayé à leur tour de jouer les architectes - Scott Snyder, puis Joshua Williamson.

Flashpoint Beyond, avec le recul, ressemble à une tentative en loucedé pour Johns de reprendre un peu les commandes, ou du moins de négocier avec Williamson. Mais en fin de compte, ce n'est guère concluant. Tout d'abord, parce qu'en sept épisode (si on compte le n° 0), il a démarré très lentement et fini à l'arrache, en injectant massivement des éléments dont beaucoup sont plus frustrants qu'enrichissants. Et, c'est le pire, en revenant se servir dans les travaux de Alan Moore, malgré les critiques virulentes reçues pour Doomsday Clock.

La partie la plus incongrue de Flashpoint Beyond restera cette invasion des kryptoniens, un subplot qui aurait convenu pour une mini-série de douze épisodes, mais qui dans un format réduit de moitié ne ressemble à rien d'autre qu'à une promesse non tenue. Ne comptez pas sur une résolution de cette ligne narrative, qui n'est d'ailleurs mentionnée que dans une double page et une autre page. Disons-le clairement : c'est du gros foutage de gueule.

Plus réussie est la partie, principale concernant le fait de sauver l'univers Flashpoint, qui se situe non pas dans le Multivers (donc qui n'est pas une Terre parallèle) mais dans l'Hypertemps (donc qui une sorte d'écho à notre Terre, une variation née d'événements émotionnels divergents - en l'occurrence le fait que Bruce Wayne ait été tué à la place de ses parents et que Flash y soit intervenu pour sauver sa mère). Notre Batman (Bruce Wayne) confronté à Rip Hunter a joué aux dès avec Dieu en somme puisqu'il a compté sur un geste improbable de Thomas Wayne dans l'univers Flashpoint pour que celui-ci soit préservé. Un sacré pari qui convainc malgré tout Rip Hunter de ne pas détruire l'univers Flashpoint contenu dans un globe temporel chargé par Dr. Manhattan.

Ce qui nous conduit au dénouement de Flashpoint Beyond : comme il aime tant le faire, Johns procède par allusions, assez alléchantes reconnaissons-le (teasant des épreuves futures pour Batman notamment - reste à savoir si Chip Zdarsky, actuellement en charge de la série Batman en tiendra compte, ou si Ram V les développera dans Detective Comics. J'en doute, mais bon, je m'en fiche un peu, ne lisant plus ni l'un ni l'autre de ces titres). Johns d'un autre côté déplace les meubles et pas qu'un peu, et là, sans aucune subtilité, mais bien comme un général redisposant ses troupes.

Ainsi Rip Hunter et Bonnie Baxter compte-t-il sur la réintégration dans le passé de plusieurs personnages, totalement inédits, pour corriger les altérations subis par l'Hypertemps. Pas moins de treize individus sont cités, qui réécrivent massivement la continuité DC, avec des versions Golden Age de Mister Miracle, Aquaman, Red Lantern, Legionnaire par exemple, mais aussi Salem the witch Girl (en lien avec Klarion the witch boy ?), Ladybug (rien à voir avec Miraculous Ladybug), John Henry Jr. (importé de The New Frontier de Darwyn Cooke ?), Quiz Kid, Betsy Ross, Molly Pitcher, Cherry Bomb (inspiré du tube des Runaways ?), Judy Garrick (probable parente de Jay Garrick ?), Les fils de Harlequin. Personne ne sait qui sont ces gens, débrouillez-vous avec ça, semble dire Johns, qui risque bien d'être le seul à exploiter ces noms (probablement dans Justice Society of America).

En soi, pourquoi pas ? Mais ce qui interroge, c'est bien la manière. DC veut-il laisser Johns développer une sorte de Johns-verse, dans son coin, juste pour satisfaire son ancien enfant prodige. C'est généreux, et après tout pourquoi pas, quand on sait que Sean Murphy a son propre pré carré chez l'éditeur avec la saga White Knight. Néanmoins, tout ça est quand même présenté comme quelque chsoe censé impacter profondément le DCU, or qui chez les scénaristes de l'éditeur semble intéressé ? Encore une fois, Kennedy Johnson (qui a la main sur Superman), Zdarsky et Ram V (sur Batman), Taylor (sur Nightwing - annoncé comme le personnage au coeur du DCU après Dark Crisis) ne me paraissent pas très connectés à Flashpoint Beyond. Et ne parlons pas de Williamson (qui, comme je vois les choses, va sûrement être l'élu pour relancer Justice League en 2023).

C'est donc surtout visuellement que Flashpoint Beyond aura été le plus satisfaisant. Xermanico aura livré des épisodes de haute facture tout du long et ce mois-ci ne fait pas exception. Il se partage l'épisode presque à égalité avec Mikel Janin, qui illustrera dès le mois prochain, la Justice Society of America nouvelle version de Johns. Rien à redire : les deux artistes auront ravi les fans et permis à cette saga d'avoir belle allure.

Gary Frank signe les deux dernières pages. Pas étonnant qu'il ait été invité puisque c'est devenu le partenaire privilégié de Johns avec qui il a co-créé Geiger chez Image Comics, et avant cela ils ont réalisé ensemble Doomsday Clock et la trilogie Batman : Earth-One. Toutefois, ces deux dernières pages vont déchaîner les passions et m'ont, pour part, particulièrement déplu.

Alan Moore, devenu la grande obsession de Johns, qui n'a de cesse depuis quelques années de recopier ses effets de narration, mais surtout de réécrire Watchmen en l'intégrant à grands coups de pompes sur la tête dans le DCU, a qualifié les editors de DC de "ratons-laveurs venant chaque nuit grignoter dans ses poubelles". C'est exactement ce qui se passe ici avec une énième mention à Watchmen qui laisse pantois. DC et Johns ne pourraient-ils pas laisser simplement Watchmen tranquille et lâcher Moore ? A la fin, ça ressemble à du harcélement, et pour quel résultat ? De la bouillie, dont les lecteurs se moquent, que les détracteurs de Johns emploient pour troller ce dernier. Etrange et pénible manie de la part d'un éditeur qui a popularisé le multivers et le concept de mondes parallèles dans les comcis que de vouloir à tout prix incorporer la mni-série super-héroïque la plus révolutionnaire de tous les temps à leur univers central, sans jamais convaincre personne de la pertinence de cette manoeuvre.

Malgré tout ça, j'ai envie de voir ce que Johns va faire avec son troisième run sur la JSA, avec en prime Janin (qui, je l'espère, sera aussi régulier que du temps du Batman de Tom King). Mais pour Flashpoint Beyond, hormis les dessins, je vais plutôt essayer d'oublier cette expérience.

jeudi 4 août 2022

FLASHPOINT BEYOND #4, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams, Xermanico et Mikel Janin


C'est sans doute sadique à dire par cette chaleur, mais cet antépénultième épisode de Flashpoint Beyond m'a fait l'effet d'une douche froide. Bon sang ! Tout ça pour ça, et à un mois de la fin de cette mini-série ? C'est à peine croyable que trois scénaristes aient osé. Seul point positif : les dessins de Xermanico, et un peu de Mikel Janin. Mais ce n'est pas assez pour inciter à l'indulgence.


Morgue de Gotham City. Batman procède à l'autopsie de Reverse-Flash, dernière victime du tueur de l'horloge. Et comme les précédentes, on trouve dans sa cage thoracique un engrenage d'horloge.


Cependant, Dexter Dent a échappé à la surveillance d'Oswald Cobblepot au manoir Wayne. S'étant équipé dans la Batcave, il franchit la porte de l'asile d'Arkham au nez des gardes.


De retour chez lui, Thomas Wayne ne se soucie guère de la dsiparition du gamin, trop occupé à reconstituer le mécanisme quasi-complet de l'horloge du tueur. Dexter parvient jusqu'à sa mère, Gilda.


Mais celle-ci, il le comprend, n'est plus elle-même. Thomas Wayne, lui, saisit que l'horloge ne peut être complétée par l'engrenage trouvé sur Reverse-Flash et il sait alors qui est le tueur...

Hola, la, la ! Mais qu'est-ce que c'est que ce travail ?!

Rétrospectivement, il est facile de repérer ce qui clochait déjà dans cette mini-série avant ce fatifique quatrième épisode : par exemple la légèreté avec laquelle Geoff Johns, Jeremy Adams et Tim Sheridan ont traité la guerre entre atlantes et amazones ou l'imminence d'une invasion en provenance de Krypton, toutes choses qui donnaient un souffle épique à la saga reprise dix ans après le premier Flashpoint mais qui ne pouvaient être décemment développées en deux épisodes restants.

Pourquoi, dès lors, les aborder ? Voilà qui me paraît condamné à rester in mystère, sauf à miser sur une troisième salve d'épisodes dans l'univers Flashpoint, mais aucune annonce n'a été communiquée dans ce sens.

En vérité, le noeud de l'histoire était cette affaire de Clockwork Killer, cesnée aboutir dans sa résolution à une explication sur la survie de cet univers et le retour de Thomas Wayne dans sa dimension d'origine. Mais, là encore, Johns, Adams et Sheridan semblent avoir accumulé les fausses pistes, plus frustrantes que passionnantes, pour arriver à un dénouement qui risque d'être accablant.

Car, oui, maintenant, on sait qui est le Tueur de l'Horloge et son identité est grotesque, puisqu'il s'agit d'un personnage censé être mort et je n'espère pas là encore une justification à la hauteur. Mais, bon, à la rigueur, qu'importe. Car j'aurai été indulgent si cela avait été surprenant et moins ridiculeusement absurde. Et si son apparition, dans les dernières pages, n'était pas aussi grand-guignolesque...

Mais il était dit qu'on boirait le calice jusqu'à la lie. Et là, guère de doute possible, ça sent le Geoff Johns des mauvais jours, le moins inspiré, celui capable d'infliger des scènes impossibles. Il s'agit donc de gober ce qu'il fait de Dexter Dent, le fils de Harvey et Gilda dans cet univers.

Le môme taciturne, gardé par Oswald Cobblepot au manoir Wayne, n'était certes pas net en obtenant de sa nounou des leçons de tir, mais quand enfin il échappe à la surveillance du Pingouin pour descendre à la Batcave et chourraver des équipements, on craint le pire dès qu'on le voit représenté en légère contre-plongée pleine page, prêt à accomplir une séquence qui va nous achever.

On n'est pas déçu : le mouflet réussit à tromper la surveillance des gardiens de l'asile d'Arkham, à voler le passe de l'homme de ménage, à étaler deux autres gardes d'un coup de pied (fortiche pour ce lutin de mettre K.O. ainsi deux agents taillés comme des armoires à glace), à ouvrir la porte qui mène à la cellule de sa mère en trafiquant les fils électriques (il a dû suivre une formation accélérée hors-champ) avant de serrer sa môman dans les bras, sans être effrayé par le fait qu'elle s'est défigurée ! Tout ça sans rire.

Ce peudo-Robin finit par saisir, mais trop tard que sa mère est complètement chtarbée et qu'une présence encore plus maléfique fait entendre sa voix dans la cellule. La scène prend tout son sel avec la narration parallèle employée pour montrer qu'au même moment Thomas Wayne devine qui est vraiment le tueur à l'horloge qui est aussi l'autre personne dans la cellule de Gilda Dent. Que c'est subtil !

A ce niveau-là de nullité, on préfère en rire qu'en pleurer, mais c'est surtout la sidération qui l'emporte car vraiment, c'est stupéfiant. C'est trop. Pour un peu, ça ressemblerait à du sabotage (et Dieu sait que DC sait y faire quand ils le veulent). En tout cas, c'est ce genre de moment embarrassant dont une série ne se remet pas.

Louer les dessins de Xermanico est bien dérisoire après ça. Il fait un boulot remarquable depuis le début, mais être associé à une histoire qui se crashe comme ça, ça fait tâche. Bon, il a déjà rebondi (il signera les dessins d'un one-shot consacré à Gueule d'argile dans le cadre d'une collection intitulée Batman : One Bad Day, sur les vilains emblématiques de la chauve-souris, écrite et dessinée par le gratin de l'éditeur).

Mikel Janin s'acquitte des deux dernières pages dont, là aussi, on se demande bien comment elles vont conduire à une fin digne de ce nom, avec ces mentions à l'Hypertemps et l'Omnivers, des notions maousses expédiées en fin d'épisodes et censées compléter l'intrigue principale. Janin, par contre, ne semble pas promis à un destin aussi favorable que Xermanico, DC ne l'annonçant sur aucun projet (série, one-shot, Black Label). Triste et injuste.

Lire cet épisode, c'est quelque chose. Mais j'aurai préféré que ce soit connoté plus positivement. Le prochain chapitre risque d'être... Spécial.

vendredi 8 juillet 2022

FLASHPOINT BEYOND #3, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams, Xermanico et Mikel Janin


Flashpoint Beyond : acte III. Nous sommes par conséquent arrivés à mi-chemin de cette mini-série. Mini-série qui captive toujours autant avec son ambiance envoûtante et qui s'enrichit ce mois-ci d'un subplot inattendu et dramatique. Geoff Johns avec Tim Sheridan et Jeremy Adams développent l'intrigue de belle manière, et Xermanico l'illustre avec brio, comme d'habitude suppléé sur les deux dernières pages par Mikel Janin.


Jadis, Kal-El fut sauvé de la destruction de Krypton par son père qui l'expédia à bord d'une capsule sur la Terre, sachant que cette planète réveillerait ses pouvoirs. Mais l'enfant fut récupéré par l'armée U.S..


Emmené dans son repaire secret par Super-Man, Flashpoint Batman suit Poison Ivy jusqu'à Swamp Thing qui s'empare d'un cristal kryptonien pour en révéler le message.
 

Jor-El annonce que d'autres kryptoniens ont survécu et s'apprêtent à conquérir la Terre avec la complicité de Kal-El. Mais celui-ci refuse cette fatalité et appelle Batman à l'aider.


Ailleurs, la police est appelée au domicile d'Iris Allen. Un corps y est trouvé, la victime a été assassinée selon un modus operandi connu... Dans l'Hypertemps, cette mort créé un chaos effrayant...

Nous avions quitté Thomas Wayne dans une fâcheuse posture puisque le Superman (dit Super-Man, avec un tiret) de l'univers Flashpoint lui faisait face d'un air menaçant. Pour rappel, dans cette dimension, Kal-El a été receuilli à son arrivée sur Terre par l'armée américaine qui en a fait son arme la plus puissante en le gardant dans un complexe militaire. Il est l'un des rares surhumains officiellement soutenu par les autorités, contrairement à Batman.

Physiquement, il n'a rien à voir avec "notre" Superman : ce n'est pas un individu doté d'une physionomie athlétique, mais un gringalet, fluet. Le contraste est saisissant quand il se trouve face au Flashpoint Batman, qui a la cinquantaine robuste, voire trappue. Pourtant, sa puissance est équivalente, peut-être même supérieure, dans la mesure où on lui a appris à l'exploiter de la manière la plus efficace, comme un super-soldat. Et logiquement, il rétame Thomas Wayne d'une simple gifle.

Quand Batman reprend connaissance, il ne sait plus où il est et nous non plus. En vérité, tout le récit bascule et la mini-série va nous embarquer dans une direction totalement inattendue et passionnante. L'Oasis est envahie par une végétation exubérante contrôlée par Poison Ivy et Swamp Thing (qui n'est pas Alec Holland mais Jason Woodrue).

C'est l'occasion pour Xermanico et le coloriste Romulo Fajardo de nous gratifier de planches somptueuses, qui achèvent de nous désorienter et de nous éblouir. Le travail sur ce décor, sur la lumière qui le baigne, est absolument divin. On a soudain l'impression que la mini-série décolle vraiment en quelques pages et ce n'est pas fini.

Super-Man révèle à Batman que son père, Jor-El, a permis à d'autres kryptoniens de survivre et qu'ils vont bientôt arriver sur Terre pour la conquérir, pensant que Kal-El a préparé le terrain. Mais ce dernier s'y refuse car il a, malgré le traitement qu'on lui a infligé, mesuré la valeur des humains et aussi compris le vice de sa race.

Je ne vous dévoile pas la réponse de Batman à la requête de Super-Man qui veut son aide pour rassembler une équipe (une sorte de Justice League donc ) capable d'affronter les envahisseurs. Quoiqu'il en soit, Geoff Johns, JeremyAdams et Tim Sheridan viennent d'introduire une piste narrative ambitieuse qui va animer la suite et fin de la mini-série en parallèle de l'enquête sur le Tueur de l'Horloge (Clockwork Killer) après lequel court Batman. A tel point qu'on se demande si trois épisodes suffiront à tout résoudre, sauf si ces épisodes sont très denses. Et encore... C'est sans compter avec la mort d'un personnage crucial et les deux dernières pages habituelles, dessinées par Mikel Janin, convoquant l'Hypertemps directement impacté par ce décès.

Flashpoint Beyond est une histoire captivante, peut-être plus encore que le Flashpoint originel. Le scénario se concentre sur finalement peu de personnages, mais il y a surtout une atmosphère prenante, des éléments dont on ignore encore comment ils vont de relier à l'intrigue principale (par exemple la veuve d'Harvey Dent à l'asile d'Arkham, qui entend des voix) ou la situation des Chasseurs du Temps face à un bazar terrible dû à ce qui passe dans notre dimension et dans celle de l'univers Flashpoint.

Toutefois, le lecteur est gâté : par la qualité des dessins, exceptionnelle. Xermanico accomplit un superbe travail, s'appuyant sur un script rigoureux, précis. Par la maîtrise de l'histoire qui réserve encore des surprises, alors qu'on pensait s'être engagé dans un sillon narratif relativement balisé. Enfin par la caractérisation fascinante sur des personnages familiers mais subtilement décalés, qui prouve que cet univers a un énorme potentiel, encore dix ans après sa création.   

Alors que Dark Crisis est un event plus traditionnel (et dont je rédigerai sans doute une critique une fois qu'il sera terminé), Flashpoint Beyond profite en fait des projecteurs braqués sur l'autre saga DC du moment pour avancer ses pions et captiver ses lecteurs. En tout cas, on a hâte de connaître la suite du programme.

vendredi 10 juin 2022

FLASHPOINT BEYOND #2, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico et Mikel Janin


Après un démarrage canon, Flashpoint Beuond marque un peu le pas dans ce deuxième épisode, plus calme et psychologique. On peut y voir la marque des trois scénaristes, chacun tentant de se faire une place, même si la tonalité générale et quelque indices à la fin confirment que Geoff Johns est bien aux commandes; Xermanico, de son côté, assure grave, tandis que Mikel Janin s'acquitte des deux dernières planches.


De retour de son périple londonien, Thomas Wayne établit des liens entre les victimes du Tueur de l'Horloge, tous en rapport avec la manipulation du temps. Puis il se rend à son casino détruit.


Un bref échange avec l'officier de police responsable de l'enquête conduit Flashpoint Batman à l'asile d'Arkham où il trouve le Psycho-Pirate suicidé, mais ayant laissé plusieurs indices avant son meurtre.


Quittant la cellule du Pyscho-Pirate, Flashpoint Batman est interpelé par Gilda Dent qui lui assène quelque vérités cruelles sur ses échecs en tant que mari et père.


Quittant l'asile, il se passe les nerfs sur une bande de voyous en train de rançnner une femme dans une ruelle. Mais son intervention est interrompue lorsqu'il va tuer le chef de ces voleurs...

C'est ce qui s'appelle entraîner le lecteur (comme le héros) sur une fausse piste : le mois dernier, dans le premier épisode de Flashpoint Beyond, on pouvait croire que cette mini-série allait revenir sur les grands événements de Flashpoint, avec notamment la guerre entre atlantes et amazones. Mais ce n'étiat qu'une diversion.

Thomas Wayne a été éloigné de Gotham à dessein par un tueur en série, le Tueur de l'Horloge (Clockwork Killer en vo) qui s'en prend à des individus manipulant le temps. Reliant ces meutres à la mort de Barry Allen, Wayne comprend que quelqu'un cherche à restaurer sa ligne temporelle, mais sans encore comprendre pourquoi. Il comprend également qu'il n'a pas la patience de son fils (notre Batman, Bruce Wayne) pour résoudre cette affaire et qu'il va employer sa méthode, la manière forte, pour obtenir des informations.

Ses investigations le mènent à l'asile d'Arkham où il apprend que le Psycho-Pirate est enfermé. Or il sait que ce vilain n'a rien à faire dans sa dimension mais qu'il pourrait lui apporter des réponses précieuses sur le Tueur et son objectif. Mais il est devancé...

Avec cette ambiance poisseuse, très noire, on est plein grim'n'gritty, ce qui est familier à Geoff Johns. Si on en doutait encore, c'est donc bien lui le chef d'orchestre de Flashpoint Beyond, et c'est normal puisque, après tout, il revient sur l'évent qu'il avait écrit il y a une dizaine d'années. Mais on sent aussi dans cet épisode des lignes de tension dues à la cohabitation entre Johns et ses deux co-scénaristes, Jeremy Adams et Tim Sheridan, dont, eux, on peut se demander quel est leur rôle.

Il me semble évident que Johns n'a pas demandé à être assisté sur cette mini-série. Est-ce à dire que DC lui a imposé ces collaborateurs ? On ne le saura jamais, mais ça en a tout l'air. A quel fin ? Mystère.

Toutefois, il est certain que la rédaction du script témoigne des tensions. D'un côté, on a, non pas vraiment des scènes entières, mais des pages, des narratifs, curieux, qui freinent la progression de l'histoire, qui décompressent bizaremment. Et de l'autre, des coups d'accélérateurs, des mentions frappantes.

Quand est cité, subrepticement, dans un dialogue, Dark Crisis (l'event actuellement publié par DC), on ne voit franchement pas trop l'intérêt, sinon pour suggérer au lecteur que l'univers Flashpoint fait bien partie de l'Omnivers théorisé par Joshuia Williamson. Et bon, comment dire ? L'Omnivers est quand même une idée totalement conne : il s'agit d'un ensemble de Multivers, et déjà que la notion de Multivers a du mal à être exploité pleinement par DC (comme par Marvel), que c'est suffisamment dense et riche à explorer, à quoi bon parler d'Omnivers pour dire qu'il existe quelque chose qui rassemble des Multivers ? Va falloir arrêter de jouer avec ça parce que ça ne sert à rien, sinon à rendre encore plus confus ce qui l'est déjà assez. Le Multivers est bien suffisant pour qu'on ne rajoute pas un étage supplémentaire.

Mais au fond, qu'est-ce que ça dit de l'écriture de Flashpoint Beyond ? Que certainement, à mon avis, Tim Sheridan et Jeremy Adams sont là pour intégrer des directives éditoriales de DC dans la mini-série, en quelque sorte de porter la parole du nouvel architecte qu'est Williamson.C'est un peu cacophonique. 

Johns sait raconter ses histoires comme un grand, parfois avec réussite, parfois en étant scotché à des obsessions un peu vaseuses (notamment sa fixette sur Alan Moore, comme on a l'occasion de se le rappeler dans les deux dernières pages de l'épisode - car, oui, Johns a encore réussi à glisser du Watchmen dans cette histoire !).

D'où l'impression forcément mitigée que produit cet épisode : il y a les citations à Dark Crisis, à Watchmen. Et il y a le reste, qui est bien meilleur mais surtout suffisant. L'enquête du Flashpoint Batman, son portrait psychologique, c'est vraiment très bon. Ce Tueur de l'Horloge est vrraiment retors et énigmatique, l'apparition du Psycho-Pirate (même si je ne crois guère qu'il soit définitivement mort, c'est un vilain trop emblématique de l'Histoire de DC et des Crisis), et le face-à-face électrique entre Wayne et Gilda Dent fournissent leur lot de moments intenses, et limite gore (du Johns tout craché donc).

Pour compenser cette écriture un peu boîteuse, on peut encore compter sur une prestation remarquable de Xermanico, décidément très inspiré par cet univers. Mitch Gerads, qui signe les couvertures régulières de la mini-série, a dit sur Twitter à quel point le Flashpoint Batman était amusant à dessiner, et effectivement, Xermanico lui donne du relief.

Avec ses yeux rouges sous son masque, sa cape aux épaulettes pointues, sa silhouette plus massive, c'est un bulldozer flippant, loin du Batman classique, mais pas si décalé quand on se rappelle qu'à ses tout débuts l'homme chauve-souris se baladait avec un flingue et utilisait des méthodes expéditives comme sou double actuel.

Romulo Fajardo applique aux planches de Xermanico des couleurs somptueuses, qui soulignent le look série noire du projet, avec des décors  grisâtres, sinistres à souhait, son héros ombrageux, mais aussi avec des nuances vraiment jubilatoires comme lors du dialogue hallucinant entre Thomas et Gilda quand le visage de cette dernière fait subitemetn et brièvement place à celui de Martha Wayne avant de redevenir celui de la veuve de Harvey Dent. Un court instant, on partage vraiment le trouble du héros, le brouillage de la perception. Magistral.

Mikel Janin intervient pour les deux dernières pages se situant dans notre dimension, avec Bruce Wayne et Corky Baxter, dans la Batcave. C'est là qu'est cité Watchmen, via Jenny Slater et le Dr. Manhattan (sans qu'il soit nommé, mais bon, la déduction se fait toute seule). Jordie Bellaire s'occupe des couleurs pour cette scène.

Même si donc Flashpoint Beyond est parfois cacophonique et bancal, sa bizarrerie en fait quelque chose de prenant. C'est superbement mis en images par ailleurs. J'ai envie de voir où ça va aller.

jeudi 5 mai 2022

FLASHPOINT BEYOND #1, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams et Xermanico avec Mikel Janin


Après son prologue accrocheur, Flashpoint Beyond démarre vraiment avec ce n°1. Geoff Johns est à la baguette, secondé par Tim Sheridan et Jeremy Adams pour l'écriture. Xermanico dessine, avec un peu d'aide de la part de Mikel Janin. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que tout ce beau monde y va fort !


Thomas Wayne a recueilli le fils de Harvey Dent, tué par un agent d'Aquaman,. Il en confie la garde à Oswald Cobblepot pendant qu'il part enquêter en Angleterre, tenue par les atlantes.


Batman tue deux gardes qui surveillent Wonder Woman faite prisonnière. Il négocie avec elle une brêve alliance afin de soutirer des renseignements à Aquaman en échange de la liberté de l'amazone.


Utilisant le lasso de vérité, Batman apprend que Aquaman n'a pas envoyé de tueurs contre Barry Allen. Cobblepot l'avertit qu'une attaque contre son casino a été commise et Batman comprend qu'on a voulu l'éloigner de Gotham.


Cependant, sur Terre-0, Flash a découvert une perturbation dans la Force Véloce et soupçonne Reverse-Flash. Mais Batman lui garantit qu'il ne l'a pas vu dans sa Batcave...

Ce qui frappe le plus à la lecture de ce premier épisode de Flashpoint Beyond, c'est avec quelle immédiateté on replonge dans l'univers parallèle imaginé par Geoff Johns. A vrai dire, qu'importe que vous ayez lu Flashpoint (même si c'est facile à dire quand on l'a lu), vous embarquez dans un thriller au rythme effrené en étant renseigné rapidement sur la situation, déjà exposée dans le n° 0, et vous tournez les pages avec gourmandise.

Si j'ignore l'importance des contributions de Tim Sheridan et Jeremy Adams crédités comme co-scénaristes de la mini-série, il est pourtant évident qu'on est bien en train de lire du pur Geoff Johns. J'ai, pour ma part, l'impression, parfois dérangeante, que Sheridan et Adams sont là comme deux inspecteurs des travaux finis, chargés de surveiller Johns. Comme si DC voulait blinder le projet (puisqu'on le sait, le scénariste vedette a vu son image ternie par des accusations proférées apr l'acteur Ray Fisher sur le tournage de Justice League, mais aussi parce que depuis quelque temps Johns s'est mis en retrait, abandonnant son rôle d'architecte du DCU).

Il y a dans Flashpoint Beyond un côté produit de contrebande, comme si cet event, en marge de l'autre saga (Dark Crisis) beaucoup plus vendue par l'éditeur, refusait d'être trop mis dans la lumière. Ce n'est pas désagréable car d'une part ça correspond avec le propos (une intrigue dand une dimension supposée disparue) et d'autre part, parce que cela altère la lecture elle-même, dégagée des contraintes et attentes d'un event traditionnel. Pour un peu, sa vraie place aurait été au sein du Black Label.

Pour moi, en tout cas, il ne fait guère de doute que Johns écrit seul et que les deux autres sont là pour rassurer les cadres de DC, veiller au grain. Il n'y en a pas besoin pourtant parce que Flashpoint Beyond n'a rien de dangereux, de sulfureux. C'est un thriller d'action, captivant, très efficace.

Surtout, on reconnaît la patte de Johns dans la manière d'imposer au lecteur des coups de théâtre express au lecteur, pour l'estomaquer sans délai. Déjà, un personnage majeur meurt, et de façon brutale, inattendue, sans bagarre. Ensuite, le personnage de Thomas Wayne, qui, dans cette réalité alternative, incarne un Batman adepte des méthodes les plus expéditives, imprime au récit une sorte de détachement fataliste épatant : il se fiche complètement de la guerre cataclysmique qui oppose amazones et atlantes, et quand les cobelligérants menacent d'attaquer son pays après l'Europe, il s'en contrefiche. "Nothing matters." répond-il.

C'est que ce Batman est sur la piste d'un assassin et il va comprendre qu'on a voulu l'éloigner de Gotham. Puis Johns insiste sur un motif qu'il ressasse depuis qu'il a entrepris sa réinterprétation des obsessions  chères à Alan Moore, avec des horloges en retard, et en intitulant ce chapitre The Clockwork Killer (le tueur horloger). Le scénariste nous entraîne aussi sur de fausses pistes comme quand on imagine que Thomas Wayne a adopté le fils d'Harvey Dent pour peut-être en faire un Robin, mais c'est visiblement faux puisqu'il se débarrasse du gamin en le confiant à Oswald Cobblepot (qui lui sert de majordome dans cet univers), et le jeune Dexter demande à cette nounou peu ordinaire de lui apprendre à tirer au pistolet. Il y a un humour noir, absurde, dans ce projet.

Après le prologue dessiné par Eduardo Risso, Xermanico prend le contrôle des planches et livre une prestation formidable. Même si on devine facilement qu'il n'a pas eu beaucoup de liberté dans le découpage vu la précision du script, son trait expressif et puissant sert à merveille la partition.

Johns est devenu tellement hanté par Moore qu'il impose à ses artistes des mouvements d'appareil identiques à celui que le mage anglais indiquait à ses partenaires, comme en témoigne le travelling arrière qui ouvre l'épisode, ou le "gaufrier" de neuf cases lors du dialogue entre Batman et Wonder Woman. L'effet est sidérant, mais Xermanico s'en sort avec les honneurs, sans, lui, chercher à copier Dave Gibbons.

Les couleurs de Romulo Fajardo ajoutent à la tonalité étrange de l'histoire : subtilement, la palette choisie donne à l'ensemble un côté délavé, comme si tout ça était un rêve, une réalité finement troublé. C'est sobre et délicat, mais en même temps, on est incapable à la fin de l'épisode de définir réellemment la teinte qui domine, comme si cela devait infuser. Il y a quelque chose d' "Eastwoodien" dans tout ça, presque sous-exposé, c'est très étonnant.

Tout comme il est étonnant (car rien ne l'annonçait) de trouver Mikel Janin dessinant les trois dernières pages. J'espère qu'on ne va pas assister à une sorte de prestation comme celle que Janin a dû exécuter sur le Batman de Williamson, quand Jorge Molina a été incapable de produire l'intégralité de ses scènes. Il me semble plutôt, ici, que c'est une manière de distinguer le coeur du récit (dans la dimension Beyond) de ce que Batman/Bruce Wayne entreprend sur Terre-0. On verra bien vite si ce n'est que cela ou si Janin aide davantage Xermanico (qui avait eu beaucoup de mal sur Infinite Frontier).

Un excellent moment en tout cas. Je suis curieux et enthousiaste pour la suite.

mardi 4 février 2014

Critique 405 : JUSTICE LEAGUE, VOLUME 3 - THRONE OF ATLANTIS, de Geoff Johns, Tony Daniel, Paul Pelletier et Ivan Reis


JUSTICE LEAGUE, VOLUME 3 : THRONE OF ATLANTIS rassemble les épisodes 13 à 17 de la série Justice League et 14 à 16 de la série Aquaman, tous écrits par Geoff Johns et publiés par DC Comics en 2013. Tony Daniel dessine les épisodes 13-14 de Justice League, Ivan Reis les épisodes 15 à 17. Pete Wood et Pere Perez dessine l'épisode 14 de Aquaman, Paul Pelletier les épisodes 15 et 16.

- The Secret of The Cheetah (Justice League 13-14). La Ligue de Justice (désormais composée de Superman, Batman, Flash, Cyborg, Aquaman et Wonder Woman - Green Lantern a démissionné) traque Cheetah alias Barbara Minerva, une amie de Wonder Woman qui a été envoûtée par l'esprit maléfique d'une créature mi-femme, mi-féline.

Ce récit en deux parties est très dispensable : Geoff Johns s'en sert surtout comme prétexte pour officialiser la romance entre Superman et Wonder Woman - cette dernière n'a d'ailleurs pas grand-chose à voir avec l'héroïne qu'écrit Brian Azzarello dans sa propre série (où il n'est d'ailleurs pas fait mention de la Ligue de Justice ni de sa relation amoureuse avec son co-équipier). 
Certes, on n'a pas le temps de s'ennuyer et le scénariste déplace l'action dans des décors exotiques pour la galerie, mais il n'évite pas des scènes grotesques comme la possession de Superman. De plus, voir Flash, l'homme censé être le plus rapide du monde, incapable d'éviter les griffes de Cheetah est également limite... Quant à Aquaman, on se demande (et lui aussi apparemment) ce qu'il fait là, tout comme Cyborg (employé uniquement pour tracer la méchante mais inutile au combat).
On devine, à la fin de l'aventure, que cela va préparer des intrigues futures : Cheetah derrière le barreaux s'adressant à de mystérieux complices extérieurs, et Batman apprenant que Superman et Wonder Woman sont bel et bien amants. On verra bien à quoi cela aboutit, mais ce n'est quand même pas fameux.
Pas fameux non plus de la partie graphique confiée à Tony Daniel : une double-page d'entrée très réussie laissait pourtant augurer du meilleur, mais le soufflet retombe vite. Ses personnages sont inexpressifs, terriblement raides, et les choses se gâtent dès qu'il y a plus de trois héros dans le même plan avec des compositions au mieux maladroites. Il y a parfois un effort louable au niveau des décors, en particulier quand l'action se déplace dans la jungle, mais rien de renversant.
A présent, passons au coeur du recueil avec la saga du Trône d'Atlantide, un crossover entre les titres Justice League et Aquaman (qu'il faut lire dans l'ordre suivant : Aquaman #14 - le prologue de l'histoire - , JL #15, Aquaman #15, JL #16, Aquaman #16, et JL #17). Les évènements sont directement liés à la série et aux derniers épisodes d'Aquaman (vol. 1 : The trench, vol. 2 : The Others), donc il est recommandé de les lire auparavant.
- Throne of Atlantis. Un navire de l'U. S. navy envoie accidentellement deux missiles dans les profondeurs de l'océan, qui dévastent Atlantis. Le roi des atlantes, Orm alias Ocean Master, demi-frère d'Aquaman, considère cette agression comme une déclaration de guerre et riposte spectaculairement en submergeant plusieurs villes avant d'attaquer avec son armée. Aquaman reconnaît immédiatement cette tactique puisque c'est celle dictée par les protocoles qu'il a lui-même rédigés quand il était régent. La Ligue de Justice (Superman, Wonder Woman, Batman, Cyborg et Aquaman, plus Mera) tente d'abord de sauver le plus de civils possible avant de devoir affronter les hordes atlantes puis les créatures carnivores de la fosse libérés par celui qui a, en vérité, orchestré ce conflit et détient le sceptre du roi mort d'Atlantis...

Après avoir relancé avec vigueur la série Aquaman, et pris les commandes de celle de la Justice League, Geoff Johns organise donc la rencontre entre ces deux titres avec une histoire spectaculaire fondée sur le choc des cultures. On reconnaît là le goût du scénariste pour les intrigues préparées à l'avance (celle-ci prenant sa source dès les premiers chapitres d'Aquaman avec le choix du héros de vivre parmi les terriens et le rôle déterminant d'une relique atlante) et les héros déchirés entre deux mondes (hier Green Lantern tiraillé entre Oa et la Terre, aujourd'hui Aquaman partagé entre le monde de la surface et celui de la mer).
La question qu'on pouvait légitimement se poser avec ce crossover était de savoir si Johns allait être inspiré positivement comme il l'est avec la série Aquaman ou avec moins de bonheur comme avec la série Justice League (dont je n'avais lu que le premier arc, qui m'avait beaucoup déçu, au point de lâcher l'affaire).
Cela débute de manière très moyenne avec le prologue dans l'épisode 14 de Aquaman, en fait une conversation peu passionnante entre Orm/Ocean Master et Arthur Curry/Aquaman. Johns y met aussi en scène un personnage du nom de Vulko, et on peut dire qu'il fait preuve de maladresse en indiquant aussi vite au lecteur que cet atlante vivant aussi à la surface mérite d'être surveillé, éventant un peu trop le pivot du récit. 
Il faut aussi dire que cet épisode est pauvrement illustré, qui plus est par deux dessinateurs : Pete Woods et Pere Perez ont la lourde tâche de passer après Ivan Reis, le choc est rude ! 
Mais heureusement dès que Geoff Johns entre dans le vif du sujet, il redresse la barre et mène son affaire avec son efficacité coutumière. L'exercice même du crossover, avec un casting de personnages fournis, ses rebondissements en cascades, ses tableaux de batailles épiques, laisse peu de place pour développer la psychologie des protagonistes. Il faut alors compter sur des motivations originales pour le méchant et des  réactions intéressantes de la part des héros pour que l'ensemble fonctionne.
Sur tous ces points, le scénariste connait son métier et fait de Orm un méchant singulier : il s'agit moins d'un vilain classique, avec des ambitions rabâchées, que d'un individu qui s'estime légitimement agressé et entraîne ses sujets dans un conflit sans savoir qu'ils ont été piégés par un des leurs. Johns joue avec malice sur ce que croit savoir le lecteur qui a suivi les épisodes précédents d'Aquaman : à la fin du volume 2 de cette série (The Others), le sceptre du roi mort dérobé par Black Manta revenait à son commanditaire sans qu'on l'ait clairement identifié.
Lorsque Orm apparaît ici, brandissant une lance à la forme similaire, on est donc persuadé que c'était lui qui avait missionné Black Manta, mais il faut être plus attentif pour comprendre qu'on se trompe. Mais cette méprise nourrit l'histoire et sert de révélateur pour comprendre la relation entre Aquaman et Ocean Master, les deux demi-frères : il ne s'agit pas d'une opposition comme celle de Thor et Loki puisque Arthur Curry a abandonné son trône et l'a laissé à Orm. On devine puis on a la confirmation que Orm a été déçu par son frère, son choix et sa situation actuelle : il espérait visiblement qu'il reste vivre avec les atlantes, considère que les humains sont faibles et qu'il n'estime pas à sa juste valeur son demi-frère.
Tout cela fait de Orm un adversaire singulier : il a des raisons de sur-réagir comme il le fait, ce n'est ni juste ni moral mais compréhensible, il est le fruit de son éducation, répondant en roi guerrier, n'exprimant pas de regrets devant ce qu'il considère comme la réplique appropriée à l'agression subie par les siens et incapable d'admettre que Aquaman ne l'approuve pas (alors même qu'il a conçu les protocoles pour contre-attaquer dans une telle situation).

Aquaman continue de fait à être l'acteur majeur de la saga : visiblement, Geoff Johns apprécie le personnage et a à coeur d'en faire un héros avec du relief. Ses rapports en particulier avec Batman, qui a ses propres idées sur le management de la Ligue de Justice, la manière dont il reprend le contrôle des atlantes, juge le véritable responsable de cette réplique barbare et punit son demi-frère, souligne ce qui était déjà déroulé dans les précédents épisodes de sa série : c'est un personnage qui n'aime pas qu'on lui force la main, qui entend se faire respecter, qui tranche. Pour lui, pas de déférence envers les vedettes de l'équipe comme Superman ou Wonder Woman. Pas de sentimentalisme excessif non plus envers Mera, sa compagne, comme en témoigne la décision qu'il adopte à la fin de l'histoire.
Johns prend quand même un risque excitant en écrivant ainsi le personnage, pas forcément sympathique, conciliant. Mais (comme d'autres héros revampés pour le "New 52", par exemple Wonder Woman chez Brian Azzarello) cette ambiguïté lui va bien.

Tout n'est pas parfait dans la mécanique de Geoff Johns : s'il est toujours à son avantage dès qu'il s'agit d'allumer les feux, il évacue un peu cavalièrement des éléments qui l'encombrent ou en oublie d'autres de manière étonnante. Par exemple, pourquoi avoir écarter Flash de cette histoire (même s'il est mentionné à un moment qu'il est occupé avec un de ses ennemis) ? Déjà que Green Lantern n'est plus dans l'équipe après deux arcs, cela donne l'impression que le scénariste ne sait pas utiliser une équipe de six personnages iconiques pour une histoire pourtant taillée pour eux (le bolide écarlate aurait pu être bien utile au moment où il fallait sauver les civils quand leurs villes étaient submergées)... Mais (presque) le même temps, Johns, pour montrer que son groupe de héros ne suffira pas à stopper les troupes atlantes en furie, n'hésite pas par contre à rameuter tout un tas de réservistes (Vixen, Black Canary, Hawkman, Black Lightning...) ! C'est un peu bizarre d'appeler autant de personnages ainsi sans utiliser toute la première ligne de vedettes...
Dans un autre registre, l'identification du vrai vilain de l'histoire, ses motivations, sont un peu balourdes, et à dire vrai, le personnage lui-même manque terriblement du charisme nécessaire à un rôle aussi déterminant.
Enfin, là aussi, dans un souci évident à la fois de relier tous les fils et de solutionner une partie de ce qu'il a mis en place auparavant, Johns invite au bal les créatures de la fosse (cf. Aquaman, vol. 1 : The Trench). Et là, ça fait quand même beaucoup de monde à gérer ! La Ligue et Aquaman a à peine réglé le problème Orm et les atlantes qu'ils doivent renvoyer ces monstres (d'ailleurs plus moches qu'effrayants)... A force d'ajouter des couches d'ennemis à combattre, le dénouement se traîne un peu (le dernier épisode de la saga, JL #17, est d'ailleurs plus long).

Mais finalement, rien de grave : on prend du plaisir à suivre ce récit, bien rythmé, épique, qui tient en 8 épisodes bien bâtis, avec un dénouement qui impacte nettement Aquaman (pour ce qui est de sa place dans la Ligue ou la Ligue elle-même, cela reste à voir mais dans le cas de cette dernière, il y a fort à parier que de prochaines aventures balaieront en fait celle-ci. C'est le jeu).
 
L'autre très bon point de ce crossover est son excellente facture visuelle. Ivan Reis a donc été transféré de Aquaman à Justice League, une sorte de promotion naturelle étant donné la notoriété acquise par le brésilien et son immense talent. Dessiner un team-book est exigeant, il faudra surveiller s'il peut tenir la cadence, continuer à produire des planches aussi riches en soignant chaque personnage : il en a le potentiel et sa prestation sur cette saga (mais aussi, avant cela, sur l'event Blackest Night) est plus que convaincante.
Les splash et doubles pages de Reis sont toujours aussi impressionnantes. Ses découpages n'ont rien d'exceptionnel mais il compense cela par une énergie, une puissance peu communes. De plus, son style très efficace quand il s'agit de représenter des héros à l'allure quasi-divine sied parfaitement à une équipe comme la Justice League, depuis longtemps désignée comme une sorte de panthéon, d'assemblée légendaire.

Paul Pelletier succède à Reis sur la série Aquaman et signe donc les épisodes du  héros dans ce crossover. C'est également un artiste percutant, issu de la lignée de Neal Adams (comme Reis), et très influencé par Alan Davis.
Débauché de Marvel par DC, il s'impose sans problème, déjà familier avec cet univers, ses héros. Le seul reproche que je lui ferai (et que j'ai déjà pu exprimer à son sujet dans le passé), ce sont ses gros plans sur les visages qui ne rendent pas toujours justice aux personnages, alors qu'il est très à l'aise dès qu'il cadre plus large (l'exemple le plus frappant concerne ses femmes, sexys et combattives "de loin", mais qui, "de près", ont souvent des expressions moins flatteuses, des traits peu fins - c'est là sa grande différence avec Alan Davis).
En revanche, il bénéficie des services d'un excellent encreur, Sean Pearsons (quand Reis doit composer avec Joe Prado, dont l'apport est très inégal, et Oclair Albert, bien meilleur mais que l'artiste apprécie curieusement moins).

Pour conclure, on notera quelques allusions semées au fil du récit par Johns et qui, quand on connait ses méthodes, vont certainement alimenter le DCU dans le futur. Quelques exemples : 
- Dans Justice League #16, il est fait référence à une certaine "technologie Monitor" provenant d'une autre dimension. Cela rappelle bien entendu le Monitor de la saga Crisis on Infinite Earths.

- Dans le même épisode encore, on parle aussi des Metal Men pour la première fois dans le "New 52".

- Et, toujours dans ce 16ème épisode, le Dr Morrow propose au père de Cyborg d'utiliser le "moteur météo" qu'il a fabriqué et qui pourrait stopper les atlantes  : une référence à l'androïde Red Tornado ?

Prolongement des deux premiers arcs de Aquaman, histoire rondement menée et riche en scènes spectaculaires de la Justice League, ce Trône d'Atlantide procure un très bon moment de lecture.

samedi 18 juin 2011

Critique 238 : OLYMPUS, de Geoff Johns, Kris Grimminger et Butch Guice

Olympus est une histoire en deux parties écrite par Geoff Johns et Kris Grimminger et dessinée par Butch Guice, co-éditée par DC Comics et Humanoids Publishing en 2005.
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Le Professeur Walker, archéologue dont le département est menacé de fermeture dans l'université où elle enseigne, et trois de ses étudiants, Sarah, Rebecca (deux soeurs), et Brent voguent au large des côtes de Théssalie, dans la mer Egée. Lors d'une plongée, Walker et Brent remontent une espèce d'amphore qu'ils estiment être d'une grande valeur et qui pourrait convaincre la faculté de laisser leur classe ouverte.
Mais brusquement le temps se couvre et peu après leur bâteau est abordé par des trafiquants. Une tempête éclate et le navire échoue sur une île où les malfrats (Deems, Shore, Gornik, et Tomasi), dirigés par York, s'aventurent avec leurs otages. Rapidement, ils rencontrent un gigantesque cyclope, mais les ennuis ne font que commencer et plusieurs créatures légendaires les attaquent.
Pour le Pr Walker, l'amphore repêchée est certainement la cause de tout ça et pourrait bien être la Boîte de Pandore...
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J'ai trouvé cet album, regroupant l'intégrale de ce dyptique, dans une braderie et je l'ai acheté en misant sur l'association de Geoff Johns, scénariste dont j'ai apprécié le run sur JSA et son relaunch (Justice Society of America), et de Butch Guice, dessinateur impeccable actuellement à l'oeuvre sur Captain America (en vf dans "Marvel Icons"). En revanche, j'ignore qui est Kris Grimminger qui a co-écrit l'histoire.
Cette bande dessinée initiée par la branche américaine des Humanoïdes Associés, pour laquelle Butch Guice a signé des albums originaux (comme Mandalay), et co-éditée par DC Comics, dont Geoff Johns est un des scénaristes vedettes, n'a rien d'un comic-book super-héroïque. Il s'agit d'un récit mélangeant fantastique et aventures, où abondent les références à la mythologie grecque.
Le début est intriguant et prenant, tout va vite, les scènes se succèdent et nous conduisent dans un endroit propice à l'extraordinaire : le thème de l'île oubliée est un classique et la profusion de monstres et de décors grandioses qu'elle abrite promet beaucoup.
Hélas ! Il faut bien avouer qu'on déchante rapidement car la suite du périple, si elle ne manque pas de moments spectaculaires, est plus tape-à-l'oeil qu'à la hauteur des éléments convoqués. Les personnages sont réduits à des clichés (la blonde sexy et ecervelée, la brune cérébrale, le vilain se muant en héros) et les rebondissements s'empilent sans vraiment nous captiver. On retrouve là un des tics propres à Johns qui est un conteur habile mais sans grande personnalité, et qui, hors des cadres des super-héros, n'est pas à son aise, succombant trop facilement à des scènes gore où les protagonistes subissent moults mutilations.
C'est bien dommage car ce voyage de simples mortels en territoire mythique aurait pu aboutir à une bande dessinée réfléchissant sur le rapport des hommes envers des légendes qu'ils ont créées mais qui se matérialisent brutalement.
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Les planches de Butch Guice, en grand format, sont elles-mêmes d'une qualité moindre que ce que ce graphiste brillant peut proposer. A l'exception de planches exceptionnelles avec des décors imposants (l'arrivée sur l'île, le labyrinthe) et la représentation de quelques monstres mémorables (le cyclope, les harpies), il est loin de montrer son meilleur.
Alors que Guice est capable de dessiner de superbes personnages féminins et des hommes aux visages et à l'allure à la fois rudes et élégants, il déçoit ici, comme si, alors qu'il travaillait plus librement que pour une série régulière mensuelle, il relâchait ses efforts.
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La remarque est facile, mais Olympus n'affiche pas une forme, ni un fond, olympien. C'est une curiosité mais qui n'a rien de divin.