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mardi 3 octobre 2023

DC'S GHOULS JUST WANNA HAVE FUN, de Ellen Tremiti et Tyler Crook, Kenny Porter et Riley Rossmo, Michael C. Conrad et Christopher Mitten, Christopher Sean & Laneya et Dexter Soy, Gregory Burnham et Javier Rodriguez, Alex Galer et Fabio Veras, Adam F. Goldberg & Hans Rodinoff et Danny Earls, John Arcudi et Shaw McManus


Halloween ne sera fêté que le 31 Octobre prochain mais DC a décidé de prendre de l'avance en sortant dès ce mardi 3 une anthologie s'inspirant de cette occasion. Comme souvent dans pareil cas, le menu est inégal et le pire côtoie le meilleur. Ici, on a une belle variété de talents et de quoi satisfaire tous les goûts.



- THE QUESTION : A LOOK TO DIE FOR (Ecrit par Ellen Tremiti et dessiné par Tyler Crook) - Renee Montoya enquête sur le meurtre d'une top model lors de la Fashion Week à Gotham. Mais tous ses témoins s'avèrent déjà mortes...

On débute cette anthologie en beauté avec un chapitre consacré à la Question version Renee Montoya. L'intrigue est vraiment captivante et oppose l'héroïne à deux ennemis de Batman dont l'implication dans ce genre de crimes tombe sous le sens. C'est rondement mené et surtout superbement mis en image par Tyler Crook (que j'avais adoré sur The Unbelievable Unteens) : il illustre toutes ses pages à l'aquarelle en couleurs directes et le résultat est extraordinaire. Voilà le genre de récit que j'aimerai voir développé dans une mini-série sur le Black Label.


- GREEN LANTERN : THE SHADOWS OVER COAST CITY (Ecrit par Kenny Porter et dessiné par Riley Rossmo) -  Hal Jordan doit appréhender un démon qui s'est échappé des geôles de Oa et pour y parvenir il fait équipe avec Etrigan. Une collaboration qui ne va pas de soi...

Encore une réussite pour ce récit complètement échevelé qui aurait parfaitement sa place dans le mensuel The Brave and the Bold. Kenny Porter tire pleinement parti des différences entre Hal Jordan et Jason Blood et leur duo fonctionne à fond les ballons avec des dialogues punchy et de l'action à gogo. Ajoutez à cela les dessins barrés de Riley Rossmo qui donne à cette bataille un tonus incomparable et vous obtenez un segment jouissif. 



- ANIMAL MAN : THIS DAY, ANYTHING GOES (Ecrit par Michael C. Conrad et dessiné par Christopher Mitten) -  Buddy Baker et sa femme veillent sur leur fille Maxine sans savoir qu'elle subit un harcèlement scolaire. Du coup, Buddy décide de veiller sur elle discrètement le soir d'Hallowenn mais Maxine a de la ressource...

Michael C. Conrad est habitué à co-écrire avec Becky Cloonan, sa compagne, et s'empare du personnage d'Animal Man, mais en le laissant singulièrement en retrait puisque, ici, c'est sa fille qui est en première ligne. Sur un sujet très à la mode (le harcèlement scolaire, qu'il ne faut bien entendu pas minorer), Christopher Mitten pose des dessins sensibles qui font pencher l'histoire du côté d'une fable. C'est joli.



- NIGHTWING : THE DARK BITE (Ecrit par Christopher Sean et Laneya et dessiné par Dexter Soy) - Nightwing vient au secours d'un DJ qui vient de se faire agresser et demande l'aide de Red Hood. Ensemble, ils découvrent qui a attaqué la victime...

Bon, c'est l'histoire la plus faible du lot. On se demande même ce qu'elle fait là, même s'il y a un argument fantastique, mais surtout parce que la paire de scénaristes a l'air d'avoir plutôt conçu l'intrigue comme le début d'une histoire à suivre. Curieux. Puis il faut supporter le dessin toujours aussi moche de Dexter Soy. Donc, zappez !


- SUPERMAN : THE SPOILS (Ecrit par Gregory Burnham et dessiné par Javier Rodriguez) - Superman rend service à Lois Lane en allant inspecter une prison abandonnée de Metropolis qui serait hantée. Il va y faire une découverte troublante concernant celui qui dirigeait l'établissement...

Le niveau remonte en flèche avec ce récit qui respecte les codes de l'anthologie, soit une nouvelle d'épouvante avec un super héros. L'histoire est impeccablement écrite par Gregory Burnham avec une chute épatante. Mais surtout c'est l'occasion de revoir les dessins de Javier Rodriguez sur une aventure de Superman (après celle qu'il avait signée dans The Brave and the Bold en compagnie de Christopher Cantwell). Je l'ai dit et je le répète : DC doit donner à Rodriguez l'opportunité de dessiner le Man of Steel, soit dans sa série régulière actuelle (bien que je l'ai abandonnée suite au départ de Jamal Campbell), soit dans un projet Black Labellisé. 


- ROBOTMAN : NOT FADE AWAY (Ecrit par Alex Galer et dessiné par Fabio Veras) - Pas facile pour Robotman de passer Hallowenn quand après avoir bu un verre en compagnie d'ex-membres de la Doom Patrol, il rentre chez lui où les fantômes de gens qu'il n'a pu sauver viennent le tourmenter...

Produite par deux inconnus, cette histoire avec Robotman est sans doute la meilleure de cette anthologie. Alex Galer imagine un récit très touchant autour de Cliff Steele et de l'idée que les super héros échouent à sauver des innocents, y compris parmi leurs semblables. On a droit à un caméo de John Constantine moins cynique que d'habitude. Et encore une fois c'est magnifiquement dessiné par un artiste dont il semble impensable qu'on ne le revoit pas dans un proche avenir : Fabio Veras a un style qui évoque Leonardo Romero, très élégant donc, d'une maturité spectaculaire. 



- CRUSH & LOBO : HAPPY HAL(LOBO)WEEN ! (Ecrit par Adam F. Goldberg et Hans Rudinoff et dessiné par Danny Earls) - Crush reçoit la visite de son père, Lobo, qui, pour la forcer à l'aider à trouver le bon costume pour Halloween, n'a pas hésité à piéger deux amis de sa fille.

Le prétexte est complètement stupide mais c'est tout de même très marrant puisque Crush s'évertue à faire deviner à son père quel est le rôle le plus connu de Hugh Jackman et donc le meilleur accoutrement pour lui. C'est donc le segment le plus ouvertement déconnant de cette anthologie. Et en prime, c'est l'occasion de découvrir le dessinateur Danny Earls, que la scénariste Gail Simone a mis en lumière sur Twitter et qui depuis est réclamé partout. Le bonhomme a du talent et il le prouve avec panache.



- MAN-BAT : OUT OF THE SHADOWS (Ecrit par John Arcudi et dessiné par Shawn McManus) - Rose Costa est une infirmière à la retraite peureuse mais qui rêve de rencontrer Batman. Pas de bol : elle est prise dans une baston entre Man-Bat et un loup-garou !

John Arcudi délaisse le Mignola-vers pour écrire ce récit très amusant et palpitant que vient mettre en image le génial et mésestimé Shawn McManus dont le trait super expressif donne une dimension singulière au chapitre. C'est donc une merveille à savourer, divinement rédigé et illustré, concluant en beauté ce gros comic-book très recommandable.

jeudi 11 juin 2020

BATMAN : SECRET FILES #3, de Vita Ayala et Andie Tong, Philip Kennedy Johnson et Victor Ibanez, Mariko Tamaki et Riley Rossmo, Dan Watters et John Paul Leon, James Tynion IV et Sumit Kumar


Pour ce troisième numéro des "Dossiers Secrets" de Batman, un thème a été retenu : celui des assassins qui en veulent, pour diverses raisons, au Dark Knight. Ce format anthologique, qui prévilégie les histoires courtes, offre une bonne occasion de voir à l'oeuvre des auteurs et artistes qui n'ont pas l'occasion de travailler sur le héros de Gotham. C'est aussi un bon moyen de sortir un peu des sentiers battus.


On commence avec un duel entre Batman et Cheshire, l'empoisonneuse : Vita Ayala imagine une confrontation maline où il est finalement moins question de savoir qui va remporter le match que de l'avoir anticipé. Et à ce jeu, Batman est pour une fois pris de vitesse. Par ailleurs, revoir Cheshire rappelera de bons souvenirs aux nostalgiques (comme moi) des Secret Six de Gail Simone (même si James Tynion IV, l'actuel scribe de la série Batman, l'utilise). Les dessins sont très bien : Andie Tong fait preuve d'une belle maîtrise, son découpage est dynamique, il n'exagère pas le côté sexy de Cheshire mais souligne ses qualités athlétiques et son caractère vicieux avec un trait expressif, le tout dans des décors soignés.


Ensuite, Merlyn l'archer de la Ligue des Assassins, est en vedette. C'est, je trouve, une idée bienvenue d'opposer un adversaire de Green Arrow, qui joue les guests-stars, à Batman, cela change des sempiternels Riddler, Joker, Pingouin, Bane. Et Philip Kennedy Johnson montre efficacement la dangerosité de cet archer contre Batman qui doit sauver une fillette dans un incendie provoqué par Merlyn. Victor Ibanez illustre ce segment avec élégance : c'est un très bon desssinateur, au style classique, qui a servi aussi bien chez Marvel que chez DC mais sans jamais s'imposer sur un titre. Ici, il bénéficie de ce qui lui a souvent fait défaut (une excellente mise en couleurs) et s'avère très à l'aise avec les personnages.


La troisième histoire est écrite par la prometteuse Mariko Tamaki, retenue pour être la prochaine scénariste de Wonder Woman (avec les dessins de Mikel Janin). Elle imagine une nouvelle dont Batman est absent dans les premières pages et quasiment muet quand il apparaît enfin. Le choix de Mr. Teeth en méchant est astucieux et entraîne le récit vers quelques chose d'horrifique, en jouant avec les codes du genre (maison isolée, victime seule, criminel au physique effrayant). Toutes choses soulignées par le graphisme si particulier de Riley Rossmo, très à son affaire dans ces pages pleines d'action, aux cadres tangents et à l'atmosphère oppressante.


Gunsmith est sans conteste le chapitre le plus puissant de la sélection. Déjà parce qu'il est dessiné par le génial John Paul Leon, dont le style en clair-obscur, les à-plats noirs intenses, le découpage implacable, transcende n'importe quel script. Chaque fois qu'il a à animer Batman, on se dit qu'il possède ce personnage comme peu le font. Mais l'attraction est aussi dans l'intelligence du script de Dan Watters qui, à travers le personnage de Gunsmith (un ancien soldat qui transforme n'importe qui/quoi en arme), dénonce sans ambiguïté l'arsenal dont peut disposer tout citoyen américain. la morale est glaçante : Batman a, comme d'autres, peur de ce que devient l'Amérique, et cela prend une résonance remarquable à l'heure de l'affaire George Floyd et des tueuries de masse fréquentes qui endueillent le continent.


Enfin, pour conclure ce numéro, passage obligé par la case "promotion de la prochaine saga de la série Batman", à savoir The Joker War. C'est donc logiquement James Tynion IV qui s'y colle et en profite pour révéler comment le Joker et sa nouvelle adjointe (Punchline) recrutent Deathstroke et pourquoi. Tout cela ne me donne pas davantage envie de suivre le run de Tynion et de me plonger dans cet arc qui devrait aboutir au #100 du titre. Mais il faut malgré tout reconnaître que la baston entre Batman et Deathstroke, d'une âpreté peu commune (le premier enfonce carrèment un batarang dans l'oeil déjà éborgné du second), est dessiné magistralement par Sumit Kumar.

Si on met de côté ce dernier récit, les Secret Files de Batman continuent de produire une lecture très divertissante. J'aime ce format court et la diversité des styles à disposition, ça se lit bien, vite, sans être superficiel.

dimanche 3 mars 2019

MARTIAN MANHUNTER #3, de Steve Orlando et Riley Rossmo


Ce troisième épisode (sur douze) de Martian Manhunter donne un salutaire coup d'accélèrateur à l'intrigue imaginée par Steve Orlando. Le fond du sujet reste une retcon, mais en abandonnant les flash-backs martiens et en convoquant des instantanés classiques du héros, on avance considérablement. Le tout servi par un graphisme toujours très original de Riley Rossmo.


Dian Meade a tiré en plein coeur et à bout portant sur son collègue John Jones dont elle a découvert la nature extraterrestre et qui menaçait de lui laver le cerveau. Mais il survit et, contre des soins, accepte de lui raconter son histoire en détail.


Dix jours plus tôt. Le Professeur Saul Erdel a téléporté accidentellement J'onn J'onzz sur Terre. L'apparition du martien lui cause une attaque cardiaque fatale. Sans pouvoir retourner chez lui, J'onn erre, invisible parmi les humains.


Il échoue à sauver le policier John Jones sur le point d'arrêter un tueur en série mais neutralise ce dernier et libère ses otages. Puis il transporte le corps du policier pour l'enterrer et prend son identité, son apparence et absorbe ses souvenirs.


Habitant chez Jones et se familiarisant avec la vie humaine, J'onn décide de prendre sa place comme policier. Diane Meade ne se rend compte de rien, au point qu'ils arrêtent ensemble un gang, les Fils de la Terre.


J'onn fait promettre à Diane de ne pas révèler son secret. Elle accepte à condition de retrouver Ashley Addams vivante. Or, celle-ci est captive d'un martien rouge qui pratique des expériences sur la jeune femme...

Alors, oui, cela reste bien décompressé : à titre de comparaison, l'origine de J'onn J'onzz, depuis son arrivée sur Terre jusqu'à son usurpation d'identité, prenait quelques pages à peine à Darwyn Cooke dans son foisonnant DC : The New Frontier, là où Steve Orlando n'en parle qu'après quarante pages et deux mois de publication !

Mais on a le sentiment, enfin, d'entrer dans le vif du sujet avec ce numéro, qui laisse tomber les flash-backs sur la vie du héros sur Mars, auxquels j'avais du mal à m'intéresser (bien que montrer J'onn dans la peau d'un flic brutal et inquiet lui donnait une ambiguïté troublante).

Même si le script de Steve Orlando a dû être validé il y a des mois, on peut s'étonner de cette avancée soudaine quand, dans le même temps, dans la série Justice League, écrite par Scott Snyder et James Tynion IV, on assiste à une correction importante du passé du limier martien - on découvre que Lex Luthor l'a connu enfant. 

Faut-il en déduire que cette maxi-série ne s'inscrit pas dans la continuité de "DC Rebirth" puisqu'ici il n'est pas du tout question de Luthor, d'une rencontre entre ce dernier et J'onn enfants ? Orlando reprend au contraire l'origine du martien presque telle qu'on la connait, c'est-à-dire un extra-terrestre accidentellement téléporté par un vieux savant sur Terre, qui meurt en le voyant. Puis J'onn usurpe l'identité d'un flic en voulant à la fois s'intégrer sur notre planète (puisqu'il n'a pas les moyens de retourner sur Mars) et pour le venger.

Orlando concentre même le déroulement de ces faits : il y a seulement dix jours que le martien est sur Terre, un cycle correspondant au temps que passent ses semblables pour rendre hommage à un défunt. Cette fluctuation entre le rythme de la narration globale et celui de ce chapitre est curieux mais pas déplaisant, et suggère que J'onn restera John Jones au-delà de cette période parce qu'il conclut un marché avec sa partenaire, Diane Meade (elle ne révèle pas son secret s'il l'aide à retrouver Ashley Addams en vie).

Le récit est servi par le dessin toujours aussi étonnant de Riley Rossmo. Comme l'action ne se passe plus que sur Terre, il a abandonné ses excentricités dans la forme de ses cases et la lecture s'en trouve améliorée, facilitée. Cela ne l'empêche pas de faire preuve d'audace et de conserver une grande densité dans le découpage avec des pages remplies de vignettes de petite taille, au moyen desquelles Rossmo fait passer un maximum d'informations visuelles en peu de place.

Surtout, en confrontant le personnage à une série de drames sur un bref laps de temps, Rossmo peut s'amuser et nous impressionner en représentant les pouvoirs du martien. Lorsqu'il surprend le tueur en série et l'attaque, l'apparence qu'il prend est vraiment terrifiante et la mise en pages traduit formidablement l'accès de rage qui s'empare du personnage.

Puis, ensuite, Rossmo fait superbement passer des moments-clés comme l'enterrement de John Jones, la transformation du martien en terrien, et adresse même un clin d'oeil à Darwyn Cooke en montrant J'onn J'onzz devant une télé en train de se familiariser avec la culture américaine et plus particulièrement ses chaînes d'info - une transposition quasi-identique à une scène géniale de DC : The New Frontier. Saluer Cooke ne fait jamais de mal et rappelle son influence.

Certes on n'en est qu'au quart de la maxi-série, mais à jeu égal, Martian Manhunter gagne en relief par rapport à Freedom Fighters. Espérons que ça dure (et, accessoirement, que Robert Vendetti, de son côté, soit à son tour aussi bien inspiré...).
  
La variant cover de Joshua Middleton.

jeudi 17 janvier 2019

MARTIAN MANHUNTER #2, de Steve Orlando et Riley Rossmo


Ce qu'on retiendra d'abord de ce deuxième épisode de Martian Manhunter, c'est que... Le martien est une langue diffile à écrire et à retenir ! Steve Orlando ne gâte pas le critique avec un vocabulaire à coucher dehors, presque aussi tordu que son intrigue devient convenue. Et Riley Rossmo lui emboîte le pas. D'où un sentiment de confusion...


J'onn J'onzz a révèlé son apparence martienne à sa collègue, Diane, suite à la sortie de route de leur voiture de police et le feu qui en résulte. Elle le sort du véhicule et le traîne jusqu'à une maison abandonnée où il tente de reprendre forme humaine.


En même temps, J'onn explique qu'il était déjà policier sur Mars, un bon élément, quoiqu'un peu rude. Comme cette fois où, descendant dans une sorte de fumerie clandestine, il moleste le tenancier qui lui prédit la fin de sa race suite à une malédiction.


Soucieux, J'onn retrouve sa fille et sa femme ensuite pour visiter une exposition sur les Thu'ulc'andrans, une espèce antérieure aux martiens mais dont l'évolution les a fait régresser socialement. Un avant-goût du sort réservé à sa race ?


J'onn raisonne sa fille quand elle aperçoit parmi les visiteurs une célébrité, B'ell J'uzz, à laquelle elle souhaite ressembler plus tard. Il lui explique qu'elle devra surtout s'accepter comme elle est et se forger sa propre identité.


A Middleton, Colorado. J'onn se remet lentement mais veut effacer de la mémoire de Diane ce qu'elle a vu. Paniquée, elle sort son arme de service et tire sur son collègue à bout portant pour le repousser.

Plus jeune, adolescent, j'étais un lecteur de SF : Asimov, Clarke, Silverberg (ce dernier étant celui que j'ai découvert le plus tard et qui m'a le plus ravi finalement)... Mais si je devais expliquer pourquoi je me suis détaché de cette littérature, ce serait pour une raison assez dérisoire : je n'arrivais plus à suivre les aventures de personnages aux noms bizarres, sur des planètes tout aussi étrangement baptisées.

Le langage et l'identité donc.

Et je retombe sur ces obstacles avec ce deuxième épisode de Martian Manhunter par Steve Orlando. Pour en rédiger le résumé, je n'ai cessé d'en consulter les planches afin d'être sûr de bien écrire les noms de certains personnages et d'autres termes (Thu'ulc'andrans !).

C'est bête mais ce genre de détail me pourrit la lecture. J'ai du mal à y entrer, à y rester, à la mémoriser, ça me détourne de l'intrigue. Et pourtant, Orlando n'est pas particulièrement compliqué à suivre : on peut même dire qu'il nous sert du réchauffé (même si on se gardera de juger trop hâtivement l'ensemble du menu).

Mais enfin, le coup de la malédiction pesant sur les martiens, le trouble qui ronge J'onn J'onzz, tout ça fait bien retomber l'intérêt après le précédent numéro prometteur. Orlando réserve les deux tiers de l'épisode à un flash-back sur la planète natale du héros, répétant qu'il était un flic aux méthodes musclées et tissant un parallèle gros comme un cable de marine entre ses soucis identitaires et ce qui attend sa fille (lors d'une sorte de rituel).

Au début et à la fin, sur Terre, J'onn survit in extremis à l'incendie de sa voiture de police grâce à sa collègue et a un mal fou à recouvrer forme humaine. La phobie du feu du personnage est connue mais que le choc lui cause autant de difficultés à récupérer, ça fait un peu beaucoup. Et les réactions de Diane sont bien trop exacerbées : elle est littéralement hystérique quand il se remet mais agit avec un sang froid étonnant lorsqu'elle le sauve. Elle découvre que son partenaire est un alien métamorphe mais lui tire dessus quand il ne présente aucun danger !

Cette confusion est soulignée par le graphisme très spécial de Riley Rossmo, qui s'en sort pourtant mieux que son scénariste. Il fait preuve d'une inventivité dans le découpage qui sert l'intensité et le malaise de la narration.

Par exemple, il est capable de consacrer une quinzaine de cases sur la même page pour montrer l'instabilité de J'onn à reprendre forme humaine, puis il joue sur la forme des cases quand l'action se déroule sur Mars. Convexes, concaves, les cadres suggèrent un monde flottant, dans une période de transition, épousant les doutes du héros et en même temps entourant les personnages dans des sortes de bulles apaisantes. C'est joli et singulier.

Ce qui n'empêche jamais de souligner la violence inhérente à ce qui se passe. Ou de susciter l'interrogation du lecteur : les fameux Thul'ulc'andrans, ces ancêtres des martiens, ressemblent à des hommes des cavernes par exemple. Faut-il comprendre que des humains ont colonisé Mars il y a très longtemps avant d'être dépassés par les natifs ? Et que donc, en arrivant sur Terre, J'onn a déduit que les hommes étaient des descendants des Thul'ulc'andrans ? Ou n'est-ce qu'une fausse piste ? Et quid de cette malédiction ?

Martian Manhunter progresse sur un fil très fin. Le projet est-il une (énième) retcon ? L'enquête sur la disparition de la jeune fille dont les parents ont été sauvagement assassinée va-t-elle reprendre ses droits rapidement ? Il semble que tout soit lié (le sort de Mars, l'arrivée sur Terre de J'onn, l'affaire criminelle), et Orlando cache bien son jeu. Prudence quand même : douze épisodes, c'est peu, mais ça peut devenir long si le récit n'est pas bien dosé.
   
La variant cover (impressionnante) de Joshua Middleton.

samedi 8 décembre 2018

MARTIAN MANHUNTER #1, de Steve Orlando et Riley Rossmo


Il était prévisible (inévitable ?) que le succès, critique et public, de Mister Miracle incite DC à produire de nouvelles maxi-séries événementielles basées sur les mêmes principes (héros méconnu, traitement atypique). Ce n'est donc pas une surprise de voir débarquer Martian Manhunter par Steve Orlando et Riley Rossmo pour ce récit qui va durer un an. Et qui démarre bien...


John Jones se réveille en sursaut après un cauchemar lui ayant rappelé son passé de martien. Il part chercher sa collègue, Diane, pour se rendre sur une scène de crime particulièrement horrible. Une famille entière a été tuée.


Mais si Bud et Ruth Addams sont morts violemment, leur fille, Ashley, est introuvable. Jones monte dans sa chambre et la sonde télépathiquement, constatant que les victimes vivaient heureuses. Néanmoins, une émanation l'effraie.


En route pour le collège d'Ashley Addams, avec Diane, Jones se remémore sa vie sur Mars il y a bien longtemps. Déjà, il était officier de police (un manhunter) et exerçait son job en n'hésitant pas à employer la manière forte.


Ses relations avec son père étaient aussi tendues tandis qu'il vivait heureux avec sa femme, M'yri'ah et leur fille K'hym. Il voulait un autre enfant, mais refusait, comme le lui demandait son épouse, de partager ses plus sombres secrets.


Perdu dans ses pensées, Jones perd le contrôle de sa voiture et finit dans un ravin. Le réservoir prend feu et Diane découvre alors son collègue sous son apparence martienne...

Bien que les mini ou maxi-séries ne soient pas réputées pour leurs bonnes ventes, la performance de Mister Miracle par Tom King et Mitch Gerads a changé la donne. Acclamée par la critique, lauréate de prix prestigieux, et succès commercial, cette production a rappelé aussi que DC avait souvent misé avec succès sur des projets équivalents par le passé, parfois via des collections parallèles (comme les "Elseworlds" - voir Kingdom Come par exemple) ou des magnum opus célèbres comme The Dark Knight returns et, bien sûr, Watchmen. Quelque chose, en somme, que n'a jamais fait Marvel...

Dans ces conditions, pas question d'en rester là et, coup sur coup, cette semaine et la prochaine, sortent deux maxi-séries en douze parties, comme Mister Miracle : avant la révision dystopique de Freedom Fighters, voici Martian Manhunter par Steve Orlando et Riley Rossmo.

Comme King (qui a adoubé ce projet) et Gerads, les deux auteurs ont souvent collaboré ensemble, le scénario est donc sur mesure pour l'artiste et semble suggérer une origin story. Encore ?! C'est que J'onn J'onzz, le limier martien, a eu droit à son lot de retcons. Mais devenu le chef de la Justice League dans la version de Scott Snyder, cela ressemble à une réactualisation du personnage dans l'ère "Rebirth".

Le récit navigue entre les passés martien et terrien - d'ailleurs l'épisode débute en indiquant que la partie terrienne se déroule déjà il y a quelques années. John Jones enquête sur un meurtre collectif et J'onn J'onzz se rappelle de sa vie antérieure, comme flic, mari et père de famille. On devine que les deux pans sont liés, mais il est trop tôt pour savoir comment.

Ce qui choquera sans doute le plus est que Orlando a choisi de décrire J'onzz comme un flic brutal, apparemment ripou, qui n'a rien d'héroïque. Mais il faut là aussi voir comment ce sera développé. C'est bien entendu frustrant, mais le format demande un peu de patience. Et le scénariste ose des choses inattendues (moins dans la violence elle-même, que dans l'intimité du personnage - voir la scène d'amour vraiment fusionnelle entre J'onn et M'yri'ah).

Le style de Rossmo ne m'a jamais convaincu pour le peu que j'en ai vu jusqu'à présent. Mais contre toute attente, c'est son étrangeté et son radicalisme qui emballe ici. 

Lorsqu'il anime des scènes avec les humains, on est proche du cartoon avec des morphologies déformées, particulièrement au niveau des visages, ce qui est assez singulier car pour le coup on a l'impression d'avoir affaire à des extra-terrestres. Alors que, pour les scènes sur Mars, sans doute parce que nous sommes familiers de l'aspect étrange de J'onn J'onzz, la bizarrerie des aliens est moins choquante.

Il y a en tout cas une vraie personnalité graphique à l'oeuvre, soulignée par la colorisation superbe de Ivan Plascencia (habitué à collaborer avec Greg Capullo).

C'est un objet curieux, mi-polar, mi-introspection, mi-SF. Pour un début, c'est certes moins fort que ne le fut Mister Miracle, mais le potentiel est évident. 
    
La variant cover de Joshua Middleton.

vendredi 25 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #3, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton, Riley Rossmo et Marcus To


Pour son troisième acte, Justice League : No Justice ne freine pas, mais, hélas ! subit quelques changements désagréables avec l'absence de Francis Manapul peu avantageusement remplacé par Riley Rossmo - ce qui tend à montrer une impréparation éditoriale pour un projet qui a dû être établi pour s'assurer d'une cohérence graphique. Malgré ce bémol, on passe encore un excellent moment, entre le dénouement de l'intrigue sur Colu et ses conséquences sur notre Terre.


Sur Terre, Amanda Waller et Green Arrow ont trouvé dans le cercle arctique la graine déposée là par les Titans Oméga mais divergent sur quoi en faire - elle veut la détruire, lui préfère s'en remettre au Green Lantern Corps. Cependant, sur Colu, l'équipe Entropie de Batman a libéré de la prison de l'Ultra-Pénitence Vril Dox, le fils cloné de feu Brainiac, qui leur confirme que son père prévoyait de sauver sa planète en sacrifiant la Terre.


Les quatre Ligues de Justice décident de tout faire pour contrarier ce plan en empêchant le Titan Oméga sur Colu de profiter des quatre arbres qu'elles protègent. Wonder Woman sauve l'arbre de la Merveille grâce à son lasso de vérité qui écartent les créatures démoniaques qui le protègent.


Cyborg réussit, lui, à absorber toutes les données sur les habitants de Colu collectées dans l'arbre de la Sagesse grâce son armure dont la technologie provenant d'Apokolopis déjoue les blocages de la combinaison de Brainiac.
  

Sinestro accepte, à contrecoeur, à la demande de Starfire et sur l'ordre de Superman, d'extraire tous les containers de l'arbre du Mystère avec son anneau. De son côté, l'équipe Entropie de Batman évacue les habitants de Colu et embarque Vril Dox. Pour leur permettre, à tous, de fuir, Starro se sacrifie en attaquant le Titan Oméga qui pour se débarrasser de lui détruit la planète (et périt avec).


Mais les manoeuvres de quatre Ligues ont des conséquences immédiates sur Terre, comme l'avait prévu Amanda Waller : quatre nouveaux arbres éclosent (à côté de S.T.A.R. Labs, de la prison de Belle Reve, de la Tour du Dr. Fate et de la Forteresse de Solitude de Superman) et les trois Titans Oméga restants surgissent au-dessus de notre monde, prêts pour leur récolte...

Il paraîtra sans doute curieux de parler d'épisode de transition pour évoquer le troisième et pénultième chapitre de cette mini-série, mais c'est pourtant l'impression qui se dégage de cette lecture. A l'évidence, les trois scénaristes - Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton - ont voulu clore ici une partie de l'intrigue avant d'aborder le grand final sur Terre.

La mort de Brainiac et l'apparition de son fils cloné dans les deux épisodes précédents ont servi à la fois de cliffhangers et de twists pour alpaguer le lecteur tout en présentant rapidement les enjeux, la menace, et les protagonistes (même si, en vérité, pour ces derniers, on se rend compte que la caractérisation reste sommaire compte tenu de leur nombre pléthorique et du nombre de pages limité).

L'explication de texte que Vril Dox dispense à l'équipe Entropie au début permet d'éclaircir définitivement ce qu'il était déjà facile de deviner auparavant, à savoir que le kidnapping de héros et de vilains par Brainiac pour sauver Colu, n'était qu'une tactique pour sacrifier la Terre et lui permettre de passer aux yeux de ses semblables de super-criminel à celui de nouveau messie.

Mais, en prime, les auteurs nous en disent davantage sur les arbres qu'ont jadis planté les Titans Oméga et on comprend désormais parfaitement le sens des noms de code de chaque Ligue de Justice formée pour cette mission par Brainiac. Le Mystère désigne une nurserie avec ses containers remplis de mondes miniaturisés, la Merveille rassemble à la fois le savoir scientifique et mystique de Colu, la Sagesse est une banque de données géantes sur tous les habitants de la planète. Vril Dox personnifie l'Entropie, soit la fonction exprimant le principe de la dégradation de l'énergie menaçant Colu à cause des Titans Oméga.

Si les ficelles dramatiques ne sont guère subtiles et les symboles simples, il n'en reste pas moins que la pilule passe bien parce que les trois scénaristes passent vite dessus : il s'agit de prétextes pour cette "union sacrée" de héros et de vilains ourdie par un méchant machiavélique. Le rythme sauve littéralement cette mini-saga qui ne joue pas sur la finesse mais mise tout sur le grand spectacle.

Et, comme auparavant, les dessinateurs collent à cette ambition en multipliant les doubles pages en guise de découpage. A force, il faut bien admettre que le procédé est à la fois trop systématique et empêche l'émergence de moments forts et saillants au profit d'un sentiment d'urgence permanent. Les personnages sont majoritairement sacrifiés, et n'émergent que quelques figures comme le Martian Manhunter ou, cette fois-ci, Starro, dont le sacrifice est vraiment étonnant. De fait, cela répond tout seul à la question : fallait-il une vingtaine de protagonistes sur Colu, des équipes de cinq membres ? Sans doute le récit aurait-il gagné à privilégier moins de monde et mais plus de spécialistes (à part libérer Vril Dox et évacuer tout le monde, à quoi à servi l'équipe Entropie, avec pourtant Batman et Luthor ?).

On y gagne d'autant moins que Francis Manapul ne signe que la couverture de l'épisode, suppléé par Riley Rossmo et Marcus To pour les pages intérieures (je n'ai pas compté mais il me semble qu'ils en réalisent le même nombre chacun). Rossmo est peu inspiré et son trait est laid (voyez comme il enlaidit Wonder Woman), alors que To, classique mais solide, assure le boulot avec professionnalisme et plus d'élégance. La transition de l'un à l'autre saute aux yeux, bénéficiant à To, mais il est déplorable que le staff éditorial d'une série hebdomadaire en seulement quatre épisodes n'ait pas suffisamment préparé la parution pour permettre à Manapul de livrer 80 pages à temps.

La dernière page promet beaucoup et la fin de l'histoire sera indéniablement spectaculaire, sans certainement causer de nouvelles victimes parmi les "gentils" mais en justifiant la redistribution des Ligues en vue des prochaines séries qui leur seront dédiées.