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jeudi 12 juillet 2018

DAREDEVIL #605, de Charles Soule et Mike Henderson


Avant tout, un erratum immédiat : je m'étais enflammé il y a un mois en affirmant que ce n°605 de Daredevil serait le premier dessiné par Phil Noto, alors qu'il est en vérité le dernier illustré par Mike Henderson. Charles Soule clôt lui son arc Mayor Fisk, toujours sur les chapeaux de roues, avec une dinguerie aussi surprenante que grisante.


Wilson Fisk surgit dans le bureau du Maire en l'absence de Matt Murdock qui a hérité du poste. Foggy Nelson lui résume la situation et justifie les décisions prises en son absence mais le Caïd, encore mal en point, s'énerve et perd connaissance.


Cependant, après avoir survécu au traquenard tendu par la Bête et la Main, Daredevil et les chevaliers de l'Ordre du Dragon du Père Jordan se sont retranchés dans un immeuble en essuyant de lourdes pertes humaines. Les ninjas les assiègent mais DD veut rejoindre le bâtiment en face pour récupérer les chevaux de la police de New York et contre-attaquer.
  

Retour à la Mairie : la Bête se présente sur le perron et réclame Samuel Chung au commissaire Nalini Karnik. Mais si Blindspot est prêt à se rendre à qui l'exige en échange de la paix, la policière le refuse. Les ninjas se ruent sur elle.


Mais la cavalerie, au sens propre, arrive alors, conduite par Daredevil, accompagné des chevaliers de l'Ordre du Dragon, et des héros de New York - Spider-Man, Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Moon Knight, Echo, Misty Knight, et Elektra. Une bataille terrible s'engage et l'Homme sans Peur s'approche suffisamment de la Bête pour la pourfendre.


Le calme revenu, Matt fait face à Fisk à qui il est disposé à rendre son fauteuil de Maire en échange de l'abandon de son décret contre les super-héros. Toutefois, en quittant son job et le City Hall, Matt entend Wesley, l'assistant du Caïd, exulter en déclarant qu'ils ont réussi à le déloger...

Si je suis incapable de dire si le run de Charles Soule restera dans les annales de la série, il faut reconnaître d'une part qu'il se sera distingué jusqu'à présent par sa volonté appuyée de ne marcher dans les pas d'aucun de ses plus prestigieux devanciers, entraînant Daredevil dans des directions foutraques ; et d'autre part que l'arc narratif qui se termine ici en est l'illustration parfaite.

Le scénariste y convoque, comme il l'a souvent fait depuis qu'il pilote le titre, des éléments familiers - la Main, Elektra, les héros de la rue, la notion de sacrifice - mais en les mixant à une histoire complètement délirante, riche en coups de théâtre improbables mais très divertissants - le Caïd Maire de New York, l'assaut de la Main, l'apparition d'un ordre séculaire de chevaliers. Tout ça à un train d'enfer, comme pour empêcher le lecteur d'estimer la plausibilité des événements.

Bien entendu, c'est du grand n'importe quoi et dans le cadre de ce qu'on peut attendre d'une série avec Daredevil, c'est tellement curieux qu'il est facile de ne pas adhérer à une telle proposition. Mais il faut reconnaître que ça décape sérieusement le titre sur lequel l'ombre de Frank Miller plane toujours et que seuls Ann Nocenti ou récemment Mark Waid sont parvenus à écarter.

Pour mettre en images ce feuilleton où les rebondissements se succèdent, toujours plus énormes, Soule s'appuie sur des dessinateurs au style nerveux (comme Garney), qui collent le mieux à ce qu'il raconte (ses épisodes les plus calmes sont servis par des artistes plus appliqués et sages comme Sudzuka ou Buffagni - dont le passage aura été trop bref, hélas !).

De ce point de vue, Mike Henderson a rempli sa mission car il s'est montré à l'aise dans l'action, le mouvement. En revanche, il m'a moins convaincu pour le reste, quand il s'est agi d'animer des scènes intermédiaires où les dialogues primaient, la faute à un style dont l'expressivité n'est pas le point fort (ou, en tout cas, est limitée). Il espérait sans doute s'installer durablement sur la série mais je vois arriver Phil Noto (cette fois, c'est sûr !) le mois prochain avec soulagement - tout aussi ponctuel, il est aussi plus complet.

Le twist final de l'épisode suggère qu'on est parti pour de nouveaux coups tordus de la part du Caïd. Mais avec Soule, mieux vaut ne pas trop anticiper : tout est possible.

lundi 25 juin 2018

DAREDEVIL #604, de Charles Soule et Mike Henderson


Fin de cet arc (même si l'intrigue n'est pas dénouée et va donc se poursuivre) avec cet épisode, qui est également le dernier dessiné par Mike Henderson (remplacé le mois prochain par Phil Noto) : Charles Soule lâche (un peu trop) les chevaux mais confirme qu'avec lui, Daredevil part dans des directions imprévisibles.


Le Père Jordan guérit Matt du gaz empoisonné lâché par la Bête sur New York. Puis il lui explique appartenir à une très ancienne organisation secrète, l'Ordre du Dragon, dont les soldats se déploient actuellement en ville pour affronter les ninjas de la Main comme d'autres menaces jadis.


Matt se rend au poste de sécurité de la Mairie où le commissaire Karnik lui dresse un bilan de la situation. Elle a localisé le point d'émission du gaz, donc le repaire de la Bête. Matt décide d'y envoyer Daredevil.


Foggy couvre une nouvelle fois les arrières de Matt qui, accompagné d'une vingtaine de soldats de l'Ordre du Dragon, fond sur la planque de la Bête. Blindspot est resté à la Mairie avec Karnik tout en se tenant prêt à rejoindre Daredevil.


Daredevil attaque la Bête mais elle réussit à lui échapper pour mieux l'attirer dans un nouveau piège à l'extérieur. Entourée de sa garde rapprochée, la créature attend les membres de l'Ordre du Dragon dans le traquenard qu'elle leur a tendus. Les ninjas décochent une pluie de flèches enflammées sur leurs ennemis.


Cependant, à la Mairie, Foggy, dans l'attente de nouvelles du front, voit revenir de l'hôpital, encore mal en point mais combatif, Wilson Fisk qui réclame qu'on lui rende son fauteuil d'élu...

La qualité première de Charles Soule est aussi son premier défaut : il ose tout, même la plus énorme astuce de dernière minute pour relancer son récit et laisser entrevoir une issue à la situation infernale qu'il a développée. Encore que rien ne soit résolu quand on ferme ce nouvel épisode : au contraire même, Daredevil s'est jeté dans la gueule du loup et l'ogre Wilson Fisk revient quasiment d'entre les morts.

Mais il y a dans ce culot affiché et assumé quelque chose d'électrisant car on a rarement lu ça dans cette série. Bien entendu, ce n'est pas subtil et les ingrédients de la recette ne promettent pas un grand plat. Toutefois on ne s'ennuie vraiment pas entre un prêtre qui révèle être le membre d'une société secrète de soldats, des ninjas commandés par un monstre, et le Caïd qui resurgit encore transfusé dans son pyjama d'hôpital.

Soule semble se (nous) dire que plus c'est gros, plus ça passe, et pour que ça passe, il faut y aller à fin fond les grelots. Si on n'est pas trop exigeant, ça marche effectivement : c'est con mais c'est bon, ça ne ressemble ni à du Frank Miller, ni à du Ann Nocenti, ni à du Bendis, Brubaker, Waid. Daredevil a mué en une série d'aventures abracadabrantesques dont le principe même garantit que le lecteur y adhérera ou la rejettera totalement. Si vous voulez du divertissement et rien que ça, cette version de l'Homme sans Peur est faite pour vous. Personnellement, ça m'amuse, même si j'espère qu'après la fin de cette intrigue, Soule va quand même un peu lever le pied sur le délire.

Un qui lève le pied à partir de ce numéro, c'est le dessinateur Mike Henderson dont la prestation s'achève là et qui ne laissera pas un grand souvenir. Il assure gentiment sans avoir à rougir, mais sans avoir fait oublier ni Garney ni Sudzuka. Son successeur est nettement plus expérimenté puisque c'est Phil Noto qui officiera le mois prochain sur un personnage qu'il n'a jamais touché mais auquel son style devrait bien convenir (il a en tout cas prouvé sa compétence avec une héroïne proche de DD sur la série Black Widow quand Nathan Edmondson l'écrivait, juste avant Waid et Samnee).

Hirsute, inégal, mais dépaysant et imprévisible. Avec en prime, ne l'oublions pas, une nouvelle fantastique couverture de Chris Sprouse !

dimanche 3 juin 2018

DAREDEVIL #603, de Charles Soule et Mike Henderson


La (superbe) couverture de Chris Sprouse ne ment pas : cet épisode est étouffant et poursuit un arc narratif captivant. Le run de Charles Soule, dont on pouvait craindre qu'il s'essouffle après le départ de son dessinateur (Ron Garney), gagne au contraire en ampleur et entraîne Daredevil dans une direction à la fois très urbaine et fantastique, sur un tempo soutenu. On oublie presque que la partie graphique est en deçà.


Elektra tente de fuir New York assiégé par la Main lorsqu'elle tombe, sur les docks, dans un guet-apens tendu par les ninjas de l'organisation qu'elle dirigea autrefois. Elle affronte ses adversaires, résolue à ne pas les épargner, jusqu'à l'arrivée de Daredevil qui provoque, contre toute attente, leur retrait.


En échange du nom de celui qui, il y a quelques mois, l'a manipulée mentalement au point qu'elle ait cru avoir une fille, Daredevil convainc Elektra de l'aider à libérer New York de la Main même si elle sait comme lui que la situation est orchestrée par la Bête, dont la puissance les dépasse.
  

Daredevil téléphone ensuite à Foggy Nelson, resté à la Mairie, pour savoir si ses amis héros (Luke Cage, Iron Fist, Jessica Jones, Spider-Man, Moon Knight, Echo, Mysty Knight) maîtrisent la situation en ville. Mais cela ne suffit pas au justicier pour être rassuré et il demande à être mis en contact avec le pénitencier de Ryker's. Il négocie alors avec Hammerhead, Diamondback Black Cat et le Hibou une remise de leurs peine en échange de leurs renforts.


Au temple de la Bête, celle-ci, repue de la terreur qu'il a semée en ville, lâche un gaz toxique dans le ciel. Les civils encore dehors sont pris de malaise tout comme Matt Murdock sur le toit de la Mairie en compagnie de Foggy et Blindspot.


Un médecin ausculte le Maire à l'intérieur sans savoir diagnostiquer son mal. C'est alors qu'un homme équipé d'une combinaison frappe à la porte de la Mairie et prouve, pour qu'on le laisse entrer, qu'il peut dissiper le gaz. Foggy l'accueille tandis qu'il se démasque et se présente comme étant le Père Jordan, confesseur de Matt !

La situation que Charles Soule a mise en place depuis le 600ème épisode atteint un point culminant dans ce numéro et évoque directement un grand classique du western, Rio Bravo d'Howard Hawks. New York est encore sous la menace de la Main, les amis héros de Daredevil tentent de contrer les ninjas, Elektra rejoint cette résistance, jusqu'à ce que Matt Murdock tombe à son tour, victime d'un empoisonnement massif provoqué par la Bête. 

Enfermés dans la Mairie, Foggy et les adjoints de Matt sont comme John Wayne et Dean Martin dans leur bureau de shérifs dans l'attente d'un nouvel assaut, sans savoir s'ils y survivront.

Le scénariste à ceci de spécial qu'il donne souvent le sentiment de ne pas savoir où il va, d'improviser au fur et à mesure, montant en régime jusqu'au point où le lecteur s'interroge sur la manière dont il va dénouer tout cela. Mais que cette impression soit justifiée ou pas, le résultat est vraiment efficace car nul ne peut effectivement anticiper la suite, le prochain épisode, et, au-delà, le terme de cette aventure.

Cette façon de procéder est évidemment périlleuse car il exige de l'auteur une chute aussi impressionnante que la progression narrative qui l'a précédée. En attendant de vérifier cela, l'épisode se termine sur un cliffhanger et un twist vraiment inattendus, ramenant un personnage secondaire du run de Soule dans un rôle imprévisible (en espérant qu'il ne soit pas un deus ex machina).

L'écriture, qui, à défaut d'être renversante, est donc très addictive, compense une partie graphique un peu moins pêchue. Non pas que Mike Henderson démérite mais son découpage manque trop de punch pour servir ce que l'histoire raconte. L'expressivité des personnages est parfois improbable. Tout ça n'a pas la puissance de Garney ni l'application de Sudzuka et freine l'enthousiasme qu'on éprouverait si le récit disposait d'illustrations à sa hauteur.

Inégal visuellement, cet arc narratif prouve que Soule est un conteur intense, peut-être plus roublard qu'inspiré, mais au moins on ne s'ennuie pas. 

mardi 22 mai 2018

DAREDEVIL #602, de Charles Soule et Mike Henderson


Charles Soule a ce talent ou ce goût du risque de donner l'impression de progresser dans sa nouvelle histoire comme s'il improvisait chaque nouvel épisode. Ce sentiment est sans doute infondé mais pour le lecteur, il est impossible de savoir où il veut nous emmener. C'est ce qui s'appelle coller à son héros, Daredevil, aveugle pour tous ceux qui l'entourent mais doté du pouvoir de finalement mieux voir que quiconque. Malin, c'est sûr. Mais suffisant ?


Matt Murdock prend ses fonctions de nouveau maire en l'absence de Wilson Fisk, toujours hospitalisé après l'attaque de la Main, et sa première décision est de décréter l'état d'urgence pour protéger les habitants de New York contre les ninjas. Il demande à son staff de contacter le gouverneur de l'Etat pour l'informer de la situation et confirmer son choix.
  

Matt appelle ensuite Foggy Nelson en renfort et le nomme comme adjoint afin de lui servir d'alibi car il veut partir patrouiller en ville en tant que Daredevil. Son ami le lui déconseille, lui rappelant ses obligations de Maire et que ses amis héros (Luke Cage, Jessica Jones, Moon Knight, Mysty Knight, Echo, Spider-Man, Iron Fist) affrontent la Main.
  

Blindspot surgit, avec fracas, dans le bureau du Maire et explique qu'il a contribué au raid de la Main sur la ville car, en affrontant Muse (le tueur Inhumain), la Bête lui a procuré à distance une force supplémentaire. Mais, en refusant de tuer son adversaire (qui a préféré se donner la mort), il a provoqué sa colère. Daredevil et son apprenti sortent pour porter secours à deux policiers en difficulté non loin de la Mairie.


Ensemble, ils affrontent plusieurs ninjas entourant le véhicule de police et apprennent par les flics qu'ils ont sauvés que la Main a investi un immeuble voisin avec leurs collègues en otages. Bravant les tirs à l'arc des snipers, Daredevil et Blindspot réussissent à pénétrer dans le bâtiment et éliminent d'autres adversaires.


Mais une chose intrigue Daredevil lorsqu'il sonde l'immeuble avec ses super-sens : pas un bruit ne lui parvient, tout semble vide. Avec Blindspot, il progresse prudemment jusqu'à atteindre une salle au centre de laquelle on a creusé une grande fosse dans laquelle ont disparu les ninjas et leurs prisonniers...

L'improvisation apparente qu'on ressent à la lecture du récit n'est pas désagréable dans la mesure où elle permet de manière intense de s'identifier au héros : nous ressentons parfaitement l'ampleur de la menace qui plane et qui le dépasse nettement. Daredevil comme Matt Murdock ne peut que réagir à la situation, il n'en est pas maître et il lui faut faire face avec rapidité.

L'épisode est presque coupé en deux parties : dans la première, nous sommes avec Murdock qui doit intervenir en qualité de Maire de New York et prendre des décisions drastiques, rapides, efficaces. En première ligne, plus qu'il ne l'a jamais été, il doit protéger sa ville, ses concitoyens d'une menace qu'il connaît et dont il devine qu'elle l'a prise pour cible. Ce mouvement politique est très bien écrit par Charles Soule, même si on peut reprocher, en revanche, au dessinateur Mike Henderson de représenter le personnage un peu trop souriant par rapport à ce qui se joue : cette contradiction entre ce qui se passe, se décide et la manière dont c'est dessiné est gênante car elle peut faire croire que Murdock prend ça à la légère, fait preuve d'arrogance, ce qui n'est pas le cas. C'est un homme soucieux, inquiet, fébrile.

Puis, presque insensiblement, en convoquant Foggy Nelson, Soule montre le glissement qui s'opère car Murdock a surtout besoin de son ami pour qu'on ne le dérange pas alors qu'il veut partir patrouiller en ville sous le masque de Daredevil. Cela souligne que Murdock n'est pas un politicien, il reste un justicier qui croit davantage à l'action directe, qui a besoin d'être sur le terrain et pas dans un bureau à distribuer des consignes. Foggy a beau lui rappeler que New York a besoin de son Maire, que d'autres héros combattent la Main, c'est peine perdue - et l'irruption de Blindspot vient en fait mettre fin au débat.

La deuxième partie du récit démarre alors et l'action reprend ses droits. Henderson s'y montre plus à l'aise et réussit une belle suite de scènes, avec une sensation de vitesse, de détermination très bien traduite. Le scénario opère un focus malin à défaut d'être original en dirigeant les personnages vers un immeuble investi par les ninjas et des flics prisonniers... Sauf qu'une fois dans la place, plus personne !

La dernière page manque d'être un cliffhanger ou un twist car, pour le coup, Soule utilise un élément vu dans la saison 2 de la série télé Daredevil puis la saison 1 de Defenders sur Netflix, avec un gouffre géant creusé, on ne sait comment, par la Main pour fuir (et sans doute évoluer dans les souterrains de New York). Il paraît cette fois plus que probable que le scénariste ait reproduit ce qu'on a vu à la télé, reste à savoir s'il l'exploitera de la même manière, mais cela m'a un peu désappointé (on accuse si souvent les comics d'être contaminé/influencé par le cinéma/la télé que lorsque cela se produit de manière si évidente, c'est effectivement dérangeant).

Néanmoins, cela ne saurait suffire pour lâcher brusquement l'arc narratif en cours qui a un potentiel captivant, vraiment imprévisible - même s'il gagnerait à être dessiné différemment. 

mercredi 25 avril 2018

DAREDEVIL #601, de Charles Soule et Mike Henderson


Après un 600ème numéro très réussi, s'achevant sur une situation étonnante, Charles Soule change de partenaire (pour au moins les cinq prochains épisodes) en collaborant avec le dessinateur Mike Henderson. Daredevil emprunte une direction inédite et captivante, même si cet épisode en soi est modérément mouvementé, comme un intermède.


Enfermé et menotté dans un fourgon de police, Daredevil entend par la radio que Matt Murdock est activement recherché car nommé nouveau Maire par intérim à cause de l'attaque menée par la Main contre Wilson Fisk. Il tente, en vain, de se libérer lorsque deux ninjas l'attaquent. 


Il s'en débarrasse et recouvre ainsi sa liberté. Mais le temps presse et il gagne la Mairie. Là-bas, Wesley Welch, l'assistant de Fisk, proteste avec véhémence contre la modification de l'ordre de succession au poste de Maire lorsque Murdock fait son entrée et s'installe dans le siège du premier magistrat de New York. En présence de son adjoint Steve Kornish et du commissaire Karnik, il écoute le rapport sur la situation en ville.


A Riker's Island, Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Misty Knight, Moon Knight, Echo et Spider-Man croupissent tous ensemble dans la même cellule ultra-sécurisée lorsqu'un gardien les libère sur ordre du Maire. Ils apprennent alors que ce dernier est désormais Murdock et qu'il leur demande de traquer et combattre les ninjas de la Main.


Retour à la Mairie : Wesley s'oppose à la décision de Matt de relâcher les justiciers et le menace de poursuites judiciaires, mais le nouveau Maire ricane et le vire sur-le-champ, invitant tous ceux qui, dans la pièce, désapprouvent ses méthodes. Lui a une ville à sauver.


Au temple de la Bête, on prévient cette dernière de la situation à la Mairie mais cela ne change rien au plan puisque la Main est d'abord venu se débarrasser de Murdock dont elle connait la double identité depuis qu'il a sauvé Blindspot en Chine.

Le premier sentiment qu'on a en terminant la lecture de cet épisode relève de la déception : en effet, après l'action soutenu du précédent numéro, Charles Soule calme considérablement la donne et met principalement en scène des échanges verbaux. C'est une volonté clairement affichée de sa part et, à cet égard, la couverture (superbe) de Chris Sprouse, n'a rien à voir avec le contenu.

Puis la déception fait place à une forme de reconnaissance car le scénariste nous frustre moins qu'il prend le temps de resituer les événements. En effet, il convient de se poser un peu après l'enchaînement de rebondissements du #600 où les amis justiciers de Daredevil ont été piégés (tout comme les criminels que le Caïd a abusés en leur promettant des postes à responsabilités dans son administration), où Daredevil a été vaincu par le Caïd et le le Caïd lui-même a été terrassé par la Main au point d'être actuellement entre la vie et la mort.

La seule bagarre physique auquel on aura donc droit a lieu au tout début quand DD affronte deux ninjas et en profite non seulement pour les éliminer mais pour recouvrer sa liberté. C'est aussi la scène où Mike Henderson, le nouvel artiste de la série (au moins jusqu'au #605) fait preuve de plus d'inventivité : le combat se déroule d'abord dans l'espace exigu du fourgon de police où est enfermé "tête à cornes" puis, le temps d'une page découpé astucieusement en "gaufrier", l'artiste ne montre que les effets de cette empoignade - de quoi faire travailler un peu l'imagination du lecteur.

Henderson a un style curieux, à la fois expressif quand il s'agit de représenter des personnages en civil, mais un peu juste quand il s'agit de fournir des décors un peu fouillés ou de découper des séquences explicatives - le recours à une double page pour résumer l'état de New York après l'attaque de la Main est plus pratique qu'inspiré. Par ailleurs, son trait n'a pas la puissance de celui de Garney ni l'élégance de celui de Sudzuka, il évolue dans un registre à la limite du réalisme, et quelques détails sont expédiés (les plis des vêtements, l'absence d'effets d'ombre et de lumière). Il ne s'agit pas non plus de l'accabler, il prend ses marques, mais je ne parierai pas qu'il reste longtemps titulaire sur la série, Marvel serait bien inspiré de recruter un remplaçant plus solide (si seulement quelqu'un avait la bonne idée de penser à Greg Smallwood...).

Solide à défaut d'être palpitant, mais avec des pistes ouvertes sur de futures péripéties prometteuses (Fisk ne va pas mourir et ne sera pas heureux de trouver Murdock dans son siège de Maire, la Main a pour objectif de tuer Murdock, les amis de DD sont encore dans la partie), disons que c'est une continuation en douceur.