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mardi 11 juillet 2023

BLACK MIRROR (Saison 5)

Aujourd'hui on remonte le temps, jusqu'en 2019, pour parler de la saison 5 de Black Mirror. Charlie Brooker n'a cette fois écrit et produit que trois épisodes, mais chacun dépasse les 60 minutes et encore une fois commente avec malice notre rapport à la technologie dans des intrigues imprévisibles, avec, pour ne rien gâcher, de beaux castings.


- STRIKINS VIPERS - Amis depuis toujours, Danny et Karl partagent la même passion pour les jeux vidéos, et un en particulier, Strking Vipers, dans lequel leurs deux avatars (Lance pour Danny, Roxette pour Karl) s'affrontent. Quelques années passent. Danny a épousé Theo avec qui il a eu un fils, Karl est resté un célibataire qui multiplie les liaisons sans lendemain. Lors de l'anniversaire de Danny, Karl lui offre le dernière version de Strking Vipers, qui se joue désormais dans une réalité virtuelle et où les joueurs peuvent ressentir tout ce qu'éprouvent leurs avatars. Ils engagent une partie en ligne la nuit venue et très vite les choses vont prendre une tournure inattendue puisque Roxette embrasse langoureusement Lance après lui avoir flanqué une raclée...
 

Des trois épisodes de cette saison 5, Striking Vipers n'est peut-être pas le meilleur mais c'est néanmoins mon préféré. J'ai spoilé le twist de départ, mais  sachez que vous n'êtes pas au bout de vos surprises même en sachant cela. Charlie Brooker, dans Black Mirror, interroge notre relation à la technologie dans la vie quotidienne, il était donc attendu qu'il se penche sur le monde des gamers. Un monde qui m'est, je dois le dire, complètement étranger. Contrairement à beaucoup de gens de ma génération (et encore plus de la suivante), je n'ai jamais été attiré par les jeux vidéos, je ne possède pas de console chez moi, et mes amis, sachant cela, ne m'invitent donc jamais à participer à une partie. J'ignore également si ce divertissement est plutôt masculin ou si les filles, les femmes sont aussi des ferventes gamers, mais dans Striking Vipers, on observe cela du point de vue de deux hommes, deux amis de longue date qui se retrouvent à l'occasion de l'anniversaire de l'un d'eux.
 

Striking Vipers est le nom d'un jeu vidéo (fictif je pense, mais corrigez-moi si je me trompe), deux avatars plus vrais que nature s'y castagnent dans des décors exotiques. On se doute déjà qu'il y a un loup quand on découvre que Karl anime Roxette alors que Danny joue avec un personnage du nom de Lance. Quand les deux amis se retrouvent, les années ont passé : Danny s'est casé, il est marié à la belle Theo et a un enfant avec elle, ils habitent dans une belle villa, tandis que Karl est un célibataire friqué qui multiplie les conquêtes, des filles plus jeunes que lui, avec lesquelles il ne partage pas grand chose de profond en dehors du sexe (un dialogue sur un serveur arborant la même coupe de cheveux décolorée que le basketteur Dennis Rodman qu'a vu jouer Karl mais que ne connaît pas son amante en dit long sur ce décalage générationnel).

Lorsque Danny et Karl se remettent à jouer, la partie prend un tour inattendu et dans un premier temps, Danny pense à un accident. Mais cela se répète et la question se pose de savoir si Karl est amoureux de Danny. Et si Danny l'est de Karl. Le scénario de Brooker brouille habilement les pistes, d'autant plus que les deux protagonistes sont incarnés par deux acteurs virils : Anthony Mackie (Falcon dans Captain America 2 et 3 et Avengers, notamment) et Yahya Abdul-Mateen II (Dr. Manhattan dans la série adaptée de Watchmen et bientôt dans la série Wonder Man sur Disney +). Brooker s'appuie sur un casting sexy : dans le jeu, Roxette, c'est la ravissante Pom Klementieff (Mantis dans Les Gardiens de la Galaxie 2 et 3) et Ludi Lin (Aquaman, Mortal Kombat). Tout cela contribue, avec aussi Nicole Beharie (dans le rôle de Theo), à faire de cet épisode une sorte de cyber-thriller chaud.

On ne s'ennuie pas et le dénouement est jubilatoire mais aussi pervers à souhait. De quoi vous faire considérer votre joystick autrement...


- SMITHEREENS - Chris fréquente un groupe de parole dans lequel il rencontre Haley, dont la fille s'est suicidée. Depuis, elle tente vainement d'accéder à sa messagerie mais ignore son mot de passe. Chris travaille comme chauffeur VTC et un jour il prend comme client Jaden qui travaille pour le réseau social Smithereens. Il le conduit dans un coin isolé et le menace avec un pistolet pour qu'il téléphone à son patron, le créateur du site, Billy Bauer. Mais Jaden n'est qu'un modeste stagiaire. La police encercle bientôt la voiture de Chris mais celui-ci conserve la même exigence. Pourquoi veut-il à tout prix échanger avec Bauer ? 


Si cet épisode est excellent, il aurait dû à mon sens être plus court. Ce qui ne signifie pas qu'on s'ennuie en le regardant : le suspense est réel et palpitant jusqu'au bout, la fin est implacable comme souvent dans la série. Mais plus d'une heure pour un pitch aussi mince, c'est trop et avec une durée plus ramassée, le résultat aurait été indéniablement plus fort, plus déchirant. En outre, on sait que Charlie Brooker n'est pas un fan des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, donc quand il choisit de s'y attaquer, il n'y a aucune surprise : cela va être une charge sans demi-mesure, et c'est bien le cas avec Smithereens.


Le souci, c'est qu'une fois que Chris et son otage sont immobilisés, l'épisode est pris à son propre piège. Il ne fait aucun doute que Billy Bauer répondra à l'appel de Chris et que ce que celui-ci aura à lui dire renverra à une histoire très personnelle et poignante mais aussi tragiquement absurde. Encore une fois, c'est bien ce qui arrive mais Charlie Brooker est assez malin pour rendre le drame de Chris assez universel et donc que chaque téléspectateur se sente concerné. Qui n'a pas consulté le fil d'infos d'un réseau social par ennui et s'est arrêté pour lire un commentaire insignifiant ? La différence ici, c'est que ce geste a eu des conséquences atroces pour Chris. La figure de Bauer est un cliché sur pattes : Brooker ne se montre pas subtil pour un sou, il imagine une sorte de gourou new age parti en retraite au fond du désert pour se déconnecter et dont la création lui a échappé depuis longtemps mais qu'il n'a jamais cherché à modifier, à améliorer sinon pour rendre les utilisateurs encore plus accros. Une figure pathétique.

Topher Grace l'interprète avec maestria, sans forcer le trait, lui. Cela contraste avec le jeu nerveux de Andrew Scott mais qui échoue, dans l'ultime droite à vraiment pleurer alors que son personnage craque complètement en passant aux aveux. Dommage. D'autant plus que Damson Idris, qui joue l'otage, est impeccable, passant de l'effroi à la compassion avec beaucoup de nuances, sauf que Brooker ne semble pas très inspiré et, une fois le dialogue établi entre Chris et Bauer, il néglige ce troisième personnage.

Le dénouement est assez maladroit, voulant à la fois souligner l'inéluctabilité de la situation et offrir une happy end pour Haley. Smithereens ne dépasse pas finalement l'exercice de style.
  

- RACHEL, JACK AND ASHLEY TOO - Pour son quinzième anniversaire, Rachel reçoit une poupée connectée commercialisée par son idole, la chanteuse pop Ashley O. Cette dernière, avec ses tubes acidulés, est une vraie cash machine, en particulier pour sa tante Catherine, qui est aussi sa manager, qui n'hésite pas à la droguer pour qu'elle honore ses obligations contractuelles. Lorsque Ashely fait une overdose et tombe dans le coma pendant plusieurs mois, sa poupée se détraque et Jack, la soeur aînée de Rachel, réussit à la réactiver en lui ôtant ses filtres, révélant les manigances de Catherine qui, pendant ce temps, a conçu avec des techniciens un hologramme de Ashley qui pourra continuer ses tournées...


En commençant à regarder cet épisode, j'ai craint le pire. Parce que : Miley Cyrus. La popstar me casse oreilles et la perspective de suivre une intrigue où je devrais supporter ses minauderies et ses chansons ressemblaient à un cauchemar digne de... Black Mirror. Et c'est vrai que pendant le premier tiers de l'épisode, il faut s'accrocher pour s'attacher aux protagonistes de cette histoire, entre une idole pour adolescentes et sa poupée connectée à son image. Puis, quand Catherine, l'affreuse tante, empoisonne sa nièce avec un plan diabolique en tête, c'est parti pour de bon pour quelque chose de beaucoup plus savoureux.


Ashley O. est un cliché ambulant : Charlie Brooker n'y va pas avec le dos de la cuiller pour la croquer. Surfant sur un énorme succès grâce à son répertoire rempli de tubes positifs jusqu'à la nausée (du genre "crois en toi", "si je peux le faire, tu peux le faire" et autres niaiseries du même acabit), elle n'est pourtant pas heureuse en coulisses et pianote des chansons déprimantes dans sa luxueuse villa le soir venu, pour exprimer son ras-le-bol et son mal de vivre. Voir Miley Cyrus, qui, actuellement, cartonne avec un hit dans lequel elle évoque sa rupture avec son ex qui l'a trompée au lieu de lui offrir des fleurs (Flowers, donc), est exquis et elle joue sa partition très premier degré, de manière étonnamment convaincante je dois le dire.

Pourtant l'épisode aborde sa dernière ligne droite en empruntant la direction inattendue de la comédie, car comment, sinon, croire à l'initiative de Rachel et Jack pour sauver la chanteuse et démasquer sa vilaine tante ? Comme le père des deux adolescentes est un dératiseur qui conduit un improbable véhicule avec d'énormes oreilles de souris sur le toit, leur virée jusqu'à la villa de la star puis jusqu'à la salle de spectacle où sa manager présente l'hologramme vire au grand n'importe quoi très drôle. Et c'est sans compter la scène post-générique de fin (mais je ne vous la spoile pas).

Angourie Rice (que j'avais découverte dans l'épatant The Nice Guys de Shane Black) est formidable en groupie qui se sent investie d'une mission de sauvetage tandis que Madison Davenport qui joue sa soeur, qui considère Ashely O. avec autant d'estime que j'en ai pour Miley Cyrus, est aussi impeccable en complice malgré elle.

Une saison de très bonne tenue donc, même si très pingre. Bon maintenant, je dois trouver du temps pour me refaire la saison 4...

dimanche 21 mai 2023

LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOL. 3, de James Gunn


Après bien des péripéties, Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est enfin sorti dans les salles. James Gunn, son scénariste et réalisateur, clôt non seulement sa trilogie mais quitte du même coup définitivement les studios Marvel pour partir diriger le DCU. Il est donc fortement conseillé d'avoir vu les deux précédents longs métrages consacrés aux personnages (et aussi le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame) pour apprécier ce récit, plus grave que d'habitude.
 


Adam Warlock, le "fils" de la prêtresse Ayesha que les Gardiens de la Galaxie avaient dupée, attaque la station Knowhere. Dans le feu du combat, il blesse gravement Rocket Raccoon avant que Nebula le touche à son tour et le force à battre en retraite. Incapable de sauver Rocket, l'équipe décide de gagner le Q.G. d'OrgoCorp où leur ami servit de cobaye à des expériences dans le passé.


Dans le coma, Rocket se souvient de l'époque où il était aux mains du Maître de l'Evolution, un savant fou et puissant qui ambitionnait de créer et peupler une Contre-Terre pacifiste avec des créatures anthropomorphiques. Rocket partageait ses souffrances avec d'autres animaux comme Sol le lapin, Lyla une loutre et Teefs le morse. Mais développant une intelligence que jalousait le Maître de l'Evolution, Rocket devina qu'il allait être sacrifié et entreprit de fuir avec ses amis. Lui seul y parvint.


Une fois à proximité d'OrgoCorp, les Gardiens retrouvent les Ravageurs et Gamora qui les aident à pénétrer dans le bâtiment. Ils y dérobent avec perte et fracas le dossier médical de Rocket puis, de retour dans leur vaisseau, constatent que des données importantes en ont été effacées par Theel, l'assistant du Maître de l'Evoltuion. Ils partent donc pour la Contre-Terre sans savoir que Adam Warlock et Ayesha, qui est redevable au Maître pour la naissance de son "fils", les suivent.


Une fois sur la Contre-Terre, Star_Lord, Nebula et Groot sont aidés par les habitants pour trouver la pyramide du Maître de l'Evolution, pendant que Drax, Mantis et Gamora veillent sur Rocket toujours entre la vie et la mort. La rencontre avec le Maître dégénère quand ce dernier, déçu d'avoir été dénoncé par ses créatures, décide de détruire la Contre-Terre et de partir dans l'espace à bord de sa pyramide. Drax et Mantis, impatients, ont rejoints Nebula au pied du bâtiment-vaisseau alors que des explosions dévastent la planète.


Star-Lord et Groot sautent de la pyramide qui décolle en embarquant Theel tandis que Drax, Mantis et Nebula montent, eux, à bord et découvrent des centaines d'enfants en cage pour servir de cobayes au Maître de l'Evolution. Star-Lord extrait de Theel les données manquantes du dossier médical de Rocket et avec Groot embarquent dans le vaisseau où leur ami se trouvent avec Gamora. Adam Warlock voit Ayesha mourir dans une explosion au moment où ils tentent d'aborder le vaisseau des Gardiens et le souffle de la déflagration le propulse à l'intérieur. 
 


Cependant, Star-Lord, Gamora et Groot sauvent Rocket avant que Nebula ne leur donne sa position. Ils prennent en chasse la pyramide du Maître de l'Evolution et, avec le renfort de Kraglin, lui barre la route avec la station Knowhere. Les enfants sont évacués de la pyramide à la station tandis que les Gardiens au complet avec le renfort d'Adam Warlock affrontent le Maître de l'Evolution. Rocket se refuse finalement à le tuer pour ne pas prolonger ce cycle de violence...

Deux scènes post-générique de fin conclut le film : 

- la première montre la nouvelle formation des Gardiens (Rocket devenu le leader, Groot, Kraglin, Cosmo, Adam Warlock et Phyla, une des enfants rescapés) part en mission après la décision de Star-Lord de repartir sur Terre, de Mantis de faire un break, de Gamora de réintégrer les Ravageurs, de Drax et Nebula de s'occuper des enfants retirés au Maître de l'Evolution ;

- la seconde montre Peter Quill en train de prendre le petit-déjeuner avec son père adoptif sur Terre, avant qu'un carton à l'écran indique que "le légendaire Star-Lord reviendra".

Après une Phase IV au mieux inégale, au pire médiocre, et un début de Phase V peu convaincant (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania s'est ramassé au box office), beaucoup d'espoirs reposaient sur Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. Et quelque chose me dit que James Gunn, scénariste et réalisateur du film, a dû sourire de cette situation...

Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut remonter à la sortie du précédent volume des Gardiens de la Galaxie en 2017. Si le film fut un succès, en dépit d'avis mitigés, pour le Gunn, ce fut le début d'une mauvaise passe. De vieux tweets déterrés par des détracteurs de Droite du cinéaste conduisirent Disney à le sanctionner en l'écartant d'abord du troisième long métrage puis carrément en le virant. Tout le casting s'en émut et menaça d'abandonner tout projet avec le studio si Gunn n'était pas réintégré. Pendant ce temps, ce dernier, abordé par la concurrence, signa pour The Suicide Squad chez Warner (sorti en 2021) dont le succès critique et public (dans le contexte particulier d'alors, en pleine pandémie) convainquit Disney de revenir en arrière.

Le reste appartient à l'Histoire : la Warner resta en contact avec Gunn et lui proposa de refonder le DCU sur grand écran après les échecs du "Snyderverse" tandis que le cinéaste bouclait le tournage des Gardiens de la Galaxie vol. 3. Et, happy end, cet ultime chapitre cartonne depuis sa sortie en salles. Marvel studios doit donc une fière chandelle au mec qu'ils avaient renvoyé comme un malpropre.

Pour Gunn, boucler cette trilogie était aussi le moyen de raconter l'histoire du personnage qu'il aimait le plus : Rocket Raccoon. On raconte même qu'il avait initialement envisagé de mettre en scène un spin-off entièrement consacré au raton-laveur et Groot pour revenir sur le passé douloureux du premier, avant de se raviser, tout comme il changea de méchant en cours de route (passant de Annihilus au Maître de l'Evolution).

Ce qui frappe donc, d'emblée, c'est le ton plus grave de l'histoire. Rocket est rapidement gravement blessé et va passé les deux tiers du film sur une table d'opération entre la vie et la mort, à se remémorer ses origines, tenté d'abdiquer en se souvenant de ses amis disparus. Sans concessions, le film traite de la maltraitance animale de manière poignante et des dérives du transhumanisme. Le supplice que traverse Rocket dans des flashbacks très émouvants vous serre le coeur. On comprend à quel point Gunn s'est projeté dans ce personnage, le transformant en une figure sacrificielle, profondément touchante et blessée.

Qu'importe alors que le Maître de l'Evolution soit joué de façon un peu trop souvent hystérique par Chukwudi Iwuji (à la différence des comics où il est un savant fou et puissant mais d'une froideur totale, d'un détachement effrayant) : le face-à-face entre Rocket et ce néo-Docteur Moreau (inspiré par le héros du roman de H.G. Wells) réserve son lot de scènes mémorables, cruelles, et pour lesquelles Gunn trouve un dénouement tout sauf manichéen.

Le cinéaste n'a jamais envisagé les Gardiens comme une équipe de super-héros comme les Avengers, mais plutôt comme une famille que chacun de ses membres s'est choisie. Gunn a dû composer avec des éléments qu'il n'a pas choisis (et qui compliquent inutilement le récit, comme la Gamora issu de Avengers : Endgame, qui a tout oublié de son passé avec les Gardiens et n'est donc plus l'amante de Star-Lord), mais il les exploite avec adresse pour redynamiser le groupe, ses relations. Il donne aussi une suite directe à ce qu'il avait mis en place dans le volume 2 avec Ayesha et Adam Warlock en les reliant au Maître de l'Evolution et si, là aussi, son interprétation de Warlock peut dérouter par rapport aux comics (où il était un personnage plus mûr), elle a une vraie logique dans ce contexte, incarné avec recul par Will Poulter.

Alors, pourquoi ça fonctionne contrairement à la majorité de ce qu'a livré la Phase IV et Quantumania ? Qu'on apprécie ou pas le style coloré, décalé, de Gunn, on ne peut nier qu'il a un style affirmé, peut-être même le plus prononcé, le plus personnel, de tout le MCU. Dans la mesure où il écrit et dirige ses films, il en a le contrôle et en assume tous les aspects, parfois même les plus controversés (comme sa vision de Drax en gros bouffon plutôt qu'en réel destructeur ou de Mantis qui devient une ingénue comique au lieu d'une madone céleste). Quand on va voir un film de Gunn, on sait où on met les pieds, on ne peut pas jouer la surprise ou s'offusquer des libertés prises. Et ce sera intéressant de voir comment il s'emparera du DCU, à commencer par Superman dont il a écrit et mettra en scène le grand retour en 2024-2025.

Il y a donc cette exubérance familière et qui assure à la trilogie une vraie unité esthétique et narrative, une inventivité, une sorte d'insouciance, un refus de se prendre trop au sérieux tout en faisant le job sérieusement. Tout cela témoigne d'un amour pour le matériau de base, son folklore, mais aussi d'une approche singulière, sincère, sentimentale même. Et je pense que c'est ce qui a fait la différence après tout un tas de films de la Phase IV où les spectateurs ont été perdus par les choix de Kevin Feige ou déçus par des opus trop ou pas assez, sans désormais de menace commune, de fil rouge (comme l'incarnaient Thanos et les pierres d'infinité). En existant en marge du reste mais en développant leurs propres thèmes, leurs propres méchants, les rapports entre les Gardiens, la trilogie de Gunn a échappé à ces sorties de route pour former un tout solide, certes imparfait, mais honnête avec lui-même et le public.

Enfin, plus que tout autre film ou trilogies du MCU, Gunn a bâti son oeuvre avec une troupe qui a fait corps avec son projet. Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan, Dave Bautista (même si ce dernier s'est plaint de l'évolution de son personnage), Pom Klementieff, ainsi que Bradley Cooper et Vin Diesel (qui ont prêté leur voix à Rocket et Groot), tous  sont indissociables de la réussite de ces trois films et de celui-ci en particulier (sans oublier le spécial diffusé fin 2022 sur Disney +). Cette famille d'acteurs dont certains ont vu leur carrière propulsé grâce à Gunn, qui les a imposés à Disney, a soutenu le réalisateur comme des enfants auraient soutenu un père mais ont aussi défendu leurs rôles en jouant à fond le jeu, communiquant leur plaisir à l'audience.

Alors que le MCU est actuellement en plein gestion du scandale lié à Jonathan Majors (Kang à l'écran, empêtré dans une sale affaire de violences sur sa compagne et rattrapé par des témoignages sur son comportement toxique de longue date), et en attendant la sortie à l'automne de The Marvels (la suite de Captain Marvel), Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 ressemble à la fin d'une époque. Le studio va devoir d'une manière ou d'une autre changer, évoluer, peut-être en lâchant la bride à ses cinéastes, en repensant son modèle. Gunn parti, Kevin Feige va devoir prouver qu'il n'a pas perdu son mojo, sa vista, tandis que Bob Iger, l'ex-président de Disney revenu en catastrophe, opère une restructuration drastique.

mardi 29 novembre 2022

LES GARDIENS DE LA GALAXIE : JOYEUSES FÊTES !, de James Gunn


Guardians of the Galaxy : Holidy Special (en vo) est un court métrage écrit et réalisé par James Gunn. Ce programme est semblable dans son format (trois quarts d'heure environ) à Werewolf by Night diffusé en Octobre dernier, mais cette fois il s'inscrit dans la continuité du MCU, comme un avant-goût du Volume 3 des Gardiens de la Galaxie qui sortira en Mai 2023 (en France). Un intermède sympa, drôle et touchant.


Désormais installés à Knowhere qu'ils ont racheté au Collectionneur, les Gardiens de la Galaxie retapent l'endroit. Noël approchant, Kraglin Obfonteri raconte à Mantis, Drax, Nebula et Rocket Raccoon que cette période déprime Peter Quill car, enfant, Yondu ne voulait pas qu'on en fasse une fête. De plus, la disparition de Gamora mine le moral de Star-Lord.


Mantis, qui n'a pas avoué à Peter qu'ils ont le même père (Egp - affronté dans le Vol. 2) et qu'ils sont donc frère et soeur, convainc Drax d'aller sur Terre pour trouver le seul cadeau susceptible de ragaillardir leur ami : Kevin Bacon, dont il loue les exploits légendaires. Mais sans indices sur l'endroit où il habite, ils errent sur le Walk of Fame, dans un night club avant qu'une guide touristique ne leur indique qu'il demeure à Beverly Hills.


Drax et Mantis enlèvent Kevin Bacon après avoir neutralisé les forces de police qu'il a appelées au secours et rejoignent Knowhere dans leur vaisseau spatial. mais en reoute, ils comprennent que leur cadeau n'est pas un héros mais un acteur et Mantis utilise ses pouvoirs pour le rendre plus docile.


Peter Quill découvre son "présent" et est très contrarié. Mais Kevin Bacon est convaincu par Kraglin de rester pour la fête que les Gardiens ont préparée. Groot et Nebula distribuent les cadeaux achetés sur Terre par Mantis et Drax avec l'argent de Kevin Bacon avant que celui-ci ne soit ramené chez lui. Mantis trouve alors la force de dire à Peter leur lien de parenté.

J'avais beaucoup aimé Werewolf by Night, le premier programme spécial produit pour Dusney +, et j'espérai vivement que Kevin Feige développe d'autres courts métrages comme celui-ci, plutôt que de s'entêter à mettre en chantier des séries qui, une fois sur deux, s'avèrent très décevantes. Un an après Hawkeye, qui se déroulait déjà durant les fêtes de fin d'année, voici donc Guardians of the Galaxy : Holiday Special (Joyeuses fêtes ! en vf).

Tourné pendant les prises de vue des Gardiens de la Galaxie Volume 3 (qui sortira en France en Mai 2023), ce projet tenait à coeur à James Gunn, grand fan d'un format identitique pour Star Wars (Du Temps de la Guerre des Etoiles) diffusé en 1978. Soiuvent considéré comme un nanar, il est devenu culte auprès des fans de la saga avec les années.

Ce qui est très malin de la part de Gunn, c'est d'avoir collé à l'esprit de l'objet qui l'a inspiré. On sent que tout ça a été filmé rapidement, avec peu de moyens, et surtout en respectant de manière quasi-fétichiste aux clichés du genre. Tout est parfaitement inoffensif, bon enfant, avec un esprit tendrrmeent loufoque. Plus Disney que Disney.

Du coup, James Gunn coupe l'herbe sous le pied des grincheux qui ne peuvent critiquer son court métrage en l'accusant d'être trop gentil, mièvre, puisque c'est précisément le but avoué, recherché. Il en restera toujours pour râler et dire que c'est trop sucré, que ça ne ressemble pas aux Gardiens de la Galaxie (ceux de Dan Abnett et Andy Lanning, portés aux nues pour ne pas avoir à dire du bien de ceux de Brian Michael Bendis). Mais laissons ces fâcheux sur le côté.

Car j'ai bien aimé ce Joyeuses fêtes !, qui est drôle, bienveillant, absurde et touchant aussi. Le scénario tient sur un post-it mais avec une dinguerie vraiment divertissante. Enlever Kevin Bacon pour l'offrir à Peter Quill qui a parlé de lui à ses amis comme s'il était un héros fantastique avant que les Gardiens ne comprennent qu'il ne s'agit que d'un acteur (ce qui les irrite car ils l'assimilent à un usurpateur) est extra. Et James Gunn a eu de la chance que l'acteur accepte de se moquer de lui-même comme ça (même si, apparemment, il avait prévu un plan B en cas de refus, mais ça aurait été vraiment dommage).

Mantis et Drax, qui ont été très réécrits dans les films du MCU par rapport à ce qu'on sait d'eux dans les comics, sont ici deux pieds nickelés sensationnels, enchaînant gaffe sur gaffe sans se rendre compte de l'énormité de leur projet. Et Pom Klementieff et Dave Bautista s'en donnent à coeur joie pour incarner ces deux imbéciles heureux, sûrs de leur affaire.

Bien entendu, le format du téléfilm ne donne guère de temps d'écran aux autres Gardiens, en dehors de Chris Pratt, curieusement éteint. On découvre un Groot qui a changé d'apparence (plus vraiment l'ado boudeur du Vol. 2, mais plus baraqué), Nebula toujours aussi ombrageuse mais qui fait un cadeau étonnant et très amusant à Rocket.

On a aussi droit à deux scènes en animation que Gunn justifie en expliquant que c'est encore un clin d'oeil au Holiday Special de Star Wars mais aussi parce que c'était la meilleure manière de montrer Peter jeune et de saluer Michael Rooker (l'interprète de Yondu, dont le personnage est mort dans le Vol. 2). En prime, on apprend enfin que Mantis et Peter sont demi-frère et soeur (leur père commun étant Ego, qu'ils ont affronté dans le Vol. 2 - vous l'aurez compris, il faut avoir vu ce Vol. 2 avant).

Sans prétention mais très rafraîchissant, Les Gardiens de la Galaxie : Joyeuses Fêtes ! confirme que Disney + a tout intérêt à continuer dans cette voie. Surtout que dans ce cas précis, le réalisateur-scénariste a prévenu que le Vol. 3 serait son dernier projet chez Marvel (puisqu'il est désormais en charge du DC Cinematic Universe) et surtout serait une histoire plus dramatique.