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dimanche 2 décembre 2018

THE TERRIFICS #10, de Jeff Lemire et Viktor Bogdanovic


Cette fois, c'est certain, c'est le dernier épisode des Terrifics que je lis et dont je dresse la critique. La série n'a de toute façon, certainement, que quatre moins à vivre, puisque Jeff Lemire annoncé qu'il cesserait de l'écrire au #14, et ça m'étonnerait que le titre y survive. On sent d'ailleurs dans ce numéro 10 comme une résignation.


Sapphire Stagg a découvert que Java, l'homme de néanderthal au service de son père, se cachait derrière les exactions commises par le Dr. Dread. Ayant échoué à éliminer les Terrifics et en particulier Rex Mason, l'amant de Sapphire, il doit maintenant les affronter ainsi que la famille de Tom Strong.


Dépassé par le nombre d'adversaires mais toujours motivé pour les supprimer, il bat en retraite dans la maison de Simon Stagg qui a peine à croire que l'homme des cavernes l'a trahi.
  

Java/Dread libère le Sombre Aîné, ce géant déjà croisé par Tom Strong puis les Terrifics dans le Dark Multivers. Mr. Terrific, Plastic Man et Tom Strong demandent à leurs amis de tenter de le contenir pendant qu'ils cherchent une solution pour l'abattre.


Le trio retrouve dans le laboratoire de Mr. Terrific l'antenne de Tom Strong et la répare. Catapulté jusqu'à la tête du géant par Plastic Man, il le renvoie dans sa dimension.


Mais cette victoire va laisser Phantom Girl démunie : Rex et Sapphire s'éloignent pour vivre leur amour en paix, Plastic Man reprend sa liberté, et Mr. Terrific lui assène que les Terrifics ne sont plus - n'ont jamais été, que contraints et forcés.

Le coeur n'y est plus. Ni pour moi, ni (semble-t-il) pour Jeff Lemire. Cet épisode ressemble à un baroud d'honneur, même si le scénariste va apparemment expédier les affaires courantes d'ici au #14 (Mr. Terrific déclare qu'il va traquer et neutraliser Java après la dissolution de l'équipe).

L'auteur canadien a sans doute compris qu'il ne disposerait jamais d'un soutien éditorial solide pour conduire ce titre où pas un dessinateur n'a tenu plus de deux épisodes d'affilée et qui fait partie d'une collection dont les parutions sont toutes annulées les unes après les autres (The UnexpectedNew Challengers, Sideways, The Curse of Brimstone ...).

DC a fait n'importe quoi sur la base d'une promesse jamais tenue (des séries portées par des stars du dessin) et dont les sujets ressemblaient davantage à des tentatives maladroites d'ironiser sur des titres de Marvel qu'à des projets mûrement conçus. On ne bâtit pas un label sur des fondations aussi fragiles, en laissant les scénaristes composer avec des artistes de passage et des personnages sans avenir.

La révélation que Java était le Dr. Dread avait quelque chose de grotesque, mais surtout ses motivations, peu originales (un ressentiment envers tous les homo sapiens, lui qui est un homme de néanderthal), ont été exposées dans l'Annual... Par un autre auteur que Lemire ! L'épisode remet en scène le géant du Dark Multivers pour une bataille spectaculaire que le canadien résoud de manière volontairement absurde (comme si une aiguille suffisait à renvoyer dans sa dimension l'équivalent d'un Céleste). On devine qu'à ce point, Lemire s'est dit : "pourquoi se forcer ? C'est mort depuis longtemps."

Une énième fois, The Terrifics accueille un nouveau dessinateur avec Viktor Bogdanovic. Son style fait plus qu'évoquer celui de Greg Capullo, il le copie sans vergogne, mais sans talent non plus. On ne peut que s'interroger sur la raison pour laquelle, en son temps, DC a signé un contrat d'exclusivité à cet artiste médiocre comme s'il s'agissait d'un bon parti pour l'avenir (tout comme l'infâme Brett Booth).

De tous ceux qui ont oeuvré sur le titre, Bogdanovic est certainement le pire. Mais en vérité, rien ne sert de l'accabler puisque le staff éditorial s'est payé notre tête depuis le début. Reis n'allait pas s'attarder quand il devait déjà s'échauffer pour Superman, Shaner a montré qu'il ne tiendrait pas le choc, Benitez et Bennett ont dépanné comme José Luis, et Eaglesham a payé son passage en étant déjà à la bourre pour Shazam ! (dont le #1 sort la semaine prochaine, mais le #2 aura cinq semaines de retard sur la date prévue). Bogdanovic, qui n'a rien sur le feu, ne restera pas non plus. N'importe quoi vraiment !

Adieu veaux, vaches, cochons, adieu "The New Age of Super-Heroes".  

mardi 6 novembre 2018

THE TERRIFICS ANNUAL #1, de Gene Luen Yang, Mark Russell, James Asmus et Joe Bennett, Evan Shaner, José Luis


The Terrifics n'a pas une année d'existence (et la série dépassera-t-elle ce stade ?) que DC publie un Annual. L'initiative laisse encore plus dubitatif quand on constate que Jeff Lemire, le scénariste du titre, n'y participe pas... Alors que deux récits reviennent sur des points déterminants ! Car ce numéro comporte trois segments et non une grande histoire détachée de l'intrigue en cours... Tout cela est bien curieux mais cependant bien emballé par quelques auteurs notables.


- Masquerade (Ecrit par Gene Luen Yang et dessiné par Joe Bennett) - Les Terrifics participent à la fête d'Halloween dans un campus financé par Simon Stagg. Qui, lui, est occupé par une expérience exploitant l'ADN de Plastic Man. Et qui, bien sûr, tourne mal. C'est la panique qui gagne la fête dont beaucoup de participants sont des clones - parmi lequel celui du fils de Plastic Man dont s'est éprise Phantom Girl...

On ouvre cet Annual par le récit qui renvoie à la couverture (signée Emanuela Lupacchino). Il s'agit d'un chapitre se déroulant avant que Metamorpho recouvre forme humaine, comme c'est le cas dans l'arc narratif en cours dans la série régulière.

Gene Luen Yang, qui s'est notamment illustré en écrivant un peu du Superman durant les "New 52", met en scène une intrigue très convenue sur le schéma de l'expérience qui tourne mal avec comme responsable Simon Stagg et comme cibles les Terrifics - en particulier Plastic Man (dont l'ADN a été manipulé) et Phantom Girl (pour des raisons sentimentales - que Lemire pourrait développer, s'il en a le temps et l'envie, puisqu'elle tombe amoureuse du fils de son co-équipier). Si ce n'est pas follement original, il y a du rythme, c'est déjà ça.

Joe Bennett (qui trouve le temps de participer ici tout en dessinant Immortal Hulk pour Marvel) met ce scénario en images. Le résultat ne serait pas désagréable s'il n'était pas encré par trois personnes différentes, dont aucune n'apporte une plus-value. Bennett n'est déjà pas un graphiste renversant, mais avec des finitions pareilles, toutes surchargées de détails inutiles (pour donner du volume et des textures), c'est juste passable.

Bof.

*


- Origin of the Specious (Ecrit par Mark Russell et dessiné par Evan Shaner) - Java, l'homme de main néandertalien de Simon Stagg, secrètement amoureux de Sapphire, se remémore ses origines quand les Homo Sapiens apparurent et signèrent le déclin définitif des siens. La source d'une solide rancune contre l'homme moderne à l'heure où Java prépare sa vengeance...

Les deux autres segments de cet Annual ont le mérite d'éclaircir des points laissés dans le flou par Lemire dans la série. Aussi est-on surpris qu'il ne se soit pas chargé de les écrire (faute de temps, car il est très occupé entre ses commandes pour DC, Marvel, et Black Hammer chez Dark Horse ?).

Mark Russell, en tout cas, s'attache respectueusement au cas de Java, l'improbable homme de main préhistorique de Simon Stagg. On vient de découvrir, dans le dernier épisode de The Terrifics, que c'est lui qui se cachait derrière le masque du Dr. Dread, ennemi de Tom Strong et menace des héros comme du Multivers. Mais pourquoi est-il si méchant ?

Le récit explique de manière très fantaisiste comment les néandertaliens ont été supplantés par les homo sapiens, mais plus que la véracité historique, c'est ce qu'a perdu Java alors qui explique son ressentiment. Cela lui donne aussi une sorte de mélancolie touchante, pas évidente pourtant à percevoir. Ajoutez-y un zeste de dépit amoureux (puisqu'il est épris, sans que ce soit réciproque, de Sapphire Stagg, la fiancée de Rex Mason/Metamorpho) et vous comprendrez qu'il en a gros sur la patate.

Surprise : c'est Evan Shaner, le seul des créateurs de la série (avec Lemire et Ivan Reis) à participer au numéro, qui dessine ce segment. Son style élégant, délicat même, n'est a priori pas le plus indiqué pour une histoire d'hommes des cavernes, mais il s'en tire très bien. Et ça permet de patienter avant de découvrir, dans quinze jours, son premier épisode de Supergirl (Shaner sera le fill-in de Kevin Maguire).

Beau et instructif.

*


- The Message (Ecrit par James Asmus et dessiné par José Luis) - Où l'on découvre dans quelles circonstances, alors qu'il explorait le Dark Multiverse, Tom Strong a échappé de peu à la mort en affrontant un Titan. Puis comment il a laissé le message vidéo trouvé plus tard par Phantom Girl puis les Terrifics...

C'est un autre flash-back qui ferme le ban puisqu'on découvre comment tout a commencé, avant même la formation des Terrifics, quand Tom Strong a initié, sans le savoir, leur aventure.

James Asmus, ex-grand espoir chez Marvel, anime donc le héros de Alan Moore et Chris Sprouse pour une partie très mouvementée et spectaculaire, avec le géant endormi sur lequel Mr. Terrific, Metamorpho et Plastic Man trouveront Phantom Girl dans le Dark Multiverse. Puis le message alarmant de Strong sur le sort des dimensions. L'ensemble est bien mené mais si en définitive dispensable car Lemire avait résumé tout cela sans le montrer.

José Luis revient pour la troisième fois sur le titre en illustrant ce chapitre. Il rend, comme d'habitude, un travail propre, soigné, qui évoque Reis sans la maestria de ce dernier. Comme on dit, il fait le job, et ça tombe bien, c'est ce qu'on lui demande.

Au final, en dehors du segment concernant Java, qui éclaire vraiment sur les motivations du personnage, cet Annual n'a rien d'indispensable. C'est davantage un complément de programme qu'un épisode spécial digne de ce nom. 

vendredi 26 octobre 2018

THE TERRIFICS #9, de Jeff Lemire et José Luis


J'avais terminé le dernier numéro de The Terrifics en plein doute, ignorant si j'allais continuer à suivre la série, parce que la succession d'artistes me lassait. J'ai réfléchi entre temps et décidé d'aller au moins jusqu'à la fin de cet arc impliquant Tom Strong (ce qui ne devrait plus tarder). Jeff Lemire sait s'y prendre pour accrocher le lecteur et il est aidé cette fois, non pas par Victor Bodanovic (comme annoncé), mais par le revenant José Luis (qui avait terminé le #2).


Dans le Funnyland, Plastic Man, Pneuman et Salomon sont coincés jusqu'à l'arrivée surprise de Dhalua Strong. Warren Strong, le lapin, garde prisonnier le Dr. DuckDread. Pour Plastic Man et Dhalua, il s'agit de retrouver les autres Terrifics et Tom Strong.


Dans la dimension de l'Empire Aztech, Tesla tente de sauver Rex Mason et Phantom Girl jusqu'à l'arrivée de sa mère. Le groupe est presque au complet comme la famille Strong tandis que Dhalua explique comment elle a pu tous les pister en rejoignant par un portail dimensionnel Millenium City après l'attaque du Dr. Dread contre Attabar Teru.


Tom Strong et Mr. Terrific ont été capturés par Swamp Thing dans le marais qu'ils traversaient pour gagner Gotham. Une fois que la créature a reconnu le leader des Terrifics, il lui indique que Dr. Dread, après l'avoir combattu, s'est dirigé vers la Terrific Tower en ville.


Tom Strong et Mr. Terrific se jettent dans la gueule du loup où les attend leur adversaire qui a conçu une bombe pour dévaster la ville afin que la population les accable. Tom se jette sur le Dr. Dread pendant que Mr. Terrific tente de désamorcer l'engin. Mais plusieurs répliques du méchant les submergent.


Heureusement, Plastic Man, Phantom Lady, Rex Mason, Dhalua et Tesla Strong surgissent pour les aider. La bombe est désactivée mais Tom a découvert que même le Dr. Dread n'était qu'un robot. Mr. Terrific croit savoir qui tire les ficelles... Ainsi que Sapphire Stagg qui fait une étonnante découverte dans le labo de son père...

Il est indéniable que la série, malgré son efficacité narrative, a perdu de sa superbe depuis quelques numéros. Jeff Lemire reste un conteur exceptionnel, qui, toujours fidèle à un esprit très "silver age", emballe son récit avec beaucoup de rythme, mais il semble avoir atteint les limites de son concept.

Le plus étonnant d'ailleurs est que ces limites, il se les est lui-même posé. En effet en annulant le lien qui obligeait les Terrifics à rester ensemble, il a brisé leur dynamique de groupe elle-même. Une fois le compte du Dr. Dread réglé (ce qui ne saurait plus tarder compte tenu du cliffhanger de ce numéro), qu'est-ce qui justifiera que les quatre héros restent ensemble ? L'amitié, le goût de l'aventure, la curiosité des explorateurs ? Ce serait déjà pas mal. Mais aussi un peu artificiel.

Car, contrairement aux Fantastic Four dont il avait malicieusement repris la formule, Jeff Lemire ne peut compter sur les attaches familiales et amicales des membres de son équipe pour imposer au lecteur qu'elle est unie indéfectiblement. Rien ne lie Michael Holt à Lyanna ou Plastic Man ou Rex Mason. Et l'échec de Lemire aura été de créer quelque chose qui les rend inséparable au-delà de l'énergie du Dark Multivers, désormais annulée.

En fait, ce que révèle The Terrifics, c'est que Jeff Lemire n'est pas forcément un auteur doué pour animer un groupe de personnages - même dans Black Hammer (sa création), il s'agit d'individus agrégés par une manipulation. On retrouve aussi cette faille dans sa manière d'écrire Tom Strong et sa famille : il n'apporte rien aux personnages de Alan Moore. Il ne les abîme pas non plus (c'est déjà ça, contrairement à ce qui a été fait avec Promethea ou parfois les Watchmen), mais c'est plat, sans valeur ajoutée. Ce sont eux, mais ça pourrait être d'autres qu'on ne verrait guère la différence.

Reste un épisode de plus mais cependant agréable. Les dessins de José Luis sont conformes à ceux qu'il avait produits pour le deuxième épisode (inachevé par Ivan Reis) : son style réaliste classique a parfois des airs de ressemblance avec John Byrne, avec une certaine rondeur. Mais quelquefois aussi, il en fait un peu trop, inutilement (pourquoi Tom Strong arbore-t-il une barbe naissante alors qu'il est impeccablement rasé depuis son apparition ?).

José Luis respecte lui aussi le matériau sans lui donner un cachet particulier, que ce soit le Funnyland, l'Empire Aztech. La meilleure scène est celle avec Swamp Thing, à qui il donne une présence puissante. Et la bagarre finale dans la tour Terrific de Gotham ne manque pas de punch (Lemire pousse l'analogie avec le Dr. Doom des FF jusqu'à faire intervenir des répliques du Dr. Dread).

Le dénouement de cette saga devrait avoir lieu le mois prochain : nous verrons ce qu'il en est, ce qu'il vaut, avec Jon Bodanovic au dessin. Et ensuite, on avisera.

lundi 1 octobre 2018

THE TERRIFICS #8, de Jeff Lemire et Dale Eaglesham


Normalement, ce devrait être le dernier épisode de la série dont je rédige la critique. Je me suis lassé du défilé de dessinateurs sur ce titre, même si leur qualité n'est pas remise en question. Je verrai donc ce que vaut le prochain numéro et si j'en fais le compte-rendu. En attendant, Jeff Lemire et Dale Eaglesham nouent la rencontre entre les Terrifics et Tom Strong.


Les Terrifics et Tom Strong sont prisonniers de la Forêt de l'Eternité mais Phantom Girl, grâce à son intangibilité, réussit à se libérer puis à délivrer ses amis. Mr. Terrific procède, grâce à ses sphères T, à un examen rapide des environs et constate que, en traversant les dimensions, le lien qui unissait les membres du groupe a disparu.


Tom Strong apprend que les Terrifics ont exploré le Dark Multiverse et trouvé son message. Maintenant, ils acceptent de l'aider à retrouver sa femme, Dhalua, et sa fille, Tesla, en visitant les divers passages dimensionnels de la Forêt d'Eternité.


Rex Mason (ex-Metamorpho) et Linnya/Phantom Girl atterrissent ainsi dans l'Empire AzTech de Quetzacoatl-9 où ils sont immédiatement pris à parti par des hommes en armures. Tesla Strong intervient alors pour sauver Rex et convainc Phantom Girl de la suivre pour se mettre à l'abri.
   

Plastic Man et Pneuman (le robot serviteur de Tom Strong) surgissent dans le Funnyland où le Duckster Dread menace de tuer King Salomon (le gorille doué de parole de Tom Strong). Les deux héros parviennent à neutraliser leur adversaire et sauver leur ami avec le concours de Warren Strong, la version animalière de Tom.


Quant à Tom Strong et Mr. Terrific, ils se trouvent dans le marais maudit près de Gotham City. Pourtant, Mr. Terrific ne détecte aucune trace de la présence alentour de Dhalua. Et Swamp Thing les capture, lui et Tom, pour avoir profané cet endroit...

Le plus frustrant (mais, cette fois, dans le mauvais sens du terme) avec une série comme The Terrifics, depuis son commencement, c'est qu'à chaque fois que tout semble fonctionner, le lecteur doit se préparer à voir tout bouleversé. Ainsi, l'association Jeff Lemire-Dale Eaglesham est un régal à lire depuis le mois dernier, mais elle s'achève déjà puisque le prochain numéro verra arriver Viktor Bogdanovic au dessin. Je connais très mal cet artiste, le peu que j'ai vu de son travail ressemble à du Greg Capullo en mode mineur, en tout cas c'est encore un nouveau style graphique (après Reis, Shaner, Benitez, Bennett...).

Jusque-là aussi, The Terrifics allait bon gré mal gré sans se soucier de sa référence, Fantastic Four, mais entre temps la série de Marvel a fait son retour et en deux épisodes parus, Dan Slott et Sara Pichelli ont su prouver que l'original prévalait. Indubitablement, la production DC souffre de la comparaison alors qu'initialement elle avait profité d'une vacance et d'un postulat efficace. Dans ces conditions, la question se pose : faut-il encore lire The Terrifics ?

Et cette interrogation devient légitime au regard d'un rebondissement installé par Jeff Lemire au début de ce huitième épisode quand Mr. Terrific annonce à ses camarades que le lien énergétique qui les obligeait à rester ensemble (sous peine de graves conséquences) n'existe plus. Plus rien, dès lors, n'oblige les quatre héros à demeurer une équipe (sinon pour aider Tom Strong à retrouver sa femme et sa fille et à vaincre le Doctor Dread. Mais après ?).

Alors, soyons juste : ce numéro reste très divertissant, Lemire connaît son métier et il anime l'histoire avec savoir-faire. Ce n'est pas aussi impressionnant que Black Hammer, mais d'une fluidité tout de même épatante. Il ne perd pas son temps pour poser des situations, déterminer les enjeux, établir des plans, et nous laisser sur plusieurs cliffhangers accrocheurs qui, évidemment, donnent envie de lire la suite. Il est très fort.

Et il peut compter sur un dessinateur exceptionnel, qui, à la veille de lancer la nouvelle série Shazam ! (écrite par Geoff Johns, disponible dès Novembre), ne bâcle pas sa copie. Dale Eaglesham produit des pages extrêmement fournies, comme peu d'autres savent en faire : il y a de quoi lire en appréciant tous les détails de chaque vignette. Et cependant ce n'est jamais surchargé, il y a un souci constant de lisibilité.

Eaglesham a un tel talent qu'il s'approprie n'importe quel personnage, décor, immédiatement, et le fait vivre de manière expressive et dynamique. Son goût pour les corps développés (notamment ceux des hommes, taillés comme des culturistes) convient particulièrement bien à Tom Strong (que Chris Sprouse avait imaginé comme un cousin de Doc Savage).

Même si Lemire est très respectueux du personnage de Strong, tel que l'a écrit Alan Moore (au risque de trouver sa version trop convenue - mais, à tout prendre, je préfère encore ça plutôt qu'une utilisation revisitée maladroitement comme le Dr. Manhattan dans Doomsday Clock en démiurge à l'origine du Dc-verse ou Promethea en membre inutile de la Justice League of America), on reste dans le ton d'un récit davantage tourné vers l'aventure que vers le super-héroïsme traditionnel et c'est rafraîchissant.

Vous l'aurez compris, ce n'est pas l'envie qui me manque de continuer la série, mais bien des réserves sur sa direction artistique (Lemire mérite mieux que des dessinateurs différents tous les deux mois). Je verrais donc ce que vaut Bogdanovic et s'il me convient, je parlerai encore des Terrifics dans un mois.

dimanche 26 août 2018

THE TERRIFICS #7, de Jeff Lemire et Dale Eaglesham


C'est probablement le dernier arc narratif des Terrifics que je lis et dont je parlerai. J'apprécie ce titre mais je suis lassé de ce défilé de dessinateurs (et par conséquent de l'incapacité de DC à fournir à la série à lui donner un artiste régulier). Il semble par ailleurs que Jeff Lemire va conclure l'intrigue amorcée depuis le n°1 puisque son groupe de héros rencontre Tom Strong, auquel Dale Eaglesham donne tout le charisme requis.


Millenium City est la cible d'une nouvelle attaque de Paul Saveen, l'ennemi juré de Tom Strong. Ce dernier intervient rapidement pour l'affronter et protéger les civils. Le méchant est neutralisé.


De retour à son quartier général, Tom Strong est reçu par son fidèle robot Pneuman qui l'avertit qu'il n'a pas réussi à joindre sa fille, Tesla. Contrarié, Tom est appelé par sa femme Dhalua qui se trouve sur son île natale, Attabar Teru, en proie à une violente agression. La communication est interrompue et juste après, Pneuman est frappé par un rayon tiré par le Doctor Dread qui assomme aussi Tom.


La Maison de Salomon Stagg. Mr. Terrific examine Rex Mason qui a de nouveau apparence humaine (suite à son affrontement avec Algon - cf. l'épisode précédent). Pourtant, sa nouvelle situation ne règle pas le problème du groupe, dont les membres sont toujours liés par l'énergie du dark multiverse

Alors que Stagg veut les mettre à la porte puisque Metamorpho a perdu ses pouvoirs, Mr. Terrific lui rappelle son implication dans leurs ennuis. L'équipe a de toute façon une nouvelle mission : retrouver Tom Strong dont il avait découvert l'appel à l'aide dans le Dark Multiverse.


Les Terrifics se téléportent sur la Terre parallèle de Strong et entrent dans le repaire du héros à Millenium City. Ils trouvent Pneuman prisonnier de lianes. En les touchant accidentellement, Mr. Terrific provoque une réaction en chaîne. Le groupe disparaît et resurgit dans la Forêt d'Eternité où est retenu Tom Strong !

Dans le premier épisode de la série, Jeff Lemire réunissait donc les quatre membres des Terrifics dans le Dark Multiverse. En rencontrant Phantom Girl, ils trouvaient un vaisseau abandonné où Tom Strong avait laissé un message vidéo où il confiait à ceux qui le découvriraient que le sort de l'univers tout entier était entre leurs mains puisqu'il serait, lui, probablement mort en ayant voulu le sauver.

On a surtout retenu des Terrifics le fait que Jeff Lemire (et DC) en avait fait une sorte d'avatar des Fantastic Four - et ce n'est pas faux. Mais en convoquant dès le départ Tom Strong dans l'intrigue, c'était une des créations d'Alan Moore qui allait alimenter la série. Steve Orlando s'était emparé brièvement (et sans inspiration) de Promethea dans Justice League of America et Geoff Johns emploie actuellement certains Watchmen dans la maxi-série Doomsday Clock (pour, semble-t-il, expliquer que le DCU a été créé par le Dr. Manhattan).

Lorsqu'on sait que Moore déteste qu'on reprenne ses personnages originaux, qu'il a écrits hors de la continuité de DC - Tom Strong ayant été imaginé au sein du label America's Best Comics où DC lui avait promis toute liberté (avant de se raviser) - , on était curieux de ce que Lemire allait faire avec le champion de Millenium City. Le canadien est d'habitude très habile pour revisiter les héros des autres (comme en témoignent les versions de personnages de Black Hammer et ses spin-off).

Après quelques détours, plus ou moins ingénieux, Lemire confronte enfin les Terrifics à Tom Strong dans ce nouvel arc. Il faut tout de même attendre la dernière page de l'épisode pour assister à leur réunion, alors qu'ils sont dans une position périlleuse. Mais le scénariste s'empare avec talent de la créature de Moore, en respectant son cadre, son ton (Tom Strong est la plus accessible et sympathique des BD de Moore).

Pour illustrer cette histoire, la série accueille un nouvel artiste, pour deux épisodes. Dale Eaglesham est une recrue de choix : son style très expressif, ses images d'une richesse insensée, donne un lustre certain à l'affaire. Lorsqu'il dessine Tom Strong, il lui conserve son impressionnant gabarit et son décorum Art Nouveau si distinctif, tels que les a établis Chris Sprouse.

Depuis plusieurs années maintenant (en fait depuis son passage chez Marvel où il a dessiné... Fantastic Four - ça ne s'invente pas ! - lorsque Hickman l'écrivait), Eaglesham se passe d'encreur et appuie ses crayonnés de telle manière que le trait est suffisamment net pour supporter la colorisation. En conséquence, son rythme de travail, qui n'était déjà pas rapide quand il épuisait des encreurs, ne s'est pas amélioré et, donc, il ne réalisera que deux épisodes avant de se retirer (et d'enchaîner avec la relance de Shazam ! écrite par Geoff Johns à partir de Novembre prochain).

Tout cela est au diapason de The Terrifics, titre tutoyant les sommets en termes de plaisir de lecture quand Jeff Lemire dispose d'un artiste à la hauteur mais aussi susceptible de sombrer dans le quelconque quand il est accompagné par de simples techniciens. C'est pour cela, qu'après cette aventure, j'arrêterai les frais : DC a gâché ce beau projet en ne respectant ni son auteur ni ses lecteurs. Cette série méritait mieux qu'une publication aussi désinvolte et inégale. 

vendredi 27 juillet 2018

THE TERRIFICS #6, de Jeff Lemire et Joe Bennett


Suite et fin de l'arc narratif entamé le mois dernier, le sixième épisode des Terrifics subit un nouveau changement d'artiste (le quatrième déjà !) et il faut donc tout le talent de Jeff Lemire pour faire passer la pilule. Néanmoins, c'est moins pire, visuellement, que je ne le craignais et la conclusion de ce récit est efficace, avec la porte ouverte à la prochaine rencontre entre les héros et Tom Strong.


En ayant voulu porter secours à leur ami Metamorpho attaqué par Algon, les trois autres membres des Terrifics aboutissent chacun dans une région différente du Royaume des Eléments où les attendent des épreuves appropriées à leur personnalité et leur pouvoir.


Mr Terrific est confronté au fantôme de Paula, sa femme morte. Plastic Man affronte des géants de pierre. Phantom Girl se bat contre des soldats de fumée capables de la blesser. Metamorpho comprend que Algon veut utiliser l'Orbe de Ra, qui leur a donnés les mêmes pouvoirs, pour quitter cette dimension et recouvrer apparence humaine.


Plastic Man réussit à rejoindre Mr Terrific et Phantom Girl à aider Metamorpho. L'équipe réunie a raison de leur ennemi à qui ils reprennent l'Orbe et ils s'échappent par le portail dimensionnel encore ouvert.


Algon ne veut pas en rester là et s'accroche à Plastic Man mais Metamorpho indique à Mr Terrific de diriger l'Orbe en direction du soleil (puisque Ra est le dieu du soleil) afin de repousser leur adversaire mais aussi de rendre leur aspect normal aux victimes civiles.


La manoeuvre réussit si bien que Rex Mason redevient un homme normal. Mais l'heure n'est pas encore aux réjouissances car le véritable instigateur des mésaventures des Terrifics se dévoile : le Dr. Dread les a téléportés sur la Terre de Tom Strong qu'il compte tuer avant qu'il ne réponde à leurs questions !

Puisque The Terrifics a été écrit depuis le début par Jeff Lemire comme sa version des Fantastic Four (à la manière des réinterprétations qu'il compose dans Black Hammer), on pouvait s'étonner qu'il n'ait pas encore introduit l'équivalent du Dr. Doom pour ses héros. C'est désormais chose faîte !

Avant cela, on assiste au combat du quatuor contre le Royaume des Eléments dans lequel les a entraînés Algon et le scénariste en profite pour adapter les dangers de cette dimension aux pouvoirs de ses héros. L'action bat son plein sur un rythme toujours aussi soutenu, renforcé par un découpage si précis et semblable au précédent épisode qu'on ne peut que l'attribuer à la précision du script de Lemire - et non à une idée du dessinateur.

En effet, le découpage, ingénieux et simple, voit les pages se succéder avec quatre cases, puis deux, puis une seule (donc une pleine page) - lorsque les Terrifics se retrouvent au complet. Cet effet donne l'impression d'un crescendo en même temps qu'il correspond à la réunion de l'équipe. C'est si élémentaire et judicieux qu'on s'en rend à peine compte tout en ayant le sentiment que quelque chose s'est produit au fur et à mesure. Comme quoi, rien ne sert de compliquer la mise en page pour combler le lecteur : un bon dispositif est toujours évident quand il est bien employé.

Puis, une fois le danger circonscrit, la bande évolue dans un découpage privilégiant les plans horizontaux, juste à temps pour l'arrivée théâtrale du Dr. Dread qui ressemble à s'y méprendre à Fatalis dans son armure mais aussi par son expression grandiloquente. Lemire nous a conduit exactement là où il l'avait promis dès le premier épisode : sur la Terre de Tom Strong, qui avait, souvenez-vous, annoncé aux Terrifics qu'ils seraient les seuls à sauver le Multivers s'il mourrait. Or, Dread veut justement l'assassiner ! La boucle est (presque) bouclée. Magistral !

Quel dommage quand même que Evan Shaner n'ait pu dessiner la fin de cet arc... C'est donc au mercenaire Joe Bennett de le remplacer (alors qu'il illustre en parallèle The Immortal Hulk pour Marvel). Il n'a pas l'élégance de son prédécesseur, mais, comme je le disais en ouverture, je m'attendais à pire. Tout compte fait, il ne s'en sort pas si mal.

Ce qui gâche cet effort méritoire, c'est l'encrage de Sandra Hope : si son style valorise des graphistes assez lisses comme Tony Daniel en leur donnant un côté plus rugueux, ici elle ajoute quantité de petits traits inutiles sur le crayonné de Bennett avec l'objectif manifeste de souligner les volumes. Mais l'effet est assez laid, chargeant le dessin inutilement là où la couleur aurait largement suffi à produire des textures équivalentes.

Heureusement, à partir du mois prochain, Dale Eaglesham prendra la relève en plus de signer, comme pour ce numéro, les couvertures. Ce ne sera que provisoire (l'artiste va en effet réaliser la future série Shazam ! de Geoff Johns) mais c'est déjà ça.

Le vrai match sera ailleurs de toute façon puisqu'en Août revient Fantastic Four chez Marvel (par Dan Slott et Sara Pichelli) : on verra alors qui de l'original ou de sa "copie" séduira le plus.... 

dimanche 1 juillet 2018

THE TERRIFICS #5, de Jeff Lemire et Evan Shaner


Avec ce cinquième épisode des Terrifics, Jeff Lemire ouvre un nouvel arc narratif, signifiant ainsi qu'il exploite ses personnages comme un groupe constitué. Il est bien dommage qu'Evan Shaner signe son dernier épisode (même si l'artiste a laissé entendre qu'il pourrait revenir sur la série dans quelques mois) alors même que le récit prend son envol...


De retour à la demeure de Stagg après leur voyage sur BGZTL, chacun des Terrifics vaque à ses occupations : Mr. Terrific procède à ses examens sur Phantom Girl pour qu'elle recouvre sa forme tangible sans qu'elle ne ne fasse exploser ce qu'elle touche, Metamorpho annonce à Sapphire Stagg qu'il va la quitter car il ne veut plus être manipulé par son beau-père, et Plastic Man téléphone à sa femme qu'il n'a pas vu depuis cinq ans pour prendre des nouvelles de leur fils.
   

La tension règne donc mais bientôt une alerte prévient le groupe d'une menace à Belmont dans le Michigan, attaquée par un étrange phénomène qui transforme ses habitants en ersatz de Metamorpho. Ce dernier n'y comprend rien.


Le quatuor se rend sur place. Metamopho tente d'endiguer la contamination. Plastic Man évacue les civils. Phantom Girl se tient à l'écart. Mr. Terrific essaie de localiser la source du problème et pense à une manifestation magique.


C'est alors que Metamorpho est littéralement fracassé par Algon, l'Homme Elemental, libre après un millénaire de détention. Il créé un portail dimensionnel dans lequel il jette Metamorpho puis dans lequel se jettent ses amis pour le sauver.
  

Mais chacun atterrit dans une dimension parallèle distincte, tandis que Metamorpho, lui, est en compagnie d'Algon qui possède désormais l'Orbe de Ra à l'origine de leurs pouvoirs !

Pour certains observateurs, considérant les chiffres de vente des séries de la collection "The New Age of Heroes", il ne serait guère étonnant qu'elles ne passent pas l'année, et quelques-uns de leurs personnages seraient reversés dans de nouveaux titres (comme le retour tant attendu de Justice Society of America) ou remisés, voire supprimés (c'est d'ailleurs plus ou moins explicite avec ceux de The Unexpected)

Serait-ce si injuste et injustifié ? Sans doute pas quand on juge la faiblesse éditoriale de DC Comics pour construire cette ligne, bâtie d'abord sur la renommée de ses artistes qui, quasiment tous, n'ont pas été fichu d'aligner trois épisodes d'affilée - ce qui n'est pas idéal pour fidéliser des lecteurs.

Mais ce qui subsistera, si ces funestes oracles ont raison, c'est un sentiment de gâchis car The Terrifics, depuis le mois dernier en particulier, montre ce qu'aurait pu être cette série en particulier et la collection à laquelle elle appartient en général.

Jeff Lemire met beaucoup de conviction et d'énergie dans son écriture, on le sent vraiment attaché aux personnages, soucieux de proposer un divertissement de qualité, et ce cinquième épisode confirme ses bonnes intentions : maintenant que l'équipe des Terrifics est vraiment formée, son aventure contre Algon promet beaucoup, et ravive un esprit rétro, digne des comics des 60's, jubilatoire.

Evan Shaner colle si bien au style de son scénariste qu'il a même adapté son découpage en s'inspirant de celui en vogue il y a plus de 50 ans, privilégiant dans les premières pages des "gaufriers" de quatre cases façon Kirby, puis alignant de superbes pleines pages, généreuses et composées pour informer synthétiquement le lecteur de ce qui se passe.

Le trait de l'artiste, fin, élégant, expressif, est un régal, et la colorisation de Nathan Fairbain ne gâche pas la vue, avec des teintes douces et vives. Il s'en dégage une impression de bonne humeur, d'entrain, irrésistible. On peut douter, sans sévérité excessive mais avec la prudence requise, que Joe Bennett, le mois prochain, rivalise avec cette production (heureusement, en Août, c'est Dale Eaglesham qui prendra le relais).

Mais la réussite de l'ouvrage n'empêche jamais de penser à sa précarité : depuis son lancement, The Terrifics ressemble plus à une pépite prometteuse mais fragile, éditée n'import comment, que comme le joyau de la couronne qu'il pouvait ambitionner d'être. Cette relecture décalée des Fantastic Four recelait un potentiel bien entamé et a subi un traitement indigne de son grand scénariste.

Sa fin sera regrettable mais paraît programmée et presque souhaitable car aucune série ne mérite ça. En bon supporter, je soutiendrai ce titre autant que possible, mais sans illusion sur son avenir à long terme (Mr. Terrific ici, Hawkman de retour, Jay Garrick entraperçu dans Flash, Dr. Fate à l'affiche de No Justice et bientôt de Justice League Dark : en attendant ses autres vénérables membres iconiques, tout ça ressemble fort à une réunion de la JSA).    

samedi 26 mai 2018

THE TERRIFICS #4, de Jeff Lemire et Evan Shaner (+ BONUS)


Après un premier arc gâché par la mauvaise gestion éditoriale de la ligne "The New Age of Heroes", résumé par l'incapacité d'Ivan Reis à assurer ses trois épisodes, et particulièrement la médiocrité du dernier, The Terrifics avait beaucoup à se faire pardonner. Si l'avenir proche nous dira si ce titre peut durablement se redresser, ce quatrième chapitre concrétise en tout cas un spectaculaire sursaut de la part de Jeff Lemire, cette fois soutenu par Evan Shaner.


Comme il le lui avait promis, Mr. Terrific, après avoir contacté Hal Jordan pour prévenir ses parents de son arrivée, emmène, avec Metamorpho et Plastic Man, Phantom Girl sur sa planète natale, BGZTL. La jeune femme consigne son voyage dans un journal.


Après avoir traversé une partie de l'univers en hyper-propulsion, le vaisseau sphérique de l'équipe est intercepté par un rayon tracteur qui l'oblige à atterrir sur une décharge spatiale. Très rapidement, les quatre acolytes sont séparés en deux groupes. 


D'un côté, Mr. Terrific (privé de ses T-sphères) et Metamorpho : celui-ci demande si, une fois rentré sur Terre, son chef pourrait chercher un moyen de lui rendre son apparence humaine. Mais très vite, cette conversation est interrompue car ils tombent nez à nez avec des collecteurs pirates.


De l'autre, Plastic Man et Phantom Girl : elle culpabilise d'avoir entraîné l'équipe dans ce lieu inhospitalier mais son camarade la réconforte. Puis voyant passer les T-sphères de Mr. Terrific, ils les suivent. C'est ainsi qu'ils viennent en aide à Metamorpho et leur chef aux prises avec les pirates.
  

Cette péripétie a soudé l'équipe mais, à l'approche de BGZTL, Phantom Girl est anxieuse et elle va rapidement avoir des raisons de l'être : son séjour dans le Dark Multiverse a duré dix ans mais sur sa planète, trente-sept années se sont écoulées. Sa mère lui apprend que son père est mort mais la console en lui promettant que plus rien désormais ne les séparera.

Tout d'abord, le plaisir qu'on a à lire cet épisode provient des dessins, magnifiques, de Evan Shaner, qui devait ronger son frein depuis le lancement de la série car il s'y est investi particulièrement. Les uniformes que portent désormais tous les Terrifics (ainsi que Plastic Man baptise l'équipe) sont des designs de Shaner, par ailleurs grand fan de Plastic Man et Metamorpho en particulier. Il a aussi créé l'apparence de Lyanna alias Phantom Girl de manière à la distinguer de son homonyme dans la Légion des Super-Héros (dont DC préparerait le retour, comme la JSA).

Mais cela traduit aussi la mauvaise gestion éditoriale du titre (et de presque tous ceux de la collection "New age of heroes") qui voulait mettre en avant des dessinateurs vedettes tout en prévenant qu'il ne ferait pas plus que les trois premiers épisodes. Hormis l'inusable Romita Jr (sur The Silencer) et le médiocre Kenneth Rocafort (sur Sideways), aucun n'a été en mesure de tenir cette promesse. La question se pose alors : n'aurait-il pas été plus sage et logique de lancer ces séries avec des artistes capables de tenir les délais quitte à ce qu'ils ne soient pas des stars ?

Il faut savourer les épisodes de Shaner car il n'en fera finalement que deux, DC l'ayant réquisitionné pour un épisode de la mini-série hebdomadaire Man of Steel (écrite par Brian Michael Bendis - où il sera secondé par Steve Rude) et lui confiant les couvertures de rééditions de titres du "Silver Age". Le dessinateur, pourtant capable d'enchaîner les chapitres, mais ne pouvant pas être au four et au moulin, passera le relais à Dale Eaglesham (que j'apprécie, mais il n'empêche, quel défilé horripilant !).

Pourtant quand on lit ces vingt pages, Shaner s'impose comme une évidence : son style élégant, son affection visible des personnages, le soin apporté aux finitions, associés à la colorisation quatre étoiles de Nathan Fairbairn donne à The Terrifics un look à la fois rétro et tonique, collant idéalement au sujet.

Et ce sujet, Jeff Lemire le reprend vigoureusement en mains après s'être fourvoyé le mois dernier dans un épisode inhabituellement médiocre de sa part. D'abord il consacre ses efforts à la caractérisation du personnage le moins défini du groupe, Phantom Girl, en lui donnant directement la parole puisque l'aventure est relatée via son journal intime. On s'attache vraiment à la benjamine de l'équipe, longtemps éloignée de chez elle, en délicatesse avec ses pouvoirs, et soucieuse à l'idée de rentrer à la maison (tout en sachant qu'elle ne pourra y rester).

Ensuite, le scénariste, au gré des rebondissements qui émaillent le voyage des quatre héros, en profite pour "changer de cavalière", redistribuer les rôles. Vite séparés, les protagonistes sont obligés de s'appuyer sur un acolyte avec lequel il n'avait pas eu le temps de faire connaissance jusqu'à présent. Plastic Man fait moins le mariole et c'est reposant, pour se montrer attentionné et touchant avec Phantom Girl. Metamorpho est moins grognon et débute même une relation amicale avec Mr. Terrific très inspirée par celle qui existe entre la Chose et Mr. Fantastic (avec l'envie de recouvrer un aspect normal). Cette reconfiguration est d'autant plus efficace que Lemire la met en scène sans négliger l'action au cours de deux scènes très mouvementées.

Enfin, le dénouement de l'épisode est carrément une auto-citation de Lemire à son Doctor Star... quand Phantom Girl comprend grâce à Mr. Terrific, une fois chez elle, que le temps qu'elle a passé dans le Dark Multiverse ne s'est pas écoulée normalement par rapport à celui de BGZTL, aboutissant à des conséquences poignantes... Et à une promesse de sa mère que le lecteur (et le reste de l'équipe) sait intenable.

La série rebondit donc à point et on en sort ragaillardi, mais aussi déjà un brin nostalgique car le duo magique formé par Lemire et Shaner sera vite dissous. En définitive, l'avenir de la relation entre les fans et ce titre est à l'image de sa conception : alléchant et incertain. On verra s'il s'agit d'une glorieuse incertitude ou d'un fâcheux fiasco.

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Bonus : les characters designs d'Evan Shaner pour The Terrifics.