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samedi 19 mars 2022

EXCALIBUR BY TINI HOWARD VOL. 4 TP


Ce quatrième et dernier Trade Paperback de Excalibur by Tini Howard collecte les épisodes 22 à 26 de la série, tous dessinés par Marcus To. Ils se situent après le crossover Hellfire Gala, durant la période du Reign of X. C'est la fin du titre avant sa suite, Knights of X, qui débutera le 20 Avril prochain.


A la suite de l'élection organisée lors du Gala du Club des Damnés, Malicia quitte Excalibur pour intégrer l'équipe des X-Men. Betsy Braddock en sa qualité de Captain Britain assiste ensuite au défi lancé par Merlin à Saturnyne lors d'une assemblée des royaumes de l'Outremonde où le magicien accuse la Majestrix de mauvaise gouvernance en ayant toléré que des mutants prennent possesion d'Avalon. Pete Wisdom est assassiné par le couvent Akkaba et ressucité sur Krakoa, sans possibilité de rentrer en Angleterre, qui a coupé les ponts avec les mutants. Excalibur veut savoir ce que manigance Merlin contre Saturnyne mais il les surprend et les force à fuir sans qu'ils aient pu découvrir son atout : le roi Arthur sous son emprise.


Le Dr. Fatalis se présente sur l'île de Braddock détaché de la Grande-Bretagne par Rictor et réclame le droit d'aller dans l'Outremonde via le phare. Betsy accepte à condition de l'escorter avec Excalibur (formée désormais de Gambit, Rictor, Meggan et Jubilé). Fatalis acquiert ce qui reste du château de Morgane la fée auprès de Jim Jaspers dans le royaume de Fourbe-foire tandis que la présence des mutants est détectée par les Furies de la Forge Eternelle qui les pourchassent en les accusant d'être à la solde de Mordred, le fils maudit du roi Arthur. Betsy comprend que les Furies sont désormais au service de Merlin.


Betsy et les membres d'Excalibur (joints par Shatterstar, l'amant de Rictor) entreprennent ensuite de sonder les divers dirigeants des royaumes de l'Outremonde pour déterminer qui est du côté de Merlin dans sa campagne contre les mutants. Il est clair que le magicien cherche à détrôner Jamie Braddock/Monarch d'Avalon pour y replacer Arthur sous son emprise. Cela se vérifie quand il se présente devant Saturnyne, précédent le roi Arthur, dont les armées font le siège de la Citadelle de la Majestrix. Mais Merlin convoîte plus : il veut récupérer la place de Saturnyne dont elle l'avait jadis chassé.


L'armée d'Arthur lance l'assaut contre la Citadelle. Excalibur évacue Saturnyne inconsciente. Betsy affronte le roi Arthur et comprend qu'il est sous l'emprise magique de Merlin. Elle rejoint son équipe qui court se réfugier à Avalon autour duquel Jamie Braddock et Shogo érigent une muraille pour ralentir l'armée arthurienne. Mais Merlin se déchaîne et envoie Betsy et Saturnyne dans un puits interdimensionnel. Lorsqu'elles reviennent à elles, Saturnyne consent à expliquer comment elle a jadis détrôné Merlin.
 

Retranchée dans le château de Jamie Braddock, l'équipe d'Excalibur, rejointe par Bei Lune Rouge (la femme Arakki de Cypher) voit resurgir Betsy et Saturnyne qui raconte dans quelles circonstances, à la suite de la dernière crise multiverselle, elle a renversé Merlin, causant aussi un schisme entre le père et sa fille, Roma. Malgré la présence du Corps des Captain Britain, les mutants comprennent qu'ils ne feront pas le poids longtemps face à l'adversaire dehors - d'autant qu'au même moment dans notre dimension, le couvent Akkaba, qui a délivré Morgane la fée de la geôle où la retenait Jamie Braddock, s'apprête à lancer un sort pour détruire le phare de Braddock. Betsy téléporte in extremis tous ses mais sur l'île Braddock. Mais elle repart aussitôt combattre aux côtés du Corps des Captain Britain dans l'Outremonde pour le salut d'Avalon...

Quel finish ! Ce dernier arc de la série Excalibur est un régal de bout en bout, le sommet du run de Tini Howard, qui, après avoir minutieusement semé ses graines, peut laisser éclater une énorme crise. Pourtant, la scénariste a dû encore une fois composer avec un crossover qui a impacté directement son titre.

En effet, ce dernier volume débute juste après le Hellfire Gala où on a assisté à l'élection de la première équipe officielle de X-Men de l'âge de Krakoa. Parmi les membres désignés par la communauté mutante, Malicia doit donc quitter Excalibur. Pourtant son personnage avait été un élément moteur du précédent tome, pour récupérer Betsy Braddock, et par ailleurs, elle était aux côtés de Gambit, son mari.

Pourtant, Tini Howard ne semble pas dérangée outre mesure par cette perte. Elle s'adapte avec une facilité déconcertante, portée par l'histoire qu'elle a en tête. Et quelle histoire ! Il s'agit ni plus ni moins que du récit d'un putsch dans l'Outremonde.

Pour cela, la scénariste réveille le thème familier de la persécution. Mais en situant son intrigue dans l'Outremonde, elle en modifie la perspective. Merlin mène campagne contre le royaume d'Avalon sur le trône duquel se trouve désormais Jamie Braddock/Monarch, qu'il juge illégitime. Et il accuse Saturnyne de tolérer cette imposture, de la cautionner. Ce que tout le monde ignore, c'est : 1/ que Merlin détient le roi Arthur dans son château et sous emprise magique ; et 2/ qu'il convoîte en vérité bien plus qu'Avalon. Avalon n'est qu'un prétexte.

Alors que Tini Howard semble être lancée sur cette voie toute tracée, elle invite dans la partie le Dr. Fatalis pour un épisode un peu déroutant (une habitude chez elle). Le maître de la Latvérie, qui a toujours été versé dans les arts occultes, veut récupérer ce qui reste du château de Morgane la fée (avec laquelle il a souvent eu maille à partir) et obtient d'être escorté par Excalibur dans l'Outremonde. Si on ignore encore ce que Tini Howard fera de l'acquisition de Fatalis (car j'ai du mal à croire qu'elle a utilisé ce personnage juste comme une guest-star et je parie donc qu'on le reverra dans Knights of X), ce périple dans l'Outremonde va révèler à l'équipe qu'une crise d'ampleur couve.

Constatant le comportement inattendu des Furies de la Forge Eternelle (ennemies de longue date de Captain Britain, et que les X-Men ont aussi parfois affrontées), Betsy et ses acolytes (auxquels Shatterstar puis Bei Lune Rouge viendront se joindre dans cet arc) vont mener une enquête pour identifier les soutiens de Merlin. La guerre se prépare. Elle éclate peu après lors d'une nouvelle provocation et la réapparition d'Arthur, pour culminer dans une sorte de Rio Bravo dans l'Outremonde, au coeur d'Avalon, avec à la clé l'histoire de la destitution de Merlin par Saturnyne.

Tini Howard fait référence à Secret Wars, l'event de Jonathan Hickman, aux Incursions dans le Multivers, mais ça passe bien, même si on n'est pas à jour. La scénariste emballe tout ça dans un flashback très tonique et épique, qui occupe à peine un tiers du dernier épisode ! Au final, tout converge dans un siège spectaculaire et un sacrifice chevaleresque, qui forment un cliffhanger très accrocheur et une rampe de lancement idéal pour Knights of X. Le renvoi à la geste arthurienne, à la légende de la Table Ronde, à la quête d'un Graal (mutant cette fois), tout est là, prêt à être développé, et très alléchant pour qui aime ce genre d'épopée.

La conduite du récit est magistrale, c'est l'arc le plus abouti, le plus intense qu'ait écrit Howard. Et elle a pu compter jusqu'au bout sur Marcus To pour le dessiner. La complicité entre les deux auteurs est alors totale, l'artiste (qui quitte la série à cette occasion) donne tout ce qu'il a pour soigner sa sortie. Le lecteur regrettera son style élégant, généreux - Bob Quinn, son successeur, aura un sacré défi à relever sur Knights of X pour être aussi régulier et complet.

A chaque épisode, Marcus To gratifie le lecteur d'au moins une splash-page superbe, parfois avec une figuration importante. Mais surtout ce qui épate, c'est son aisance à représenter la diversité impressionnante de décors : on passe en effet beaucoup de temps dans l'Outremonde, et pas seulement dans le royaume d'Avalon. Un épisode entier se déroule dans les rues mal famées de Fourbe-foire, où on croise les Furies d'Infuri. On passe une tête dans le territoire de Sevalith (des vampires), ou dans la République des Fées (chez Merlin), et bien sûr dans la Citadelle de la Majestrix Saturnyne. Le siège de l'armée arthurienne est particulièrement bluffant car To dessine vraiment des campements de soldats, des catapultes, à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur le Corps des Captain Britain et les Prêtresses de Saturnyne se tiennent prêts pour l'assaut.

Erick Arcienega abat lui aussi un boulot tout à fait remarquable, sa colorisation est magnifique, respectant parfaitement le trait de To et soulignant des ambiances variées. Bien entendu, la dernière partie de l'arc, avec les combats, les dommages infligés à la Citadelle retiennent le plus l'attention, mais avant cela, le traitement chromatique de Fourbe-foire, présenté comme un lieu plutôt charmant alors que c'est en réalité un coupe-gorge sur lequel Jim Jaspers a un contrôle total, ou l'intermède durant lequel Saturnyne et Betsy sont séparées par Merlin d'Excalibur pour atterrir dans un endroit paradisiaque prouvent à quel point Arcienega est un coloriste exceptionnel.

Ainsi donc s'achève Excalibur version Krakoa. J'avais bêtement snobé ce titre, lui en préférant d'autres à son départ - et j'ai eu bien tort. La preview mise en ligne récemment de Knights of X #1 m'a fait bonne impression (même si je déplore que Marcus To ne soit plus de l'aventure), et je suis curieux de suivre la nouvelle saga qu'écrira Tini Howard (que je trouve bien plus convaincante dans ce registre que dans celui de Catwoman actuellement). En tout cas, si vous voulez investir dans Knights of X, vous devrez, comme moi, lire Excalibur pour ne pas être largués. Mais ce sera une séance de rattrapage bien agréable, je vous le garantis.

vendredi 18 mars 2022

EXCALIBUR BY TINI HOWARD VOL. 3 TP


Ce troisième Trade Paperback d'Excalibur by Tini Howard collecte les épisodes 16 à 21 de la série, qui se situent donc après le crossover X of Swords (ayant impliqué les épisodes 13 à 15, disponsible dans le TP correspondant en v.o. ou dans les quatre numéros de la revue vf du même titre). Le n°21 correspond à l'épisode faisant parti du crossover Hellfire Gala et je ne le critiquerai donc pas puisque je l'ai déjà fait lors de sa parution en v.o.. Tous les épisodes de ce recueil sont signés Marcus To.


Au lendeman du tournoi dans l'Outremonde contre les bretteurs d'Arakko, l'équipe d'Excalibur est sans dessus-dessous : Apocalypse est parti et surtout Betsy Braddock est morte dans son duel contre Isca l'imbattable. Pourtant X-Factor ne peut confirmer le décès de Captain Britain faute de corps. Malicia entraîne Gambit, Rictor et Jubilé dans le royaume d'Avalon pour enquêter. Meggan, la femme de Brian Braddock/Captain Avalon, accepte de les aider tandis que Jamie Braddock/Monarch a une idée derrière la tête. Meggan invoque le Corps des Captain Britain qui va interroger Saturnyne.


Betsy n'est effectivement pas morte mais a atterri dans une dimension parallèle où elle est... La reine d'Angleterre et l'épouse d'Angel (Warren Worthington III). Elle pense que pour réintégrer Krakoa elle doit gagner le phare de Braddock, qui sert de passage multiversel. Angel la confie à Kwannon/Psylocke pour la protéger dans ce périple. Cependant, dans notre réalité, le couvent d'Akkaba profite de l'absence de Captain Britain pour tenter de détruire le phare de Braddock que tente de protéger l'équipe d'Excalibur.


Betsy resurgit au milieu de cette bataille, ce qui y met un terme provisoire. Toutefois, dans les heures qui suivent, entourée de ses amis et de ses frères, son comportement trouble tout le monde, elle reste silencieuse et distante. La nuit venue, elle emprunte le portail qui mène à Krakoa. Tandis que Gambit va interroger Jamie qui lui révèle avoir demandé à Mr. Sinister de produire un clone de Betsy, Rictor et Malicia suivent la trace de leur amie qui leur tend une embuscade. Mais Psylocke la neutralise en affirmant qu'il ne s'agit pas de leur Betsy.


Cependant, le conseil de Krakoa se réunit pour réfléchir à la situation tendue avec l'Angleterre qui ne veut plus reconnaître leur nation et s'en prend aux mutants. Toutefois, rien n'est décidé tant que Betsy n'est pas en mesure de parler pour le Royaume-Uni. Psylocke se lance à la recherche de l'esprit de Betsy dans l'Outremonde et réussit à le lui rendre. Lorsqu'elle revient à elle, Betsy vomit un pendentif qu'elle et ses amis reconnaissent tout de suite...


Il s'agit de celui d'Alice McAllister alias Malice, une mutante qui, après s'être suicidée, possède les corps d'autres individus pour commettre ses méfaits. Elle tente ainsi de s'en prendre à Emma Frost mais grâce à Betsy et Psylocke elle est appréhendée. Les Cinq ressucitent Alice et Charles Xavier lui donne une chance de se repentir.

A la lecture de ce troisième tome d'Excalibur, on mesure avec le recul que la série a sans doute été la plus impactée par les événéments qui se sont déroulés durant le crossover X of Swords au cours duquel les mutants de Krakoa et ceux d'Arakko se sont affrontés lors d'un tournoi organisé par Saturnyne dans l'Outremonde pour désigner lequel des deux peuples aurait l'ascendant sur la race mutante.

En effet, Apocalypse, au terme du tournoi, décida de retourner dans le royaume d'Amenth avec sa femme Genesis et ses enfants, mais surtout Betsy Braddock mourut lors du premier duel contre Isca l'imbattable, littéralement brisée en mille morceaux.

Logiquement donc, quand la série reprend, Tini Howard consacre un épisode entier à examiner les conséquences de ces deux pertes pour Excalibur. Rictor, que Apocalypse avait pris sous aîle comme un père de subsitution, est inconsolable. Quant à Malicia elle ne décolère pas car X-Factor, l'équipe chargée d'enquêter pour confirmer les décès des mutants, refuse de certifier la disparition de Betsy faute de corps. Le conseil de Krakoa, quant à lui, refuse catégoriquement à ses citoyens de s'aventurer dans l'Outremonde car on sait désormais que ceux qui y meurent le restent (les Cinq peuvent les ressuciter mais sans réussir à leur redonner une enveloppe physique parfaite et leur esprit est également très altéré).

Le coeur de la série se trouve donc déplacé. Exit Apocalypse. Exit Captain Britain. C'est Malicia qui va devenir l'élément moteur du groupe dans cet arc car elle ne résoud pas à l'idée que Betsy ne puisse être perdue définitivement. Les deux mutantes se connaissent de longue date et leur amitié s'est forgée durant la période australienne des X-Men. Rachel Summers soutient Malicia.

Malheureusement, Tini Howard n'associe pas à Malicia et Rachel d'autres mutants très proches historiquement de Betsy Braddock, comme Tornade, Wolverine, Havok, Colossus, Diablo, ou même Kitty Pryde, sans doute à cause d'interférences éditoriales (Kitty et Tornade font encore partie des Marauders, Wolverine est accaparé par ses aventures solo et avec X-Force, Havok est membre des Hellions, Diablo siège au conseil de Krakoa, Colossus est on ne sait où). C'est dommage. Mais la scénariste ne manque pas de ressources et va rebondir avec beaucoup d'adresse.

D'abord parce qu'elle a la main sur la famille Braddock, Brian et Jamie, mais aussi parce qu'on lui laisse l'usage de Kwannon/Psylocke (elle aussi membre des Hellions). Or le corps de cette dernière a pendant longtemps été l'hôte de l'esprit de Betsy et depuis le début de Dawn of X, la relation Betsy/Kwannon n'a pas été exploitée, tout au plus a-t-on vu les deux femmes s'éviter poliment au début de la série Excalibur.

Si Brian demeure très discret dans les recherches pour récupérer Betsy, Jamie est plus actif et son plan manque encore une fois de tout faire dégénérer (comme c'est souvent le cas avec lui et quand Mr. Sinister s'en mêle). En fait, Tini Howard nous entraîne sur une fausse piste car si Excalibur ne sait trop comment retrouver Betsy (compte tenu de sa mort étrange, des restrictions du conseil, du refus de Saturnyne de les aider - malgré la pression du Corps des Captain Britain contre la Majestrix), Betsy en revanche se réveille dans une dimension où elle n'a pas envie de s'attarder (où elle est la reine d'Angleterre et a comme garde du corps une Psylocke d'une Terre parallèle).

Le corps de Betsy revenu, un nouveau problème se pose car le comportement de celle-ci déroute. Elle est en fait possédée par Malice et devra son salut à... Kwannon/Psylocke dans un jeu des esprits très spectaculaire. Tini Howard s'amuse beaucoup et nous avec elle dans cette partie où l'ennemi est quasiment insaisissable et où la seule à pouvoir faire basculer la situation est justement la mutante la moins amie de Betsy. C'est savoureux.

En parallèle, Howard n'oublie pas de traiter, en pointillés, les tensions grandissantes entre l'Angleterre et Krakoa. Le couvent Akkaba tente de profiter de l'absence de Captain Britain pour précipiter la destruction du phare de Braddock (après avoir détruit le portail entre Krakoa et le Royaume-Uni). Le conseil de Krakoa est prêt à renoncer au phare, pourtant un passage stratégique pour accéder à Avalon et donc à l'Outremonde. C'est tendu, mais l'intrigue autour de Betsy est déjà tellement dense que Howard peine à trouver encore de la place pour la partie plus politique de sa série - c'est que la scénariste a beaucoup à dire, peut-être trop. Mais on ne saurait vraiment le lui reprocher quand, par ailleurs, dans d'autres séries, la matière n'était pas aussi consistante.

La partie graphique en revanche ne souffre pas de débat. Marcus To a eu le temps de souffler durant X of Swords puisqu'il a transmis le flambeau à R.B. Silva, Phil Noto, Stefano Caselli et Mahmud Asrar. Il revient donc frais et plein d'envie.

Et il ne s'économise pas. Ses planches sont très dynamiques, bien remplies, dotées d'un casting fourni et au service d'une action généreuse. Soutenu par le coloriste Erick Arcienega, fidèle au poste, To est ravi, ça se sent, de renouer avec le titre et l'opportunité d'animer des seconds rôles nouveaux. Il est particulièrement inspiré par les personnages féminins qu'il représente sans les hyper-sexualiaser, toujours de manière très élégante.

Bien entendu, on pourra chipoter en trouvant qu'il dessine toujours les héros de manière trop juvénile. Mais je n'ai pas envie de le lui reprocher trop^sévèrement car la régularité dont fait preuve To est tout de même exceptionnelle dans le contexte actuel (où il est tout sauf fréquent d'avoir un même artiste capable de produire plus de six épisodes d'affilée). To est un dessinateur que, je ne le cache pas, je trouvai un peu fade, mais qui m'a conquis ici par sa ponctualité, la beauté de son trait, son niveau technique.

Le tome s'achève donc au #21, concernant le Hellfire Gala. J'en ai parlé au moment de sa parution, je n'y reviens pas (vous pourrez lire ma critique facilement à ce sujet grâce au libellé "Excalibur" qui vous renverra à l'entrée en question).

Le run de Tini Howard sur Excalibur s'achèvera avec le volume 3 en TP au sujet duquel j'écrirai très vite et dont je peux vous garantir qu'il est magistral.

dimanche 13 mars 2022

EXCALIBUR BY TINI HOWARD VOL. 1 & 2 TP




Excalibur version Dawn of X (la période qui a suivi House of X/Powers of X) est une série que je n'ai pas suivie, lui préférant X-Force. Mauvais calcul. Et donc séance de rattrapage grâce à ces deux TPB prêtés par un ami fan du titre et qui collectent les douze premiers épisodes du run écrit par Tini Howard. Les dessins sont signés Marcus To, à l'exception du #7 et d'une partie du #8 par Wilton Santos.
 

(#1-6) - Royaume d'Avalon, Outremonde. Le roi Arthur et la reine Guenièvre ont disparu et la fée Morgane a pris leur place sur le trône. L'apparition d'une végétation étrangère au royaume oriente ses soupçons en direction de Krakoa, l'île-nation des mutants. Elle ordonne donc au couvent Akkaba, basé en Angleterre, de remédier à cette intrusion.


A Krakoa, justement, les Cinq viennent de ressuciter Jamie Braddock, ce qui contrarie Betsy Braddock, déjà mal à l'aise à l'idée de côtoyer Kwannon/psylocke dont elle a longtemps occupée le corps. Elle rejoint son autre frère, Brian, alias Captain Britain, en Angleterre, mais sans l'informer du retour de Jamie.. Brian doit se rendre dans l'Outremonde pour contrer Morgane.


Betsy l'y accompagne et assiste à l'enchantement lancé par Morgane sur Brian. Ce dernier, avant d'y succomber, a juste le temps de remettre à sa soeur son amulette magique qui en fait la nouvelle Captain Britain. Pendant ce temps sur Krakoa, Apocalypse, apprenant les difficultés de Betsy, assemble une équipe pour la secourir en recrutant Gambit, Malicia, Jubilé puis Rictor, qui, tous, se méfient de ses réelles intentions.


Pour accèder à l'Outremonde, ils se rendent en Angleterre à l'ancien phare qui servait de repaire à la première formation d'Excalibur. Utilisant ses pouvoirs, Malicia ouvre un passage mais tombe dans le coma. Affolés, les mutants passent malgré tout dans l'Outremonde aider Betsy. Apocalypse négocie un duel entre Betsy et Brian pour le gain d'Avalon. Victorieux, il place sur le trône Jamie Braddock et capture Morgane tandis que Brian renonce à son titre de Captain Britain pour vivre tranquille auprès de sa femme Meggan et leur enfant...


(#7-8) - Morgane vaincue et remplacée par Jamie Braddock, Excalibur a compris qu'Apocalypse s'est servi de l'équipe pour une affaire plus personnelle qui consiste à accèder à un royaume secret de l'Outremonde. Pour complèter cette opération, il a besoin des Lycaons, les loups de guerre. Quelques spécimens se trouvent au zoo de Londres. Mais Cullen Bloodstone les acquis.


Il accepte de les remettre à Betsy si elle participe avec son équipe à une partie de chasse dans sa propriété. Mais quand les mutants se mettent à utiliser leurs pouvoirs pour prendre l'avantage, Bloodstone se fâche et traque ses invités...


(#9-12) - Parmi les leaders du couvent d'Akkaba, autrefois aux ordres de Morgane la fée, se trouvent de hauts dignitaires britanniques. Ils mènent une campagne anti-mutant qui aboutit à la destruction du portail reliant l'île à Krakoa. Kitty Pryde et Rachel Summers prêtent main forte à Excalibur pour rapatrier les mutants anglais persécutés.


Cependant, Betsy espère sauver le phare d'Excalbur, voie d'accès à l'Outremonde. Mais Opal Luna Saturnyne a deviné qu'Apocalypse suivait son propre agenda sur sa dimension et lance ses prêtresses contre l'équipe de mutants. Shogo, le fils adoptif de Jubilé, qui se transforme en dragon dans l'Outremonde, est blessé. De son côté, Jamie Braddock décide d'utiliser ses pouvoirs sur la réalité pour remodeler le paysage de son royaume...

Quand Dawn of X a débuté après House of X/Powers of X, il a fallu faire des choix, des paris de lecture. Pour ma part, je m'étais jeté sur X-Men et New Mutants (par Jonathan Hickman), Marauders (par Gerry Duggan) et X-Force (par Benjamin Percy). Une fois l'arc de New Mutants écrit par Hickman terminé, je laissai tomber ce titre. Puis, un peu plus tard, j'abandonnai X-Force. Lorsque X of Swords commença, sachant qu'une partie de son intrigue découlait de ce qui était raconté dans Excalibur, je regrettai quelque peu d'avoir fait l'impasse sur cette série.

Malgré tout, X of Swords resta une lecture abordable, qui ne nécessitait pas de tout connaître d'Excalibur. Toutefois, je me suis longtemps demandé si je n'avais pas raté quelque chose alors que je me suis entêté sur X-Force et que finalement Marauders s'est avéré très inégal.

Aussi quand un ami m'a proposé de rattraper le coup en lisant ce hardcover rassemblant les douze premiers épisodes de la série écrite par Tini Howard, j'ai saisi l'opportunité. D'autant que je venais de découvrir une preview de Knights of X #1 (la nouvelle série de Tini Howard, qui sera la suite directe de son run sur Excalibur) qui m'avait mis l'eau à la bouche (un mélange de récit de chevalerie et de super-héroïsme mutant, difficile de résister).

Ce volume consistant peut se diviser en trois parties, trois sessions de lecture. Le premier arc occupe les six premiers épisodes. Puis on enchaîne avec une histoire en deux numéros. Et on conclut avec un autre arc en quatre chapitres. Tini Howard construit quelque chose d'intéressant, parfois un peu trop touffu, mais qui est très solide et original, et qui explore le rapport des mutants de Krakoa à la magie.

Les six premiers numéros révèlent rapidement que la vedette de la série sera Apocalypse et on comprend alors d'autant mieux le cheminement qui mènera à X of Swords. En Sabah Nur a un plan qu'on découvre progressivement et qui formera la base du crossover mutant de 2020. En fait son objectif est d'accéder à l'Outremonde dans lequel se trouve le royaume d'Amenth où il a laissé repartir sa femme, Genesis, leurs enfants, et le peuple d'Arakko en condamnant le passage qui reliait Krakoa à Arakko quand il n'existait qu'un seul territoire mutant, Okkara.

Apocalypse profite d'une crise dans le royaume d'Avalon où Morgane la fée s'est assis sur le trône laissé vacant par le roi Arthur et qui oblige Captain Britain (Brian Braddock) à intervenir, accompagné de sa soeur, Betsy. Quand celle-ci se trouve en difficulté, il entraîne un groupe qu'il a assemblé (la nouvelle équipe d'Excalibur) pour s'emparer d'Avalon et donc accéder à l'Outremonde. Le combat contre Morgane et son remplacement par Jamie Braddock seront les premières étapes du plan d'Apocalypse en direction d'Amenth et Arakko.

Mais dans l'affaire, Excalibur et En Sabah Nur vont se faire une puissante ennemie en la personne de Opal Luna Saturnyne, la Majestrix Moniverselle qui gouverne tout l'Outremonde d'une poigne de fer grâce à sa fabuleuse puissance. Pour ne rien arranger, la déchéance de Brian Braddock au cours de l'histoire et sa succession en qualité de Captain Britain par Betsy irritent Saturnyne qui aime depuis toujours Brian et ne juge pas sa soeur digne de le remplacer.

Tini Howard compose un récit pas toujours facile à lire. Il faut dire que la scénariste a beaucoup à dire, elle ambitionne de dresser une carte de l'Outremonde, des forces en présence, tout en déployant les manigances d'Apocalypse. Pour ce faire, elle multiplie les data pages, quitte à saturer le lecteur. Elle évoque le grimoire dans lequel puise Apocalypse pour compléter des rituels qui ouvriront des passages vers ce nexus dimensionnel, mais aussi tire le portrait de personnages secondaires - et le casting est fourni entre Saturnyne, Excalibur, le couvent d'Akkaba, Morgane la fée, Jamie Braddock...

Pourtant, parce que l'intrigue est solidement élaborée, on la suit en persévérant et au bout des six premeirs épisodes, on est accroché. Certes Howard ne réussit pas tout (Gambit passe un peu trop de temps à maugréer, son passif avec Apocalypse étant très lourd), mais elle réserve des surprises spectaculaires (le rapport filial entre Apocalypse et Rictor, le sort de Shogo).

On peut alors passer au deuxième acte du recueil avec un récit en deux parties assez curieux qui convoquent les Lycaons, ces sales bestioles familières à ceux qui adorent le début du run de Claremont et Davis sur Excalibur, ces loups de guerre à l'aspect argenté et dont Apocalypse a besoin pour la suite de ses manoeuvres magiques. S'ensuit la rencontre avec Cullen Bloodstone et une partie de chasse qui ne soulève guère d'enthousiasme. Ce n'est vraiment pas passionnant par rapport à ce qui a précédé, comme si Tini Howard reprenait un peu son souffle avec une histoire peu consistante.

Heureusement, la scénariste enchaîne avec la conclusion du volume et un arc en quatre parties, plus convaincant et convaincu. Les six premiers épisodes ont posé les bases d'une confrontation avec Saturnyne qui, évidemment, va découvrir les manigances de En Sabah Nur pour pénétrer l'Outremonde. Brian Braddock déchu, elle est également contrariée que Betsy ait hérité du titre de Captain Britain.

En parallèle, des membres éminents du couvent d'Akkaba, au service de Morgane la fée, attisent les braises d'un sentiment anti-mutant. Le portail entre l'Angleterre et Krakoa est détruit comme les effigies de Charles Xavier et Jean Grey. Kitty Pryde et Rachel Summers (membres de l'Excalibur originel) interviennent en renfort pour protéger des mutants britanniques désormais persécutés. Reste la question du phare, ancien repaire de l'équipe et passerelle entre notre dimension et l'Outremonde.

Cette fois, c'est Saturnyne qui prend pour prétexte cette crise sur Terre pour lancer une offensive contre l'équipe de mutants. Ses redoutables prêtresses font des dégâts, en blessant Shogo. Mais les servantes de la Majestrix ne sont pas unies, des factions rebelles se dressent contre ses intentions belliqueuses et se rangent du côté de Captain Britain puisque le Corps des Captain Britain n'est plus. Le duel qui est inévitable se complique quand Jamie Braddock s'en mêle, allant jusqu'à créer de nouveaux Captain Britain modelés sur les membres d'Excalibur (ce qui prépare le terrain pour de futures intrigues, comme on l'a vu dans X of Swords et ensuite).

Tini Howard aime visiblement autant écrire Apocalypse que Saturnyne. Des lecteurs confondent parfois celle-ci avec Emma Frost et c'est vrai qu'elles se ressemblent, physiquement d'abord (de grandes et belles blondes, habillées de blanc) et psychologiquement ensuite (des femmes au caractère plein trempé, avec un fort ascendant sur les hommes et peu d'empathie pour les autres femmes). Mais Saturnyne est bien plus puissante que la Reine Blanche du Club des Damnés et elle incarne ainsi une sorte de contrepoint parfait à En Sabah Nur, mutant de niveau oméga, survivant d'un temps ancien.

La scénariste ne cherche pas, et c'est très bien, à adoucir Saturnyne, à nous la rendre aimable. C'est une vraie bitch, capricieuse, brutale, antipathique au possible. Son animosité envers Betsy fournit au récit des moments savoureux, mais sert aussi de révélateur pour les autres personnages (le coupe Malicia-Gambit embarqué dans des batailles qui les dépassent aux côtés d'Apocalypse envers lequel ils n'ont aucune confiance, Jubilé qui a peur pour son fils et du ressentiment pour Saturnyne, Rictor qui suit Apocalypse tout en assumant progressivement la puissance que ce dernier lui fait comprendre). Au final, tout est en place pour X of Swords dans un mouvement très habile et efficace (grâce à la découverte du rôle des Externels, ces mutants d'un autre âge comme En Sabah Nur qui va les trahir pour achever le passage vers l'Outremonde et le royaume d'Amenth).

L'autre grand intérêt de ce run, c'est la prestation impressionnante de son dessinateur. En effet, Marcus To réalise quasiment onze épisodes sur les douze de ce recueils. Une vraie performance quand on se rappelle que la série a démarré sur un rythme de parution soutenu (avec parfois deux numéros par mois).

Le style de To est simple et sobre. Mais il n'empêche, l'artiste s'approprie cet univers avec un brio remarquable. Il a redesigné les personnages, souvent superbement : Gambit y a gagné un look très classe, et Betsy Braddock un uniforme de Captain Britain élégant. Lorsqu'il doit taper dans l'oeil du lecteur et assumer le côté grand spectacle de l'histoire, To ne recule pas comme en atteste la transformation de Shogo en dragon.

Surtout, Marcus To est constant dans l'effort. Que l'action se situe dans l'Outremonde ou dans notre monde, dans le cadre arthurien du royaume d'Avalon avec des châteaux forts ou à Londres en proie à des manifestations anti-mutant, le dessinateur s'applique avec le même soin. Le découpage est souvent sage, mais chaque vignette, chaque page sont bien remplies. To ne fait jamais l'économie des décors ni de la figuration, et le résultat, c'est qu'on est rassasié après chaque épisode.

Bien entendu, To a quelques tics. Le plus notable est qu'il a tendance à représenter les personnages (à l'exception évidemment de Apocalypse) comme s'ils étaient plus jeunes que d'habitude. Sous son crayon, Betsy, Malicia, Gambit, Rictor n'ont pas l'air beaucoup plus âgé que Jubilé, ce qui est un peu troublant. L'artiste a aussi le goût du beau et donc, en conséquence, vous ne verrez pas de personnages repoussants dans ses pages, même Apocalypse a une sacré allure. En revanche, c'est peut-être plus dérangeant quand il s'agit de Cullen Bloodstone qui manque cruellement de charisme pour un type supposé poser problème à toute l'équipe lors de la partie de chasse aux lycaons.

Il faut aussi mentionner l'excellente contribution de Wilton Santos, qui dessine l'épisode 7 et une partie du 8, dans un style proche de celui de To. Enfin, le coloriste Erick Arcienega accomplit un boulot incroyable. Présent sur tous les numéros, il donne à l'ensemble une vraie cohérence visuelle, avec une palette nuancée, une diversité d'ambiances impeccable.

Je vais maintenant lire la seconde partie de ce run collectée dans un autre hardcover (rassemblant les épisodes 13 à 26). Je serai alors fin prêt pour Knights of X.

vendredi 11 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES IV - V : EXCALIBUR #21 (Tini Howard / Marcus To) - X-MEN #21 (Jonathan Hickman / Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck, Sara Pichelli)

 

Pour sa deuxième semaine de parution, l'event Hellfire Gala reprend avec Excalibur #21, écrit par Tini Howard et dessiné par Marcus To.



L'équipe d'Excalibur fait son entrée. Rictor n'a pas le coeur à la fête en l'absence d'Apocalypse et il repousse même Battlestar, son ancien amant, quand celui-ci se présente devant lui. Par ailleurs, Pete Wisdow informe Captain Britain que l'ambassadeur anglais parlemente avec le Pr. X et Emma Frost.


Reuben Brousseau annonce à ses hôtes que la Grande-Bretagne rompt ses relations avec Krakoa : les remèdes fournies par les mutants leur seront rendus, en contrepartie Excalibur doit partir du sol anglais et les portails avec l'île doivent être désactivés.


De retour au Royaume-Uni avec Brousseau, Wisdom est sacrifié par le Couvent d'Akkaba pour réveiller Morgane la Fée dans l'Outremonde. Rictor, en représailles, déplace le phare d'Excalibur des côtes britanniques avant de se réconcilier avec Battlestar.


La suite se déroule dans X-Men #21, écrit par Jonathan Hickman et dessiné successivement par Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck et Sara Pichelli.


Réception. Charles Xavier et Magneto s'entretiennent à l'écart de la fête avec Namor à qui ils proposent de sièger au conseil de Krakoa. Mais le souverain atlante refuse, arguant qu'il règne déjà sur 75% de la planète et n'entend pas en rester là.


Election. Cyclope réclame l'attention de l'assistance avant que Jean Grey ne se connecte télépathiquement à tous les mutants présents pour qu'ils élisent leurs X-Men. Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney), Synch et Polaris les rejoignent sur scène.


Exode. Cyclope commande un verre au bar quand il est abordé par le producteur Kevin Feige qui le questionne sur son histoire. Le mutant la résume en expliquant avoir suivi l'idéal du Pr. X et en croyant à ses promesses, en y prenant désormais, avec les X-Men, une part plus active.


Feux d'artifice. Emma Frost monte à son tour sur scène et demande à tous les invités de lui ouvrir leurs esprits pour assister à une dernière animation spectaculaire.

Les deux épisodes de cette deuxième semaine de parution de l'event Hellfire Gala sont de valeur très inégale. Mais l'un d'eux marque une étape importante pour le futur de la franchise, quand bien même Marvel a préféré gâcher la surprise depuis plusieurs semaines, privant Jonathan Hickman d'un moment qui aurait été bien plus intense.

Commençons par parler du vingt-et-unième épisode d'Excalibur. Tini Howard se trouve dans un position moins favorable que celle qu'elle occupait lors de X of Swords, dont elle avait co-conçu l'architecture l'an dernier. Cette fois, elle doit se mettre au service d'un plan élaboré par un autre, et il faut bien dire que la scénariste ne joue pas le jeu, comme si l'exercice contrariait ses propres projets.

Bien qu'au début de Dawn of X, j'avais essayé de lire Excalibur, j'avais très vite abandonné car d'une part j'étais dérangé par le titre donné à cette série qui n'avait vraiment rien à voir avec son incarnation initiale et la plus mémorable (je veux, bien entendu, parler de la série de Chris Claremont et Alan Davis, indépassable). Pourtant, le projet était alléchant puisqu'il s'agissait d'explorer les rapports des mutants avec la magie, de Krakoa avec l'Outremonde. Mais Tini Howard ne m'a pas convaincu.

Je ne suis pas le seul à être dérouté par Excalibur version Dawn of X car souvent les mêmes reproches reviennent pour la caractériser : un rythme trop lent, des intrigues capillotractées, des caractérisations de personnages paresseuses. Néanmoins, Hickman s'était appuyé sur ce qu'écrivait Howard pour constituer l'histoire de X of Swords et la développer avec elle, mais heureusement on pouvait tout comprendre de cette saga sans avoir suivi Excalibur.

Qu'observe-t-on ici ? L'élement le plus notable concerne le rupture des relations diplomatiques et commerciales entre la Grande-Bretagne et Krakoa, formulée par l'ambassadeur Reuben Brousseau. Ce dernier fait partie du Couvent d'Akkaba, qui réunit des conspirationnistes voulant remettre la main sur le royaume d'Avalon dans l'Outremonde, actuellement dirigé Jamie Braddock/Monarch (installé sur le trône par les manigances d'Apocalypse). La disparition de Betsy Braddock/Captain Britain à la fin de X of Swords a achevé de convaincre ces dissidents de rompre avec Krakoa, au prétexte que la protectrice du Royaume-Uni les avait abandonnés. Mais Betsy est revenue récemment d'entre les morts (elle avait été vaincue par Isca l'imbattable durant le tournoi entre arakki et krakoans).

Bien entendu, l'ambassadeur et ses complices dans l'ombre ont une idée derrière la tête : il s'agit de Morgane la Fée, qu'ils entendent placer sur le trône d'Avalon en supprimant Monarch. En atttendant, les anglais sont prêts à rendre aux mutants leur médecine à condition que l'équipe d'Excalibur quitte leur territoire et que le portail de Krakoa sur l'île britannique soit désactivé. 

Pete Wisdom, ancien membre d'Excalibur et intermédiaire entre son pays et Krakoa, va connaître un funeste sort à l'issue de cette machination ourdie par le couvent. De son côté, Rictor, qui n'avait déjà pas le coeur à la fête, déplorant qu'Apocalypse soit absent (alors qu'il a contribué de manière décisive à la constitution de Krakoa, mais aussi au retour en forme du mutant), riposte en décrochant le lopin de terre sur lequel se trouve le phare d'Excalibur des côtes anglaises.

En soi, tout cela n'est pas mauvais. Mais j'ai eu le sentiment que Tini Howard avait plus à coeur de faire progresser l'intrigue de sa série que de participer au déroulement du gala du Club des Damnés. Tout ce qu'elle raconte n'est vraiment intéressant que pour ceux qui lisent sa série, mais on zapperait cet épisode que cela n'affecterait pas l'event. Ensuite, tout va très vite, mais trop vite : il est peu crédible que les mutants n'aient pas anticipé le mouvement de recul des britanniques et même ce qui attendait Wisdom (d'ailleurs comment se fait-il que son appel au secours ne soit reçu par personne ensuite ?). Enfin, la mauvaise humeur de Rictor m'a paru exagéré et ses réactions trop appuyées tout comme ses vire-volte (il repousse séchement Battlestar puis se réconcilie au clair de lune avec lui) : sur ce personnage précis, j'ai toujours eu du mal avec le fait qu'on ait changé son orientation sexuelle pour en faire un mutant gay, alors qu'à l'origine (quand il est apparu dans X-Factor puis X-Terminators) il était amoureux de Tabitha Smith/Boom-Boom. Je n'ai rien contre les mutants homosexuels mais j'ai l'impression qu'ils le sont devenus de manière forcée (comme Vega, qui était écrit par John Byrne dans Alpha Flight comme un vrai tombeur et qui a fini par épouser un homme des années après).

Howard s'éloigne aussi franchement de l'event quand elle glisse une scène entre Diablo et Meggan où il la félicite pour sa grossesse, alors que Captain Avalon (Brian Braddock) n'est pas encore au courant. Qu'est-ce que ça vient faire là ? Il sera quand même intéressant de voir comment la scénariste va gérer son titre dans les prochains mois puisqu'elle va en perdre un nouveau membre (après Apocalypse, reparti avec sa femme Genesis, c'est au tour de Malicia de faire ses valises).

Heureusement, on enchaîne avec X-Men #21. C'est donc le dernier épisode de la série avant son relaunch le mois prochain, mais surtout le dernier qu'écrit Jonathan Hickman. Et il part en beauté, avec un numéro dense et fluide comme il en a le secret, parfaite rampe de lancement pour Gerry Duggan qui va lui succéder mais aussi pour de futures pistes narratives.

L'épisode est plus long et se découpe en quatre parties, à différentes heures de la journée du gala, chacune étant illustrée par un artiste différent. C'est Nick Dragotta qui démarre avec une scène intimiste où Charles Xavier et Magneto retrouvent Namor. La dernière fois que les mutants que le Pr. X avait parlé avec le souverain atlante remonte à Powers of X #5 et ça ne s'était pas passé comme il l'aurait souhaité. IL tente une nouvelle fois d'amadouer l'impétieux roi des océans et lui offrant un siège au Conseil de Krakoa... Et essuie un nouveau refus. Namor argumente à sa manière, arrogante mais logique : que lui importe une place dans ce gouvernement et sur une île quand il a autorité sur 75% de la surface de la Terre. Et n'entend pas en rester là. Hickman sait écrire Namor, tête à claques incorrigible, mais dont la puissance ne fiat aucun doute et dont les ambitions et les motivations sont assumées. Le scénariste se permet même de clore cette scène sur une image qui renvoie directement aux Illuminati dans son run sur Avengers puisque Namor rejoint Captain America, Iron Man et Black Panther.

Nick Dragotta est un choix malin pour ce segment car son style graphique est parfait pour représenter Namor dans toute sa majesté et sa suffisance. On pourra déplorer que ce personnage fabuleux n'ait pas profité d'un redesign de son costume car celui dont on l'a affublé depuis des années est certainement le plus moche qui soit. Les couleurs chaudes de Frank Martin ajoute à l'intensité de la scène.

Le morceau suivant est sans doute le clou du spectacle. Marvel, je persiste à le dire, a fait une erreur en révélant à l'avance la composition de cette nouvelle équipe des X-Men, juste pour s'assurer que les fans pré-commandent le n°1 de Juillet (comme si ces mêmes fans allaient soudain bouder le titre). Néanmoins, malgré ce handicap, Hickman réussit un petit prodige en mettant en scène l'élection, dont le procédé s'avère aussi ingénieux que raccord. 

Russell Dauterman nous gratifie, comme toujours (mais trop rarement à mon goût) de planches magnifiques, en particulier quand il saisit les expressions des mutants choisis par leurs pairs, parvenant à rendre chaque moment unique (la surprise de Laura Kinney, la joie de Synch, l'indifférence de Sunfire, l'émotion de Polaris, le ravissement de Gambit pour Malicia). On notera aussi, donc, que cette formation est majoritairement féminine (avec quatre X-women sur sept membres) et puissante (de quoi réserver du spectacle pour la future série, dont les premières pages de preview commencent à être révélées).

Puis on a droit un troisième segment particulièrement savoureux. Cyclope aide un humain à avoir un verre au bar (l'Homme Multiple joue les serveur) quand il est abordé par... Kevin Feige ! Le big boss de Marvel, qui chapeaute désormais aussi bien le département cinéma que comics de l'éditeur. Lucas Werneck réussit parfaitement à le dessiner, avec son indéboulonnable casquette. Et Hickman s'amuse visiblement à montrer Cyclope quasiment "pitcher" son histoire au célèbre producteur (alors que l'avenir des mutants dans le MCU reste un mystère).

Enfin, on a droit à un dernier segment purement "Hickmanien", dessiné par Sara Pichelli. L'artiste italienne, autrefois valeur montante de Marvel dont la carrière a sombré de projets hasardeux (la mini Spider-Man : Bloodline par JJ Abrams) en jobs de misère (cover-artist pour America Chavez : Made in the USA), est méconnaissable sur les pages qu'elle signe, incapable de se hisser à la hauteur de l'occasion en or qu'on lui offre de se refaire la cerise. C'est vraiment triste.

Mais ça n'arrête pas Hickman qui met en scène Emma Frost pour le feu d'artifice final du gala. Et bien sûr, ce n'est du tout ce à quoi on peut s'attendre : la dernière page nous laisse dans un songe nébuleux, propice aux spéculations, avec la promesse qu'il s'agit d'un moment que personne n'aurait voulu rater. Sacré Hickman ! C'est le roi du teasing. Vivement Inferno pour (peut-être) en savoir plus...

Rendez-vous la semaine prochaine pour Planet-Size X-Men #1 (à qui je dédierai une critique à part entière), X-Corp #2 et New Mutants #19... 

lundi 3 mai 2021

HELLFIRE GALA OFFICIAL GUIDE

 


Marvel vient d'éditer, gratuitement, en format numérique, ce guide officiel du Gala du Club des Damnés. Il s'agit du prochain event de la franchise X, qui va se dérouler dans onze numéros et autant de séries + un numéro spécial. A cette occasion, la composition de la nouvelle équipe des X-Men (la première formation officielle depuis l'ère Dawn of X-Reign of X) sera dévoilée, même si, si vous suivez mon blog, vous avez pu déjà la découvrir car j'ai relayé l'info communiquée par l'éditeur (qui, comme d'habitude, n'a pas pu s'empêcher de s'auto-spoiler).

Dans ce Hellfire Gala Official Guide, on a le détail des sorties des séries : les destivités démarreront dans Marauders #21 le 2 Juin et le même jour dans X-Force #20 et Hellions #12. Une semaine après, le 9 Juin, paraîtront X-Men #21 et Excalibur #21. La semaine suivante, on poursuit l'histoire dans X-Corp #2, New Mutants #19, et surtout Planet-Size X-Men #1. Le 23 Juin seront disponibles S.W.O.R.D. #6Wolverine #13 et Way of X #3. Enfin, le 30 Juin, on remballe avec X-Factor #10.

Tous les mutants de Krakoa seront donc de sortie, mais pas que puisqu'on sait que des invités extérieurs comme les Avengers seront présents ainsi que le Dr. Doom (!). 



Pour la peine, les mutants seront sur leur 31 et Marvel a mis les petits plats dans les grands en laissant les dessinateurs s'amuser à habiller les personnages pour la circonstance. Russell Dauterman avait déjà posté ses designs pour neuf protagonistes, mais ses collègues ont aussi eu l'occasion de laisser libre cours à leurs délires vestimentaires - et ils se sont bien lâchés. Voici la galerie de ce défilé de mode, dont les images serviront de variant covers pour les séries.



Marauders, Matteo Lolli


X-Men, Lukas Werneck


X-Force, Joshua Cassara


Hellions, Stephen Segovia


Excalibur, Marcus To


X-Corp, Alberto Foche


Planet-Size X-Men, Russell Dauterman


S.W.O.R.D., Valerio Schiti


New Mutants, Alex Lins


Way of X, Bob Quinn


X-Factor, David Baldeon


Et après ? Rendez-vous le 7 Juillet pour la sortie, très attendue, de X-Men #1 par Gerry Duggan et Pepe Larraz.

L'été sera chaud !

jeudi 26 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 20-21 : X-MEN #15 - EXCALIBUR #15, de Jonathan Hickman, Tini Howard, Mahmud Asrar et Stefano Caselli


X of Swords arrive (presque) à son terme avec ces chapitres 20 et 21 correspondant à X-Men et Excalibur #15. Jonathan Hickman et Tini Howard préparent le grand final en appuyant sur l'accélérateur, de fait ces épisodes sont intenses et alternent en scènes grandioses et moments plus intimes avec brio. Au dessin, Mahmud Asrar se taille la part du lion, secondé par Stefano Caselli.


Après l'appel au secours de Cable, Jean Grey et Cyclope se présentent devant le conseil de Krakoa pour l'informer qu'ils vont partir sauver les X-Men engagés dans le tournoi. Leur choix interroge les membres du gouvernement qui le contestent.


Deux votes successifs décident qu'en cas d'échec, le portail entre Krakoa et Avalon que veut emprunter le couple sera scellé afin d'éviter une invasion des Arakki. Ensuite, en suivant Cyclope, Jean Grey perd d'office son siège au sein du conseil. Cyclope va réunir une équipe pour mener cette mission.


Dans l'arène de l'Outremonde, Apocalypse affronte Genesis et parvient difficilement à la vaincre mais refuse de l'achever comme elle et Saturnyne l'exigent. Genesis reprend le casque d'Annihilation pour défier la makestrix du Multivers et forcer le sort du tournoi...


Pour ce pénultième épisode de la saga, tout se met en place pour la conclusion. Notons donc que Mahmud Asrar se partage le dessin avec Stefano Caselli, chacun des deux artistes étant assignés à des scènes précises.


Genesis/Annihilation a sonné la charge de la horde d'Amenth contre la citadelle de Saturnyne qui se réfugie dans ses quartiers. Les X-Men tentent de convaincre Apocalypse de quitter l'Outremonde avant qu'il ne soit trop tard mais il résiste, refusant d'abandonner sa femme et son ancien peuple.


Saturnyne récupère dans un coffret des bris de verre multicolores correspondant au corps de Captain Britain après sa défaite contre Isca. Elle se met à composer une mosaïque dont le dessin lui révèlera comment sauver son royaume et l'Outremonde.


Dehors,, malgré le renfort des prêtresses de Saturnyne emmenés par Jubilé, les X-Men sont dépassés par le nombre des guerriers adverses. Bei la lune sanglante s'est rangé du côté de Cypher et des Krakoans encerclés Genesis/Annihilation. Saturnyne termine sa mosaïque...

Le duel entre Apocalypse et Genesis devait, à la fin du chapitre 19, la semaine dernière, décider du gagnant du tournoi. L'affrontement promettait d'être tragique puisque les deux adversaires étaient mari et femme et qu'à son terme Krakoa risquait d'être envahie par ceux d'Arakko.

Pourtant, Jonathan Hickman choisit de concentrer l'essentiel de l'épisode 15 de X-Men à Cyclope, Jean Grey et au conseil de Krakoa. Les deux premiers alertés par leur fils Cable de la déroute des X-Men ont décidé d'aller les secourir avec une équipe. Mais ce choix est contesté par le gouvernement de l'île.

On devine, on sait que ce débat laissera des traces et qu'elles perdureront au-delà de X of Swords. Cela valide la direction narrative de Hickman qui prépare non seulement le grand final du crossover mais aussi l'après. Le scénariste ne déçoit pas avec des échanges dramatiques où Cyclope est admirablement écrit.

On aura noté qu'en vérité depuis la relance de la série pas une seule fois les groupes dirigés par Cyclope pour les diverses missions qu'ils ont accomplies n'ont été appelés "X-Men" et une data page vient l'expliquer en informant qu'avec le nouveau statut des mutants, le terme "X-Men" est désormais devenu obsolète et interdit. Pourtant en le revendiquant à nouveau, Cyclope va pointer sa différence entre le passé et le présent au sein de la nation X.

Du point de vue des leaders que sont Charles Xavier et Magneto, les X-Men représentent une notion dépassée, il ne s'agit plus de s'afficher comme des héros mutants aux yeux du monde, comme des équivalents aux Avengers, aux Fantastic Four. Désormais Krakoa et son peuple sont des mutants, qui vivent entre eux et protègent leurs semblables. Dès lors, il n'y a plus de X-Men au sens d'ue équipe constitué de héros mutants.

Du point de vue de Cyclope, qui est le capitaine en chef de Krakoa, chargé de sa sécurité, les X-Men n'ont jamais cessé d'exister et ne doivent pas être remisés. A l'heure où le destin de Krakoa se joue dans l'Outremonde et que les mutants engagés dans le tournoi sont en déroute, les X-Men sont même plus nécessaires que jamais. C'est avec des X-Men qu'il va sauver son fils, ses amis. Non pas pour jouer les héros, mais pour rappeler que les X-Men ont en fait précédé tout nation X : ils ont toujours protégé les mutants et continueront à le faire. Ils existeront toujours même si le gouvernement de l'île ne désire plus appeler les mutants des X-Men.

L'argument développé par Cyclope, soutenu par Jean Grey, séduit Charles Xavier et Magneto, qui apprécient l'honnêteté de leur capitaine en chef et reconnaissent sa justesse. D'autres sont moins emballés, comme, évidemment, Sebastian Shaw, qui pousse par deux fois au vote pour encadrer l'expédition de Cyclope et qui sanctionne à la fois son possible (probable) échec mais aussi la place de Jean Grey à la table du conseil. Jean en prend acte, avec déception mais aussi lucidité. Et ce faisant elle met les leaders de Krakoa face à leurs contradictions : eux qui se proclament père et mère de la nation X, au moment où leurs enfants (leurs champions dans le tournoi) sont en danger, ils préfèrent les condamner qu'essayer de les sauver. Tandis qu'elle et Cyclope vont sauver leur fils, et leurs amis, en parents aimants, responsables, solidaires.

 Cette dimension familiale, filiale même, se retrouve de manière plus musclé et tragique dans le duel opposant Genesis à Apocalypse, qui se déroule simultanément à la réunion de crise du conseil. Il s'agit d'un mari et de son épouse qui se battent à mort pour la survie de leurs peuples respectifs. Les coups portés ne sont pas retenus, mais la détermination de Genesis tranche avec la tristesse poignante d'Apocalypse, jusqu'à ce qu'il blesse mortellement sa femme. Avant, nénamoins, de refuser de l'achever. Et cela ouvre la porte aux événements relatés dans Excalibur #15.

Tini Howard a depuis le début de sa série fait d'Apocalypse le pivot de ses histoires et on sent fortement à quel point elle s'est attaché au personnage en lui conférant un relief nouveau, plus touchant, émouvant. Elle a défini, précisé, affiné la silhouette esquissée par Hickman depuis House of X, celle d'un géant, hanté par son passé, ayant renoncé à ses rêves de domination pour épouser une cause plus grande, plus noble. Mais cette masse colossale est désormais soumise à une mélancolie étonnante, une mémoire dévorante, En Sabah Nur est fatigué, il mène son dernier combat, embrasse son ultime aventure. Là aussi, on devine, on sait intuitivement que son issue sera tragique. Jamais, pour ma part, je n'avais vu ni considéré le personnage ainsi et ça restera une des grandes réussites de Dawn of X.

L'autre défi auquel est confronté la scénariste, c'est de composer une épisode qui mêle avec équité l'épique et l'intime, le bruit et la fureur et le calme, le grand spectacle et les scènes d'alcôve. Apocalypse n'a pas vraiment vaincu sa femme qui survit en coiffant à nouveau le casque d'Annihilation et joue son va-tout an sonnant la charge de son armée contre la citadelle de Saturnyne et forcer le passage vers Krakoa. 

On passe donc de scènes sur le champ de bataille où la poignée champions krakoans finit encerclée par la horde d'Amenth à celles où Saturnyne s'enferme dans une pièce pour composer une mosaïque avec les bris de verre multicolores correspondant à ce que fut Betsy Braddock/Captain Britain lorsqu'elle fut tuée par Isca l'imbattable dans le premeir duel du tournoi.

Mahmud Asrar produit un travail impressionnant puisque, après avoir assuré l'intégralité de l'épisode de X-Men #15, il est encore à l'oeuvre sur les scènes de bataille de ce numéro d'Excalibur. Et l'artiste turc ne ménage pas sa peine en livrant des planches scotchantes. La figuration abondante, la représentation des pouvoirs, la traduction des sentiments de chaque côté sont superbement restituées. La supériorité des Arakki est écrasante, la bravoure désespérée des Krakoans est pathétique. On ressent vraiment, puissamment ce parfum terrible de déroute, de défaite, et on craint réellement le pire pour nos héros.

Stefano Caselli s'occupe donc des scènes avec Saturnyne. Il ne faut pas croire qu'il a la partie la plus facile car la majestrix apparaît pour la première fois vraiment débordée par la tournure des événements. Son geste de composer une mosaïque avec les restes de celle qu'elle a honnie apparaît d'abord surréaliste, absurde, grotesque. Il faut attendre la dernière page pour mesurer la qualité du cliffhanger concocté par la scénariste et la révélation jubilatoire par son ironie qui s'impose à Saturnyne. Le trait très expressif de Caselli fait merveille autant que celui, tout en énergie d'Asrar.

Tout est en place pour une conclusion mémorable et énorme. Sans en dire encore trop, car j'y consacrerai une critique dédiée, c'est une réussite, à la fois spectaculaire et intelligente, qui redessine vraiment, durablement, profondément, le statu quo mutant. Rendez-vous demain pour cette analyse de X of Swords : Destruction.