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vendredi 10 mai 2019

HAWKMAN #12, de Robert Vendetti et Bryan Hitch


Avec ce douzième épisode s'achèvent à la fois ce qu'on peut appeler la "Deathbringer's saga", que Robert Venditti a développé depuis le lancement de la série Hawkman, mais aussi la prestation de Bryan Hitch sur le titre. Un final très satisfaisant.


Les Hawkmen s'envolent dans le ciel de Londres pour contrer les Deathbringers et leurs trois robots géants qui ont entamé un sinistre compte à rebours pour raser la ville. Carter Hall défie une dernière fois son ancien lieutenant Idamm.
  

Les autres Hawkmen attaquent l'armée des Deathbringers et d'autres s'introduisent dans les destructeurs géants afin de saboter leur dispositif de mise à feu. Carter Hall sait qu'il ne peut tuer Idamm, immortel désormais, alors il veut le briser mentalement.


Leur bataille se poursuit dans une rue de Londres où Carter mutile son adversaire et l'oblige à lui rendre son titre de général des Deathbringers. Le Hawkman de Krypton élimine le troisième géant après que les deux premiers aient été désamorcés.


Triomphant, Carter Hall ordonne la capitulation des Deathbringers. Le premier d'entre eux, Ktar, se présente et abdique. Puis il convainc Carter de rendre à leurs époques et lieux d'origine tous les Hawkmen.


Madame Xanadu retrouve Carter Hall ensuite et le félicite. Idamm est conduit dans une prison de haute sécurité tandis que les Deathbringers sont soumis à un programme de reconversion.

Si ce n'est la dernière scène, sur les deux dernières pages de l'épisode, qui annoncent la suite des aventures du héros (et une sombre prophétie énoncée par Idamm), Robert Venditti aurait pu boucler son intrigue comme dans une maxi-série de prestige.

Peut-être, du reste, aurait-ce été plus sage car j'ai de sérieux doutes sur la pérennité de la série sans la présence de Bryan Hitch pour la dessiner. Son remplaçant (Will Conrad) n'a pas son aura et les sollicitations pour les prochains numéros indiquent d'ailleurs qu'il sera vite suppléé.

Mais, pour ma part, en tout cas, je m'en tiendrai là. J'ai envie de rester sur cette excellente impression, ce dénouement, en espérant retrouver Carter Hall dans une future série Justice Society of America, même si on n'en finit plus de l'attendre. Et puis je fais de la place dans mes lectures.

Le cliffhanger du mois dernier installait un vrai suspense pour cette conclusion tant la situation était mal engagée pour Hawkman et ses incarnations. Mais Venditti résout cela avec efficacité grâce à un compte à rebours intense et une mise en scène spectaculaire.

On a droit à une vingtaine de pages de baston où Hitch (soutenu par trois encreurs - mais on lui pardonnera tout car l'anglais a tenu les délais pendant un an, déjouant tous les pronostics) en met plein la vue. Le sabotage des géants et le duel entre Carter Hall et Idamm tiennent toutes leurs promesses, leur issue est incertaine jusqu'au bout, on vibre comme rarement dans pareil cas.

Surtout ces épisodes de Hawkman ont restauré le personnage et synthétisé son histoire chaotique de manière magistrale. Souvent maltraité, le héros ailé revient dans toute sa superbe sans que sa complexité soit sacrifiée mais avec une lisibilité et une envergure exemplaires.

Il est trop tôt pour dire si ce cycle restera dans les annales, mais il le mériterait. Le seul regret qu'on peut émettre est que DC n'ait pas pu trouver un dessinateur meilleur pour succèder à Hitch. Dommage aussi que Venditti n'ait pu employer Hawkgirl (chasse gardée actuellement de Scott Snyder et James Tynion IV dans Justice League), pour complèter le tableau.

Mais si vous n'avez pas déjà investi dans cette série, alors guettez la sortie des tpb et procurez-vous ces douze numéros, vous ne le regretterez pas. 

vendredi 12 avril 2019

HAWKMAN #11, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Pour ce qui est certainement le pénultième épisode de cette saga, et officiellement l'avant-dernier dessiné par Bryan Hitch, Robert Venditti continue d'épater. Hawkman assume totalement son côté grand spectacle démesuré dans cette confrontation entre le héros et les Deathbringers. On en prend plein les yeux et le meilleur, c'est qu'il en reste à venir !


Carter Hall a invoqué toutes ses incarnations à travers l'espace-temps pour former une armée de Hawkmen contre les Deathbringers et leur armada. Le ciel de Londres devient le théâtre d'une bataille extraordinaire.


Mais, tandis que le Silent Knight d'Angleterre (avec Mme Xanadu), Catar-Ol de Krypton, Gold Hawk d'Andrino, Nighthawk du far-west, Avion du microvers, Airwing de New Genesis, Katar-Hol de Thanagar, Katarthul de Rann, le prince Khufu Maat Kha-Tar de l'Egypte antique et le dragon de Barbatos luttent...


Dans une rue de la capitale anglaise, Carter Hall fait face à son ancien lieutenant Idamm. Bien que blessé, il réussit à désarmer son adversaire et à retourner son arme, une lance, contre lui.


Mais Idamm est désormais devenu immortel grâce aux Deathbringers pour les avoir servis fidèlement. Carter Hall ne se décourage pas mais doit admettre rapidement qu'il est impuissant.


Idamm tient sa revanche : il s'envole et ordonne aux Deathbringers de brûler la ville puis la planète sous les regards horrifiés des Hawkmen et des civils...

On ne va pas se mentir : cet épisode est d'abord, comme le précédent, un festival Bryan Hitch. Le dessinateur anglais n'aura pas seulement fait taire les railleurs qui ne le croyaient pas capables d'enchaîner les épisodes sans retard depuis un an, il aura aussi assuré le job avec une qualité constante impressionnante, et surtout, alors que la quille approche, il apparaît plus en forme que jamais.

Certes, depuis ses grandes heures sur Ultimates, Hitch ne produit plus des planches au réalisme hyper-poussé, mais il n'empêche, chaque numéro de Hawkman et celui-ci en particulier impressionnent par son foisonnement graphique. C'est vraiment lui le patron pour ce genre d'exercice.

Lorsque tous les Hawkmen investissent le ciel de Londres (ou les toits de ses immeubles pour ceux qui ne volent pas), on a droit à de grands moments, devant lesquels il est impossible (à moins d'être terriblement blasé) de ne pas être bouche bée. Il se dégage de chaque case une puissance folle, comme lorsqu'apparaît le dragon de Barbatos, introduit dans la saga Dark Nights : Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo) et auquel Hitch confère des proportions affolantes.

La variété avec laquelle l'artiste a designé les Hawkmen mérite le respect et induit mine de rien que le héros ailé est devenu le personnage avec le plus d'envergure du DCU, celui qui est une sorte de carte vivante de l'espace et du temps via ses incarnations. Tout le monde est représenté : New Genesis (donc les New Gods), Krypton (donc Superman), Rann (donc Adam Strange), Thanagar, le far west, le microvers (donc Atom), l'Egypte antique et d'autres encore...

... C'est dire qu'à travers les dessins et la galerie des Hawkmen illustrés par Hitch, Robert Venditti a produit une synthèse remarquable, sans doute définitive, du personnage. Rien que pour cela, son run sera une référence.

Le rebondissement final (avec l'immortalité acquise par Idamm et la destruction ordonnée aux Deathbringers) annonce un douzième épisode encore supérieur en termes d'intensité dramatique. Comment le cataclysme sera-t-il évité ?

Ensuite, se posera la question de la survie d'une série privée de son dessinateur génial : Will Conrad qui succèdera à Hitch n'est pas mauvais, mais aussi bien sur le plan de la réputation que sur de la technique (il a longtemps été l'assistant de Mike Deodato Jr, avant de s'affranchir), on perd au change. Pas sûr que je poursuive la série, mais en l'état on aura droit à une entité de douze chapitres très valable.  

lundi 1 avril 2019

FREEDOM FIGHTERS #4, de Robert Venditti et Eddy Barrows


"Pas encore mort !" proclame l'accroche de la couverture de ce quatrième épisode de Freedom Fighters. Et pourtant, force est d'avouer que mon intérêt pour cette série décline de numéro en numéro : c'est certes très beau (merci Eddy Barrows), mais le scénario se traîne, dénué d'une véritable intensité (où est le Robert Venditti si inspiré de Hawkman ?).


Mont Reichsmehr, Sud-Dakota. Adolf Hitler Jr. s'apprête à prononcer un discours devant les cadets de son armée pour officialiser leur incorporation. Il ignore qu'à l'intérieur de la montagne se prépare un attentat contre lui.


Doll Woman a déposé des échantillons de peau prélevés sur Human Bomb pour provoquer une énorme explosion qui défigure le site où les visages des grands présidents américains ont été remplacés par ceux de la dynastie du führer.


Ce nouveau coup porté au régime nazi a permis à l'Oncle Sam de revenir d'entre les morts dans le royaume des idées, le Heartland. Hitler Jr. charge son fils, Addie, de traquer les terroristes par tous les moyens - car il sait que le peuple est prêt à la révolte.


Dans le Q.G. des Freedom Fighters, Doll Woman observe Human Bomb prélever de nouveaux échantillons de sa peau explosive. L'opération lui a partiellement permise de combler son désir de vengeance.


L'héroïne pleure en effet toujours son mari, Doll Man, mort en 1963, même si elle trouve du réconfort dans la prière et croit au retour de l'Oncle Sam. Ce dernier refait son apparition dans notre dimension en sauvant un jeune noir molesté par un nazi à Philadelphie.

Peut-être suis-je trop difficile, mais peu de team-books, de séries mettant en scène des équipes de héros, trouvent actuellement grâce à mes yeux. Je les trouve soit trop chargés en personnages, en situations (facteurs aggravés par des parutions soutenues - 18 n° par an), avec des intrigues emberlificotées. 

La conséquence la plus directe de ces constructions, c'est le manque de dynamisme dans l'action et de connections entre les membres d'un groupe. On dirait qu'ils sont tous là simplement pour assouvir le petit plaisir de leur auteur et non parce qu'il existe une véritable alchimie entre eux, cette étincelle qui rend l'équipe vivante, presque familiale.

Dans le cas de Freedom Fighters pourtant, Robert Venditti n'avait pas besoin de forcer son talent puisque la formation était déjà en place. Mais la mayonnaise ne prend pas.

Le refrain commence à être connu depuis quatre mois : à chaque épisode, un des membres de l'équipe a son heure de gloire (ce mois-ci, c'est le tour de Doll Woman, logiquement le mois prochain Phantom Lady sera en vedette). A chaque fois, on a droit au même dispositif : un héros, un attentat contre le Reich, et l'espoir que cela accélèrera le retour parmi les vivants de l'Oncle Sam, incarnation de l'idéal démocratique américain, symbole de la résistance contre l'oppresseur nazi.

Bon, c'est divertissant parce que la série profite d'un dessinateur exceptionnel en la personne du brésilien Eddy Barrows qui livre des planches remarquablement fournies (soit il a commencé à travailler très en amont, soit il est en flux tendu, mais il tient un rythme impressionnant compte tenu de la qualité de sa prestation).

N'empêche... Excusez l'expression, on s'emmerde un peu. Tout ça est très train-train. Et le compte en définitive n'y est pas. Ce n'est pas un team-book car l'équipe des Freedom Fighters n'agit pas groupé, c'est chacun son tour (Human Bomb contre un robot géant, Black Condor contre des avions de chasse, Doll Woman qui fait péter le Mont Rushmore "nazifié"). Les personnages ne communiquent pas ou peu, et quand ils le font, c'est à couteaux tirés (le mois dernier, Black Condor et Phantom Lady, ce mois-ci Human Bomb et Doll Woman). Pendant ce temps, l'Oncle Sam ressuscite à pas comptés, sans qu'on perçoive bien en quoi, hormis les symbole, il incarne une puissance capable de renverser la situation.

Et puis Venditti, s'il laisse beaucoup de place pour l'action, est très avare pour justifier quelques éléments curieux : Doll Woman est donc la femme de Doll Man, qui est mort il y a... 55 ans ! Elle n'a pas pris une ride entre temps et est définitivement miniaturisée (ceci expliquant cela ?). Comment d'ailleurs les FF ont-ils acquis leurs pouvoirs ? et comment des individus si puissants n'ont-ils pas été repérés avant par un régime aussi puissant ? Mystère.

Mais toutes ces questions sans réponse, toutes ces bizarreries temporelles, lassent plus qu'elles n'excitent. Il n'y a pas ici, dans cette maxi-série en douze épisodes (dont on franchit donc le premier tiers), ce petit plus qui la distingue d'une série normale (hormis, et c'est bien peu, le contexte dystopique). Comme Martian Manhunter d'Orlando et Rossmo, Freedom Fighters souffre terriblement de la comparaison avec le Mister Miracle de King et Gerads (qui a indéniablement motivé DC à miser de nouveau sur un format identique, avec des ambitions affichées de doubler/tripler la mise). On est ici dans un "Elseworlds" qui ne dit pas son nom, et sans faire partie des sommets de cette défunte collection (qui compta notamment le chef d'oeuvre Kingdom Come).

Je suis donc très partagé à l'idée de poursuivre. J'aimerai aller jusqu'au #6, la moitié de l'histoire, pour savoir si oui ou non ça va se redresser et si le second acte est plus abouti. Mais, en même temps, je ne suis pas très motivé. "Pas encore mort !", sauf pour moi. 

vendredi 15 mars 2019

HAWKMAN #10, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Depuis le précédent numéro, la série Hawkman a atteint son point culminant, l'aboutissement logique de la saga imaginée par Robert Venditti, confrontant le héros à son passé après des mois consacrés à le recomposer. C'est donc du grand spectacle que nous offrent le scénariste et Bryan Hitch dans ce dixième épisode.


Londres. Idamm, l'ancien lieutenant de Ktar alias Carter Hall, étrangle ce dernier avec sa lance tandis que la capitale britannique est la proie des Deathbringers et de son armée de soldats ailés.


Avec l'aide de Madame Xanadu, Hawkman se dégage de l'étreinte d'Idamm et vole au secours des civils emmenés dans les airs pour être sacrifiés. Au prix d'une manoeuvre acrobatique, il parvient à en sauver plusieurs et à les redescendre dans la rue.


Bien qu'il ignore toujours comment il pourra contrer ses adversaires, Hawkman reprend son offensive. Les soldats ailés fondent sur lui comme le leur ordonne Idamm et prennent logiquement l'avantage contre le héros, pourtant combatif.


Au pied d'Idamm, qui explique son intention de détruire la ville puis la Terre avant de s'en prendre à tous les mondes où Hawkman s'est réincarné, ce dernier saisit pour la première fois le grand schéma qui a présidé à ses vies antérieures jusqu'à cet instant.


Il libère une énergie qui fait surgir tous les Hawkmen d'hier et de demain, d'ici et d'ailleurs, formant une véritable armée, en mesure d'affronter celle des Deathbringers. Médusé, Idamm pourfend alors Carter Hall avec sa lance en espérant stopper cet assaut...

La lecture de cet épisode renverra les fans de Bryan Hitch à ses grandes heures, quand il produisait The Authority puis Ultimates, ces comics widescreen aux planches éblouissantes, gorgées de détails, d'un réalisme époustouflant, au souffle épique.

L'artiste anglais, qui aligne son dixième numéro d'affilée sans retard (un exploit sur lequel personne n'aurait parié au début, mais qui est le fruit d'un changement de méthode dans son travail), affiche la forme des grands jours. Mais pas seulement : il est manifeste qu'il est inspiré par l'histoire qu'on lui fournit, totalement investi dans ce titre, et résolu à donner tout ce qu'il a pour un run mémorable.

Plusieurs passages sont vraiment bluffants, souvent à l'occasion de doubles pages, en particulier vers la fin quand tous les Hawkmen apparaissent au-dessus de Carter Hall. Bien entendu, la puissance de cette image saisit, mais sa composition est également magistrale, le soin apporté aux costumes, aux postures, tout est fait pour que l'effet soit maximal. L'encrage de Hitch et Andrew Currie achèvent de prouver au lecteur la qualité de l'ouvrage.

Il se dégage de ces pages une jubilation communicative : on sent que Hitch se fait plaisir, veut en donner pour son argent au fan, et celui-ci est effectivement récompensé. On s'attarde sur ces planches avec délectation et on l'examine impressionné. Cela rappelle l'importance du visuel dans une bande dessinée mais aussi, surtout, de la narration graphique car ce n'est pas simplement un "morceau de bravoure" pour épater la galerie, c'est un vrai tournant dans le récit, admirablement géré.

(A mon avis, on est parti pour un final qui nous mènera jusqu'au #12, ce qui correspondrait avec une année entière de publication et la fin d'un premier cycle - peut-être aussi avec la fin de la prestation de Hitch dont la rumeur dit qu'il aurait un projet sur Batman avec Warren Ellis. En tout cas, le dessinateur a renouvelé son contrat exclusif avec DC et a précisé que cela dépassait Hawkman.)

Bien sûr, avec un tel épisode, il faut admettre que Robert Venditti se fait consciemment voler la vedette et même que son script est minimaliste. C'est un fait qu'on n'apprend rien de neuf sur le héros, du moins jusqu'aux dernières pages quand Carter Hall comprend tout le cheminement qu'il a accompli et qui l'a mené à cet instant - tout cette énigme enfin résolue sur l'arme qu'il incarne, le moyen de contrer les Deathbringers et leur armée.

Mais Vendetti, en dévoilant cela au milieu d'une action spectaculaire, en restant dans le mouvement, donne aussi plus de spontanéité à la révélation de Hawkman et la rend justement plus épique, plus inattendue. Le surgissement de tous les Hawkmen ressemble à une sorte de deus ex machina, ils apparaissent comme par magie, au moment le plus critique, de manière bien pratique. Mais en fin de compte, toute l'aventure de Hawkman a procédé de cette manière, le propulsant dans le temps et l'espace de façon aléatoire et soudaine. 

Difficile dans ces conditions de faire la fine bouche, si on a accepté ce dispositif jusqu'à maintenant. En l'état, on reste sur des standards très élevés, avec une écriture solide, habile, et une esthétique bluffante. Vite la suite !  

vendredi 1 mars 2019

FREEDOM FIGHTERS #3, de Robert Venditti et Eddy Barrows


Avec cet épisode, la maxi-série Freedom Fighters franchit son quart. C'est une première étape qui permet de dire que sa lecture est satisfaisante, mais en vérité guère plus. L'histoire avance à pas comptés, loin de la densité narrative dont est capable Robert Venditti, et se reposant beaucoup sur les dessins d'Eddy Barrows. D'où vient l'impression que cette dystopie ne raconte pas grand-chose, ne décolle pas vraiment ?


Adolf Hitler est mort en 1963, le jour de l'exécution des premiers Freedom Fighters. Il n'a pas supporté que l'Oncle Sam ne soit pas capturé car, tant qu'il n'était pas éliminé, l'espoir subsisterait dans le coeur des américains pour que le IIIème Reich tombe.


Aujourd'hui, les nouveaux Freedom Fighters préparent une opération de sabotage risquée. Il s'agit de pirater le réseau informatique des nazis et Black Condor est la pièce maîtresse de la mission menée par Cache, le pilote du Blue Tracer, vaisseau des résistants.


Muni d'une antenne portable pour capter le signal des nazis, Black Condor est vite repéré par la Luftwaffe de Chicago qui reçoit l'ordre de l'abattre. Cache s'active pendant que son camarade échappe aux missiles à tête chercheuse.


In extremis, l'opération est un succès et le drapeau américain apparaît sur les écrans du régime, accompagnés par une chanson d'Irving Berlin. Mais au-delà du symbole, les Freedom Fighters ont réussi à siphonner des données précieuses.


Un des Plastic Men fait son rapport à Adolf Hitler Jr. Celui-ci veut frapper fort pour prouver à la population américaine que les résistants ne l'inquiétent pas. L'agent Overman, malgré son instabilité, est sollicité...

La dystopie impose à l'auteur qui l'exploite de bien définir le cadre de l'avenir sombre de son récit. Elle nécessite aussi de souligner les parallèles avec l'époque présente pour que les dérives décrites aient plus d'impact, interviennent comme des signaux d'alarme.

La maxi-série Freedom Fighters, depuis trois épisodes, se contente pourtant de survoler ce genre littéraire au profit d'une histoire spectaculaire mais dont les temps forts dominent sur la définition de l'époque. On a ainsi l'impression que la progression narrative se résume pour l'instant à une suite de coups d'éclats, mettant en avant tel ou tel membre (après Human Bomb le mois dernier, Black Condor cette fois). Mais l'intrigue, elle, demeure superficielle.

Le ton est donné de manière frappante dans ce troisième volet : Robert Venditti et Eddy Barrows consacrent trois pages au décès d'Adolph Hitler en 1963 devant une retransmission télé de l'exécution des premiers Freedom Fighters alors qu'il apprend que l'Oncle Sam a échappé aux Plastic Men. Le Führer s'emporte et a une attaque. Son fils est nommé dans la foulée.

Trois pages, ce n'est pas grand-chose à l'échelle d'une série limitée en douze épisodes, mais rapporté à un épisode de vingt pages, c'est plus conséquent. Surtout que la scène aurait pu être plus ramassée sans perdre en intensité : là, elle fait office de prologue superflu (elle n'apporte aucune information qu'on ne sache déjà) et la crise cardiaque d'un Hitler diminué ressemble à un moment embarrassant (quel est l'objectif ? S'il est qu'on se réjouisse que le dictateur périsse, on objectera que personne ne s'en plaindra.).

Comme dans l'épisode précédent, donc, la majorité du récit décrit un coup de force des Freedom Fighters (cette fois un piratage cybernétique) dont le succès repose sur Black Condor. La poursuite de ce dernier par des avions de chasse pendant que Cache siphonne des données du réseau informatique nazi produit effectivement une suite de pages impressionnantes visuellement, et confirme la forme exceptionnelle d'Eddy Barrows.

En revanche, près d'une quinzaine de pages pour juste ça, voilà qui déçoit de la part de Robert Venditti, beaucoup plus décompressé dans sa narration et superficiel dans son propos que pour Hawkman. Faut-il s'attendre à ce que les futurs épisodes offrent leur moment de gloire à Phantom Lady puis Doll Woman, afin que chaque membre de l'équipe démontre ses pouvoirs? Si oui, le temps va être un peu long, même si ce sera sûrement beau à voir.

Un sentiment de vacuité envahit le lecteur : clairement, pour l'instant, la forme prime sur le fond, et le fond n'est qu'effleuré. On ignore toujours d'où sortent ces nouveaux Freedom Fighters (même si des falsh-backs très succincts nous informent que Black Condor a sa famille en camp de concentration et que Phantom Lady est la fille d'un dignitaire nazi), comment ils ont acquis leurs pouvoirs, comment ils sont restés sous le radar des nazis ? Et on comprend assez mal comment ces nazis ont gardé la main sur l'Amérique tout ce temps alors que ni leur robot géant ni leur aviation ni leur réseau informatique ne sont efficaces ? Tout le contexte est, en somme, trop vague pour nous transporter, faire décoller l'histoire.

Il va falloir que Venditti se ressaisisse pour que ses Freedom Fighters ne soit pas qu'un projet reposant sur les dessins de Barrows.

samedi 16 février 2019

HAWKMAN #9, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Avec ce neuvième épisode, la série Hawkman de Robert Venditti et Bryan Hitch semble amorcer un tournant, entamer la fin d'un cycle. Le titre de l'arc en cours est éloquent : Cataclysm. Après avoir voyagé dans l'espace et à travers les âges, le héros doit désormais faire face aux dieux qu'il a trahis et donc son destin.


Londres. Carter Hall entre dans la boutique de Mme Xanadu et lui demande de le remettre en contact avec l'artefact à l'origine de sa quête. Fébrile, il accepte cependant d'abord de lui expliquer où il était depuis leur précédente entrevue.


Résumant ses aventures, Carter Hall est convaincu qu'il est le seul à pouvoir contrer les Deathbringers, ces créatures divines qu'il a trahies, quitte à perdre la vie et donc briser le cycle des réincarnations.


Dehors, les passants voient leurs téléphones hors d'usage. Un homme fait irruption dans la boutique de Xanadu, affolé. Elle le raccompagne dans la rue et lève les yeux au ciel. Carter Hall comprend que les Deathbringers sont arrivés.


Hawkman ne se défile pas et défie les géants au-dessus de Londres, espérant les entraîner loin de la ville et même de la Terre. Mais l'un d'eux libère une armée d'hommes-oiseaux qui sème chaos et destruction.


A leur tête, Hawkman reconnaît son ancien lieutenant, Idamm, résolu à se venger. Ils s'affrontent dans les airs mais le héros est dépassé par la rage de son adversaire. Il le supplie d'épargner les civils mais Idamm entend bien raser la Terre avant les autres monde où a vécut Carter Hall.

Depuis le début de son run, Robert Venditti a tenu à distance les Deathbringers comme pour laisser le lecteur fantasmer à leur sujet, sur leur apparence, leurs pouvoirs, leur danger. Les rares fois où on les a vus, c'était brièvement et partiellement.

Ce parti-pris était risqué car il frustrait les lecteurs avides de sensations fortes, privilégiant la suggestion au grand spectacle. Mais, finalement, avoir fait attendre les fans s'avère payant car, lorsqu'ils surgissent enfin au grand jour dans cet épisode, la vision que Bryan Hitch nous fait partager est saisissante.

Venditti, conscient de l'importance de la mise en scène de cet instant, a donc en quelque sorte offert cet épisode à son artiste, le laissant, comme Hawkman, déployer ses ailes et proposer des planches démesurées, d'une grandiloquence qui n'a rien à envier à celle d'un Kirby (dont l'ombre plane sur ce chapitre).

De fait, après une ouverture réunissant Mme Xanadu et Carter Hall, où c'est l'occasion de faire le point sur des mois de recherches épiques et exotiques, la majorité du numéro est composée par le duel entre Hawkman et ses maîtres. La différence d'échelle entre l'homme ailé et ces géants en armure, lévitant au-dessus de Londres comme des cousins de Galactus ou des Célestes de Marvel (références donc à Kirby), ne laisse aucun doute sur, plus que le déséquilibre des forces en présence, mais sur la vanité de Hawkman dans l'espoir qu'il a de gagner cette partie. Comme le dit un passant à Xanadu, que peut faire un type avec des ailes et une masse contre des colosses pareils ?

Hitch traduit surtout le panache du héros qui ne se cache pas, pas plus que ses intentions - il veut éloigner les Deathbringers de la ville, de la Terre, mais il est aussi prêt à se sacrifier pour briser le cycle des réincarnations dans ce combat.

Venditti glisse une ironie amère dans la bouche de Carter Hall qui, lorsqu'il voit surgir des entrailles des géants une armada d'hommes ailés, constate qu'il a plus de trois ennemis à affronter. Puis la "blague" passée, le ton se fait volontiers mélodramatique quand, à la tête des soldats, se trouve Idamm, l'ancien subordonné de Hawkman.

On comprend alors que si Hitch va, encore le mois prochain, se défouler dans des scènes de destruction massive, le coeur de la bataille va se concentrer sur les deux hommes, qu'il s'agit moins de châtier le traître (Hawkman) que d'une vengeance entre deux anciens serviteurs des dieux.

La logique voudrait que la résolution passe par l'arrivée de la cavalerie (la Justice League), mais on devine que Venditti et Hitch veulent offrir à Hawkman une victoire difficile, improbable, authentiquement héroïque - peut-être pour redéfinir totalement le personnage, en réalisant son ultime réincarnation. Ce serait un épilogue malin, et qui pourrait aboutir au #12, une année de parution complète (coïncidant peut-être avec le départ de Hitch de la série - car le dessinateur, qui a renouvelé son contrat d'exclusivité avec DC, a précisé qu'il avait d'autres projets que ce titre).

Quoiqu'il en soit, hors de question de zapper la suite d'une des meilleures séries non seulement de DC mais de des "big two".  

dimanche 27 janvier 2019

FREEDOM FIGHTERS #2, de Robert Venditti et Eddy Barrows


La maxi-série de Robert Venditti et Eddy Barrows reprend après un démarrage prometteur. Mais attention ! la couverture du numéro n'a rien à voir avec l'intérieur de cet épisode de Freedom Fighters. Et d'ailleurs, on peut dire que le contenu aussi surprend par son minimalisme narratif...


Terre-X, où les nazis ont conquis l'Amérique en gagnant la seconde guerre mondiale. 73 ans après, une nouvelle génération des Freedom Fighters apparaît pourtant, après que la précédente incarnation du groupe a été décimée en 1963.


Après avoir fait sauter un musée où était exposée une toile représentant la défaite des premiers FF, l'actuelle formation fait face à la riposte du IIIème Reich : l'Iron Commander a été envoyé sur place pour éliminer ces terroristes sur ordre d'Adolph Hitler II.


Les civils présents sont sidérés car ils pensaient les héros morts mais aussi parce qu'ils ne les pensent pas capables de dominer le robot géant. Black Condor lâche Doll Woman qui s'infiltre dans la tête de la machine afin d'en pirater les données.


Human Bomb détruit l'Iron Commander pendant que Phantom Lady évacue les témoins via des portails dimensionnels. Les Freedom Fighters encouragent la foule à se révolter contre le régime.


Des tracts à l'effigie de l'Oncle Sam sont jetés d'un vaisseau récupérant le groupe. L'espoir renaît et, avec lui, peut-être la personnification de la justice. Le Reich doit rapidement trouver la parade.

Il semble acquis, une fois terminée la lecture de cet épisode, que Robert Venditti, contrairement à ce qu'il fait avec Hawkman, va prendre son temps pour développer le récit qu'il a construit. Au moins pour le commencer car, après tout, il reste dix numéros, ce qui est à la fois beaucoup et peu.

En effet, le mois dernier, il situait l'action dans le passé avant de la conclure de nos jours : une exposition nerveuse de cette Terre parallèle où les nazis avaient remporté la seconde guerre mondiale et envahi l'Amérique du Nord, supprimant les dernières poches de résistance.

Mais, en fin de compte, on en tirait une impression de minimalisme. Les quelques scènes de l'épisode avaient de la consistance mais demeuraient modestes pour une saga en douze parties. C'est le même sentiment qui domine dans ce numéro.

Après l'exposition, place à l'action. Et rien qu'à l'action, peut-on ajouter, puisque cette vingtaine de pages prouve la puissance de feu, l'intelligence tactique et l'objectif des Freedom Fighters. De fait, la vedette du mois, c'est moins Robert Venditti que son dessinateur, Eddy Barrows.

Le brésilien (car il travaille sous un pseudonyme) livre une copie puissante : l'intensité du combat entre l'Iron Commander et l'équipe est parfaitement traduite à grand renfort de pleines et doubles pages. L'encrage d'Eiber Ferreira et les couleurs de Brad Anderson soulignent admirablement le trait de l'artiste tout en le respectant (contrairement à leurs efforts conjugués sur Detective Comics, cette fois, par exemple, Anderson ne prend pas la liberté de peindre entièrement certaines images).

Barrows est, comme Ivan Reis ou Bryan Hitch, un héritier de Neal Adams : son style est réaliste et détaillé. C'est exigeant et chronophage, il faudra observer s'il tient une telle qualité sur un rythme mensuel (cela dépendra sans doute du nombre d'épisodes qu'il a déjà terminés car il ne fait aucun doute que la production a été entamée bien avant la publication). Mais, présentement, le résultat est bluffant, et le principe de l'épisode permet au dessinateur de prouver, lui aussi, de quoi il est capable - on peut même lire ce chapitre comme une démonstration de force de Barrows et des héros.

Néanmoins, tout n'est pas exempt de défauts et, sinon d'invraisemblances (qu'on aurait mauvaise grâce à dénoncer car le genre se prête naturellement à des extravagances), du moins des incohérences. Par exemple : Doll Woman est la veuve de Doll Man, assassiné en 1963. Or l'histoire se déroule en 2018 et il serait donc plus logique qu'elle soit la fille de celui dont elle a repris le pseudonyme... On peut aussi tiquer en notant que l'Iron Commander était mentionné en 1963, au stade expérimental (la première équipe des FF voulait saboter l'usine de sa construction), mais 51 ans plus tard, le IIIème Reich semble n'en avoir construit qu'un exemplaire... Enfin, comment une équipe aussi puissante et bien entraînée a-t-elle pu passer inaperçu tout ce temps ?

Comme l'autre maxi-série DC du moment, Martian Manhunter, Freedom Fighters ne semble pas parti pour rivaliser avec son modèle, Mister Miracle. Mais c'est un divertissement musclé et suffisamment accrocheur pour qu'on persévère. 

samedi 19 janvier 2019

HAWKMAN #8, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Le nouvel épisode de Hawkman est atypique dans la mesure où Robert Venditti et Bryan Hitch mettent de côté ce qui caractérise leur run, en particulier le grand spectacle (même si le cadre de l'histoire reste grandiose), mais en privilégiant le dialogue, l'intrigue avance de manière décisive. Direction : Krypton.


Le vaisseau récupéré dans le Microvers par Hawkman avait sa trajectoire pré-programmée. Le héros se dirige vers Krypton, ou ce qu'il en reste puisque la planète natale de Superman a depuis longtemps était détruite.


Mais, comme à chaque fois qu'il est revenu où il vécut, Hawkman rencontre une de ses incarnations antérieures, ici Catar-Ol. Krypton a déjà commencé à implosé et le témoin de ces événements pense qu'il s'agit de la fin de l'histoire de son peuple.


Mais Hawkman le corrige sur ce point en évoquant la survie de Superman et de Supergirl - laquelle fut une élève de Catar-Ol, avec lequel elle conçut un hologramme géant retraçant les grandes heures de Krypton.


Le temps presse et Hawkman demande à Catar-Ol où se trouve l'arme capable de terrasser les Deathbringers. Or, celle-ci est immense, intransportable car le plan était d'attirer l'ennemi ici, non de le traquer pour l'éliminer.


Catar-Ol suggère donc que Hawkman sera lui-même l'arme contre les Deathbringers. Le héros se retire, Krypton implose, il espère désormais avoir assez de temps pour vaincre ses adversaires... Qui approchent de la Terre !

Si on excepte donc le spectacle extraordinaire et tragique de la destruction de Krypton, tout l'épisode repose donc sur le dialogue entre Hawkman et son ancien lui, le kryptonien Catar-Ol. Robert Venditti ose le pari d'écarter des éléments habituels, rituels, comme une grosse baston pour un chapitre plus passif.

Mais, attention, cela ne veut pas dire bavard ou dispensable car ce que s'échangent les deux incarnations de Carter Hall est déterminant. Venu dans le secteur de Krypton, le héros n'y trouve bien sûr que les restes de la planète depuis longtemps détruite - on notera d'ailleurs que Vendetti ne mentionne pas les causes de cette destruction, comme l'implication de Rogol Zaar, récemment ajoutée par Brian Michael Bendis.

En vérité, cela n'a pas d'importance. Hawkman n'est pas là pour enquêter sur la mort de ce monde (comme Supergirl dans sa série), mais pour y récupérer une arme susceptible de tuer les Deathbringers.

Et là, Venditti révèle, par le biais d'une double page ahurissante de Bryan Hitch, l'arme en question : un engin immense et indéplaçable. Le plan de Catar-Ol était d'attirer les Deathbringers et non de les poursuivre. Tout le plan de Hawkman tombe à l'eau. A moins que... Ce soit lui qui devienne l'arme fatale aux dieux qu'il a trahis !

Ce twist modifie sensiblement la perspective de l'histoire car elle transforme la quête en plusieurs étapes de Hawkman en une mission dont il serait lui-même la solution, l'issue. Et ainsi s'offre à lui une possibilité insoupçonnée : peut-être qu'en éliminant les Deathbringers, il se rachétera pour toutes les vies qu'il a ôtées en leur nom et échappera à la sa propre fin. La résignation de Catar-Ol transcende Carter Hall qui, même s'il ignore comment il va encore arrêter les Deathbringers, sait qu'il ne peut pas abandonner après tout ce qu'il a traversé et avant d'avoir cette chance éventuelle de survivre à son destin.

Bryan Hitch se sort du défi narratif d'ilustrer un épisode entier sans grande bataille avec brio. Une ligne de dialogue ironise d'ailleurs sur ce point quand Hawkman a la surprise de constater que Catar-Ol ne veut pas se battre avec lui comme ses précédentes incarnations.

L'artiste apporte un grand soin aux décors et cadre souvent les deux protagonistes dans des pièces démesurément grandes où, par de grandes baies vitrées, on assiste avec eux à l'implosion progressive de Krypton. Le contraste qui se joue alors entre la fin d'un monde et cette discussion intime confère une intensité dramatique épatante au chapitre.

Hitch procède aussi de la même manière pour l'expressivité des deux hommes : Catar-Ol se déplace calmement, moins majesteux que résigné, tandis que Carter Hall s'agite, hausse le ton, presse con interlocuteur, le maudit. Catar est impassible, Carter est animé par le dépit et la colère. C'est simple mais très bien vu.

Hawkman est une série classique au bon sens du terme : elle file droit, malgré les circonvolutions du passé de son héros, avance par étapes, tout en entretenant un suspense élémentaire mais efficace (le cliffhanger est épique). Malgré ou grâce à cet académisme, c'est une des meilleures séries actuelles pour sa profondeur et son envergure.

vendredi 21 décembre 2018

FREEDOM FIGHTERS #1, de Robert Venditti et Eddy Barrows


Quinze jours après le début de la maxi-série Martian Manhunter (par Steve Orlando et Riley Rossmo), DC entame donc la parution d'un nouveau format identique avec une nouvelle version de Freedom Fighters. Le projet excite d'emblée car il réunit le scénariste de Hawkman, Robert Venditti, et un des ex-dessinateurs de Detective Comics, Eddy Barrows. Pour une dystopie ambitieuse qui démarre fort et vite.


Dallas, Texas. Le 22 Novembre 1963. L'Amérique est sous le joug nazi depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Face à l'oppresseur, la résistance s'organise, discrétement. Dans une bibliothèque, une réunion se tient en présence des Freedom Fighters.


Il s'agit de l'ancien athlète Jesse Owens, de Human Bomb, Doll Man et Black Condor. Ils planifient le sabotage d'une usine où seraient conçus des robots d'assaut. Mais c'est alors que les PlaSStic Men attaquent.


Exécutés en place publique, devant les caméras de télé, les héros vaincus sont une nouvelle victoire pour le Reich. Reste à trouver leur leader, l'Oncle Sam. Il est repéré par les PlaSStic Men devant la vitrine d'une magasin mais se volatilise quand ils croient le tenir.


2018. Un officier allemand visite le Musée de la Victoire où a été accroché un tableau représentant le supplice des Freedom Fighters. Le fils d'Hitler est devenu le nouveau Führer. Mais un attentat fait sauter cette ile du bâtiment.


Dehors, devant les badauds choqués, se réunit une équipe de nouveaux Freedom Fighters - Human Bomb II, Doll Woman, Black Condor II et Phantom Lady - prêts à libérer le pays. Des robots de combat interviennent aussitôt...

Avec cette nouvelle version de Freedom Fighters, DC ressuscite ni plus ni moins que les bons vieux "Elseworlds", ces récits complets hors continuité comme les classiques que sont devenus JSA : The Golden Age ou Kingdom Come. C'est encore plus manifeste que pour Mister Miracle où King et Gerads brouillaient les pistes.

Robert Venditti signe sans doute son projet le plus ambitieux, à un moment où il brille avec sa reprise de Hawkman (même si les ventes de cette série ne sont pas, hélas ! à la hauteur de sa qualité). Et il s'inscrit dans la dystopie avec une intrigue reprenant l'argument déjà vu d'une Amérique conquise par les nazis (ou "ratzis" comme ils sont appelés ici).

Dès la première scène, qui prolonge l'image de couverture avec un employé décollant l'affiche où figure l'Oncle Sam appelant le peuple à résister, le ton est donné et le scénariste n'hésite pas à manier des symboles forts. La première formation des FF compte ainsi dans ses rangs l'athlète Jesse Owens, qui domina les jeux olympiques de Berlin en 1936. Gonflé mais logique pour incarner justement cette résistance.

Venditti surprend aussi en transformant Plastic Man, l'archétype du super-héros facétieux, en PlaSStic Men : pas sûr que ça ait ravi Jack Cole, son créateur, mais la manière dont est reconfiguré le personnage glace vraiment le sang, de manière très originale.

L'Oncle Sam, le vrai chef des Freedom Fighters, est un héros délicat à manier : il est l'Amérique littéralement personnifié, et en ce temps troublés, à l'époque de Trump, l'exploiter est périlleux tant la frontière entre patriotisme et nationalisme est devenue poreuse (même si le nationalisme est le dévoiement du patriotisme). Cela, Venditti l'a parfaitement compris et c'est aussi sans doute pour ça qu'il fait vite quitter la scène à ce personnage (pour rendre son inévitable réapparition plus frappante).

Car, ce premier épisode, introductif mais nerveux, insiste surtout sur la transmission : Hitler a eu un fils qui est devenu le nouveau Führer, et de nouveaux Freedom Fighters surgissent. Le petit groupe de héros paraît bien dérisoire par rapport à l'ennemi qu'il prétend renverser et à l'ambition de délivrer le pays. Mais pas sûr que l'objectif de Venditti soit d'en faire des combattants invulnérables : cette maxi-série, en établissant de facto le déséquilibre des forces en présence, suggère aussi la notion de sacrifice propre aux résistants.

Pour mettre cela en images, Venditti est une nouvelle fois bien accompagné puisqu'Eddy Barrows est au crayon. C'est un remarquable artiste, bien que régulièrement fâché avec les délais, et il sera intéressant de voir comment DC va devoir gérer cette donnée (en laissant les épisodes sortir avec un peu de retard comme pour Mister Miracle ? Ou en recourant à un fill-in - ce qui serait dommage - ?).

Barrows en tout cas s'est investi dans le projet : ses planches sont superbes, riches en détails, et l'encrage de son complice Eber Ferreira rend justice à ses crayonnés très poussés, tout comme les couleurs d'Adriano Lucas (plus sobre que sur Detective Comics où il repeignait parfois entièrement des vignettes).

Le dessinateur a aussi procédé à de légères corrections sur les designs des costumes pour la nouvelle génération des FF, mais aussi sur la croix gammée des occupants. Il y a une volonté de s'approprier les personnages sans les dénaturer, subtilement.

Vite lu, mais néanmoins très accrocheur, et doté d'un gros potentiel, cette maxi-série a tout pour devenir un hit et confirme l'intelligence éditoriale de DC.