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vendredi 22 octobre 2021

PROMISING YOUNG WOMAN, de Emerald Fennell


Sorti l'an dernier, le premier long métrage de l'actrice Emerald Fennell, Promising Young Woman, est bien comme le dit son affiche un "thriller sur la vengeance à la fois frais, sauvage et mordant". Sous ses airs de film de genre, c'est aussi un manifeste post #metoo, qui donne à Carey Mulligan l'occasion de briller dans un registre inattendu. Une réussite, qui parvient même à faire regretter que ça ne se termine pas mieux pour l'héroïne.


Etudiant en médecine promise à bel avenir, Cassie a tout arrêté après l'agression sexuelle subie par sa meilleure amie, Nina, et son suicide. Aujourd'hui, à 30 ans, elle vit toujours chez ses parents et travaille dans un coffee shop tenu par Gail. La nuit venue, elle s'aventure dans des clubs et des bars où elle feint l'ivresse pour attirer des hommes qui la conduisent chez eux pour absuer d'elle, avant qu'elle ne les refroidisse leurs ardeurs.


Sur son lieu de travail, Cassie croise Ryan, un camarade de fac, qui mentionne le prochain mariage d'Al, l'agresseur de Nina. Elle échafaude alors un plan pour faire payer tous ceux qui ont été les complices du drame. A commencer par Madison, qui accable Nina et son comportement provocant. Cassie soûle Madison avant de la laisser à un homme pour qu'elle croit, à son réveil, avoir été violée par lui.


La prochaine cible de Cassie est Elizabeth Walker, la doyenne de la fac qui a étouffé l'affaire. Pour l'effrayer, Cassie lui raconte avoir livré sa fille, Amber, à un groupe de rockers dépravés sur le tournage d'un clip. Walker reconnaît alors sa responsabilité et désigne Al Monroe comme l'agresseur de Nina. Cassie se retire en rassurant Walker dont la fille l'attend en fait dans un bar voisin.


Ecoeurée par ce qu'elle a appris, Cassie se rend dans un club où elle aguiche un inconnu. Ryan la surprend et décide de rompre avec elle aussitôt. Cassie rend visite à Greene, l'avocat de Al, hanté par cette affaire. Troublée, elle lui accorde son pardon. Cassie va ensuite chez la mère de Nina qui lui conseille de tourner la page. Elle suit ce conseil et s'excuse auprès de Ryan avec lequel elle accepte de s'installer, le présentant même à ses parents.
 

Mais Madison resurgit, bouleversée, et remet à Cassie un enregistrement vidéo de l'agression de Nina, filmée sous l'emprise de l'alcool. Cassie remarque que Ryan figure parmi les témoins du viol et le confronte en lui soutirant l'adresse de l'endroit où Al va enterrer sa vie de garçon. 


Déguisée en infirmière sexy, Cassie se fait passer pour une prostituée et drogue les boissons des invités pour mieux s'isoler avec Al dans une chambre. Elle me menotte au lit pour qu'il avoue tout mais il réussit à se libérer et la tue en l'étouffant. Le corps de Cassie est brûlé par Al et son témoin de mariage à l'aube dans la forête voisine. mais Elle aura sa revanche posthume car elle avait pris soin d'envoyer la vidéo du viol à la police, permettant l'arrestation de Al, Ryan et de tous les témoins.

Promising Young Girl peut se lire sur deux niveaux : le premier est celui du pur film de genre, à la fois film noir et revenge movie ; le second comme un manifeste social et politique. Emerald Fennell n'a pas voulu choisir et c'est ce qui fait la force mais aussi un peu la faiblesse de son entreprise.

La cinéaste, qui a été remarquée dans la série The Crown, n'a en tout cas pas peur Elle s'attaque à un sujet difficile sans prendre de gants, dénonçant de manière fûté le sexisme, la culture du viol, le rejet de la faute sur la victime. Et cela a d'autant plus d'impact que, si ce film avait été réalisé il y a quelques années, on n'y aurait vu qu'une fiction corsé et désespérée tandis que, aujourd'hui, dans la période post #metoo, après le scandale Weinstein, le scénarion également écrit par Fennell, résonne bien plus puissamment.

La jeune femme prometteuse du titre, c'est donc Cassie. Elle était une étudiante en médecine brillante mais qui a interrompu net son cursus après le viol de sa meilleure amie. Déjà au moment du crime, la faculté a tout fait pour étouffer l'affaire et accabler la victime, jugée provocatrice, et qui a fini par se suicider. Incapable de confondre les responsables, Cassie a donc tout plaqué et est retournée vivre chez ses parents. A 30 ans, elle travaille désormais comme simple serveuse dans un coffee shop.

C'est là qu'elle croise une vieille connaissance, Ryan, avec qui elle a étudié. En évoquant un certain Al, sur le point de se marier, il ne se doute pas qu'il vient de déclencher chez Cassie la motivation qui lui manquait pour venger son amie. Car Cassie a un secret, presque une double vie : chaque nuit, elle s'aventure dans des bars ou des clubs où elle fait semblant d'être invre pour que des hommes lui proposent de la raccompagner. Ils profitent de son état lamentable pour la traîner chez eux où ils comptent la violer... Juste avant qu'elle ne le révèle sa comédie et refroidisse leurs ardeurs.

Telle une actrice borderline, Cassie va s'employer à retrouver et effrayer d'anciens camarades de fac, susceptibles d'avoir assisté ou même participé au viol de Nina. Elle use de stratagèmes cruels, puisque tout consiste à supplicier ses victimes, Suggérer à l'une qu'elle a trompé son mari avec un inconnu sous l'emprise de la boisson, prétendre à une autre que sa fille est aux mains de rockeurs dépravés. Le spectateur est lui-même mal à l'aise avec les méthodes de Cassie tout en savourant le spectacle de ceux qui se sont tus quand ils pensent leur vie détruite ou leurs proches atteints.

Fennell prouve son habileté redoutable dans ces moments-là, mais c'est pourtant dans le face-à-face entre Cassie et l'avocat, Greene, qu'elle produit la scène la plus glaçante et la plus poignante du lot. En effet, le défenseur de Al savait son client coupable mais a quand même obtenu qu'il ne soit pas inquiété, et depuis cela le hante au point qu'il implore le pardon de Cassie. Après ça, le film a du mal à s'en remettre en entre dans une sorte de ventre mou. L'héroïne va-t-elle persister dans son plan machiavélique ? Ou rendre les armes ? 

La réponse choisie par Fennell aboutira à un dénouement à la fois extrêmement noir (où Cassie laissera la vie, en ayant mésestimé l'adversaire) et artificiel (la revanche posthume, qui est certes appréciable mais qui évite surtout au projet d'assumer sa totale défaite). Ironiquement, en refusant toutes concessions, Fennell cède à une sorte de happy end décalée, où la vengeance est grimée en pseudo-justice.

C'est le seul, mais hélas ! non négligeable bémol de Promising Young Woman. En voulant à tout prix que les salauds paient, le film contente le spectateur qui le souhaitaient mais ayant sacrifié son héroïne. Les méchants seront bien punis, mais au final Cassie aura rejoint Nina dans la mort, ce qui donne un "score" toujours défavorable.

La cinéaste peut par contre s'appuyer sur un casting remarquable pour raconter son histoire, avec des seconds rôles puissants, qu'il s'agisse de Alison Brie (épatante), Connie Britton, et surtout Alfred Molina (fabuleux). Confier à des bellâtres insipides comme Bo Burnham et Chris Lowell des rôles de vraies ordures est une belle inspiration.

Mais évidemment, sans Carey Mulligan, le résultat n'aurait pas été le même. Avec sa silhouette gracile et les traits tirés, la comédienne impressionne par la détermination qu'elle donne à son personnage. Dès la scène d'ouverture, elle est crédible en petite chose qui cache une machine de guerre implacable. Carey Mulligan n'a pas l'aura de grandes actrices de sa génération, comme Emma Stone ou Jennifer Lawrence, mais sa filmographie parle pour elle : elle est toujours bluffante, fait toujours de bons choix, et mérite qu'on parle plus d'elle.

Le retentissement du film assure à Emerald Fennell un avenir prometteur : Warner Bros. ne s'y est pas trompé, qui lui a confiée l'écriture et la mise en scène d'un film consacré à Zatanna, la maîtresse de la magie de DC Comics. Si la major lui laisse les mains libres, ça va dépoter ! 

mercredi 14 août 2019

GLOW (Saison 3) (Netflix)


Les Glorious Ladies Of Wrestling reviennent pour un troisième round et elles investissent le ring de Las Vegas. La série de Liz Flahive et Carly Mensch franchit cette étape avec succès et inspiration, alors que l'avenir de bien des productions Netflix est dans la balance. De quoi attendre la suite avec confiance.

A l'affiche du Fan-Tan

L'année 1986 s'ouvre pour la troupe de GLOW sur un sentiment très mitigé. D'une part, leur spectacle de catch se produit désormais sur la scène du casino Fan-Tan, une institution du divertissement à Las Vegas. Mais, d'autre part, alors que Ruth/Zoya et Debbie/Liberty Belle font la promo du show à la télé, la navette Challenger explose en vol. La représentation est tout de même donnée. Et son succès soulage tout le monde malgré la tragédie.
  
Sam et Ruth (Marc Marron et Alison Brie)

Pour le premier jour de relâche, chacun en profite pour se changer les idées. Sam initie Ruth aux subtilités du jeu puis lui avoue ses sentiments. Malheureusement, elle ne les partage pas. De leur côté, à cause d'une migraine de Rhonda, Bash est désemparé. Quant à Arthie, elle n'assume pas encore son homosexualité, ce qui vexe Yolanda.

Face au laisser-aller des filles, l'entraînement !

Depuis leur installation à Vegas, les filles sont dissipées et négligent leur entraînement. Cherry décide d'y remédier et, en rencontrant une ancienne showgirl, elle les force à suivre un cours de danse intensif. Mais Cherry prend aussi conscience qu'elle n'a pas envie de fonder une famille tout de suite et d'arrêter de travailler - ce qui provoque le départ de Keith, son compagnon.

Ruth et Carmen (Alison Brie et Britney Young)

Russell, le caméraman, vient rendre visite à Ruth à Vegas. La nervosité de la jeune femme la conduit à enchaîner les gaffes alors que son compagnon ne veut rien précipiter entre eux deux. Bash engage des jongleurs et un magicien pour le spectacle sans prendre conscience que chacun veut profiter de sa fortune et de sa naïveté. Sheila s'inscrit à un cours de théâtre et c'est une révèlation.

Changement de rôles : Debbie interprète Zoya (Betty Gilpin)

Tammé, la doyenne de l'équipe, souffre d'un mal de dos chronique, qu'elle dissimule aux autres grâce à une consommation excessive de calmants. Jusqu'à la blessure sur le ring. Son indisponibilité inspire aux filles un changement de leurs rôles lors d'une représentation à laquelle doit pourtant assister Sandy Devereaux Saint-Clair, la directrice du Fan-Tan. Mais alors que Bash croit à un désastre, cela vaut à la troupe un renouvellement de contrat de neuf mois.

Camping dans le désert pour les filles, encadrées par Debbie et Ruth

Pour réfléchir à cette opportunité professionnelle et personnelle, les filles partent, sans Sam et Bash, faire du camping dans le désert. C'est l'occasion pour tout le monde de mieux se connaître, et pour certaines de se réconcilier, de se confier et de se trouver - comme Sheila qui abandonne défintivement son alias de "She-Wolf".

Justine et Sam (Britt Baron et Marc Marron)

Sam accompagne Justine chez plusieurs producteurs à Hollywood pour vendre le scénario qu'elle a écrit. Elle attire l'attention d'un jeune financier et impose son père à la réalisation. Sam, contrarié, la laisse fêter ça seule et a un  malaise cardiaque, qui lui impose une meilleure hygiène de vie.. A Vegas, la mère de Bash, Birdie, vient rencontrer Rhonda, sa belle-fille, qui gagne sa confiance. Debbie fait la connaissance de Tex, un riche homme d'affaires.

Ruth face à elle-même

Depuis le départ de Keith, Cherry a accumulé une grosse dette de jeu, qui risque de provoquer son renvoi du Fan-Tan. Carmen vient à la rescousse pour l'aider à rembourser. Ruth répété avec Sheila pour une fête de charité et mesure l'impasse dans laquelle se trouve sa carrière d'actrice. D'ailleurs, Debbie ne se prive pas de le lui rappeler tout en nourrissant pour son amie et elle-même de grandes ambitions grâce à la fortune de Tex, devenu son amant.

 La fête de Libertines animée par Bobby Barnes (Kevin Cahoon)

Ruth auditionne à Los Angeles pour le film de Sam et Justine, à la demande de celle-ci. Elle reconnaît aimer Sam en partageant un verre avec lui mais il lui avoue qu'elle n'a pas décroché le rôle. Pendant ce temps, Bash tombe dans un piège tendu par Rhonda pour réveiller leur vie sexuelle. Sheila éblouie l'auditoire lors de la fête de Libertines produite par Debbie. Avant qu'un incendie ne se déclare devant la salle - le fait de militants homophobes.

"Un Conte de Noël" revisité par GLOW

Grâce aux investissements de Bash dans les productions du Fan-Tan et le succès intact de GLOW, en cette veille de Noël, le spectacle est sûr d'être reconduit en 1987. Pour fêter ça, la troupe adapte, à l'initiative de Carmen, "Un conte de Noël" de Dickens sur le ring. Debbie, vexée d'avoir été le jouet de Tex, lui vole un contrat et convainc Bash d'acheter une chaîne de télé à Bash. Les filles se séparent pour partir en congé. Debbie révèle à Ruth l'affaire conclue avec Bash et lui offre un poste de réalisatrice. Mais elle refuse, pensant encore percer comme actrice.

Pour peu qu'on soit superstitieux, on commence à regarder cette troisième saison de GLOW avec un léger sentiment d'appréhension. Parce que la série reprend après l'annulation de The OA et la déconfiture totale de Dear White People (un naufrage tel que je n'ai pas eu le coeur d'écrire une critique dessus). Le show de Liz Flahive et Carly Mensch va-t-il conjurer le sort ?

Ne faison pas durer le suspense : c'est une excellente cuvée que ces dix nouveaux épisodes. Pas seulement parce que les qualités de la série sont toujours là mais aussi parce que les showrunners ont su faire grandir, évoluer leur production sans la dénaturer. On n'a pas l'impression d'assister à un nouvel acte superficiel, un match de trop. Au contraire : GLOW trouve un nouveau souffle et de nouvelles perspectives très alléchantes s'ouvrent à la fin de la saison.

La surprise, cependant, réside dans le peu de place accordée au catch. Mais chaque représentation donne l'occasion de moments comiques désopilants et inventifs, dont le point culminant se situe dans le dixième épisode, avec la nouvelle de Charles Dickens adaptée pour le ring, et qui occupe au moins la moitié de la durée de l'épisode.

Les scénaristes ont manifestement voulu creuser la caractérisation des personnages, sans s'arrêter aux deux stars que sont Ruth et Debbie, voire Bash et Sam. Chaque fille de la troupe à son moment et plusieurs ont droit à un arc entier, comme Rhonda, Arthie ou surtout Sheila. La prestation de Gayle Rankin dans son rôle est d'ailleurs remarquable, après avoir passé une quinzaine d'épisodes déguisée en femme-loup. 

Les problèmes de sexualité, de parentalité (à travers les personnages d'Arthie, Sam, Justine, Debbie), de vieillesse (avec Tammé), trouvent un écho avec l'actualité de l'époque (épidémie du sida, homophobie). Les auteurs savent aborder ces thèmes intelligemment, les intégrant à la narration sans lourdeur, de manière subtile et frappante. C'est un peu déroutant au début de voir le récit bifurquer et accorder moins de place à Ruth notamment, mais c'est finalement très sympa de mieux définir les filles, de cerner les tensions dans le groupe, les doutes de chacune, préparant le terrain pour le futur (la saison 4 devrait voir les lignes bouger profondément si on en juge par le final).

Plus globalement, cette saison 3 est plus éclatée, plus chorale. Sam s'éloigne de façon logique (le spectacle tourne très bien sans lui alors que Justine perce à Hollywood). Debbie assume ses ambitions (jusqu'à en avoir pour deux, ce qui ne sera pas sans conséquences pour son amitié avec Ruth) et s'affirme. Bash doit affronter sa sexualit tandis que Rhonda prend une épaisseur inattendue. Le sort de Carmen ou Tammé va certainement beaucoup changer encore. C'est très riche.

Le décor de Las Vegas menaçait la série qui risquait de devenir trop clinquante. Mais là encore, le piège est admirablement évité car l'histoire reste focalisée sur les personnages. L'aspect artificiel du lieu souligne, par contraste, les tourments des protagonistes, qui refusent, au propre comme au figuré, d'être prisonniers.

Une fois encore, la série tire un profit indiscutable de sa troupe d'actrices, toutes magnifiques d'humanité. J'ai déjà parlé de Gayle Rankin, mais il faut aussi mentionner Britney Young ("le coeur et l'âme de GLOW" dixit Ruth), ou Kia Stevens (épatante Tammé). Et la participation de Geena Davis est sensationnelle : voilà une guest-star bien employée !

Bien entendu, les deux vedettes, Alison Brie et Betty Gilpin, sont toujours merveilleuses. Brie, en particulier, existe toujours intensément, même en étant un peu plus enretrait cette saison, et fait de Ruth une héroïne très attachante (l'actrice passe aussi derrière la caméra avec talent le temps d'un épisode). Le duo Marc Marron-Britt Baron sont un père et sa fille plus vrais que nature. Et Chris Lowell est top dans le costume de Bash.

Flamboyante et sensible à la fois, GLOW demeure une des meilleures productions Netflix, de celles sur laquelle la plateforme peut continuer à compter.