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jeudi 14 juin 2018

DOCTOR STAR & THE LAST KINGDOM OF TOMORROWS #4, de Jeff Lemire et Max Fiumara (FINALE)


Le spin-off de Black Hammer, Doctor Star & the Last Kingdom of Tomorrows s'achève avec ce quatrième numéro. Et disons-le tout de suite, Jeff Lemire et Max Fiumara terminent avec un pur chef d'oeuvre, un épisode d'une force émotionnelle exceptionnelle qui risque de vous serrer la gorge et peut-être même de vous tirer des larmes. 


Le Dr. Star accompagne ses disciples extraterrestres jusqu'aux portes de la Para-Zone : le passé est derrière lui et ne peut être réécrit. L'avenir est devant et avec lui, peut-être, la possibilité de découvrir tous les secrets de l'univers. 

Par le passé, après avoir été rejeté par sa femme et son fils, Jim Robinson se consacre à ses travaux scientifiques. Il abandonne sans regrets sa carrière de super-héros, rongé par les remords, et parce qu'une nouvelle génération de justiciers apparaît.


Jusqu'au jour où Abraham Slam ne lui téléphone : il a toujours veillé sur Joan Robinson en l'absence de son mari et annonce à ce dernier qu'elle vient de s'éteindre. Aux obsèques, Jim mesure le gâchis de son existence et le gouffre qui le sépare désormais de son fils, Charlie. 

Aujourd'hui, ses disciples lui demande d'être leur guide dans la Para-Zone. Mais il décline cette requête pour rentrer sur Terre et veiller sur son fils, agonisant dans son lit à l'hôpital. Il lui raconte tout sur les raisons de ses absences, son échec comme père. Charlie pardonne Jim et lui dit être prêt.


Jim s'envole alors avec son fils dans les bras. Il atterrit avec lui sur la Lune où Charlie rend son dernier souffle. A la fois brisé et soulagé, Jim serre son fils dans ses bras.

Dr. Star... offre ce que Jeff Lemire peut écrire de mieux. Pas seulement parce qu'il s'agit d'une oeuvre qu'il a créée et dans laquelle il projette donc des choses plus personnelles que dans ses travaux pour DC et Marvel, mais tout simplement parce qu'il y exprime ce qui distingue le mieux sa production.

Le scénariste a un goût certain pour les personnages de losers magnifiques, les marginaux qui se lancent dans des aventures qui les dépassent mais dont ils sortent vainqueurs au prix de terribles sacrifices. Avec Black Hammer et ses déclinaisons, il a ajouté à ces qualités narratives des références bien senties aux BD de ses confrères, aboutissant à une sorte d'univers subtilement décalé et merveilleusement familier, mais toujours avec ce regard mélancolique qui fait sa marque.

Ici, c'est au Starman de James Robinson et Tony Harris qu'il adresse un hommage inspiré, mais en inversant l'argument : il ne s'agit pas de l'histoire d'un super-héros vieillissant qui passe le flambeau à son fils, mais d'un type qui a négligé sa famille pour vivre des aventures extraordinaires et qui, au soir de sa vie, en paie le prix fort en perdant sa femme et son fils.

Pour cet ultime chapitre, Jim Robinson alias Dr. Star est à la croisée des chemins : il a découvert que des extraterrestres qu'il sauva jadis d'un dragon sont devenus ses disciples et veulent qu'il devienne désormais leur guide dans une zone inconnue. La tentation d'exaucer ce voeu est grande car le héros a déjà tout perdu et il ne peut réécrire le passé - ayant placé ses ultimes espoirs dans la possibilité que ces aliens soignent le cancer de son fils et apprenant que c'était impossible.

Mais c'est justement parce qu'il se sent coupable d'avoir causé la perte des siens en ayant été trop longtemps absent (et peut-être à cause de ses pouvoirs qui les aurait rendus malades) que le Dr. Star préfère renoncer à cette dernière exploration. Il est l'heure de dire "adieu" : à son rôle de héros des étoiles, à sa femme, à son fils. Et les derniers moments entre Jim et Charlie sont un sommet d'émotion, une séquence poignante comme rarement les comics en offrent. Impossible de ne pas être bouleversé, d'autant plus que Lemire traite cela avec une sobriété impeccable et un sens poétique confinant au sublime.

Pour illustrer ça, il faut faire preuve de décence et de mesure, autant de qualités dont Max Fiumara ne manque pas. Il nous émerveille avec le spectacle enchanteur de la porte de la Para-Zone mais il nous touche plus intensément encore lorsqu'il trouve le bon angle dans des scènes aussi délicates que le coup de fil donné par Abraham Slam annonçant à Jim Robinson le décès de sa femme.

L'épilogue atteint de nouvelles cimes : l'artiste s'autorise une double planche magnifique et trois pages consécutives pour nous entraîner sur la Lune pour des adieux déchirants entre le père et le fils. Une idée toute simple mais vraiment remuante nous montre Jim porter Charlie tour à tour représenté comme un adulte entamé par le cancer et son traitement et comme l'enfant qu'il fut, si son père l'avait bercé dans ses bras. Ces plans fichent la chair de poule.

C'est du grand art. C'est ce qui prouve que les comics, les super-héros, peuvent transcender les clichés qu'on leur colle, le folklore auquel ils sont souvent abonnés. C'est triste mais putain, qu'est-ce que c'est beau.

dimanche 6 mai 2018

DOCTOR STAR & THE KINGDOM OF LOST TOMORROWS #3, de Jeff Lemire et Max Fiumara


Etonnant découverte du troisième épisode de Doctor Star... après la lecture de Captain America #701 comme si les deux séries, et leurs auteurs, dialoguaient, se répondaient, rebondissaient sur les mêmes thèmes : il est là aussi question de paternité, d'enfant malade. Il y a peu de chances que Jeff Lemire et Mark Waid se soient concertés, mais, chacun à leur manière, il touche à une corde sensible avec une égale pudeur et un vrai sens de l'aventure.


Pour sauver son fils qui se meurt d'un cancer, Jim Robinson revient sur la Lune où il avait jadis installé un émetteur pour tenter d'entrer en contact avec des extra-terrestres. Il espère que, grâce à leurs pouvoirs guérisseurs, ils sauveront Charlie.
  

Mais les aliens ont d'autres projets pour le Dr. Star et l'entraînent sur leur planète où sont dressées des effigies à sa gloire. Pour perpétuer son oeuvre et saluer son inspiration héroïque, ils ont même formé le Star Sheriff Squadron, une force armée qui fait régner l'ordre et la justice dans l'univers.


1969. Jim Robinson rentre chez lui et retrouve Joan, sa femme, après une absence de dix-huit ans, consécutive à une erreur de calcul spatio-temporel. Devenue alcoolique, elle refuse de lui pardonner de l'avoir abandonnée. Et lorsqu'il lui demande où est fils Charlie, elle lui répond qu'il est parti à la guerre. Mais quelle guerre, demande-t-il ?


Son séjour loin de la Terre explique que Jim ignore tout du conflit au Vietnam. Charlie est sur le point d'être démobilisé après avoir été blessé au front, mais ses plaies les plus profondes sont psychologiques. Ce n'est pas le retour de son père qui va arranger les choses, ce père qu'il espérait mort après l'avoir longtemps attendu en vain.


Les extra-terrestres expliquent au Dr. Star qu'ils ne peuvent sauver son fils car le traitement qu'ils lui infligeraient serait trop extrême pour un terrien. En revanche, ils mènent leur "père" à la source du pouvoir cosmique, la Para-Zone - là où, peut-être, Jim trouvera d'autres réponses...

Après avoir déçu avec le troisième épisode de The Terrifics, Jeff Lemire prouve que, sur un projet qu'il maîtrise totalement pour l'avoir créé, il est à son meilleur. Pourtant, Doctor Star & the Kingdom of Lost Tomorrows n'est pas si éloigné d'une production digne de DC : comme tous les spin-off de Black Hammer, en effet, la série puise son inspiration dans l'univers de l'éditeur de Burbank.

Le titre fonctionne, on l'a compris maintenant, comme un reflet inversé du Starman de James Robinson (qui est aussi le nom du héros) et Tony Harris : ici, ce n'est pas le fils qui succède au père super-héros, mais le père qui a sacrifié sa vie familiale à sa carrière de justicier et voit aujourd'hui son fils mourir sans l'avoir vu grandir. Cela permet à Lemire d'évoquer la guerre du Vietnam en soulignant le décalage historique dont souffre Robinson, loin quand le conflit a démarré et a dégénéré en bourbier (nous sommes alors dans un flash-back en 1969). Les deux scènes des retrouvailles de Jim avec sa femme et son fils sont d'une intensité terrible, entre le regret du mari et du père et le rejet sans appel de son épouse et de son fils - on les comprend tout en mesurant bien le déchirement du Dr. Star.

Et puis, de nos jours, dans une tentative désespérée pour sauver Charlie en phase terminale, Jim fait appel à ses amis extra-terrestres et leurs pouvoirs de guérisseurs. Il découvre que les aliens pacifistes et primitifs qu'il avait autrefois rencontrés et sauvés sont devenus des êtres supérieurement avancés et rassemblés, au point d'avoir formé un escadron en son hommage, à lui, leur père spirituel.

La référence est explicite, Lemire ne cache jamais d'où il tire ses idées : c'est aux Green Lanterns Corps que le Star Sheriffs Squadron fait penser, et leur représentation est impressionnante. Les dessins de Max Fiumara, aussi à l'aise dans le registre intimiste que dans le grand spectacle, rend justice à cette découverte à la fois merveilleuse et cruelle - puisque les extra-terrestres ne pourront sauver Charlie Robinson (ou du moins, ils le peuvent mais expliquent que le traitement est trop radical pour qu'il y survive).

Lemire fait in fine la relation entre Doctor Star... et Black Hammer en évoquant la Para-Zone où, dans la série-mère, le colonel Weird effectue de fréquents et perturbants séjours. On sait que cette dimension permet à ceux qui s'y rendent permet de voir aussi bien le passé que le futur, on apprend que c'est aussi la source du pouvoir cosmique capté par Jim Robinson et ses émules. Sera-ce la solution au mal qui ronge Charlie ?

Divertissement magnifique, la série se révèle surtout comme une réflexion poignante sur la paternité, ses responsabilités, l'ivresse du pouvoir, l'héritage. C'est une merveille, porté par un auteur au top, bien accompagné par un artiste totalement investi.  

vendredi 6 avril 2018

DOCTOR STAR & THE KINGDOM OF THE LAST TOMORROWS #2, de Jeff Lemire et Max Fiumara


Faisons un break dans le run de Daredevil par Charles Soule pour nous pencher sur les nouvelles sorties en single issues de ce début Avril. Et commençons par le titre le plus chaud du moment, puisque le plus récemment découvert : le deuxième épisode de Doctor Star & the Kingdom of the Last Tomorrows (from the pages of Black Hammer) par Jeff Lemire et Max Fiumara. Et inutile de tergiverser : toutes les promesses du premier chapitre son tenues.


Au chevet de son fils, Charlie, mourant d'un cancer, Jim Robinson se souvient avec regret combien il a négligé les siens au profit de sa carrière de chercheur et de super-héros... 1951 : un transpondeur qu'il avait installé sur la Lune lui renvoie un signal en provenance d'une espèce extra-terrestre. Une nouvelle découverte majeure pour lui, plus importante que tout.


Délaissant femme et enfant, il part à la rencontre de ces aliens, sans même concevoir qu'ils puissent être hostiles... De nos jours, Jim est surpris par Rachel, la femme de Charlie, qui lui reproche, avec virulence, sa présence et l'accuse d'avoir tué sa femme, Joan, également rongée par le cancer, et son fils maintenant, à cause des radiations cosmiques de son équipement de Dr. Star.


Il dément mais se retire, affligé... 1951 : Dr. Star aborde les extra-terrestres et, malgré des difficultés pour communiquer, découvre un peuple pacifiste et avancé. Mais leur situation les empêche justement de se défendre contre une menace terrible, un dragon. Le super-héros terrien décide de les en débarrasser.


Le combat, épique dans l'espace, aux abords d'un trou noir, se solde par la victoire de Dr. Star mais en revenant auprès des extra-terrestres, il les découvre vieillis et comprend alors que le temps passé dans l'espace a passé plus vite qu'il ne l'avait calculé. Il faut qu'il rentre chez lui toutes affaires cessantes... Mais atterrit sur Terre dix-huit ans après son départ !


De nos jours, Jim retrouve dans un bar un de ses amis justiciers retraités, Wingman, avec lequel il juge les nouveaux redresseurs de torts, aux méthodes plus radicales. Mais, après un verre, il réagit et décide de reprendre son rôle de Dr. Star avec pour mission de sauver son fils !

Quelle densité narrative dans ces vingt pages ! Jeff Lemire est décidément un auteur surprenant : non content de livrer quantité de scripts à droite et à gauche (il travaille simultanément pour Image Comics, Marvel et DC), il développe donc son "Black Hammer-verse" dont la série-mère va revenir bientôt (avec le sous-titre Age of Doom), le titre Sherlock Frankenstein and the Legion of Evil, et bientôt un nouveau spin-off futuriste Quantum of Age ! A quand cet homme dort-il ?

La question pourrait s'appliquer à son héros de Doctor Star car Jim Robinson erre entre présent passé comme un somnambule que le sommeil fuirait à cause des regrets causés par une existence gâchée. C'était suggéré dans le premier épisode, c'est désormais confirmé : la série traite bien du sacrifice et du prix à payer pour une vie d'exploits héroïco-scientifiques au détriment de sa famille.

Et le résultat est poignant, même si le lecteur juge avec sévérité l'attitude de cet homme trop grisé par ses découvertes pour penser aux siens, à l'amour d'une épouse dévouée comme à la présence d'un fils délaissé. Ce même fils qu'il retrouve désormais agonisant dans une sombre et sinistre chambre d'hôpital, constatant avec déchirement que la situation est contre-nature : un père ne devrait jamais enterrer son fils, le cours normal des choses est l'inverse.

Jim Robinson est-il responsable, comme le pense sa belle-fille, de la mort de sa femme, Joan, elle aussi décédée d'un cancer, et de l'état terminal de Charlie, à cause des instruments alimentés par de l'énergie cosmique radioactive du Dr. Star ? Lemire reprend là un soupçon qui était pointé sur le Dr. Manhattan dans Watchmen et dont se servait, en coulisses, Ozymandias, pour l'obliger à quitter la Terre. Mais là où le demi-dieu d'Alan Moore était un être détaché des simples mortels par sa condition, le héros de Lemire est juste un vieillard accablé qui, dans un sursaut fou, décide de reprendre son activité héroïque avec pour ultime mission la plus impensable des tâches : guérir son fils, vaincre la mort !

En passant, il glisse un réflexion sur les héros brutaux de la nouvelle génération, là aussi comme Moore réagit contre la tendance qu'il avait involontairement lancée, par rapport à la bravoure plus chevaleresque des super justiciers d'antan, dans une scène avec Wingman, admirable de justesse sur la vieillesse, le temps qui passe, les codes moraux selon l'époque. Le temps est aussi au coeur de cet épisode, avec un dramatique rebondissement, qui souligne encore davantage à quel point Dr. Star était à la fois un homme de science dépassé par son propre enthousiasme (une illustration tragique du célèbre "science sans conscience n'est que ruine de l'âme"...).

Max Fiumara illustre toute cette matière, abondante et fluidement racontée, avec un brio égal à l'excellence de l'écriture. Sa collaboration de longue date avec le coloriste Dave Stewart (qui l'accompagne, comme beaucoup d'autres artistes, sur les titres liés à Hellboy) traduit à la perfection toutes les nuances d'ambiance entre les époques, les lieux, les émotions qui traversent les personnages.

Le défi graphique majeur de Doctor Star est de rendre compte d'une variété fulgurante de scènes : on démarre ici dans la pénombre d'une chambre d'hôpital-mouroir, puis on enchaîne par un flash-back en 1951 dans l'observatoire de Jim Robinson, un au-revoir dans le salon d'un pavillon de banlieue des 50's, un voyage galactique et un combat spectaculaire et éclair contre un dragon, ponctués par des retours de nos jours à l'hosto et dans un bar à la décoration volontairement expédiée car l'important est plus ce qui s'y échange que la précision du cadre.

Fiumara et Lemire pourraient tirer sur la corde, dans le pathos ou l'action : ils préfèrent miser sur la sobriété et l'écoulement à la fois imperceptible et vertigineux de leur histoire, ce qui rend la lecture à la fois rapide et mémorable, brassant les sentiments sans omettre le divertissement et la réflexion. Lorsqu'on parvient à ce niveau de maîtrise narrative et graphique, il n'y a plus qu'à s'incliner. Vivement le mois prochain pour la suite !   

dimanche 1 avril 2018

DOCTOR STAR AND THE KINGDOM OF LAST TOMORROWS #1, de Jeff Lemire et Max Fiumara


"From the pages of Black Hammer" lit-on sur le bandeau en haut de la couverture car Doctor Star and the Kingdom of Last Tomorrows est un spin-off de la série Black Hammer. Considérant la richesse de l'univers mis en place dans sa série principale, Jeff Lemire, à la manière de Mike Mignola avec Hellboy et ses titres dérivés (B.P.R.D., Abe Sapien...), avait la matière pour en exploiter les à-côtés. Et, comme il est inspiré et bien entouré, ici avec le dessinateur Max Fiumara (familier du "Mignola-verse"...), il a eu bien raison de ne pas se priver car c'est une nouvelle merveille qu'il nous offre.


De nos jours, Jim Robinson revient à Spiral City et retrouve son observatoire à l'abandon. Il se rappelle, dans ce décor décati, d'autrefois en s'adressant par la pensée à un certain Charlie... En 1941, ce scientifique, sommité de l'astrophysique, est abordé par les services secrets qui veulent financer ses recherches concernant la découverte de la Para-Zone dont l'énergie pourrait servir à alimenter une arme capable de remporter le seconde guerre mondiale.


Cette manne, garantit Jim à sa femme Joan avec qui il vient d'avoir un fils, allait leur permettre d'être à l'abri du besoin. Mais, pour cela, Robinson négligea son couple et se dédia entièrement à ses travaux, mettant au point un équipement révolutionnaire capable de capter l'énergie de la Para-Zone et de la projeter au moyen d'une lance. 


Ainsi devint-il lui-même l'arme que lui avait commandé l'armée sous le pseudonyme du justicier Doctor Star. Grisé par ce pouvoir et ce statut, Jim Robinson ne mesura pas qu'il venait de franchir un point de non-retour.


Alors que d'autres justiciers masqués - Abraham Slam, Golden Gail, Wingman, Captain Night, Doctor Day, the Horseless Rider - s'interrogeaient sur leur devoir d'aller combattre en Europe, le Doctor Star les convainquit de franchir l'Atlantique.


Les exploits de leur groupe, appelé le Liberty Squadron, firent basculer la guerre en faveur des Alliés et firent d'eux des héros... Mais aujourd'hui, le vieux Jim, cherchant son chemin vers le service d'oncologie d'un hôpital, se rend au chevet d'un patient spécial : son propre fils agonisant, le nommé Charlie.

Le Doctor Star est apparu dans le premier tome de Black Hammer quand Lucy Weber sollicita son aide pour découvrir où avaient disparu son père et tous ses amis héros. Ce figurant aurait pu le rester, mais en rappelant à la jeune femme qu'il était aussi appelé Dr. Star, Jeff Lemire suggérait qu'il était lui-même un de ces justiciers en relation avec ceux que cherchait sa visiteuse.

Deux autres indices donnaient envie d'en savoir plus : physiquement, le personnage ressemblait au  scénariste James Robinson (co-créateur de Starman), et d'ailleurs, le Dr. Star s'appelait... Jim Robinson. Dans ce comic-book très référentiel qu'est Black Hammer, c'était un hommage direct de Lemire à un confrère, connu pour être un des plus fins connaisseurs de la bande dessinée super-héroïque américaine.

En franchissant le cap qui consiste à faire un clin d'oeil à un collègue puis à développer un titre dérivé qui est entièrement consacré à son double de fiction, Lemire s'inscrit à la fois dans la lignée de Robinson tout en enrichissant la mythologie de leurs propres oeuvres. En somme, le rêve des auteurs de comics n'est-il pas de se projeter dans leurs créatures, de faire de leurs héros leur alter ego fantasmé ? Ecrire un personnage de fiction, n'est-ce pas écrire d'une certaine façon écrire sa propre vie en plus extravagante, plus épique ?

Mais Lemire est un auteur qui n'est pas un simple mémorialiste : rendre hommage, adresser des références, réinventer des figures connues (de la fiction ou de la réalité), ne saurait lui suffire. Il aime par-dessus tout les êtres cabossés, déphasés, pas à leur place, s'interrogeant sur leur propre identité, entre résignation et reconquête. Toute l'équipe de Black Hammer en témoigne, comme les personnages dont il s'empare sans qu'ils lui appartiennent chez Marvel ou DC. Et Jim Robinson ne fait pas exception.

Nous faisons, dans ce premier épisode, connaissance avec un vieil homme, usé, rongé par les regrets, qui narre à la première personne du singulier sa propre histoire, dont il constate qu'elle lui a échappé, trop enivré par le pouvoir et la gloire. C'était un chercheur brillant, un agent du gouvernement, un super-héros, mais aussi un mari absent, un père négligeant. La dernière page révèle qu'il paie très cher cette existence glorieuse mais ingrate. Et, là, une émotion poignante vous prend à la gorge...

Max Fiumara illustre cette série avec une justesse saisissante. Collaborateur régulier de son frère Sebastian, c'est un artiste au trait sensible mais qui sait se faire fouillé, fourni, tout en s'évertuant à rester toujours lisible. Son goût pour l'image évocatrice produit des pages d'un réalisme formidable dans les décors notamment.

Mais il est également brillant pour animer les personnages : son style n'est pas hyper-réaliste mais il respecte la ressemblance du héros avec son modèle, et lui donne une expressivité remarquable. La gestuelle de Robinson est éloquente, on sent sa fébrilité, son enivrement, et plus vieux, le poids des ans, celui des regrets. Tout cela aboutit à une puissante mélancolie, comme peu de comics en produisent. Ce "Royaume des lendemains perdus" mentionné dans le titre de la série semble indiquer moins la fin de la carrière d'un super-héros populaire que l'échec de l'homme derrière le masque à avoir pris soin des siens autant que des innocents sauvés en tant que justicier.

J'ai un peu hésité avant de me lancer dans cette lecture, parce que je craignais de n'être pas aussi conquis qu'avec Black Hammer, mais Doctor Star est une merveille, encore une de la part de Jeff Lemire, un des auteurs les plus recommandables aujourd'hui. Je n'aurai pas à attendre longtemps pour lire la suite puisque le prochain épisode sort Mercredi 4 Avril : cochez, vous aussi, cette date, vous ne regretterez pas cette nouvelle incursion dans cet univers passionnant.

mardi 22 novembre 2011

Critique 285 : X-FACTOR, VOL. 11 - HAPPENINGS IN VEGAS, de Peter David, Sebastian Fiumara, Valentine De Landro et Emanuela Lupacchino

X-Factor : Happenings in Vegas rassemble les épisodes 207 à 212 de la série écrite par Peter David et dessinée par Sebastian Fiumara (#207), Emanuela Lupacchino (#208-209, 211-212) et Valentine De Landro (#210), publiés en 2010 et 2011 par Marvel Comics.
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Madrox, l'homme multiple, accepte un étrange contrat sans deviner tout de suite qui est sa commanditaire : Héla, la déesse asgardienne de la mort, qui veut retrouver Pip le Troll, en cavale après lui avoir volé un pendentif magique.
La mission accomplie, le mutant est pris de remords et embarque son équipe à Las Vegas, où séjourne Héla, pour sauver le Troll. L'affaire se corse rapidement car la déesse prend ombrage de l'entêtement du détective. Mais Thor, le dieu du tonnerre, intervient... Pour mieux tomber dans un piège bien préparée ?
Cependant, restée à New York, Monet St-Croix reçoit la visite d'une ancienne militaire, Noelle Blanc, souffrant de cauchemars. Elle l'en soulage grâce à ses pouvoirs psychiques, mais ignore qu'elle a laissé repartir une meurtrière...
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Peter David est un vétéran des comics, qui a écrit aussi bien pour DC (entre autres sur Aquaman) que Marvel (un run de 12 ans sur Hulk !). Après avoir animé une mini-série sur Madrox, l'homme multiple (vu dans X-Men), il relance le titre X-Factor en lui donnant une toute nouvelle direction, faisant de ses héros mutants des détectives privés, fonctionnant en marge des X-Men.
Avec un casting élargi et des intrigues où se mélangent polar et fantastique, David renoue avec la tradition d'un Chris Claremont, privilégiant la caractérisation, la dynamique de groupe et l'aspect "soap opera", plutôt que le récit d'action pur. C'est ainsi qu'il aligne 50 épisodes d'affilée (réunis en 8 recueils), avec une vraie armée mexicaine d'artistes (de très bons comme Ryan Sook, Pablo Raimondi, mais aussi de très mauvais comme Larry Stroman, Ariel Olivetti).
Puis la série est renumérotée et reprend au numéro 200, avant un énième crossover mutant (Second Coming).
Happenings in Vegas marque un petit tournant car les héros croisent Thor, un autre personnage emblématique mais n'appartenant à l'univers mutant. La curiosité qu'engendre cette rencontre permet à l'histoire de souligner les qualités du scénariste dans une aventure où les répliques fusent et les connections entre les membres de l'équipe sont agrèablement exploitées.
Pour apprécier X-Factor, il faut, comme pour New Avengers de Bendis, accepter d'être entraîné dans un comic-book où les conventions sont malmenées : ici, guère de grandes batailles, mais un soin particulier accordé à l'ambiance et à l'humour, les dialogues servant de ressorts pour que le récit se déploie. L'important, c'est davantage qui couche (ou voudrait coucher) avec qui et les conséquences que cela provoque sur le déroulement de la mission que la mission elle-même.
David utilise un groupe bien fourni (pas moins de 10 membres, dont 7 pour le déplacement à Las Vegas) et les fait interagir en permanence : Madrox est un chef par défaut, souvent dépassé par les évènements et regrettant vite ses initiatives ; sa fiancée Banshee a un tempérament de meneuse mais est encore plus impulsive ; Layla Miller (une création de Bendis, lors de la saga House of M) est une manipulatrice ; Longshot et Shatterstar sont deux va-t-en-guerre vaniteux... Pour corser encore l'addition, Rictor et Shatterstar sont sur le point d'entamer une relation, au moment où Rhane Sinclair, l'ex de Rictor, enceinte, resurgit. Et Monet réveille mentalement mais à son insu une tueuse ! 
On ne s'ennuie pas une seconde en compagnie de cette formation improbable, qui reçoit le soutien providentiel de Thor, dépeint comme un dieu dont l'austérité provoque un effet comique imparable par rapport aux embrouilles dans lesquelles se sont fourrés les mutants.
On pourra être déroûté par les subplots (le cas Noelle Blanc, la parentalité de Rictor et Rhane) que David installe au milieu de l'aventure et auxquels il consacre un épisode entier. Mais le procédé, s'il n'est pas traîté très subtilement, donne indéniablement envie de savoir la suite.
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Comme depuis le début de son run, David compose son script pour plusieurs dessinateurs (mais les prochains épisodes vont apparemment se stabiliser à ce niveau, avec deux artistes en alternance), qui plus est avec des styles très variés.
Heureusement, la majeure partie (4 épisodes sur 6) est assurée par l'italienne Emanuela Lupacchino, dont le trait élégant et rond, au potentiel prometteur, est influencé par Adam Hughes : ses héroïnes possèdent une séduction irrésistibles, et son découpage est à la fois classique et dynamique.
Sebastian Fiumara réalise l'épisode d'ouverture : son travail est agrèable, avec un je-ne-sais-quoi qui le rapproche de John Cassaday (sans être aussi bon quand même).
Valentine De Landro, un habitué de la série, s'occupe de l'intermède de l'épisode 210, avec une utilisation parfois abusive du copier-coller. Ce n'est pas très vivant sans être mauvais.
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Un story-arc divertissant, sans grande consistance, mais avec du charme.