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jeudi 23 décembre 2021

S.W.O.R.D. #11, de Al Ewing et Jacopo Camagni


S.W.O.R.D., c'est fini ! La série apparue (ou plutôt ranimée) à l'issue de X of Swords aura tenu onze numéros. Mais on devrait retrouver ses protagonistes en Avril 2022 sous le titre X-Men : Red, avec certainement toujours Al Ewing aux commandes. Le scénariste conclut donc ce premier acte toujours en compagnie de l'excellent Jacopo Camagni au dessin.



Sur Arakko, Tornade fait face aux mercenaires de la Légion Fatale commandée à distance par Orbis Stellaris et réussit à les éliminer au prix d'un gros effort. L'impératrice Shi'ar Xandra est sauve. Mais la situation reste critique du côté du Pic.


Sabotée par Wiz-Kid, la station du SWORD chute à toute allure en direction de la Terre, menaçant de dévaster une région habitée de l'Australie. Cable ne peut rien faire, à bord, pour empêcher cela et s'en remet au sol à Maniforld. Qui réussit à téléporter le bâtiment et à le remettre en orbite.
 

Tout cela n'a pas échappé à Henry Gyrich et James Hudson dans la station Alpha Flight. Les deux hommes se disputent sur les risques pour la population. Wiz-Kid dévoile alors à Gyrich qu'il a terminé le piratage des connées de la station et les a envoyées aux Shi'ar.


Gyrich prend la fuite mais Abigail Brand le piège. Elle lui dévoile alors comment elle a tout orchestré pour le discréditer auprès d'Orchis. Mais aussi pour servir un dessein plus grand que celui des mutants. Elle élimine Gyrich et rejoint Wiz-Kid.

Petit à petit Destiny of X se dévoile : on a appris le lancement d'une nouvelle série, Immortal X-Men (par Kieron Gillen et Lucas Werneck), puis un relaunch de Marauders (par Steve Orlando et Eleonora Carlini). X-Force sera aussi relancée au n°1 par Benjamin Percy et Robert Gill, Excalibur reviendra sous le nom de Knights of X (par Tini Howard et Bob Quinn). Et S.W.O.R.D. sera rebaptisée X-Men : Red, toujours avec Al Ewing et un dessinateur à confirmer.

J'avais donc vu juste en comptant sur une renumérotation générale, l'arrêt de certains titres qui seraient renommés, et une stabilité scénaristique. Si ce dernier point est positif (confirmant que chaque auteur a encore des choses à raconter) et que les nouveaux venus sont plutôt encourageants, en revanche graphiquement ça ne vend pas du rêve. SWORD/X-Men : Red échappera-t-il au signe indien ?

Déjà on peut s'interroger sur la légimité à rebaptiser cette série, mais sans doute qu'avec X-Men dans le titre, ce sera plus vendeur. La couleur Red (Rouge) suggère que l'action continuera à se focaliser sur Mars/Arakko - au détriment de l'équipe du SWORD ? Sans doute pas, quand on lit la dernière scène, éditifante et machiavélique, de ce onzième épisode, qui révèle que Abigail Brand a son propre agenda, et qu'il est très ambitieux et risqué. N'empêche, arrêter une série au bout de onze numéros pour la relancer sous un autre titre, c'est vraiment un tic Marvel toujours aussi agaçant.

Al Ewing m'a parfois désarçonné avec cette série mais je lui trouve une originalité réelle. Les héros agissent en périphérie de l'univers mutant, avec leur chef qui est probablement la femme la plus retorse et passionnante de tout l'univers Marvel Comics actuellement. Abigail Brand est encore plus diabolique que Nick Fury et Méphisto réunis ! C'est d'ailleurs parfois frustrant que Ewing ne la mette pas encore plus en avant, même si la nature du SWORD est d'oeuvrer en secret, en coulisses, ce qu'illustre parfaitement Brand.

Ce dernier chapitre est riche en action, avec l'intervention musclée de Tornade contre la Légion Fatale (encore une réussite de Ewing qui a su idéalement s'approprier Ororo en en faisant la déesse qu'elle est, la régente d'Arakko, bref une X-woman de premier plan et qui ne s'excuse pas ou doit composer avec les leaders masculins de Krakoa)., puis le sauvetage de la station du Pic par Manifold. Le scénariste sait mettre ses héros face à des défis qui les éprouvent vraiment, ce qui permet au lecteur de mesurer leur puissance réelle.

Mais évidemment c'est la dernière partie de l'épisode qui va faire parler car on y apprend la duplicité effrayante de Brand, dont Gyrich va faire les frais (cette fois, peu de chance que ce dernier refasse parler de lui, mais bon Gyrich, c'est comme Jarvis, tout le monde a l'habitude de le voir dans le décor même si en vérité ce n'était plus qu'un objet dans ce décor et qu'il faut parfois savoir faire le ménage). Par la voix de Brand, Ewing déclare au lecteur qu'il a une histoire à raconter sur le long terme, peut-être la plus ambitieuse de Destiny of X, et on souhaiterait que ce soit lui qui ait succédé à Hickman dans le rôle de la "Head of X", le grand superviseur de la franchise (même ce ne sera pas le cas).

Jacopo Camagni sera-t-il toujours membre de l'équipe en Avril prochain ? Ce serait souhaitable car l'artiste italien a un style qui me plaît et il a su stabiliser graphiquement la série après le départ de Schiti, dont les remplaçants n'ont fait que passer, sans éclat.

Camagni est à l'aise avec les personnages, les décors, l'action, les dialogues : il maîtrise son sujet et sa complicité avec Ewing est évidente. Par ailleurs, il est bien meilleur que Bob Quinn, Robert Gill, Eleonora Carlini, Lucas Werneck, plus complet. J'aimerai bien ne pas arrêter de lire tous les titres mutants faute de bons dessinateurs, donc si les editors pouvaient renouveler Camagni, j'achèterai X-Men : Red en Avril avec plaisir.

Mais bon, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : Destiny of X, comme je le craignais depuis l'annonce du départ de Hickman, ne me fait pas envie. "L'âge de Krakoa" n'aura certainement été qu'une parenthèse enchantée durant deux ans, avec des séries inégales, mais un projet d'ensemble jubilatoire, avec à la baguette un auteur génial. SWORD n'aura pas échappé à quelques trous d'air, mais en moins d'un an aura connu plus de hauts que de bas. A l'image de ce dernier épisode.

jeudi 18 novembre 2021

S.W.O.R.D. #10, de Al Ewing et Jacopo Camagni


Le précédent épisode de S.W.O.R.D. s'achevait sur un twist étonnant : Al Ewing désignait Wiz-Kid comme un traître à la solde de l'organisation Orchis !  Ce coup de théâtre est exploré ici et signe un vrai tournant dans la série, mais pas forcément au niveau où on l'attend car le scénariste nous piège une nouvelle fois à la fin. Jacopo Camagni reste en poste et là aussi, c'est une surprise car c'est la première fois depuis Valerio Schiti qu'un même artiste dessine deux épisodes d'affilée.


Wiz-Kid est donc une taupe infiltrée au sein du SWORD pour le compte de Henry Gyrich, allié d'Orchis, l'organisation anti-mutante. Mais pourquoi Taki Matsuya a-t-il décidé de trahir ses amis ? Et comment va-t-il s'y prendre ? Le jeune mutant se réveille ce matin-là avec un plan déjà en tête...


Sur Arakko, Tornade a mis au pas la Légion Fatale. Frenzy et Cannonball la soutiennent dans cet effort, mais lorsqu'ils cherchent à joindre Abigail Brand, elle ne répond pas. Tornade appelle alors Cable, responsable de la sécurité au sein du Pic, la station n°1 du SWORD.


Au même moment, Wiz-Kid arrive dans la salle de commandement du Pic où se trouve Nathan Summers. Usant de ses pouvoirs, il neutralise Cable en s'en prenant à ses prothèses. Lorsque Nathan revient à lui, Vanisher le prévient qu'il a, selon ses ordres, fait évacuer la station.


Wiz-Kid assiste depuis la station Alpha Flight à l'explosion déclenchée dans le Pic. Henry Gyrich le félicite et l'interroge sur la motivation de sa trahison. Taki désigne Apocalypse dont il n'a pas supporté la présence dans le conseil de Krakoa. Gyrich se retire, ignorant que sa taupe n'est pas seule à bord...

Je ne révélerai pas qui est avec Taki Matsuya à bord de la station Alpha Flight ni comment Gyrich peut ignorer cette autre présence, mais ce que réussit là Al Ewing oblige le lecteur à reconsidérer les épisodes 9 et 10. 

J'ai, comme d'autres, pu déplorer que S.W.O.R.D. soit une série sans véritable ligne narratrice, bien qu'elle soit agréable à lire. La manière dont Al Ewing écrit ici est déroutante car parfois le plus important se déroule hors champ et le casting semble sous exploité. Par ailleurs, Marvel a vendu la série comme celle du "programme spatial mutant", et on peut être légitimement frustré sur ce point car on n'est pas dans de l'aventure cosmique ni de l'action stellaire.

Il est plus juste d'estimer le SWORD comme l'équivalent du SHIELD des mutants, une série d'espionnage avec des personnages qui magouillent, manipulent, dissimulent, mentent, complotent, une équipe dont le secret est la devise. Et cet épisode comme le précédent sont probablement non seulement les plus réussis depuis le lancement du titre mais aussi parce qu'ils redéfinissent clairement son identité.

En désignant Wiz-Kid, qui est à la fois un héros jeune, sympathique et surtout le bras-droit de Brand, comme un traître, un espion à la solde de Gyrich, Ewing a pu donner l'impression de créer un coup de théâtre artificiel, une surprise tellement grosse qu'elle ne peut qu'engendrer la méfiance du lecteur. Comment ça, Wiz-Kid, une taupe au service d'Orchis ? Pas possible ! Et en même temps, pourquoi pas ? La première scène de cet épisode laisse planer le doute, qui sera souligné ensuite, jusqu'à la dernière page : paralytique, Taki Matsuya insiste en voix off sur le regard de ses semblables mutants guère différent de celui des humains devant un handicapé. Il fait montre d'une forme de suffisance aussi qui n'est pas apprécié, justement de la part de quelqu'un de physiquement diminué.

Le lecteur se dit alors que la trahison du personnage est motivée par une volonté de prendre sa revanche sur ses semblables qui l'aurait mésestimé, méprisé. Les situations s'enchaînent et on peut apprécier la précision diabolique du plan de Wiz-Kid pour neutraliser Cable, couper le contact avec Frenzy (et donc Tornade) sur Arakko (alors que la Légion Fatale s'avère être un adversaire plus coriace que prévu). Lorsque la station du Pic explose, le lecteur est encore plus ahuri.

Puis, fidèle à lui-même, Ewing sort de sa manche un joker qui oblige le lecteur à tout réévaluer - et le soulage aussi, avouons-le. Comme d'habitude dans la série, l'essentiel était invisible aux yeux, le plus important se passait hors champ. On saisit alors pourquoi il fallait que le scénariste nous fasse douter aussi diaboliquement. Ce faisant, il prouve bien que SWORD est plus une série d'espionnage avec des coups fourrés, des coups tordus, qu'une série sur un programme spatial, même si, en fin de compte, l'espionnage ici (ou le contre-espionnage) concerne des affaires spatiales (avec Alpha Flight et Orchis dans les rôles des antagonistes, comme Spectre dans James Bond). C'est le B.A., BA des récits d'espions : toujours emprunter des chemins de traverse, toujours faire compliqué au lieu de faire simple, toujours mentir, tromper, abuser pour mieux surprendre le lecteur. Ce qui se joue alors est une partie d'échecs où il faut savoir concéder des pièces maîtresses pour faire mat.

Et là, ça devient jubilatoire. On peut juger que dix numéros pour définir une série, c'est un rythme de sénateur, mais désormais, on sait que SWORD se déguste, se savoure pour ceux qui ont eu la patience d'attendre jusque-là. La série qui paraissait avancer à tâtons, naviguer à vue est en réalité un crescendo machiavélique, un mécano subtilement construit par Al Ewing, qui peut être absolument passionnant à suivre maintenant qu'on en connaît la procédure.

SWORD gagne sur un autre tableau : en accueillant Jacopo Camagni, on pouvait se demander si ce ne serait pas le énième remplaçant de Valerio Schiti. Or, en le retrouvant, on se rend compte que l'artiste est le premier depuis Schiti a signer deux épisodes consécutifs. Et bien que ce soit encore précaire, c'est une stabilité graphique très agréable.

Pour ma part, je suis conquis par son travail, même si ce n'est pas (pas encore) parfait. Camagni fait le job, très proprement, avec beaucoup d'assurance. Il s'est approprié les personnages avec autorité, il soigne ses décors (même si parfois les effets infographiques sont un peu trop appuyés), et son découpage est impeccable, avec des planches comportant peu de cases mais qui s'enchaînent avec fluidité.

Mine de rien, Camagni est un dessinateur solide : si l'expressivité de ses personnages n'a rien d'exceptionnel, on remarque qu'il est précis quand il s'agit de détailler des postures, comme quand il montre Taki en train de se réveiller et de se lever, soulignant tous les efforts que doit produire un paraplégique pour se dresser dans son lit, glisser dans son fauteuil roulant, s'habiller - ça n'a l'air de rien, mais c'est réaliste, c'est crédible. A côté de cela, il sait envoyer du bois pour représenter la puissance immense de Tornade ou l'explosion d'une partie de la station du Pic (avec une belle double page). Et, donc, la surprise qui intervient à la dernière page est bien mise en scène.

Tout ça donne très envie de lire le prochain numéro, sachant qu'en Janvier la série fera une pause. J'espère vraiment que Marvel va conserver ce titre (j'ai bon espoir car Ewing "a la carte" et ne semble pas vouloir en rester là) car cette fois, ça y est, la machine est lancée. Et bien lancée !  

vendredi 29 octobre 2021

S.W.O.R.D. #9, de Al Ewing et Jacopo Camagni

S.W.O.R.D. continue d'être la série la plus déroutante de la franchise X. En un sens, il est logique qu'elle ait l'espace pour décor car c'est un véritable ovn. Al Ewing joue certes habilement avec les nerfs du lecteur car il ne propose toujours pas d'arc narratif et le seul vrai méchant complote plus qu'il n'attaque. En outre, la série accueille un nouvel artiste, un de plus, avec Jacopo Camagni, dont la prestation est cependant très convaincante.




A bord de la station Alpha Flight, Henry Gyrich accueille James Hudson/Vindicator, ancien leader de la Divison Alpha et ami de Wolverine (Logan). Il a prêté allégeance à Orchis mais rechigne à trahir les mutants. Mais Gyrich l'informe qu'il a une taupe au sein du SWORD...


Sur Arakko, Frenzy, entourée de Forearm et Random, accueille l'impératrice Xandra et la garde impériale Shi'ar, venues rencontrer la régente Tornade. Abigail Brand et Wiz-Kid supervisent l'opération dont l'importance diplomatique est cruciale pour les mutants.


Tornade est en retard, retenue par un nouvel arakki récalcitrant à son autorité. C'est alors qu'apparaît la Légion Mortelle, un groupe de criminels qui veut assassiner Xandra. Le combat s'engage et la garde impériale est décimée avec une facilité désarmante.



Heureusement, Tornade intervient pour stopper le massacre et sécuriser Xandra, lui sauvant à nouveau la vie. Toute la scène n'a pas échappé à Vindicator et Gyrich grâce à la taupe de celui-ci, à qui il demande de prouver sa loyauté...

Je choisis (contrairement à hier lorsque j'ai parlé de Inferno #2) de ne pas spoiler l'identité de la taupe, pour la simple raison que ce neuvième épisode de S.W.O.R.D. peut se critiquer sans insister sur ce point.

Il n'empêche, la série continue d'être compliquée à analyser car elle ne ressemble à rien d'autre. Les plus sévères diront même qu'elle ne ressemble à rien tant elle semble avancer à tâtons, sans programme, sans plan, parfois en reléguant hors-champ le plus spectaculaire - même si ce n'est pas le cas cette fois. La fin, à ce titre, suggère pour la première fois une volonté de Al Ewing de développer une véritable intrigue digne de ce nom, même si cette histoire de taupe et l'identité du traître prêtent à confusion.

En même temps, chaque nouvel épisode de SWORD jusque-là prêtera à interprétation puisqu'il n'y aura pas de nouveau numéro en janvier. Je doute toutefois que la série soit annulée, et si elle devait être relaunchée, ce serait tout aussi étonnant parce que ce volume ne compterait que 11 chapitres. Mais on a vu Marvel renuméroter pour moins que ça...

Que lit-on ici ? Le scénario tient vraiment sur un post-it : une délégation Shi'ar de déplace sur Arakko pour rencontrer Tornade, la régente de la planète désormais capitale du système solaire et de ses habitants, des mutants oméga exilés d'une dimension infernale. La visite se passe mal car débarque une bande d'assassins qui veulent tuer Xandra, l'impératrice. On croit que l'affaire va être vite pliée par les Shi'ar mais c'est une erreur car on assiste à un vrai carnage... Que Tornade règle promptement dès qu'elle se montre. Tout cela est encadré par un prologue et un épilogue (qui ne disent pas leurs noms) où Henry Gyrich dévoile qu'il a une taupe au sein du SWORD, prêt à saborder les échanges diplomatiques des mutants avec de potentiels alliés extra-terrestres.

C'est efficace, convenons-en. L'action est rondement menée, et l'identité du traître au sein du SWORD est vraiment suprenante, surtout qu'on ignore totalement pour quelles raisons il collabore avec Gyrich et plus encore parce que c'est bien le dernier qu'on aurait imaginé se retourner contre Abigail Brand et compagnie.

Reste que c'esst tout de même très léger. Et ça pose encore une fois la question, lancinante, de ce que cherche à raconter Ewing avec cette série. Sur le papier, c'est un titre avec un potentiel énorme : le programme spatial mutant, la diplomatie galactique, avec un casting de personnages bien épicés, au sommet duquel se trouve Brand, véritable Nick Fury au féminin (avec ce que cela suppose de rouerie, d'agenda personnel, de secrets tordus, de magouilles risquées, et de charisme). 

Pourtant, SWORD avance à coup d'épisodes one-shot, sans véritable arc narratif, sans vrai méchant, au fil de l'eau, ce qui laisse un sentiment croissant de gâchis, d'inabouti. Etrangement, là où la série a le mieux fonctionné, c'est quand elle a dû composer avec l'event King in Black, qui a vraiment éprouvé les ressources du SWORD et joué avec une menace d'ampleur. En dehors, ça a été plaisant, mais jamais sensationnel.

Al Ewing a déclaré qu'il avait de grands projets pour Arakko. Le subplot avec le traître est accrocheur, même si très classique dans la forme. Les notes de Brand sont de la dynamite. Le retour récent du Old Cable peut changer pas mal de choses aussi, et peut-être que la fin d'Inferno impactera jusqu'au SWORD. Mais tout ça demeure hypothétique et il faudra au minimum attendre Février 2022 pour vraiment savoir de quoi sera fait le futur de la série.

En attendant cette échéance, la série accueille à nouveau un dessinateur différent (Stefano Caselli se contentant de signer la couverture). Cette fois, c'est Jacopo Camagni et il se peut que ce nom, comme à moi, ne vous dise rien ou pas grand-chose. Il s'est fait remarquer ces derniers mois avec une série en creator-owned, Nomen Omen (écrite par Marco Bucci, en vo chez Image Comics, en vf chez Panini), et Marvel lui a offert quelques épisodes par-ci, par-là (X-Men : Blue, Deadpool, Captain Marvel).

Franchemeent, j'ai été séduit par les planches de cet artiste italien, sans doute les meilleures dont a bénéficié la série depuis le départ de Schiti. Son trait fluide, son découpage clair et dynamique, ses compositions soignées, tout participe à une lecture très agréable. Parfois, il y a un air de Mark Bagley et de Ciro Tota mêlés et ça fonctionne très bien.

Ses doubles planches ont belle allure et comme l'épisode repose beaucoup sur l'action, Camagni fait preuve d'adresse pour varier les angles de vue, la valeur des plans. Il représente intelligemment la manifestation des pouvoirs, en particulier celle des membres de cette Légion Mortelle, sans sombrer pour autant dans des effets trop agressifs ou dérangeants. La supériorité de ces méchants n'en est que plus efficace, on ressent bien l'incertitude du combat, le danger qui pèse sur Xandra, l'impuissance croissante des Shi'ar et des mutants sur place. L'apparition de Tornade, en majesté, produit l'effet désiré : celle de la seule adversaire en mesure de surpasser tous les combattants sur place.

Par ailleurs, les scènes au début et à la fin entre Gyrich et Vindicator sont très bien mises en scène, avec un recours à des impressions numériques sobres (pour signifier l'usage d'hologrammes informatifs). C'est très encourageant pour la suite puisque Camagni restera sur la série au moins jusqu'au #11 (en Décembre) car il en maîtrise les codes et les personnages avec une assurance bluffante.

Bref, il y a du très bon dans cet épisode (enfin une intrigue qui se pose, avec la taupe de Gyrich, un intérêt manifeste pour Arakko), qui compense le moins bon (la construction même de la série). Ewing a suffisamment de talent, et désormais un dessinateur stable et efficace, pour enfin convaincre qu'il a plus que bonnes intentions pour SWORD.

jeudi 30 septembre 2021

S.W.O.R.D. #8, de Al Ewing et Guiu Vilanova


Ce huitième épisode de S.W.O.R.D. ne dépareille pas avec les précédents : la série semble dépourvue d'une ligne claire, à part le fait qu'elle s'intéresse au rapport des mutants avec l'espace. Ce mois-ci, Al Ewing s'intéresse donc entièrement au nouveau rôle de régente d'Arakko de Tornade, sans que cela soit désagréable à lire mais sans qu'on sache bien een quoi ça fait avancer le schmilblick. Stefano Caselli occupé ailleurs, il est remplacé par Guiu Vilanova, qui s'en sort très bien.


Depuis qu'elle occupe la place de régente d'Arakko, Tornade doit composer avec une race de mutants ayant toujours vécu en guerre, ne connaissant que le conflit pour résoudre les problèmes et ne respectant que la force. Mais elle a l'avantage d'être aussi une mutante de niveau oméga.


Aussi quand le nommé Calderak s'impatiente de la voir se présenter et jure de la massacrer, Tornade n'a d'autre choix que de faire une démonstration. Frenzy assiste à la scène où elle gèle Calderak sur place dans une tempête de neige pour ramener le calme.


Toutefois, les épreuves ne sont pas terminées pour l'ancienne résidente de Krakoa. Testée à nouveau à la table du conseil d'Arakko, elle ne perd pas son sang-froid. Même quand Tarn avoue être allé l'île et compte y retourner, malgré l'interdiction convenue entre les deux peuples mutants.


Tornade prend les devants et défie Tarn en duel. Il accepte et ne retient pas ses coups, la privant de ses pouvoirs et lui infligeant de terribles déformations physiques. Tornade puise dans ses ressources et retourne la situation, gagnant le respect de son adversaire. Et impressionnant Wiz-Kid et Frenzy.

Comme je le relevais en préambule, S.WO.R.D. est une bien curieuse série. A mon sens, c'est une des plus originales et des plus réussies de la franchise, elle a su s'imposer en peu de numéros et malgré des contraintes qui auraient découragé plus d'un scénariste, obligé de faire avec un event (King in Black), un crossover (Hellfire Gala) et le départ de deux dessinateurs (Valerio Schiti, Stefano Caselli).

Al Ewing a donc du mérite. Mais c'est un auteur déroutant car il semble plutôt se satisfaire de ces contraintes (en tout cas il les embrasse sans souci apparent). En revanche, il faut plus que de l'indulgence et de la patience pour trouver à son entreprise un vrai fil conducteur, une vraie direction. Il se dégage de ces huit épisodes le sentiment prégnant que la série ne va nulle part alors qu'elle a un énorme potentiel, un terrain immense et des personnages jubilatoires.

La plupart du temps, ce qui en temps normal occuperait le devant de la scène se trouve ici relégué hors champ. Ce n'est pas dénué de charme et ça ne manque pas d'efficacité, d'une certaine manière SWORD ressemble plus à la CIA des mutants que X-Force dans la mesure où la bande d'Abigail Brand solutionne les problèmes galactiques risquant d'embêter les mutants sans que personne ne le sache ou n'y assiste. Elle agit comme un paravent, quitte à ce que cela lui explose un jour au visage, mais elle le fait avec une assurance qui frise l'arrogance, un côté badass assumé et irrésistible. 

Son équipe est au diapason, avec des canailles, des seconds couteaux, ce qui ne signifie pas qu'elle manque de puissance et de compétences. Mais enfin, bon, entre la pêche au Mystérium, la chasse au symbiote, les réunions avec le conseil galactique, l'audience de Fabian Cortez sur Krakoa, le gala Hellfire et un dîner avec Fatalis, bien malin qui peut relier tout ça en un tout cohérent, qui peut y lire une intention nette.

Ewing ne déroge pas à son absence de règles puisque cet épisode encore une fois n'en fait qu'à sa tête : le SWORD proprement dit en est carrément absent (hormis la présence de Frenzy, mais elle n'est que spectatrice des événements) ! Le récit est centré sur Tornade qui s'exerce à son nouveau rôle de régente d'Arakko. Et le scénario est découpé en deux actes qui se répondent symétriquement.

Dans un premier temps, Tornade doit calmer un excité arakki qui ne reconnaît pas son autorité. Elle calme rapidement et avec lui, le public assistant à la scène. Dans un second temps, plus conssistant, Tornade doit s'occuper de Tarn, un client plus sérieux puisqu'il siège autour du Cercle qui gouverne l'ancienne planète Mars où Arakko s'est établie. Ewing fait référence à des faits survenus dans la série Hellions (de Zeb Wells), que je n'ai pas lue, mais qu'importe : on comprend que Tarn a enfreint une loi qui interdit aux arakki de règler leurs comptes avec les krakoans sur l'île en vertu d'un pacte de non-agression mutuelle depuis la victoire de Krakoa lors du tournoi relaté dans le crossover X of Swords.

Tarn ne s'en laisse pas compter et avoue qu'il répétera ses voyages tant qu'il ne s'estimera pas satisfait. Tornade se trouve dans la situation inverse du premier acte : c'est elle qui doit lancer un défi. L'affrontement est rude, prétexte à la démonstration des pouvoirs effrayants de Tarn mais aussi à la force de caractère exceptionnelle d'Ororo. Qui prouvera qu'elle mérite son titre de reine.

C'est intéressant parce que Ewing montre bien et rapidement à quel point la nature des arakki est spéciale : ils n'ont connu que la guerre, donc ils ne résolvent leurs différends qu'en se battant, et une fois dans l'arène seules la victoire, la mort ou la reddition sont acceptables. Pourtant Tornade veut imposer une autre loi, une quatrième alternative. Et elle doit l'accomplir en se faisant accepter par un peuple uniquement composé de mutants de niveau oméga. Heureusement, elle est de ce calibre-là elle aussi. Mais quand même, ça donne une idée de l'ampleur de la tâche.

Par contre, une fois encore, hormis le fait de nous présenter plus avant les arakki, de montrer qu'ils ne sont pas oubliés maintenant qu'ils ont tous été déplacés sur Mars, que Tornade est leur chef légitime, quel véritable rapport avec le SWORD ? Tornade n'est pas membre de l'équipe d'Abigail Brand, elle ignore tout des manigances de cette dernière, cela n'a aucune raison de changer. On peut surtout dire que ce que Ewing nous raconte ici aurait par ricochet eu davantage sa place dans la série X-Men telle que l'écrivait Hickman et donc cela confirme que le champ des histoires explorées par Hickman reste vacant. En l'état, cet épisode est un bon one-shot, qui s'intègre à la logique de SWORD, sans pour autant appartenir au corps de la série de manière essentielle. Pour que SWORD marche mieux, il faudrait un arc, une intrigue qui court sur plusieurs chapitres, un fil rouge (plus tendue que simplement le programme spatial mutant, trop vague), avec les personnages du SWORD (et pas une guest-star comme Tornade).

Il semble acquis que Stefano Caselli ne reviendra pas dessiner les pages intérieures de la série (en tout cas pas avant 2022, mais même l'an prochain, j'en doute). Il n'aura donc signé qu'un épisode (le #7) et les couvertures. Du coup, comme Marauders, SWORD doit s'en remettre, faute de mieux, à des intérims, souvent des artistes moins (ou pas) connus, au  niveau inconnu. Là, on a de la chance, le remplaçant du mois est bon.

Je ne connaissais pas Guiu Vilanova mais il s'acquitte fort bien de ce qu'on lui a confié. Son trait est expressif, précis. C'est utile quand on doit illustrer un récit intense, où les personnages expriment des émotions fortes, dans des ambiances tendues. Par ailleurs, il doit prendre en compte que la majorité du casting est à créer puisque, en dehors de quelques arakki notables qui siègent dans le Cercle (comme Isca, Lactica, Tarn...), tous les autres n'ont jamais été vus auparavant. Calderak bénéficie ainsi d'un design simple mais efficace, parfaitement raccord avec son pouvoir et l'impression de puissance qu'il doit dégager.

Tornade est également bien servie : Vilanova sait lui donner une vraie majesté, il la maîtrise bien. Son face-à-face avec Tarn a du contraste : on sent bien la force de ce dernier, son caractère vicieux et sadique, mais aussi la détermination d'Ororo, sa vaillance. L'artiste peut s'appuyer là-dessus puisque les décors sont réduits, mais ça colle avec Arakko qui n'est pas un lieu sophistiqué, à l'image de ses résidents. Bien entendu, si la série devait y revenir (ou un autre titre), il faudra penser à designer un peu plus cet environnement car même si les arakki sont plus bruts de décoffrage, ce ne sont pas non plus des sauvages vivant dans la rusticité - toutefois, je souhaite bien du courage à celui qui s'en occupera car on ne trouve pas un Pepe Larraz, capable de s'investir dans la création de décors avec le talent qu'on sait, facilement. Et comme Schiti est parti...

Bref, je ne peux pas dire du mal de SWORD #8, que j'ai aimé lire et sur lequel il y a de quoi écrire. Simplement, j'aimerai que cette série aille plus loin qu'une vague note d'intention et des histoires de un ou deux épisodes max. Al Ewing en a sous le capot, qu'il se lâche !    

jeudi 29 juillet 2021

S.W.O.R.D. #7, de Al Ewing et Stefano Caselli


Ce septième épisode de S.W.O.R.D. fait partie d'un crossover avec Guardians of the Galaxy, autre série écrite par Al Ewing, et intitulé The Last Annihilation. Mais le scénariste ne ment pas quand il assure que ce chapitre peut se comprendre sans avoir lu ce qui le précéde. Encore une fois, Ewing fait preuve d'une intelligence dans l'écriture exceptionnelle, et positionne SWORD comme un titre au carrefour de diverses franchises. Valerio Schiti parti, c'est Stefano Caselli qui officie au dessin, sans qu'on perde au change.


Dormammu a pris possession d'Ego la planète vivante pour en faire sa base arrière. Les Incérébrés y lancent une série d'assauts contre l'Alliance Kree/Skrull et Hulkling, l'empereur des deux peuples, doit rappeler en renfort Captain Glory lorsque Hala est attaquée.
 

Cependant sur Arakko, le Dr. Fatalis dîne avec Tornade, régente de l'ancienne Mars. Il évoque rapidement le Mysterieum, ce métal qui a permis aux mutants d'acheter le conseil galactique, et qui a des propriétés magiques. Fatalis propose son aide pour l'exploiter à bon escient.


Les forces Kree/Skrull sont submergées par les Incérébrés. Abigail Brand, chef du SWORD, mène une équipe pour aller au secours de Hulkling et Manifold l'évacue avant un nouvel assaut des agents de Dormammu.


Excédée par l'arrogance de Fatalis, Tornade abrège brutalement leur dîner, arguant du fait que les mutants n'ont pas besoin de lui pour exploiter le Mysterium et encore moins pour juger de leur expansion galactique, malgré ses mises en gardes sur le déséquilibre politique provoqué par ls mutants.

Dès sont deuxième numéro, la série S.W.O.R.D. avait composé avec l'event King in Black écrit par Donny Cates. A cette époque, j'avais déploré qu'un titre aussi récemment lancé soit si vite impacté par une saga qui semblait bien loin de son propos. Mais la maestria avec laquelle son scénariste, Al Ewing, avait géré la chose forçait le respect.

Aujourd'hui, Ewing répéte l'opération mais de son propre fait : en effet, il s'est lancé dans un crossover entre deux séries qu'il écrit, et donc dont il contrôle la progression. Il s'agit de The Last Annihilation, qui concerne Guardians of the Galaxy et SWORD (plus un épisode spécial de Cable). Et encore une fois l'auteur démontre sa capacité à manager un projet pareil. Mais surtout à revenir sur ce qu'il avait mis en place il y a un an à la fin de l'event Empyre.

Tout d'abord, chose promise, chose dûe : Al Ewing a tenu à rassurer les lecteurs qui ne suivraient pas Guardians of the Galaxy que SWORD #7 serait compréhensible malgré tout, se suffirait à lui-même. Et c'est bien le cas. On est rapidement et clairement mis au courant du pitch de The Last Annihilation dans lesquel Dormammu et ses incérébrès (les Mindless Ones) ont colonisé Ego la planète vivante pour en faire leur base arrière. Ils attaquent de manière efficace et express plusieurs cibles (Shi'ar, Kree, Skrull, etc) grâce à des portails de téléportation magiques. Leurs assauts sont agressifs et imprévisibles.

Premier tour de force donc pour Ewing. Suivi d'un deuxième quand il dévoile une ruse terrible d'Abigail Brand : elle a intercepté l'appel au secours de l'Empereur Hukling lancé à Alpha Flight et aux Avengers. Pourquoi ? Parce que, pour gagner la confiance de l'Alliance Kree/Skrull et de leur règent, méfiant envers les mutants qui refusent leur pardon à sa mère, la Sorcière Rouge, et qui ignore que celle-ci vient d'être retrouvée morte après le Hellfire Gala, elle doit lui faire croire que Alpha Flight et Avengers ont délibérément ignoré son S.O.S.. En constatant que seul le SWORD a répondu présent, il leur sera naturellement reconnaissant ensuite.

Ewing fait ainsi de Brand l'égale en machiavélisme d'un Nick Fury de la grande époque (je parle du Nick Fury original et non de son fiston, imposé par Marvel pour que les spectateurs du MCU et les fans de comics aient affaire au même maître espion avec la tête de Samuel L. Jackson). La stratégie est sournoise mais particulièrement brillante. Si Brand ne veut pas dépendre de Krakoa pour mener son business, elle s'avère aussi implacable que les mutants en manoeuvrant ses partenaires. C'est, je trouve, particulièrement jubilatoire.

Trosième tour de force : lorsque Brand et son équipe arrive sur Hala pour exfilter Hulkling blessé, cela renvoie directement à la fin de Empyre : Aftermath Avengers lorsqu'on était projeté dans le futur et que l'Empereur terrassé par on-ne-sait-qui voyait le SWORD débarquer pour le sauver en déplorant que personne depuis la Terre ne soit venu l'aider. Ewing boucle la boucle, assez génialement. J'éai d'abord été étonné qu'il revienne à cette scène maintenant, car j'imaginai qu'il gardait cette cartouche pour plus tard, mais c'est brillant. En fait, SWORD n'est pas une série qui procède par arcs, de manière classique, mais par bonds : tout consiste à montrer comment Brand et son équipe règle des problèmes, scelle des alliances, tout en magouillant, en complotant, sans rien dire à personne, sans demander de permission. Chaque épisode est un pion de plus avancé sur l'échiquier dans une partie que conduit Brand, stratège hors-pair.

Mais l'épisode n'est pas que magistral sur ce plan car Ewing souligne que cette tactique ne fonctionne que tant que le Conseil de Krakoa ignore ses mouvements. En parallèle, une autre femme rebat les cartes : Tornade devenue la régente d'Arakko. Elle a accepté de recevoir sur Mars le Dr. Fatalis comme il l'exigeait et on assiste à nouveau à un morceau de bravoure narratif de la part de Ewing. Pour faire le lien avec les activités du SWORD, la question du Mysterium, ce métal ramené des confins du cosmos par l'équipe de Brand, devient le sujet de leur discussion autour d'un repas copieux.

Ewing connaît bien ses classiques et rappelle avec à-propos que Tornade et Fatalis ont une histoire en commun plutôt délicate : dans Uncanny X-Men #147, les X-Men étaient intervenus en Latvérie pour délivrer Arcade aux mains de Fatalis. Le souverain avait alors asservi Tornade de manière humiliante pour en faire son arme contre les X-Men. Aujourd'hui, il se défend en racontant que c'était un de ses Doombots qui était responsable - une manière de s'excuser sans le faire directement, en reportant la faute sur un autre. Fatalis tente d'amadouer Tornade en la flattant aussi (référence à son ex-statut de femme du roi T'challa. Black Panther, déesse devenue reine de Arakko). Tornade le défend de flirter, amusée mais pas dupe.

Puis Fatalis, comme toujours, s'enflamme : il a deviné les propriétés du Mystérium; leurs origines (magiques) et propose son expertise. Les mutants le remercieront plus tard. Tornade (et les mutants) ont toutefois beaucoup changé depuis deux ans (en temps éditorial) et Fatalis est renvoyé dans les cordes sans ménagement car il n'a aucune autorité. Qu'importe ses mises en garde concernant le déséquilibre des forces provoqué par les mutants, l'exploitation du Mystérium, les alliances galactiques - autant de préventions que, pourtant, Tornade et ses pairs devraient considérer car Fatalis, malgré ses défauts, est un politicien aguerri, au moins autant si ce n'est plus que les nouveaux dirigeants mutants... Tout ce dialogue entre Tornade et Fatalis est magistralement écrit et développé : c'est un régal à lire.

Restait l'interrogation de la partie graphique : Valerio Schiti, qui s'est beaucoup investi dans la série, a choisi de la quitter pour participer au prochain gros coup de Jonathan Hickman, Inferno. C'est un peu dommage car j'aurai adoré que Schiti s'installe durablement sur ce titre, mais en même temps on ne refuse pas de collaborer avec Hickman pour le futur virage de la franchise X, c'est aussi une preuve de la confiance placée en lui par le scénariste star et Marvel.

Toutefois, quand Stefano Caselli a été désigné pour lui succéder, l'appréhension a vite laissé la place au soulagement (même si les deux prochains n° devront se passer de lui puisque Hickman a confié à Caselli un chapitre de Inferno). L'artiste italien n'a pas besoin de s'échauffer pour s'installer dans le fauteuil de son compatriote sur le départ et comme l'histoire est riche en action, il met le bleu de chauffe.

Si la colorisation laisse parfois un peu à désirer, mangeant un peu trop l'encrage, Caselli livre une copie impeccable. Qu'il s'agisse de mettre en scène le dîner entre Fatalis et Tornade, au cours duquel, subtilement on sent la tension monter jusqu'à l'explosion, ou d'orchestrer les scènes de guerre sur Hala avec les Incérébrés et l'Alliance Kree/Skrull, on en prend plein les mirettes. C'est expressif, fluide, puissant. Nul doute que, quand il aura fait sa part d'Inferno, Caselli va s'imposer comme un partenaire irréprochable de Ewing.

SWORD gardera en tout cas cette patte italienne puisque Guiu Vilanova et Jacopo Camagni vont suppléer Caselli en Août et Septembre. Sous la direction ferme de Ewing, on peut rester confiant sur la qualité de la série, une des toutes meilleures de la franchise X et au-delà.

jeudi 24 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRE IX : S.W.O.R.D. #6, de Al Ewing et Valerio Schiti


Le Hellfire Gala se poursuit cette semaine avec trois nouveaux chapitres, mais j'ai choisi de consacrer une critique à part pour le sixième épisode de S.W.O.R.D., écrit par Al Ewing et dessiné par Valerio Schiti, car il représente une étape importante dans l'event et pour la suite de la franchise. Attention : spoilers !


Après le feu d'artifice, Captain America et Dr. Fatalis échangent sur ce à quoi ils viennent d'assister. Pour Steve Rogers, c'est une avancée considérable mais qu'il veut considérer positivement. En revanche, Victor Von Doom n'entend pas se subir la loi des mutants.


Cependant, dans la station du Pic, Abigail Brand a convoqué le conseil intergalactique au sujet de la situation, mais surtout à propos du Mystérium, ce métal aux propriétés exceptionnelles que le SWORD a récupéré et qu'elle est prête à distribuer à ses alliés.


Tout le monde est intéressé, sauf l'empire du Wakanda. Nova s'interroge sur le prix à payer. En effet, comme pour la médecine krakoane, il faut pour disposer du Mystérium reconnaître Arakko comme capitale du système solaire. Fatalis surgit et réclame de parler à l'autorité d'Arakko.


Au même moment, Magneto, sur l'île de Mykines, savoure le succès de cette soirée quand apparaît la Sorcière Rouge. Il lui explique qu'elle reste sa fille, malgré tout, et fera tout pour que la Nation X l'accepte à nouveau.

Avec S.W.O.R.D. #6 sortent cette semaine Way of X #3 et Wolverine #13, dont je parlerai dans une entrée groupée. Mais il m'a paru indispensable de dédier une critique à part pour SWORD car c'est un épisode important, sans doute le plus important de l'event Hellfire Gala après X-Men #21 et Planet-Size X-Men #1. Beaucoup de choses y sont dites et exposées qui vont avoir un impact durable pour toute la franchise X.

Tout débute après le feu d'artifice du gala, autrement dit ce qui a été narré dans Planet-Size X-Men, avec la terraformation de Mars où ont été déplacés les mutants d'Arakko. Les invités de la soirée sont encore bouleversés par ce spectacle ahurissant (comme le lecteur) et Captain America a besoin de s'isoler un moment pour réfléchir à ce qui vient de se jouer. Il est interpelé par le Dr. Fatalis.

Leur échange est superbement dialogué par Al Ewing, qui souligne, non sans malice, que les deux hommes sont en quelque sorte l'emblème de leurs pays respectifs. La remarque peut faire sourire, d'autant que pour tous les fans Captain America incarne le parangon de la figure héroïque alors que Fatalis est un tyran : difficile d'être plus dissemblables. Et pourtant, il y a quelque chose de vrai dans les mots de Fatalis car il est la Latvérie comme Steve Rogers est l'Amérique (du Nord).

Mais surtout, il est question d'appréhender le moment historique auquel ils viennent d'assister. Pour Captain America, cela lui rappelle le premier homme à avoir marché sur la Lune et il veut y voir un progrès, car cela répond en vérité à la question qu'il posa quelques jours avant à Cyclope à propos de la crainte internationale que suscitait la population d'Arakko. Mais pour Fatalis, ce n'est pas la même chanson : il a vu une démonstration de force qui ressemble pour lui à un défi lancé par les mutants à la Terre entière et il n'entend pas s'incliner devant une quelconque supériorité des mutants. S'il se sent menacé, il n'organisera pas, autrement dit, un gala pour annoncer sa réaction.

Ce prologue est excellent et pose des bases intéressantes. A voir si Dan Slott (le scénariste actuel des Fantastic Four) et Jason Aaron (celui des Avengers), voir le prochain pilote de la série de Captain America (qui succédera à Ta-Nehisi Coates, sur le départ), l'exploiteront (à mon avis ? Non. Slott écrit n'importe quoi actuellement. Aaron ne rêve que d'un nouvel event Avengers vs X-Men.).

Ensuite, on passe au coeur de l'épisode, une grande séquence où Ewing impresssionne. Rappelez-vous : dans le premier épisode de SWORD, l'équipe récupérait au terme d'une téléportation groupée à haut risque aux confins du cosmos une étrange petite pyramide noire baptisée Mystérium par Abigail Brand et présentée comme le futur des mutants. Depuis, entre des n° liés à King in Black et au sort de Fabian Cortez (expulsé du groupe), la série n'avait pas pu traiter de cette chose et le lecteur en était légitimement frustré.

Wiz-Kid fait un exposé devant le conseil intergalactique (et le lecteur) sur les propriétés phénoménales du Mystérium qui est un métal et une matière première. On sait qu'il protège des radiations, résiste à n'importe quel température, est plus solide que l'adamantium, mais surtout que le SWORD en a stocké des tonnes depuis. Abigail Brand met sur le marché une partie de cette marchandise et les ambassadeurs se l'arrachent aussitôt, sauf le Wakanda (qui continue de refuser tout ce que commercialisent les mutants - après ça, qui dira encore que les mutants sont les plus arrogants ?). Et Nova (Richard Ryder), présent en qualité de représentant de la Terre (mais qui se fait gentiment mais fermement remettre à sa place quand Frenzy lui rappelle qu'il était notoirement absent pendant les événements de King of Black - à sa décharge, il était occupé par les Olympiens avec les Gardiens de la Galaxie, mais bon...) se demande quel est le vrai prix pour avoir du Mystérium.

La réponse renvoie à ce qui encadrait déjà la médecine de Krakoa : la reconnaissance. Mais cette fois elle concerne Arakko, donc Mars, que les mutants ont proclamé, unilatéralement, capitale du systéme solaire. Cela ne pose pas de problèmes à toutes ces délégations aliens (qui en ont vu d'autres), sauf (encore une fois) au Wakanda (qui ne veut rien avoir à faire avec les mutants et ne reconnaissent rien de ce qu'ils prétendent posséder - je vous le dis, les wakandais vont finir par recevoir une gifle et ils ne l'auront pas volée). Mais un invité surprise a son mot à dire. Et c'est...

... Le Dr. Fatalis, toujours aussi fumasse après avoir parlé avec Captain America. Comme si la Latvérie  était un satellite de la Terre, avec une voix à part dans ce concert, Fatalis exige de parler directement avec l'autorité d'Arakko. Abigail Brand est reconnue par Fatalis comme une "planificatrice", ce qui est plutôt un compliment de sa part, et il sait donc qu'elle s'attendait à sa venue et à sa requête - mieux : qu'elle y accèdera. Il a raison. Mais ni lui ni le lecteur ne se doutent de la surprise sur l'identité du régent d'Arakko.

Je suis désolé de vous spoiler mais je ne peux guère faire autrement car cela m'aurait obligé à écrire à demi-mots, à opérer des circonvolutions, à dire sans dire, ce qui revient à des acrobaties réthoriques que je n'ai sûrement pas la souplesse d'accomplir. Donc vous voilà prévenus.

Tornade a été nommée régente d'Arakko. Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, avait teasé depuis des mois qu'en 2021 quelque chose d'important allait être raconté au sujet de Tornade, qui poserait le nouveau statut du personnage dans la suite logique d'événements qu'elle traverserait à partir de X of Swords. Dans cet event en effet, elle avait réussi à vaincre Mort, un des cavaliers d'Apocalypse lors du tournoi dans l'Outremonde, ce qui l'avait ébranlé. Plus tard, dans la série X-Men, elle avait sauvé la princesse Xandra, héritière du trône Shi'ar. Et récemment, elle avait quitté les Marauders. Tout cela présageait d'un changement de vie pour Ororo Munroe, qui n'avait rien de gratuit, mais tout d'un long cheminement spirituel (le personnage est coutumier du fait : depuis son changement de look dans les années 80 après son duel contre Callisto, jusqu'à la perte de ses pouvoirs à cause d'une arme fabriquée par Forge, son rôle de chef des X-Men en l'absence de Cyclope, etc.).

C'est aussi logique dans la mesure où l'on sait que les Arakki sont tous des mutants de niveau oméga, donc ils ne peuvent que tolérer leur égale à leur tête et Tornade est littéralement une déesse, une mutante classée parmi les plus puissantes de son espèce. Cela vient aussi confirmer ce que je disais dans ma critique de Planet-Size X-Men : le déplacement des Arakki sur Mars n'est pas une façon de s'en débarrasser car en plaçant Tornade à leur tête, il est évident que Jonathan Hickman a voulu, avec Gerry Duggan et Al Ewing, montrer que le lien avec Krakoa, donc la Terre, restait fort. S'il s'agissait de se débarrasser d'Arakko, ils n'auraient pas envoyé Tornade sur Mars car elle est une X-woman trop emblématique. Et en même temps, cela a une conséquence directe, immédiate : cela signifie qu'elle quitte non seulement notre planète, l'île de Krakoa, et donc son siège au conseil de Krakoa (qui est de plus en plus dépeuplé, après les départs d'Apocalypse et Jean Grey).

Enfin, arrive la conclusion de l'épisode et Ewing a gardé une cartouche explosive dans son chargeur. Magneto savoure seul le succès du gala. Il observe son casque, posé sur la table devant lui, comme un vieux compagnon. Il l'a porté durant tant d'années, pour la guerre contre les humains et d'autres mutants. Aujourd'hui, il contemple l'avènement de la race mutante, qui a atteint un niveau incomparable, qui a gagné le respect de (presque) tous. Magneto a consenti à changer de méthode et il a gagné. Que peut encore attendre un homme de sa trempe lorsqu'il en est là ?

L'apparition de la Sorcière Rouge est une image qui frappe le lecteur. Listée comme une des criminelles les plus honnies par les mutants depuis House of M, où elle déposséda de leurs pouvoirs la majorité de la population, elle a appris entretemps qu'elle n'était pas la fille de Magneto (dans les pages d'Uncanny Avengers, période Rick Remender, et de l'event Axis), tout comme son frère Vif-Argent. Durant l'event Empyre, elle a tenté de corriger ses erreurs, maladroitement, mais sans que cela soit vraiment reconnu car ce fut raconté en marge de la saga, dans un tie-in raté. La question qui se posait alors, c'était : la Sorcière Rouge a-t-elle encore un rapport avec les X-Men ? Ou, autrement dit, les X-Men s'intéressaient-ils encore à elle dans la mesure où, certes, elle était reconnue comme une de leurs pires ennemies, mais qu'ils ne faisaient rien pour la chasser, la capturer, la juger (ce qui aurait impliqué un conflit prévisible avec des héros amis de la Sorcière) ?

Et là, Al Ewing repose ces questions en changeant de perspective, de manière plus sensible et durable pour le futur. En vérité, il lance ni plus ni moins qu'une piste narrative impossible à ignorer (reste à savoir s'il la traitera lui-même ou si Hickman la récupérera par exemple). Car Magneto attendait sa "fille", il espérait même qu'elle assiste au feu d'artifice. On comprend, sans même qu'elle le dise, qu'elle ne se sentait pas d'être présente. Mais qu'importe, ce n'est pas ce qui compte. Car Magneto affirme qu'elle reste son enfant, en dépit des retcons stupides, et surtout qu'il va s'employer à ce que Krakoa accepte que Wanda lui pardonne pour qu'elle vive parmi les mutants, en paix. 

Sachant qu'on va assister au procès de Magneto dans une mini-série proche (pour une affaire qui trouve son origine précisément dans le gala - un meurtre. Mais qui sera la victime ? Un autre mutant ? Un humain ?), et ensuite que l'event Inferno surviendra, cela risque de prendre un peu de temps car Erik Lensherr va être bien occupé dans les prochains mois. Mais ce que vient de (re)mettre en avant Ewing, nul ne peut l'ignorer : le cas de la Sorcière Rouge devra se règler, et sa résolution impactera la place de Magneto en même temps (sûrement davantage que son procès, dont je ne crois pas que l'issue compromettra le statut du mutant dans la hiérarchie de Krakoa. Pour moi, le vrai futur tournant pour la franchise, c'est Inferno, car c'est Hickman aux commandes.).

Je conclus cette critique par les dessins. SWORD #6 est le dernier épisode de Valerio Schiti, qui, on le sait, va illustrer Inferno (je l'ai interrogé à ce sujet en lui demandant s'il allait s'occuper des quatre épisodes, laissant à Stefano Caselli et RB Silva des parties plus réduites, mais il m'a répondu qu'il ne pouvait pas me donner ces précisions pour l'instant. Néanmoins, je crois que ce sera le cas).

L'italien, depuis son long run sur Guardians of the Galaxy période Bendis, semble avoir du mal à se fixer sur un titre (même s'il a fait le plus gros de Tony Stark : Iron Man, écrit par Dan Slott). Après avoir emballé Empyre (dont l'intrigue n'était hélas ! pas à la hauteur de ses efforts), il plie bagages après seulement cinq épisodes et demi sur SWORD (il avait partagé le n°3 avec d'autres artistes), alors qu'il s'était beaucoup investi (en designant les costumes, l'intérieur de la station du Pic et en ne s'économisant pas pour le reste).

Mais il part en beauté, en nous gratifiant de planches superbes. Schiti est au sommet de son art, et il en a encore sous le pied, c'est certain. Quoiqu'il fasse demain et après-demain (c'est-à-dire après Inferno), il reste un dessinateur à suivre car à chaque fois il se surpasse. Il est à l'aise partout, son dessin est généreux, le plaisir qu'il a à dessiner est manifeste. Jamais on ne sent chez lui une quelconque lassitude à animer des super-héros, à évoluer dans cet univers, et c'est réjouissant. Il y a chez Schiti une sorte de joie simple qui rappelle les vétérans qui se donnaient tout entier aux comics, comme Sal Buscema, John Romita Sr., Jack Kirby. Il n'a pas de prétention d'auteur et pourtant il marque de son empreinte chacun de ses projets, ses scénaristes savent ce qu'il apporte à leurs scripts : une énergie, une fluidité, un sens du spectacle, de l'efficacité, des personnages vraiment animés. Il y a tout ça dans cet ultime numéro de sa main. S'il laisse la série entre de bonnes mains (celles de Caselli), je le regretterai quand même.

Allez, rendez-vous très vite pour la suite du gala, dans Way of X #3 et Wolverine #13...  

lundi 3 mai 2021

HELLFIRE GALA OFFICIAL GUIDE

 


Marvel vient d'éditer, gratuitement, en format numérique, ce guide officiel du Gala du Club des Damnés. Il s'agit du prochain event de la franchise X, qui va se dérouler dans onze numéros et autant de séries + un numéro spécial. A cette occasion, la composition de la nouvelle équipe des X-Men (la première formation officielle depuis l'ère Dawn of X-Reign of X) sera dévoilée, même si, si vous suivez mon blog, vous avez pu déjà la découvrir car j'ai relayé l'info communiquée par l'éditeur (qui, comme d'habitude, n'a pas pu s'empêcher de s'auto-spoiler).

Dans ce Hellfire Gala Official Guide, on a le détail des sorties des séries : les destivités démarreront dans Marauders #21 le 2 Juin et le même jour dans X-Force #20 et Hellions #12. Une semaine après, le 9 Juin, paraîtront X-Men #21 et Excalibur #21. La semaine suivante, on poursuit l'histoire dans X-Corp #2, New Mutants #19, et surtout Planet-Size X-Men #1. Le 23 Juin seront disponibles S.W.O.R.D. #6Wolverine #13 et Way of X #3. Enfin, le 30 Juin, on remballe avec X-Factor #10.

Tous les mutants de Krakoa seront donc de sortie, mais pas que puisqu'on sait que des invités extérieurs comme les Avengers seront présents ainsi que le Dr. Doom (!). 



Pour la peine, les mutants seront sur leur 31 et Marvel a mis les petits plats dans les grands en laissant les dessinateurs s'amuser à habiller les personnages pour la circonstance. Russell Dauterman avait déjà posté ses designs pour neuf protagonistes, mais ses collègues ont aussi eu l'occasion de laisser libre cours à leurs délires vestimentaires - et ils se sont bien lâchés. Voici la galerie de ce défilé de mode, dont les images serviront de variant covers pour les séries.



Marauders, Matteo Lolli


X-Men, Lukas Werneck


X-Force, Joshua Cassara


Hellions, Stephen Segovia


Excalibur, Marcus To


X-Corp, Alberto Foche


Planet-Size X-Men, Russell Dauterman


S.W.O.R.D., Valerio Schiti


New Mutants, Alex Lins


Way of X, Bob Quinn


X-Factor, David Baldeon


Et après ? Rendez-vous le 7 Juillet pour la sortie, très attendue, de X-Men #1 par Gerry Duggan et Pepe Larraz.

L'été sera chaud !

jeudi 22 avril 2021

S.W.O.R.D. #5, de Al Ewing et Valerio Schiti


La publication de S.W.O.R.D. reprend son cours normal après avoir été impactée par l'event King in Black. Al Ewing consacre ce numéro au cas de Fabian Cortez, tué lors de cette saga, et qui va confronter le conseil de Krakoa à une question concernant une de ses lois fondamentales. L'épisode est une fois encore excellent, et pour une des dernières fois, superbement dessiné par Valerio Schiti.


Fraîchement ressucité, Fabian Cortez est reçu par le conseil de Krakoa comme le lui avait promis Magneto. Celui-ci a convié Abigail Brand et Peeper du SWORD. A l'ordre du jour, suggéré par le revenant : le droit de tuer des humains, pourtant interdit par une des trois lois principales de la Nation X.


Cortez fait valoir ses arguments en soulignant que les homo sapiens n'ayant pas comme les mutants trouvé le moyen de ressuciter sont par nature des êtres mortels, donc inférieurs. S'ils ont maltraité ou tué des mutants, les mutants devraient pouvoir tuer les humains.
 

Mais Magneto démonte le raisonnement de Cortez en relevant qu'il cherche plus à se venger des humains qui s'en sont pris à sa famille, de souche noble, et en comparant les affres qu'elle a subis à ce que, lui, rescapé des camps de la mort nazis a enduré et surmonté.


Cortez s'énerve et menace le conseil en faisant valoir son importance cruciale pour le programme spatial mutant. Mais, Brand lui a trouvé une remplaçante. La séance est levée. Magneto raccompagne Brand au Pic tandis qu'elle lui explique avoir résolu une guerre de succession galactique...

S.W.O.R.D. est une série un peu à part, à la marge dans la franchise X. Ses héros ne vivent pas sur Krakoa et leur chef, Abigail Brand est mi-mutante, mi-alien, sans compter qu'elle n'est pas aux ordres du conseil de l'île mais seulement une collaboratrice. Son équipe est par ailleurs constitué majoritairement d'anciens mauvais mutants, et c'est justement l'un d'eux qui occupe le devant de la scène dans ce cinquième épisode.

Tué par "Kid" Cable sous l'emprise de Knull, dieu des symbiotes, dans le précédent numéro, Fabian Cortez avait précédemment sollicité auprès de Magneto, qui lui avait montré peu de considération jusque-là, une audience devant le conseil de Krakoa. Ressucité, il obtient ce qu'il avait demandé et interroge le gouvernement de l'île sur une de ses lois fondamentales : l'interdiction de tuer des humains.

Il y a d'abord toute une affaire de mise en scène dans cet épisode et Valerio Schiti a soigné sa copie car Cortez, tout juste revenu à la vie, est donc nu comme un ver. Comme Jean Grey lui fait remarquer que le conseil lui accorde une faveur exceptionnelle en le recevant, pas le temps de se doucher ni de s'habiller, et donc il se présente devant les membres du conseil toujours nu. On va vite comprendre que c'est une manière sinon de l'humilier en tout cas de le remettre à sa place, de ne pas lui accorder plus d'importance qu'il n'en a vraiment. 

Cortez est effectivement un type arrogant, qui s'offusque d'abord de la situation, d'autant plus que Abigail Brand mais aussi Peeper, sa chef et un des collègues, sont conviés au débat, puis il affronte le regard de cette assemblée, crânement, en comptant les embarrasser autant qu'il l'a été. Schiti fait véritablement des merveilles pour traduire de manière très expressive les réactions de Cortez et des membres du conseil. On peut parfaitement lire sur le visage de chacun ce que leur inspire ce moment, et c'est jubilatoire.

Mais ce n'est pas le seul tour de force de Schiti car, comme SWORD est une série tout public, elle se dit ne pas montrer les organes génitaux sous peine d'être classée comme une BD pour adultes, devant alors être vendue sous blister, hors de portée d'un public mineur dans les comics shops. Le dessinateur doit alors ruser pour cacher ce sexe qui ne saurait être vu, même si, hypocritement, tout le monde sait que Cortez est nu, la bite et les fesses à l'air devant tout le monde. Schiti a bien rigolé sur Twitter en prétendant qu'il avait sur son ordinateur des fichiers de ses planches sans les ombres qui préservent les yeux des plus chastes lecteurs. On aurait presque envie de créer un hashtag #releasetheschitcut pour lire cette version...

Le découpage permet aussi d'apprécier le talent de Schiti pour tourner autour des protagonistes et de jouer sur la valeur des plans mais aussi sur l'aspect arêne de la salle du conseil, avec en son centre Cortez. Le dessinateur use notamment de "gaufriers" mais parfois en découpant un plan en deux, suggérant une continuité graphique, très fluide. Quand, à l'inverse, il procède à un montage plus cut pour se concentrer sur les visages, Schiti veille à varier les angles, avec des plongées, des contre-plongées, des profils, des faces, des 3/4 faces, et souligant de manière volontiers comique les mimiques de certains (Mr. Sinistre est comme toujours une véritable attraction, visiblement très amusé par tout ça et en même temps avec cet air constamment béat, voir abruti, en constrate avec la gravité de Magneto).

Formidable dessiné, l'épisode est aussi fabuleusement écrit, dialogué : Al Ewing transforme cette joute verbale en un exercice réthorique fascinant où les arguments de Cortez se disqualifient eux-mêmes, puisqu'il n'est pas tant question de débattre du droit de tuer des humaisn que d'entendre un mutant réclamer justice contre des humains qui ont causé le déclin de sa famille. L'opinion qu'a Cortez des homo sapiens confirme tout ce qu'on pouvait devniner chez cette crapule maniérée, cachant derrière des ronds de jambe une haine profonde : les homo superior ont vaincu la mort, gagnant ainsi sur les sapiens qui sont donc, pour lui, des morts en sursis. Les tuer reviendrait presque à un geste de bonté pour abréger leur existence minable ou les punir pour leurs crimes.

Puis Ewing fait basculer la discussion de manière subtile via Peeper. Celui-ci demande à Cortez son nom de mutant, en relevant que tous autour de la table (sauf Brand, qui est métisse) en a un, signe de son intégration à la communauté et signe identitaire. Cortez est désarmé, il n'a pas à prendre un pseudo bidon pour prouver sa mutanité, il est Cortez et c'est suffisant. Mais cela scelle son sort car cette suffisance explique à elle seule son sentiment de supériorité sur les humains. Magneto enfonce le clou alors.

Le maître du magnétisme a tué, souvent, et sans scrupules. Il l'a fait parfois pour se venger lui aussi, ayant subi des atrocités. Et des atrocités bien pires que celles endurées apr Cortez puuisqu'il a survécu aux camps de la mort nazis. Pourtant il a renoncé au meurtre désormais pour épouser une cause plus grande que lui (la fondation de Krakoa, sa reconnaissance comme nation). S'il devait tuer à nouveau, ce serait pour défendre son peuple, sinon, il le sait, il risquerait d'être puni comme Dents-de sabre (voir House of X #6) ou le bannissment de Krakoa. Cortez croit-il mériter plus de liberté que Magnéto en réclament le droit de tuer des humains pour se venger (et non pour défendre Krakoa, son peuple) ? Bien entendu que non.

La fin du débat est pathétique : Cortez menace le conseil, prétendant que ses pouvoirs sont essentiels pour son programme spatial. Mais en coulisses, Brand et Magneto ont déjà agi et lui ont trouvé une remplaçante (une Arakki qui plus est). C'est fini. La séance est levée.

En tant que tel, donc, l'épisode est déjà impeccable, brillant, formellement superbe. Mais il va plus loin car Ewing et Schiti ont ponctué le récit de scènes brèves dans l'espace. On ne comprend qu'à la toute fin leur sens et c'est assez vertigineux. Ne serait-ce que parce que, par ce biais, Ewing prouve une fois de plus que SWORD assume sa place à part dans la franchise X, en s'occupant d'autre chose que du programme spatial mutant. Et le scénariste vient de confirmer que cette direction se confirmerait cet été à l'occassion d'un crossover entre deux séries qu'il écrit (l'autre étant Guardians of the Galaxy).

Reste qu'alors SWORD aura perdu Valerio Schiti (qui va dessiner un nouveau titre, écrit par Leah Williams). Il ne sera pas simple de le remplacer, et cela, je dois être franc et transparent, conditionnera si je continuerai à lire SWORD ou si j'arrêterai avec le départ de son artiste. J'aime bien cette série, mais si elle tombe aux mains d'un artiste vraiment moins bon et avec la perspective du crossover, étant donné que j'ai arrêté de suivre Guardians of the Galaxy, ça me suffirait pour stopper les frais.