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vendredi 27 mai 2022

KARNAK : THE FLAW IN ALL THINGS, de Warren Ellis, Gerado Zaffino, Antonio Fuso et Roland Boschi

 

N'ayant plus de nouveautés à critiquer pour cette semaine, j'ai cherché quelque chose dont je n'avais parlé au moment de sa sortie, une lecture que j'avais pas soumis à votre curiosité. Donc, aujourd'hui, séance de rattrapage pour la mni-série Karnak : The Flaw in all Things, écrite par Warren Ellis, accompagné de Gerardo Zaffino, Antonio Fuso et surtout Roland Boschi pour six épisodes consacrés à l'Inhumain le plus creepy dans une aventure palpitante.


Magister de la Tour de Sagess et conseiller auprès du trône d'Attilan, Karnak accepte d'aider Phil Coulson du S.H.I.E.L.D. dans une affaire concerant l'enlèvement d'Adam Roderick exposé aux brumes terrigènes par un organisation religieuse, l'I.D.I.C. (International Data Integration Control).



Après avoir fait parler un agent double du SHIELD, Karnak se rend à Berlin, dans une cellule de l'IDIC. Il y  tue tous les gardes et affronte un prêtre qui lui parle de l'a Chapelle de l'Ombre Unique où séjourne Adam de son plein gré.


Récupéré par Coulson, Karnak obtient du SHIELD les coordonnées de cette Chapelle située dans les Monts Wundagore. Les disciples de l'IDIC les attendent et les attaquent. Mais Karnak trouve la parade et riposte de manière radicale.
 


Les disciples sont évacués de la Chapelle et Karnak en interroge un qui se présente comme le Peintre. Karnak coprend qu'Adam peut donner à chacun le pouvoir qu'il souhaite, ce qui représente aussi bien un miracle qu'une menace.


Karnak est téléporté dans le refuge où s'est déplacé Adam et le confronte. Soumis au jeune Inhumain, le magister trouve la faille dans son pouvoir et le neutralise définitivement. Le garçon est rendu à ses parents tandis que Karnak rentre à sa Tour, en messurant la radicalité de sa solution.

2014 : Jonathan Hickman a écrit l'event Infinity qui met en scène la bataille entre Avengers et Bâtisseurs d'un côté, et Thanos et les Inhumains de l'autre. Le titan cherche son fils parmi les sujet de Black Bolt qui pour contrarier l'ennemi et ses acolytes déclenche une bombe terrigène révélant au monde des agents dormants Inhumains partout. A la même époque, Marvel veut mettre en avant les Inhumains et lance plusieurs séries (Inhumanity, Uncanny Inhumans, All-New Inhumans) avec une idée derrière la tête : en faire les remplaçants des X-Men auprès des fans puisque l'éditeur et Disney n'ont pas les droits d'exploitation cinématographique des mutants (apaprtenant à la Fox).

Finalement, le projet sera un échec, même si Marvel poussera le bouchon jusqu'à organiser un croosover Inhumans vs X-Men, basé sur le fait que les brumes terrigènes menacent le gène mutant. Aujourd'hui, il n'en reste rien, sinon un grand gâchis pour ces personnages créés par Jack Kirby (et un peu Stan Lee), qu'on peut considérer comme la matrice des New Gods puis des Eternels.

Pourtant, dans tout ces errement éditoriaux, une mini-série surnage et reste encore lisible comme ce qu'aurait pu/dû être cette entreprise, si elle avait été confiée à des auteurs inspirés (on se rappelera que Matt Fraction aurait dû piloter cette franchise avant qu'il ne jette l'éponge pour divergences artistiques, et que c'est Charles Soule qui récupéra le bébé avec l'eau du bain). Il s'agit de Karnak, une mini en six parties écrite par Warren Ellis.

Aujourd'hui, ce n'est plus bien vu d'évoquer Ellis, empêtré dans une affaire sordide :  il aurait profité de son statut et de son influence pour séduire des admiratrices, et même si aucune plainte n'a té déposée ni aucune poursuite judiciaire lancée, plus aucun éditeur ne veut travailler avec lui tant que le groupe de ses victimes n'aura estimé qu'il aura fait pénitence. Je n'excuse pas le comportement toxique du scénariste, mais je n'accepte pas davantage cette justice médiatique où un auteur est mis au ban de la société sans avoir été condamné par les autorités. On n'est pas obligé d'être ami ou de trouver quelqu'un sympathique pour lui fournir du boulot et je ne vois pas ce qui fait si peur aux éditeurs.

Mais, avec le recul, la lecture de Karnak s'avère troublante. Comme le dit le personnage dans l'épisode 4 : "Satan is a story. I am Kranak. And I see the flaw in all things." ("Satan est une légende. Je suis Karnak. Et je vois la faille en toutes choses."). C'est presque la phrase qui illustrerait le mieux ce que fut Ellis, et qu'il reste : un diable qui vit la faille à exploiter chez ses proies. Et qui, comme Karnak, à la fin de sa mission, semble affligé par tout cela.

Régulièrement, Ellis, pour gagner sa vie, acceptait des contrats pour des mini-séries, d'une demi-douzaine d'épisodes, entre deux creator-owned. C'est ainsi notamment qu'il a signé un bref run sur Secret Avengers (à la suite de Ed Brubaker et avant Rick Remender), ou comme ici avec Karnak, dans le grand cirque des Inhumans d'alors. Et son génie d'écrivain s'empare de cette commande pour la transformer en un fascinant exercice de style, entraînant le personnage dans une direction radicale, flippante, une mission qui va l'ébranler.

Ici, donc, Le magister de la Tour de la Sagesse est sollicité par le SHIELD pour retrouver un ado kindappé par une secte. Adam Roderick a fait partie de ceux qui ont été exposés aux brumes terrigènes de la bombe déclénchée par Black Bolt dans Infinity et qui a réveillé ses pouvoirs. La traque devient bizarre quand les suspects approchés par Karnak prétendent que Adam a rejoint leur organisation volontairement et qu'il dote des individus désocialisés de pouvoirs qui leur permettent de trouver un sens à leur existence. Le tout est entrecoupé de combats d'une brutalité ahurissante, un motif récurrent chez Ellis (qui avait formulé cela dans un épisode de Global Frequency intitulé Superviolence).

Mais cela n'est que la surface du script car évidemment ce qui intéresse Ellis, c'est la faille de Karnak. Décrit comme un ascète austère, à l'efficacité redoutable, il voit littéralement la faille dans toutes choses - organique, technologique, philosophique, financière, sociétale, etc. Un tel être a-t-il lui-même une faille ? Il faut, pour le savoir, examiner le passé de Karnak que ses parents ne soumirent pas aux brumes terrigènes : techniquement, il n'est donc pas vraiment Inhumain, mais il a développé son talent par l'exercice depuis son enfance, et sa place à part dans la société Inhumaine en a fait un conseiller mais aussi un professeur, un guide. Ce n'est que lorsqu'il est faceà des adversaires qui interrogent son passé, son parcours, qu'on voit Karnak ébranlé, faillible. pas longtemps ca ril se ressaisit vite et réagit promptement et brutalement. Mais tout de même.

Le choix de l'ennemi qu'incarne Adam Roderick est particulièrement malin de la part de Ellis puisqu'il oppose Karnak à un Inhumain qui peut littéralement lui offrir ce qu'il souhaite pour être heureux. La réplique de Karnak sera terrible, glaçante. Mais la dernière image de la dernière page du dernier épisode montre le magister de la Tour de la Sagesse visiblement atteint. Comme d'habitude, Ellis laisse le héros qu'on lui a prêté différent et on aurait eu envie d'une suite, mais en fin de compte, c'est mieux qu'il n'y en ait pas eu car sans Ellis, cela aurait été moins bon, moins fort, moins singulier.

La production de la mini-série fut chaotique à cause de sa partie graphique. Marvel voulut certainement donner au script un artiste capable de le transcender et son choix se porta sur Gerardo Zaffino, un dessinateur au style rugueux et sombre. Il signe des planches finalement décevantes, avec des jeux de hachures trop nombreux, des décors absents (même si, de ce point de vue, la série est très économe, Ellis situant l'action la plupart du temps dans des endroits dépouillés). Zaffino prendra un retard colossal pour livrer un épisode et demi et il faudra même qu'Antonio Fuso termine le deuxième chapitre.

Marvel confia alors à Roland Boschi la suite et fin. Le français, réputé pour sa ponctualité, présentait en outre l'avantage d'avoir un style également assez ténébreux, qui ne jurerait pas avec ce qu'avaient fait Zaffino et Fuso (à qui l'éditeur n'a même pas pensé à transmettre le flambeau).

Il n'empêche, les efforts de Boschi ont payé car c'est bien lui qui a permis au script d'Ellis d'être servi avec le soin qu'il méritait. L'artiste a mis le paquet pour camper Karnak et en faire un type franchement glaçant. Il faut noter que le personnage avait subi un relooking extrême, sacrifiant son costume designé par Kirby à un tenue beaucoup moins super-héroïque, traînant en jean's, veste à capuche, Doc Martin's, et quelques peintures de guerre sur le visage et les épaules. Mais ça n'a pas du déplaire à Ellis (qui n'aime pas les tenues bariolées) ni à Dan Brown (le coloriste qui tire le maximum de cette sobriété vestimentaire comme de l'épure du côté des décors).

Boschi soigne aussi les scènes de baston qui soulignent la technique imparable de Karnak et sa super violence (le gars arrache des têtes avec deux doigts, arrête une balle en plein vol, démolit un immeuble en appuyant sur une fissure, et handicape lourdement un gamin avec une pression légère sur son front !). Jamais cette violence n'est flatteuse, esthétique. Karnak n'est pas aimable et ce qu'il fait subir à ses adversaires est souvent écoeurant. Mais souvenez-vous : "Satan is a story. I am Karnak.".

Sept ans après sa parution, Karnak n'a rien perdu de sa force, de son originalité, de sa radicalité. Mais cette série révèle certainement et plus généralement pourquoi les Inhumains ne pouvaient pas supplanter les X-Men : eugénistes, antipathiques, trop bizarres, ils n'offraient pas au lecteur un visage assez agréable. Karnak n'a fait que le résumer. Et Ellis le formuler, en seulement six épisodes.

jeudi 7 mars 2013

Critique 381 : X-MEN - BLANK GENERATION, de Brian Wood, David Lopez et Roland Boschi


X-Men : Blank Generation rassemble les épisodes 30 à 35 du volume 3 de la série X-Men, écrits par Brian Wood et dessinés par David Lopez (#30-33) et Roland Boschi (#34-35), publiés en 2012 par Marvel Comics.
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 La composition de l'équipe :
Storm, Psylocke, Pixie, Colossus et Domino.


Qui sont ces "monstres" surgis de nulle part ?
Des "proto-mutants", dont l'existence même bouleverse
celle des X-Men...

Suite au schisme entre Wolverine et Cyclops, Storm a pris le parti de ce dernier en restant basée sur l'île d'Utopia (au large de San Francisco). Scott Summers a confié à son amie la direction d'une équipe de "sécurité", chargée de repérer d'éventuels problèmes liés aux mutants et de les résoudre rapidement et discrètement. 
Néanmoins, les prises de position de plus en plus radicales de Cyclops commencent à agacer Storm, qui entend utiliser son groupe de manière plus autonome. Et justement, elle va avoir l'occasion d'affirmer ce choix avec sa nouvelle mission, où elle est accompagnée par Psylocke (elle aussi perplexe vis-à-vis de Cyclops), Colossus (davantage enclin à suivre la voie tracée par Scott Summers), Domino (qui est plus irrésolue) et la jeune Pixie (que ces problèmes de leadership concernent moins).

Un savant terroriste, cherchant à reproduire le virus de la peste noire, découvre accidentellement des souches d'adn provenant d'une très ancienne race de mutants, peut-être les premiers mutants de l'histoire. Il les développe et des monstres commencent alors à surgir aux quatre coins du globe.
Storm et ses co-équipiers sont envoyés sur place et découvrent que ces créatures sont littéralement dégénérées, corrompues scientifiquement. Pour résoudre cette énigme et remonter jusqu'à celui qui a réveillé ces "proto-mutants", Storm choisit non pas de s'en remettre à l'expertise du Dr Nemesis sur Utopia mais à de jeunes scientifiques indépendants, ce qui provoque de premières tensions au sein du groupe (Colossus lui reproche ouvertement de défier l'autorité de Cyclops, elle lui répond qu'elle sert la cause mutante et pas leur actuel leader).
Les X-Men localisent, grâce à un des proto-mutants qu'a intercepté Psylocke, David Michael Gray, le savant terroriste. Mais celui-ci a déjà préparé sa sortie et délivré un échantillon au chef de la secte de la Voie Céleste, qui veut utiliser la souche mutante à des fins eugénistes.
L'équipe doit donc infiltrer le paquebot où sont réunis les adeptes de la secte et récupérer le dernier prélèvement, avant que le navire ne soit coulé par les autorités américaines au courant de que veut faire l'illuminé...
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L'arrivée de Brian Wood, surtout connu pour ses creator-owned (les séries DMZ, Northlanders, Demo...), est une bouffée d'air frais pour cette série estampillée "X" et qui a eu du mal à trouver sa place dans une franchise très fournie (où l'on trouve Uncanny X-Men, X-Men Legacy, New Mutants, Astonishing X-Men, Uncanny X-Force, Wolverine & the X-Men, X-Men, X-Factor, Wolverine...). Après les sagas de Victor Gishler, peuplées de vampires (opportun après les succès cinéma de Twilight) et des team-ups avec d'autres personnages, il était temps de redéfinir la ligne de ce titre.
Cela passe d'abord par un casting rafraîchissant, d'où sont exclus les mâles alpha comme Cyclops ou Wolverine (enfin une série sans le griffu !). Avec quatre femmes, le propos de Wood est cependant moins de différencier le genre des personnages que de mettre en scène des héroïnes mutantes dont les relations avec Scott Summers et Logan rebattent les cartes après le schisme mutant et avant Avengers vs x-Men. A cet égard, Storm est définie non plus comme la partisane de l'un ou l'autre mais comme celle qui veut ouvrir une troisième voie (ni isolationniste comme Cyclops, ni traditionaliste domme Wolverine), et ce choix engendre des tensions très intéressantes au sein de son unité d'intervention, en particulier entre Colossus (fidèle à Cyclops) et Psylocke (proche de Wolverine) mais aussi Domino (dont l'évolution au cours des deux histoires de ce tome sert à mesurer le fossé qui se creuse entre les membres). La dynamique du groupe est très efficace et suffirait presqu'à assurer la réussite de l'entreprise de Wood.
Mais le scénariste n'en reste pas là et, avec son intrigue articulée autour de la découverte d'une race primordiale de mutants, il donne une profondeur inattendue à l'ensemble. Il s'agit bien alors de savoir pourquoi il est important de sauver ce qui peut l'être et ce qui va être fait avec ce qui sera sauvé. Ce qui réunit fondamentalement ces X-Men, c'est la conviction que les humains ne doivent pas disposer d'éléments aussi précieux sur les origines de la race mutante. Mais ce qui les distingue, c'est ce que les mutants modernes feraient de tels documents, et qui pourraient ne pas être plus noble que ce que les humains en feraient.
Pour Colossus, la question ne se pose pas en ces termes : il agit en bon soldat, aux ordres de Cyclops. Pour Storm (et Psylocke), l'enjeu dépasse les personnes, elle concerne la cause mutante. Est-il finalement bon d'exploiter ce qui reste des ancêtres des mutants ? Cela ne risque-t-il pas de creuser encore leurs relations avec les humains ? Mine de rien, Wood inscrit ces deux arcs, brefs, concis, denses, comme des pièces importantes pour ce que la saga Avengers vs X-Men va déterminer (la radicalisation politique de Cyclops, l'ivresse du pouvoir, le choc inévitable avec les héros - les Vengeurs - , la scission encore plus profonde entre les mutants).
La première histoire (Blank Generation, traduite en vf par "Génération Brute", mais qu'il aurait plus juste de renommer simplement "Première Génération") est admirablement menée : les personnages sont bien campées, leurs rapports bien cernés, l'apparition des "proto-mutants" spectaculaire, le dénouement habile. En quatre épisodes, Wood pose chaque élément narratif avec simplicité et intelligence, rien n'est tout blanc ou noir, il y a du rythme, de l'action et des séquences dialoguées intenses.
La seconde partie (Subterraneans) est un petit bijou de suspense, avec une course contre la montre, plus classique, et donnant le beau rôle au duo Psylocke-Domino, qui prolonge efficacement ce qui a précédé et offre une fin sur la forme mais pas dans le fond - il reste encore deux épisodes à Wood avant la fin de son run, où il est clair que le différend entre Storm et Colossus (et par ricochet avec Cyclops) va éclater.

Le troisième volume de X-Men s'achève au #40 (avec Seth Peck au scénario)... Avant un relaunch au mois de Mai, avec à nouveau Brian Wood (et Olivier Coipel au dessin, pour un casting 100% féminin !). 
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L'autre question posée par l'apparition 
de ces "proto-mutants" est : qui est responsable
de leur retour ?

Le tandem David et Alvaro Lopez (Fallen Angel, Catwoman, Hawkeye and Mockingbird, New Mutants) se chargent des dessins des épisodes 30 à 33. Les deux espagnols oeuvrent avec des personnages féminins qu'ils excellent à représenter, mais aussi avec un découpage très dynamique. Leur complicité avec Brian Wood est évidente (et le scénariste a d'ailleurs déclaré qu'il souhaiterait retravailler avec eux dans le futur).
Puis c'est le français Roland Boschi qui signe les épisodes 34 et 35. Là, le résultat est beaucoup plus faible, à tel point qu'on a même du mal à reconnaître le style de cet artiste. Boschi n'a certes jamais été un dessinateur très élégant, son trait n'est pas joli, mais il compensait par un vrai savoir-faire pour le cadrage. Ici, rien de tel, ce qui donne la désagréable sensation d'un travail de commande bâclé, et qui gâche la fête après les belles pages des Lopez. Dommage (mais les ibères reviennent pour la suite).
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Six épisodes très plaisants, qui sont de très bon augure pour le volume 4, avec un auteur qui a visiblement des plans intéressants pour Storm et Psylocke, en marge des locomotives mutantes du relaunch "Marvel Now !". 2013 s'annonce passionnant pour les amateurs de mutants, qui n'auront pas été aussi gâtés depuis longtemps.

X-Men : Human Being rassemble les épisodes 36 et 37 du volume 3 de la série X-Men, écrits par Brian Wood et dessinés par David Lopez, publiés en Novembre et Décembre 2012 par Marvel Comics.
Ces deux épisodes, formant un arc complet, concluent le run du scénariste sur ce volume de la série.
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Avec la complicité de la mutante israélienne Sabra, l'équipe de X-Men menée par Storm met la main sur Gabriel Sheperd, le dernier des proto-mutants en liberté. Les pouvoirs de cet homme multi-centenaire sont notamment mentaux et il manipule les héros alors qu'ils l'interrogeaient puis leur échappe. Pixie parvient à le rattraper et, tandis que la tension entre Colossus et Storm monte après l'échec de la mission, Sheperd fait entendre son point de vue à la jeune mutante...
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Le départ de Brian Wood après seulement huit épisodes de la série X-Men a fait jaser, bien que l'auteur ait expliqué qu'il ne s'était engagé que pour cette durée. La rumeur prétendait que lui et Marvel ne s'étaient pas accordés sur la direction de l'histoire. Aujourd'hui, alors que le titre va être relaunché dès le mois prochain, avec Olivier Coipel aux dessins, la vérité est tout autre : Wood préparait la refonte de l'équipe (qui sera entièrement féminine) et l'orientation des nouvelles intrigues (demeurée secrète - un exploit à l'heure où tout fuite des mois à l'avance).
Wood conclut donc son premier run avec cet arc en deux épisodes, qui développe l'histoire des proto-mutants sans vraiment lui donner une résolution claire (en vue de la reprendre plus tard ?). Quand on examine la totalité de ses huit épisodes, plus que l'intrigue en fait, ce sont les personnages - et leur relation de groupe - que le scénariste a redéfinis. Chacun a eu son moment et leurs rapports reflétaient l'impact des sagas comme Schism (de Jason Aaron - la scission entre Cyclops et Wolverine) puis Avengers vs X-Men (par Bendis, Fraction, Aaron, Hickman et Brubaker - le retour du Phénix et la corruption criminelle de Cyclops).
L'opposition entre Storm et Colossus éclate dans ces deux derniers épisodes, les anciens partenaires en venant carrément à l'affrontement physique. En contrepartie, les liens entre Storm et Psylocke se soudent. Domino  se distingue comme l'électron libre de l'équipe. Reste Pixie.
La benjamine du groupe est au coeur de cette histoire : face à Gabriel Sheperd, le dernier des proto-mutants qui ne désire que vivre tranquille, surtout après avoir découvert que ses semblables sont morts récemment, la jeunesse de Pixie est mise à l'épreuve. D'abord naïve, puis interrogative, elle va comprendre que la "mutanité" est plus que jamais au bord de l'implosion et regrettera presque de ne pas avoir pu suivre Sheperd, qui lui apparaît alors à la fois comme un ancêtre et un guide. Lorsqu'il lui demande de veiller à ce plus personne n'utilise son peuple à des fins immorales, cela peut être interprété à la fois comme une adresse aux individus comme David Michael Gray (qui avait redécouvert et réveillé les proto-mutants) mais aussi aux mutants eux-mêmes, tentés par une action plus radicale (comme Cyclops donc, dans la saga AvX).
D'un personnage plutôt nunuche (créé pour remplacer Nightcrawler, dont elle a les pouvoirs mais pas le charme), Wood fait soudain de Pixie une jeune fille touchante, dont le désarroi préfigure celui de nombreux personnages dans l'event AvX. C'est brillant - et on espère que le scénariste sera aussi inspiré pour son relaunch.
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David et Alvaro Lopez reviennent épauler l'auteur pour la fin de son run et rendent une très belle copie. Le découpage est aéré, fluide, le trait élégant, les personnages expressifs, les décors simples mais suggestifs. Le tout est rehaussé par les magnifiques couleurs de Rachelle Rosenberg.
Wood a apprécié sa collaboration avec les espagnols et on espère qu'ils se retrouveront (peut-être pour dessiner, en alternance avec Coipel, les épisodes du relaunch - la série aurait fière allure avec des artistes pareils en rotation).
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Un peu frustrant, donc. Mais aussi, surtout même, très alléchant pour la suite.

lundi 21 novembre 2011

Critique 284 : PUNISHER - IN THE BLOOD, de Rick Remender, Roland Boschi et Nick Bertilorenzi

Punisher : In the blood est un récit complet en cinq épisodes, écrit par Rick Remender et dessiné par Roland Boschi (#1-2-4-5) et Mick Bertilorenzi (#3), publié par Marvel Comics en 2011.
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Ayant recouvré forme humaine (après la saga FrankenCastle), le Punisher part à la recherche de son ancien partenaire, Microchip, qui le fournissait en informations sur le milieu criminel et en matériel. Il ignore que ce dernier, après l'avoir trahi (en s'associant à the Hood), est désormais prisonnier de Puzzle et Rampage. L'affaire se corse encore davantage quand Henry Russo, le nouvel associé du Punisher, rejoint son père, Puzzle, sans savoir qu'il va être l'instrument d'un piège diabolique pour supprimer le héros. Pas de doute  : ça va saigner !
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Cette histoire en cinq parties marque la fin du run du scénariste Rick Remender sur la série Punisher. Il avait succédé à Matt Fraction et aligné une suite d'intrigues hardcore où le justicier renouait avec une ambiance violente et en marge des autres héros, tout en l'impliquant dans les évènements qui ont secoué le Marvelverse (en particulier Secret Invasion et le "Dark Reign", avec l'avènement et la chute de Norman Osborn et the Hood).
Récemment, pourtant, Remender a osé un coup de poker étonnant avec la saga FrankenCastle : le Punisher, après avoir été littéralement découpé en rondelles par Daken (le fils de Wolverine, membre des Dark Avengers d'Osborn), était ramené à la vie par la légion des monstres et transformé en cyborg puis entraîné dans de délirantes aventures. Mais cette audace ne pouvait qu'être provisoire (les fans ayant été très divisés sur ce lifting radical) et c'est donc le Frank Castle original qui revient (tout en n'effaçant pas la période FrankenCastle de la continuité) dans ce récit, justement intitulé In the blood (Sang pour sang en vf). 
De manière inattendue, c'est pourtant le jeune Henry Russo qui est le vrai protagoniste de ces épisodes : l'acolyte du Punisher est promptement viré alors qu'il a décidé d'aider sa mère, alcoolique en plein sevrage, et donc de délaisser quelque temps le justicier dans sa croisade. Il renoue alors avec son père, le criminel Puzzle, en affaires avec Rampage, alias Stuart Clarke, lui-même ancien partenaire de Castle, avant de comprendre qu'il est manipulé pour piéger ce dernier.
Le Punisher est à nouveau écrit comme une brute obsédé, ne faisant pas de quartier : Remender a totalement abandonné l'humour déjanté dont il avait fait si brillamment preuve durant l'arc FrankenCastle, et ces cinq épisodes n'échappent pas à une complaisance certaine. C'est certes bien rythmé, avec quelques rebondissements malins à la clé et un final explosif, mais on termine la lecture avec un peu de lassitude.
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La partie graphique a été confié au français Roland Boschi (qui avait déjà dessiné un épisode de l'arc FrankenCastle) : son style nerveux et son découpage très dynamique font merveille, on voit tout ce que l'artiste a hérité de sa formation dans l'animation. Néanmoins, on peut lui reprocher de ne pas soigner davantage certains aspects et sans doute gagnerait-il à être encré par un professionnel, car en le faisant lui-même il sacrifie l'esthétisme à l'efficacité.
Boschi est suppléé au 3ème épisode par Mick Bertilorenzi, qui évolue dans un registre similaire, avec la même énergie.
Les couleurs de Dan Brown permettent à l'ensemble de conserver une unité visuelle bienvenue, assez brute de décoffrage, tout à fait dans le ton donc.
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Désormais, la série du Punisher est entre les mains de Greg Rucka (un choix pertinent, l'auteur ayant signé d'excellentes productions comme Gotham Central ou Checkmate, dans une veine "série noire") et de Marco Checchetto (un dessinateur prometteur comme il l'a prouvé dans de récents épisodes de Spider-Man et Daredevil) : un casting accrocheur qui devrait permettre de donner une nouvelle énergie à cet anti-héros atypique.