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mardi 31 octobre 2023

X-MEN : BATTLE OF THE ATOM, de Jason Aaron, Brian Michael Bendis, Brian Wood, Frank Cho, Stuart Immonen, David Lopez, Chris Bachalo, Esad Ribic, Guiseppe Camuncoli


X-Men : Battle of the Atom est un crossover impliquant quatre séries mutantes. L'histoire est encadrée par un prologue, dessiné par Frank Cho (et Stuart Immonen sur les dernières pages), et un épilogue, dessiné par Esad Ribic (avec l'aide de Guiseppe Camuncoli et Stuart Immonen). Le scénario est co-écrit par Jason Aaron, Brian Michael Bendis et Brian Wood. Les autres artistes sont David Lopez et Chris Bachalo.

N.B. : Pour simplifier le résumé, j'ai décidé d'utiliser l'abréviation O5 (Original 5 : Young Cyclops, Marvel Girl, Young Iceberg, Young Angel, Young Beast) pour désigner les cinq premiers X-Men déplacés du passé au présent par le Fauve (dans sa version moderne).


Cerebro, à l'école Jean Grey, a détecté l'émergence d'un nouveau mutant et Kitty décide d'intervenir en emmenant les O5. Mais une fois sur place, après avoir raisonné la mutante, ils sont attaqués par des Sentinelles. Heureusement l'équipe des Uncanny X-Men intervient. Mais Young Cyclops est gravement blessé et Cyclope adulte disparaît alors comme s'il cessait d'exister. Triage guérit Young Cyclops et Cyclope adulte réapparaît. Cet incident convainc Kitty qu'il est temps que les O5 retournent dans le passé. C'est alors que surgissent des X-Men du futur menés par le fils de Charles Xavier.


Les X-Men du futur veulent également que les O5 repartent. Mais Marvel Girl et Young Cyclops flairent une embrouille et prennent la fuite pour trouver refuge et demander de l'aide auprès des Uncanny X-Men. Magik se téléporte sans dire où elle se rend.
 

Les X-Men du futur et l'équipe de Wolverine remontent la trace des deux fugitifs et tentent de les soustraire aux Uncanny X-Men. Une bagarre éclate et s'achève avec la défaite de l'équipe de Cyclope. Magik, elle, surgit à l'école Jean Grey et embarque Young Iceberg et Young Beast.



Magik transporte Young Iceberg et Young Beast dans le futur d'où viennent les X-Men menés par le fils du Pr. Xavier. Ils apprennent que ce groupe est en fait la dernière émanation de la Confrérie des Mauvais Mutants qui désirent renvoyer chez eux les O5 pour éviter un drame dans le futur.


La Confrérie et l'équipe de Wolverine rentrent à l'école Jean Grey pour renvoyer Young Cyclops et Marvel Girl dans le passé, mais Jubilé leur apprend que Magik a disparu avec Young Iceberg et Young Beast. La Confrérie neutralisent alors l'équipe de Wolverine à l'exception de Psylocke qui prend la fuite.


Revenus auprès des Uncanny X-Men avec Young Iceberg, Young Beast et les vrais X-Men du futur, Magik résume la situation et il est décidé de neutraliser la Confrérie. L'attaque qui est menée oblige la Confrérie à battre en retraite en prenant les O5 en otage. Ils filent direction de Cape Citadel mais leur fuite attire l'attention du SHIELD.


Les Uncanny X-Men, la bande à Wolverine et les X-Men du futur suivent la Confrérie et une nouvelle bataille éclate pour libérer les O5. Depuis l'héliporteur du SHIELD, Maria Hill observe la situation dégénérer et décide de prendre des mesures radicales.


La directrice du SHIELD lâche des Sentinelles en espérant faire cesser les hostilités. Mais la Confrérie, acculée, se déchaîne de plus belle. Xorn, sous le masque duquel se cachait la Jean Grey du futur, provoque une gigantesque explosion dans laquelle elle meurt mais détruit les Sentinelles. Une fois le calme revenu, la Confrérie a filé. Les Uncanny X-Men fuient pour ne pas être arrêtés. Mais de retour à l'école Jean Grey, Kitty Pryde exprime sa déception contre l'attitude de ses amis, qui n'ont pas su protéger les O5. Elle décide alors de rejoindre les Uncanny X-Men avec les O5 et Magik les téléporte.

X-Men : Battle of the Atom a dix ans (sa parution a débuté en Octobre 2013). Et dix ans après, je n'ai pas changé d'avis à son sujet : c'est un crossover pénible à lire et encore plus à résumer. Mais commençons par le commencement.

S'il est vrai que l'histoire a surtout impacté les deux séries pilotées par Brian Michael Bendis, avec le choix de Kitty Pryde et des O5 de changer de domicile, passant de l'école Jean Grey dirigée par Wolverine à l'école Charles Xavier refondée par Cyclope, l'idée de ce crossover vient pourtant de Jason Aaron.

Quelle était l'idée de Aaron ? Ce n'est que ma version, je peux donc me tromper, mais je pense que le scénariste de Wolverine and the X-Men n'appréciait pas le fait que les O5 soient dans l'école Jean Grey. Si j'avance cette hypothèse, c'est en m'appuyant sur un fait simple : Aaron n'a jamais montré les O5 dans Wolverine and the X-Man, hormis une très courte scène dans l'épisode 24 quand Quentin Quire surprend la jeune Jean Grey un soir dans la cour de l'école alors que les professeurs sont sortis se détendre. 

C'est la seule et unique fois où il mentionne leurs présences dans les murs de l'établissement et par extension dans la série. Il ne fera pas non plus allusion au fait que Kitty Pryde, pourtant directrice de l'école et engagée dans une relation romantique avec Bobby Drake/Iceberg.

Il faut aussi rappeler une chose : l'écriture collégiale de l'event Avengers vs. X-Men a motivé les auteurs à exprimer leurs difficultés à se partager ce travail. Il est clair qu'à l'époque certains occupaient une position dominante et que les autres devaient se contenter de suivre les plans des premiers (Ed Brubaker expliqua qu'il devait rédiger le script d'un épisode puis on lui en confia un autre à la dernière minute). Et, là encore, je pense que Brian Michael Bendis et Jason Aaron se sont disputés implicitement la place du chef d'orchestre (à l'époque ni Jonathan Hickman, ni Matt Fraction, ni Ed Brubaker ne pouvaient prétendre avoir autant d'influence).

Bref, quand Battle of the Atom a été programmé éditorialement, Marvel a compris qu'il fallait changer de méthode et revenir à une écriture plus traditionnelle. Autrement dit, Aaron et Bendis se mettraient d'accord sur les termes mais ensuite chacun écrirait les épisodes correspondant à ses séries. On imagine que Brian Wood dans tout ça n'a pas eu son mot à dire.

D'ailleurs, le premier problème à la lecture de Battle of the Atom provient de l'implication de la série X-Men écrite par Wood. Lancée quatre mois auparavant, elle était fondée sur une idée gadget au possible, c'est-à-dire une formation exclusivement féminine des X-Men, prolongement du précédent volume du titre déjà écrit par Wood (mais qui comportait des personnages différents comme Domino, Pixie et Colossus en plus de Tornade). Marvel semblait pourtant y croire assez fort puisque Olivier Coipel accompagna Wood sur le premier arc de la série avant d'être remplacé par David Lopez (qui malgré tout son talent n'avait pas la popularité de son confrère français).

Objectivement, vous enlevez les deux chapitres de X-Men à Battle of the Atom et vous ne perdez rien. L'action qui s'y déroule aurait très pu être intégrée dans les pages de All-New X-Men et Uncanny X-Men de Bendis sans problème.

Ensuite, il y a ce qui se joue dans les pages de Wolverine and the X-Men. Les épisodes concernés sont les n° 36 et 37, on est donc à la fin du run de Aaron (qui s'est achevé au n° 42), et pour souligner à quel point Aaron s'est fichu de cet crossover, c'est qu'en lisant l'omnibus de Wolverine and the X-Men (ou la vf en Marvel Deluxe), ces épisodes n'y figurent pas. Et ça passe crème.

En réalité, Battle of the Atom est une initiative comme Marvel en raffole mais qui désole bien des fans : il s'agit de raconter en beaucoup (trop) d'épisodes une histoire qui n'en exigeait pas tant mais qui permet à l'éditeur d'obliger les lecteurs à se procurer trois séries et dix épisodes au total. Pour le coup, ça revient vraiment à prendre les fans pour des vaches à lait.

Logiquement, donc, c'est Bendis qui profite le plus de l'issue de cette intrigue puisqu'il procède au déménagement des O5 et de Kitty Pryde. Mais le procédé est grossier car il donne le sentiment que les O5 sont des personnages qu'on trimballe de série en série, des sortes de mutants S.D.F.. Ils continueront leurs aventures dans leur titre dédié, All-New X-Men, mais demeureront singulièrement absents des pages de Uncanny X-Men comme ils l'étaient de celles de Wolverine and the X-Men. Tout ça pour ça en somme.

A part la Confrérie des Mauvais Mutants du futur, qu'on reverra ensuite, tout le reste ne laissera guère de traces, si ce n'est le fait que le SHIELD possède des Sentinelles prêtes à l'emploi, qui préoccuperont aussi bien Cyclope que Wolverine.

Visuellement, c'est aussi très inégal. Frank Cho dessine le prologue mais, comme souvent, il a pris du retard et c'est Stuart Immonen qui jouera les pompiers de secours en le terminant. Immonen est celui qui va produire les épisodes les plus aboutis du crossover : le canadien est dans une forme olympique et ne ménage pas sa peine en animant un casting très fourni, des scènes d'action en pagaille, dans des décors très soignés.

Chris Bachalo tire un peu plus la langue sur Uncanny X-Men mais en grand professionnel s'acquitte de sa tâche bravement (même si on devine que tout cela ne l'inspire pas beaucoup). En revanche, Guiseppe Camuncoli, appelé pour s'occuper des épisodes de Wolverine and the X-Men, livre une copie médiocre, avec des pages mal fichues, souvent bâclées, où on sent qu'il n'a pas eu assez de temps. Et que dire de Esad Ribic sur l'épilogue où il doit recevoir le renfort de Camuncoli et (encore !) Immonen (qui paraît vraiment fatigué).

Bref, c'est pas bon. Mais heureusement, Wolverine and the X-Men enchaînera brillamment. Et All-New X-Men et Uncanny X-Men rebondiront efficacement. X-Men retrouvera sa routine, sans jamais décoller.

mardi 24 mai 2022

ETERNALS #12, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Sorti Mercredi dernier, le douzième épisode de Eternals est aussi le dernier. Même si Marvel communique en affirmant qu'il était prévu dès le départ qu'il ne s'agirait que d'une mini-série, on a du mal à le croire. Mais c'est un mal pour un bien car ce second arc aura déçu. Ni Kieron Gillen ni Esad Ribic n'auront été à la hauteur du retour des créations de Jack Kirby.


Montagne des Avengers. Pendant que Kingo occupe Captain America et Black Panther, Ajak extrait avec Makkari les informations du Céleste mort et découvre la sinistre vérité sur les Déviants et Thanos.


Thanos, justement, a extrait de l'esprit de son père A'lars le secret de sa condition : il est à la fois un Eternel et un Déviant, ce qui l'empêche de fusionner avec la Machine - il décide donc de la détruire.
 


La Machine ne faisant qu'un avec la Terre, les Eternels sont rappelés pour contrarier le plan de Thanos. Le titan fou est vaincu grâce à une ruse de Druig. Sersi se charge de justifier tout cela aux Avengers.


Druig est intronisé nouveau Prime Eternel. Fort des connaissances extraites au Céleste mort par Ajak, il cherche de nouvelles déviations excessives et en trouve une, sur une île désormais bien connue...

Les Eternels sont-ils maudits ? On peut sérieusement se poser la question. Jack Kirby les avait imaginés lors de son retour chez Marvel en prolongeant les idées non développées qu'il avait pour les New Gods de DC, mais sans être couronné de succès. Neil Gaiman leur redonnera leur heure de gloire mais ne souhaitera pas animer une série régulière, laissant cette tâche à Charles et Daniel Knauf, qui ne convertiront pas leurs efforts en triomphe. 

Kieron Gillen de retour lui aussi chez Marvel semblait bien parti pour réussir un gros coup après un premier arc de haute facture. A tel point qu'il obtint de Marvel quelques mois de pause pour que son dessinateur puisse souffle en échange de la parution de one-shots pour compléter son projet, avec d'autres artistes. Mais le scénariste s'est ensuite complètement perdu pour aboutir à un second acte navrant.

Eternals témoignent de l'incapacité chronique de Marvel et de ses auteurs à non seulement revitaliseer sur la durée les concepts les plus radicaux de Kirby mais aussi à animer des personnages très puissants (Thor excepté). Dotés de pouvoirs multiples, les Eternels semblent trop forts pour exister dans le schéma établi par Stan Lee des "héros à problèmes" avec lesquels le lecteur peut s'identifier. Et même l'astuce de Gillen, assurant l'éternité de ces héros à la mort d'humains, n'a pas suffi à créer une empathie suffisante. Parce que, simplement, le scénariste n'a pas exploité cette idée ensuite.

L'autre erreur de Gillen, à mon avis, c'est d'avoir introduit Thanos dans son projet. Légitimement, les fans de Marvel, et du MCU par ricochet, ont dû en avoir marre de revoir le titan fou, même s'il incarnait une menace crédible pour les Eternels. L'échec artistique du film de Chloé Zhao n'a pas dû aider non plus, avec des Eternels trop réécrits pour s'y retrouver (et dont on peut dès lors douter qu'ils auront un impact sur de futurs films, à supposer qu'ils aient droit à une suite).

Avec le recul, il y a des bouts d'idées intéressants dans cet arc, comme le fait que Thanos soit défini comme mi-Eternel, mi-Déviant, ce qui l'empêche de communier avec la Machine, d'où sa décision de la détruire, ce qui entraînerait la fin de notre monde. Mais c'est bien peu et surtout c'est trop laborieusement développé pour captiver. Gillen s'est moqué de lui-même sur Twitter en relevant qu'il avait beaucoup décompressé sa narration dans ces six derniers épisodes, prenant pour exemple le fait que Sersi passait trois épisodes dans un bain avec Namor. Mais derrière l'autodérision, il y a un malaise, provenant du sentiment que Gillen a écrit tout ça sans se relire, sans se rendre compte de ses errements.

Et puis, enfin, l'annonce de l'event Judgment Day dans lequel les Eternels occupent le rôle des méchants a plombé l'intérêt qu'on pouvait avoir pour eux. Cela sent l'enterrement en grandes pompes pour des personnages, que Jason Aaron avait déjà montrés morts dans Avengers, et qui ne reviendront certainement pas de sitôt ensuite. Cela rappelle évidemment le forcing de Marvel à une époque pour subsituer aux mutants les Inhumains (dont l'éditeur n'avait plus les droits d'exploitation cinématographiue) et qui s'était soldé par un échec aussi retentissant. Les fans n'aiment pas qu'on tente de remplacer des héros qu'ils adorent depuis des décennies par des seconds couteaux. Il faut désormais espérer que Judgment Day sera plus réussi que le sinistre Inhumans vs X-Men, et que Gillen écrita un event sans intention de se payer sur le dos des mutants...

Esad Ribic aura beau eu avoir du temps pour dessiner ce second arc, il n'aura pas fait illusion, devant même être supplée en partie pour un épisode et complètement remplacé pour un autre. Restent donc quatre numéros réalisés par lui seul et pour un résultat qui n'a rien de fameux.

Pour un dessinateur de son calibre, avec sa technique, c'est même limite indigne. Cet ultime chapitre est un concentré de tout ce que Ribic peut rater. Des finitions paresseuses, des décors à peine tracés, des personnages aux expressions figées, souvent désastreuses. Des compositions hasardeuses surtout, avec des scènes d'action maladroites (et je reste gentil). Mal chronique chez Marvel (un petit peu moins chez DC), l'attribution de séries exposées à des artistes en difficulté avec les délais aboutit à des résultats aussi affligeants et frustrants pour le lecteur.

Matthew Wilson a joué les pompiers de service dans cette catastrophe, mais un coloriste aussi doué soit-il ne peut parfois que souligner l'échec de l'entreprise dans laquelle il est engagé. Lorsqu'il se met au service d'un artiste compétent et appliqué (comme son partenaire favori, Chris Samnee), Wilson l'accompagne avec tout le sérieux et le talent qu'on lui reconnaît. Quand il est livré à lui-même parce que Ribic semble ne plus vouloir/pouvoir faire plus, les carences du dessinateur sont encore plus criantes en constatant tout ce que le coloriste doit combler.

J'ai tenu jusqu'au bout, mais il est certain que désormais quand je verrais un comic-book écrit par Gillen, j'y réfléchirai à deux fois avant de l'acheter. Cela me préoccupe pour Judgment Day car je vais surtout le lire pour Valerio Schiti et en souhaitant que les X-Men ne soient pas saccagés par cet event. On verra bien.

jeudi 10 mars 2022

ETERNALS #10, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Cette fois, c'est sûr : d'une, la série Eternals est en train doucement mais sûrement de piquer du nez sans grand espoir d'un redressement, et de deux, on entre dans les préliminaires à l'event Judgment Day (comme c'est indiqué sur la couverture de ce n° 10). Kieron Gillen me pompe l'air avec Thanos et échoue complètement à rendre ses héros un tant soit peu attachants, le rythme se traîne. Même Esad Ribic n'est pas (plus) en forme.


Q.G. des Avengers. Sersi est reçue par Namor. En vérité, elle fait diversion car, à l'extérieur, Ikaris et Thena se tiennent prêts à agir en cas de problème. Et d'un autre côté, Ajak, Kingo, Makkari et Sprite se préparent à s'introduire dans le Céleste mort qui sert de repaire aux Avengers.
 

Pendant ce temps, Thanos torture Phastos pour qu'il lui explique comment communiquer et communier avec la Machine. Echouant à le faire parler, même en menaçant de s'en prendre à des humains, le titan écoute une suggestion du félon Druig.


L'intrusion des Eternels dans le Céleste mort réveille Starbrand, mais Sprite utilise ses pouvoirs d'illusionniste pour la divertir. Ajak avec l'aide Makkari invoque le Céleste mais déclenche une alarme. Kingo s'éclipse pour aller affronter les Avengers et gagner du temps.


Thanos s'en prend désormais à ses parents, Eternels humains. Mais ceux-ci le détestent suffisamment pour ne pas craindre ses menaces contre des civils. Thanos actionne une bombe... Qui forcent du même coup Ikaris et Thena à quitter leur poste pour empêcher l'explosion.

En vérité, c'est désormais certain (sauf à croire en un improbable miracle) : Kieron Gillen ne fera pas mieux que son premier arc et la révélation extraordinaire qu'il a écrite au sujet du secret des Eternels. Dorénavant, on assiste à l'inéxorable chute en qualité d'une série qui, pourtant, promettait beaucoup. Ou promettait trop ?

En introduisant dans son récit le personnage de Thanos, le lecteur, également fan du MCU, pouvait légitimement craindre que le titan finisse pas cannibaliser la série. En même temps, les Eternels sont des personnages suffisamment denses pour qu'un scénariste inspiré ne laisse pas être engloutis par un méchant aussi charismatique. Mais n'est pas Jack Kirby ni Neil Gaiman qui veut...

Kieron Gillen a affiché la couleur en intitulant ce deuxième arc Hail Thanos. Ce dernier allait occuper le devant de la scène. Et comme on avait pu constater au préalable que les Eternels selon Gillen étaient tout aussi désincarnés que ceux du film de Chloé Zhao, il subsistait peu d'espoir pour que cette histoire génère un intérêt aussi fort que les six premiers épisodes.

C'est donc acté : Gillen est franchement plus intéressé par Thanos que par les Eternels. Et la proximité avec l'event Judgment Day rend tout cela encore plus évident. Alors qu'on pouvait un peu espérer que les Eternels reprennent de l'importance à l'aube d'une saga où ils allaient affronter successivement les Avengers et les X-Men, ce n'est pas le cas. Le récit se traîne lamentablement dans une tentative d'infiltration du Céleste mort qui sert de base aux Avengers et on s'ennuie ferme.

Le pire là-dedans, ce n'est même pas que des personnages aussi puissants et supposément rusés comme les Eternels (vu leur expérience dûe à leur longévité) soient incapables de déjouer les multiples dispositifs de sécurité du repaire des Avengers, mais que cela prenne autant de temps à se déclarer. Gillen est totalement incompétent quand il s'agit d'animer, pour très peu de scènes, les Avengers : on voit Namor, pourvu de son arrogance habituelle, moucher Iron Man avant de rencontrer Sersi, puis le reste de l'équipe s'entraîner. Bien que l'effectif des Avengers dispose actuellement de Echo doté de la force Phénix et de Starbrand, aucune des deux ne détecte la présence d'intrus - et Starbrand ne se méfie même pas des illusions de Sprite. A la fin de l'épisode, Kingo va gagner du temps en partant affronter les Avengers et je parie que ça va occuper une bonne partie du prochain épisode...

Et puis il y a l'autre partie de l'épisode avec, donc, Thanos qui s'est mis en tête de communier avec la Machine, histoire d'asseoir son pouvoir et sa domination totale sur les Eternels. Il est suivi par Druig, écrit de manière unidimensionnelle dans un rôle de félon digne d'un mauvais peplum. Thanos y fait preuve d'un sadisme exaspérant et inopérant qui, loin d'en faire le prétendu génie du mal que la Machine affirme qu'il est, le transforme en abruti pour qui la torture ressemble plus à un moyen de passer le temps qu'à obtenir des résultats probants. Ce grand con violet s'en prend même à ses parents qui le haïssent encore plus qu'il les hait lui-même, mais Gillen transcrit ça avec une complaisance franchement nauséabonde (en tout cas dont one voit pas l'issue).

Ce naufrage est mollement dessiné par un Esad Ribic fantomatique. Il faut quand même voir comment il dessine Captain Marvel (Carol Danvers) au début de l'épisode : on a l'impression qu'elle a cent ans, elle ne ressemble à rien. Sersi est moche au possible, ce qui est gênant pour une Eternelle supposée être la plus séduisante des manipulatrices. 

Matthew Wilson a beaucoup de mérite pour coloriser des planches aux décors aussi vaporeux, et il doit donc s'efforcer de donner aux arrière-plans un semblant de vie, de matière, tout en restant dans le registre délicat qu'il a établi depuis le début de la série. Mission impossible. Tout semble désincarné. La plupart du temps, les personnages évoluent donc dans des vignettes sans aucun indice sur le lieu où l'action se tient, mais avec des effets lumineux priés de ne pas empiéter sur le trait fin de Ribic.

L'artiste ne paraît plus investi dans ce qu'il fait. Lui aussi a sans doute donné son maximum dans le premier arc et je ne serai pas étonné qu'il fasse bientôt ses valises sur un autre titre. J'ai rarement eu cette impression de lire un comic-book aussi dépourvu d'âme. Mais ça a le mérite d'une certaine cohérence dans la mesure où Gillen écrit ses personnages comme des robots, Ribic les dessine aussi comme des marionnettes aux expressions fausses.

C'est une purge totale. Et une dégringolade spectaculaire. La Machine est vraiment cassée.

vendredi 21 janvier 2022

ETERNALS #9, de Kieron Gillen, Esad Ribic et Guiu Vilanova

 

Le déclin de la série Eternals se poursuit inéluctablement depuis le début de ce deuxième arc narratif. C'est étonnant comme Kieron Gillen semble avoir perdu son mojo, si rapidement. A tel point qu'en vérité on a davantage le sentiment de lire une série sur Thanos que sur les Eternels. Pour ne rien arranger, Esad Ribic pique franchement du nez et délègue une dizaine de pages à Guiu Vilanova pour un résultat très moyen.



Thanos a décidé de déployer une armée pour capturer Phastos et l'assaut est donné contre Lemuria, la capitale des Déviants où résident depuis peu un groupe d'Eternels. Sersi sonne le rassrmblement. Ikaris et Thena partent au combat tandis que Kingo est chargé de protéger Phastos.


Fidèle à lui-même, Thanos massacre des innocents et dévaste leur cité sans faire de quartier. Lorsque Ikaris arrive, le titan fou prend les choses en main et s'en prend aux Déviants pour qu'ils lui indiquent directement où trouver les Eternels.
 

C'est ainsi qu'il moleste Tolau et attire Thena. Elle négocie avec Thanos pour qu'il épargne son amant et finit par lui livrer l'adresse de l'endroit où se trouve Phastos. Mais Tolau voit sa dégénérescence s'accéler et Thena n'a d'autre choix que de l'achever par compassion.


Phastos aux mains de Thanos, les Eternels décident de se rendre à Celestia, où Ajak et Makkari leur expliquent que pour en savoir plus les faiblesses du titan, ils doivent s'introduire dans le Céleste mort qui sert désormais de QG aux Avengers...

Et si Kieron Gillen avait construit sa reprise de Eternals sous la forme d'une mini-série ? Si, comme chez DC avec le Black Label, il en avait tiré une histoire en dix ou douze épisodes ? Est-ce que ça n'aurait pas été mieux ?

Ces questions, on peut se les poser en comparant la qualité du premier arc, qui se concluait sur une révélation magistrale, et celle de ce deuxième arc, où le scénariste semble incapable de répéter son tour de force.

Pire que ça : la série fait clairement du surplace, et baisse inéxorablement en intensité. En vérité, il ne s'agit plus tellement d'une histoire avec les Eternels mais de plus en plus d'une intrigue autour de Thanos (d'ailleurs le titre de cet arc est Hail Thanos). Et si on en avait déjà un peu marre du titan (après dix ans passés à hanter le MCU) ou que ce méchant ne suscite aucun intérêt majeur chez le lecteur, l'ennui guette.

Ce neuvième épisode concentre un peu tout ce qu'on n'aime pas chez Gillen : des personnages monolithiques, nunidimensionnels, réduits à des fonctions. Des rebondissements artificiels. Un récit décompressé. On se détache de tout ce qu'il raconte parce que ce qu'il raconte n'est tout simplement pas accrocheur.

Pourquoi au juste Thanos veut-il capturer Phastos ? On l'a un peu oublié, et c'est déjà embêtant en soi. Mais la sauvagerie du titan, qui massacre les Déviants, que Gillen met en scène comme de la chair à canon (alors qu'ils sont censés être des guerriers redoutables, avec un chef puissant), devient malaisante. Si c'est pour souligner que Thanos est une ordure, merci, mais on le savait.

Outre le fait que les Déviants de Gillen ne valent donc rien, ses Eternels ne sont pas plus efficaces, incapables de ne serait-ce que freiner l'attaque de Thanos et son armée, alors que Ikaris est présenté comme un combattant surpuissant, que Sersi et Thena ne sont pas en reste. Druig, en complice de Thanos, n'est même pas inquiété, alors que les Eternels devraient avoir compris depuis un moment que, hors de leur champ de vision, il doit se planquer pour une bonne raison. 

Rien n'a de sens dans ce spectacle qui sonne creux. Le sort du pauvre Tolau est expédié sans émotion car on n'a pas eu l'occasion de vraiment s'attacher à lui. Kro, le chef des Déviants, est absent dans l'action et, de toute façon, encore une fois, il n'a rien de commun avec la créature terrifiante croquée par Kirby ou John Romita Jr. C'est un échec total. 

A force de déifier les Eternels, pour ensuite, dans ce deuxième arc, tenter de les rendre plus humains, plus conscients de leur vulnérabilité, Gillen les a réduits à l'état de personnages octoplasmiques, pour lesquels on a toutes les peines du monde à ressentir de la sympathie. Ils se méfient de tout et de tous, y compris d'eux-mêmes, et réagissent comme des automates (Thena n'hésite pas à tuer Tolau même si, elle verse ensuite une larme).

C'est un peu le syndrome du Dr. Manhattan : si vous animez un personnage quasi-divin sans contrepartie, sans contrebalance avec des personnages plus humains, empathiques, vous serez d'abord fascinés par sa puissance, son charisme, avant d'être largué par cet individu qui, lui, est indifférent à tout ce qui nous importe. Gillen a écrit les Eternels comme une équipe de Dr. Manhattan découvrant le prix à payer pour être des dieux, mais depuis cette découverte, il n'a absolument pas creusé la question, préférant se concentrer à nouveau sur un autre Dr. Manhattan avec Thanos.

Pour ne rien arranger, cet épisode est graphiquement une bouillie. Esad Ribic en dessine l'essentiel mais en délaissant de plus en plus les décors et les finitions. Coup de pompe ou lassitude ? Je l'ignore, mais l'artiste n'est clairement plus aussi investi. Il donne son maximum sur une page pour montrer les troupes de Thanos et leurs vaisseaux, puis ensuite se consacre aux personnages, dans des postures de plus en plus figées, avec des expressions amorphes, renforçant leur peu d'humanité.

Puis pendant une dizaine de pages (de la page 8 à 17 exactement), Guiu Vilanova suppléé Ribic et là, ce n'est plus du tout la même affaire. Le trait est gras, les attitudes sont maladroites, les expressions hideuses, les compositions brouillonnes. C'est moche tout simplement. Ni fait ni à faire. Pour une série qui s'est arrêtée pendant plusieurs mois en son premier et deuxième arc, c'est à la limite du foutage de gueule puisque ce hiatus devait permettre à Ribic de prendre de l'avance. Et au bout de quatre épisodes, il doit se faire aider. Et Marvel ne trouve rien de mieux que Vilanova pour ça. J'aurai préféré que l'épisode soit reporté d'un mois - même si, en vérité, le mal est ailleurs, plus profond, car c'est l'ensemble qui déçoit.

La chute de l'épisode, qui voit le retour de Ajak et Makkari (féminisées comme dans le film) et qui annonce une visite mouvementée chez les Avengers (et donc un prélude à l'event de l'été prochain Judgment Day), n'a rien de bien engageant (à moins d'adorer les bastons entre héros...). C'est vraiment ce qui s'appelle tomber de haut...

jeudi 16 décembre 2021

ETERNALS #8, de Kieron Gillen et Esad Ribic


La deuxième partie du deuxième arc de Eternals montre des faiblesses inédites dans le projet de Kieron Gillen. Le scénariste chosit toujours de se concentrer sur un petit groupe et de diviser son récit en deux, ce qui révèle un mécanisme peu captivant. Visuellement aussi, la série souffre car Esad Ribic se montre très léger sur les décors. Alors début du déclin ? Ou panne provisoire avant le rebond ?
 

Sachant qu'ils doivent leur résurrection à la mort des humains, les Eternels ont du mal à se faire à l'idée. Phastos met en garde Kingo et Ikaris contre leurs habitudes guerrières. Ikaris décide de consulter un Déviant pour apprendre à se battre différemment.


De son côté, à Olympia, Thanos ressucite Druig en ayant pris soin d'effacer partiellement sa mémoire. Conduit auprès du scientifique Domo, le titan fou tente de se faire extraire la bombe que Phastos a placé sur lui - en vain. Druig lui suggère alors un moyen de pression contre Phastos.


Cependant, à Lemuria, Tolau, l'amant Déviant de Thena, lui révèle que sa dégénérescence a débuté et qu'elle est irréversible. Il date le début de son affliction à la récente visite de Kro. Thena entend bien alors réclamer des comptes au leader des Déviants qu'elle soupçonne d'avoir provoqué ce mal.


Alors que Kro dîne avec Sersi, il doit expliquer à Thena que la dégénérescence touche tous les Déviants. Sersi se retire pour retrouver le Valet de Couteaux qu'elle remercie d'avoir intimidé Ikaris. Il s'éclipse en mentionnant Thanos et Sersi comprend alors que le titan a changé de statut...

Entendons-nous bien : Eternals est une excellente série, parmi ce que Marvel publie de meilleur actuellement, et je le reconnais volontiers car l'éditeur ne propose plus tellement de titres qui me convainquent. Mais, c'est terrible, quand une série vous habitue très vite à l'excellence, on devient exigeant avec elle.

Ainsi après un premier arc fabuleux, qui s'est achevé sur un twist génial (je pése mes mots), je trouve que les deux premiers épisodes de ce Hail Thanos sont moins convaincants, qu'ils peinent à décoller. 

Kieron Gillen saura sans doute m'épater à nouveau, c'est un scénariste intelligent, qui parâit avoir beaucoup d'idées, une vision pour les Eternels, et même moyens, ces deux épisodes sont meilleurs que le film dont je vous parlais récemment. Il y a une ambiance, des personnages intrigants, du potentiel.

Mais c'est difficle à cerner, c'est comme si quelque chose empêchaît tout ça d'être aussi intense que prévu, comme si ce nouvel acte patinait. Gillen se concentre toujours sur le même groupe d'Eternels quand j'espérai qu'il introduise de nouveaux éléments connus (en particulier Makkari et Ajak - même si ces deux-là ont été présents dans des n° hors série publiés entre les deux arcs). En avoir déplacé la majorité à Lemuria pour négocier la paix avec les Déviants est accrocheur, mais pour l'instant, ces pourparlers sont hors-champ et c'est frustrant. Du coup, Thena, Ikaris, Kingo et Phastos semblent chercher à quoi s'occuper.

Et sur ce point, tous ne sont pas traités de la même manière. Gillen ne cache pas sont intérêt pour Ikaris et c'est vrai que c'est original de suivre ce guerrier-né, cette "flèche", devoir apprendre à se battre différemment maintenant qu'il sait que, s'il meurt, il ne pourra renaître qu'au prix d'une vie humaine. Kingo, tout aussi bagarreur, est dans le même cas, mais bizarrement Gillen ne lui accorde pas la même attention, comme s'il l'embarrassait. Gilgamesh a, lui, disparu de l'image et c'est dommage car sa caractérisation promettait beaucoup. Et Sprite est passé on-ne-sait-où.

De même avec les dames, Gillen ne semble pas savoir comment donner la même importance à Thena et Sersi. Cette dernière apparaît peu et tardivement, pour révéler une nature manipulatrice (on découvre qu'elle a marchandé avec le Valet de Couteaux pour qu'il déconseille fermement à Ikaris de révéler le secret des Eternels à la famille de Toby Robson) : on va voir où ce subplot mène, mais j'espère là aussi que ce ne sera pas remis aux calendes grecques. En revanche, l'amour de Thena pour le Déviant Tolau, dont la dégénérescence physique a commencé (annonçant aussi son déclin mental) et les soupçons qui pèsent sur Kro (le chef des Déviants) sont très rapidement désamorcés, dans une scène expédiée - comme si ses paroles ne souffraient aucun doute et que Thena les acceptait d'un bloc (il ne fait cependant aucun doute que Kro n'a rien à avoir avec l'affliction des Déviants, mais, pour le coup, j'aurai apprécié que le morceau soit plus disputé par Thena).

Enfin, il y a tout ce qui se passe avec Thanos, devenu le nouvel Eternel Prime. C'est peut-être avec lui que Gillen se montre le plus inspiré car il dépeint le titan comme une créature à la fois brutale et sournoise, aux prises avec un problème que seul Phastos peut règler mais pour lequel il doit faire pression sur l'Eternel. Comme sa récente élection s'est produite à l'insu des Eternels et que Phastos souffre de soucis mentaux depuis son retour, la situation s'annonce explosive et donc le prochain épisode va certainement être plus palpitant et mouvementé.

D'ici-là, il faudra croiser les doigts pour que Esad Ribic ait retrouvé un peu de tonus et de goût de l'effort car, franchement, il signe son épisode le plus faible depuis le début. En cause : principalement, la pauvreté des décors. 

Matthew Wilson, le coloriste, a dû cravacher pour meubler avec des camaïeux les arrière-plans tant ils sont vides ou à peine esquissés. Tout semble englouti dans une sorte de brume et on ne peut décemment se satisfaire de quelques colonnes et de dérisoires ornements pour situer l'action. Les seules fois où Ribic force un peu, c'est pour représenter le laboratoire de Domo, mais ce n'est pas fou non plus.

Mais hélas ! l'artiste est aussi léger à plusieurs occasions sur les personnages, pourtant son point fort. Plus il cadre de loin, moins il précise les traits des visages : ce ne serait pas terrible s'il devait figurer une foule, mais quand dans une case seuls trois personnages, par exemple, sont là, c'est quand même embêtant. Comme Ribic ne s'encre pas, et laisse le trait de son crayon préservé, dans le meilleur des cas, des effets de volume et de texture sont appréciables. Mais cette fois, on a surtout le sentiment de voir des dessins un peu lâches, un peu trop bruts, comme quand on examine la chevelure noire de Sersi et qu'on distingue, très nettement, plusieurs strates de coups de crayons qui leur donnent une apparence tout sauf soyeuse comme c'est sensé être le cas.

Il y a dans cet épisode une impression de laisser-aller, de bâclé. Pas un épisode pour rien, mais trop morcelé, frustrant. Je choisis d'y voir un faux pas. J'espère que la suite me donnera raison.

jeudi 11 novembre 2021

ETERNALS #7, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Après quatre mois de pause, la série Eternals fait son grand retour avec un nouvel arc. Kieron Gillen a publié quelques one-shots entre temps (mais je les ai zappés et l'avenir me dira si j'ai eu raison). Il s'agissait surtout de donner du temps à Esad Ribic de souffler et de réaliser des épisodes avec suffisamment d'avance, un privilège rare accordé par Marvel, pour aussi synchroniser le comic book avec la sortie du film de Chloe Zhao (que je n'ai toujours pas vu).
 


Thena, Kingo et Sersi font leur entrée dans Lemuria, la capitale des Déviants pour négocier une trêve dans leur volonté de changer après avoir appris à quel prix ils pouvaient renaître. Le chef des Déviants, Kro, accepte de parlementer avec Sersi, puisque Thena, son ex-maîtresse, a pris un nouvel amant.


Cependant, Ikaris se recueille sur la tombe du jeune Toby Robson, mort pour lui avoir permis de renaître? Il se rend ensuite chez la mère du garçon mais le Valet des Couteaux le prévient : s'il révèle le secret des Eternels, il la tuera. Ikaris préserve la femme qui ne lui pardonne pas la mort de son fils.


Dans les entrailles de la Machine, Druig se cache avec Thanos et conclut un marché avec lui. S'il lui garantit de succèder à Zuras comme Prime Eternel, le titan en fera son bras-droit. Pour accomplir son plan, Druig expose à Thanos la manière avec laquelle il va truquer les élections.


Zuras, las d'attendre les Eternels qui doivent assurer sa réélection, invoque le Grand Esprit. Druig en profite alors pour faire entrer Thanos dans l'équation et corrompre le résultat. Zuras est défait par Thanos qui tue ensuite Druig. Il entend désormais règner sur les Eternels à sa façon.

Il est exceptionnel que Marvel accorde aux auteurs d'une série un tel break (quatre mois) pour réaliser leur nouvel arc narratif. D'habitude, ce genre de privilège est réservé aux productions en creator-owned ou, chez DC, pour une équipe créative que l'éditeur veut particulièrement choyer (comme le tandem James Tynion IV-Alvaro Martinez, qui suspendra jusqu'en Mars la parutuon de The Nice House of the Lake).

Il faut donc croire que Marvel accorde une grande confiance à Kieron Gillen pour avoir laisser Eternals en stand-by depuis Juillet dernier. Entre temps, le scénariste, avec d'autres artistes (Dustin Weaver et Kei Zama) a écrit deux one-shots pour compléter la série - je ne les ai pas lus et donc pas commentés, j'espère ne rien avoir manqué d'important, on verra.

Prévue à l'origine pour être publiée au même moment où le film Les Eternels, de Chloé Zhao, sortirait en salles (ce devait être il y a un an), la série Eternals revient donc alors que le long métrage est enfin à l'affiche (je ne l'ai pas encore vu, mais dès que ce sera fait, j'en tirerai sûrement un article). Enfin, les planètes s'alignent. Même si, apparemment, le comic-book de Gillen n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'a adapté Zhao...

Nous avions quitté les Eternels sur une révélation fracassante : à chaque fois que l'un revient à la vie, un humain meurt. Ikaris doit ainsi son retour à un adolescent, Toby Robson, qu'il s'était juré de protéger sans savoir quel lien les unissait. Ce secret enfin percé, Thena, Sersi, Kingo, Phastos, Sprite et Ikaris décident de changer et, pour commencer, de pacifier leurs relations avec leurs ennemis, les Déviants (créés comme eux par les Célestes).

L'épisode débute par des négociations entre Sersi et Kro, le chef des Déviants. Gillen glisse au passage que Kro et Thena ont été amants et s'il choisi de parlementer avec Sersi plutôt qu'avec Thena, c'est parce que cette dernière l'a quitté pour Tolau, un Déviant artiste. Kro et Sersi se ressemblent, ils sont tous deux manipulateurs, flirtent même pour s'amadouer : le lecteur comprend que la trêve va être discutée et disputée.

Puis on suit Ikaris, hanté par le sort du jeune Toby Robson. Un mystérieux personnage, le Valet des Couteaux (il s'agit de ma traduction pour Jack of Knives, j'espère qu'elle est juste), le met en garde : s'il révèle, à quiconque, mais à la mère de Toby en premier, le secret de la résurrection des Eternels, Ikaris portera la responsabilité de la mort de cette humaine, et de tous ceux à qui il répétera ce qu'il a appris. Malgré sa puissance, Ikaris semble craindre le Valet des Couteaux, suffisamment pour obéir à son conseil.

Enfin, la troisième partie de l'épisode, la plus importante, revient à Thanos et Druig. Le titan, transformé en monstre de Frankenstein par Phastos, ce qui l'affaiblit (et ce que sait Druig, qui compte s'en servir le moment venu), complote avec l'Eternel pour prendre la place de Zuras, leur chef. Une élection se prépare et Druig sait comment la truquer, en comptant sur l'absence de plusieurs votants (tels que, justement, Thena, Sersi, Kingo, Phastos, Sprite, Ikaris), lors de l'invocation du Grand Esprit. Le plan de Druig réussit mais Thanos va prouver qu'il n'est pas né de la dernière pluie...

Kieron Gillen imprime un tour plus politique dans ce début de deuxième arc, entre le rapprochement des Eternels et des Déviants d'un côté, et la magouille orchestrée par Druig pour Thanos de l'autre. Au milieu, Ikaris apparaît toujours comme un personnage un peu satellitaire, par sa nature propre mais aussi par ce qu'il vient de traverser. Curieusement, le scénariste ne fait toujours pas apparaître des Eternels emblématiques comme Ajak ou Makkari (bien qu'elles aient été les protagonistes d'un des deux one-shots, Eternals : Celestia), mais j'espère qu'on les verra bientôt. Gilgamesh a également disparu après ses actions remarquées dans le premier acte.

Ce qui pourra déplaire, c'est que Gillen a visiblement des plans sur le long terme pour Thanos. Les fans qui pensaient que le titan serait plus discret après avoir été le grand méchant des trois premières Phases du MCU et de la série des Guardians of the Galaxy en comics vont devoir s'en accommoder ou passer leur chemin. Pour ma part, je ne suis pas gêné car je trouve que Gillen écrit formidablement le personnage et lui donne un vrai rôle, un vrai but, différent du tyran génocidaire.

En revanche, j'ai été plus perplexe par la mise en scène de l'invocation du Grand Esprit car je croyais qu'un seul Eternel, fusse-t-il un Prime Eternel, ne pouvait pas le faire apparaître. Si on se réfère à son nom anglais, l'Uni-Mind, suggère en effet une fusion de plusieurs Eternels qui produit alors le Grand Esprit (par ailleurs leur seul moyen de communiquer avec un Céleste, en dehors de Ajak). Or, ici, Zuras n'a besoin de personne.

Visuellement, ces mois de break auront permis à Esad Ribic de rempiler et c'est une bénédiction car, sans lui, difficile d'adhérer autant à cette histoire à laquelle il donne une densité graphique exceptionnelle. En ce sens, que Marvel ait consenti à suspendre la parution de la série est un geste éditorial d'une grande intelligence car je suis certain que les lecteurs préfèrent attendre Ribic que d'avoir un fill-in artist forcément moins bon et conserver une fréquence mensuelle de sortie.

Ribic est égal à lui-même, très investi dans la série à laquelle il donne des planches formidables. Certes, on pourra pinailler sur sa représentation des Déviants, bien moins repoussants que ceux de John Romita Jr. ou de Jack Kirby (pour qui c'étaient de vrais monstres). Lui en fait plutôt des créatures étranges, mais pas effrayantes ou abominables. Leur morphologie est humanoïde, et seule leur carnation les distingue d'êtres comme les Eternels ou les Terriens. Par ailleurs, Gillen, s'il les décrit comme des êtres barbares, voire primitifs, fait aussi de Tolau un artiste d'un talent indéniable (c'est un sculpteur de génie, sensible et pacifique, souffrant d'anxiété et qui trouve dans sa pratique artistique un beaume apaisant). 

Ceci mis à part, l'épisode est un régal pour les yeux. La technique de Ribic est magnifique, d'une solidité à toute épreuve. Son trait classique prouve qu'il a vraiment appris le dessin académique, ses personnages sont anatomiquement parfaits, et ses décors parfaitement charpentés. En se passant d'encrage, on sent le trait brut et pourtant fin, ciselé. C'est le propre d'un vrai maître (dans la lignée d'un John Buscema, d'un Frank Frazetta).

Le découpage donne toujours beaucoup d'espace pour des compositions à l'équilibre irréprochable, mais aussi pour les couleurs sublimement nuancées de Matt Wilson. Dire que c'est le même qui réalise les couleurs sur Fire Power ! Là encore, quel talent !

C'est, au bout du compte, autant la réunion de ces compétences que la densité narrative et visuelle qui fait de Eternals une réussite majeure de Marvel. A tous points de vue, c'est une série qui sort du lot. 

samedi 31 juillet 2021

ETERNALS #6, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Avec ce sixième épisode se conclut le premier arc de Eternals, écrit par Kieron Gillen et dessiné par Esad Ribic. Un final qui ne déçoit pas, au contraire car ce qu'on y apprend nous cueille complètement. Pour une relance, c'est un coup de maître, qui redéfinit les personnages et leur nature même. Maintenant, il faudra s'armer de patience pour la suite car on ne connaît pas la date de sortie du prochain numéro.


Ikaris, Gilgamesh, Thena, Kingo et Sersi gagnent le coeur de la Machine pour appréhender Phastos qu'ils savent désormais responsable de son sabotage. Mais ils sont attendus apr Thanos qui engage le combat. Sersi use alors de ses pouvoirs sur la matière pour raisonner le titan fou.


Phastos tente, lui, de reprendre le contrôle de la Machine mais il en est incapable, elle est en train de s'auto-détruire, menaçant la Terre toute entière. Dans un parc, Sprite marche aux côtés de Toby Robson lorsque des éclairs déchirent le sol.


Ikaris vient en aide à Phastos pour tenter de maîtriser la Machine et n'hésite pas à se sacrifier pour empêcher sa destruction. Phastos est maîtrisé par les autres Eternels et explique alors les raisons de ses actes récents, tandis que Thanos est fait prisonnier dans une boucle.


Il a découvert, après sa dernière résurrection, que pour chacune de leur renaissance un humain mourait. Ikaris revient en même temps que Toby Robson s'éteint. Devant Zuras, lui aussi revenu, le groupe renonce à invoquer le Grand Esprit pour corriger cela car il leur laverait le cerveau pour qu'ils oublient.

C'est une étrange impression qui reste à la fin de la lecture de Eternals #6 : en effet, à l'heure qu'il est, Marvel n'a toujours pas communiqué sur la date de sortie du septième numéro, le titre est absent des sollicitations de Novembre comme avant cela de Octobre (si on excepte le fait que sera publié ce mosi-ci un one-shot, sous titré Celestia, où Ajak et Makkari rencontreront les Avengers préhistoriques de Jason Aaron, sur une scénario de Kieron Gillen et des dessins de Kei Zaima).

Pourtant, la série va continuer car le film de Chloe Zhao sera en salles le 5 Novembre 2021 (en France) et on imagine mal Marvel tout arrêter alors que long métrage va redonner un coup de projecteur sur le comic-book.

Mais il est aussi certain que ce premier arc s'impose comme un jalon, la volonté de son scénariste est claire : il a voulu frapper un grand coup et redéfinir la nature même des personnages avec une révélation choc. Avant d'en arriver là, l'épisode nous gratifie d'une belle bagarre entre Thanos et quelques Eternels - Kingo, Gilgamesh, Thena, Ikaris et Sersi.

A cette occasion, Esad Ribic lâche les chevaux : la technique toujours impressionnante de ce dessinateur classique confère une vraie puissance à cette bataille. Chacun y va à fond, et quand Sersi sort son joker, inspirée par un souvenir avec She-Hulk, l'effet est saisissant. On voit alors Thanos en proie à un assaut effrayant, après l'avoir vu, dans les deux premières pages, sur une table d'opération dans les mains de Phastos. Attention ! Âmes sensibles s'abstenir.

Kieron Gillen imprime un rythme soutenu à l'épisode et une démesure à chaque scène : les manipulations de Phastos sur la Machine mettent en danger la Terre entière et si on peut regretter que le script n'ait pas développé davantage cet aspect (quitte à rajouter un épisode de plus à l'arc), visuellement là encore, Ribic et Matt Wilson, pour les couleurs, en mettent plein la vue. Le sauvetage sacrificiel d'Ikaris a une vraie beauté tragique dans la fournaise de cette ingénierie affolante.

Et puis, enfin, Gillen conclut son premier récit et là, il nous cloue le bec avec un twist aussi imprévisible que déchirant et tragique. Pourquoi Phastos a-t-il oeuvré avec Thanos pour saboter la Machine et tuer des Eternels ? Le personnage n'est pas un meurtrier, c'est d'ailleurs pour cela qu'il a utilisé Thanos pour accomplir le sale boulot. Mais quel était son mobile ? Et quelles seront les conséquences de ses actes ?

La réponse est une leçon de narration car Gillen résoud non seulment ce mystère mais aussi celui qui entourait le cas de Toby Robson, ce jeune garçon ordinaire qui préoccupait tant Ikaris sans que lui ou le lecteur sachent pourquoi. Le fait de lier les résurrections des Eternels à la mort des humains est une astuce bouleversante car elle ébranle autant les héros que le lecteur. Le procédé tranche avec, par exemple, les résurrections actuelles des mutants sur Krakoa grâce aux efforts conjugés des Cinq et de Cerebro : elle est beaucoup plus organique et accablante.

Mais Gillen ne s'arrête pas là car les Eternels, parmi leurs pouvoirs, ont celui de communier pour invoquer le Grand Esprit (Uni-Mind en vo). Lui seul pourrait remédier à cette aberration. Mais Sersi sait que cela serait vain car le Grand Esprit ne corrigera rien, sinon laver le cerveau des Eternels pour qu'ils oublient leur requête et le fait que, pour qu'ils renaissent, des humains doivent mourir. C'est la voie des Eternels, leur destink leur malédiction.

L'intensité expressive des dessins de Ribic dans ces moments est aussi impressionnante que lors des scènes d'action et de grand spectacle. La façon dont il découpe la scène de la résurrection d'Ikaris et celle, aussitôt après, du décès de Toby Robson est redoutablement efficace. Tout comme quand il aligne sur un strip les visages ahuris par la révélation de Phastos ou la case occupant toute la largeur de la bande pour cadrer l'abattement de Thena après l'explication de Sersi sur ce que ferait le Grand Esprit.

On termine ce premier arc et ce sixième épisode un peu sans dessus-dessous. Il est rare qu'on soit cueilli par un comic-book de cette manière, sans avoir rien vu venir. Mais cela prouve que Marvel a eu raison de faire confiance à Kieron Gillen et Esad Ribic, de leur laisser aussi du temps pour produire leurs épisodes, quitte à ne pas coller à une périodicité mensuelle. Quand la série reviendra, espérons que l'éditeur sera toujours dans ses bonnes dispositions, et que ses auteurs seront toujours aussi inspirés (mais sur ce second point, je suis confiant). 

samedi 3 juillet 2021

ETERNALS #5, de Kieron Gillen et Esad Ribic


Après deux mois d'absence dans les bacs, Eternals revient pour un cinquième épisode. Mais ça valait la peine d'attendre, et peut-être même peut-on voir dans ce délai accordé à Kieron Gillen et Esad Ribic une forme de sagesse éditoriale de la part de Marvel. L'intrigue se déroule un peu sagement certes mais la fin de ce nouveau chapitre promet beaucoup.


Sersi tend un piège à Gilgamesh, suspect d'avoir saboté la Machine et d'être le complice de Thanos qui a assassiné Zuras, l'Eternel Prime. Avec Thena et Kingo, Ikaris vient à bout de Gilgamesh et Sersi peut l'interroger tranquillement.


Cependant, Thanos révèle à Druig, lé véritable traître au sein des Eternels, qu'il a tué Zuras pour payer sa dette à quelqu'un après avoir été lui-même éliminé. Druig offre au titan de se sortir de ce marché d'une autre manière.


Convaincus de l'innocence de Gilgamesh, Sersi, Ikaris, Thena et Kingo le suivent jusqu'à la Machine où il leur montre comment, lui, l'aurait saboté. Ce qui l'étonne et sidère les Eternels, c'est qu'il en avait parlé à Phastos auparavant.


Contacté, Phastos ne répond plus, attirant tous les soupçons sur lui. Sersi, Thena, Ikaris, Kingo et Gilgamesh partent le rejoindre sans se douter que Thanos les attend et que Phastos a détruit la Machine...

D'abord, un mot sur le retard pris dans la parution de la série. Le précédent numéro date de fin Avril, il y a donc plus de deux mois (ce #5 est sorti Mercredi 30 Juin). Esad Ribic a pris son temps et il rend une copie magistrale, ses planches sont encore une fois spectaculaires, un vrai plaisir pour les yeux. Mais qu'est-ce qui justifie que Marvel ait laissé passer huit semaines entre deux épisodes ?

Evidemment, pour l'éditeur, Eternals est une série particulière, parce qu'initialement elle devait sortir au même moment que le film, à l'Automne 2020. Marvel a préféré repousser le comic-book jusqu'à ce Printemps en sachant que le plan consistant à synchroniser série et film serait impossible. Désormais, le long métrage de Chloé Zhao arrivera dans les salles à l'Automne 2021 (le 5 Novembre).

A mes yeux, ce n'est pas plus mal car ça évite toute comparaison (il semble bien que le film et le comic-book actuel ne racontent pas du tout la même chose, n'ayant en commun que les personnages principaux). Ensuite, ça enlève à tous ceux qui adorent râler sur le fait que les comics ne servent que de storyboard aux films un argument (et ça, c'est toujours plaisant). Enfin, j'espère que ça indique que Marvel est prêt à accepter des retards dans la sortie d'un comic-book pour en conserver la qualité.

Oh, bien sûr, sur ce dernier point, je ne veux pas me risquer à des généralités : Marvel (pas plus que DC) ne va s'engager dans un mode de parution à la façon de Image Comics et laisser les bacs vides trop longtemps. En tout cas pour ses titres phares. Mais pour quelques BD, pourquoi pas ? Il doit quand même y avoir quelques personnes chez Marvel pour comprendre que remplacer Esad Ribic au milieu d'un arc serait stupide et contre-productif, décourageant les fans de poursuivre leur lecture de Eternals.

Mais c'est aussi peut-être une incidence des X-Men de Hickman car le scénariste a réussi à imposer à Marvel des épisodes plus longs et qui ne sortaient pas forcément chaque mois (même si, avec Gerry Duggan, tout ça va rentrer dans l'ordre). Du coup, Kieron Gillen profite certainement des privilèges acquis par Hickman.

Cela étant dit, il ne faut pas non plus tomber dans l'excès inverse et considérer le travail de Gillen comme équivalent à celui de Hickman. Au point où en est Eternals, on notera que l'intrigue se déroule désormais sur un rythme assez pépére, avec un nouveau suspect chaque mois dans l'enquête sur le meurtre de Zuras. Après avoir pensé à Sprite, à Thena, c'est donc au tour de Gilgamesh. Son innocence est vite acquise, mais de belle façon, grâce à une séquence d'interrogatoire musclée et qui ne manque pas de péripéties. La caractérisation du Forgotten One est savoureuse puisque Gillen en fait littéralement le Frank Castle/The Punisher des Eternels, à la tête d'une milice, et bien travaillé par les dérives possibles (avérées même) de la notion d'éternité.

Le design de Ribic pour Gilgamesh m'a fait penser à celui de Deadshot, le fameux membre de la Suicide Squad et des Secret Six. Mais il ne manque pas de charisme et existe sans mal face à Ikaris, Sersi, Thena, Kingo.

En parallèle, Gillen ne lâche pas Thanos et Druig, dont nous savons qu'il est le traître au sein des Eternels et complice du titan fou. A ce sujet, Thanos fait référence à ce qui lui est arrivé au début du run de Donny Cates sur Guardians of the Galaxy, quand il était mort et que Hela (la déesse de la mort asgardienne) a manoeuvré pour que le corps de Starfox, son frère, lui serve d'hôte. Entretemps, Thanos a récupéré son enveloppe charnelle et il fait allusion à quelqu'un qui l'a permis, mais sans dire de qui il s'agit. C'est pour payer cette dette qu'il a assassiné Zuras et oeuvré au sabotage de la Machine.

Druig offre à Thanos un moyen d'échapper à sa créance, mais on n'en saura pas plus pour l'instant. Gillen préfère nous ceuillir avec un cliffhanger explosif qui accable Phastos et réserve une méchante surprise au groupe formé par Sersi, Thena, Ikaris, Kingo et Gilgamesh. Le scénariste joue habilement sur le niveau de connaissance entre le lecteur et les héros, mais sans abattre toutes ses cartes (comme en témoigne le mystère intact concernant le jeune Toby Robson, protégé par Sprite, dont on ignore toujours ce qui le rend si précieux pour Ikaris).

Gillen n'a toujours pas introduit des Eternels importants, comme Ajak et (surtout) Makkari (entre autres). La série a perdu un peu de nerf mais conserve un fort potentiel, qui donne envie de continuer à la lire - même si en Septembre, à nouveau, la série fera une pause (au profit d'un n° spécial consacré au lien qui unit Thanos aux Eternels, et qui sera dessiné par Dustin Weaver).