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mardi 26 mars 2019

INTERSTELLAR, de Christopher Nolan


Interstellar est une drôle d'expérience : je l'ai vu il y a plusieurs mois, sans conviction, et plutôt déçu au final. Pourtant, c'est un film qui n'a cessé de se rappeler à moi depuis, comme si, malgré tout, il cherchait sa place. Peut-être avez-vous déjà éprouvé ce genre de sentiment... En tout cas, si c'était l'objectif de Christopher Nolan, il est réussi.

Murph (enfant) et son père Joseph Cooper (Mackenzie Foy 
et Matthew McConaughey)

Milieu du XXIème siècle. L'appauvrissement des cultures et une séchresse tenace menacent la survie de l'humanité. Joseph Cooper, ancien pilote et ingénieur de la NASA, élève seul depuis la mort de sa femme leurs deux enfants, Murph et Tom, avec l'aide de son beau-père Donald. Tandis qu'on conteste de plus en plus la véracité de la conquête spatiale, Cooper convainc sa fille de croire en la science. Le don d'observation de cette dernière lui fait remarquer des traces dans la poussière qu'elle interprète comme des coordonnées. Et qui les mène, elle et son père, jusqu'à une base secrète de l'aérospatiale, dirigée par le professeur John Brand.

 Le trou noir Gargantua

Brand explique à Cooper qu'il y a quarante-huit ans un trou noir géant, le "Gargantua", est apparu près de Saturne, ouvrant la voie à une galaxie lointaine avec douze planètes potentiellement habitables. Douze volontaires sont partis en expédition pour les évaluer et, parmi eux, les astronautes Miller, Edmunds et Mann ont communiqué des résultats encourageants. Brand a élaboré un plan qui nécessite l'envoi d'une station spatiale, "l'Endurance", à bord duquel sont stockés cinq milles embryons humains congelés pour coloniser un de ces mondes. Cooper accepte de piloter cette mission et promet à Murph de revenir vite.

 Le vaisseau "Endurance"

L'équipe de "l'Endurance" comprend Cooper donc, Amelia Brand (la fille de John Brand), Romily et Doyle, plus deux robots, TARS et CASE. Après avoir traversé le "Gargantua", ils préparent une visite de la planète Miller, entièrement océanique. Mais une fois à destination, une vague gigantesque emporte Doyle et retarde le retour de Cooper et Brand. A cause de la proximité avec le trou noir, le temps est très dilaté et vingt-trois ans se sont écoulés sur Terre pendant ce temps. Abasourdis par la nouvelle, Cooper dirige "l'Endurance" en direction de la planète Edmunds.

Joseph Cooper et Amelia Brand (Matthew McConaughey et Anne Hathaway)

En route, Cooper reçoit un message vidéo de sa fille qui est désormais une adulte et membre de la NASA en qualité d'assistante du Pr. Brand. Celui-ci est mourant, ce qui bouleverse Amelia. En rééxaminant les rapports d'Edmunds et Mann, Romily convainc Cooper et Brand de changer de planète pour aller sur celle de Mann, plus hospitalière bien que complètement glacée. Une fois sur place, Mann entraîne Cooper en repérages pendant que Brand etRomily effectuent des analyses dans le laboratoire installé par le résident.

 Mann et Cooper (Matt Damon et Matthew McConaughey)

Mann tente de tuer Cooper qui comprend grâce à une communication radio de Brand qu'il a falsifié ses rapports sur l'habitabilité de la planète. Mann décolle dans le module de Romily après l'avoir éliminé et rejoint "l'Endurance". Sauvé par Brand, Cooper se lance à la poursuite de Mann dans l'autre module et réussit à s'arrimer à "l'Endurance". Les deux hommes s'affrontent pour le contrôle de la station et Mann est tué. Mais cette manoeuvre a épuisé le carburant du module de Cooper : il ne peut plus aller rechercher Brand, qui accepte son sort. 

 Murph (adulte) et son frère Tom (Jessica Chastain et Casey Affleck)

Cooper dirige alors la station vers "Gargantua" dont il compte utiliser la force d'attraction pour rentrer dans notre galaxie. Un calcul lui indique que la manoeuvre lui coûtera cinquante et un an. Il s'éjecte alors et traverse le trou noir. Sonné, il reprend connaissance dans le Tesseract, une construction immense bâtie par des voyageurs spatiaux du futur. A travers les fenêtres de cet édifice dimensionnel, il peut revoir le passé et sa fille encore enfant. Pour s'extraire de là, il utilise le robot TARS qui le propulse dans l'orbite de Saturne. Localisé par la NASA, il est rapatrié sur Terre et retrouve Murph, bien plus âgée que lui, à l'article de la mort. Elle a consacré sa vie à préparer l'exode de l'humanité que son père va guider jusqu'à la planète où est restée Amelia Brand.

Tout d'abord, je dois dire que si aujourd'hui je ne suis pas client du cinéma de Christopher Nolan, ça n'a pas toujours été le cas. A ses débuts, quand il signa The Following (Le Suiveur), Memento ou Insomnia, j'appréciai beaucoup de qu'il faisait dans le cadre du cinéma de genre, tirant profit de budgets modestes. Ses intrigues tarabiscotées avaient un charme fascinant et son oeuvre s'inscrivait dans la série B inventive.

Puis la carrière de Nolan a été bouleversé par sa trilogie consacrée à Batman (Batman begins, Batman, The Dark Knight Rises, Batman, The Dark Knight Returns). Ces énormes succès commerciaux n'ont pas seulement fait du cinéaste un hit-maker chez qui même les critiques les plus exigeants ont trouvé un adaptateur de comics exceptionnel, ils en ont fait une sorte de dieu hollywoodien à qui plus rien n'était interdit, ni les stars, ni les budgets colossaux, ni les projets les plus fous.

Comme Spielberg ou James Cameron, Nolan est désormais un réalisateur en mesure de concrétiser tous ses rêves. Le souci, c'est que ses Batman m'ont copieusement ennuyé (sans compter qu'ils ont conduit la Warner dans une impasse artistiques puisque Nolan a imposé Zach Snyder comme l'architecte des adaptations DC jusqu'au naufrage Justice League). Avec leur esthétique grandiloquente et leur tonalité sérieuse, malgré quelques idées géniales (notamment au casting, avec en particulier le Joker composé par Heath Ledger), la trilogie était une sorte d'anti-MCU.

Inception souffrait aussi de défauts complexes : le film est divertissant mais aussi inutilement capillotracté, comme un concentré du cinéma de Nolan qui veut tellement imposer sa vision d'un grand spectacle cérébral se prend les pieds dans le tapis. Comme d'autres avant (et après) lui, il est victime du "syndrome Kubrick", sans avoir le génie visionnaire du maître.

Interstellar est un pari fou puisqu'il s'agit de se mesurer justement au totem que représente 2001 : L'Odyssée de l'espace. Le film est très long (deux heures cinquante !) et on regarde souvent sa montre. Le cinéaste se passe d'effets spéciaux pour des scènes décisives, non sans imagination (mais surtout parce que la production lui permet de construire des décors démesurés), son intrigue est lestée d'explications scientifiques (appuyées par des experts) rallongeant la sauce à l'envi, certains moments sont étonnament ratés ou court après une émotion qui ne transpire jamais (le vrai problème de Nolan, incapable de rendre ses personnages attachants malgré leur sort souvent déchirant).

Ainsi, quand il filme le voyage de "l'Endurance" dans le vide spatial ou sa traversée du "Gargantua", il est surprenant de constater à quel point le vrai souffle provient davantage de la musique de Hans Zimmer (avec des orgues époustouflantes) que de la beauté des images (rien d'impressionnant car souvent cadré de trop loin). L'intérieur de la station a trop l'apparence d'un décor de studio et ne fait jamais illusion. L'équipage évolue là-dedans comme des pantins dans une salle de jeux. C'est tout de même embarrassant quand il s'agit de faire croire à une expédition galactique.

Mais, en revanche, quand il pose ses astronautes aventuriers sur une planète océan ou glacée, Nolan parvient enfin à nous captiver, à suggérer une menace. Les calculs sur la dilatation du temps et leurs conséquences sur la vie de l'équipage (en particulier Cooper, qui quitte sa fille et son fils encore enfants et les revoit en vidéo adultes puis, en chair et en os, vieillards mourants) produisent des scènes troublantes, même si on ne pige pas un mot des théories relatives au trou noir, à l'espace-temps et autres subtilités de ce genre.

Sans cesse, le film navigue entre propositions foireuses (la base secrète de la NASA que Murph et son père trouvent bien facilement, les deux plans du Pr. Brand - exode massif ou mission de reconnaissance avec un paquet d'embryons) et fulgurances bienvenues (en fait quand l'histoire se concentre sur les répercussions humaines du voyage - le temps qui passe plus vite, le deuil, la solitude, l'expérience de mort imminente). Nolan est plus inspiré quand il suggère une fabuleuse construction dimensionnelle et futuriste qui permet à son héros de comprendre de mystérieuses manifestations passées que quand il invoque Newton et Einstein pour résoudre l'énigme des trous noirs et les distortions temporells à la manière d'un cours magistral d'astrophysique (dont on n'a pas grand-chose à faire et qui aurait gagné à rester plus suggestives). En fait, le cinéaste échoue lourdement quand  il tente de mélanger la réflexion dans le grandiose : il est définitivement plus doué pour l'intime que pour le grand spectacle (qu'il veut mettre en scène de manière curieusement artisanale).

Son casting reflète ces inégalités : choisir un comédien aussi tête-à-claques que Matthew McConaughey qui, comme Christian Bale (qui joua son Batman), confond composition avec performance (avec des poses de circonstances) est une fausse bonne idée car jamais on ne compatit pour lui. De façon générale, les hommes chez Nolan ne sont guère intéressants (Thimothée Chalamet puis Casey Affleck, qui jouent le fils de McConaughey, pourraient très bien avoir été coupés au montage sans que le résultat n'en souffre), alors que les personnages féminins sont en réalité ceux par qui l'histoire avance le plus et dont le sort réserve le plus d'émotion.

Murph, incarnée successivement, à travers les époques, par Mackenzie Foy et Ellen Burstyn mais surtout par la formidable Jessica Chastain, s'impose facilement comme le coeur du film. Anne Hathaway est également excellente en fille qui prolonge le projet de son père avec un sens du sacrifice admirable. 

La participation, tardive mais jubilatoire, de Matt Damon, en méchant aux motivations compréhensibles, ajoute un piment bienvenu à ce trop long métrage.

Interstellar, avec sa timeline décousue mais vertigineuse (voir les deux représentations ci-dessous), finit en vérité au moment où le récit devient le plus captivant, alors que son démarrage est laborieux, et son déroulement inégal. Je lui reproche beaucoup ces derniers points tout à l'appréciant pour là où il nous emmène. Pour un peu, une suite aurait été souhaitable, sans doute plus classique mais aussi plus vibrante.      



mercredi 29 juin 2016

Critique 935 : NOUVEAU DEPART, de Cameron Crowe


NOUVEAU DEPART (en v.o. : We bought a zoo) est un film réalisé par Cameron Crowe, sortin salles en 2011.
Le scénario est écrit par Cameron Crowe et Aline McKenna, d'après le récit de Benjamin Mee. La photographie est signée Rodrigo Pietro. La musique est composée par Jon Por Birgison.
Dans les rôles principaux, on trouve : Matt Damon (Benjamin Mee), Scarlett Johansson (Kelly Foster), Colin Ford (Dylan Mee), Maggie Elizabeth Jones (Rosie Mee), Patrick Fugit (Robin Jones), Thomas Haden Church (Duncan Mee), Elle Fanning (Lily), Angus Macfadyen (Peter MacCready), John Michael Higgins (Walter Ferris).
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Six mois après la mort de sa femme Katherine, Benjamin Mee mène difficilement de front sa vie de père de famille, avec son fils Dylan et sa fille Rosie, et sa carrière de journaliste. Mais ses relations difficiles avec son fils, le souvenir omniprésent de son épouse et la pitié de son rédacteur en chef l'empêchent de progresser. Il décide donc de déménager et de trouver un nouvel emploi.
Après avoir visité plusieurs propriétés, il est séduit par une maison... Mais celle-ci est attenante à un zoo qu'il doit aussi racheter pour s'y installer ! Malgré la folie du projet, Benjamin accepte, au grand dam de son fils. 
 Robin Jones, Walter Ferris, Lily, Kelly Foster, Dylan Mee,
Benjamin Mee, Peter MacCready et Rosie Mee
(de gauche à droite : Patrick Fugit, John Michael Higgins, Elle Fanning,
Scarlett Johansson, Colin Ford, Matt Damon, Angus Macfadyen,
Maggie Elizabeth Jones)

Benjamin et ses enfants font la connaissance du personnel du zoo, à la tête duquel se trouve la séduisante Kelly Foster. Elle lui sert de guide et de conseillère pour identifier les animaux, leurs besoins et estimer le coût financier des travaux de réhabilitation de l'endroit. 
Benjamin assume toutes les dépenses grâce aux économies qu'il a faîtes durant sa carrière de reporter, mais les frais sont énormes et surtout la réouverture du parc est soumise à l'approbation d'un contrôleur intraitable, Walter Ferris. Sa première inspection révèle d'ailleurs que de nouveaux aménagements doivent être accomplis. 
Duncan Mee, Kelly Foster, Robin Jones, Benjamin Mee, Dylan Mee,
Peter MacCready, Lily, Rosie Mee
(à gauche : Thomas Haden Church)

Duncan, le frère aîné de Benjamin, qui travaille dans une banque, le met en garde car il est presque ruiné désormais. Dylan se heurte violemment à son père tout ignorant les sentiments que lui porte Lily, jeune fille qui assiste Kelly. 
Mais la providence va sauver l'entreprise de Benjamin lorsqu'il découvre par hasard que sa femme avait placé de l'argent, une somme suffisante pour relancer le zoo et envisager l'avenir sereinement. Cela suffira-t-il à convaincre Ferris, à apaiser Dylan, et surtout à attirer le public dans le zoo remis à neuf - tout en laissant l'opportunité à Benjamin d'ouvrir à nouveau son coeur à une autre femme en la personne de Kelly ?

J'ai découvert durant l'été 2015, en pleine canicule, ce film réalisé par un cinéaste pour lequel j'ai toujours eu de la sympathie. Cameron Crowe avait signé deux grandes réussites dans les années 90 avec Jerry Maguire (1996, avec Tom Cruise, Cuba Gooding Jr - Oscar du meilleur second rôle - et Renee Zellweger) et Presque célèbre (1999, avec Patrick Fugit, Billy Crudup et Kate Hudson - inspiré par sa propre expérience de jeune journaliste à "Rolling Stone"). Vanilla Sky (remake inégal d'Ouvre les yeux, en 2001) puis Retour à Elizabethtown (2005) étaient moins convaincants. Quant à Aloha/Welcome back (sorti l'an dernier), je ne l'ai pas vu, le film ayant été un échec critique et commercial cuisant, entaché d'une polémique idiote (on a reproché à Crowe d'avoir donné à Emma Stone le rôle d'une native de Hawaï).

Cinéphile passionné, Crowe a aussi signé un passionnant et superbe ouvrage dont je conseille la lecture à tous : Conversations avec Billy Wilder (Actes Sud/Institut Lumière).

Nouveau départ n'a pas plus à beaucoup de critiques mais il a remporté un joli succès en salles (surtout aux Etats-Unis) et semble désormais destiné à de fréquentes rediffusions télé puisque TMC l'a reprogrammé Dimanche dernier. C'est une case idéale pour cet archétype du feel-good movie, très bien écrit, réalisé et interprété.

Alors, oui, il ne faut pas l'aborder avec cynisme : c'est effectivement gentil, sucré même, rempli de bons sentiments, et très américain. Ce récit inspiré de faits réels sur un veuf qui achète une maison et le zoo attenant est une de ces success stories comme seul le cinéma US en produit. Le scénario est d'une prévisibilité imparable avec conflits père-fils, récit initiatique, romances multiples, seconds rôles clichés au possible, etc.

Pourtant, en tout cas avec moi, ça fonctionne. Le film possède sinon une grâce, en tout cas un vrai charme et il est transmis par ses acteurs, formant une distribution qui a belle allure : Matt Damon perpétue cette lignée d' "honnêtes hommes" comme l'Amérique en fournit régulièrement au 7ème Art ( de James Stewart à Tom Hanks) et il a pris une sorte d'épaisseur, de consistance qui correspond pile avec ce rôle de père veuf à la fois dépassé et galvanisé par ses rêves. Scarlett Johansson, qui est une actrice souvent moyenne, resplendit ici : elle est parfaitement convaincante en zoologiste pugnace et réaliste qui est conquise par son patron. Thomas Haden Church promène sa gueule incroyable dans un personnage de frangin solidaire très attachant.

Les seconds rôles sont également enthousiasmants, que ce soit Patrick Fugit (de retour devant la caméra de Crowe après sa révélation dans Almost famous), Angus Macfadyen (savoureux en employé enragé), John Michael Higgins (jubilatoire en inspecteur tatillon), et surtout Elle Fanning (déjà rayonnante).

Pour une comédie sentimentale de plus de deux heures, Nouveau départ ne souffre d'aucune longueur, porté par une bande-son extraordinaire (moins pour la partition originale de Jon Por Birgison que pour la sélection de chansons - Neil Young, Bob Dylan... - qui rappelle l'expérience de journaliste rock du cinéaste). 

Et puis il y a ce magnifique tigre, le plus bel animal de la planète ("qui n'aurait pas envie d'avoir un tigre comme meilleur ami ?" dixit Bill Watterson, le papa de Calvin and Hobbes), parfait symbole de ce film sur le dépassement du deuil, qui est pétri de ce bon sentimentalisme sur lequel Crowe eut l'occasion de longuement disserter avec Billy Wilder et dont il a bien retenu les leçons, assumant comme son maître un cinéma généreux et affectif, très rafraîchissant aussi bien par temps chaud qu'en période agitée.

jeudi 2 juin 2016

Critique 908 : MONUMENTS MEN, de George Clooney


MONUMENTS MEN est un film réalisé par George Clooney, sorti en salles en 2014.
Le scénario est adapté du livre de Robert M. Edsel par George Clooney et Grant Heslov. La photographie est signée Phedon Papamichael. La musique est composée par Alexandre Desplat.
Dans les rôles principaux, on trouve : George Clooney (Frank Stokes), Matt Damon (James Granger), Cate Blanchett (Claire Simone), Jean Dujardin (Jean-Claude Clermont), Hugh Bonneville (Donald Jeffries), John Goodman (Walter Garfield), Bob Ballaban (Preston Savitz), Bill Murray (Richard Campbell).
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 Frank Stokes
(George Clooney)

1943. Le conservateur de musée Frank Stokes convainc le président Franklin Roosevelt de créer une unité spéciale chargée de retrouver et sauvegarder les oeuvres d'art et monuments historiques pillés par les nazis. 
 De gauche à droite : Walter Garfield, James Granger, Frank Stokes,
Preston Savitz et Richard Campbell
(John Goodman, Matt Damon, George Clooney, Bob Ballaban et Bill Murray)

Il recrute donc sept hommes avec lesquels il gagne l'Angleterre puis la France. L'un des membres de l'équipe, James Granger, conservateur du MET (Metropolitan Museum of Arts de New York), rejoint Paris pour rencontrer Claire Simone, historienne au Musée du Jeu de Paume, qui a recensé en secret tous les tableaux et sculptures déplacés en Allemagne.
 Jean-Claude Clermont
(Jean Dujardin)

Le reste du groupe se scinde en trois binômes pour mettre la main sur ce que les nazis ont déjà transporté au-delà des lignes ennemies. Ils découvrent ainsi que de nombreuses pièces disparues sont cachées dans des grottes et mines abandonnées.
 James Granger et Claire Simone
(Matt Damon et Cate Blanchett)

Le conflit touche à sa fin et les allemands commencent à détruire les oeuvres pour que les alliés ne les récupèrent pas. Les "Monuments Men" doivent aussi se presser pour que les russes ne les devancent pas dans leur mission. 

Tous ces soldats de l'art ne reviendront pas vivants de leur expédition mais ce sont plus de cinq millions d'oeuvres qui seront ainsi sauvées avant et après la capitulation des allemands...

Après cinq films (Confessions d'un homme dangereux en 2002, Good night and good luck en 2005, Jeux de dupes en 2008et Les marches du pouvoir en 2011) comme réalisateur bien accueillis, George Clooney essuya avec Monuments Men son premier échec critique et un résultat moyen au box office. 

Pourtant, cet opus s'inscrit dans la droite ligne de ses précédents longs métrages, témoignant de l'intérêt du cinéaste pour les récits en prise directe avec l'Histoire mais aussi avec un certain cinéma classique des années 40-50 ou du "Nouvel Hollywood" des années 70. Vedette accomplie mais aussi citoyen engagé (c'est un fervent Démocrate), il choisit ses sujets en fonction de ses préoccupations personnelles, les finançant grâce aux succès qu'il obtient avec des films plus commerciaux comme acteur (par exemple la série des Ocean's).

Pourtant, sans être un grand film, ou même un film à la hauteur de son sujet, ce n'est pas un film qui démérite. Que lui a-t-on reproché au juste ? De n'être pas un film de guerre haletant et spectaculaire ? C'est vrai qu'il n'a pas l'intensité d'Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg par exemple, mais l'histoire n'a pas le même objectif. De tirer vers la comédie ? C'est faux car si le film a du charme à revendre, un glamour assumé, il ne cherche pas à faire rire.

Il me semble que ce qui a déplu en vérité est curieux : Monuments men s'aligne sur la citation de Pascal Jardin quand il définissait "le propre du romancier : dire des choses exactes et mettre de faux noms".

Tout est (presque) vrai dans ce film, mais Clooney l'a romancé : son personnage et celui de Cate Blanchett sont directement inspirés, respectivement, de George Stout (conservateur du Musée Fogg de Harvard et vétéran de la première guerre mondiale) et de Rose Valland (historienne au Musée du Jeu de Paume qui, au péril de sa vie, dressa des inventaires des oeuvres volées par les nazis tout en leur faisant croire qu'elle ne comprenait pas l'allemand). En revanche, il a inventé le français Jean-Claude Clermont pour donner un rôle à Jean Dujardin avec lequel il est devenu ami.

La réalisation est élégante, avec une belle photographie : Clooney filme à l'ancienne, c'est-à-dire qu'il veut surtout mettre en images son script de manière lisible et efficace et suivre les acteurs. Pas de grands mouvements d'appareil donc, mais un esprit de troupe qui fait écho à l'équipe de soldats de l'art : la complicité entre les acteurs est visible, et chacun a droit à son grand moment. Qui se plaindrait de voir jouer ensemble John Goodman et Bill Murray ? Quant à Matt Damon, il est impeccable comme d'hab' : ses scènes avec Cate Blanchett (d'une classe folle comme toujours) sont formidables, ne cédant jamais aux clichés (le personnage de Claire Simone hésite en effet à se fier aux américains qu'elle soupçonne de vouloir s'approprier les oeuvres d'art sous prétexte de les sauver).

Ce qui affaiblit sans aucun doute le projet tient plutôt au rythme et au ton du script : il est vrai que, sans être ennuyeux, la mise en scène est très pépère, d'une nonchalance qui contredit le fait que la mission des héros est censée être une course contre la montre (contre les nazis mais aussi contre les russes). Subséquemment, quand un des membres du groupe trouve la mort, l'émotion n'est pas vraiment au rendez-vous alors même que Stokes répétait qu'"aucun tableau ne mérite qu'on soit tué pour lui".

Clooney est aussi victime de sa propre attitude : séduisant et cool, la vedette est irrésistible grâce à cela, mais appliqué à un sujet aussi dramatique, ce côté débonnaire donne à son film des allures de promenade entre copains plutôt que de périple d'experts en territoire ennemi.

Mais, porté par une belle partition musicale d'Alexandre Desplat, Monuments Men demeure un divertissement agréable, réunissant un beau casting et s'achevant sur un clin d'oeil : c'est en effet Nick Clooney, le père de la star, qui incarne Frank Stokes dans l'épilogue situé en 1977 !