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jeudi 21 avril 2022

CATWOMAN #42, de Tini Howard et Nico Leon


Avec ce 42éme épisode de Catwoman se clôt le premier arc de la série depuis que Tini Howard en a repris la direction. Mais c'est une conclusion à l'image de ce qui a précédé : décevante, sans souffle, sans tension. Nico Leon, après un départ prometteur, a livré sans ciller des planches paresseuses, noyées dans des effets numériques déplaisants.


Entrés par effraction dans sa chambre d'hôtel, les agents d'Eiko Hasigawa préviennent Catwoman que les familles du crime hésitent à la faire tuer par Black Mask. Elle doit convaincre un caïd de l'épargner.


Mais Catwoman n'a plus de temps pour négocier. Elle cible donc directement Roman Sionis/Black Mask, chez qui elle s'introduit pour lui dérober ce à quoi il tient le plus.
 

Alors que Black Mask tente de forcer la décision auprès des parrains de la pègre de le laisser éliminer Catwoman, elle le contacte en possession du masque qu'il a fait tailler dans le cercueil de son père.


Sionis se rend sur les docks pour récupérer son bien mais il se fait pièger par Catwoman, soutenue par les agents d'Eiko Hasigawa...

Je vais donc rédiger ma dernière critique sur la série Catwoman puisque je cesse de suivre ce titre après ce numéro. J'espérai beaucoup (trop ?) de sa reprise par Tini Howard, déçu aussi que Ram V l'ait quitté aussi rapidement. Mais le compte n'y est tout simplement pas.

Si comparaison n'est pas raison, il faut quand même reconnaître à Ram V qu'il proposait quelque chose qui me convenait davantage. Tini Howard n'a pas tellement bouleversé la donne, s'inscrivant dans les pas de son prédécesseur, mais sur des bases moins lisibles, moins claires dans les intentions. C'est là où le bât blesse : qu'a voulu raconter la scénariste ?

Ram V partait sur un postulat séduisant et simple, avec des références appuyées au run de Ed Brubaker, plaçant Catwoman dans son élément (de retour dans le quartier de Alleytown dont elle voulait reprendre le contrôle pour sauver des jeunes désoeuvrés de la délinquance de caïds locaux). Il lui opposait un méchant retors ( le Père Vallée), des rivaus charismatiques (le Pingouin, le Sphinx). Il aura fallu que Fear State vienne parasiter tout ça pour Ram V se désinvestisse de la série et la quitte.

Tini Howard, elle, est partie sur un statu quo aussi prometteur : Batman quittait Gotham (dans sa propre série, reprise par Joshua Williamson) et laissait donc les hauts quartiers sans surveillance. Mais à partir de là, il a bien fallu constater le gouffre qui existait entre la note d'intention de la scénariste et la réalité de son script : elle promettait le retour d'une Catwoman monte-en-l'air, plus ambiguë dans son positionnement moral, aux prises avec le gratin de la pègre. Le compte n'y est pas.

D'abord parce que le gratin de la pègre en question est incarné par des personnages qui manquent cruellement de charisme. Après le Pingoin, le Sphinx, c'est difficile et ce ne sont pas Eiko Hasigawa, Finbar Sullivan, Don Tomasso, Drago Ibanescu qui risquent de les faire oublier. Ensuite, pour ce qui est de Catwoman, on ne l'a pas vue renouer avec la cambriole (alors qu'on aurait pu penser que l'histoire la verrait être traquée par la pègre après qu'elle l'ait soulagée de quelque magot). Enfin, il y a le cas Valmont.

La couverture de ce n°42 suggère une relation fièvreuse entre le féline fatale et ce tueur, mais il n'en esr rien. Howard a échoué totalement à faire de cette création originale un acteur intéressant, dont le rôle ait un poids sur l'intrigue. On ignore tout de ses motivations, il manque d'épaisseur, a un look sans personnalité (avec qui plus est un masque dont on se demande comment il lui permet de voir !). C'est dommage parce que, là encore, il y avait de quoi créer un anti-héros trouble et troublant, mais c'est raté.

Tout cela aboutit à un sentiment de désintérêt, on a un mal fou à accrocher à ce qu'on nous raconte, au point que la manière dont Catwoman réussit à écarter Black Mask de l'équation (pourtant un de ses ennemis les plus emblématiques) tombe complètement à plat. Idem pour Eiko Hasigawa, une autre figure pleine de potentiel mais trop vaporeuse. Ou le fils Tomasso, Dario, un faire-valoir passable. Quatre épisodes pour ça, c'est maigre, trop maigre.

Graphiquement, la série telle que reprise par Howard offrait à Nico Leon, transfuge de Marvel où il ne s'est jamais imposé au-delà du statut de remplaçant, l'occasion de briller. Le premier épisode et le suivant furent séduisants, imposant un style élégant, malgré un risque évident de surchauffe.

Puis patatras ! Les deux épisodes suivants ont révélé un tout autre visage de l'artiste, noyant ses dessins (ou ce qu'il en restait, c'est-à-dire les personnages) dans des décors numérisés à outrance quand il ne s'agissait pas simplement de photos retouchées. Soudain, on se retrouvait dans des planches dignes d'un Salvador Larroca (dit la photocopieuse), sans charme, sans personnalité. Entretemps, comme pour ne rien arranger, Jordie Bellaire (rescapée du run de Ram V et Fernando Blanco) a été voir ailleurs, remplacée par Veronica Landini (qui n'a pas démérité cependant).

J'observe ici qu'il est parfois difficile pour les auteurs Marvel de se fondre dans le moule DC (Bendis s'y est perdu), et Tini Howard m'a plus ravi avec Excalibur qu'avec Catwoman. J'arrête donc les frais, un peu à regret (car on ne sait jamais si ça aurait pu s'arranger), mais insister n'est pas forcèment gagner au final. Peut-être qu'un jour, à nouveau, quelqu'un saura se saisir de Selina Kyle avec adresse : c'est un personnage qui a toujours brillé par intermittence dans son propre titre.

jeudi 17 mars 2022

CATWOMAN #41, de Tini Howard et Nico Leon


Ce quarante-et-unième épisode de Catwoman est... Bof, dirons-nous. Bien que Tini Howard soit connue pour ne pas abattre ses cartes rapidement, on est bien en peine de savoir où elle veut en venir au bout de trois numéros, sachant que le mois prochain s'achèvera son premier arc narratif sur la série. Nico Leon, quant à lui, fait des choix graphiques très discutables, avec une nouvelle coloriste.


Choquée par les meurtres de Valmont, Catwoman s'interroge sur ce qu'il va faire des corps des sbires de Noah Goddard. Lorsqu'elle l'apprend, elle fuit et sème Valmont qui est attaqué par Onyx Adams, une ancienne tueuse de la Ligue des Assassins, désormais alliée de Batman.
 

Onyx est au courant des mouvements récents de la pègre gothamite. Catwoman la convainc de l'aider en utilisant Dario Tomassi. Elles le surprennent sur le point de faire sauter l'hôtel Trixie, qui appartient à son père, qui vient de lui préférer Noah Goddard pour diriger ses affaires.


Catwoman veut monter Finbar Sullivan contre le reste des parrains de la pègre. Pour cela, elle s'en prend à ses hommes de main avec le renfort de Onyx. En difficulté, les deux femmes peuvent s'éclipser grâce à l'aide de Dario.


Au courant de cette attaque, Sullivan accuse Don Tomassi puisque son fils a été identifié. Black Mask met fin à cette querelle en persuadant les caïds d'éliminer Catwoman. Celle-ci offre un refuge à Dario tandis qu'Onyx se retire. Mais Eiko Hasigawa avance ses propres pions...

Une chose m'a profondément troublé - et même dérangé à la lecture de cet épisode. Outre que Tini Howard finisse son arc le mois prochain, elle produit un chapitre qui m'a fait penser à ce que Ram V écrivit quand il oeuvrait sur Catwoman.

En effet, Ram V avait montré Catwoman dans Alleytown cherchant à intimider un des cadres de la pègre de ce quartier pour prendre l'avantage sur les autres. Une manoeuvre qui établissait Selina Kyle comme une stratège similaire à Batman, possédant toujours un coup d'avance. Mais la différence entre Ram V et ce que propose pour l'heure Tini Howard, c'est l'objectif.

En effet, Ram V posait comme but à Catwoman la (re)conquête d'un titre de "reine de Alleytown". Elle voulait ainsi symboliquement mais aussi concrètement succéder à la femme qui l'avait formée, Mama Fortuna. Mais maintenant qu'elle évolue dans les beaux quartiers de Gotham, sa haute ville, que cherche vraiment Catwoman ? Si ce sont les ennuis, elle les a déjà trouvés. Mais sinon ?

En vérité, au bout de trois épisodes sur les quatre que comptera cet arc, je ne sais toujours pas ce que Catwoman fiche dans Gotham uptown. Quelle est son ambition ? Son objectif ? Au début du run de Tini Howard, elle donnait l'impression de profiter de l'absence de Batman pour regoûter à l'ivresse des sommets, observer les forces en présence dans la pègre, constater le retour de Black Mask, puis déplorer le meurtre de Kristi son amie danseuse. Mais à part ça ? 

Que veut nous dire, nous raconter Tini Howard ? Ce n'est vraiment pas clair. Catwoman se pose-t-elle en justicière, qui veut venger Kristi, affronter Black Mask, démanteler la pègre ? Ou cherche-t-elle à se faire une place au soleil dans ce milieu de bandits ? Cette seconde option colle avec la note d'intention de la scénariste qui affirmait vouloir à nouveau mettre en scène Selina Kyle comme une cambrioleuse... sauf qu'elle n'a rien volé. Et qu'elle s'est mise à dos de redoutables gangsters, puis doit composer avec ce mystérieux Valmont qui, lui aussi, semble vouloir débarrasser Gotham de ces crapules (sans rechigner à les tuer), et cette fois avec Onyx Adams.

J'avoue, je ne connaissais pas ce personnage, et j'ai donc dû me renseigner à son sujet pour découvrir qui elle était (même si Tini Howard résume son c.v. en voix off). Toutefois, on n'est guère plus avancé car Onyx Adams traverse cet épisode de manière bien bizarre, méfiante devant les intentions de Catwoman, puis s'éclipsant aussi subitement qu'elle est apparue en la laissant dans la mélasse avec Dario Tomassi. La couverture (de Jeff Dekal) promettait quelque chose d'épicé entre les deux femmes, il n'en est rien. A l'image de l'épisode entier. C'est très déroutant.

Côté visuel, ce n'est pas mieux car Nico Leon... Comment dire ?... Bon, allons-y carrément, c'est un escroc. S'il avait fait illusion sur les deux épisodes précédents, cette fois, c'est une telle déception que ça frise le foutage de gueule.

Sans qu'on l'ait vu venir, Jordie Bellaire a quitté la série (j'ignore pourquoi, et on ne le saura jamais. Elle travaille beaucoup, sans doute a-t-elle dû renoncer). Elle est remplacée par Veronica Gandini. Parfois un changement de cet ordre n'est rien. Parfois il agit comme un révélateur terrible. Gandini n'est pas mauvaise dans sa partie et elle fait d'ailleurs un bon boulot.

Mais elle participe aussi à montrer les procédés jusque-là dissimulés visiblement par Bellaire. Nico Leon ne dessine pas de décors, en vérité il se sert de fichiers photonumériques et y plaque les dessins de ses personnages. La colorisation de Gandini, plus claire que celle de Bellaire, révèle ce procédé dans toute sa laideur, on croirait lire un mauvais roman-photo avec uniquement des personnages dessinés. 

Cette technique est employée par d'autres dessinateurs, de la même manière, comem Salvador Larroca ou Greg Land (qui, eux, en plus, décalquent souvent carrément des photos pour les personnages aussi). Je n'ai rien contre le dessin numérique, c'est une pratique aujourd'hui répandu, et comme tout outil, s'il est bien manié, il peut donner de belles choses. Mais encore faut-il justement bien le manier. Et Nico Leon fait le strict minimum. Pour un résultat franchement déplorable. Les effets infographiques sont trop voyants pour être agréables, en tout cas pour moi. Je trouve ça paresseux et moche.

Dans ces conditions, à moins d'un quatrième chapitre vraiment accrocheur pour la suite, il est plus que probable que l'aventure Catwoman by Tini Howard s'achève précocèment. Je préfère trop les comics avec un programme clair pour perdre mon temps avec un premier arc trop nébuleux, et lesté de dessins aussi maladroits.

jeudi 24 février 2022

CATWOMAN #40, de Tini Howard et Nico Leon


L'arrivée de Tini Howard comme scénariste de Catwoman avait bien démarré le mois dernier et pour son quarantième numéro, la série confirme qu'elle est entre de bonnes mains. Ce premier arc sera court (quatre épisodes) et il est nerveux, prenant. Au dessin, Nico Leon confirme lui aussi ses bonnes dispositions, soutenu par les couleurs de Jordie Bellaire.


Selina Kyle découvre que Kristi, une des danseuses qui l'a aidée à affronter Black Mask la veille au soir, a été assassinée dans la chambre d'hôtel où elle devait être en sécurité. C'est un avertissement lancé par la pègre de Gotham. Mais Selina décide de répliquer vite et fort.


Elle sait qu'un meurtre commandé comme celui-ci n'est possible que grâce à Don Tomasso. Elle cible le fils de ce parrain italien, Dario, pour trouver les assassins en échange d'une information cruciale pour ce dernier : Don Tomasso veut confier sa succession à Noah Goddard, son conseiller.


Après avoir châtié les assassins, Catwoman comprend que Dario est l'amant de Noah Goddard. Pour réfélchir à la suite, Selina visite de nuit un musée qui expose le plus gros diamant du monde. Valmont l'y rejoint, toujours aussi mystérieux sur son agenda personnel.
 

C'est alors que Noah Goddard se présente avec des hommes armés. Catwoman l'attaque mais la situation lui échappe quand elle reçoit un tir en pleine poitrine... Lorsqu'elle reprend connaissance dans le repaire de Valmont, celui-ci lui montre les cadavres de Goddard et ses sbires.

Comme je l'indiquai en préambule, le premier arc écrit par Tini Howard pour Catwoman sera bref : quatre numéros. C'est un calcul intelligent car cela ne décourage pas le lecteur, toujours méfiant lorsqu'un nouvel auteur reprend une série, surtout après un précédent run convaincant. Quatre épisodes, c'est malgré tout un challenge narratif car il faut aller vite sans être expéditif, sans bâcler son affaire.

En réintroduisant Catwoman dans la haute société de Gotham, Tini Howard a un objectif clair : la faire renouer avec la cambriole mais sans qu'elle renonce à son activité bien particulière philosophiquement de justicière. En effet, l'équilibre du personnage tient dans cette position : elle n'est pas une criminelle comme le Joker, Double-Face, le Pingouin ou le Sphinx, mais elle se bat avec les armes de ses adversaires, sans se soucier de la légalité (contrairement à Batman).

Le mois dernier, Catwoman faisait un point sur la situation de la haute ville de Gotham où elle n'évoluait plus depuis un moment et avec elle, nous avons identifié les familles du grand bnaditisme local. Un invité s'est présenté à la table en la personne de Roman Sionis/Black Mask, un vilain avec qui Catwoman a un lourd et vieux contentieux.

Conséquence rapide : dès l'ouverture de cet épisode, Selina Kyle découvre le cadavre encore chaud de Kristi, une danseuse qui l'a aidée à fuir Black Mask dans le précédent numéro. Elle pensait l'avoir mise à l'abri dans un hôtel luxueux mais ça n'a pas suffi. Tini Howard lance donc un avertissement aussi bien à Catwoman qu'au lecteur : la chasse est ouverte, le temps des repérages et des mises en garde est révolu.

Catwoman contre-attaque donc, mais sans pour autant frapper aveuglèment. Tini Howard s'inscrit donc dans les pas de Ram V en continuant d'envisager son héroïne comme une femme intelligente, qui sait anticiper les coups, montrer à l'ennemi qu'elle n'a pas peur. Malgré tout, contrairement à Batman et au run de Ram V, Catwoman est ici plus seule, elle ne s'appuie pas sur des alliés occasionnels ou permanents (comme les Strays de Alleytown). Son seul compagnon semble être ce mystérieux Valmont mais la fin de l'épisode révèle une part sombre et inquiétante de cet individu (qui n'hésite pas à tuer de sang froid).

L'épisode est donc coupé en deux parties : d'abord la riposte, efficace, express, spectaculaire de Catwoman. Tini Howard l'écrit avec beaucoup d'adresse et accroche le lecteur avec une suite de scènes rapides, des dialogues piquants, et même une dose d'humour. Puis il y a le retour de Valmont, la bagarre contre Goddard et ses sbires, et le cliffhanger final. Là aussi, ça ne perd pas de temps, mais le dialogue occupe plus de place, la tension entre Catwoman et Valmont est intéressante. Les deux segments se répondent bien, ça fonctionne parfaitement. Et en fait on devine que ce premier arc ne se conclura pas simplement, il va sûrement servir de tremplin pour une saga plus longue, impliquant toute la pègre gothamite et Catwoman, avec Valmont dans le rôle de la wild card - une structure finalement proche de ce que Howard avait établi sur la série Excalibur où on comprenait que tout servait le plan d'Apocalypse pour renouer avec Arakko (et qui a abouti au crossover X of Swords).

Visuellement, la série a gagné avec Nico Leon un dessinateur qui montre son envie d'en découdre. Longtemps cantonné aux seconds rôles chez Marvel, baladé de série en série, il y a chez l'artiste une volonté de faire ses preuves, de montrer au lecteur (et à son nouvel éditeur) ses compétences.

On peut lui reprocher néanmoins, non pas cette surmotivation, mais un trait un peu froid. Le dessin numérique a ses avantages mais quand on ne peut pas s'appuyer sur un style fort, cela peut vite devenir un peu impersonnel. Si dans les scènes d'action, Leon fait preuve d'une belle technique, et si le découpage a une belle variété, qui assure une lecture entraînante, on aimerait volontiers un peu d'effets de matière, de texture, car l'ensemble reste très lisse.

Cette impression est soulignée par les couleurs de Jordie Bellaire. Leon a expliqué avoir convenu avec cette dernière d'une palette et la consigne semble avoir été d'aller vers quelque chose d'assez uniforme et encore une fois un peu froid. Cela va jusqu'à parfois des cases et même des planches entières avec une seule nuance, de gris, très appliquée. C'est étonnant. D'autant qu'à côté, Bellaire oppose des sources de lumière contrastées comme le rose des phares de la moto de Catwoman ou le jaune-oranger dans le repaire de Valmont. En dehors de ça, ça manque un peu, sinon de fantaisie, en tout cas de diversité. Comme l'action est essentiellement nocturne, c'est limite monotone. A voir donc si Leon et Bellaire vont persister dans cette direction ou quand même un peu plus éclairer leur affaire.

Quoi qu'il en soit, malgré ses réserves, on passe vraiment un bon moment et surtout on reste curieux de savoir où Tini Howard et ses partenaires vont nous emmener. On le sait, cette scénariste n'aime pas abattre ses cartes trop vite, mais elle avance avec un plan sur le long terme. Comme ça démarre bien, on lui accorde un vote de confiance.

jeudi 20 janvier 2022

CATWOMAN #39, de Tini Howard et Nico Leon


C'est une reprise que j'attendais avec gourmandise, celle de Catwoman après le run de Ram V. C'est donc Tini Howard qui prend les commandes de la série en promettant de revenir aux fondamentaux, c'est-à-dire Selina Kyle en cambrioleuse de haut vol, frayant avec la pègre tout en refusant d'en faire partie. Le pari est audacieux, mais ce premier épisode est très encourageant, grâce aussi au dessin superbe de Nico Leon.



De retour à Gotham, en l'absence de Batman, Catwoman veut savoir qui tient les rênes du crime organisé et s'adresse pour cela à une vieille connaisssance, Eiko Hasigawa. Mais celle-ci, qui contrôle les docks, ne veut pas que Catwoman vienne l'embarrasser.


Prenant ses quartiers dans un palace où résident les femmes des principaux caïds, Selina peut collecter des infos à leur insu sur leurs maris en se joignant à leurs occupations. Mais, ensuite, elle découvre qu'un admirateur, Valmont, l'épie, sans, jure-t-il, servir personne.


Une réunion a lieu entre Eiko, Argos Ibanescu (qui contrôle la prostitution), Federico Tomasso, et Finbar Sullivan (qui règne sur les maisons de jeux). Tous veulent avoir accès aux docks mais Eiko n'est pas disposée à négocier facilement.


Catwoman interrompt ces palabres en défiant ces barons du crime organisé. Mais elle ignorait qu'un cinquième membre était invité et il s'agit de Roman Sionis alias Black Mask. Obligée de battre en retraite, elle trouve chez elle un présent laissé par Valmont qui va lui permettre de contre-attaquer...

Après Joelle Jones et Ram V, c'est donc au tour de Tini Howard de se faire les griffes sur Catwoman. Pour cela, elle n'a pas hésité à renoncer à son contrat d'exclusivité avec Marvel (chez qui elle écrivait Excalibur et pour lequel elle signera à partir d'Avril Knights of X), convaincant DC sur un pitch détaillé.

Je ne vais pas le cacher : je n'ai pas été un grand fan de ce que Howard a produit chez Marvel, Excalibur m'a perdu très vite. Mais en revanche, j'ai apprécié la complémentarité entre elle et Jonathan Hickman sur X of Swords. Qui plus est, Ram V est parti un peu brusquement de Catwoman et j'espérai que son successeur ait des projets à long terme pour la féline fatale.

Ce qui est amusant, c'est que, comme Ram V, Tini Howard démarre son run en présentant les méchants sur lesquels elle va s'appuyer. Nous faisons donc la connaissance de parrains évoluant à Gotham, et non plus seulement à Alleytown, quatre familles du crime organisé, avec chacune leur domaine de prédilection (prostitution, jeux, accès aux docks...). Ce qui permet de cerner la dangerosité de ces personnages et de planter le décor : la scénariste se démarque en n'utilisant pas des vilains comme le Pingouin ou le Sphinx. 

Un peu plus loin, apparaît un mystérieux individu, Valmont (référence assumé aux Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos), que les scénariste prend soin de ne pas étiqueter, si ce n'est qu'il admire Catwoman, tout en ayant son propre agenda (mais lequel ? Patience.). En tout cas, il ne sert aucun des gangsters précités mais affiche une arrogance certaine.

Le but de Catwoman est lui-même sujet à interprétation : Howard nous fait comprendre qu'elle veut renouer avec la cambriole mais sans sombrer dans le grand banditisme. Il semble que Selina Kyle veut surtout prendre le pouls de ces crapules et s'assurer qu'ils ne l'embarrasseront pas dans ses activités. Elle agit bien à sa manière, avec culot, insolence, voire suffisance. Et quand Roman Sionis alias Black Mask s'invite dans la partie, tout le monde (elle, nous) comprend que la situation vient de basculer.

Là aussi, comme Ram V, Howard s'adresse aux fans du run de Ed Brubaker qui avait de Black Mask la némésis de Catwoman, dans une lutte culminant dans un épisode traumatique (Catwoman finissait pas tuer Sionis - mais nous parlons là d'une histoire qui a vingt ans et depuis DC s'est réinventé au moins deux fois, donc les compteurs sont remis à zéro concernant les morts). C'est prometteur, surtout si Howard reste plus longtemps sur le titre que Ram V.

L'autre écueil du run de son prédécesseur résidait dans la partie graphique. Tant que Fernando Blanco dessinait les scripts de Ram V (ou Otto Schmidt durant l'intermède Future State), tout était pour le mieux. Ensuite, ça a été plus difficile.

En débauchant Nico Leon de chez Marvel (où il jouait les fill-in de série en série), DC a fait preuve de flair car l'artiste épate (de chat). Récemment, en interview (pour Newsarama), Leon reconnaissait avoir hésité car il estimait que son style ne conviendrait peut-être pas à Catwoman. Mais il admettait aussi que c'était l'opportunité à la fois pour tenter d'évoluer esthétiquement et pour s'établir sur une série régulière. Il a donc beaucoup travaillé pour cette mission, s'exerçant notamment à rendre son dessin plus sombre mais aussi à peaufiner la texture vinyl du costume de Catwoman...

Jordie Bellaire est la seule rescapée de la précédente équipe, et elle soutient magnifiquement Leon dont le trait fin, précis et expressif fait merveille. Je ne l'attendais pas à ce niveau, mais franchement ses planches sont magnifiques. Le découpage est très dynamique et fluide, les compositions inspirées, les valeurs de plans toujours intelligentes, les angles de vue recherchés.

Bellaire a discuté avec Leon sur le look à donner à la série et ensemble ils ont donc opté pour une colorisation contrastée, qui n'hésite pas à pousser sur les des teintes prononcées. Ainsi, on évolue d'abord dans une ambiance assez froide, avec des bleu-gris, puis lors de la séquence de la réunion des quatre familles, les lumières dominantes virent au rose, presque fuschia, imitant des projecteurs d'un club. C'est audacieux mais réussi. Et cela fait passer le côté parfois un peu trop appliqué des fonds numérisés (les décors urbains des toits de Gotham, la suite épurée de Selina Kyle dans un étage désert en rénovation).

Cet épisode a tout pour séduire. Comme ce premier arc ne comptera que quatre numéros, on ne s'engage pas dans quelque chose d'interminable, et la narration est énergique. Bref, ça sent bon. De quoi ronronner. 

jeudi 11 février 2021

S.W.O.R.D. #3, de Al Ewing et Valerio Schiti, Ray-Anthony Height, Bernard Chang et Nico Leon


S'il en fallait une preuve, ce troisième épisode de S.W.O.R.D. confirme qu'on lit une grande série. Pourquoi ? Parce que quand un titre décide d'opérer un tel contrepied, en s'offrant un aparté pareil, en se concentrant sur un seul personnage, et en partageant ses pages entre quatre dessinateurs, sans perdre sa qualité, c'est très fort. Al Ewing orchestre tout ça magistralement et retombe in fine sur ses pieds avec une agilité épatante.


Manifold est responsable de la Logistique au sein du SWORD. Cette qualité lui confère une liberté de manoeuvre particulière : dans la situation de crise actuelle, avec l'attaque de Knull sur Terre, il doit trouver du renfort et commence par aller voir son oncle en Australie.


Fort des conseils que lui a prodigué son oncle, Manifold traverse l'espace pour surgir dans le vaisseau amiral du prétendant au trône des Snarks. Mais il essuie un refus car son interlocuteur vient de perdre sa soeur à cause de Knull et que le sort de la Terre ne l'intéresse pas.


La prochaine escale de Manifold est pour la station Alpha Flight à bord de laquelle se trouve Henry Gyrich. Mais celui-ci est au téléphone et Manifold, intrigué par l'échange qu'il entend, et la lecture d'un dossier, préfère se retirer ni vu ni connu.


De retour dans la station du Pic, Manifold alerte Abigail Brand au sujet de ce qu'il a découvert à propos de Gyrich. Elle décide de s'en occuper plus tard car elle n'a plus de contact avec l'équipe qu'elle a envoyée sur Krakoa. Manifold s'y rend et constate qu'un de ses partenaires est sous l'emprise de Knull...

Lorsque j'ai lu les crédits de cet épisode, j'ai été inquiet : Valerio Schiti n'en signait pas l'intégralité des dessins, et pas moins de trois autres artistes figuraient au sommaire. A quoi tout cela allait ressembler ? Qui plus est : alors que le précédent numéro s'achevait à Krakoa avec (Kid) Cable "Knullifié", le texte de présentation annonçait que l''histoire allait se concentrer sur Manifold seul.

Mais mes doutes se sont vite dissipés à mesure que je tournais les pages de cet épisode, encore une fois prodigieux. C'est une nouvelle leçon de narration, écrite et graphique, à laquelle on a droit. Un tour de force impressionnant qui confirme que S.WO.R.D. est une série majeure.

Eden Fesi est un personnage introduit par Jonathan Hickman à l'époque où il écrivait Secret Warriors, au début de sa carrière chez Marvel (le titre était parrainé par Brian Michael Bendis, ami de Hickman, pour lui assurer plus de visibilité). D'origine aborigène, ce jeune héros était présenté comme un téléporteur, mais Hickman allait en faire plus que ça. Devenu un de ses personnages fêtiches, il allait l'intègrer quelques années plus tard dans ses Avengers et détailler ses pouvoirs de "Quintician".

Pour résumer, Manifold peut se déplacer dans l'espace mais aussi le temps via des brêches qu'il ouvre en sollicitant le Multivers. Il a juste besoin pour cela d'avoir un moyen de se repérer, sinon cette capacité est sans limite. Il a eu pour mentor le mutant Gateway, avec lequel il entretient toujours des rapports difficiles. Par ailleurs, comme le note Abigail Brand dans les dossiers secrets qu'elle tient sur son équipe du SWORD, c'est un type sympathique (ce qui le distingue de subordonnés moins fréquentables comme Fabian Cortez).

Lui consacrer un épisode entier, qui plus est au moment où notre attention a été attirée sur l'attaque de la Terre par Knull, le dieu des symbiotes, peut sembler déplacé. Sauf que Al Ewing, qui a récupéré le personnage de Manifold pour sa série, ne le fait pas gratuitement : en effet, Edeen Fesi reste en mission et cette mission est en rapport direct avec la crise actuelle. Il est à la recherche de renforts.

De manière très habile, le scénario s'articule autour des différentes visites qu'effectue Manifold et pour chacun de ces segments, un dessinateur différent est aux commandes. Valerio Schiti signe l'ouverture avec deux doubles pages grandioses puis passe le relais à Ray-Anthony Height, dont ce sont les débuts chez Marvel. Cette première escale est déjà spéciale puisque Manifold rencontre son oncle pour un dialogue qui porte surtout sur la façon dont le traite Krakoa, sa relation avec Gateway, son passé (où il a tué en mission,, pour les Secret Warriors, dont le patron était Nick Fury). Un passage détonant mais intéressant pour cerner ce héros fuyant par nature.

Ensuite, Manifold demande l'aide des Snarks, en pleine guerre de succession.  Avec leur tête de crocodile et leur physionomie unique, ces aliens sont de terribles combattants, mais Zn'Rx, peut-être le plus belliqueux des prétendants au trône, n'est pas dans les bonnes dispositions. Et pour cause : Knull a détruit la flotte de sa soeur. Manifold n'insiste pas - et ne voit donc pas qu'après son départ, son interlocuteur se fait assassiner : à coup sûr, cela introduit un subplot amené à être exploré plus tard. C'est Bernard Chang, récent transfuge de DC, qui illustre ce passage, dans un style direcr, à base de gros plans, ce qui souligne la tension entre les deux acteurs mais permet aussi d'apprécier le sang-froid de Manifold.

Valerio Schiti reprend la main pour une planche et demi lorsque Manifold réapparaît dans la station Alpha Flight (que dirigeait précédemment Abigail Brand). C'est aussi à ce moment que Al Ewing communique les éléments du dossier que Brand tient sur Eden Fesi, ses pouvoirs, sa personnalité. Manifold, cependant, ne va pas parler à Henry Gyrich, en charge de l'endroit car il l'entend parler avec quelqu'un au téléphone. Et il l'entend parler de Krakoa.

Nico Leon prend le crayon de la main de Schiti : son trait fin et un peu fade est compensé par un découpage simple mais malin qui consiste à suivre la conversation téléphonique de Gyrich pendant que Manifold l'espionne puis lui subtilise temporairement un dossier. Il découvre dans ces papiers que Gyrich figure dans l'organigramme de Orchis, le conglomérat de crapules dont on a fait la connaissance dans House of X et qui développe une nouvelle générationd de Sentinelles. Ce twist ne surprend pas tant quand on connaît Gyrich, qui, de tout temps, a été un magouilleur obsédé par le contrôle des super-héros, au service du gouvernement américain, mais davantage parce que les Etats-Unis, qui ont pourtant reconnu la souveraineté de la nation X, abrite en son sein des agents doubles.

L'épisode a filé tellement vite, en semant pourtant assez petits cailloux pour alimenter de futures intrigues, qu'il ne lui reste plus que deux pages pour conclure. Valerio Schiti les dessine et Al Ewing a encore une carte dans sa manche. Abigail Brand a perdu le contact avec l'équipe dépêchée sur Krakoa, et y envoie Manifold, après qu'il lui ait révélé ce qu'il a appris sur Gyrich. Le cliffhanger de la dernière planche est cauchemardesque.

Hé bien, ça, c'est ce que j'appelle une leçon de narration. On n'a pas vu le temps passer et pourtant on est sans dessus-dessous, entre la viste d'Eden Fesi à son oncle, le sort du prétendant au trône Snark, le double jeu de Gyrich, et la situation critique sur Krakoa, avec autour de ça le portrait de Manifold, des dessins magnifiques, des dialogues au cordeau, des scènes palpitantes, et une menace intacte.

Autant  Al Ewing me convainc à moitié sur Guardians of the Galaxy (série sur laquelle il a décidé de tout changer en Avril, et que je ne poursuivrai pas), autant sur S.WO.R.D. il m'impressionne par la rigueur et l'énergie qu'il met dans son écriture. La gestion du dessin sur cet épisode spécial témoigne aussi d'un solide travail éditorial (même si je suis content que Schiti revienne à temps plein le moins prochain et les suivants). Chapeau bas.  

vendredi 16 novembre 2018

FANTASTIC FOUR #3, de Dan Slott, Sara Pichelli et Nico Leon


Comment résumer le sentiment effroyable qu'inspire ce numéro ? Inutile de faire durer le suspense : c'est une catastrophe complète, qui en dit long sur la désinvolture avec laquelle la série est éditée, sur le "je-m'en-foutisme" général de l'équipe créative, sur le grand n'importe quoi de l'histoire. Sortir ça deux jours après la mort de Stan Lee est vraiment le pire des outrages à la mémoire du créateur des Fantastic Four...


Reed Richards a téléporté tous les héros ayant appartenu aux Quatre Fantastiques dans leur histoire (et même d'autres) pour affronter Griever, l'incarnation de la destruction qui a poursuivi la Fondation du Futur pour annuler ce qu'elle a recréé. Reed et Sue prennent un bref instant pour savourer leurs retrouvailles avec Johnny et Ben.


Pendant que leurs amis affrontent les créatures de Griever, Reed expose son plan à sa femme, son beau-frère, son meilleur ami et ses enfants. Griever étant certainement une entité cosmique, elle est virtuellement imbattable sauf si on ruse contre elle pour la confronter à ses limites philosophiques.


Les rôles sont distribués : à Johnny, la destruction des véhicules de téléportation qu'utilise Griever pour se déplacer ; à Valeria de veiller à la conservation d'un de ces appareils pour assurer le retour des héros sur Terre ; à Franklin d'occuper leur ennemie. Mais ayant déjà échoué à la freiner, il hésite : Ben décide d'appuyer son assaut.


Griever éloigne Ben facilement et capture Franklin pour raisonner ses parents puis envoie ses créatures se charger des enfants de la Fondation du Futur, tandis que les héros ont tous été neutralisés. La défaite des FF se dessine... Sauf que Reed annonce que la bataille est terminée !


Mr. Fantastic annonce alors à Griever que soit elle détruit leur univers et y restera prisonnière car elle n'a plus de véhicule pour se déplacer ; soit elle renonce à son projet et laisse sa famille repartir. Piégée, Griever abdique, mais jure qu'elle se vengera. 

En trois malheureux épisodes, le retour de Fantastic Four n'aura jamais vraiment convaincu. Et ce, pour plusieurs raisons. Récapitulons-les pour mesurer le ratage total de ce troisième numéro, qui hypothèque sérieusement la suite.

La direction de Marvel suscite bien des commentaires sarcastiques chez les fans de comics. L'éditeur spoile régulièrement ses histoires pour couper l'herbe sous le pied des sites spécialisés dans cet exercice, mais aux dépens de ses lecteurs. Il déconcerte aussi volontiers depuis un an en (re)lançant des séries de façon complètement absurde (une drôle de gestion de la part de C.B. Cebulski, le nouveau Creative Chief Officer) : l'exemple le plus flagrant concerne justement Fantastic Four publié alors que Marvel Two-In-One n'était pas encore achevé ! Résultat : on a l'impression que Marvel déshabille Pierre pour habiller Paul en annulant urgemment un titre pour donner toutes ses chances à l'autre - sauf que...

... Sauf que, visiblement, le come-back de Fantastic Four n'a à l'évidence pas été bien préparé. Trois numéros en quatre mois, le dernier ce mois-ci avec deux dessinateurs, une histoire bancale à la construction maladroite : on est loin de tenir un produit bien conçu. Pourtant la confiance était de mise : Dan Slott est un vrai fan des personnages (et il fait des miracles avec Tony Stark : Iron Man), Sara Pichelli était motivée (et elle ne manque pas de talent)... Mais le résultat n'est pas bon, ça ne prend pas, même avec toute l'indulgence du monde.

Et, même en étant donc TRES indulgent, comment peut-on valider ce troisième épisode ? Il ne ressemble à rien alors que le cliffhanger du #2 promettait du lourd avec l'apparition de TOUS les FF, y compris les plus improbables (et même de curieux invités n'ayant jamais fait partie de l'équipe !).

Graphiquement, c'est en dessous de tout : il n'y a strictement aucun décor dans ces vingt et quelques pages ! On pourra me rétorquer que l'action prime et qu'elle se situe sur un bout de planète au milieu de nulle part, mais quand même. Pichelli est fantomatique, on a l'impression qu'elle a dessiné avec une main dans le dos, c'est bâclé, sans inspiration, sans jus, méconnaissable. Elle n'a jamais donné l'impression de s'approprier ces personnages et c'est encore plus flagrant ici où ils ne ressemblent qu'à des esquisses, des ébauches. J'aime bien Pichelli mais là, ce n'est pas possible, ça ne vaut rien.

Bien que je trouve exagéré les critiques de nombreux fans sur la rareté de dessinateurs capables d'enchaîner les épisodes, il reste accablant de constater qu'un artiste est déjà à court de souffle après deux épisodes. Pichelli est donc suppléée sur six pages par Nico Leon (l'artiste de la série Ms. Marvel), dont le style, inconsistant, est un cache-misère pénible. Là encore, pas de décors, des personnages sans expressions, un découpage brouillon, un encrage plat. On a l'impression de lire des pages de débutant.

Si encore le scénario valait quelque chose, on pourrait au moins s'y raccrocher. Mais non ! C'est une nouvelle faillite. Comme sa dessinatrice, Slott donne le sentiment de n'avoir jamais l'idée qui ferait décoller la série, ce je-ne-sais-quoi qui en fait son titre, comme il a su le faire si bien avec Tony Stark : Iron Man (avec une structure en one-shots, beaucoup d'action, d'humour, d'invention).

Tout semble désincarné, vide, creux, sans âme. Souvent ridicule aussi comme ce moment volé où les Quatre Fantastiques s'enlacent pour savourer leurs retrouvailles... Alors que Griever semble attendre gentiment avant de détruire l'univers ! Tous les héros convoqués pour affronter cette méchante, peu charismatique, mais pourtant hyper-puissante ? De la chair à canon, qui se prend une rouste express, mais est à nouveau debout, comme par miracle, quand Reed décide que ça a assez duré ! Les scènes grotesques comme celles-ci, l'épisode en est farci et, plus d'une fois, on est éberlués que Slott ait osé les écrire.

N'attendez donc pas de baston spectaculaire, d'exploitation inspiré des guests, de conclusion grandiose : tout ça a été oublié en route depuis le #2. Et on se demande bien comment, par quel miracle, Slott (et Pichelli ? Sa présence devient vraiment improbable, en tout cas elle ne figure plus aux crédits des épisodes 5 et suivants) parviendra à redresser la barre (et ce n'est pas l'apparition de nouveaux locataires au Baxter Building, les Terrifix, annoncée en fin de n° qui suscitera l'enthousiasme).

Y a-t-il une malédiction qui plane sur les FF ? Même leurs avatars chez DC (The Terrifics) sont condamnés (la série s'arrêtera bientôt, c'est officiel)... Le pire reste que ce naufrage a lieu la semaine de la mort de Stan Lee : s'il existe un au-delà et qu'il y est, il doit être bien désolé par ce que Marvel fait de la série à partir de laquelle, lui et Kirby, ont bâti l'univers Marvel.