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lundi 5 novembre 2018

BATMAN : SECRET FILES #1, de Tom King, Ram V, Cheryl Lynn Eaton, Jordie Bellaire, Tom Taylor et Mikel Janin, Jorge Fornes, Elena Casagrande, Jill Thompson, Brad Walker


"Il m'en reste un peu, je vous le mets quand même ?" : c'est ce qu'on dut se dire les éditeurs de DC quand ils ont décidé de (re)lancer Batman : Secret Files, des fois que les lecteurs n'auraient pas assez d'aventures du Dark Knight... Pourtant, on serait bien en peine de faire la fine bouche car le premier numéro de ce titre présente cinq histoires courtes par des belles équipes créatives. De quoi justifier l'achat de cette anthologie.


- The Strength (Ecrit par Tom King et dessiné par Mikel Janin) - Blessé à un poignet en arrêtant des voyous, Batman reçoit la visite de Superman qui lui remet de la kryptonite de platine. A son contact il aura les mêmes pouvoirs que lui. Mais Batman hésite et interroge Alfred sur ses limites...

Trois pages : les deux auteurs, par ailleurs bien occupés par la série-mère de Batman, ont été obligés de faire court. Mais DC avait besoin de ses stars pour ce n° 1. Tom King réussit pourtant à poser la bonne question : Batman est-il suffisant - non pas au sens d'arrogant mais par rapport à l'ampleur de sa tâche à Gotham ? Lorsque Superman lui offre de quoi avoir les mêmes pouvoirs que lui, la tentation le dispute au doute.

Mikel Janin dessine sobrement mais avec force cette interrogation et donne un aperçu de ce que serait Batman pourvu des moyens du Man of Steel. Il en ressort, une fois encore, que le Dark Knight n'est qu'un homme et que son assurance cache mal des failles, aussi bien physiques que mentales.

Epatant.

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- The Nature of Fear (Ecrit par Ram V et dessiné par Jorge Fornes) - L'agent de police Henry Fielding du GCPD est reçu en entretien par la Dr. Erin Monroe après avoir été exposé au gaz de l'Epouvantail et sauvé par Batman. Il jure s'en être remis. Pourtant, en vérité, il est enfermé dans une cellule capitonné, en camisole de force depuis.

Le segment le plus réussi du lot : j'ignore qui est ce Ram V mais il a dû suivre avec assiduité les épisodes de La Quatrième Dimension car son histoire en a la force troublante. Ici, Batman n'est qu'une silhouette à travers le regard d'un policier traumatisé. Le dénouement est imprévisible et très réussi, absolument renversant - ce que doit être la fin d'une nouvelle.

Jorge Fornes est un artiste espagnol qui a lui aussi de bonnes références puisque son style ressemble beaucoup à celui de David Mazzucchelli époque Batman : Year One. C'est parfois à s'y méprendre car non seulement le trait le rappelle mais aussi le découpage et la colorisation, avec une palette réduite. Il n'empêche, ça permet de vérifier l'importance de l'influence de Mazz'.

Jubilatoire.

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- One (Ecrit par Cheryl Lynn Eaton et dessiné par Elena Casagrande) - Batman rejoint le commissaire Jim Gordon sur une scène de crime mais où ce dernier ignore tout de l'arme utilisée et n'a pas de témoin. Batman en trouve un en la personne d'Yselle Derrick et apprend que des drones de Wayne Tech ont été détournés à des fins criminelles.

Deux femmes sont aux commandes de cet épisode qui est le plus décevant du numéro : cette mini-intrigue autour de meurtres commis par des drones corrompus se veut ambiguë (on soupçonne Lucius Fox d'avoir trahi Bruce Wayne) mais échoue à captiver. Cheryl Lynn Eaton fait le minimum et ça se voit.

Je serai un peu moins sévère avec les dessins d'Elena Casagrande qui affiche de belles dispositions, mais ne parvient pas néanmoins à sauver le projet. C'est comme si cette très bonne artiste ne s'était jamais remise de la fin de la série Suicide Risk de Mike Carey qui l'avait révélée.

Dommage. 

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- Enough (Ecrit par Jordie Bellaire et dessiné par Jill Thompson) - Ayant appris qu'un monstre rodait dans les montagnes voisines de Gotham, Batman s'isole dans un chalet pour le neutraliser, pensant qu'il s'agit de Man-Bat. Mais cette retraite invite à l'introspection et le coupable s'avérera plus banal.

Une autre déception. De quoi me faire passer pour un misogyne puisque ce sont encore deux femmes à l'oeuvre : la coloriste Jordie Bellaire écrit cette fois un segment où la chasse au dahu est bien moins intéressante que l'introspection forcée de Batman. Il avait là de quoi creuser le rapport de Bruce Wayne à son alter ego au lieu de quoi on lit quelque chose de poussif avec un dénouement sans relief.

Jill Thompson illustre cela de manière traditionnelle alors qu'elle excelle dans la couleur directe (cf. Beasts of Burden, écrit par Evan Dorkin) et le résultat manque singulièrement d'éclat. Pour tout dire, il y a plusieurs plans maladroits et le design de la Bat-combinaison de ski est totalement ratée.

Bof.

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- The World's greatest detective and Batman (Ecrit par Tom Taylor et dessiné par Brad Walker) - Batman vient en aide à Bobo, le détective Chimp, sur une affaire à laquelle est mêlé le fils de l'homme qui le libéra de sa cage jadis. Ils l'appréhendent mais le laissent fuir pour lui donner une chance de se racheter.

Je ne suis pas un grand fan de Tom Taylor (le scénariste actuel de X-Men : Red) mais il m'a agréablement étonné avec ce chapitre qui brasse pas mal de contenus en peu de pages. Le titre est savoureusement ironique mais cache surtout un récit poignant sur la condition de Bobo, le chimpanzé de la JLD, dont l'ancienne captivité l'incite à épargner la prison à un jeune délinquant.

Brad Walker n'est pas non plus ma tasse de thé comme dessinateur mais sa prestation est de bonne tenue, avec notamment un découpage fluide et nerveux et des personnages expressifs. Cela compense une colorisation un peu pauvre (même si la scène dans la Bat-mobile est efficace).

En résumé, un premier numéro prometteur, bien qu'inégal. A voir si DC réussira à proposer des auteurs aussi variés et inspirés chaque fois. Mais le format court et la diversité des histoires sont séduisants.

dimanche 12 mai 2013

Critique 395 : THE SHADE, de James Robinson et Cully Hamner, Javier Pulido, Frazer Irving, Darwyn Cooke, Jill Thompson, Gene Ha

The Shade est une mini-série en 12 épisodes, écrite par James Robinson et dessinée par Cully Hamner (#1-3), Darwyn Cooke (#4), Javier Pulido (#5-7), Jill Thompson (#8), Frazer Irving (#9-11) et Gene Ha (#12), publiée en 2011-2012 par DC Comics.
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 "Children."
(The Shade #1, page dessinée par Cully Hamner)
Super-vilain repenti, Richard Swift alias the Shade réside à Opal City, dont il est devenu un des protecteurs. Il vit une liaison avec Hope O'Dare, membre d'une famille de policiers qu'il a affrontée avant d'en devenir l'allié. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que Deathstroke, le mercenaire, tente de l'assassiner.

 Qui veut tuer the Shade ? Et pourquoi ?
 Hope O'Dare laisse The Shade
partir enquêter.
(The Shade #2, pages dessinées par Cully Hamner)

The Shade décide de se faire passer pour mort afin d'enquêter pour identifier le commanditaire de Deathstroke et son mobile. Grâce aux informations recueillies par le détective William Von Hammer, il oriente ses recherches et part d'abord en Australie où il retrouve à l'article de la mort son arrière petit-fils, Darnell Caldecott, qu'il avait sauvé une première fois en 1944 contre les nazis. Aujourd'hui, il souffre d'une leucémie et pense en réchapper grâce à une transfusion sanguine de son aïeul.



 Premier retour dans le passé, en 1944
(The Shade #4, pages dessinées par Darwyn Cooke)
Il gagne donc l'Espagne où il retrouve la Sangre, une vampire, sa fille adoptive, qui a peut-être conservé un échantillon de son sang. Avec Montpellier, un autre héros local, ils affrontent l'Inquisiteur. Mais la Sangre n'a plus d'échantillon sanguin de Swift.


 The Shade compte sur la Sangre pour
l'aider à sauver son arrière petit-fils...
(The Shade #5, pages dessinées par Javier Pulido)


 ... Mais the Shade et la Sangre vont devoir 
d'abord neutraliser, avec Montpellier,
l'Inquisiteur de Barcelone.
(The Shade #6, pages dessinées par Javier Pulido)

Le décés de Darnell conduit the Shade à se rappeler comment il rencontra son petit-fils, sans que ce dernier le sache, en France et en Angleterre en 1901. 



The Shade rencontre son petit-fils par hasard
à Paris en 1901.
(The Shade #8, pages dessinées par Jill Thompson

Il lui faut alors retourner à Londres, là où tout a commencé, pour résoudre son affaire et savoir lequel de ses héritiers est le "fruit pourri", celui qui veut le supprimer et pourquoi.



 A Londres, tout a commencé et tout finit 
pour the Shade
(The Shade #10, pages dessinées par Frazer Irving)
 
Puis, enfin, Richard Swift dévoilera dans quelles extravagantes circonstances, en 1838, avec son ami, l'écrivain Charles Dickens, il est devenu the Shade...


Les origines de the Shade enfin révèlées...
(The Shade #12, pages dessinées par Gene Ha)
*
Après m'être procuré l'épisode 4, dessiné par Darwyn Cooke, l'envie de découvrir l'intégralité de cette mini-série n'a fait que grandir et j'ai attendu que DC la compile en un album. Non sans une certaine appréhension et les questions qui vont avec : James Robinson allait-il transformer l'essai ? Mieux : allait-il renouer avec sa verve d'antan (celle de l'auteur de JSA : The Golden Age ; Leave it to Chance ; et Starman - dont The Shade est le second spin-off, après une première mini en 1997) ?

Quand Robinson commença à écrire la série Starman en 1994, il recréa aussi un personnage charismatique, qui, à mes yeux, volait presque la vedette à Jack Knight : the Shade. Ce dernier était à l'origine un ennemi de Flash/Jay Garrick, imaginé en 1942, mais Robinson en fit tout autre chose : un immortel résidant à Opal City, d'abord malfrat puis protecteur de la ville, partenaire du héros local, Ted Knight, puis ses fils, ainsi que de la famille O'Dare, des policiers irlandais (il deviendra d'ailleurs l'amant d'Hope, une des filles du clan, également flic).
Le scénariste se servit aussi de ce second rôle pour donner une profondeur étonnante à son récit, par le biais du journal de the Shade, chronique de l'histoire d'Opal City et de ses aventures personnelles. Ceci plus les références à la pop-culture sous toutes ses formes (cinéma, musique, comics), une galerie de protagonistes admirablement bien pensée, des rebondissements multiples, des intrigues foisonnantes, ont contribué à ce que Starman soit une des séries les plus étincelantes qu'ait produite DC dans les 90's.
Après un run de 80 épisodes, Robinson conclut la série. C'était en 2001.
8 ans après, l'auteur effectua un come-back inattendu et bienvenu. Profitant de la saga Blackest Night et ses tie-in, il renoua avec l'univers d'Opal City mais sans ramener sur le devant de la scène Jack Knight, au profit de the Shade, en développant sa romance avec Hope O’Dare. Puis s'ensuivirent des contributions moins heureuses, sur des titres exposés mais en pleine tourmente éditoriale (comme Justice League of America ou la mini-série Cry for Justice)...

De retour en terrain familier, Robinson avait beaucoup plus à perdre qu'à gagner et encore plus à prouver en se lançant dans cette mini-série, qui n'a certes pas rencontré le succès commercial (au point qu'elle faillit être annulée après 6 numéros) mais de bonnes critiques, soulignant le retour d'inspiration de son auteur.

Le prétexte de la tentative d'assassinat par Deathstroke permet à cette histoire de resituer the Shade et de l'embarquer dans un périple à travers l'espace et le temps. Robinson dépeint sont héros comme un quasi-retraité, mélancolique, que la menace qui pèse sur sa vie va réveiller - moins parce qu'il craint de mourir que parce qu'il a l'intuition immédiate que cela est une vieille affaire de famille qui remonte à la surface, parce qu'il doit enfin faire face à sa propre histoire. En vérité, il s'ennuie et l'aventure de découvrir qui lui en veut, l'opportunité de solder les comptes avec son passé, l'amuse, le stimule, l'irrite, et finalement va lui permettre d'être en paix avec lui-même.
Délibérement, Robinson emploie les trois premiers épisodes avec le dessinateur Cully Hammer (le plus décevant de ses partenaires, même s'il livre quelques belles pages dans le #3) comme un (peu long) prologue : il s'agit d'amorcer l'intrigue tout en déplaçant le personnage hors de son territoire. A partir de là, le voyage devient de plus en plus exotique, mouvementé. On quitte Opal City pour Hambourg, en Allemagne, puis Sydney, en Australie.

Mais le premier sommet de la série, là où l'entreprise devient un comic-book qui sort de l'ordinaire, survient lors du premier des flash-backs, les fameux "Times Past" : Darwyn Cooke et son encreur J. Bone subliment le script de Robinson, qui s'enhardit en se dotant d'un casting jubilatoire (notamment le Vigilant - longtemps, avant la publication de cet épisode, les fans crurent que Robinson et Cooke allaient consacrer une histoire complète à ce personnage improbable de justicier moderne déguisé en cowboy). Cooke est dans son élément (les années 40) tout comme Robinson :le résultat est merveileux, la série décolle, son niveau ne régressera plus.
Ensuite, on enchaîne avec un tryptique magnifique, dessiné par Javier Pulido, qui a pour cadre la ville de Barcelone, en Espagne is set in Barcelona, Spain. Le personnage de la Sangre, une vierge vampire qui combat le crime et qui est en quelque sorte la fille adoptive du Shade, permet à Robinson de parler directement de ce qu'il maîtrise le mieux : la famille, l'héritage, avec de l'action, de l'humour, sur un rythme soutenu, des dialogues brillants. Le méchant de cet arc, l'Inquisiteur, est également très réussi, tout comme le justicier Montpellier.
Cette partie de la série est la plus réussie, la plus enlevée. Pulido donne son meilleur, en tirant partie des décors avec virtuosité, lors de scènes splendides (le final à la Sagrada Familia est bluffant, avec un découpage inspiré, des cases verticales, des silhouettes - "Toth-esque" !).

Tandis que la trame principale se déroule linéairement et efficacement, les flash-backs la poncutent en creusant chaque fois plus loin dans le passé comme en témoigne le "Times Past" en 1901 illustré par Jill Thompson.
L'artiste, reconnue pour son splendide travail (en couleurs directes) sur le roman graphique Bêtes de somme, emploie ici un style plus classique mais d'une belle élégance, mis en valeur par la colorisation de Trish Mullvihil (avec une gamme chromatique sobre de brun et beige).
Robinson donne un ton mélancolique à la fois poignant et ironique à ce chapitre, qui va aboutir à un dénouement spectaculaire et délirant.

Les trois épisodes suivants nous emmènent à la fois à Londres et en Egypte. Robinson a visiblement eu pour objectif de conclure son récit en y mettant les formes, convoquant des éléments grandiloquents - la franc-maçonnerie, des pharaons célestes, la capitale britannique ravagée : on en prend plein la vue !
Et comme c'est Frazer Irving qui dessine, la formule prend tout son sens. L'artiste n'a pas peur de jouer avec des couleurs saturées (presque trop d'ailleurs), mais ce traitement radical est à la hauteur du récit. Les évènements s'emballent, mais Irving dose ses effets, avec de belles trouvailles de mise en scène (recours au gaufrier, vignettes en diagonale, pleines et doubles pages : un crescendo visuel, mais qui fonctionne très bien sur trois chapitres - au-delà, ç'aurait été fatigant).
La résolution de l'intrigue est habile, cruel, et permet de boucler la boucle en aboutissant à la révèlation des origines du Shade.
C'est à Gene Ha que revient la tâche de dessiner cet épilogue : l'artiste, qui avait déjà participé à la précédente mini-série sur le personnage, en 1997, donne sa version, très belle, de ce "Times Past" situé en 1838. Traité comme des gravures, avec une colorisation d'Art Lyon presque monochrome (un sépia tirant sur le gris et le mauve), l'épisode est visuellement superbe.
Robinson n'est malheureusement pas aussi inspiré pour expliquer dans quelles circonstances Richard Swift est devenu le Shade. Il a beau inviter Charles Dickens, user de la voix-off (un instrument qu'il maîtrise pourtant parfaitement), je crois qu'il a commis une erreur en voulant tout dire sur son héros : il fallait mieux laisser aux ténèbres dont the Shade est le maître ce passage. Tout cela, quitte à être raconté, aurait gagné à être seulement suggéré plutôt que dévoilé... Mais peut-être que Robinson a tenu à être aussi explicite pour rester le seul à raconter cela. Ce que l'auteur a gagné en contrôle sur le personnage, le lecteur l'a perdu en fascination. Dommage (mais pas non plus grave au point de gâcher tout ce qui a précédé, soyons juste).
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Volontiers verbeux, inégal, mais d'une lecture jubilatoire, avec un personnage parmi les plus magnétiques de son éditeur, cette mini-série prouve que James Robinson a de beaux restes. Souhaitons qu'il confirme ce retour en beauté dans ses prochaines productions - et, pourquoi pas, que DC redonne sa chance à Starman, si possible sans le "rebooter".

mercredi 17 août 2011

Critique 252 : FABLES 9 - SONS OF EMPIRE, de Bill Willingham, Mark Buckingham et Mike Allred

Fables : Sons Of Empire est le 9ème recueil de la série créée et écrite par Bill Willigham et rassemble les épisodes 52 à 59, publiée par DC Comics dans la collection Vertigo en 2006 et 2007. Les illustrations sont signées Mark Buckingham (#52-56) et Mike Allred (#57-58) ; Gene Ha, Joshua Middleton, Inaki Miranda,et M.K. Perker, Jim Rugg, Andrew Pepoy, Joëlle Jones, D'Israeli, Jill Thompson, David Lapham, John K. Snyder, Eric Shanower et Barry Kitson ont dessiné les intermèdes entre les quatre chapitres de Sons of Empire et l'épisode 59, Burning Questions.
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- Sons of Empire (#52-55) : Après l'opération commando menée par Bigby Wolf contre le repaire de Gepetto (l'homme derrière l'Adversaire des Fables), ce dernier réunit ses alliés des Royaumes : Lumi la reine des neiges, l'inquisiteur Hansel, le chevalier Bright Day (ou ce qu'il en reste, c'est-à-dire sa tête sur un plateau), Sir Rodney Greenwood et Pinocchio. Après que Lumi ait exposé son plan pour détruire Fabletown et le reste de la Terre, Pinocchio, tiraillé entre sa fidélité envers son créateur et son amitié pour les Fables exilés, pointe les faiblesses de ces manoeuvres et explique par quels moyens leurs ennemis riposteront...

- Jiminy Christmas (#56) : Le Père Noël dépose ses cadeaux et rencontre un des fils de Bigby Wolf. Il rend aussi forme humaine à Flycatcher (qui était devenu une grenouille après avoir découvert le relooking de Red Riding Hood) mais aussi ses souvenirs (sa famille a été décimée par l'Adversaire) lors de l'exil des Fables...

- Father and Son (#57-58) : Comme il l'a promis à Noël à Snow White (Blanche Neige), Bigby Wolf (le Grand Méchant Loup) emmène sa femme et leurs enfants chez son père, Mr North. Les retrouvailles sont tendues : Bigby veut que North aide les Fables en vue de la guerre contre l'Adversaire et les enfants doivent affronter les monstres qui rôdent autour du château de leur grand-père...

- Burning Questions (#59) : Quelques réponses aux questions que se posent les fans de la série sur les personnages, de premier ou second plans...
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J'avais cessé de lire Fables au 8ème album, après une cinquantaine d'épisodes, car j'avais été dérangé par les comparaisons politiques que Bill Willingham établissait entre la situation de ses héros et le conflit israëlo-palestinien. Ces allusions alourdissaient maladroitement une histoire dont l'intérêt résidait justement dans son universalité. A bien des égards, Fables était une version réussie et alternative des X-Men, mettant en scène une communauté où aucun des protagonistes n'était négligé, au coeur d'intrigues passionnantes. En y injectant des métaphores politiques, Willingham en orientait la lecture et en atténuait la portée. C'était d'autant plus frustrant qu'en dehors de ces considérations malheureuses, les aventures de ces héros demeuraient remarquablement efficaces.
Et puis, récemment, en m'iformant sur les previews des productions du label Vertigo, je me suis rendu compte que la série avait dépassé les 100 numéros (un exploit pour un titre aussi décalé, dans un marché en crise et la restructuration sauvage de DC). L'équipe créative était toujours en place et les planches aperçues magnifiques. J'ai craqué et replongé -mais j'ai aussi massivement investi pour acquérir les 7 volumes (et 50 autres épisodes !) édités depuis.
Sons of Empire commence immédiatement après la fin de Wolves (Fables 8) : le refuge de Gepetto et sa réserve de bois magique a été détruite par Bigby Wolf (qui a ensuite épousé Snow White, avec laquelle il s'est installé dans la vallée voisine de la Ferme). Le créateur de Pinocchio, qui vit désormais avec lui, allait-il en rester là ?
La réponse est "non" et Gepetto veut non seulement se venger mais cette fois définitivement terrasser les Fables exilés. Il confie à la reine des glaces la préparation d'une offensive radicale et Willingham consacre à l'exposé de ces attaques (en quatre phases : pestilence, feu, hiver, et famine) un chapitre entier.

La représentation de cet apocalypse permet à Mark Buckingham (co-encré par Steve Leialoha et Andrew Pepoy et mis en couleurs par Lee Loughridge) de produire des planches saisissantes.

Tout aussi impressionnants sont les chapitres consacrés au passé d'Hansel (grâce auquel on apprend pourquoi Gretel n'est pas à ses côtés), inquisiteur fanatique et inquiétant, et aux explications de Pinocchio concernant les parades que mettront en oeuvre les Fables, d'une envergure au moins égale sinon supérieure à ce qu'a imaginé Lumi.
Aucun doute n'est plus permis, et ce bien que Sons of Empire est clairement un tome de transition avant le véritable début des hostilités, la série rebondit de plus belle et le scénario annonce des bouleversements profonds pour la suite, encore plus sérieux que la Marche des Soldats de Bois (Fables 4).

Pour permettre à Buckingham de tenir les délais, chaque épisode a une pagination légèrement inférieure (19 pages contre 22), mais l'artiste nous en donne pour notre argent et ses planches sont fabuleuses.

Et donc, pour agrémenter chaque chapitre, nous avons droit à de brèves séquences, le plus souvent humoristiques, illustrées par des invités (mention spéciale à la prestation de Joshua Middleton avec les trois souris aveugles). Attention, ces bonus ne sont pas que décoratifs : le segment à la fin du 3ème épisode (A Thorn in their side ?), dessiné par Mike Allred, met en scène un des rares humains à connaître et vivre au sein des Fables et le personnage de Kevin Thorn sera déterminant plus tard.
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Après le plat de résistance, le menu compte encore un épisode king-size (33 pages) spécial Noël, Jiminy Christmas (#56), qu'il ne faut pas non plus mésestimer car il va transformer radicalement le sort de Flycatcher, jusqu'ici simple balayeur du hall de la mairie de Fabletown et qui sera le premier rôle du tome suivant.

Le dyptique Father and son (#57-58), à nouveau illustré par Mike Allred, est un régal. La relation orageuse entre Bigby et son père, l'engagement de ce dernier à aider les Fables, mais aussi le spectacle de Bigby secourant ses enfants contre les monstres du voisinage, constituent des scènes mémorables, qui nous rappellent l'étrangeté de certains des héros et la complexité de leurs liaisons.

Enfin Burning Questions (#59) donnent les réponses aux questions des lecteurs se posaient et offrent de savoureuses surprises si vous voulez voir comment le miroir enchanté répond à ceux qui l'interrogent, qui a récupéré le bouquet de mariée de Snow White, ce que tricote Frau Totenkidder, qui fut le premier amour du Prince Charmant, etc.
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Un retour gagnant : Fables possède le charme puissant et irrésisitible de séries atypiques mais addictives tout en conservant la qualité des meilleures productions de son label.