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mardi 21 juin 2011

Critique 239 : JLA - HEAVEN'S LADDER, de Mark Waid et Bryan Hitch

JLA : Heaven's Ladder (Ascension en vf) est un récit complet écrit par Mark Waid et dessiné par Bryan Hitch, publié en 2000 par DC Comics.
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La plus ancienne race de l'univers, née juste après le big bang, arrive au terme de son existence, mais son développement intellectuel supérieur l'a détachée du concept de la mort et il redoute donc cette échéance. Pour y remédier, ils décident donc de kidnapper littéralement toutes les planètes peuplées et y envoient des agents, les Dormeurs, pour élaborer leur Paradis. La Terre est donc enlevée sous les yeux de la JLA qui vont tâcher de raisonner ces ravisseurs hors normes. Mais l'équipe de super-héros devront affronter les Dévots, opposés à ce qu'ils considèrent comme un suicide prémédité de leur race...
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C'est un "graphic novel" exceptionnel que ce JLA : Ascension, compte tenu de son équipe créative, de son sujet et son format (72 pages).
Grant Morrison et Mark Waid ont, à la fin des années 90-début des années 2000, refondé la série de la Ligue de Justice d'Amérique en s'appuyant sur une idée forte : plus que toute autre formation, celle-ci réunit les plus grands héros de la Terre (et d'ailleurs), les plus puissants, les plus célèbres de la firme DC Comics. C'est donc une sorte de panthéon, un ensemble de dieux, d'envergure mythologique, protégeant les mortels et l'univers.
Waid a eu, ici, l'idée de confronter ces surhommes à une race de dieux primordiaux encore plus puissants, plus énormes, mais proches de la fin et appréhendant ce terminus. Il s'agit donc moins d'une opposition classique entre de gentils héros d'un côté et des super-vilains de l'autre, mais plutôt de ramener la JLA à une dimension plus juste, celle d'une équipe de justiciers tentant de rétablir un équilibre cosmique.
Face à l'ampleur de l'évènement, Superman et ses acolytes semblent soudain bien dérisoires, et la première scène où la JLA assiste, stupéfaits, à l'enlèvement de la Terre, donne d'entrée de jeu un aperçu des forces en présence. Les efforts déployés par le groupe ensuite sont une suite de réponses souvent désespérées et naïves contre ces Dormeurs apeurés et ces Dévots agressifs, bien plus grands et forts qu'eux tous réunis.
Il faut en vérité attendre le dernier quart du livre pour assister à une bataille dans les règles de l'art, face à un Dévot gigantesque et refusant de mourir passivement.
Le résultat est étrange : d'un côté, l'aspect extrèmement spectaculaire du récit est réellement bluffant, mais de l'autre, la démesure et l'arrivée tardive d'un adversaire traditionnel déçoit un peu, sans parler d'une conclusion assez mièvre. On a connu Waid plus inspiré.
Le choix des membres de sa JLA prête aussi à la discussion : pas moins de neuf membres, et pas forcèment tous bien traîtés - ainsi Plastic Man n'est là que pour délivrer quelques blagues (pas très drôles d'ailleurs), Batman et Wonder Woman sont sous-employés, et la présence de Steel (mix de Superman, Iron Man et Thor) interroge. A l'évidence, cette composition n'est pas la meilleure et est trop fournie. Waid favorise ostensiblement Superman, Flash, J'onn J'onzz, voire Aquaman, et paraît hésiter sur quoi faire des autres.
La simplicité de la trame et sa valeur symbolique aurait curieusement certainement mieux convenu à Paul Dini qui, avec Alex Ross, avait réalisé JLA : Justice et Liberté.
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Plus, donc, que le scénario, ce sont les dessins qui justifient l'achat et incitent à l'idulgence : Bryan Hitch, après avoir animé la version subversive de la JLA avec The Authority de Warren Ellis, s'empare avec maestria des héros "originaux".
Il livre des planches sidérantes, dont l'aspect Cinémascope est fantastique. Les personnages ont une allure majestueuse unique, les décors sont immenses, les scènes de combat sont renversantes. L'artiste est vraiment né pour illustrer ce genre d'histoires grandioses aux protagonistes "bigger than life".
Comme pour The Authority, il est encré par Paul Neary et colorisé par Laura Depuy (aka Laura Martin), avec lesquels sa complicité est totale et aboutit à un résultat éblouissant. On en prend plein les yeux.
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C'est davantage un livre sur la déification que sur les super-héros : le livre est impressionnant sur la forme mais un peu simplet sur le fond. A ce titre, il est intéressant de mettre en parallèle ce récit complet grandiloquent et naïf avec la mini-série Identity Crisis (de Brad Meltzer et Rags Moralès) qui, quelques années plus tard, ramènera la JLA et les héros DC dans une réalité plus terre-à-terre et sombre : on peut apprécier les deux tout en relevant l'évolution de l'écriture de ces personnages et des menaces qu'ils affrontent.

mercredi 3 novembre 2010

Critique 177 : JLA - ANOTHER NAIL, d'Alan Davis

JLA : Another Nail est une mini-série en trois volets publiée en 2004 par DC Comics dans la collection "Elseworlds". Ecrite et dessinée par Alan Davis, cette histoire est la suite de JLA : The Nail (1998).
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JLA : The Nail et Another Nail sont des récits appartenant à la gamme "Elseworlds", donc en dehors de la continuité classique de DC Comics. Dans le premier tome, Alan Davis imaginait comment le monde aurait vécu sans Superman, qui n'apparaissait qu'à la toute fin de l'histoire où il intégrait la Ligue de Justice aux côtés de Green Lantern, Wonder Woman, Atom, Flash, Hawkwoman, Martian Manhunter et Aquaman. Au coeur d'une intrigue épique, un segment impliquait New Genesis, le monde des New Gods, et Apokolopis, l'antre de Darkseid, entre lesquels éclatait un conflit, sans qu'on en connaisse l'issue : c'est ce sur quoi revient Another Nail.

Un an après les évènements relatés dans The Nail, nous apprenons comment, sur le point d'être vaincu, Darkseid a voulu anéantir le cosmos avant d'en être empêché par Big Barda, Mr Miracle et le Green Lantern Corps. Mais la mort du vilain laisse la JLA dubitative et ses membres décident d'enquêter.
Cependant, Oliver Queen/Green Arrow agonise dans son lit d'hôpital, veillé par Black Canary, dont les Outsiders cherchent un moyen avec l'aide du Dr Fate de ressuciter leur ami Metamorpho (apparemment tué dans The Nail).
La situation se gâte pour la JLA après que Superman ait eu un malaise à la suite d'un affrontement aux côtés du Martian Manhunter contre Despero et Evil Star. J'onn J'onzz examine son partenaire pour tenter de comprendre sa défaillance et lui prescrit du repos, mettant cela sur le compte de sa suractivité durant l'année écoulée. L'homme d'acier va donc à la rencontre des Kent en compagnie de la journaliste Lois Lane.
Entretemps, un groupe formé de Power Girl, Black Orchid et Star Sapphire dérobent au Dr Magnus et ses Metal Men l'androïde Amazo (responsable de la mort de Hawkman et des blessures de Green Arrow). Cet évènement coïncide avec l'attaque d'autres héros par des sbires de Darkseid... A ce stade, plusieurs acteurs apparaissent ou reviennent - comme Deadman, Zatanna, la Doom Patrol, le Syndicat du Crime, et le Phantom Stranger (lequel semblant manipuler plusieurs protagonistes, mais dans quel but ?) - , suggérant des perturbations dans le multiverse et le monde de la magie, pertubations se concrétisant de manière spectaculaire par le transport de Wonder Woman et Aquaman dans la préhistoire.
La situation empire encore lorsque le Spectre lui-même est agressé, alors que Superman et Lois Lane ignorent tout de cela dans le calme de Smallville (où ils sont suivis par Eclipso). Batman, traumatisé par la mort de Robin et Batgirl (dans The Nail), est également déboussolé lorsqu'il retrouve le Joker, revenu à la vie et pourvu de pouvoirs magiques.
La crise culmine avec la collision de plusieurs protagonistes de dimensions et d'époques diverses dans le ciel de Metropolis - Jonah Hex comme Omac ou les Blackhawks et Adam Strange surgissent de nulle part. C'est alors qu'Amazo réapparaît !
Superman réagit pour tenter de rétablir le cours de la réalité en neutralisant la force maléfique à l'origine de ce chaos, mais il échoue. Le Joker et Batman se déchirent une dernière fois tandis qu'Amazo, désormais hôte d'Oliver Queen, se sacrifie pour restaurer le cours des choses. Wonder Woman et Aquaman reviennent au temps présent et les autres héros et vilains retournent dans leurs mondes. Batman, débarrassé de son pire ennemi et de ses démons intérieurs, peut alors rejoindre la Ligue, maintenant que le plan posthume de Darkseid a échoué.
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Difficile de résumer de manière intelligible le récit hyper-calorique concocté par le chef Alan Davis : plus encore que dans The Nail, il fait ici feu de tout bois, quitte à perdre le lecteur en route...
Cette suite tardive (6 ans après) de son premier album n'a en effet pas le même charme et pâtit de sa richesse, comme si, en 160 pages, Davis avait voulu revisiter Crisis on Infinite Earths de Marv Wolfman et George Pérez (qui compte 200 pages et 9 chapitres de plus quand même). Qui trop embrasse mal étreint...

La densité énergique des scripts de Davis, qui fait merveille dans une production comme The ClanDestine, plombe son entreprise ici : trop de personnages, trop d'actions, trop de rebondissements, n'en jetez plus, la coupe est pleine et même elle déborde ! C'est dommage car l'imagination de cet immense artiste et son aisance à animer le DCverse aurait, dans un format plus décompressé, sur davantage d'épisodes, pu composer une saga à la fois aussi mouvementée mais surtout plus digeste.

En vérité, Another Nail semble être plus un comic-book de dessinateur que de scénariste tant il est frappant que Davis a voulu employer le maximum de héros (et vilains) que raconter une histoire dans laquelle chacun aurait vraiment un rôle à jouer. Ainsi, le cas d'Oliver Queen transformé en Amazo qui se sacrifie pour prouver qu'il avait sa place dans le panthéon des héros qu'est la JLA a de quoi faire grimacer le fan le plus indulgent. De même qu'il est gratuit de convoquer le temps d'une double-page (certes impressionnante, mais à la limite de la lisibilité) une flopée de personnages que seuls des experts de DC identifieront, tout cela dans l'unique but de souligner le chaos galactique régnant à ce moment-là de l'histoire (comme si ce n'était pas suffisamment clair auparavant).

La jubilation de Davis-le dessinateur ne parvient pas à estomper le sentiment de gavage de son scénario : il représente avec un brio époustouflant n'importe qui, n'importe quoi, mais on sort de cette lecture assommé, épuisé, avec une impression de gâchis non seulement par rapport au tome précédent (dont l'argument était original et servait un pitch tout aussi alambiqué mais mieux développé) mais également par rapport à ce qu'une suite pouvait apporter. A la rigueur, tant qu'à s'intéresser au DCverse, peut-être Davis aurait-il été plus inspiré d'évacuer la JLA (et même Batman, dont l'affrontement avec le Joker s'intègre vraiment mal à l'ensemble) pour donner les premiers rôles à la Doom Patrol et/ou les Outsiders.
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C'est un échec, quel que soit l'admiration qu'on puisse porter à Alan Davis : cela n'entame pas le crédit qu'on lui porte, mais on peut définitivement (hors ClanDestine, voire Excalibur) le préférer en "simple" artiste qu'en scénariste après cet Autre Clou...

mercredi 2 décembre 2009

Critique 118 : PLANETARY - CROSSING WORLDS, de Warren Ellis, Phil Jimenez, Jerry Ordway et John Cassaday


PLANETARY : CROSSING WORLDS rassemble trois épisodes spéciaux écrits par Warren Ellis et publiés en un seul volume en 2004 par DC Comics dans la collection Wildstorm.
Il s'agit de trois crossovers avec les séries The Authority (créée par Ellis), JLA et Batman, parus respectivement en 2001, 2002 et 2003.
Les dessins sont respectivement signés par Phil Jimenez, Jerry Ordway et John Cassaday.
Il est recommandé d'avoir lu le premier tome de Planetary (All over the world and other stories) auparavant.
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- Planetary / The Authority : Ruling The World (dessiné par Phil Jimenez). L'équipe de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner, the Drummer) doivent contrecarrer une invasion extraterrestre en provenance d'une dimension parallèle. Mais l'équipe de super-héros de the Authority (Jenny Sparks, Jack Hawksmoor, le Docteur, L'ingénieur, Midnighter, Apollo, et Swift) s'y emploie également. Il s'agit alors pour le trio de ne pas se faire remarquer par l'autre groupe.
Elijah Snow a été averti de cette attaque par un écrivain qui a été témoin d'incursions similaires par le passé (une référence à Howard Philips Lovecraft).

En imaginant cette rencontre spectaculaire entre deux formations qu'il a inventées, Warren Ellis a surtout voulu montrer leurs méthodes radicalement opposées : d'un côté, Planetary s'efforce de rester une organisation discrète mais efficace, tandis que de l'autre the Authority n'hésite pas à employer les grands moyens sans se soucier des dégats qu'ils provoquent tant que la menace est éliminée. Que se passera-t-il si les surhommes au service de Jenny Sparks découvraient l'existence de la bande à Elijah Snow ?
Une scène, amusante, révèle que Jenny et Sparks ont couché ensemble et sont tous deux des "century babies", comprenez qu'ils sont tous deux nés en 1900, ce qui expliquerait à la fois leur longévité exceptionnelle (sans en faire des immortels, comme cela se vérifie à la fin du premier volume de the Authority, par Warren Ellis et Bryan Hitch) et leurs pouvoirs spéciaux (la maîtrise de l'électricité pour elle, du froid pour lui) - des pouvoirs qui, comme on l'apprend dans le dernier tome de Planetary (Spacetime Archaeology), font de leurs détenteurs des sortes de gardiens de la terre.
Malgré la belle promesse d'une confrontation entre ces deux groupes, aux objectifs communs mais aux modes opératoires contraires, cet épisode fait long feu et c'est une déception, Warren Ellis ne dépassant jamais des concepts qu'il manie pourtant fort bien (l'argument emprunte à la mythologie des monstres et aux invasions extraterrestres, mais a été bien mieux exploité dans le deuxième arc de the Authority, Albion).

Visuellement, c'est à Phil Jimenez, émule de George Perez, qu'est revenu la mission d'illustrer cette aventure. Son style très détaillé mais aussi assez figé fonctionne bien avec les aspects les plus spectaculaires de l'histoire mais manque donc cruellement de dynamisme.
On ne peut que regretter que Bryan Hitch (qui, à la même époque, était au sommet de son art, et qui anima avec force la série the Authority en compagnie d'Ellis) n'ait pas été sollicité ou disponible. Cela n'aurait pas sauvé l'épisode de sa faiblesse scénaristique mais lui aurait donné une saveur particulière en même temps qu'une mise en image plus flamboyante.


- Planetary / JLA : Terra Occulta (dessiné par Jerry Ordway). La situation est totalement renversée ici puisque le trio de Planetary agit ici de manière hyper-répressive dans un monde parallèle contre toute manifestation paranormale. Trois justiciers se rebellent contre l'organisation : Bruce Wayne, Diana Prince, et Clark Kent.

Faire de Planetary une force maléfique, aux procédés comparables aux Quatre qu'elle combat dans sa série régulière, est un ressort original. L'opposer à la trinité de la ligue de justice augurait d'un affrontement au sommet.
Hélas ! Encore une fois, Warren Ellis ne se montre pas très inspiré pour organiser cette rencontre, même si la situation est bien mieux présentée que dans le crossover précédent avec the Authority. En peu de pages, il parvient à installer une ambiance oppressante, à poser un décor et des personnages en résistance, de façon efficace. Mais l'ensemble pêche par son manque de souffle et sa prévisibilité : comment penser une seconde que trois héros peuvent neutraliser trois adversaires aussi coriaces que des versions corrompues de Planetary ? On se trouve face à une sorte de baroud d'honneur par un commando suicide, dans un format peu adapté.
En soi, l'idée aurait pu fournir un arc entier très accrocheur, mais pour un seul épisode, c'est trop ramassé pour être excitant.

Le vétéran Jerry Ordway, dont la carrière est fortement associé aux productions DC des années 80 (même s'il a aussi oeuvré abondamment pour Marvel), livre des planches soignées mais sans éclat. Le résultat est appliqué mais souffre du même mal que le scénario : un défaut pour donner de l'ampleur à l'intrigue déjà étriquée.
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- Planetary / Batman : Night on Earth (dessiné par John Cassaday). L'équipe de Planetary est sollicité pour maîtriser un individu sujet à de terribles crises qui altèrent le tissu même de la réalité dans la ville de Gotham. Ces désordres s'accélèrent en se concentrant dans la rue de Crime Alley où surgit alors un justicier masqué désireux lui aussi de régler le problème, quitte à écarter Elijah Snow et Jakita Wagner : Batman. 

C'est, et de loin, le meilleur épisode du lot et le fait qu'il soit dessiné par John Cassaday n'y est pas étranger. Il y livre une prestation remarquable, avec toujours un sens graphique très original, alternant des scènes d'affrontement atypiques et énergiques et d'autres moments où les dialogues priment avec une mise en scène plus sage (même si, cette fois, il abuse un peu des effets copier-coller et des "talking heads").
L'artiste a cependant pris un plaisir évident, et communicatif, à représenter une multitude de versions familières de Batman, convoquant aussi bien celle des origines de Bob Kane et Bill Finger que celle plus baroque de Frank Miller en passant par son incarnation télé des années 60 jouée par Adam West ou celle iconique de Neal Adams dans les années 70. Ludique et superbe.

Mais si cet épisode est tellement meilleur, c'est aussi parce qu'on comprend pourquoi Warren Ellis a écrit ces numéros spéciaux tout en parvenant cette fois à faire correspondre ses intentions et son propos.

Il s'agit de continuer à rendre hommage aux sources de la mythologie super-héroïque et à sa descendance tout en la confrontant au principe incarné par Planetary, qui est une série proposant un commentaire précis et critique sur cette forme de bande dessinée.
Dans cette rencontre avec Batman (ou plutôt plusieurs Batmen), on saisit parfaitement le sens de la leçon : celle d'un fan érudit du personnage qui a réfléchi à la raison pour laquelle un personnage comme celui-ci a survécu aux modes en se réinventant progressivement grâce à des auteurs inspirés.
Cette approche ressemble aux travaux fictionnels menés par des scénaristes dotés de la même ambition qu'Ellis, tels qu'Alan Moore, Neil Gaiman, Grant Morrison ou Kurt Busiek (tous de véritables encyclopédies vivantes des comics en même temps que des écrivains ayant un point de vue très personnel sur leur évolution, à laquelle ils ont d'ailleurs activement participé soit par le biais de productions mainstream, soit avec des récits indépendants).

Ce recueil n'apporte pas d'éléments décisifs sur les secrets d'Elijah Snow et de son entreprise, mais constituent un appendice qui pour inégal demeure divertissant à la série Planetary.

mardi 27 octobre 2009

Critique 107 : JLA - THE NAIL, d'Alan Davis

JLA: The Nail est une mini-série en trois épisodes publiée en 1998 par DC Comics. C'est un récit complet écrit et dessiné par Alan Davis qui se situe en dehors de la continuité.
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Dans cette histoire, Martha et Jonathan Kent devant se rendre à Smallville découvrent qu'un pneu de leur pick-up est crevé par un clou. Ce détail apparemment insignifiant va pourtant conduire à un bouleversement de l'univers DC tel qu'on le connaît : les Kent ne découvriront pas la navette spatiale à bord de laquelle se trouvait Kal-El, le futur Superman, qui s'est crashée sur Terre après la destruction de Krypton. La question qui se pose alors est la suivante : que serait le monde sans l'Homme d'Acier ?
L'argument de ce comic-book est inspirée d'un poème de George Herbert : "Faute d'un clou l'on perdit le fer, Faute d'un fer l'on perdit la monture, Faute d'une monture l'on perdit le héros, Faute d'un héros l'on perdit la bataille. C'est ainsi que l'on perdit un royaume, A cause du royaume on perdit la vie. Faute d'un clou."

Dans le monde décrit ici, existe quand même la JLA, dont les membres sont Batman, Wonder Woman, Aquaman, Flash (Barry Allen), Hawkwoman, Atom (Ray Palmer), Martian Manhunter et Green Lantern (Hal Jordan). Mais elle agit dans un contexte de xénophobie envers les "métahumains" : Perry White mène cette campagne de dénigrement au nom de Lex Luthor, réélu maire de Metropolis, et Green Arrow, devenu paraplégique après un combat contre Amazo (au cours duquel a aussi péri Hawkman), accuse ses anciens partenaires masqués d'être des envahisseurs extraterrestres.
Les uns après les autres, les super-héros sont mystérieusement éliminés ou capturés, parmi lesquels la Doom Patrol et les Outsiders (dirigés par l'ex-compagne de Green Arrow, Black Canary).
Muni d'une arme dévastatrice, le Joker libère plusieurs détenus de l'asile d'Arkham. Batman se rend sur place avec Robin et Batgirl, qui sont atrocement tués par le dément. Mais Catwoman intervient et permet à Batman de s'échapper après que les caméras de télévision aient filmé la vengeance du Dark Knight contre le Joker. Le geste de Batman exacerbe la haine contre les métahumains et Bruce Wayne reste prostré dans sa Batcave, traumatisé par les morts de Robin et Batgirl.
Progressivement, la JLA découvre qu'un vaste complot est à l'oeuvre contre les super-héros. Lex Luthor prend des mesures radicales pour les arrêter en envoyant à leurs trousses une armée de robots capables de voler et dôtés d'une force incroyable, les Liberators. Seuls Batman, Flash, Atom et Catwoman leur échappent.
Lois Lane, qui soutient les héros, rencontre dans une base militaire, où sont détenus les métahumains, le Dr. Lana Lang, qui l'oriente discrètement vers Smallville, où les Kent
procurent un refuge pour les fugitifs. Lois décide ensuite de parler à Lex Luthor de ses découvertes pour les dénoncer publiquement mais elle est à son tour capturée par le véritable cerveau de cette conspiration : Jimmy Olsen. Celui-ci a subi plusieurs expériences génétiques qui en ont fait un surhomme mais ont également altéré sa raison. Après avoir découvert la navette spatiale de Kal-El et utilisé des échantillons de son ADN, il a créé des clones cachés sous le costume des Liberators (l'équivalent de Bizarro). Désormais, Jimmy Olsen projette de remplacer les humains par de nouveaux kryptoniens génétiquement modifiés comme lui.
L'emprisonnement d'autres métahumains était destiné à prélever leur ADN pour parachever ce plan. Batman, en compagnie de Batwoman (l'ex-Catwoman), Atom, et Flash libèrent leurs amis incarcérés et détruisent les Liberators. Mais face à Olsen et ses pouvoirs kryptoniens, ils sont dominés et la bataille se déplace jusqu'à un village Amish. Alors qu'Olsen va tuer Batman, il est stoppé par un des fermiers qui essaie de le raisonner, mais en vain.
Néanmoins ce fermier résiste aux rayons optiques d'Olsen qui tue ses parents adoptifs et contre-attaque. Il s'agit en vérité de Kal-El, devenu adulte. L'affrontement est terrible mais s'achève par la victoire du rescapé kryptonien alors qu'Olsen, consumé par son pouvoir, se désintégre littéralement.
La défaite d'Olsen et des Liberators permet à la JLA de regagner la confiance du public et l'équipe compte désormais un nouveau membre : Superman.
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Cette BD fait l'effet d'un tourbillon : aux antipodes de la narration décompressée et des clichés des comics récents, c'est un concentré d'action, à l'intrigue solide et complexe et aux dessins virtuoses. Assurèment, on a là affaire à un des chefs-d'oeuvre d'Alan Davis, du même calibre que son FF : La Fin (qui se déroulait également en dehors de la continuité).
On comprend pourquoi l'auteur est si à l'aise dans ce genre d'entreprise : en se détachant de la mythologie classique, Alan Davis a toute lattitude pour réécrire les personnages et les évènements-clés. Cela aboutit à une vision décalée, décapante, des icônes et de leurs aventures.
Mais là où Kingdom Come procédait sur un mode futuriste, JLA : The Nail réinvente le passé. Paradoxalement, c'est en imaginant un monde privé de Superman qu'il redonne du relief au héros emblématique de DC : Lex Luthor en a profité pour devenir le maire de Metropolis, Jimmy Olsen s'est changé en monstre, Lois Lane en journaliste contestataire, Lana Lang en scientifique complice. Parce que cette ville n'a pas eu de super-héros, elle est devenue une cité intolérante, sous le joug d'un régime sécuritaire.
Davis semble nous suggérer que le monde privé de ses super-héros perd son équilibre. Ces extraordinaires créatures suscitent la méfiance, certes, mais sauvent aussi des vies : c'est en négligeant les "relations publiques" que les justiciers provoquent l'ire des humains ordinaires, comme le fait remarquer Lois Lane à Batman (qui juge plus important de faire régner l'ordre que d'apparaître sympathique).
Or, justement, la sympathie, c'est ce qu'inspire naturellement Superman, le bon samaritain par excellence, le brave parmi les braves, protégeant son monde adoptif sans rien attendre en retour. Sans Superman, sans cette figure éminemment aimable, les autres héros ressemblent à des monstres, des bêtes de foire, des huluberlus : l'Homme d'Acier, selon Davis, n'est pas seulement LE super-héros, c'est aussi un exemple, un guide.
Comme scénariste, Alan Davis aime les histoires complexes : l'identité du conspirateur est savamment entretenue pendant les trois-quarts du récit. Il sait accrocher le lecteur en mettant vraiment ses héros en danger : c'est palpitant, le rythme est échevelé, les dialogues ciselés, la caractérisation savoureuse - un vrai régal.
Il dispose même un subplot (en montrant le début d'une guerre cosmique entre les New Gods de New Genesis et Apokolips, impliquant l'intervention du Green Lantern Corps) - qui sera développé dans la suite JLA : Another Nail.
C'est un comic-book gourmand, parfois too much, mais où il est impossible de s'ennuyer, où on en prend plein la vue, un récit d'une densité fabuleuse.
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Cette mini-série en met aussi plein les mirettes grâce à un dessin prodigieux, d'une énergie sans pareille : Alan Davis assure un découpage magistral, d'une fluidité exemplaire, qui rend la lecture extrèmement agréable.
Il nous gratifie également de pleines et doubles pages époustouflantes - un effet dont il sait ne pas abuser mais qui offre à chacun de ses héros son "morceau de bravoure", saisi en pleine action. La maîtrise qu'affiche cet immense artiste a quelque chose d'euphorisant et d'intimidant : on ne peut que déplorer qu'il se fasse si rare et surtout qu'il semble avoir perdu son enthousiasme.
Saluons également l'encrage de Mark Farmer, un des meilleurs à ce poste, dont la complicité avec Davis donne un résultat parfait : là encore, on comprend pourquoi l'artiste insiste autant sur la relation de confiance qui doit exister entre les membres de l'équipe artistique d'un comic-book pour aboutir à de vraies réussites.
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JLA : The Nail est un livre jubilatoire, un objet proche de la quintessence du genre : à la fois un divertissement accompli et une oeuvre personnelle, exécutés avec maestria.

samedi 22 août 2009

Critique 95 : JLA - LEGENDES, de John Ostrander, Len Wein et John Byrne

JLA : Légendes (Legends, en vo) est une saga en 6 épisodes principaux, mais qui a aussi affecté, comme toujours dans ce genre de cas, plusieurs autres titres publiés par DC Comics en 1986-87. Ainsi, pour signifier leur lien, chaque volet de la saga et chaque épisode des tie-in portaient la mention "Legends". L'idée originale est de John Ostrander, adaptée en script par Len Wein, avec des dessins de John Byrne.
Pour bien comprendre les enjeux et donc l'importance de cette production, revenons sur l'histoire de sa publication. Les six épisodes de Légendes peuvent être lus comme une mini-série se suffisant à elle-même, mais en vérité, pour en apprécier toute l'ampleur, le récit comptait 22 chapitres incluant donc cette saga et plusieurs volets de séries parallèles comme Batman, Superman ou Secret Origins. Il s'agissait de relancer le DC Univers après le grand coup de balai passé durant le crossover précédent, la mythique maxi-série de Marv Wolfman, George Pérez et Jerry Ordway : Crisis on infinite earths. Les mondes parallèles et plusieurs personnages avaient disparu, d'autres avaient été re-positionnés selon cette nouvelle organisation, et d'autres encore allaient voir le jour à la faveur de ce nouveau statu quo : telle était l'ambition de Légendes, présenter le visage de la nouvelle JLA.
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L'intrigue de Légendes évoque le passage de la Bible consacré à Job :

le dieu du mal, Darkseid, discute avec le mystérieux Phantom Stranger de la possibilité de retourner l'opinion des simples mortels contre leurs héros. Pour se faire, Darkseid envoie sur Terre son agent Glorious Godfrey, où il manipule les masses grâce à sa voix lui permettant d'envoûter quiconque l'écoute. Ainsi, rapidement, il convainc le peuple que les héros sont des dangers publics, désirant régir le monde, et qu'il est temps que cela cesse.
Pour s'assurer la victoire, Darkseid sème la panique sur Terre grâce au géant de feu Brimstone, qui défait rapidement la Justice League à Detroit, malgré l'intervention de Firestorm et de Cosmic Boy.
Au même moment, pour stopper le cyborg dément Macro-man, Captain Marvel est obligé de le tuer, ce qui sert les desseins de Darkseid et confirme les discours de Godfrey sur la dangerosité des héros.
Batman doit aussi subir des pertes lorsque Robin (Jason Todd) est pris au piège dans une émeute et sévèrement blessé.
Craignant que la situation n'empire, le Président Ronald Reagan (au pouvoir à l'époque de la publication) proclame la loi martiale et prohibe les activités des super-héros en Amérique. En contrepartie, le départment de la défense active, sous l'autorité d'Amanda Waller, le "Projet: Task Force X", autrement dit la Suicide Squad, un commando formé de criminels, pour détruire Brimstone.
Face à cela, le Dr Fate
se voit obligé d'agir pour empêcher Glorious Godfrey et ses partisans d'envahir Washington et prendre le pouvoir des Etats-Unis. Fate rassemble Superman (jusque-là aux ordres de la Présidence), Batman, Captain Marvel, le Green Lantern Guy Gardner, Black Canary, Changelin, Flash, et Blue Beetle pour affronter Glorious Godfrey et ses troupes. Ils sont rejoints par le Martian Manhunter et Wonder Woman et combattent les cheins de guerre de Darkseid ainsi que Godfrey.
Finalement, les humains sont libérés de l'emprise de Godfrey, grâce à la foi intacte dans leurs héros des enfants, insensibles à son pouvoir. Conséquence directe : the Martian Manhunter, Batman, Blue Beetle, Guy Gardner, Black Canary, Captain Marvel et Dr. Fate décident de rester unis pour former la nouvelle Justice League. Superman et Flash préférent rester des membres réservistes tout comme Wonder Woman alors que Changeling réintégre les Teen Titans.
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(Presqu')un quart de siècle après sa parution, cette saga n'a pas aussi bien vieilli que l'épopée de Wolfman à laquelle elle succèdait. La première et plus évidente raison à cela est qu'elle est précisèment datée, comme en témoigne le rôle donné à Reagan, alors que si le Président des Etats-Unis avait été un personnage imaginaire, le problème ne se serait pas posé.
L'autre raison, c'est qu'il n'existe toujours pas une édition complète des 22 chapitres de l'histoire, comprenant tous les éléments suggérés par ce crossover, et donc le récit principal paraît incomplet, trop elliptique, avec des personnages qui apparaissent puis disparaissent subitement, d'autres qui surgissent très tard (pour s'éclipser brusquement, comme Wonder Woman), et un dénouement à la naïveté décevante par rapport au potentiel dramatique du sujet (la confiance des bambins ramène les adultes à la raison et permet aux héros de faire leur boulot et de regagner le crédit de la population).
Enfin, pompeux à souhait, le Phantom Stranger paraît savoir dès le départ l'issue du combat et observe Darkseid semant la zizanie en concluant presque : "je t'avais prévenu".
Bref, le bilan ne serait pas fameux s'il n'y avait pour mener la barque un équipage aussi brillant...
Le pitch d'Ostrander a les qualités de ses défauts : la simplicité de l'intrigue est divertissante et le développement que lui a donné Wein souligne cet aspect. C'est un comic-book bourré d'action, de scènes spectaculaires, de personnages iconiques, au symbolisme primitif, qui est devenu rafraîchissant aujourd'hui où la majorité des comics (chez Marvel surtout, mais DC n'est pas en reste) est d'une noirceur oppressante, gagnant en ambigüité ce qu'elle a peut-être perdu en spontanéité. Entretemps, il y a eu Watchmen, Dark Knight et bien d'autres BD qui ont profondèment et définitivement changé le média et notre regard sur lui.
Toutefois, le propos du livre est métaphorique et même s'il aurait pu être mieux exploité, il n'est pas sans intérêt. En choisissant de questionner la notion de foi - foi dans les héros, dans le Bien, dans l'imaginaire - , Ostrander s'attaque avec le personnage de Glorious Godfrey aux télévangélistes américains, qui constituent un vrai contre-pouvoir. Or, Godfrey est un adversaire singulier puisque la mission que lui assigne Darkseid est de renverser des idoles et d'inciter le peuple à prendre le pouvoir par la force.
Le récit balance donc entre l'espérance qu'incarnent les super-héros et le fanatisme dont Godfrey est le porte-voix : la vision que cela donne des Etats-Unis n'est pas si rassurante puisque le pays apparait comme celui d'individus incapables de se passer de champions, qu'ils soient d'authentiques défenseurs du Bien ou des pousse-au-crime manipulateurs.
En outre, avec Len Wein, la nouvelle JLA qui se met en place dans l'histoire compte des membres à la fois incontournables et inattendus : si la présence de bons samaritains comme Superman (par ailleurs décrit comme un fidèle soldat aux ordres du gouvernement), Batman ou le Martian Manhunter ne surprend pas, on trouve des personnnages bien plus savoureux à leurs côtés, comme Guy Gardner, le plus mal emboûché des Green Lantern, arrogant et peu soucieux de ce qu'on pense de lui ; Captain Marvel, qui est à la fois un être surpuissant avec l'esprit d'un enfant, le pendant en quelque sorte du "dark knight" ; Flash III, qui supporte mal de succèder au mythique Barry Allen et fait encore ses classes au sein des Teen Titans ; Dr Fate, qui va regrouper ces justiciers et revêt presque le rôle du chef.
C'est donc une équipe majoritairement composé d'hommes, de gros bras, même si ceux-ci sont parfois encore peu ou trop sûrs d'eux. Il est dommage que le personnage de Black Canary, en plus d'arriver tardivement, n'ait pas été plus creusé, et que Wonder Woman n'ait pu être mieux et plus exploitée. Mais cette formation de la JLA reste une des plus originales et le soin apporté à l'écriture de ses membres compense les faiblesses et ellipses de l'histoire.
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Ce qui "sauve" Légendes, c'est son dessinateur : John Byrne. Après avoir connu la gloire chez Marvel, il venait juste de signer chez DC pour y recréer Superman (la série Man of Steel). Et pourtant, il est déjà comme chez lui et s'empare de la JLA comme s'il était né pour en illustrer les aventures.
On retrouve donc ce trait identifiable entre mille, à la fois élégant, fluide, et percutant. Il découpe les scènes d'action avec un brio que seuls les cadors affichent : il s'est fait la main sur les X-Men puis Alpha Flight et enfin sur les FF pour un run anthologique. Il n'a rien plus à rien prouver mais Byrne démontre son exceptionnel savoir-faire.
L'encrage de Karl Kesel se marie bien aux dessins, par contre les couleurs tramées de l'époque gâchent un peu la vue.
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Ce livre fait office de document : éditorialement, il figure après un "event" mémorable, mais affectivement c'est une sorte de fêtiche qu'apprécieront de possèder les fans de Big John Byrne.

jeudi 25 juin 2009

Critiques 64 : JUSTICE LEAGUE OF AMERICA 0 & TORNADO'S PATH, de Brad Meltzer et Ed Benes



Après avoir passé en revue tous les crossovers importants de DC depuis 1985, force est d'admettre que les cartes ont été amplement rebattues, pour le pire et/ou le meilleur. Quoiqu'il en soit, au terme de 52, la firme de Broadway avait le champ libre pour relancer au numéro 0 ses deux séries-phares (du moins celles dont les équipes de super-héros tenaient la vedette) : la JLA et la JSA.
Il est donc temps de voir ce que ces "relaunchs" ont donné, et je commencerai donc par le premier arc de la nouvelle JLA, inauguré par un curieux n°0...
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Justice League of America #0 a été publié par DC Comics en Juillet 2006, sur un scénario (ou plutôt un canevas) signé Brad Meltzer et illustré par plusieurs dessinateurs (dont je donnerai la liste complète à la fin de cet article).
Puisqu'il n'y a pas d'histoire à proprement parler dans ce numéro, mais plutôt une succession de séquences se déroulant dans le passé, le présent et le futur de l'équipe, passons tout de suite à l'analyse de l'ouvrage.
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Avec les bouleversements survenus à la fin d'Infinite Crisis, le retour de la JLA se devait d'être un évènement piloté par des auteurs à la hauteur. Une année s'était passée, dont les détails furent racontés dans l'hebdomadaire 52, et DC devait proposer une refonte du titre à la fois surprenante et accessible, respectant cependant le "bagage" de la continuité avec toutes les incarnations que connut son groupe de super-héros le plus fameux : synthèse périlleuse...
Relancer la Justice League of America avec une nouvelle équipe créative était un challenge difficile, pour ne pas dire impossible : des fans allaient forcèment râler, et rien n'assurait que de nouveaux lecteurs seraient séduits. Mais c'était aussi une opportunité de revitaliser le titre, en le purgeant de nombreuses scories, en osant emprunter une nouvelle direction, un nouveau casting.
En confiant cette tâche à Brad Meltzer, DC faisait le choix de la qualité et de l'audace : n'était-il pas l'homme qui avait réussi avec Identity Crisis à bousculer les conventions en rédigeant une histoire dérangeante mais à l'écriture soignée ?
Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, Meltzer a pris les chemins de traverse : dans ce numéro 0, c'est à un voyage au coeur de l'histoire de la JLA qu'il nous convie, un périple dont la "trinité" formée par Superman, Batman, et Wonder Woman sont les guides. A travers eux, nous allons revivre en une multitude de flashes des épisodes d'hier, d'aujourd'hui et même de demain, au moment même où ils se réunissent pour décider si leur équipe doit renaître de ses cendres - et avec qui, comme nous le révèlera Tornado's path.
Pour chaque période, Meltzer s'exprime via un de ces trois illustres personnages, avec leur sensibilité, leur vision des choses : qu'ont-ils retenu de toutes leurs aventures communes ? Et dans quelle mesure l'enseignement qu'ils vont en tirer va les inspirer ? Plus encore : quel avenir se dessine pour eux et la Ligue ?
On peut reprocher au scénariste, avec ce procédé, d'égarer le lecteur (a fortiori débutant) et de ne pas avoir (su choisir) un vrai point de vue. C'est particulièrement éloquent lorsque Meltzer nous montre d'hypothétiques scènes dans le futur, où l'on se demande s'il nous révèle de possibles et réelles histoires à venir ou s'il s'amuse simplement à nous lancer sur des pistes n'ayant aucune chance d'être exploitées. Les éditeurs de DC ne voient eux-même certainement pas aussi loin que Meltzer... Même si certaines scènes sont troublantes (ainsi, on devine qu'il arrivera malheur à Batman lors d'un dialogue entre Superman et Wonder Woman. Meltzer savait-il alors que Grant Morrison allait signer Batman R.I.P. ?).
Chacun appréciera (ou non) cet exercice d'anticipation...
En revanche, l'évocation du passé ponctuée par ce qui se passe aujourd'hui et ce qui a suscité la réunion de Superman et Wonder Woman dans la Batcave de Batman (la décision de ranimer la JLA et le choix de ses membres) est tout à fait plaisante : c'est exposé avec rythme, connaissance, souci de clarté, et l'entreprise permet d'apprécier la contribution d'une foule d'artistes très différents pour illustrer chaque époque. Tous ces dessinateurs ont effectué un formidable travail, certains recréant même le style des épisodes passés cités par Meltzer. Il se dégage de tout cela un étrange mélange de sentiments : nostalgie, excitation, expectative...
Si le but recherché était dee mettre l'eau à la bouche tout en adressant un clin d'oeil à la mythologie, c'est indéniablement réussi.
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Et comme promis, en conclusion, voici la liste des artistes crédités pour ce n°0 : Ed Benes, George Pérez, Jim Lee, J. H. Williams, Gene Ha, Dick Giordano, Eric Wight, Tony Harris, Kevin Maguire, Dan Jurgens, Howard Porter, Luke McDonnell, Rags Morales, Ethan Van Sciver and Phil Jimenez.
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Maintenant, place à l'action !

Justice League of America : Tornado's path est donc le premier récit, comptant 7 chapitres, mettant en scène la nouvelle muture de l'équipe. Le scénario a été écrit par Brad Meltzer et les dessins ont été réalisés par Ed Benes (encrés par Sandra Hope). Ce story-arc a été publié en 2006-2007 par DC Comics.
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La Bat-cave sert de décor à une réunion importante entre Batman, Superman et Wonder Woman : ceux-là même qui avaient dissous la Ligue de Justice (après Infinite Crisis) débattent de l'opportunité de la reformer puis de qui y intégrer. Chacun a ses favoris et ses arguments pour défendre ses candidats, le casting va être l'objet d'âpres négociations.
Diana vise l'efficacité et la complémentarité. Clark désire des membres motivés et aux aspirations nobles. Bruce privilégie la confiance (normal, après que ses "collègues" aient voulu le rendre amnésique suite à ce qui s'est passé dans Identity Crisis...).
Cependant, Roy Harper et Hal Jordan s'entretiennent de leurs projets lorsqu'ils sont interrompus par la bague de Green Lantern : Kathy, la compagne de Red Tornado, s’inquiète car l'androïde, sévèrement blessé mais normalement capable de se reconstruire, ne revient pas à lui aussi vite que d'habitude...
Par ailleurs, Jefferson Pierce, alias Black Lightning, mène l'enquête, en se faisant passer pour un émissaire de Lex Luthor, au sujet de la disparition inexpliquée et récente de plusieurs super-vilains - spécialement Plastique et l'Electrocuteur.
Celle qui pourrait le savoir est Vixen mais elle est justement piègée en allant à la rencontre de la Question ...
Dans l'ombre sont à l'oeuvre T.O. Morrow, l'inventeur de Red Tornado, qui s'est allié avec Felix Faust et Salomon Grundy. Et si Morrow est là, Amazo n'est pas loin non plus : la situation s'annonce explosive et la JLA n'attendra pas longtemps pour reprendre su service !
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Comme Red Tornado, la JLA est encore en pleine reconstruction et il faudra 7 épisodes à Brad Meltzer pour réassembler toutes les pièces d'une intrigue complexe mais, disons-le tout net et sans attendre, bien moins convaincante qu'Identity Crisis (qu'il considèra comme sa première histoire avec la JLA).
Si l'on cherche une analogie au processus de fabrication du récit ici proposé, c'est à une recette de cuisine qu'on pense : une pincée d'existentialisme chez Red Tornado, un peu de totem de Vixen, un zeste de magie de Felix Faust, quelques grains de savant fou façon T.O. Morrow, une pointe de mort-vivant avec Salomon Grundy, quelques gouttes de réplicant fou genre Amazo, le tout pimenté par les négociations du trio Batman-Wonder Woman-Superman, et le plat est prêt à être servi !
Mais le met est-il bon pour autant ? Pas autant qu'il aurait pu (dû ?)... En fait, Meltzer s'amuse avec le lecteur en ne lui donnant pas ce à quoi il s'attend - ce à quoi il était en droit d'attendre même. Finalement, c'est moins la refondation de l'équipe que des intrigues séparées mais se croisent qu'il s'agit : ces jonctions doivent former par la force des choses un groupe et un récit, mais si cette nouvelle Ligue comporte quelques bonnes surprises, ce dans quoi elle est embarquée est moins captivant à force d'être délayé.
Le lien entre tous ces évènements est l'androïde Red Tornado, décrit comme une version de Pinocchio... mais plus violente. Choisir d'axer l'histoire autour de ce héros de seconde zone n'est pas une option vraiment passionnante (à moins d'adorer le personnage). Ensuite, Meltzer, fidèle à sa réputation, ne ménage pas le lecteur avec des effets "gore" qui sont franchement complaisants ici. On a alors la désagréable impression qu'Authority s'est invité dans les pages de la JLA, comme si la parodie avait eu raison de l'original dont elle s'est inspirée - un comble !
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Le dessin détaillé et massif d'Ed Benes souligne cette tendance "dure" avec laquelle Meltzer traite son sujet. L'artiste brésilien est un bon artisan au style solide, dans la veine d'un Jim Lee, et il respecte fidèlement les directives du scénariste. Les amateurs de planches (souvent doubles) spectaculaires seront comblés, mais ceux qui préférent la fluidité et la finesse devront passer leur chemin.
J'ai en outre trouvé que Benes affichait des faiblesses préjudiciables dans ce type d'entreprises, incapable de varier le physique de ses héros et héroïnes - les premiers sont tous des armires à glace aux mâchoires carrées, les secondes des créatures pulpeuses aux poses exagérèment sexys. Le casting fourni de cette nouvelle Ligue souligne ces lacunes.
Lorsqu'on repense à l'association de Meltzer avec un graphiste bien plus complet comme Rags Moralès, la comparaison n'est pas favorable à Benes.
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Néanmoins, le scénariste a bien compris 5 points essentiels à une renaissance de la JLA comme équipe et comme titre :
- 1/ elle doit inclure les icônes du "DCverse",
- 2/ elle doit s'ouvrir à de nouvelles recrues,
- 3/ elle doit être intimement connectée à l'Univers DC,
- 4/ elle doit avoir des ennemis dignes d'elle,
- et 5/ elle doit savoir surprendre ses lecteurs.
A l'évidence, Meltzer aime ces personnages et écrire leurs aventures, mais justement cette affection l'empêche de rendre une copie plus satisfaisante et plus mesurée.
Le précédent "revival" de la JLA avait été dirigé par Grant Morrison et l'écossais s'était appuyé sur une formation plus classique mais aussi plus dense, celle des "big 7" – Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash, Martian Manhunter et Aquaman. L'équipe avait de l'allure et de la consistance car elle n'était composée que de héros icôniques.
Meltzer a converti le concept des "big 7" de Morrison en "big 3" : sa Ligue repose toute entière sur le trio emblèmatique Superman-Batman-Wonder Woman, qui, du coup, fait immanquablement de l'ombre au reste de l'équipe. On passe trop de temps à passer en revue tous les membres susceptibles d'intégrer la Ligue et pas assez à les voir en action. 7 épisodes, souvent long d'une trentaine de pages, avec d'abondants dialogues et des voix-off envahissantes, ont raison de notre patience.
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Même si ce n'est pas une mauvaise bande dessinée, ce recueil ne provoque pas une adhésion suffisante, à la fois compte tenu des enjeux d'un tel relaunch et des qualités de ses auteurs. Un départ aussi laborieux plombe une série, a fortiori quand elle doit être relancée, et c'est la raison pour laquelle, après le crossover avec la JSA qui suivit cet arc, je n'ai suivi que de loin le titre.

vendredi 15 mai 2009

Critique 46 : JLA CLASSIFIED - NEW MAPS OF HELL, de Warren Ellis et Jackson "Butch" Guice



En 2004, DC Comics inaugura une nouvelle collection intitulée JLA: Classified. Le principe était de produire des récits complets, écrits et dessinés par des équipes créatives différentes à chaque fois, mettant en scène la Justice League of America. Ces histoires s'inscrivaient dans la continuité officielle et dévoilaient des pans du passé du groupe.
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Des profondeurs de l'espace-temps surgit une entité artificielle, "Dieu de la Terreur" auto-baptisé Z, et à l'origine de la décimation du peuple martien - dont le dernier survivant est J'onn J'onnz, le Martian Manhunter de la JLA.
L'un après l'autre, les membres de la formation sont témoins d'incroyables actes de destruction et entreprennent d'en découvrir le responsable. Leurs investigations les conduisent à suspecter la Lexcorp, l'entreprise de Lex Luthor (qui, à l'époque des faits, est le président des Etats-Unis - comme dans JLA : Vice et vertu, de Geoff Johns, David Goyer et Carlos Pacheco).
Leur indice majeur est un ancien manuscrit connu sous le nom du Tharsis qui raconte l'histoire de civilsations "testées" par une puissante force qui a fini par les détruire après les avoir considérées comme trop faibles pour existert. Mais ce texte contient aussi un virus qui, une fois décrypté, possède lui-même le pouvoir de détruire les mondes.
Quand Z s'attaque à la Terre, la JLA est donc mise à son tour à l'épreuve pour déterminer si la planète est digne de survivre...
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L'écriture de Warren Ellis suscite toujours la curiosité lorsqu'elle s'exerce sur les héros les plus icôniques des deux majors companies que sont Marvel et, ici, DC. Je me demandai donc à quel sauce il allait cuisiner la JLA, dont il s'était largement inspiré pour en livrer une version épicée avec The Authority.
On reconnaît rapidement la marque de l'auteur dès l'ouverture de cette histoire et dans son développement : l'intrigue est à la fois sombre et musclée, le ton ironique, le rythme enlevé. Le récit souligne ce que les comics avec une bande de super-justiciers offre de mieux puisqu'on y voit ses membres obligés de se battre en véritable équipe une menace qu'aucun d'eux, seul, ne pourrait vaincre : C'est une donnée toute simple, mais un groupe de super-héros n'est pas qu'une addition de personnages, c'est un ensemble de combattants aux talents complémentaires dont l'union fait la vraie force. Et ça, Ellis l'a bien compris.
Le scénariste n'a pas à forcer son talent pour nous entraîner dans cette aventure : on sent tout de suite qu'il connaît bien son casting, qu'il n'a pas choisi les acteurs au hasard, et il sait leur donner du caractère. Sur ce dernier point, Ellis a l'intelligence de ne pas négliger les seconds rôles : les échanges entre Clark Kent et Loïs Lane sont dignes de ceux d'un couple de "screwball comedy", façon Cary Grant-Irene Dunne, et du coup lorsque Superman part en mission, c'est comme s'il recouvrait sa virilité après avoir été piqué au vif par sa partenaire dans la vie civile.
Batman, lui, est dépeint comme un enquêteur qui va à l'essentiel, au raisonnement aussi affûté et précis que ses actions. Wonder Woman préfére qu'on l'appelle Diana comme si elle voulait marquer sa féminité avant son héroïsme. Flash (version Wally West ici) est un pur feu follet qui devra son salut à sa capacité à réfléchir, donc à se calmer. Green Lantern semble s'amuser de sa puissance et de l'adversité mais on devine ses appréhensions derrière cette attitude. Et enfin J'onn J'onzz fait figure de sage dans cette configuration, le lien entre ses membres.
C'est donc avec un véritable plaisir qu'on est embarqué dans ce grand huit où tout est écrit avec tempérament et originalité, malgré la notoriété des protagonistes.
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Jackson "Butch" Guice livre, quant à lui, de superbes illustrations, à la hauteur des spectaculaires enjeux de l'histoire et de ses héros. Les morceaux de bravoure ne manquent pas pour lui permettre de nous en mettre plein la vue : la scène d'ouverture, l'explosion de Paradise Island, Las Vegas ravagée... C'est tout à fait magistral.
Pour ajouter à ce bonheur visuel, le dessinateur s'encre lui-même et on ne peut que s'en réjouir. Même si le trait nerveux et anguleux évoque Joe Kubert, certaines ambiances rappellent le meilleur de ce que firent ensemble Frank Miller et Klaus Janson dans leurs meilleurs épisodes de Daredevil, mais on pense en vérité surtout à l'immense Neal Adams - comparaison écrasante pour beaucoup d'artistes mais dont Guice se tire admirablement.
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On pourra regretter un dénouement un peu expéditif, sans véritable épilogue, qui envoie à l'ultime page, la bataille à peine achevée, la JLA déjà sur un nouveau front. Cette précipitation souligne trop le fait que ce que nous venons de lire n'est qu'une parenthèse passée dans la carrière du groupe.
Et puis il y a ces affreuses couvertures, reproduites en fin de volume, signées Michael Stribling, exécutées (c'est le cas de le dire...) en couleur directe.
Mais si on passe sur ça, l'ouvrage est tout à fait conseillé. Les connaisseurs d'Ellis y trouveront même des références à ses autres oeuvres (comme Global Frequency, via le rôle qu'il donne à Oracle). Et c'est jubilatoire de lire des répliques, certes attendues mais toujours efficaces comme : "We’re the Justice League. We’ve beaten up real gods and made them cry. You are nothing to us".
Après ça, Warren Ellis peut bien affirmer qu'en vérité il n'adore pas les super-héros, il réussit quand même à leur donner des histoires palpitantes, aussi bien pour le néophyte que pour le fan…

lundi 13 avril 2009

Critique 29 : JLA - VICE ET VERTU, de David Goyer, Geoff Johns et Carlos Pacheco


Chaque année, la JLA et la JSA se retrouvent pour une sorte de gueuleton dans leur quartier général : l'occasion pour les super-héros d'évoquer le bon vieux temps, mais aussi de discuter de leurs méthodes d'action ou, plus légèrement, de renouer des liens amicaux. Car la JLA est pour partie composée de justiciers qui sont, en quelque sorte, les versions modernes des vétérans de la JSA, comme Flash ou Green Lantern.
Mais être un super combattant du crime est quasiment un job à plein temps et les vilains ne font pas de pause pour les laisser se détendre. Ainsi les deux groupes sont appelés pour empêcher un attentat contre le président des Etats-Unis (qui n'était autre que Lex Luthor à cette époque !). Cette mission ne leur prend pas beaucoup de temps mais dde retour au satellite de la Ligue, l’ambiance est pourtant étrangement tendue... Au point qu'une bagarre éclate.
7 membres sont alors possédés par les péchés capitaux : Captain Marvel incarne la gloutonnerie, Plasticman l'avarice, Green Lantern l'envie, Batman la colère, Mr Terrific l'orgueil, Power Girl la luxure et Dr Fate la paresse. Qui leur a jeté un sort ? Quelles vont être les conséquences de ces transformations ?
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Le tandem David Goyer-Geoff Johns a fait ses preuves en relançant la série JSA (avec James Robinson), signant des story-arcs spectaculaires et endiablés. Ils ne faillissent pas à leur réputation en livrant cette histoire à la fois basique et extrèmement distrayante.
C'est l'exact opposé du style narratif "décompressé" : le tempo est trépidant, l’action permanente, le récit rocambolesque et riche en rebondissements extravagants, à la mesure de ce casting de héros surpuissants soudain corrompus.
Le nombre élevé de protagonistes est géré avec un brio épatant : aucun n’est négligé, au contraire chacun est fortement caractérisé, de manière savoureuse et expresse. Un tour de force ! Il y a une vigueur rare dans le traitement de l'intrigue, du début à la fin, qui rend l'ensemble jouissif.
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Le dessin est assuré par le prodigieux Carlos Pacheco. Il allie une mise en page explosive tout en nous gratifiant de planches détaillées et d'un trait à la fois fin, souple, élégant et expressif. L'encrage de son fidèle complice Jesus Merino ajoute encore à l'excellence de l'ouvrage. A ces deux-là, aucun de ces personnages iconiques ne pose problème : ils leur impriment leur "griffe" dans un style à la fois légèrement "cartoony" et réaliste. C'est un vrai régal là encore, l'association de talents si complémentaires que tout semble évident sous leur direction.
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Sans aucun doute, un "must-have" du genre. Plaisir garanti !

Critique 28 : JLA - JUSTICE ET LIBERTE, de Paul Dini et Alex Ross


C’est un dangereux virus extraterrestre très contagieux que les membres de la Justice League of America (JLA) vont devoir combattre en Afrique. Ils agissent rapidement, mais peut-être trop car en négligeant la communication auprès de la population, ils ternissent leur image et vont devoir aussi l’opinion publique, à la fois méfiante devant leur interventionnisme et le risque qu'ils ne maîtrisent pas leur "ennemi".
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Le premier attrait de cet ouvrage vient évidemment de la présence au générique d'Alex Ross, dont j'ai déjà loué le talent et l'impact dans les comics. L'artiste de Marvels ou Kingdom Come nous émerveille encore avec son style photoréaliste impressionnant, mis en scène dans un découpage énergique, qui fait toujours penser à Neal Adams (cases aux formes variables et improbables mais donnant un dynamisme étonnant).
Cependant, avec sa narration en voix off (celle de J'onn J'onzz, le Martian Manhunter), JLA - Justice et liberté se rapproche parfois davantage du récit illustré - voire, si on veut être sévère, du livre d'images - que de la pure bande dessinée. Pourtant, même cette approche esthétisante ne gâche pas la lecture, conférant même une concision et une densité à l'histoire qui, si elles peuvent dérouter, sont bienvenues.
Les implications de l'histoire sont également surprenantes : la météorite qui libère le virus s'écrase en Afrique (ce qui rappelle le film Alerte !). Désirant intervenir vite, les super-héros décident avec le Pentagone de se rendre sur place pour endiguer la menace... Mais sans en avertir les gouvernements africains ! Comme le déclare d'ailleurs Wonder Woman : "Quand des innocents meurent, nous avons tous les droits". Cela indique que la JLA ne se soucie pas des autorités locales et prétend faire le bien du monde sans se préoccuper de l'avis du monde en question.
Paul Dini a-t-il voulu faire passer un message politique critique sur le droit d'ingérence ? Je l'ignore mais cela résonne de manière troublante lorsqu'on sait que cette histoire fut écrite alors que les Etats-Unis envahirent l'Irak, à la recherche des fameuses armes de destruction massive que ce pays aurait construit à des fins terroristes. Traiter en tout cas de la vénérable JLA comme du symbole de l'Amérique impérialiste, gendarme du monde, est assez culotté - et évoque évidemment la série Authority, créée par Warren Ellis et Bryan Hitch, dont les héros agissaient au mépris du droit des nations.
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On ne saurait en tout cas suspecter Alex Ross d'une telle propagande, lui qui signa en son temps le série Uncle Sam où il stigmatisait les épisodes les plus sanglants de l'Histoire des Etats-Unis ou qui tenait un discours aussi dénonciateur dans Kingdom Come.
Mais en même temps, c'est cette ambiguïté sous l'apparence du divertissement visuellement somptueux qui fait de JLA - Justice et liberté un comic-book très efficace.
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PS : A noter que pour les "débutants", cet album s'ouvre sur une collection de double-pages relatant les origines des plus éminents membres de la JLA - l'occasion de faire connaissance avec des personnages emblématiques de l'univers DC, toujours sous la plume et le pinceau de Dini et Ross !

samedi 11 avril 2009

Critique 23 : JUSTICE LEAGUE : LA NOUVELLE FRONTIERE, de Darwyn Cooke

Cet épisode-bonus de La Nouvelle Frontière est un complèment à la lecture de la saga : comptant 22 pages, il a le mérite de nous éclairer sur un évènement à peine évoqué dans le premier chapitre : celui relatant l'affrontement entre Superman, à la botte de l'administration Eisenhower, en pleine chasse aux justiciers masqués refusant de s'enregistrer à son service, et Batman, le gardien de Gotham City, agissant en dehors du système.

Déjouant tous les pronostics, l'homme chauve-souris sortit vainqueur de son duel contre l'homme de fer. Mais comment a-t-il fait ? Et comment, par la suite, les deux adversaires ont même fini par collaborer ensemble pour enquêter sur la mystérieuse entité appelée le Centre ? C'est ce qui nous est ici révélé.
*
Au large de Paradise Island, royaume des amazones, sur le yacht du millionnaire Bruce Wayne, l'agent spécial King Faraday briefe Wonder Woman et Superman sur Batman, considéré comme un hors-la-loi susceptible d'inspirer d'autres vigilants masqués, et qui doit donc être appréhendé au plus vite.

Wonder Woman refuse de traquer celui qu'elle considère comme un homme honorable. Eisenhower aura raison des doutes de Superman pour cette mission.

Au courant que le champion du gouvernement est à ses trousses, Batman se prépare déjà à son arrivée à Gotham City en faisant voler, chez Lex Luthor, par Catwoman, un échantillon de kryptonite, minerai qui affecte Superman. Puis il attire ce dernier dans sa batcave.

Alors que les deux hommes sont sur le point de s'entretuer, Wonder Woman intervient pour les prier de se réconcilier au nom de la paix. Batman se démasque et Superman comme l'amazone découvrent, stupéfaits, qu'il est... Bruce Wayne !
Un affrontement en pleine ville est mis en scène pour tromper les autorités et démontrer la supériorité de Batman.
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On reste ébloui par le brio de Darwyn Cooke. Les coulisses de cette séquence rapidement abordée dans La Nouvelle Frontière sont loin d'être anecdotiques et nous permettent d'apprécier pleinement ce qui pouvait passer pour une ellipse cavalière.

L'auteur réussit encore une fois à résumer admirablement la caractérisation de personnages archi-connus : Batman est un stratège hors-pair, un magistral joueur d'échecs qui a toujours un coup d'avance (et pour ce faire, s'arrange avec sa meilleure ennemie, Catwoman, ce qui ne manque pas de piquant) ; Superman n'est encore que le pion influençable et docile du pouvoir ; et Wonder Woman est un peu le trait d'union entre ces deux héros qui apprendront à être meilleurs ensemble qu'opposés. Comme dans la série, elle incarne la sagesse, la raison, l'apaisement : une icône féminine et féministe avant l'heure.
*
Visuellement, Cooke n'a pas à forcer son talent pour emballer son affaire : son art du découpage, simple mais à l'efficacité optimale, donne à voir une bagarre spectaculaire au rythme affolant. Les designs "vintage" des costumes et des décors renforcent encore le plaisir de la lecture. C'est tout bonnement joussif.
*
Pour profiter de ce supplèment, procurez-vous donc sans tarder le n° 55 du bimestriel "Comic Box".

vendredi 10 avril 2009

Critique 22 : LA NOUVELLE FRONTIERE, de Darwyn Cooke


Attention ! Voilà un monument des comics ! Et ce chef-d'oeuvre, nous le devons à un seul homme, qui a cumulé ici les fonctions de scénariste et dessinateur : j'ai nommé Darwyn Cooke, celui qui vous fera aimer et connaître l'univers DC tout en vous donnant à lire une saga palpitante.
En effet, La Nouvelle Frontière mérite tous les superlatifs car c'est une oeuvre majeure, qui peut faire office d'introduction idéale pour les profanes comme de synthèse pour les connaisseurs. Un peu à la manière de Marvels (de Kurt Busiek et Alex Ross), mais conçu de manière plus accessible peut-être, ce récit en 6 volets s'est déjà imposé comme une référence, comme en témoignent les nombreux prix prestigieux qui l'ont récompensé (Shuster et Eisner Awards).
*
Tome 1 : Des Dieux et des Hommes.

- Tout démarre sur une île du Pacifique avec les Losers, un commando venu récupérer l'unité de Rick Flagg. L'endroit est aussi inhospitalier que fantastique avec ses dinosaures, et seul Flagg d'ailleurs en réchappera : il traversera ensuite toute l'histoire comme le survivant d'une certaine racce de soldats amenés à être supplantés par des justiciers masqués et pourvus de pouvoirs, tandis que cette île révèlera un terrible secret.

- On enchaîne avec l'arrestation (la mort ?) d'Hourman, membre de la JSA pourchassé par la police parce qu'il refuse de devenir un agent du gouvernement d'Eisenhower. Sa disparition provoque la dissolution de la JSA qui, bien qu'ayant combattu l'ennemi nazi durant la Seconde Guerre Mondiale, s'oppose elle aussi à cette instrumentalisation par le régime en place. 


- A la même période, un affrontement oppose le champion officiel du président, Superman, au mystérieux Batman - qui, contre toute attente, réussit à le vaincre (Cooke reviendra sur ce duel dans un n° spécial, paru dans le magazine "Comic Box", et que je chroniquerai bientôt).


- Nous voici à présent en Corée où nous faisons connaissance avec le pilote Hal Jordan, dont la fibre pacifiste est dévoilée par son ami Ace Morgan - futur leader des Challengers de l'Inconnu.


- Peu après, le savant Saul Erdel téléporte accidentellement sur Terre le dernier des martiens, J'onn J'onzz, dont l'aspect terrifiant cause une crise cardiaque au scientifique. 

- En Indochine, pendant ce temps, Superman et Wonder Woman s'opposent sur le droit d'ingérence des surhommes dans le conflit. 

- A Central City, Barry Allen, officier de police à la brigade scientifique, est frappé par la foudre dans son laboratoire mais s'en sort miraculeusement. 

- J'onn J'onzz devient le détective John Jones, grâce à ses dons métamorphiques, et croise le chemin, à Gotham City, de Batman, enquêtant comme lui sur une mystérieuse secte célébrant "le Centre".


- Enfin, à Las Vegas, après la victoire de Ted Grant (ex-Wildcat de la JSA) sur Cassius Clay, Barry Allen devenu le bolide humain Flash appréhende le voleur Captain Cold. 

- Ace Morgan, avant de partir pour de nouvelles aventures, a recommandé Hal Jordan auprès de Ferris Aviation pour devenir pilote d'essai...
*
Tome 2 : Les Hommes tombés sur Terre.

- Ace Morgan forme avec quelques partenaires les Challengers de l'Inconnu, une bande d'aventuriers scientifiques. 

- Rick Flagg à la tête de la Suicide Squad doit faire face à l'apparition de volatiles préhistoriques, au prix de la vie de certains de ses membres. 

- Hal Jordan commence à effectuer ses premiers tests pour la compagnie dirigée par Caroll Ferris, liée contractuellement au gouvernement pour un projet secret.

- J'onn J'onzz découvre avec un mélange d'amusement et d'inquiétude la xénophobie des humains même s'ils admirent un alien comme Superman. 

- Batman entre en contact avec le martien, dont il connaît l'origine et qu'il sollicite pour poursuivre des recherches sur l'énigmatique Centre. 

- Hal Jordan découvre que Ferris Aviation et les autorités préparent un voyage pour Mars. John Jones apprend avec effroi que le Centre est présent sur Terre depuis des millénaires et en menace l'existence.

- Flash échappe de justesse à King Faraday, un agent secret chargé de capturer les justiciers indépendants. 

- J'onn J'onzz découvre que le gouvernement veut envoyer des hommes sur Mars et réfléchit au moyen d'intégrer cette expédition pour retrouver sa planète. 

- Le tempérament de casse-cou trop sûr de lui coûte sa place à bord du vol pour Mars à Hal Jordan. 

- Dans le Sud des Etats-Unis, le justicier noir John Henry est exécuté par le Ku Klux Klan. 

- Superman rend visite à Wonder Woman à Paradise Island et l'amazone lui conseille de prendre comme elle (même si, elle, y a été obligée) ses distances avec le gouvernement pour devenir le vrai guide attendu par les hommes. 

- Flash annonce à la télé qu'il se retire de la scène, dégoûté qu'on ait voulu l'arrêter comme les criminels qu'il a neutralisés. 

- John Jones laisse ses conclusions sur le Centre à Batman pour se préparer à quitter la Terre grâce au projet "Nuage Volant" de Ferris Aviation.

- Le vol pour Mars est un tragique échec, qui coûte la vie à son équipage et provoque l'arrestation de J'onn J'onzz par King Faraday. 

- Hal Jordan est "convoqué" par l'appel d'un mystérieux naufragé venu de l'espace...
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Tome 3 : La Ligue de Justice.

- L'extra-terrestre Abin Sur, membre du corps de la police galactique des Green Lantern, lègue ses pouvoirs, après s'être crashé sur Terre, à Hal Jordan. 

- Les Challengers de l'Inconnu sont appelés pour une intervention sur une base militaire.

- Superman analyse les preuves de l'existence du Centre, que lui a remis Batman, et découvre qu'il s'agit d'une puissante entité alien devenue une île vivante (rappelez-vous l'endroit où les Losers périrent dans le Tome 1...). 

-Mais déjà Paradise Island est attaquée... 

- King Faraday fait plus ample connaissance avec J'onn J'onzz. 

- Superman prête main forte aux Challengrs de l'Inconnu contre un monstre préhistorique annonçant l'arivée du Centre.

- Wonder Woman, blessée, rejoint Superman pour lui confirmer l'imminence de la menace. 

- Barry Allen, dont la femme Iris a découvert la double identité, décide que Flash doit agir contre le danger désormais effectif du Centre. 

- Hal Jordan devenu Green Lantern s'envole lui aussi pour le champ de bataille.

- Superman rassemble les héros et lance l'assaut mais il est rapidement terrassé par le Centre. 

- Sur la Lune, le Dr Fate et le Spectre retrouvent le Phantom Stranger, Zatanna et Billy Batson alias Captain Marvel, qui décident d'attendre avant d'intervenir.

- Adam Strange convainc Ray Palmer/Atom d'aller aider les héros. 

- Flash retrouve King Faraday qu'il accepte de suivre cette fois, dans l'intérêt général.

- Strange, Palmer, les Challengers de l'Inconnu et Faraday élaborent un plan d'attaque contre le Centre. Les héros sont en guerre contre un adversaire commun, mais avec le concours de Flash et de Green Lantern, ils en viennent finalement à bout. 

- Aquaman, prince des mers, surgit alors des flots pour rendre Superman à la femme qui l'aime (et qu'il aime) : la journaliste Loïs Lane, qui a couvert les évènements.

- In fine, la Ligue de Justice d'Amérique - composée de Wonder Woman, Green Lantern, Flash, Aquaman et J'onn J'onzz - entame un nouveau combat contre Starro le conquérant, une nouvelle dangereuse créature...
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Tout comme JSA : The Golden Age (de James Robinson et Paul Smith), La Nouvelle Frontière se déroule principalement dans les années 1950 et décrit l'âge d'or des super-héros comme Superman, Batman, Wonder Woman, puis la formation de la JLA avec Flash, Green Lantern et Martian Manhunter.

Comme Kingdom Come (de Mark Waid et Alex Ross), le récit est une réflexion sur la notion d'héroïsme et le respect des nouveaux justiciers pour ceux qui les ont précédé dans la carrière.

Plus globalement, l'histoire décrit la fin de l'âge d'or et le début de l'âge d'argent dans l'univers DC.

La Seconde Guerre Mondiale s'achève et la guerre froide débute. L'époque symbolise le déclin des super-héros. Mais ces derniers auront-ils des héritiers ? Et seront-ils à la hauteur des défis de cette nouvelle ère et de ses menaces ?

La Nouvelle Frontière se déroule durant les années 1952 à 1959, période à laquelle les blocs politiques de l'Est et l'Ouest se défiaient grâce à l'arme atomiquen. Mais c'était aussi l'époque des mouvements pour les droits civiques (ici évoqués de manière poignante avec le personnage secondaire de John Henry).

La série abonde en référence aux bandes dessinées et films de cette décennie, et l'influence du roman L'Etoffe des héros de Tom Wolfe est manifeste (dans la progression que suit le personnage de Hal Jordan, pilote d'essai) : cela indique clairement l'ambition du projet de Darwyn Cooke pour opérer une synthèse historique.

Un autre symbole fort et évident se trouve dans le titre même de cette saga, emprunté à un discours célèbre de John F. Kennedy : Cooke en cite d'ailleurs un large extrait dans l'épilogue du récit.

Narrativement, l'auteur réussit avec une adresse extraordinaire à entrecroiser les trajectoires de personnages que rien a priori ne semble rapprocher. La manière dont il résume aussi les origines de certains héros (en une image pour Flash : un éclair jaune frappe la silhouette de Barry Allen sur un fond rouge - le jaune et le rouge deviendront les couleurs du costume de Flash et la fulgurance de la scène évoque la supervitesse dont va hériter le scientifique : un tour de force !) est admirable d'inventivité. Cooke donne des caractères tranchés à chaque rôle : Superman comprend tardivement qu'il doit assumer son statut de leader après avoir été un agent docile du gouvernement alors que Wonder Woman est dépeinte comme une féministe déterminée...

Le choix d'Hal Jordan et J'onn J'onzz comme narrateurs principaux est également judicieux : le premier nous ressemble et va avoir l'opportunité miraculeuse de devenir un justicier, le second est un étranger curieux de notre monde qu'il considère avec amusement ou étonnement et inquiètude mais aspirant à retourner chez lui. Ces deux points de vue donnent une perspective très originale, permettant à la fois de s'identifier et de s'interroger. C'est à la fois subtil, efficace et troublant.
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Graphiquement, Cooke mêle plusieurs influences tout en affirmant un style unique et très personnel. Utilisant majoritairement des cases horizontales prenant toute la largeur d'une bande, il imprime à son récit un rythme implacable.

Il y a à la fois du Jack Kirby chez l'artiste dont le trait est à la fois souple et anguleux, tout en renouant avec les les lignes simples et claires des comics de l'âge d'or. On pense également à Bruce Timm, avec lequel Cooke a d'ailleurs collaboré pour plusieurs dessins animés mettant en scène des personnages de DC Comics. Ce cocktail est savoureux et d'une redoutable efficacité, aussi attrayant pour de jeunes lecteurs que pour des amateurs de BD sortant des sentiers battus du réalisme.
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Tant de qualités a quelque chose d'intimidant ! Mais, tous comptes faits, c'est tout ce talent déployé au service d'un univers et de ses héros qui fait de La Nouvelle Frontière une somme indispensable. On en retire un intense plaisir tout en s'y familiarisant avec un monde d'une grande richesse. Et quand on y réfléchit bien, peu de bandes dessinées, tous genres confondues, réussissent cet exploit de divertir en vous instruisant sur un type de comics et le monde tel qu'il était à une époque.

mercredi 8 avril 2009

Critique 18 : IDENTITY CRISIS, de Brad Meltzer et Rags Morales

Sue Dibny, la femme d'Elongated Man, est sauvagement assassinée. En menant l'enquête, Flash (Wally West) et Green Lantern (Kyle Rayner) découvrent le secret reliant certains de leurs collègues. Plusieurs années avant, Sue avait été violée par le Dr Light dans le satellite de la JLA. Pour l'empêcher de récidiver, les membres présents de l'équipe(le Green Lantern Hal Jordan, Flash/Barry Allen, Hawkman, Zatanna, Green Arrow, Black Canary et Atom) avaient choisi de laver le cerveau du malfrat en utilisant les pouvoirs de Zatanna. Pensant que le mobile du meurtre soit la vengeance, ils traquent donc le Dr. Light, à qui la mémoire revient lorsque son garde du corps, le mercenaire Deathstroke affronte la JLA. Le malfrat s'enfuit et sera disculpé par les premiers résultats de l'autopsie de Sue. où le Dr Mid-Nite finit par découvrir de minuscules traces de pas à la surface du cerveau de Sue Dibny. Batman déduit le modus operandi de l'assassin et son identité.
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Aussi étonnant que ça puisse être, jamais le principe du Cluedo n'avait été transposé dans le monde des super-héros. Auteur de romans noirs, Brad Meltzer était tout indiqué pour imaginer cette histoire à la fois violente, dérangeante et poignante.
Le choix de sacrifier un personnage de troisième ordre comme Sue Dibny est d'abord déroutant mais finalement judicieux : on constate que la principale faiblesse des surhommes est leur entourage proche, des individus sans pouvoirs pour se défendre, parents, amis, amants.
Le châtiment infligé au Dr Light révèle aussi des divergences philosophiques profondes entre les justiciers : certains prônent des solutions radicales, quitte à trahir leurs camarades en les traitant comme les criminels qu'ils ont capturé ; d'autres (plus laxistes ?) refusent peut-être de considérer avec lucidité le Mal qu'ils combattent sans vraiment l'éradiquer.
Ces questions, Brad Meltzer les pose avec brutalité. Mais ainsi il fait descendre de leur piedestal des héros iconiques, comme Superman ou Batman, et rend leur relation plus humaine, réaliste, ambiguë. Les 7 épisodes de cette mini-série possèdent une densité dramatique rare qui culmine dans un dénouement déchirant, dont personne ne sort indemne. Certains ont reproché au romancier une certaine complaisance dans la représentation de la violence, mais peut-être était-ce le prix à payer pour décaper les mythes ici mis en scène.
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Graphiquement, le dessin très expressif de Rags Morales rend parfaitement toute la théâtralité du récit. Mais pas seulement : pour son premier projet d'envergure, et compte tenu du nombre élevé de protagonistes, l'artiste s'est inspiré d'acteurs connus pour camper ses personnages, un peu comme Alex Ross, mais dans un registre qui évoque plus Dale Eaglesham. Cela aboutit à une distribution divertissante pour les lecteurs les plus physionomistes sans pour autant gêner la lecture en se semandant à qui ressemble untel. En outre, la méticulosité apportée aux décors, aux ambiances via le jeu sur les lumières, et au découpage avec des séquences de bagarre aussi percutantes que les scènes intimistes sont intenses, témoigne de l'implication et du sérieux du graphiste pour rendre justice au récit.
L'encrage sobre mais précis de Michael Bair (plus à son avantage ici qu'avec Steve Sadowski sur la JSA)renforce encore ce sentiment. Là encore, c'est de la très belle ouvrage, très soignée, redoutablement efficace.
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Bref, un classique moderne, qui fait une forte et durable impression.