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lundi 9 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

J'espère que vous allez tous bien - et même que vous avez commencé à aller vous faire vaccciner. C'est Lundi, c'est donc le jour où je passe en revue les news qui on retenu mon attention et qui, peut-être, éveilleront votre curiosité. Allez, go !

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DC COMICS : 


Les octogénraires sont nombreux parmi les héros de DC Comics et le prochain dont l'éditeur fêtera l'anniversaire sera Arthur Curry alias Aquaman. Comme c'est la désormais la coutume, le roi des océans aura droit à un numéro spécial d'une centaine de pages, dans les bacs le 31 Août prochain, avec une collection de courts récits écrits et dessinés par diverses équipes artistiques.
Parmi celles-ci : Jeff Parker et Evan Shaner, Geoff Johns et Paul Pelletier, Dan Jurgens et Steve Epting, Chuck Brown et Valentine de Landro... Mais pas Kelly Sue DeConnick (la dernière à avoir piloté la série régulière du héros) ni Ivan Reis (qui l'avait relancée avec Geoff Johns lors des New 52)....
La couverture est signée par le regretté Robson Rocha, qui sera le grand absent de la fête.


Selon le Hollywood Reporter, Henry Cavill ne jouera plus Superman. Mais est-ce vraiment une surprise ? Warner Bros ne développe plus de suite à Man of Steel depuis des années, et toutes les rumeurs concernant des caméos de l'acteur dans d'autres productions (Black Adam, Shazam !, The Flash...) ont été infondées. Dernier clou du cerceuil : l'annonce d'un projet de film sur un Superman noir, auquels sont attachés les noms de J.J. Abrams, John Ridley et sans doute Michael B. Jordan (même si l'acteur est aussi cité pour la production d'une série sur HBO Max avec Calvin Ellis, le Superman Président des Etats-Unis de la Terre-23).
Reste que Cavill avait de très nombreux fans, très actifs sur les réseaux sociaux pour réclamer un nouveau long métrage Superman avec lui, encore davantage depuis la Zack Snyder's Justice League. Même si, pour moi, personne n'arrive à la hauteur de Christopher Reeve, le Superman de Richard Donner, j'appréciai l'interprétation de Cavill, sobre et intense.
Mais l'acteur garde un agenda bien rempli : il est toujours le héros de The Witcher sur Netflix (saison 2 à venir) et il a signé pour tenir le premier rôle de Argylle, le prochain film de Matthew Vaughn, un thriller d'espionnage que le cinéaste voit comme le successeur de James Bond, avec un casting fou (Bryan Cranston, John Cena, Sam Rockwell, Bryce Dallas Howard, Samuel L. Jackson).

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BRIAN MICHAEL BENDIS / JINXWORLD :
 

DC avait convaincu Brian Michael Bendis de venir en lui signant un contrat d'exclusivité, en lui confiant les séries Superman et Action Comics, un label (Wonder Comics) et en hébergeant Jinworld (rassemblant tous ses projets en creator-owned). C'était en 2017.
Depuis Bendis a perdu Superman et Action Comics en même temps que son contrat d'exclusivité a été rompu. Mais il écrit désormais Justice League. Wonder Comics n'existe plus, ses séries ayant été annulées les unes après les autres.


Quid de JinxWorld ? Hé bien, il semblerait que DC ne soit plus intéressé par les creator-owned du scénariste. Qui s'est mis en quête d'un nouveau toit pour ses projets en creator-owned. La piste la plus sérieuse, même si rien n'a encore été officialisé, l'entraînerait du côté d'Image Comics, où Bendis fut remarqué à la fin des années 90 avec des titres comme Jinx, Torso, ou ses scénarios pour Sam & Twitch.
Le scénariste a par contre annoncé qu'il préparait une nouvelle série originale avec le dessinateur David Marquez, qui devrait inaugurer la nouvelle base de JinxWorld. Et peut-être lui donner des envies d'indépendance totale. Car ce n'est pas avec ses épisodes actuels de Justice League ou Checkmate que Bendis comble ses fans et j'ai le sentiment que DC ne cherche pas à le retenir, au moins pour des raisons salariales. Bien sûr, il pourrait retourner chez Marvel, mais pour y écrire quoi - le seul titre majeur qui manque à son palmarés serait Fantastic Four, mais Dan Slott s'y accroche.
Pour ma part, je ne serai ni malheureux de voir Bendis quitter complètement DC, où il m'a globalement déçu, comme s'il s'y était perdu, ni de le voir se relancer chez Image, sautant ainsi le pas franchi par ses collègues comme Ed Brubaker, Rick Remender, Brian K. Vaughan.

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MARVEL COMICS : 


Dans moins d'un mois maintenant débutera la publication d'Inferno, le nouvel event de la franchise X, écrit par Jonathan Hickman, qui promet un bouleversement comparable à ce que fut House of X - Powers of X. Et progressivement, cette mini-série en quatre chapitres de 40 pages chacun se dévoile.


Marvel a mis en ligne ces trois images promotionnelles, qui rendent explicitement hommage au crossover Inferno des années 80 avec trois personnages sur fond noir. Le ton est en tout cas donné : on a eu tort (mutants comme lecteurs) de se fier aux chefs, aux héros et même aux ennemis de Krakoa. Le choix des personnages interpèle : Magneto, Emma Frost, Pr. X (qui siègent au Conseil), Colossus, Psylocke, Bishop (membres de X-Force, Hellions, Marauders), Mystique, Moira McTaggert et Destinée (dont les routes se sont croisées dans une des vies de Moira).


Dessinés par R.B. Silva, ces teasers sont bigrement alléchants en tout cas. Toujours côté graphisme, j'ai appris aussi que Valerio Schiti dessinera donc les épisodes 1 et 4, Stefano Caselli le 2 et Silva le 3. Jerome Opena sera le cover-artist de Inferno.


En Novembre, sur le même principe du remake de Giant-Size X-Men #1, Marvel va rééditer Fantastic Four #1 et Fantastic Four Annual #3 pour les 60 ans de la création de la First Family de la Maison des Idées. Pour l'occasion, et pour la première fois depuis 1961, Jack Kirby est crédité comme co-scénariste aux côtés de Stan Lee (ça fera plaisir à ceux qui pensent que Lee n'a jamais été un "vrai" scénariste...).
Chaque page sera redessiné par un artiste actuel et donc Marvel a sonné le rappel de ses troupes avec, notamment, Adam Hughes, Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Chris Sprouse, Elsa Charretier, Javier Rodriguez, John Cassaday, John Romita Jr., Leinil Yu, Marco Checchetto, Mike Allred, Mike de Mundo, Neal Adams, Nic Klein, Olivier Coipel, Pepe Larraz, Stefano Caselli, Steve Epting, Jorge Fornes...
Attendez-vous à la même opération en 2022 pour les 60 ans de Spider-Man.


Depuis sa création en 2009 par Brian K. Vaughan et Adrian Alphona, la publication de Runaways n'a pas été un long fleuve tranquille, peinant à se remettre du départ de ses auteurs initiaux. Mais depuis 2017, sous l'impulsion de Rainbow Rowell, le titre connaissait une nouvelle vie et avait regagné les faveurs de la critique et d'un public de fidèles. 38 n° plus tard, pourtant, Marvel a décidé de tout arrêter.
Cet ultime épisode correspondra au centième numéo de Runaways, ce qui est à la fois peu mais beaucoup chez un éditeur qui relaunche fréquemment et qui se repose beaucoup (comme sa Distinguée Concurrence) énormément sur les grosses franchises. J'avais beau ne plus lire Runaways depuis belle lurette, cette annulation me rend triste car ces personnages marquèrent lors de leur apparition un renouveau, firent souffler un vent frais, que seule Rainbow Rowell semble avoir été capable de comprendre aussi bien que BKV et Alphona (qui signe la variant cover de ce n° d'adieu).
 

Un titre s'arrête, un autre prend sa place. Et le retour du Punisher prend forme. Jason Aaron serait bien en train de préparer le come-back de Frank Castle, sans qu'on sache encore la forme exacte que ça prendra (mini-série, ongoing, graphic novel ?). Un titre a même été lancé par certains sites spécialisés : Punisher : No More.
Cela suggère une remise en question du personnage, dont le logo a été brouillé par des partisans de l'extrême-droite américaine qui l'ont récupéré. Malgré cela, il y a une sorte de consensus parmi les fans pour que la tête de mort emblématique du Punisher ne soit pas effacé, même si son costume doit subir un redesign. Cependant Punisher : No More indique clairement que Frank Castle va passer à autre chose que l'exécution de malfrats dans une quête de vengeance sans fin de sa famille, et ça, c'est pas plus mal.
L'autre info, c'est qu'un dessinateur serait aussi attaché à ce retour et il s'agirait de l'excellent Paul Azaceta (dont le dessin ci-dessus date de 2016). Ces dernières années, il a collaboré avec Robert Kirkman sur la série Outcast, qui s'est achevé dernièrement. On cite aussi le nom de Jesus Saiz, sans doute pour les covers. En tout cas, si tout cela se confirme, ça devrait envoyer du bois (à condition que Aaron soit inspiré pour son script).


Après un an de hiatus, Marvel vient d'annoncer que la mini-série Nebula, écrite par Vita Ayala et dessinée par Claire Roe, était finalement annulée. Ils en auront mis du temps à se décider, même si on peut comprendre que la commercialisation du titre était devenue difficile après avoir été interrompue au bout de deux n° à cause de la pandémie lié au COVID-19.
Mais cette annulation, du coup, interroge sur l'avenir d'autres séries sur lesquels Marvel ne communique plus.


L'an dernier, par exemple, New Warriors devait être relancé par Daniel Kibblesmith et Luciano Vecchio, et à l'heure actuelle, le projet semble enterré. RB Silva devait en être le cover-artist, et surtout cette équipe de super-héros se reformait pour la première fois depuis les tragiques événements de Civil War qu'elle avait contribués à déclencher.



Plus problématique encore est le cas de la mini-série The Punisher vs Barracuda, écrite par Ed Brisson et dessinée par Declan Shalvey (dont on voit ci-dessus les characters designs des deux protagonistes). Outre que le personnage de Frank Castle a été mis en sourdine par Marvel, ce projet devait introduire dans la continuité classique le vilain Barracuda qui avait créé par Garth Ennis et Goran Parlov dans la collection Punisher MAX (pour lecteurs adultes). On sait que Shalvey avait dessiné complétement quatre des cinq épisodes prévus, mais l'artiste lui-même ignore si Marvel compte publier un jour la série et donc quand il devra la compléter.


X-Cellent est un autre dossier épineux : la réunion de Peter Milligan et Mike Allred avait de quoi exciter les fans nostalgiques de X-Statix, une des séries mutantes les plus originales et étranges jamais produites et dont ce devait être la suite. Mais là encore, la crise sanitaire a repoussé sa sortie. Selon Mike Allred, Marvel compterait bien la commercialiser, mais sans qu'il sache quand. Quant à Peter Milligan, il est actuellement occupé par d'autres projets.


Enfin, Christos Gage et Todd Nauck pourront-ils faire profiter leurs fans de la fin de leur mini-série Gwen Stacy, avec ses sublimes couvertures signées Adam Hughes. Deux numéros étaient sorties avant la crise sanitaire. Mais Marvel là encore ne dit pas ce qui se passera avec les trois autres (même si Amazon a annoncé la sortie d'un tpb).
Ce satané virus aura fait bien du mal - et ce n'est pas fini (donc vaccinez-vous, mettez vos masques, etc.).
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BECKY CLOONAN :


Elle est bien jolie, Becky ! Mais elle ne dessine plus beaucoup, ou en tout cas plus assez à mon goût. Comme Amanda Conner, elle préfère se consacrer à l'écriture (comme en ce moment sur Wonder Woman). Mais alors je préférerai aussi qu'elle écrive de nouveaux comics indés (comme Demeter, Wolves...).
Heureusement, Becky Cloonan va peut-être me combler (et pas que moi) car l'insatiable Scott Snyder (au sujet duquel je vous parlais la semaine passée avec ses nouvelles séries) aurait un projet avec elle. Aucun pitch communiqué ni de date de sortie, mais ce sera sans doute un titre de plus à la collection qu'il forme pour Comixology/Dark Horse Comics. 
En tout cas, Scott, si tu arrives à faire redessiner Becky, qu'importe nos différends passés, tu auras ma gratitude éternelle !

Je n'en attends pas autant de vous, mais j'espère que vous aurez apprécié ces nouvelles nouvelles. Et je vous dis à très bientôt pour de futures critiques. Take care !

lundi 7 janvier 2019

SCARLET #5, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


C'est la fin d'une entreprise de dix ans qui est actée avec ce cinquième épisode de la troisième série Scarlet : Brian Michael Bendis et Alex Maleev auront donc pu conclure leur histoire après bien des péripéties. Mieux : ils l'ont fait en permettant aux lecteurs qui n'avaient pas lu les chapitres de la "saison 2" de tout de même comprendre et apprécier ce dénouement. Qui est vraiment épatant.


Les militaires de Portland ont trahi leur commandement pour évacuer Scarlet Rue au lieu de l'arrêter après sa reddition. A bord d'un véhicule de l'armée, elle est conduite rapidement jusqu'à un parking souterrain où l'attend une bande d'insurgés.


Ceux-ci la prennent en charge dans une voiture banalisée et roulent jusqu'à la sortie de la ville en état de siège. Grimée, Scarlet est méconnaissable et passe le checkpoint avec ses complices qui se font passer pour des journalistes.


Les soldats les préviennent que la situation avec les rebelles reste en suspens. Durant le reste du trajet, couvrant la traversée de plusieurs Etats de l'Amérique, Scarlet dort. Quand elle se réveille, elle est accueillie par sa cousine, Sophie, également insurgée.


Les deux jeunes femmes pénétrent dans un bâtiment et parviennent à une salle immense remplie d'écrans et d'ordinateurs. Scarlet reconnaît le centre de sécurité de la Maison-Blanche.


Sophie lui explique rapidement que la révolution de Portland a fait tâche d'huile dans les grandes villes, incitant l'armée à se retourner contre le gouvernement et le président à se retirer. En direct, Scarlet Rue va donc s'exprimer comme le nouveau leader du pays.

Les révolutions dépassent souvent ceux qui les initient : c'est la morale de la série. Brian Michael Bendis réussit un tour de force narratif avec ce final car il conserve l'intimisme de son histoire, centrée sur Scarlet, tout en aboutissant à un dénouement spectaculaire, que le lecteur intègre et mesure en même temps que l'héroïne.

C'est un tour de force car en concluant en seulement cinq épisodes une série débutée il y a dix ans, en lui donnant une fin digne de ce nom et surprenante malgré tout, en respectant le cheminement de son personnage tout en lui conférant une dimension épique, Bendis fait preuve d'une grande habileté.

Pendant les deux tiers de ce dernier volet, on assiste donc à l'exfiltration de Scarlet par des militaires à qui elle s'était rendue et donc on pensait qu'il allait la livrer aux autorités pour qu'elle soit jugée afin que l'insurrection qu'elle avait initiée soit éteinte.

Mais comme le montrait la dernière page du #4, surprise : les soldats trahissent leur supérieur et évacuent Scarlet à laquelle ils affichent leur soutien, du moins pour certains d'entre eux car, comme on le découvre, Portland reste assiégée par l'armée. Celle-ci déploie d'ailleurs immédiatement ses effectifs pour localiser la fugitive -hélicos en patrouille, checkpoints.

Malgré tout, Scarlet quitte sa ville avec des complices civils. On peut alors craindre que Bendis s'en tienne là et imaginer que la série s'achève avec un bond dans le futur, montrant la jeune femme ailleurs, dans une nouvelle vie vouée à rester discrète. Mais non.

Alex Maleev a l'idée géniale d'évoquer les conséquences de la rebellion et son extension dans plusieurs grandes villes avec une série de doubles pages représentant non pas de grandes images spectaculaires mais des cartes postales de voeux auxquelles correspond une voix off (celle de Sophie), résumant comment le mouvement de Scarlet s'est répandu et a renversé le pays.

Le twist final a lieu dans rien moins que la Maison-Blanche, comme l'indique la couverture - ou plutôt la "Scarlet-House" désormais. Maleev, comme Bendis, ne quitte pas des yeux Scarlet et traduit subtilement sa surprise puis sa sidération au fur et à mesure qu'elle saisit ce qu'elle a inspiré. Puis l'assurance dont elle fait preuve au moment de prononcer sa première allocution filmée.

La colorisation de Maleev joue aussi un rôle important dans ce crescendo : on passe des teintes grisâtres et brunes de Portland, renvoyant à l'évasion discrète, de Scarlet au bleu dominant du centre de sécurité de la Maison-Blanche. Le sourire qu'affiche l'héroïne, noyée dans cet azur froid, devient alors ambigü : va-t-elle être un leader éclairée, après les épreuves passées, ou une meneuse aussi isolée par sa nouvelle fonction qu'un politicien ordinaire ?

Ni le dessinateur ni le scénariste ne le disent, laissant au lecteur le loisir de poursuivre le destin de Scarlet. Mais en l'état, ce terminus est fascinant, trouble et troublant à souhait.

mercredi 26 décembre 2018

PEARL #5, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


Ce pénultième épisode de Pearl ne présage pas de la fin de la série puisqu'on a appris que le titre se poursuivrait par un nouveau volume (mais sans renumérotation) en Février. Il semble que les creator-owned "Jinxworld" se vendent suffisamment pour que DC ait permis à leur scénariste Brian Michael Bendis, avec ici Michael Gaydos au dessin, de poursuivre.


Pearl Tanaka est prise en étau entre deux parties sur le pied de guerre : en n'ayant pas éliminé comme on le lui a ordonné Rick Araki, elle s'est attirée le courroux de Mr. Miike, mais aussi des jumeaux Endo, proche du garçon.


Aussi Pearl a-t-elle choisi de parler à Miike pour tenter de trouver un arrangement. Avant cela, elle met son amie Kimmy à l'abri - celle-là même qui découvrit la première l'incroyable tatouage sur tout le corps de Pearl et comment il apparaissait sous le coup d'une émotion vive.


L'heure de vérité approche et Pearl l'affronte en faisant bonne figure, à moins qu'elle ne cache sa peur. En tout cas, elle ne dissimule plus longtemps ses sentiments pour Rick qu'elle embrasse en contemplant avec lui le Golden gate bridge.


Les deux jeunes gens se rendent che Miike qui s'attendait à leur visite depuis la fusillade au night-club. Pearl lui tient tête pour négocier la vie sauve de Rick mais le chef yakusa estime qu'elle ne se rend pas compte de la situation.


Au moment où il s'apprête, pour la lui faire comprendre, à révéler un secret sur sa mère, les jumeaux Endo débarquent, armés, dans la résidence de Miike, prêts à en découdre...

C'est diablement intéressant d'avoir lu cet épisode après le dernier en date de Superman. Non pas que Pearl bascule dans le super-héroïsme et la baston cosmique, mais bien parce que Brian Michael Bendis s'amuse avec la narration d'une manière étonnamment similaire.

Pour ceux qui n'auraient pas lu Superman #6, l'épisode s'ouvrait sur plusieurs doubles pages où les dessins d'Ivan Reis étaient accompagnés d'un texte off (la voix intérieur du héros). Un procédé donc plus proche du récit illustré que de l'art séquentiel.

Bendis reconduit cette expérience ici en enchaînant plusieurs doubles pages qui reviennent sur le passé des jumeaux Endo : on apprend ainsi comment ils ont fait fortune et gagné le respect de leur clan yakusa, grâce au blanchiment d'argent via des night-clubs et la production de films pornos. On savait également qu'un de leurs locaux voisinait avec l'atelier de Rick Araki - raison pour laquelle le contrat sur le jeune tatoueur perturbait leur business et donc motivait leur ressentiment contre Pearl.

Cette partie est encore assez traditionnelle, avec des dialogues, mais elle permet à Michael Gaydos de briller dans cet exercice. Ses doubles pages, dominées par une couleur dominante (le rouge, le bleu...), sont superbes. Mais le meilleur reste à venir.

Car Bendis, une fois que Pearl écarte pour son bien Kimmy, met en scène un nouveau flash-back, antérieur à celui concernant les Endo : il s'agit du moment où Kimmy découvrit le tatouage intégral et fantastique de son amie après le décès de sa mère.

Comme dans Superman #6, le scénariste et son dessinateur ont recours à une forme de récit illustré puisque Gaydos représente Pearl et le texte de Bendis prend place à côté de l'image, avec une nouvelle police de caractère et une narration différente.

Graphiquement, c'est renversant de beauté, et à l'écrit, c'est une manière synthétique et très stylisée de revenir sur un fait sans toutefois dissiper son mystère. C'est un de ces moments où une BD bascule dans autre chose, une autre forme, une autre façon de raconter, qui dépasse le tout-venant.

Mais l'épisode ne vaut pas que pour ce morceau de bravoure. Il comprend aussi un passage troublant où Pearl et Rick, surplombant le Golden gate bridge, révélent leurs sentiments amoureux. Toutefois, on remarquera que le garçon voit la jeune femme autant comme telle que comme une oeuvre d'art : il est presque davantage fasciné par son tatouage que par sa beauté ou son amour. Rick est en un sens plus mystique alors que Pearl est pragmatique (elle cherche à le sauver et à se tirer d'un mauvais pas - mais c'est normal, logique : elle a intégré sa particularité depuis longtemps).

Reste à connaître le secret que Mr. Miike était sur le point de révéler au sujet de a mère de Pearl : ce sera sans doute le climax du prochain épisode, et la lampe de lancement du prochain arc (même si, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certain de prolonger l'aventure). 

dimanche 2 décembre 2018

SCARLET #4, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


La fin approche (c'est la semaine pour ça, dirait-on...) : ce quatrième épisode de Scarlet est aussi l'avant-dernier (alors que j'avais mal calculé en croyant que la série compterait six chapitres). L'héroïne de Brian Michael Bendis et Alex Maleev a décidé de se rendre. Mais sa reddition est-elle aussi simple et soudaine ? Réponse :


Scarlet s'isole avec le soldat venu négocier et fait prisonnier. Après les derniers événements, ayant abouti à la mort d'un soldat, elle lui explique qu'ele va se rendre pour que plus personne, dans chaque camp, ne soit blessé ou tué.
  

Il salue cette sage décision mais la met en garde. Dès qu'elle sera arrêtée, les autorités vont tout faire pour la faire passer pour folle. Et ses compagnons seront poursuivis, même si elle obtient leur impunité. Il déclare enfin être heureux de l'avoir connue.


Scarlet rejoint ses fidèles et leur fait ses adieux - ce qu'on retiendra d'elle, selon une proche, c'est cette capacité à fédérer tout en pardonnant les fautes de ses adjoints. Puis direction le pont Hawthorne où elle se agite un drapeau blanc à l'adresse du sergent Orlando.


Avant d'accepter sa reddition, le militaire lui demande de se déshabiller pour vérifier qu'elle ne porte pas d'explosifs sous ses vêtements. Puis Scarlet monte dans une nacelle et rejoint l'autre rive du pont détruit transportée par un hélicoptère.


Une fois aux mains des soldats, surprise : ceux-là se mutinent contre leur sergent pour apporter soutien et protection à Scarlet. Ils partent avec elle pour le centre-ville. Toute la séquence a été filmée par l'équipe des insurgés.

Scarlet est une série d'équilibristes, et la scène où on voit l'héroïne traverser le pont Hawthorne dans une nacelle tirée par un hélicoptère de l'armée peut se lire comme une sorte de résumé narratif. Le récit passe d'un territoire à un autre, d'une situation à une autre, nous emmène vers un dénouement imprévisible, dans une zone trouble et troublante.

Brian Michael Bendis aime balader le lecteur, c'est souvent ce que n'apprécient pas ses détracteurs qui considèrent qu'il le fait pour gagner du temps, décompresser son écriture. Ce n'est sans doute pas complètement faux, admettons-le : il pourrait aller plus vite.

Mais Bendis expérimente dans le cadre d'un titre dont il a, seul, la maîtrise et la propriété, sur lequel il a toute autorité et liberté. Dans ce cas, pourquoi ne se permettrait-il pas une façon de raconter affranchie des contraintes d'efficacité ?

Le mois dernier, à la dernière page, on voyait Scarlet agiter un drapeau blanc, annonçant sa reddition. Le plus évident aurait été d'enchaîner avec la suite de ce geste. Mais Bendis consacre les trois-quarts de l'épisode aux moments précédant cette acte. Une dernière conversation avec le soldat, les adieux aux fidèles, le pardon à Kit (qui a précipité cette décision), la consigne de tout filmer et de sauvegarder ce document.

Tout cela donne ce surplus d'humanité à la série qui narre une révolution en escamotant généralement les grandes manoeuvres pour se concentrer sur les doutes, les craintes, les espoirs d'une poignée d'insurgés qui a plongé une ville dans la chaos. Il y a même un écho surprenant avec l'actualité puisque, hier, notamment à Paris, le mouvement des gilets jaunes a pris des airs de guérilla urbaine. Qui sait si, dans cette révolte désordonnée, il n'y a pas une Scarlet Rue ?

Alex Maleev est en petite forme pour cet épisode, après avoir livré quelques-unes de ses plus belles pages. Les décors sont sommaires, quand ils ne sont pas absents, les personnages se meuvent de manière maladroite. Seuls les visages témoignent de la finesse expressive du dessinateur.

Il apparaît qu'il n'est pas à l'aise avec ces scènes telles qu'écrites par Bendis, à moins qu'il n'ait pas réussi à les mettre en image comme il le désirait (par manque de temps ? d'inspiration ?). C'est inhabituel de la part de Maleev, mais on peut aussi mettre cela sur le compte d'une lassitude, légitime : il a sans doute hâte de conclure une aventure qui l'aura occupé, irrégulièrement, depuis dix ans.

Quoi qu'il en soit, le cliffhanger, saisissant, est accrocheur : c'est un vrai retournement de situation qui va donner à la conclusion un relief particulier. Comment les auteurs vont composer avec cette issue ? Comme Scarlet, sans aucun doute : en n'en faisant qu'à leur tête.   

jeudi 22 novembre 2018

PEARL #4, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


La mini-série de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos continue de dérouler son intrigue envoûtante. Mais l'épisode de ce mois-ci est un peu un chapitre de transition : Pearl se met comme en pause et laisse à ses personnages le temps de souffler, de faire le point, distillant leurs secrets au compte-gouttes. Loin d'être un numéro creux, il est comme une lampe de lancement pour la suite et fin.


Après la fusillade au night-club, Rick Araki entraîne Pearl Tanaka et son amie Kimmy sur les hauteurs de San Francisco, à l'abri, dans la luxueuse propriété de sa tante, en congé au Japon. Comme elle n'appartient à aucun clan mafieux, aucun danger que Miike ou les Endo ne sachent où ils sont.


Pour expliquer ses liens avec les Endo, Rick révèle à Pearl qu'il loue une partie de son atelier de tatouage en échange de leur protection. En revanche, il ignore pourquoi Miike le veut mort et la raison de l'intervention du tueur Shiba au club. S'il se savait menacé, il ne se montrerait évidemment pas en public.


Shiba, justement, fait irruption chez les jumelles Endo, furieux de la tournure des événements : il est convaincu qu'elles l'ont envoyé au club pour l'éliminer puisque Pearl Tanaka s'y trouvait et l'a blessé. Mais elles le tuent et font passer cela pour un geste de légitime défense auprès de l'agent de police présent sur place après des plaintes du voisinage à cause du grabuge.


Tandis que les Endo désignent Pearl comme le vrai danger à l'agent de police, la jeune femme explique à Rick comment elle a réalisé ce tatouage géant spécial qui apparaît sur son corps dans les moments de stress, en hommage à sa mère, et stimulé par son albinisme.


Rick lui demande ce qu'elle compte faire maintenant pour sortir de ce mauvais pas. Elle répond : parler à Miike - qui se trouve face à un choix, exposé par Kai : révéler ou non qui était la vraie mère de Pearl, et gérer sa réaction...

Tout d'abord, parce que, il faut être honnête, c'est ce qui s'impose, l'épisode est une nouvelle fois esthétiquement somptueux. Michael Gaydos aligne les épisodes, et pour chacun d'eux les planches les plus belles de sa carrière. Cet artiste, à qui j'ai souvent reproché, au point de zapper ses comics, les tics de mise en scène (avec l'usage outrancier de cases copiées/collées pour illustrer des dialogues abondants), est visiblement porté par cette histoire dont il a glissée l'idée à Brian Michael Bendis et pour laquelle il s'est notablement documenté, se faisant même tatouer.

La force picturale des pages de Gaydos tient notamment à son usage de la couleur : il a pour Pearl privilégier une palette réduite, comme pour souligner l'ambiance de chaque scène, et n'hésite donc pas à enchaîner plusieurs pages d'affilée avec la même gamme chromatique. Le bleu domine dans cet épisode où les dialogues entre l'héroïne et Rick Araki correspondent à une sorte de trêve narrative, dans laquelle chacun fait le point, expose des éléments de son passé et tente de se projeter dans l'avenir alors que la situation actuelle est très compromise.

Gaydos a recours à une modèle pour représenter Pearl et cela se sent dans le réalisme porté aux expressions : le découpage met en avant les gros plans sur les visages et un haussement de sourcils, un sourire, une moue prolongent merveilleusement les paroles exprimées. On n'est pas dans du photo-réalisme ou du calque photographique paresseux, mais dans un travail sur la base du réel et son traitement par le dessin, le trait, son encrage, sa colorisation. L'effet est saisissant.

Quand un scénariste, même avec l'expérience de Bendis et sa complicité avec Gaydos, peut compter sur un tel partenaire, on peut soit craindre qu'il se repose sur la virtuosité graphique, soit au contraire qu'il y trouve matière à a raffiner les ambiances, à moduler sa dramaturgie.

Ainsi, l'épisode s'autorise-t-il, comme déjà dit plus haut, à suspendre son action. D'une certaine manière, le lecteur comme les personnages en avaient besoin après trois chapitres intenses. On se tire beaucoup dessus, on se manipule, les enjeux dépassent les acteurs : un break s'impose. Et par ailleurs une note fantastique s'est faite jour récemment.

Dans le feu de l'action, Rick comme le lecteur a pu découvrir l'apparition d'un impressionnant tatouage sur Pearl sans en connaître la nature. Est-ce une manifestation surnaturelle ? Bendis répond à moitié en expliquant que ce dessin sur la peau de son héroïne surgit quand elle est soumise à une montée d'adrénaline. On apprend aussi qu'elle s'est tatouée elle-même, et cela en mémoire de sa mère - qu'elle a donc littéralement dans la peau (une idée étonnante, troublante).

Mais à la fin de l'épisode, Kai et Miike évoquent la "vraie" mère de Pearl avec une crainte tout aussi surprenante dans leur échange. Cela suggère évidemment un nouveau rebondissement à venir, mais aussi confère une dimension inédite à la jeune femme qui, quand elle apprendra la vérité, pourrait très bien tuer tous ceux qui la lui ont cachée. Bigre !

Sur cette note mystérieuse mais très accrocheuse, on a plus que hâte de découvrir le cinquième et pénultième volet de Pearl.

samedi 27 octobre 2018

SCARLET #3, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Dernière critique pour les sorties de la semaine (petite semaine quantitativement parlant donc) avec le n° 3 de Scarlet par Brian Michael Bendis et Alex Maleev. Le mois dernier, l'épisode se concluait par une explosion aussi terrible qu'inattendue : on apprend ce qui s'est passé dans les pages de ce chapitre, où, une nouvelle fois, la narration fait des détours, partition idéale aussi pour un graphisme incroyable.


Avant d'être une alliée de Scarlet Rue, Kit était coiffeuse à Portland. Un jour, l'ex-fiancé de sa soeur, Gary, fait irruption dans son salon de coiffure, furieux d'avoir appris que la soeur de Kit a vendu sa bague de fiançailles, qui appartenait à sa mère (à lui).


Brutalisée à l'époque, Kit voit aujourd'hui dans sa ligne de mire Gary parmi un groupe de soldats. Bouleversée, elle tire et l'abat d'une balle dans la tête sans même s'en rendre compte. Mais cette réaction permet à l'armée de connaître sa position.


Un tir de bazooka dévaste l'immeuble où est Kit. Le fracas de l'explosion est telle qu'il alerte Scarlet qui, avec un commando réduit se rend sur place pour récupérer son amie, si elle est encore en vie. Kit émerge des décombres, sonnée mais indemne.


En voulant regagner leur abri, le commando essuie les tirs de l'armée. Il riposte et brûle un des ponts de la ville. Scarlet rejoint la Mairie qu'elle et ses troupes ont prise et où est gardé le soldat messager envoyé par la Maison-Blanche.


Le colonel Orlando prend connaissance de l'évolution de la situation. Et les insurgés semblent avoir anticipé son arrivée puisque Scarlet se signale au loin, agitant un drapeau blanc...

Brian Michael Bendis pratique ici un de ses jeux narratifs favoris qui consiste à déporter provisoirement l'attention du lecteur sur un personnage secondaire pour donner une perspective différente à l'histoire. L'épisode s'éloigne donc de Scarlet, qui était sérieusement ébranlée par la tournure des événements dans l'épisode précédent, pour s'intéresser à une de ses lieutenants, Kit.

On avait suivi, en parallèle, cette dernière, dans l'épisode 2, lorsque, s'impatientant que Scarlet ne donne des ordres, elle était allée dans un immeuble avec un fusil à lunettes, prête à endosser le rôle d'un sniper. Sans qu'on saisisse bien la chaîne de cause à effet, le chapitre se terminait par une explosion contre l'immeuble en question.

Bendis remonte le temps à plusieurs reprises dans ce numéro : on découvre que Kit a été brutalisée par le fiancé de sa belle-soeur qui avait rompu leurs fiançailles. Elle revoit cet homme parmi les soldats en position dans Portland et l'abat, presque par inadvertance. Son coup de feu part sans qu'elle s'en rende compte parce qu'elle est bouleversée par cette apparition inattendue.

Petit cause, grande conséquence : la riposte, au bazooka, provoque donc l'explosion montrée dans le #2. Tandis que Scarlet s'emploie pour aller récupérer son amie, la scène de l'exécution est montrée du point de vue de la victime. Juste avant d'être abattue, elle tenait des propos radicaux sur le sort à réserver aux insurgés. Mais malgré la violence verbale et physique de Gary, sa mort apparaît comme le signe définitif d'un dérive, un dérapage tragique. De quoi justifier le sous-titre : "L'histoire de Kit, la femme qui détruisit Portland."

Le lecteur comme Scarlet prend en effet vite la mesure de ce tournant dans le conflit et Bendis insiste sur le fait qu'il n'y a aucune excuse possible à tuer un homme, quels que soient ses antécédents : en commettant ce qui est un crime de guerre, Kit est devenue une tueuse et a plongé son camp dans celui des méchants. Le drapeau blanc agité à la fin suffira-t-il désormais à sortir du conflit sans plus de dommages ? Scarlet vient-elle de comprendre que sa révolution lui a échappé ? Des négociations sont-elles encore possibles ?

Alex Maleev illustre sèchement cette partie : pas question de tourner autour du pot, il cadre l'action au plus près, de manière clinique, on voit la tête de Gary exploser sous le coup de feu après avoir été dans le viseur de Kit. Quand l'action est représentée du point de vue de la victime, l'effet est aussi saisissant car on en voit la soudaineté : Gary parle, discute avec d'autres soldats et, en une seconde, c'est fini, il est mort.

Puis les conséquences de ce geste (et de la réplique de l'armée) défilent à toute allure : l'immeuble détruit par la roquette du bazooka, l'arrivée de Scarlet sur les lieux, l'évacuation en catastrophe sous les tirs ennemis, la riposte. On est vraiment "embedded", comme dans un reportage. Et cela, Maleev le dessine avec une sobriété étonnante qui renforce l'effet d'immersion, le sentiment de panique, la mesure du tournant.

Puis le bulgare nous gratifie d'une pleine page comme il en a le secret : une extraordinaire composition en clair-obscur sur le visage en gros plan de Scarlet, cadrée en contre-plongée (voir ci-dessus). Ce visage, dans l'ombre, presque entièrement noir donc, est traversé par une larme qui semble comme déchirer l'image en deux alors que le fond, également noir est occupé par les bulles du monologue intérieur de Scarlet. Peu après, elle dit face à l'image qu'elle sait comment tout ça va finir et conclut par un "shit" qui ne présage rien de bon.

Très impressionnant, Scarlet ne cesse de monter en intensité, au plus près de ses personnages tout en suggérant l'ampleur des dégâts. L'accroche sur la couverture ne ment pas : c'est Bendis et Maleev au top de leur art. 

dimanche 21 octobre 2018

PEARL #3, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


C'est le troisième numéro de Pearl et déjà nous atteignons la moitié de la série. Brian Michael Bendis et Michael Gaydos poursuivent leur polar romantique en l'enrichissant dramatiquement : de nouveaux personnages apparaissent, les enjeux grimpent, et une touche de fantastique s'invite dans le récit. C'est toujours aussi beau et curieux.


Les jumelles Endo sont aussi différentes dans leur caractère que complémentaires dans leur méthode. Lésées financièrement par l'issue de la fusillade interrompue par Pearl, elles doivent répliquer vite et fort. Leur cible identifiée, elles envoient à ses trousses un tueur, Shiba.


Pearl se trouve dans le club où Rick Araki, le jeune tatoueur, que Mr. Miike lui a commandée de tuer, se produit pour une exhibition. Mais au moment où elle le repère et le vise avec son pistolet automatique, la jeune femme est troublée par l'apparition de son amie Kimmy et celle de Shiba qui s'en prend à Rick.
   

Mr. Kai rapporte à Mr. Miike les faits et ce dernier s'interroge sur ses exigence envers Pearl, à qui il a commandée cette exécution. Peut-être l'a-t-il mal jaugée, comme cinq ans auparavant, lors des funérailles de sa mère, au cours desquelles il avait pour la première fois pris la mesure de son tempérament.
  

Comme le veut la tradition, Pearl Tanaka avait reçu des amis venus se recueillir l'odoken, de l'argent et des présents remis à l'enfant de la défunte. Elle venait d'apprendre que sa mère lui léguait son salon de tatouage et Miike voulait le lui acheter car il se situait sur son territoire. Pearl avait préféré le conserver en remettant son odoken à Miike pour cela.


Ce que n'a pas dit Mr. Kai à Mr. Miike, c'est que 33 minutes avant sa visite, au club, Pearl n'a pas abattu Rick Araki. Elle a blessé Shiba et pris la fuite avec le jeune homme et Kimmy...

Brian Michael Bendis brouille les pistes dans cet épisode en s'attaquant à la chronologie des faits et en multipliant les points de vue. Le lecteur comme certains personnages ne savent plus que penser, d'autant que, par-dessus le marché, le fantastique s'invite dans le récit.

Essayons donc de tout mettre à plat.

D'abord, on fait connaissance avec les jumelles Endo dont on découvre qu'elles sont à l'origine de la fusillade dans le premier épisode et au cours de laquelle, pour sauver Rick Araki qu'elle venait de rencontrer et d'apprendre qu'il appartenait à un quartier rival du sien, Pearl Tanaka avait ouvert le feu sur des motards en armes.

Les jumelles ordonnent à présent l'exécution de Pearl. Qui, elle-même, est en mission pour le parrain, Mr. Miike, pour tuer Rick Araki - une manière de corriger le désordre qu'elle a provoqué en intervenant lors de la fusillade. Alors qu'on l'avait quitté entrant dans un club où se trouvait sa cible et pointant une arme dans sa direction, Pearl avait sur son visage un tatouage qui apparaissait subitement...

Pearl est une série qui contient tous les ingrédients d'un polar classique - une jeune femme obligée de prendre les armes pour un contrat pour dédommager un caïd, une romance impossible avec un jeune homme du camp adverse, un tueur professionnel à leurs trousses. Mais Bendis et Michael Gaydos le transforment en un exercice de style fascinant, visuellement impressionnant : soudain, le récit de genre se métamorphose en expérience, en trip.

Ainsi Gaydos n'hésite-t-il pas, dans un moment crucial, à produire une splash-page dont la lecture est d'abord si déroutante qu'on hésite à la traduire. En fait, avec un peu de recul, il ose un plan insensé : un très gros plan sur la paume d'une main (celle de Shiba, le tueur à gages) perforée par la balle que vient de tirer Pearl dont on aperçoit le visage par le trou formé dans la chair. La main est colorisée en bleu. Le résultat flirte avec le psychédélisme pur.

D'ailleurs tout l'épisode (ou presque) semble habité par les effets d'un Jim Steranko possédant le dessin de Gaydos. On pense plus d'une fois aux influences du pop-art du dessinateur de Nick Fury, agent du SHIELD, dans ces pages où les décors sont remplacés par des déclinaisons de couleurs criardes et d'onomatopées, suggérant le vacarme de la musique électro dans un club bondé.

Ailleurs, plus loin, Gaydos aligne plusieurs planches en noir et blanc rehaussées de gris, comme du lavis, pour une scène dans le passé : un procédé plus convenu, mais qui renvoie aussi au film noir. L'ouverture de l'épisode est aussi très marquée esthétiquement, avec l'arrivée d'une des jumelles Endo chez sa soeur : elle traverse un couloir à l'éclairage vif avant de pénétrer dans un bureau bleuté et sombre pour planifier, lors d'une conversation tendue, l'exécution de Pearl.

Chaque moment fort du numéro est ainsi composé par une narration très forte, comme une succession de blocs avec une identité formelle et dialoguée très radicale. A chaque fois, deux personnages échangent sur le destin, les conséquences d'un geste, les raisons d'une décision. Dans le lot, Pearl semble à la fois improviser et savoir parfaitement ce qu'elle fait - ou du moins le faire avec détermination. Pour aller où ? Nul ne le sait, pas même elle sans doute - mais c'est aussi ce qui donne envie de suivre l'histoire.

Bendis tente, ose, essaie, avec la complicité d'un dessinateur lui aussi partant pour tous les tours possibles. Sur un fil, Pearl avance : entre les abysses et l'espoir, son destin se joue. C'est étonnant mais, il faut le reconnaître, sacrément stimulant à lire.