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jeudi 7 mars 2024

BIRDS OF PREY #7 (Kelly Thompson / Javier Pina)


Meridian ayant révélé l'existence d'un voyageur temporel menaçant la vie de Barbara Gordon, celle-ci découvre que l'agresseur emprunte le Rouge, l'entité qui relie tous les méta-humains ayant des pouvoirs en rapport avec le monde animal. Il est donc décidé de demander conseil à Mari McCabe/Vixen, qui est pourtant tracassé par une étrange affaire...
 

Ce deuxième arc narratif de la série sera bref : deux épisodes. Mais il est évident désormais que Kelly Thompson a mis en marche une intrigue au long cours qui dépassera ce cadre restreint. La scénariste en profite pour ajuster son équipe d'héroïnes à la tournure que prend l'histoire.


Exit donc Harley Quinn (qui est réquisitionnée pour une énième mini-série Suicide Squad) et Zealot (dommage...). La fin du premier arc a révélé qu'un voyageur temporel menaçait la vie de Barbara Gordon, pilier historique des Birds of Prey, il faut donc le débusquer. Et on apprend ici qu'il se téléporte dans le temps et l'espace grâce au Rouge, c'est-à-dire toute ce qui relie les méta-humains au monde animal (alors que le Vert relie tous ceux qui ont des pouvoirs végétaux).


Kelly Thompson a un mérite indéniable : elle ne perd pas de temps pour exposer son propos. Si bien qu'elle peut se permettre de consacrer quelques pages à l'entraînement de Sin par Batgirl (Cassandra Cain) et Big Barda dans un escape game. Une manière aussi de remplir le quota d'action d'un comic-book super héroïque sans aller trop loin.


Le fait même d'écrire une série exclusivement féminine oblige son auteur à faire preuve d'ingéniosité pour que les personnages n'aient pas l'air d'être artificiellement ensemble. Si pour le premier arc, la présence de Harley Quinn avait pu déplaire à certains à cause de sa présence envahissante au sein des comics DC (et ce, même si Thompson réussissait selon moi à bien l'exploiter), on sent bien que la scénariste a désormais le choix de son casting et qu'elle entend piocher sans réserve dans le passé du titre.

En effet, il apparaît nettement que les Birds of Prey font face à un ennemi qui semble viser toutes celles qui ont fait partie, à un moment ou un autre, de l'équipe. On peut légitimement s'attendre dans un futur plus ou moins proche à revoir Manhunter, Lady Blackhawk, Katana, Huntress, Dove et bien d'autres. Ici, c'est avec plaisir qu'on retrouve Vixen, qui est un peu l'équivalent féminin d'Animal Man et qui était un peu sur la touche depuis un moment (alors qu'elle a fait partie de la Justice League).

La manière dont Thompson l'intègre est habile et suggère que les ennuis qui accablent actuellement Mari McCabe pourraient être liés à ceux des BoP. Par ailleurs, la scénariste n'a pas à se forcer pour (re)créer une familiarité entre Vixen, Black Canary et Babs Gordon notamment : leurs retrouvailles sont certes rapides mais spontanées. Et la dernière page tease malicieusement ce qui va suivre (on voit les BoP en lingerie qui défilent sur un podium et le texte indique que le lecteur est déjà gâté par ce spectacle).

Leonardo Romero ne signe que la couverture et laisse sa place à un fill-in de grande classe puisqu'il s'agit de Javier Pina. Déjà quand il a officié sur les X-Men de Gerry Duggan (pour laisser souffler Pepe Larraz), j'ai loué le talent de cet artiste et regretté qu'ensuite il ne devienne pas le dessinateur régulier du titre (à la place de Joshua Cassara). Donc, je me réjouis de le voir là en souhaitant qu'il alterne désormais avec Romero.

Pina ne cherche pas à copier Romero, son encrage est plus gras, son trait plus délié, et son expérience lui permet de tout bien dessiner. Il s'approprie les personnages sans aucune difficulté et nous régale avec de belles planches aux cases généreusement dimensionnées et un découpage au cordeau. Les couleurs de Jordie Bellaire assurent la cohérence esthétique de la série (et on peut deviner à quel point Bellaire prolonge ce qu'elle a fait sur The Nice House on the Lake, quoique de manière plus subtile).

Bref, un sans-faute, une lecture très agréable, et la confirmation que Birds of Prey a vraiment réussi son come-back.

vendredi 16 février 2024

BIRDS OF PREY #6 (Kelly Thompson / Leonardo Romero)


Sin réussira-t-elle à échapper à l'emprise de Megaera ? Et pourquoi Black Canary n'a-t-elle pas voulu que Barbara Gordon l'accompagne pour cette première mission des Birds of Prey ?


Comme d'habitude, ce résumé du dernier épisode d'un arc se veut le plus succinct possible afin de ne pas spoiler la résolution de l'intrigue. Cela vaut aussi pour le choix des pages qui servent à illustrer la critique. Non pas que je veuille en dévoiler trop non plus auparavant mais il me semble nécessaire de retenir le plus d'informations quand il s'agit de conclure.


Prenons alors le problème autrement et demandons-nous si ce premier arc de Birds of Prey a convaincu. Il me paraît qu'au niveau des ventes DC est satisfait : pas d'annulation en vue et c'est heureux. Le projet relancé par Kelly Thompson correspond parfaitement aux ambitions affichées par l'éditeur pour Dawn of DC avec une prime à l'aventure mais aussi à une forme de fiction moins sombre, ce qu'a été Birds of Prey.


Dans le paysage des comics actuels, on s'étonnera toujours du peu de titres portés par des personnage féminins : chez Marvel on a Captain Marvel, voire She-Hulk et Spider-Gwen, c'est même désolant (on pourrait presque ajouter X-Men : Red récemment où Tornade tenait le premier rôle). DC a Wonder Woman, Poison Ivy, Harley Quinn et donc Birds of Prey : à peine plus, mais en termes de notoriété et de durée, il n'y a pas photo avec la concurrence.


Kelly Thompson a eu les coudées franches pour son arrivée chez DC et sur le titre : on sent que rien ne lui a été imposée, pas même Harley Quinn (ou alors elle s'est montrée assez fûtée pour l'intégrer sans que cela ait l'air forcé). Toutefois, il sera intéressant de surveiller comment la série va évoluer à partir de l'arc suivant où justement on lui retire Harley et elle choisit de modifier la composition de l'équipe.

Dans les grandes lignes, l'intrigue de ce premier arc a surtout permis de voir que Thompson maîtrisait son affaire. Il faut dire qu'elle a longtemps rongé son frein chez Marvel qui lui refusait, je ne sais pourquoi, un team-book et donc elle s'évertuait à faire de ses titres des titres d'équipe en loucedé. On retrouve aussi des motifs familiers à son oeuvre comme la présence d'une créature monstrueuse, aux dimensions spectaculaires, à la nature antagoniste (ici Megaera) face à des héros qui ne paraissent pas armés suffisamment pour une telle opposition. Et bien entendu des dialogues bien sentis, des personnages aux relations tendues, une pointe d'humour absurde.

Mais, enfin, c'est tout de même épatant de voir comment elle s'est adaptée à la situation, à l'univers DC, quand d'autres qui passent de Marvel à la concurrence le font de manière plus laborieuse. Thompson est déjà chez elle, adoubée par Gail Simone (qui fit de Birds of Prey ce titre culte). La lecture a été agréable, rythmée, pleine de promesses pour l'avenir.

Evidemment, il y a eu "l'affaire" de l'épisode 5 dessiné par Arist Deyn : encore une fois, cet artiste ne mérite pas le tombereau de reproches qu'il a essuyé, son travail était plus que bien, son utilisation maline. Et de toute façon, Leonardo Romero ne pourra pas enchaîner des arcs : les team-books sont exigeants pour un dessinateur, a fortiori pour un comme lui qui livre des pages aussi soignées. Ce qui passait sur Hawkeye n'est pas possible sur Birds of Prey : il existe déjà très peu de dessinateurs capables d'assumer un mensuel avec un héros solo, alors ceux qui produisent des séries d'équipe à un rythme soutenu...

Refuser d'admettre ça, c'est en vérité méconnaître profondément la nature des comics et les exigences qui pèsent sur les artistes. Je ne dis pas que ça me ravit, j'aimerai aussi que Romero soit tout le temps là, mais ce n'est pas (plus) possible. J'ignore si les artistes actuels sont trop lents, mais je sais que les editors, les fans leur demandent beaucoup et aujourd'hui même Kirby serait lu avec perplexité avec ses pages en quatre cases, ses têtes carrées et exagérément expressives, sa mise en scène déchaînée. Romita Jr. a beaucoup baissé, Bagley n'est plus de la première jeunesse, Immonen semble avoir pris du champ et on ignore ce que sera le prochain emploi de Samnee, pour ne citer que quelques rares à aligner les épisodes sans avoir l'air d'être essoufflé.

On ne va pas pleurer : Javier Pina va remplacer Romero sur le prochain arc et c'est un excellent artiste, sous-exploité chez Marvel. Si Birds of Prey alterne des arcs par Romero et Pina, ce sera une série avec une fière allure. Et on peut désormais compter sur Kelly Thompson pour écrire une série comme elle en a longtemps rêvée et pour laquelle elle vient d'assurer. Dommage que Urban Comics décide de la traduire en album où elle sera associée au Green Arrow de Williamson et Izaakse (avec laquelle, en dehors du couple Ollie Queen-Dinah Lance, rien ne la lie)...

vendredi 12 janvier 2024

BIRDS OF PREY #5 (Kelly Thompson/Arist Deyn) / FABLES #161 (Bill Willingham/Mark Buckingham)

Retour de lecture sur deux séries DC qui sont sur le point de conclure, pour l'une son premier arc, pour l'autre son histoire éditoriale.



Les Birds of Prey sont confrontés, en particulier Black Canary à Magaera, la créature tapie sur l'île de Themyscera en quête d'un hôte humain. Dans le ventre de la bête va se jouer le destin de Sin Lance...


Cet épisode a été, c'est le moins qu'on puisse dire, fraîchement accueilli par les fans de la série récemment relancée. Non pas tant pour ce qu'il raconte que par la manière dont il le raconte, en particulier graphiquement. Car, oui, autant prévenir tout de suite, ce n'est pas Leonardo Romero (qui signe quand même la couverture) qui le dessine mais Arist Deyn et son style n'est visiblement pas fait pour tout le monde.
 

J'ai découvert Arist Deyn il y a déjà quelque temps sur Tumblr avec des fan art, représentant notamment Wonder Woman. Mais je l'ai ensuite perdu de vue et c'est donc ici que je le retrouve. Si j'en crois Kelly Thompson, la scénariste, il ne s'agit pas d'un fill-in mais bien d'un choix artistique (même s'il aura permis à Romero de souffler). D'après elle, il fallait une rupture visuelle pour coller au propos et surtout à l'environnement de cet épisode qui se déroule majoritairement du point de vue de Magaera.
 

On a appris auparavant que cette créature tapie sur Themyscera cherchait un hôte humain pour s'incarner dans notre monde et certaines amazones avaient ainsi enlevé Sin Lance, la soeur adoptive de Dina Lance/Black Canary, à cette fin. Thompson montre de manière efficace comment Megaera séduit Sin et tente de raisonner Black Canary tout en n'éludant pas la partie la plus inquiétante.

Et c'est là qu'intervient Arist Deyn qui s'emploie avec talent à donner corps et chair à cette créature étrange et flippante. Là où le dispositif atteint ses limites, c'est que, contrairement à ce qu'affirme Thompson, tout n'est pas raconté du point de vue de Megaera et donc, sans doute, aurait-il été préférable, pour les fans les plus tolérants et ceux qui le sont moins (voire pas du tout), que Romero dessine quand même les pages dont l'action se situe à l'extérieur de la bête tandis que Deyn aurait fait le reste. Moi, j'aime bien ce que fait Deyn tout en comprenant qu'on puisse ne pas partager mon ressenti. Mais en aucun cas cela ne justifie les commentaires désobligeants émis à son encontre.

En tout cas, c'est un pari osé, tout en exploitant des figures récurrentes chez Thompson. Et cela augure d'une fin d'arc (le mois prochain) attirante.


Peter Pan n'est pas mort, dévoré par Bigby Wolf. Herne le défie avant que la fée Clochette, liée à Pan par un sort, ne vienne le défendre contre le dieu de la forêt noire. Mais Blanche Neige et sa meute et avant eux Greenjack sont aussi sur le point de croiser le fer avec Pan...


Après le psychodrame ayant entouré la sortie du précédent numéro, et qui est surtout venu confirmer qu'avec la fin de cette histoire, c'en sera bel et bien terminé de Fables, on apprécie cet épisode avec un goût amer. Bill Willingham a beau l'avoir écrit depuis deux ans, c'est comme s'il avait de toute façon prévu de couper les ponts, et pas seulement avec DC.


Le scénariste n'a jamais fait dans le sentimentalisme avec Fables, n'hésitant pas à tuer des personnages chers au coeur des fans, et ne reculant pas devant une certaine cruauté au moment de les faire tomber. On se souvient de ce qui est arrivé à Boy Blue par exemple et sa longue agonie. Fables #161 est un nouvel exemple de la plume impitoyable de Willingham. Mais est-ce que cela n'est pas un peu gratuit ?


En ce qui me concerne, et sans présager de ce que dévoilera la fin de Fables (prévue pour le mois prochain, même si je reste prudent compte tenu des retards récurrents), je trouve que le scénariste y va un peu trop de bon coeur dans le gore et le sadisme. Certes, c'est pour partie justifié par le caractère des adversaires et du méchant de l'histoire, un Peter Pan en mode barjo (et qui ainsi justifie que Willingham voulait en faire le méchant du premier cycle de Fables à la place de Gepetto). Mais disons aussi qu'il y a la manière et de ce côté-là, un épisode comme ça se révèle un brin pénible à supporter tant l'auteur semble se réjouir de casser ses jouets sans se soucier de l'affection que le lecteur porte aux héros.

Mark Buckingham a l'honnêteté de ne pas se défiler devant le spectacle sinistre qu'il doit mettre en images. Ses planches sont épiques, violentes, sanglantes, désespérées. Son découpage très simple, avec très peu de cases par page, renforce cette impression que chaque coup porté est définitif et que rien ne saurait contredire ce qui se passe.

Autant dire qu'entre ceux qui se sont plaints d'Arist Deyn sur Birds of Prey comme si c'était un scandale et ceux qui n'ont pas du lire cet épisode de Fables, les vrais raisons de faire grise mine sont vite trouvées pour moi. Dommage : j'espérai quelque chose de moins lugubre pour la presque fin de Fables - même si, en procédant de la sorte, Willingham est somme toute malin : personne ne le regrettera.

jeudi 28 décembre 2023

SABRINA THE TEENAGE WITCH HOLIDAY SPECIAL #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish, Danielle Paige et Veronica Johnson


Deux ans et demi après la parution de la mini-série Sabrina The Teenage Witch : Something Wicked, Kelly Thompson et Veronica Fish (sans son mari Andy cette fois) reviennent pour ce numéro spécial Noël. Il est agrémenté d'un second récit par Danielle Paige et Veronica Johnson, pour un résultat très frustrant.


- THE LONGEST NIGHT - Désormais élève à l'école des sorcières, Sabrina Spellman invoque un sort qui ouvre un portail inter-dimensionnel. Sa mission : délivrer Ali, une de ses camarades, enlevée par un démon. Mais le temps est compté et l'ennemi très dangereux...


Kelly Thompson est une scénariste occupée et on devine que si elle aura bien aimé continuer à écrire les aventures de Sabrina The Teenage Witch, elle n'en a pas eu le temps. Toutefois quand l'editor du titre chez Archie Comics lui a proposé de s'y remettre, elle a trouvé un compromis... De saison.


Vous l'aurez deviné : il s'agit d'un épisode spécial Noël. La fin laisse espérer une suite, peut-être en 2024, et je croise les doigts pour que ce soit le cas car il s'est écoulé quand même deux ans et demi depuis la précédente mini-série, Something Wicked.
 

En même temps, on ne va pas se le cacher, ce retour est frustrant car l'épisode ne compte qu'une quinzaine de pages. Kelly Thompson délivre une histoire très nerveuse, en temps réel, où Sabrina Spellman infiltre le repaire d'un démon dans une autre dimension pour y délivrer une camarade de l'école des sorciers.

On n'a donc pas le temps de s'ennuyer mais guère plus de savourer car ça passe très vite. Toutefois, ne boudons pas notre plaisir car c'en est un de retrouver le petite sorcière telle qu'on l'aime et comme seule la scénariste semble savoir l'animer. Sa malice, son courage, son charme sont intacts.

Au dessin, Veronica Fish est également de retour, ouf ! L'artiste a su donner au personnage une identité graphique à la fois dynamique et pleine de séduction. Sa narration est simple mais très fluide, une dessinatrice de ce talent mériterait d'être plus et mieux exploitée.

On notera que Veronica Fish n'est pas colorisée par son mari Andy, comme c'était le cas précédemment, mais par Matt Herms, qui collabore souvent avec Rafa Sandoval. Toutefois la palette reste fidèle à ce qu'on avait vu auparavant, avec des tonalités très vives qui participent pleinement au look de la série et de cet épisode - même si, en vérité, rien ne vient souligner qu'il se déroule durant les fêtes de fin d'année.

Allez, maintenant, un arc entier pour l'an prochain !

 
- A VERY SPELLMAN SOLSTICE - Sabrina demande à ses tantes Zelda et Hilda de lui raconter leur premier solstice d'hiver à Greendale. Elles s'exécutent et reviennent sur la mésaventure qui a suivi leur projet de ressusciter leurs parents, Spinner et Morgana Spellman, quand leur grand-mère, exilée en enfer, s'en est mêlée...

Ce complément de programme de 7 pages est l'oeuvre de Danielle Paige au scénario mais déçoit après l'épisode par Thompson. L'intrigue n'est pas très développée alors qu'il y avait de quoi faire. Les dessins sont dus à Veronica Johnson dont le style frise l'amateurisme, ce qui jure avec les pages de Fish.

Je comprends que sortir uniquement un comic-book de 15 pages aurait été insuffisant mais là, ce n'est ni fait ni à faire. 

vendredi 8 décembre 2023

BIRDS OF PREY #4, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


La couverture de ce quatrième épisode de Birds of Prey ne ment pas : ça va chauffer et cogner dur entre les héroïnes ! Kelly Thompson et Leonardo Romero livrent un numéro explosif où l'action domine dans des pages superbes et intenses jusqu'à un cliffhanger palpitant. Cette série est jubilatoire.


Wonder Woman arrive sur Themyscera pour stopper les Birds of Prey. Tour à tour, Zealot, Big Barda et Batgirl tentent de couvrir le fuite de Black Canary, Sin et Harley Quinn. Mais l'affrontement terminé, la vérité sur la détention de Sin aboutit à une révélation menaçante pour l'île des amazones elle-même...


Des séries sorties cette semaine, on peut distinguer deux catégories : celles qui, comme Shazam ! ou Daredevil, ont échoué à tenir leurs promesses, et celles, comme Birds of Prey et X-Men (dont je parlerai plus tard), qui confirment la solidité de leurs équipes artistiques et la qualité de leur production.
 

Ce qui saute aux yeux avec Birds of Prey, c'est combien Kelly Thompson écrit - enfin ! - ce qu'elle n'a jamais eu l'opportunité de faire chez Marvel. Alors que si peu de scénaristes savent bien animer un groupe de super-héros, elle a ça dans le sang !


Adoubée par Gail Simone, qui a longtemps rédigé les aventures des BoP, Thompson est en pleine confiance, mais elle n'est pas arrivée chez DC seulement armée du soutien de sa consoeur. Elle est venue avec ses idées, son style, et il est frappant de voir à quel point ils collent à la série.

J'ignore si le titre sous sa conduite est un gros succès, je ne m'intéresse guère aux chiffres de vente (seulement au moment où une série est annulée), mais je pense vraiment que Birds of Prey a tout pour plaire. C'est efficace, rythmé, inventif, un divertissement quatre étoiles. Et j'espère que, le moment venu, quand il y aura assez de matériel pour ça, Urban traduira ces épisodes pour la France, qui n'a eu que trop rarement accès aux aventures des Oiseaux de Proie.

Dans ce quatrième épisode, comme on peut le deviner dès la couverture, il y a beaucoup d'action. Ce n'est pas nouveau : depuis sa relance, la série ne ménage ni ses héroïnes ni ne frustre ses lecteurs. Mais là, on franchit clairement un palier puisque les héroïnes vont affronter Wonder Woman dont elles ont "envahi" l'île natale.

Plutôt que de se concentrer sur une seule opposition évidente, mise en avant sur la couverture, Kelly Thompson éprouve l'amazone avec plusieurs de ses personnages. On appréciera une fois encore la manière dont Leonardo Romero créé pour chacune des chorégraphies distinctes, soulignant leurs différences dans une telle situation.

Bien entendu, le face-à-face entre Big Barda et Wonder Woman est le plus spectaculaire : la force colossale de l'ancienne Furie d'Apokolips et de l'amazone aboutit à une bagarre épique, âpre, disputée. Diana prend cher mais rend coup pour coup et le résultat est crédible.

Plus inattendue, l'intervention de Batgirl s'avère un vrai challenge pour Batgirl. En revanche, Zealot n'a pas vraiment l'occasion de briller face à Diana, mais il faut alors se souvenir qu'elle a fait voeu de ne tuer personne sur Themyscera avant, sinon, à n'en pas douter, la membre des WildC.A.T.S. aurait fait couler le sang.

Je reviens sur le dessin de Romero pour sa clarté. Il ne s'agit pas seulement d'une évidence car ce n'est pas donné à tout le monde de produire des scènes de combat aussi dynamiques et originales dans perdre de vue leur lisibilité. On peut, en s'adonnant à cet exercice, se laisser griser mais Romero ne tombe pas dans ce piège et c'est d'autant plus méritoire qu'en prime les belligérantes portent toutes des tenues très bariolées, très graphiques, et qu'il ne sacrifie aucun des détails de ces tenues.

Le cadre de ces bastons n'est pas non plus négligé : la forêt de Themyscera est valorisée et mise à contribution dans des moments clés, qu'il s'agisse de montrer l'impact des coups portés et reçus, ou de s'en servir pour les acrobaties accomplies notamment par Batgirl.

Dans le dernier quart de l'épisode, le rythme se calme un peu pour exposer la menace réelle qui pèse sur l'île des amazones et qui explique pourquoi Sin a été enlevée et retenue ici. Une entité géante, Megaera, pervertie qui plus est par l'arme de Big Barda, a besoin d'un hôte et c'est aux BoP de maintenant s'en occuper, ce qui ne s'annonce pas gagné après la défaite de Wonder Woman face à cette créature.

J'en dis peut-être trop, mais en vérité, l'essentiel est à venir dans le prochain épisode qui s'annonce peut-être encore plus dantesque que celui-ci. Les connaisseurs de l'oeuvre de Kelly Thompson auront remarqué son goût intact pour les monstres hors normes et les rebondissements dépassant les compétences de ses personnages. Mais cela garantit des frissons pour la suite de cet arc.

samedi 11 novembre 2023

BIRDS OF PREY #3, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


C'est ce qui s'appelle un script réglé comme du papier à musique : Kelly Thompson a écrit un premier arc pour Birds of Prey donc chaque épisode marque une étape, à la manière d'un roman noir sur un braquage. Sauf qu'ici, c'est une jeune fille qui sert en quelque sorte de butin. Leonardo Romero prouve une fois encore son brio en collant au plus près de ce modèle, diversifiant à chaque fois son approche graphique.


Les Birds of Prey ont atteint Themyscera en suivant le plan loufoque de Harley Quinn et sans être détectées. Elles se séparent alors pour couvrir le plus de terrain possible afin de trouver Sin au plus vite. Pendant ce temps, Green Arrow doit leur gagner du temps en tentant de piéger Wonder Woman...
 

Si je ne suis plus actif sur les forums (après y avoir passé beaucoup - beaucoup trop ! - de temps), parfois il m'arrive de revenir sur le "lieu du crime", mais sans intervenir, pour notamment lire ce que mes semblables disent des nouveautés comics. Je le fais aussi avec quelques Youtubers qui consacrent des vidéos aux comics.


Mais il faut bien reconnaître qu'on trouve plus de reviews de monthly comics sur les forums que sur Youtube. Et sans y chercher des gens forcément d'accord avec moi, j'estime intéressant de prendre, en somme, la température. C'est l'occasion d'observer comment de nouveaux titres sont reçus.


Et, c'est là où je veux en venir avec ce préambule, ce qui me frappe, c'est une forme d'impatience croissante chez les fans. Beaucoup de forumeurs se plaignent à bon compte du rythme des intrigues et aussi des écarts entre les ambitions affichées par les communicants des éditeurs et la réalité des comics publiés.

C'est comme si aujourd'hui plus personne n'avait le temps, et encore moins l'indulgence de savourer les comics. Il y a une sorte d'impératif dressé par certains lecteurs entre ce qu'on leur promet et ce qu'ils ressentent, ce qu'ils lisent et ce qu'ils réclament. Il faut que ça aille vite et que ce soit aussi spectaculaire que possible.

Cette impatience et cette intransigeance interrogent : est-ce de l'exigence ou de l'intolérance. Autrement dit : les fans de comics sont-ils vraiment des fans de comics ? Ou des râleurs jamais satisfaits ? 

Prenez Birds of Prey : nous en sommes au troisième mois de publication et je pense, en toute honnêteté, que c'est un des meilleurs, des plus agréables titres disponibles. C'est formidablement bien écrit, superbement dessiné, il y a une complicité éclatante entre l'auteur et l'artiste, c'est le revival d'une série parfaitement abouti. Et pourtant on en trouve pour ne pas être content. Que leur faut-il de plus ?

C'est un peu pareil pour G.O.D.S. dont je vous parlai hier et à qui les mêmes fans reprochent de ne pas être révolutionnaire comme ils s'y attendaient. Pour ma part, quand j'entame la lecture d'une nouvelle série, je n'en attends rien : c'est presque une politesse que je rends aux éditeurs et créateurs. Je veux arriver sans a priori et être surpris, en bien ou en mal. Je ne veux pas lire une série en me disant que la précédente version était déjà bien ou mal et que donc les auteurs ont la pression de faire mieux ou aussi bien. Et surtout je fais attention à ne jamais prendre pour argent comptant la publicité autour de ladite série.

Birds of Prey pourrait servir d'exemple car justement son intrigue est conçue comme une aventure en terrain non conquis, voire franchement hostile (les héroïnes doivent récupérer une des leurs sur une île où elles ne sont pas bienvenues). Toutes ces femmes, unies, doivent séduire le lecteur et affronter des périls multiples en étant prêtes à se sacrifier pour l'objectif à atteindre. Qu'importe leur réputation, leur efficacité, leur puissance collective ou singulière, comme un comic-book, elles doivent franchir les obstacles et conquérir leur double but (sauver leur amie et charmer le fan).

Kelly Thompson avance à pas comptés mais sa prudence ne doit pas être prise pour de la frilosité. Elle est surtout vigilante et minutieuse, comme ses personnages, car, comme eux, elle sait qu'elle ne doit pas se planter. Un échec et c'est la fin. On a donc eu droit à un premier épisode avec la formation des Birds of Prey, un deuxième avec la préparation de leur expédition, et ce troisième avec l'action en conditions réelles. D'aucuns trouveront ça trop plan-plan, voire lent. Moi, je trouve que c'est gradué, nuancé et jamais ennuyeux.

Chaque numéro a son lot d'action et soigne a caractérisation et le contexte tout en conservant une part de mystère, essentielle pour justement ne pas tout déballer tout de suite au lecteur pressé (qui râlerait pareil si tout lui avait été dit plus vite comme il le souhaite). Tout cela est magnifiquement servi par les illustrations de Leonardo Romero.

C'est un dessinateur appliqué mais pas ronronnant. Il adapte son découpage à chaque étape du récit. Dans le premier épisode, il a mis en valeur les qualités esthétiques de chaque héroïne tout en soulignant ce qui les rendait unique et donc ce qui faisait de leur union une curiosité. Puis, dans le deuxième épisode, il a montré comment elles pouvaient fonctionner ensemble dans l'urgence. Ce mois-ci, il les représente en binômes et fait en sorte de souligner à quel point leur façon de se battre sont distinctes.

L'effort placé dans tout cela peut presque passer inaperçu car Romero enveloppe son dessin dans une mise en scène étudiée, avec un découpage fluide, des compositions soignées et détaillées, des plans aux valeurs variées. Pourtant, quand on voit par exemple Big Barda et Batgirl affronter des amazones, il valorise ce qui les en fait des partenaires complémentaires, au même titre que Meridian et Zealot, ou Black Canary et Harley Quinn. Imaginez ce que cela requiert de recherches pour faire en sorte que le lecteur n'ait pas l'impression de voir à chaque fois deux femmes se battre identiquement...

Et puis il y a la scène finale où Green Arrow doit retarder Wonder Woman. Quand on lit cet épisode après Wonder Woman #2 de Tom King et Daniel Sampere où l'amazone affronte un régiment entier de l'armée américaine, on sait déjà que l'archer n'a pas une chance mais il la joue quand même crânement et cela aboutit à un cliffhanger intense. Je défie quiconque de ne pas avoir furieusement envie de lire la suite dans un mois au terme de cette ultime planche (qui renvoie d'ailleurs directement à la couverture).   
Morale(s) de l'histoire : ne vous trompez pas d'impatience ni d'exigence en lisant. Savourez l'épisode pour ce qu'il offre, et aimez-le ou pas en fonction de ça, pas parce qu'il ne répond pas à toutes vos questions ou toutes vos attentes. Et n'attendez pas trop des comics, n'écoutez pas le pub que les éditeurs font (et en la faisant, ils veulent toujours survendre leurs produits, ce qui n'est pas une bon service). Là aussi, accueillez l'histoire, appréciez-la pour ce qu'elle est (et pas pour ce à quoi on la compare).

Si, après ça, vous n'aimez pas davantage Birds of Prey (comme G.O.D.S.), ce n'est pas grave, mais je pense que vous passerez à côté de deux excellentes séries.

vendredi 6 octobre 2023

BIRDS OF PREY #2, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Ce deuxième n° de Birds of Prey peut donner l'impression d'un surplace et c'est vrai que Kelly Thompson avance (un peu) lentement. Pourtant le plaisir pris par la scénariste et le dessinateur, Leonardo Romero, est palpable et communicatif. C'est un excellent team-book avec des héroïnes attachantes et complémentaires comme on a envie d'en lire.


Après avoir dévoilé qu'elles devraient intervenir sur Themyscera, Black Canary doit convaincre Zealot qu'elles n'y vont pas pour affronter les amazones. L'équipe se sépare pour se fournir en matériel : Harley Quinn a promis un moyen de transport discret et Black Canary s'adresse à John Constantine...
 
Comme je l'indiquai en préambule, ce deuxième épisode de Birds of Prey ne fait pas tellement avancer le schmilblick. Kelly Thompson n'a pourtant pas l'habitude de traîner en route sauf que cette fois, pour la première fois de sa carrière, elle doit composer avec une vraie équipe et pas une héroïne entourée d'amies opportunément là pour elle.


De faut le rythme de son écriture s'en trouve sensiblement modifié car elle doit donner à chacune de ses Birds of Prey de l'espace pour exister. Comme son casting est solide et inattendu, il n'y a pas de souci de caractérisation : les cinq héroïnes ont toutes de la personnalité. Il faut juste qu'elle ait l'occasion de le démontrer.

Ainsi l'épisode s'ouvre par un flashback entre Black Canary et Sin, une manière simple de prouver au lecteur quel lien particulier unit les deux. Kelly Thompson le fait sobrement, sans chercher à nous tirer des larmes, dans une ambiance joliment mélancolique, devant un feu de bois dans une forêt.

Puis l'action revient au présent et reprend les choses là où on les avait laissées le mois dernier. Soucieuse quand elle apprend que l'équipe va devoir intervenir sur Themyscera, Zealot pense à se retirer car elle doute que l'opération se déroule sans verser du sang et elle refuse de tuer une amazone. Black Canary la convainc, de justesse, de rester.

Après Zealot, c'est au tour de Harley Quinn d'avoir son moment quand elle persuade l'effectif qu'elle leur procurera un moyen de transport sûr et discret. Il faudra attendre les dernières pages pour le vérifier et on renoue à l'occasion avec le goût de Thompson pour une certaine excentricité, une note d'absurde qui tranche avec la gravité du propos. Mais cela confirme que la scénariste sait comment animer cet électron libre qu'est Harley.

Thompson souligne encore davantage ce qu'elle avait entamé dans le premier numéro avec le tandem Batgirl-Big Barda, qui ne se quittent plus. Le contraste physique défini par le dessin de Leonardo Romero entre ces deux justicières vient appuyer la note humoristique car l'artiste a fait de Barda une géante très baraquée alors que Cassandra Cain est petite et fluette.

Le vrai morceau de bravoure, narratif et graphique, arrive quand Black Canary suit John Constantine pour une transaction qui, évidemment, tourne mal. Les autres Birds of Prey surgissent et une bagarre spectaculaire éclate avec des golems.

On ne peut qu'être ébloui par la prouesse de Romero pour mettre en scène cette baston. Jeux sur les cadres, les angles de vue, les valeurs de plan, jusqu'à une somptueuse double page merveilleusement composée où chacune des héroïnes montre une façon distincte de se battre : voilà une vraie leçon de découpage. Le plan est bluffant, avec un décor très fourni, des mouvements fluides, des interactions synchronisées (aucune ne se marche sur les pieds) et une utilisation de onomatopées géniale.

Rien que pour ça, on a envie de dire que cet épisode mérite le détour. Il y a une vraie magie qui opère quand Thompson et Romero collaborent tout comme quand ces cinq héroïnes s'entraident. Et c'est sans doute ce qui fait de cette série déjà une grande réussite : parce qu'entre ses auteurs et ses personnages, le lecteur perçoit une complicité commune et identique.

C'est aussi la preuve qu'un comic-book exclusivement féminin n'a pas besoin de brandir un étendard féministe pour justifier son identité. Ici, rien n'est asséné, tout est naturel. C'en est même surprenant parce que Thompson est partie avec l'idée d'une formation inédite pour ce titre : elle aurait pu avoir la pression, mais en vérité elle tient fermement les rênes, elle sait où elle va. Enfin, comme je l'avais déjà écrit le mois dernier, elle fait ce qu'elle rêvait de faire depuis longtemps et ce pour quoi elle est faite, ce pour quoi elle est la plus douée. Cette aisance innée pour l'exercice si périlleux du team book fait plaisir à lire.

Alors oui, ça pourrait aller plus vite, d'ailleurs Thompson par le passé a rarement eu besoin d'une mise en place aussi longue. Mais dès le mois prochain, il suffit de voir la couverture du prochain épisode pour ça, c'est évident que ça va bouger. Je n'ai aucun doute là-dessus et même si j'en avais, c'est déjà un régal de lire une aussi bonne entame pour être ravi et attendre ce qui vient avec confiance.

vendredi 8 septembre 2023

BIRDS OF PREY #1, de Kelly Thompson et lLeonardo Romero


Birds of Prey #1 marque le grand retour d'un titre emblématique de DC, longtemps écrit par Gail Simone (notamment dans un run datant de 2010). Aujourd'hui, c'est en quelque sorte avec sa bénédiction que Kelly Thompson, la scénariste qui lui ressemble le plus, ranime ce groupe en compagnie de Leonardo Romero, l'artiste qui illustra son run sur Hawkeye. Mais c'est surtout un rêve qu'exauce l'auteur et dont l'a privée Marvel.


Black Canary recrute une nouvelle formation de Birds of Prey : Big Barda, Zealot, Batgirl et Harley Quinn acceptent de l'aider à libérer sa "soeur' Sin de l'île de Themyscira, refuge des amazones. 


Avant de parler de cette relance de Birds of Prey (qui a, depuis Gail Simone, surtout connu des runs abrégées - le dernier sous l'ère Rebirth avec le titre Batgirl and the Birds of Prey), permettez que je fasse deux crochets.


D'abord, cette semaine, avant de lire ce premier épisode, je tombe sur Twitter sur des croquis de Mike Perkins pour un projet intitulé Liberators écrit par Marjorie Liu, proposée par cette dernière à Marvel en 2012 et qui devait réunir un casting 100% féminin (Black Widow, Mystique, Elektra, X-23 et Cecilia Reyes). Le projet fut rejeté car l'éditeur estimait que ça ne vendrait rien. Or, c'était déjà après le succès de Birds of Prey chez DC.


Ensuite, toujours chez Marvel, la scénariste Kelly Thompson, aux commandes de ce relaunch, s'est faite connaître en participant à l'écriture d'épisodes de A-Force, créée par G. Willow Wilson et Marguerite Bennett en 2015 au cours de l'event Secret Wars (de J. Hickman). Pratiquement toutes les séries qu'écrira ensuite Thompson pour Marvel ont été des tentatives pour elle de composer un titre féminin mais sans que Marvel ne lui confie un team-book avec juste des super-héroïnes.

Désormais freelance, Kelly Thompson peut se consacrer à des projets en creator-owned (The Cull, initié sur Substack, maintenant dispo chez Image) et travailler pour la "Distinguée Concurrence". Et celle-ci lui confie Birds of Prey. Autrement dit tout ce qu'elle a toujours voulu faire chez Marvel sans y avoir accès. Et en prime avec la bénédiction de Gail Simone, son idole.

Morale(s) de l'histoire : que Marvel cesse d'avoir peur de séries entièrement féminines et que leurs editors accordent à leurs scénaristes le droit de s'y essayer... Sous peine de les voir partir en face.

Fin des crochets. Si les Oiseaux de Proie ont souvent été formés par Oracle (Barbara Gordon) et Black Canary, avec Huntress en troisième position, la série a accueilli plusieurs héroïnes au fil des histoires, comme Big Barda (qu'on retrouve ici), Lady Blackhawk, Dove, Manhunter, the Question, etc. Pourtant, sans encore dévoiler pourquoi, Thompson écarte d'emblée deux des membres les plus populaires et récurrentes  : pas de Oracle ni de Huntress.

Tout l'épisode est donc consacré à la composition du groupe et Thompson a voulu surprendre, quitte à déplaire ou dérouter. Elle réintègre Big Barda certes, mais incorpore surtout Batgirl (Cassandra Cain, ancienne Orphan, formée par la Ligue des Assassins), Zealot (transfuge des WildC.A.T.S.) et Harley Quinn. C'est probablement l'arrivée de cette dernière qui a le plus ému les lecteurs, certains estimant qu'elle n'avait pas sa place ici (pourquoi ?) et d'autres supposant que c'était un élément purement marketing (Et alors ? Si ça aide effectivement à faire vendre la série...).

Dans tous les cas, Thompson, qui a toujours été une excellente dialoguiste à défaut de livrer des intrigues parfaites, justifie la présence de chacune : Barda incarne la puissance, Zealot l'expérience, Batgirl la loyauté. Et Harley est la "wildcard", l'élément qui créé justement la surprise.Un beau pied-de-nez. Evidemment, c'est un chapitre introductif : on n'entre pas dans le feu de l'action, on sait juste qu'il s'agit de sauver Sin sur l'île de Themyscira mais on ignore comment elle y a échouée, ce qu'on lui reproche et pourquoi est-ce Meridian (Mia Mizoguchi, ancienne élève de la Gotham Academy de Batman, communiquant depuis le futur) qui a alerté Black Canary.

Sin était un personnage dont j'ignorai tout, peut-être comme vous, et donc je me suis informé et j'ai appris que, pendant un temps, Black Canary et Lady Shiva avaient échangé leurs vies, la première pour parfaire son entraînement, confiant donc sa place au sein des Birds of Prey à la seconde (sans que ses camarades le sachent). C'est ainsi qu'elle fit la connaissance d'une jeune fille maltraitée, Sin, qu'elle prit sous son aile jusqu'à la considérer comme sa soeur. On comprend mieux le mobile sentimental de la série actuelle.

Je crois, sans trop me mouiller, que cette nouvelle version de BoP a des chances de séduire le public parce que c'est rondement mené et aussi parce que c'est superbement mis en images. Pour l'occasion Thompson renoue avec l'excellent Leonardo Romero qui était son partenaire sur son meilleur run chez Marvel, Hawkeye (starring Kate Bishop), et la coloriste de ce titre, Jordie Bellaire.

Trop rare alors qu'exceptionnellement doué, Romero retrouve un titre sur lequel il pourra briller et il s'y emploie sans tarder. Il donne à chacune des héroïnes une présence étonnante en peu de pages, les distinguant bien par leurs looks mais aussi par leur façon de bouger, leur gabarit (particulièrement avec le binôme Batgirl-Barda, cette dernière étant vraiment représentée comme une force de la nature, très grande et baraquée). Quand Harley arrive, il réussit parfaitement à visualiser sa folie sans que les autres ne soient écrasées par cette créature exubérante. Zealot a une classe fabuleuse. Et Black Canary a cette autorité naturelle sans forcer sur sa séduction (d'ailleurs Romero a conservé le design du costume de Dinah Lance qu'avait retouché subtilement David Marquez dans Justice League).

Les décors sont fournis, au-delà de la moyenne, et les effets de composition sont maîtrisés à la perfection, notamment la signature de Thompson, l'effet De Luca qui consiste à décomposer à l'intérieur d'un même plan les mouvements d'une action (voir image 1) - qu'on a déjà vu dans ses épisodes de Black Widow (avec Elena Casagrande au dessin), Captain Marvel (avec Carmen Crnero), etc.

Les couleurs de Bellaire évoquent celles de vieux comics, un peu passées, délavées, un parti-pris audacieux, mais qui colle à l'ambiance, évoquant une sorte de mélancolie, voire de crépuscule. C'est que, en ambitionnant d'aller délivrer une captive des amazones, on sait déjà que les Birds of Prey vont immanquablement croiser la route (et le fer) avec Wonder Woman (voire plus). Entre elle et Black Canary, qui ont été co-équipières souvent au sein de la Justice League, cela risque d'aboutir à un duel déchirant.

En bref, même si sur le fond, c'est classique, la série promet beaucoup. Pour Kelly Thompson, cela ressemble à un dream project, longtemps différé. Pour Leonardo Romero, c'est l'occasion d'imposer son immense talent. Pour DC de refaire briller une série culte. Et pour Marvel d'avoir des regrets...

mercredi 16 août 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #2, de Kelly Thompson et Annie Wu, Ro STein et Ted Brandt, Ryan Parrott et Luana Vecchio


Ah ! Cette couverture de Chris Samnee suffirait presque à justifier l'acquisition de ce n°2 de Harley Quinn : Black + White + Redder. Au programme, encore trois nouvelles histoires courtes par trois équipes artistiques différentes. La qualité est au rendez-vous et prouve que, même si on peut trouver le personnage envahissant actuellement, il continue d'inspirer.


- ORIGIN STORY FOR DUMMIES (Ecrit par Kelly Thompson, dessiné par Annie Wu) - Harley n'est pas satisfaite de ses origines car elles la renvoient toujours à son couple avec le Joker. Elle kidnappe Zatanna pour corriger cela, malgré les protestations de Poison Ivy qui lui explique qu'elle a réussi à s'affranchir de son ancien amant...
 

Ce chapitre a valeur de document car c'est la première fois que la scénariste Kelly Thompson écrit Harley Quinn, qui fera partie des Birds of Prey dans le relaunch qu'elle lance le mois prochain (avec le dessinateur Leonardo Romero). Elle nous entraîne dans un récit très amusant et complètement déjanté où Zatanna modifie l'origin story de Harley afin qu'on ne la réduise plus à l'ex-complice du Joker. Mais comme le souligne Poison Ivy, elle s'en est émancipée sans cela.

Autre bonheur : celui de retrouver au dessin la trop rare Annie Wu. Elle compose admirablement avec la contrainte des trois couleurs et produit des planches très dynamiques et expressives. Espérons que DC ait été convaincu et songe à lui donner du boulot car c'est un talent à exploiter davantage.


- GREAT PETSPECTATIONS (Co-écrit et dessiné par Ro Stein et Ted Brandt) - Un concours animalier oppose Robin et les Super-Pets à Harley Quinn et sa Legion of Doominals. Les épreuves s'enchaînent et les déconvenues se multiplient pour cette dernière...


Ro Stein et Ted Brandt se sont faits remarquer en co-dessinant la série Crowded chez Image (écrite par Christopher Sebela) et on reconnait d'entrée de jeu leur trait très expressif, avec une tendance prononcée pour la caricature dans ce segment tout aussi drôle que le précédent.

Si les Super-Pets jouent les seconds rôles et ont eu droit à un film d'animation l'an dernier en salles, la Legion of Doominals est une création pour l'occasion et rien que pour le chien Barkseid (version canine de Darkseid), ça vaut le coup. On rit de bon coeur et l'épilogue offre même à Harley un lot de consolation.
 

COFFEE AND PIE, OH MY (Ecrit par Ryan Parrott, dessiné par Luana Vecchio) - Le commissaire Jim Gordon arrête Harley Quinn dans un diner qu'elle a saccagé en s'en prenant à des policiers. Mais méfiez-vous des apparences....


Ryan Parrott est actuellement aux commandes de la série Rogue Sun chez Boom ! Studios, intégrée au "Massive-verse" de Kyle Higgins (créateur de Radiant Black), gros succès de l'éditeur. Il a imaginé le récit le plus sérieux et touchant de ce numéro où Harley se retrouve injustement accusée d'agression sur des agents des forces de l'ordre. En un sens, cette histoire répond à celle de Kelly Thompson et les origines du personnage associées à celles du Joker et donc à la manière dont on ne cesse de la considérer. Sauf qu'il y a un twist et il est bien amené.

Au dessin, Luana Vecchio est un talent à surveiller de près. Actuellement, elle écrit et dessine Lovesick chez Image Comics (une série qui mélange horreur et BDSM). Son trait fin et élégant donne à voir Harley de manière touchante, victime de son passé mais aussi déterminée à prouver qu'elle a changé de voie. C'est superbe. Encore une fois : retenez bien le nom de Luana Vecchio.

On aurait tort de bouder cette anthologie consacrée à Harley Quinn, quand bien même on peut être lassé par sa forte présence dans les comics et au cinéma (où Margot Robbie lui a génialement donnée vie). Mais il faut avouer que la création de Paul Dini et Bruce Timm inspire, et bien, des auteurs originaux, dans un format qui a l'avantage de ne pas faire traîner les choses en longueur.