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lundi 2 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Hé bien, on peut dire qu'il s'en est passé des choses durant la semaine écoulée ! Au fait, êtes-vous (primo)vaccinés ? Moi oui, première dose de Moderno reçu Mercredi dernier, et ça va. Prochain rendez-vous le 25 Août ! Et maintenant, passons aux news du monde des comics.

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KURT BUSIEK / IMAGE COMICS :


Ces dernières années ont été plutôt mouvementées pour le scénariste Kurt Busiek : problèmes de santé (graves), publication chaotique de Batman : Creature of the Night (dessiné par le regretté John Paul Leon, lui aussi malade), projets télé annulés... Et enfin, cette semaine, une bonne nouvelle : Kurt Busiek revient chez Image Comics dans le cadre d'un deal bien cool.


En effet, Image Comics (re)devient la maison d'édition des titres en creator-owned écrits par Kurt Busiek. Avec, au premier rang, les séries Astro City et Arrowsmith : le scénariste a annoncé que le premier titre allait être réédité mais surtout que de nouveaux épisodes allaient être produits, peut-être sous un nouveau format (plus proches de graphic novels). Quant à Arrowsmith, Carlos Pacheco, le co-auteur et dessinateur, serait depuis plusieurs mois à l'oeuvre pour mettre en images le script d'une suite (ce qui expliquerait sa discrétion chez Marvel, où il ne réalise plus que des couvertures).
Si Busiek a vraiment retrouvé la forme, alors à n'en pas douter, de nouvelles productions devraient voir le jour chez Image.

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DC COMICS : 


Je vous parle souvent de la mini-série Infinite Frontier même si je n'en rédige pas de critiques : je la lis car on me prête les numéros au fur et à mesure, mais je n'ai pas estimé avoir assez de temps pour écrire à ce sujet. C'est Joshua Williamson qui s'en occupe avec plusieurs dessinateurs (Xermanico, Paul Pelletier, Jesus Merino, Tom Derenick) et le résultat est souvent touffu, pour ne pas dire brouillon, comme si DC avait mal calibré le projet (une série hebdomadaire genre 52 aurait sans doute été meilleure, mais là, six épisodes pour parler de l'Omnivers - c'est-à-dire un Multivers composé de plusieurs Multivers.... Rien que de le dire, ça donne mal à la tête - , c'est too much).
 

Malgré tout, Williamson a du mérite car il embrasse le projet bravement, sans de démonter, peut-être aussi motivé par le fait d'être l'architecte du futur de DC (une tâche qui a déjà vidé pas mal de ses collègues comme Geoff Johns, Scott Snyder... Dont les plans n'étaient pas toujours appréciés de l'éditeur). Le scénariste, ici, s'évertue à remettre de l'ordre dans l'après-Snyder, en redisposant des héros, en en faisant revenir d'autres. Et dans Infinite Frontier #3, il réintroduit l'équipe de Infinity, Inc., c'est-à-dire les héritiers (biologiques ou spirituels) de la JSA de la Terre-2. Et comme trois des protagonistes de Infinite Frontier sont Alan Scott et ses enfants Jade et Obsidian, que Geoff Johns a précédemment teasé son retour sur une série JSA, tout ça ressemble fort à un revival.
La seule question qui subsiste, c'est : qu'est-ce que DC a en tête avec tous ces personnages ? Auront-ils droit à des séries ? Et les fans ont-ils envie de tous les revoir ? Beaucoup de fans se languissent de relire JSA (même si celle annoncée par Johns ressemble beaucoup - trop - à celle de la série télé Stargirl), mais Infinity, Inc. ?


Il faudra moins de temps pour savoir quand DC ajoutera un comic-book consacré à Batman puisque, en Décembre prochain, sur le Black Label, l'éditeur proposera une saga en trois parties écrite et dessinée par Jock intitulée Batman One Dark Knight. Le pitch est simple mais accrocheur : Batman se trouve, à la suite d'une bataille qui a dégénéré, dans un quartier chaud de Gotham, poursuivi par une horde de méchants prêts à s'allier pour lui faire la peau. Il lui faudra donc semer ses poursuivants et sortir de cet endroit en une nuit.
Jock signera dessin et script donc, ce qui promet une expérience forte. Sauf pour ceux qui saturent déjà avec la chauve-souris...

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MARVEL COMICS :
  

Pendant ce temps, ça chauffe chez Marvel. The Punisher s'apprêterait à faire son retour dans les comics, mais le conditionnel est de rigueur car le personnage est devenu très embarrassant pour l'éditeur depuis que des miliciens pro-Trump ont récupéré son symbole. Ce qui a provoqué le courroux, légitime, de son créateur, Gerry Conway, expliquant que ceux qui s'étaient appropriés l'emblême de Frank Castle n'avaient rien compris au personnage, à son histoire, à sa tragédie.
Il n'empêche que les auteurs qui exploitaient le Punisher dans leurs histoires ont été discrétement sommés de l'en retirer, comme Gerry Duggan dans Savage Avengers. L'anti-héros n'a plus de série à son nom depuis Octobre 2019.
Son salut viendra-t-il de Jason Aaron ? C'est la rumeur qui court. Le scénariste actuel de Avengers apprécie Frank Castle (dont il a écrit les aventures pour le label adulte Max) et il est un des rares auteurs Marvel à qui l'éditeur accorderait sa confiance pour un projet aussi délicat. Plusieurs journalistes ont réagi, ces derniers mois, sur le cas Punisher, certains suggérant qu'il faudrait redesigner son costume pour commencer, d'autres qu'il serait opportun de le mettre en scène dans une histoire où il évolue en tirant les leçons de son passé. On verra quelle option sera conservée, mais assurément, que l'on soit fan ou non, ça risque de faire encore parler longtemps.


Black Widow a quelquefois croisé le Punisher et elle n'est pas contente ! Ou plutôt c'est son interprète au cinéma qui est furax : en effet, on a appris par ses avocats que Scarlett Johansson a décidé de poursuivre Disney en justice car elle reproche au studio de ne pas avoir respecté le contrat qui les liait au sujet de l'exploitation du film Black Widow.
D'après l'actrice et ses conseils, le long métrage ne devait être distribué que dans les salles de cinéma. Or Disney a choisi de proposer, aux Etats-Unis, Black Widow dans les salles mais aussi, simultanément sur la plateforme de streaming Disney +. Résultat : Scarlett Johansson qui devait toucher un pourcentage substantiel sur les recettes en salles s'estime flouée.
Le studio a réagi avec un communiqué maladroit, mais pas forcément hors de propos, en expliquant qu'il y avait une pandémie mondiale et que les conditions d'exploitation des films étaient bouleversées, donc que le plainte de l'actrice était un peu déplacée dans ce contexte.
A vrai dire, pour moi, tout cela ressemble à un caprice de star car, quoi qu'en dise Johansson, le film a bien été exploité en salles, mais n'a pas rencontré le succès escompté, d'où un manque à gagner évident pour elle mais aussi pour Disney. Compte tenu du salaire certainement très confortable qu'elle a reçu, disons que pleurer pour quelques millions de plus a quelque chose d'un peu indécent. Et quand ses avocats jurent qu'elle a apprécié de travailler sur le film mais aussi avec Disney sur neuf films en dix ans, qu'elle n'en gardera que des bons souvenirs, ça ne paraît pas très adroit ni sincère.
Si Disney peut être accusé de pingrerie (payer Johansson et boucler ce dossier tout de suite ne ruinera pas la compagnie), je suis plus gêné par le comportement de Johansson qui a quand même complètement changé de statut en travaillant pour la major. Avant d'incarner Black Widow dans Iron Man 2, c'était une actrice prometteuse, remarquée, mais elle est devenue bankable grâce au MCU et a dû bénéficier d'une renégociation de son contrat au fur et à mesure (on se souvient que Kevin Feige avait sorti le chéquier pour s'assurer que Robert Downey Jr. reste jusqu'Avengers : Endgame). Sans oublier qu'elle n'était pas le premier choix pour jouer Black Widow (le rôle avait été offert à Emily Blunt qui l'a déclinée à l'époque car elle était enceinte). 
La situation actuelle reste floue et il parait que Emma Stone (à l'affiche de Cruella, production Disney) et Emily Blunt (à l'affiche de Jungle Cruise, autre prod Disney) réfléchiraient elles aussi à traîner le studio en justice pour la même raison. Des exploitants de salles sont également mécontents que Disney choisissement d'exploiter simultanément leurs films en salles et en streaming. Mais qui se demande si Black Widow méritait un meilleur box office étant donné sa médiocrité ? Je ne crois pas que ça aurait changé les chiffres si le film n'était que sorti en salles : les spectateurs ne l'ont pas aimé, le bouche-à-oreille a été mauvais, le score correspond à tout ça.

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FRANK MILLER :


Cette affiche ci-dessus est celle de la Thought Buble Comic Convention, qui se déroulera en Novembre en Angleterre. Ou plutôt : devait être, car Frank Miller n'y interviendra pas. Les organisateurs l'ont déclaré persona non grata suite à une pathétique polémique en relation avec la parution d'une de ses BD en 2011 et de propos controversés tenus par l'auteur à l'époque.


Cette BD, c'est Holy Terror, une variation autour de Batman (d'ailleurs, à l'origine, il s'agissait d'une histoire mettant en scène le dark knight), dans lequel le Fixer, un justicier costumé, traque des terroristes islamiques après un attentat spectaculaire. Je n'ai jamais lu ce livre que Miller a défendu par des propos virulents contre les musulmans qu'ils assimilaient tous à des assassins : il voulait à l'époque réagir aux attentats du 11-Septembre 2001 et le résultat a provoqué une vague de réactions outragées dans le milieu (et au-delà).
Depuis, Miller traîne (encore plus) cette réputation de type infréquentable, intolérant. C'est oublier qu'il n'a jamais été quelqu'un de très consensuel et mesuré dans ses prises de position (souvenez-vous de sa colère contre le mouvement Occupy Wall Street). C'est l'éternel question de la distinction entre l'homme et l'artiste : pour ma part, je pense que la frontière est franchie et l'indulgence n'est plus de mise quand l'oeuvre exprime des opinions indéfendables. Et Holy Terror est le livre noir de Frank Miller.
Mais je suis aussi un ardent défenseur de la liberté d'expression et je ne crois pas que bannir un auteur pour un de ses livres qui a fait polémique résoud le problème de ce livre et explique la démarche de son auteur. Je suis pour le dialogue. Contrairement aux organisateurs de Thought Bubble.
Pourquoi ont-ils annulé la venue de Miller ? Parce qu'une autre de leurs invitées, Zainab Akhtar, a prévenu qu'elle refuserait d'être présente au même endroit que Miller dont elle condamnait l'oeuvre et les propos. Il ne s'agit pas d'opposer une personne à une autre, de dire qui est cette jeune femme pour réclamer l'annulation de Miller. Mais plutôt de s'interroger sur la solution adoptée par les organisateurs.
En effet, imaginons que si, au lieu de jouer les vierges effarouchées en publiant un communiqué comme celui ci-dessus où ils expliquent préférer être solidaire de Zainab Akhtar et donc annuler Frank Miller, les organisateurs avaient proposé un dialogue en public entre les deux pour discuter de l'art, des comics, de l'Islam. Ou alors, si vraiment Zainab Akhtar ne voulait pas parler avec Miller, mettre en place un panel avec Miller pour qu'il parle de son point de vue actuelle sur l'Islam, Holy Terror. Tout plutôt que cette censure qui ne dit pas son nom, cette méprisable "cancel culture".
Je ne défends pas Miller pas plus que je n'accable Akhtar, mais on ne s'en sortira pas comme ça, en refusant de parler, de dialoguer, en pratiquant la politique de l'autruche. 

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SCOTT SNYDER / AMAZON'S COMIXOLOGY/ DARK HORSE COMICS :


Mais en vérité la grosse actu de la semaine ne vient ni d'Image, ni de DC, ni de Marvel : elle vient de cet homme ci-dessus, Scott Snyder. Scénariste star, Snyder a été consacré par son run sur Batman durant les New 52, succès critique et commercial du reboot contesté de l'éditeur en 2011. Il est aussi l'homme derrière une franchise, American Vampire, née sous le défunt label Vertigo, un titre co-créé avec Stephen King et le dessinateur Rafael Albuquerque, dont la dernière série s'achève ce mois-ci.
Snyder, qu'on l'aime ou pas (et j'avoue ne jamais avoir été vraiment client de sa production) est une star au même titre qu'un Mark Millar, un auteur libre, ambitieux, et que les éditeurs s'arrachent. Quand après avoir conclu sa trilogie Metal chez DC (avec Death Metal et la fin de son run sur Justice League) Snyder a annoncé vouloir prendre du recul, il y a quelques mois, tout le monde s'est demandé ce qu'il allait faire. Au moins en dehors des cours d'écriture qu'il donne pour les aspirants scénaristes de comics.
Et le bonhomme a frappé un grand coup en dévoilant le contenu d'un contrat passé avec le site Comixology (qui appartient à Amazon) et l'éditeur Dark Horse Comics : pas moins de huit séries originales lancées cet Automne, avec des dessinateurs de premier plan !
Découvrons ça :


Barnstormers est une romance sur fond d'aviation et de seconde guerre mondiale, écrite pour Tula Lotay. Ce genre peut surprendre de la part de Snyder, mais il donne surtout une indication intéressante sur la suite car ses nouvelles séries évoquent souvent le passé et des genres emblématiques de diverses époques.


Pour Tula Lotay, qui avait collaboré avec Snyder sur un arc de All-Star Batman, c'est l'occasion de s'imposer vraiment auprès du grand public qui ne la connaît pas autrement que pour des posters ou des variant covers (même si elle dessiné Supreme Blue : Rose, écrit par Warren Ellis).


Book of Evil réunit Snyder et Jock, qui avaient oeuvré sur Detective Comics (avant le début du run de Snyder sur Batman). L'histoire s'intéresse à une bande d'ados qui vit dans une société majoritairement composée de psychopathes. La forme de cette série reste floue puisqu'elle pourrait selon les sources être en prose illustrée.


Canary va aussi offrir une exposition à Dan Panosian comme il n'en a jamais vraiment connu. Longtemps encreur, ce dessinateur formidable (et très sympa) se chargera des dessins de ce western horrifique pour lequel il est taillé.


Encore une fois, l'épouvante est au rendez-vous, la marque de fabrique de Snyder, et conjuguée à un autre genre pop (ici le western), ce qui garantit un produit atypique.


Clear est un récit de SF où le héros ne distingue plus la réalité du monde virtuel dans une chasse aux monstres en milieu urbain. Visiblement inspiré par Philip K. Dick, Snyder bénéficiera des dessins de Francis Manapul pour ce projet.


Manapul a illustré des épisodes de la Justice League de Snyder et semblait ne plus trouver sa place chez DC depuis - son projet de Aquaman : Earth One a sans cesse été repoussé au point de devenir une arlésienne.
 

Avec Dick and Cover, on est en terrain connu puisque Snyder retrouve Rafael Albuquerque, son complice d'American Vampire, pour une histoire située dans les 50's sur fond de guerre nucléaire, avec des héros ados.


Pas de planches visibles pour l'instant, mais des characters designs alléchants. De toute façon, Albuquerque est un fabuleux artiste, pas toujours inspiré pour choisir ses projets, mais dont le style visuel est implacable.


Dudley Datson and the Time Machine : tout est dans le titre, pour cette autre série dessinée par Jamal Igle, peut-être le partenaire le moins ronflant de la liste. Pourtant, c'est un dessinateur solide et expérimenté, qui a beaucoup travaillé pour DC.


Là non plus, pas encore de planches en preview mais des characters designs séduisants, et le projet d'un scénario plus léger de la part de Snyder.


Night of the Ghoul racontera la malédiction qui entoure un vieux film d'horreur pourtant convoîté par plusieurs personnes. Snyder est dans sa zone de confort avec de pitch à base de complot, d'épouvante.


Il est soutenu par Francesco Francavilla, qui avait déjà dessiné des épisodes de son passage sur Detective Comics, et qui, ces derniers temps, délaissant sa propre série Black Beetle, collaborait surtout avec le studio Mondo comme affichiste.


Enfin, We Have Demons marque le grand retour de la dream team Scott Snyder-Greg Capullo, qui ont signé ensemble Batman, Metal et Death Metal. Autant dire que les deux hommes se connaissent parfaitement. 


Avoir entraîné Capullo dans cette aventure, donc l'avoir arraché à DC, est une sacrée prise pour Snyder, dans ce qui est décrit comme un pur hommage aux productions Creepy/Eerie Comics des années 50
Toutes ces séries seront d'abord disponibles sur Comixology en format numérique puis en version physique chez Dark Horse, même si Snyder n'a pas communiqué précisément sur la périodicité de ses publications (en floppies mensuels ? En graphic novels ?). Pour Dark Horse, c'est en tout cas une belle opération après avoir vu partir les licences Star Wars, Alien, Predator chez Marvel, et même si Hellboy n'en finit pas de finir ou que Jeff Lemire développe Black Hammer.
On sait en revanche que certaines de ces histoires sont déjà complétées depuis un moment (il semble que Snyder les ait développées depuis des mois, voire des années avec les artistes), ce qui pourrait expliquer qu'on voit quelques-uns des dessinateurs sur d'autres comics chez d'autres éditeurs entretemps (comme Capullo dans le Millarworld pour la suite de Reborn ?).

Je vous laisse avec tout ça à lire. En attendant de vous retrouver très vite pour de nouvelles critiques, allez vous faire vacciner et prenez soin de vous !


jeudi 14 mars 2013

Critique 382 : DAREDEVIL, VOL. 2, par Frank Miller et Klaus Janson


DAREDEVIL BY FRANK MILLER AND KLAUS JANSON, VOLUME 2 rassemble les épisodes 173 à 184 de la série, écrits par Frank Miller, dessinés par Miller et Klaus Janson, encrés par Janson, publiés par Marvel Comics de Août 1981 à Juillet 1982.
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Daredevil #173 : Lady Killer
(Août 1981)
- # 173 : Lady Killer - Un serial killer sème la panique en ville et tout porte à croire qu'il s'agit du Gladiateur. Becky Blacke, l'assistante de Matt Murdock et Foggy Nelson, a elle-même été agressée, mais Daredevil veut en avoir le coeur net.
Daredevil #174 : The assassination of Matt Murdock
(Septembre 1981)
Daredevil #175 : Gantlet
(Octobre 1981)
Daredevil #176 : Hunters
(Novembre 1981)
Daredevil #177 : Where Angels Fear to Tread
(Décembre 1981)
Daredevil #178 : Paper Chase
(Janvier 1982)
Daredevil #179 : Spiked !
(Février 1982)
Daredevil #180 : The Damned
(Mars 1982)
Daredevil #181 : Last Hand
(Avril 1982)
Daredevil #182 : She's Alive
(Mai 1982)
- # 174 à 182 : The assassination of Matt Murdock / Gantlet / Hunters / Where Angels fear to tread / Paper Chase / Spiked ! / The Damned / Last Hand / She's Alive - Un contrat est lancé contre Matt Murdock, des ninjas de l'organisation criminelle de la Main sont chargés de le supprimer. En l'apprenant, Elektra, amour de jeunesse de Murdock qui a été formée par la Main pour devenir une de leurs tueuses, brave les assassins pour protéger l'avocat. Mais Daredevil sait qu'il ne pourra laisser libre Elektra, partagé entre ses sentiments et la justice.
Ensemble, ils affrontent Kirigi, légende vivante des ninjas de la Main. Blessé lors d'un attentat dans son cabinet, Matt perd temporairement l'usage de son sens radar et doit s'en remettre à son vieux mentor, l'intransigeant Stick, pour recouvrir cette précieuse faculté.
Le reporter Ben Urich, qui connaît la double identité de Daredevil, met à jour la corruption exercée par le Caïd, Wilson Fisk, pour acheter le candidat à la mairie de New York, Randolph Cherryh. En filant les deux hommes lors d'un rendez-vous secret, le journaliste découvre accidentellement que Vanessa, l'épouse de Fisk, disparue quelque temps plus tôt, est toujours vivante et vit, traumatisée, parmi des clochards dans les bas-fonds. Urich communique la nouvelle à Daredevil pour retrouver la jeune femme.
Cependant, Elektra a attiré l'attention du Caïd, qui la recrute pour tuer Foggy Nelson pour se venger de Daredevil qui l'a obligé à abandonner Cherryh s'il voulait revoir Vanessa. La promotion d'Elektra, que Bullseye, en prison, apprend par le Punisher, le pousse à s'évader pour récupérer sa place.
Les deux adversaires s'affrontent. Daredevil doit alors neutraliser (définitivement ?) le fugitif après avoir subi une terrible perte, le laissant d'autant plus désemparé que sa compagne, Heather Glenn, lasse qu'il l'écarte, s'apprête à le quitter en étant dépossédée de son entreprise...
 
Daredevil #183 : Child's Play
(Juin 1982)
Daredevil #184 : Good Guys Wear Red !
(Juillet 1982)
- # 183-184 : Child's Play / Good guys wear red ! - Le Punisher sort de prison, couvert par les autorités, pour mettre fin à un trafic de drogues, mais en profite pour s'évader et reprendre sa croisade sanglante contre le crime. Il va trouver sur sa route Daredevil, qui en temps que Matt Murdock défend justement un adolescent dans une affaire mêlée au commerce de PCP.
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Plus de trente ans après leur publication (sérieusement remaniée et même souvent censurée) dans les pages du mensuel "Strange", relire ces épisodes permet non seulement de les apprécier dans leur version intégrale mais également de vérifier que leur impact reste intact.

Fin 1981 et (surtout) début 1982, Frank Miller va en effet signer les chapitres les plus mémorables de son run mais aussi sans doute de la série Daredevil, en redéfinissant profondément le personnage, son univers, sa tonalité. A part Ann Nocenti à la fin des années 80, et Mark Waid actuellement, tous les auteurs intéressants qui ont animé le titre se sont en effet basés sur la vision de Miller. Quant à Miller lui-même, il ne fera guère mieux ensuite, même si l'arc Born Again (avec David Mazzucchelli) bouclera magistralement la boucle.

Dans cet album copieux de 12 épisodes, on trouve aussi à la fin, entre autres bonus, une longue interview menée par Peter Sanderson où Frank Miller et Klaus Janson, en Novembre 1981, détaillent leur collaboration, la direction donnée à la série, leurs références (narratives et visuelles), puis plus largement une certaine conception de la bande dessinée, soulignant à la fois le classicisme et la modernité de leur démarche.

Pour les deux hommes, qui travaillaient vraiment main dans la main (Miller écrivait et crayonnait les épisodes que finissait et encrait - et parfois colorisait - Janson), Daredevil était un des premiers héros Marvel à ne pas s'inscrire dans le moule classique de l'éditeur (en s'adressant à un public plus adulte car lui-même en était un), construit moins sur l'acquisition de pouvoirs spectaculaires que sur des traumatismes (la mort de son père, l'absence de sa mère, la perte de la vue) et la notion de dépassement (prolonger son activité d'avocat au service de la loi par celle de justicier au service de l'ordre, compenser sa cécité par la maîtrise et l'exercice de ses autres sens fantastiquement développés), tout cela avec en arrière-plan des références appuyées à la religion catholique ou la culture japonaise et la littérature policière.

Ces explications éclairent de manière passionnante cette partie de leur run sur la série où tous ces éléments sont portés à leur paroxysme.

Miller a d'abord officié en tant que dessinateur sur la série, à partir de 1979, avec Roger McKenzie au scénario (celui-ci revient d'ailleurs l'épauler sur les #183-184). Puis en Juillet 80 (au #165) jusqu'en Février 1983 (au #191), il devient seul maître à bord (même s'il délaissera sur la fin la partie graphique, Janson devenant de facto dessinateur et encreur complet).

Quand il prend les commandes, Miller part visiblement avec des idées arrêtées, et sera soutenu par son editor, Denny O'Neil (qui lui succèdera d'ailleurs comme scénariste), adepte lui aussi d'une approche plus réaliste et sombre. Terminées les aventures classiques où DD affronte des super-vilains traditionnels, plus ou moins sérieux. Il va souligner en premier l'importance du décor et faire de New York (en particulier ses bas-fonds) un personnage à part entière de la série. Puis il s'empare d'un ennemi dévolu à Spider-Man, le Caïd, pour lui donner le rôle du vrai méchant de la série, mais un méchant moins physique (malgré son imposante silhouette) que psychologique, un authentique maître du crime organisé, qui veut mettre la main sur la ville en soudoyant un candidat, en engageant divers assassins, en disposant de petits malfrats pour sous-traiter les trafics qu'il régit.

Daredevil devient moins une série super-héroïque qu'un mix entre super-héros et polar, une plongée en enfer urbaine et violente, une tragédie avec des personnages costumés (ou pas) aux destins funestes. Le programme est ambitieux et il en subsiste ces épisodes à la tension dramatique extraordinaire, aussi traumatisante pour ses protagonistes que ses lecteurs.

Miller ne se dispense pas d'un certain sens du baroque en partant de situations a priori faciles (une bombe prive DD de son sens radar, et pour le récupérer, il fait appel à Stick, son mentor, qui lui fait affronter ses démons intérieurs avec des visions hallucinantes) ou en entraînant le récit dans une parenthèse proche de l'épouvante (comme lorsque Ben Urich et DD vont récupérer Vanessa Fisk dans une tribu souterraine).

Parfois aussi (déjà...), Miller cède à quelques facilités grossières (Stick est là aussi pour justifier la relation avec les ninjas, et son intervention est bien providentielle. Plus tard, Urich est gravement blessé - on croit même qu'il est tué - par Elektra, mais l'épisode suivant, deux semaines, il est à nouveau pleinement opérationnel et peu choqué).

Enfin, les deux derniers épisodes de l'album, avec le Punisher (qui est utilisé d'abord comme un produit de contraste avec les valeurs de DD), font pâle figure après le sommet que constitue le #181 (ce prodigieux chef-d'oeuvre, de quarante pages, où tout converge, Elektra, Daredevil, Bullseye, le Caïd, dans un ballet mortifère, apothéose insurpassable).

L'emploi de la voix-off est (en comparaison avec ce qui se fait aujourd'hui) d'une sobriété remarquable, et on reconnaît là le Miller amateur de polars "hard-boiled", où l'objectivité prime sur les sentiments. De même, les rappels réguliers des origines du héros (pratique disparue hélas ! aujourd'hui alors qu'elle permettait à n'importe quel nouveau lecteur de situer le personnage) sont aussi utilisés avec discrétion et montrent bien que Miller était au carrefour des narrations classique et moderne.

En tout cas, sa gestion du rythme, sa manière de poser les ambiances, de camper un personnage, sont exemplaires et produisent encore un effet très efficace.

Si, narrativement, Miller a innové, graphiquement aussi, ces épisodes demeurent superbes.

Parlons d'abord du découpage, vraiment révolutionnaire : cinéphile amoureux du "film noir" classique, il privilégie des cases rectangulaires horizontales occupant souvent toute la largeur de la bande, mais aussi des plans verticaux à la marge des planches pour poser le décor, parfois de façon détaillée (avec des buildings plus vrais que nature - à une époque où on n'utilisait pas de fichiers numériques pour ça !) ou suggestive (le bureau du Caïd plongé dans le noir avec une seule lumière plongeante, un mur uniquement représenté par les fenêtres dans les locaux de l'entreprise d'Heather Glenn).  

L'autre particularité de Miller, c'est sa maniaquerie pour chorégraphier les combats. Les adversaires dansent presque autant qu'ils se frappent, c'est un véritable ballet (à l'époque, dans "Strange", les traits de vitesse étaient même souvent effacés et augmentaient cette impression que les corps étaient saisis dans le vif de l'action, à la fois crispés par l'effort et gracieux dans l'attitude - c'était une des rares bonnes interventions de la censure bizarre d'alors).
 
 
 
 
 
 
 

Tel un monteur de cinéma, Miller joue enfin beaucoup sur le nombre de cases par page, n'hésitant pas parfois à répéter la même image en gommant progressivement un détail (comme la cigarette de Ben Urich qui se consume alors que DD a rejoint Elektra dans un immeuble d'où ne provient plus aucun son de bataille) pour signifier le déroulement temporel de la scène.

Le rôle de Klaus Janson est longtemps resté nébuleux pour moi car je ne disposais pas des détails exacts des crédits. Il apparaît qu'il était plus que le simple encreur mentionné puisqu'il peaufinait les layouts (esquisses) de Miller avant de les encrer (et parfois, sur 7 épisodes de ce recueil, de les coloriser - et sa colorisation était une vraie plus-value).

Janson, en accord avec Miller, ne cherchait pas à enjoliver les images mais pourtant il a contribué à créer une esthétique d'une grande beauté, où le soin apporté à la lumière, à la façon dont celle-ci sculpte les corps, affine les textures, enrichit les ambiances, semble tout droit inspiré par les peintures d'Edward Hopper.

Janson alterne un encrage à la plume et au pinceau, ciselant ou épaississant le trait pour mieux cerner les différentes valeurs du plan. Dans l'interview susmentionnée, on apprend que les deux partenaires travaillaient alternativement en s'inspirant de croquis mais aussi de photos, qui influaient alors sur la représentation précise des personnages (Robert Redford pour Matt Murdock ou une catcheuse pour Elektra) que pour les décors.

Il n'empêche qu'avec Janson, on découvre réellement à quel point l'encrage détermine le dessin, en soulignant le graphisme, la stylisation, plutôt que le réalisme photographique : on est ici dans une exagération tantôt subtile, tantôt outrée de la réalité.

Comparer ce que produisait Janson à cette époque avec ce qu'il se contente de faire aujourd'hui est cruel, tout comme ça l'est avec le dessin de Miller devenu une caricature peu flatteuse de son art passé (sans parler de ses idées et de leur expression).

Pour toutes ces raisons-là, et malgré de menues imperfections, des raccourcis maladroits, et le parasitage créé par la brouille entre Janson et Miller, ou les prises de position politique de Miller, ces épisodes-là sont inoubliables et d'une qualité indiscutable. Peut-être ce que Marvel produisit de mieux alors avec les X-Men de Claremont et Byrne. C'est un concentré de ce que les super-héros procurent de plus excitant avec ce que des auteurs audacieux peuvent en tirer pour des lecteurs en quête de sensations fortes et adultes.

dimanche 4 septembre 2011

Critique 261 : MARVEL LES GRANDES SAGAS 8 - DAREDEVIL, de Frank Miller et David Mazzucchelli

Pour ce 8ème numéro de Marvel Les Grandes Sagas, Paninicomics joue sur du velours en proposant une des meilleures histoires de Daredevil, un authentique classique : l'arc Renaissance (Born Again en vo), écrit par Frank Miller et dessiné par David Mazzucchelli.

J'en avais déjà parlé là :

http://mysterycomics-rdb.blogspot.com/2009/05/critique-daredevil-born-again-de-frank.html

pour dire tout le bien que j'en pensais.

C'est un pur chef-d'oeuvre, indispensable, le genre de récit qui vous prend à la gorge et ne vous lâche plus, un défilé d'épisodes inoubliable. C'est aussi un témoignage à plusieurs niveaux : sur l'Amérique de l'ère Reagan, sur le passage à l'âge adulte des comics mainstream, sur l'état de grâce de Frank Miller (qui écrivait alors comme il n'a plus jamais écrit depuis), sur l'émergence de cet artiste ahurissant qu'est David Mazzucchelli.

Sans Born Again, nous n'aurions certainement pas lu les Daredevil de Brian Bendis et Alex Maleev puis d'Ed Brubaker et Michael Lark. C'est donc une date cruciale dans l'histoire de la série.

Ne manquez pas donc pas cette occasion bon marché de découvrir ce comic-book essentiel - ou si vous voulez faire plaisir à un amateur de bandes dessinées, de l'offrir à un(e) amie(e) !

jeudi 11 juin 2009

Critique 58 : LIBERTY, de Frank Miller et Dave Gibbons

Liberty (Give Me Liberty, en vo) est un récit complet en quatre épisodes, publiée en 1990 par Dark Horse Comics, écrite par Frank Miller et dessinée par Dave Gibbons. Le titre de la série provient d'une célèbre citation de Patrick Henry : "Je ne sais pas ce que d'autres décideraient, mais mon choix est fait : la liberté ou la mort!"
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- Tome 1: "Jungles" (Homes & Gardens). C'est en 1995 que l'héroïne de la série, Martha Washington, voit le jour dans un hôpital de Chicago. L'année suivante, en 96, Erwin Rexall est élu Président des Etats-Unis d'Amérique tandis que le père de Martha est tué lors d'une manifestation contre les conditions de logement des milliers d'Afro-Americains de Chicago dans le ghetto de Cabrini Green. Ce quartier se distingue en effet par l'extrème précarité de ses habitants et son taux de criminalité, à tel point qu'il est clôturé comme une véritable colonie pénitenciaire.
Martha grandit aux côtés de sa mère et de ses deux frères dans la misère la plus totale, conséquence de la politique économique menée par l'administration Rexall. Pourtant, la jeune fille est une élève studieuse et très douée comme en témoignent ses résultats scolaires et la précocité de ses dons pour pirater les ordinateurs de sa classe : les examens consistent cependant essentiellement à répondre à des questions sur des mesures prises par le Président Rexall - dont l'une a abouti à la création d'un 22ème Amendement dans la Constitution Américaine, permettant de briguer plus de deux mandats consécutifs.
Le professeur de Martha, Donald, l'encourage et pour la récompenser, comme il réside hors de Cabrini Green, il lui apporte des sandwichs, achetés en contrebande. Une nuit, Martha découvre Donald mort dans la salle de classe, assassiné par l'homme de main du Pape, le "parrain" du ghetto. Elle s'empare du crochet du meurtrier et le blesse grièvement avec. Chancelant, il la poursuit jusque dans les vestiaires où elle s'est cachée mais succombe avant d'avoir pu l'éliminer. Traumatisée par cette scène, Martha est interné dans un hôpital psychiatrique.
Dans cette instituion où les patients sont maltraités, Martha finit malgré tout par sortir d sa prostration et en visitant les locaux, découvre que des expériences génétiques sont menées en secret sur des enfants pour en faire des machines vivantes aux capacités parapsychologiques. Martha noue un bref contact télépathique avec l'une de ces créatures qui lui rappelle physiquement une poupée avec laquelle elle jouait, enfant.
Une page d'un périodique, Thisweek, nous informe alors qu'un canon-satellite américain a causé de sérieux dégâts sur des champs de pétrôle dans le désert d'Arabie Saoudite, entraînant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Ce scandale entâche la Présidence de Rexall, dont la politique économique est au plus bas dans les sondages. Le gouvernement U.S. doit aussi gérer des tensions graves avec les Indiens natifs d'Amérique dans le sud-ouest, et des coupes drastiques dans le budget national le forcent à fermer des prisons et des asiles.
Parmi ces derniers se trouve celui où était Martha, désormais jetée à la rue et livrée à elle-même. Des équipes médicales sont envoyées sur le terrain pour contenir ces sans-abri mentalement déficients mais lorsque l'un de leurs membres brutalise Martha, elle le tue et prend la fuite après lui avoir dérobé son portefeuille. Grâce à ses compétences en informatique, elle pirate un distributeur automatique de monnaie et vide ensuite son compte.
En Mai 2009, Rexall est quasiment tué lors d'un attentat à la Maison-Blanche, attentat revendiqué par des terroristes arabes. Placé dans un coma artificiel, Rexall est remplacé à la tête de l'Etat, non pas par son vice-président (tué dans l'explosion), mais par le ministre de l'agriculture, un démocrate inconnu des médias, Howard Nissen.
Contre toute attente pourtant, Nissen prouve qu'on peut compter sur lui pour rétablir (partiellement) la situation : il met fin à plusieurs années de guerre en envoyant les troupes de la PAX (nouvelle force de paire armée américaine fondée par Rexall) en Amérique du Sud pour neutraliser les responsables de la déforestation massive (dirigés par le lobby agro-alimentaire). Martha fait partie de ce corps militaire où elle s'est engagée après son séjour en asile et elle fait l'expérience des horreurs du combat, en particulier lorsqu'elle assiste à des attaques par des armes chimiques - conséquence de l'usage de ces gaz : elle voit ses cheveux devenir blonds.
Elle découvre aussi un complot mené par l'officier qui commande son régiment, le Lieutenant Moretti, visant à détruire de larges parcelles de la forêt pour supprimer l'ennemi. Se sachant démasqué, il l'abat et la laisse pour morte, mais Martha survit, attaque l'unité de Moretti et blesse gravement ce dernier. Tous deux hospitalisés, Moretti et Martha débutent un long affrontement...

- Tome 2: "Déserts" (Travel & Entertainment). Martha est devenue un héros de guerre, agissant avec bravoure au sein de la PAX dans des combats décisifs. Mais ses actions profitent aussi à Moretti, son supérieur hiérarchique, qui n'hésite pas à s'accaparer tous les mérites.
La guerre s'achève sur la victoire de la PAX. Une cérémonie est organisé durant laquelle Martha est décorée (et Moretti promu au grade de colonel) : elle parle alors au President Nissen de la situation indigne de Cabrini Green et obtient qu'il désenclave le quartier en y envoyant la PAX pour aider les habitants. C'est ainsi que la jeune femme retrouve sa mère.
En 2011, Martha est chargée d'une mission périlleuse : stopper le groupe terroriste des Aryens, une organisation souverainiste d'homosexuels qui veut détruire la Maison-Blanche grâce à un puissant laser en orbite au-dessus de la Terre. Martha tue tous les hommes dans le poste de contrôle de la station spatiale avec son sabre (plutôt qu'avec une arme à feu dont les balles pourraient perforer les cloisons), mais ne peut empêcher le chef des Aryens de déclencher la mise à feu pré-programmée du canon laser. Martha doit essuyer les tirs ennemis qui endommage l'étanchéité de la station et annonce sa destruction imminente.
Elle court jusqu'à l'odinateur central où elle retrouve le cobaye télépathe qu'elle avait découuvert lors de son internement psychiatrique et qui commande tout l'équipement du bâtiment. Martha la persuade d'annuler la mise à feu du cannon laser et quitte avec la créature la station à bord de la navette avec laquelle elle était venue.
Le souffle de l'explosion de la station endommage le vaisseau de Martha qui se crashe dans la plaine désertique du sud-ouest des Etats-Unis, au coeur du territoire Apache, hostile au gouvernement - quelques années auparavant, ces indiens avaient pris le contrôle d'une immense raffinerie pétrolière implantée dans cette région et Nissen leur avait diplomatiquement cédé la propriété de zonel. Mais l'endroit est devenu un mouroir, la population y vit dans des conditions misérables, l'air y est irrespirable.
Martha et "la Poupée" (comme elle a baptisée la créature avec laquelle elle est prisonnière) gagnent la confiance de Wasserstein, un des Apaches, qui leur raconte le déclin de son peuple, depuis toujours sous le joug des colons américains.
Cependant, le Colonel Moretti s'active en coulisses pour mieux manipuler le President. Nissen est devenu un alcoolique, culpabilisant sur le sort des Apaches, souffrant de sa séparation avec sa femme, et subissant passivement l'influence néfaste de Moretti. Dans un accès de rage, il tue même son Vice Président et signe un document officiel sans l'avoir lu, document rédigé par Moretti et qui autorise l'emploi d'un canon laser spatial pour raser le territoire Apache de la carte ! Ainsi il pourra également se débarrasser de Martha comme il le désire depuis la guerre en Amérique du Sud.


- Tome 3: "Forêts" (Health and Welfare). Martha tente de s'évader de la réserve Apache car elle a appris grâce aux dons télépathiques de "la Poupée" les plans de Moretti pour détruire la région. Elle vole une jeep et roule en direction du désert lorsque Wasserstein la rattrape et la maîtrise. Mais au même moment, le canon laser est activé depuis l'espace et dévaste la raffinerie et le territoire indien. Le souffle de l'explosion fait perdre connaissance à Martha.
Moretti annonce à la mère de Martha la mort de sa fille en mission.
A son réveil, elle est aveugle et aux mains du leader de la Haute Autorité Médicale, un chirurgien fou, séparatiste dont le secteur se situe dans le nord-ouest des Etats-Unis. C'est aussi un fanatique religieux, opposé à la pornographie, la musique rock, la contraception, qui veut laver le cerveau de Martha pour en faire le parfait soldat, aussi soumis qu'efficace. Il lui fait recouvrer la vue et la rebaptise Margaret Snowden.
Pendant ce temps, le Général Lucius Spank est abattu discrètement par Moretti, qui maquille son crime en suicide en laissant un document officiel et l'arme avec laquelle il l'a tué dans les mains de sa victime - ce document est le même qu'il a fait signer par le Président après qu'il ait supprimé le Vice-Président. Cette lettre fait rapidement la "Une" des journaux télé et sâlit la réputation de l'administration Nissen.
Pour étouffer ce scandale, Nissen, qui a convoqué ses plus proches collaborateurs à la Maison-Blanche, leur déclare que leur seule solution pour s'en tirer est de déclencher une autre guerre. Mais il est alors successivement poignardé par son entourage, à commencer par Moretti. Celui-ci quitte ensuite le bureau, dont il ferme la porte à clé afin d'empêcher les conspirateurs d'en sortir, puis rejoint une limousine qui l'attend devant la Maison-Blanche. C'est alors qu'une terrible explosion ravage le bâtiment, tuant tous ses occupants. Moretti s'en sort avec de légères blessures puis, lors d'une allocution, se déclare chef de la nation par intérim et impose la loi martiale dans tout le pays.
Désormais, seul aux commandes, Moretti ordonne la destruction de la zone occupée par la Haute Autorité Médicale. Mais le Chirugien a préparé sa riposte en armant plusieurs centaines de missiles nucléaires et surtout en ayant en sa possession le cerveau artificiellement maintenu en vie du Président Rexall, qu'il est prêt à greffer dans un nouveau corps.
Wasserstein, unique rescapé de la nation Apache, se prépare, lui, à inflitrer la Forteresse de la Santé, dans laquelle se trouve Martha. Accompagné par "la Poupée", l'indien sait qu'il aura besoin de ses facultés télépathiques pour sauver la jeune femme. Mais devenue “Margaret”, celle-ci reçoit l'ordre de localise l'intrus et de le neutraliser : lorsqu'elle rencontre Wasserstein dans le poste de contrôle du bâtiment, elle lui tire dessus sans hésiter et le remet avec "la Poupée aux mains des autorités de la Forteresse.
Néanmoins, "la Poupée" a eu le temps de "télécharger" les souvenirs que Martha a perdus lors de son lavage de cerveau.
La jeune femme, troublée, va faire quelques pas dans le parc de la Forteresse alors que le Chirurgien ordonne le lancement de ses missiles.

-Tome 4: "Frontières" (Death and Taxes). Moretti prend le commandement de toute les forces armés américaines et dirige les manoeuvres depuis un avion. Le pays se déchire alors dans un chaos général, plusieurs Etats proclament leur indépendance, et la guerre civile ravage l'Amérique du Nord. Les tentatives de négociations de Moretti avec ces factions échouent rapidement et il doit surtout parer à l'attaque déclenchée par le chirurgien.
Martha fat justement son rapport au chirurgien qui la met au courant de la situation : si la forteresse est attaquée, elle aura pour mission dévacuer et de protéger le cerveau de Rexall, placé dans un petit container mobile. Contre toute attente, Martha tire alors sur le chirurgien : redevenue elle-même, elle découvre qu'il n'est en fait qu'un androïde. Au même moment, Wasserstein, encore en ville, réussit à s'évader avec "la Poupée" et rejoint Martha dans la salle de commandement. "La Poupée" désamorce les missiles lancés et provoque leur destruction, épargnant la station orbitale qui était visée et ses occupants.
Moretti envoie l'aviation militaire bombarder la forteresse de la santé. Martha entraîne Wasserstein, "la Poupée", le cerveau de Rexall et l'épouse de ce dernier à bord d'un avion pour quitter l'endroit au plus vite. Le chirurgien s'accroche à une aîle de l'appareil eet s'envole avec eux.
Moretti est informé par ses troupes que la forteresse a été détruite mais qu'elles ont perdu la trace de Martha et Rexall. L'avion de Martha est pris en chasse par celui de Moretti, dont le pilote lance ses missiles mais les projectiles heurtent le chirurgien et explosent.
Le groupe de fugitifs avec Martha à sa tête se dirige ensuite vers le sud et la forêt brésilienne, où elle fit la guerre et qui a été reboisée et protégée sur ordre de l'administration Nissen. Moretti s'yn rend avec une unité de la PAX, dont certains membres ont des comptes à régler avec Martha.
Ce commando traque les fugitifs dans la forêt sous une pluie diluvienne. Martha et Wasserstein parviennent à tuer plusieurs de leurs adversaires mais Moretti trouve le cerveau de Rexall et sa femme, qu'il assassine.
Martha bondit alors sur Moretti avec lequel elle s'engage dans un combat au corps-à-corps disputé, mais au terme duquel elle prend le dessus et l'arrête.
En 2012, Rexall, dont le cerveau est désormais préservé dans un corps robotisé, est réélu triomphalement à la présidence du pays apaisé. Moretti, lui, attend en prison son exécution après avoir été condamné pour meurtre et trahison. Martha lui rend visite et accepte de le laisser se pendre avec sa ceinture dans sa cellule.

*
Comme beaucoup de comics importants des années 80, l'histoire est une dystopie, se situant dans un futur proche, et montrant le déclin total d'une grande nation, ici les Etats-Unis. En cela, on peut rapprocher Liberty des chefs d'oeuvres d'Alan Moore comme Watchmen et V pour Vendetta. Il est à la fois étonnant que Miller ait partagé les mêmes préoccupations que son confrère anglais au sujet de l'avenir politique de leurs pays respectifs, et en même temps, on peut voir dans cette convergence de points de vue l'illlustration parfaite de l'adage qui veut que "les grands esprits se rencontrent".
Quoiqu'il en soit, Miller et Moore restent incontestablement les deux auteurs de comics à avoir utilisé la bande dessinée pour décrire avec une telle puissance évocatrice ces lendemains qui déchantent, même si leurs oeuvres sont différentes. L'américain rend compte de sa pensée avec un style direct, sans concession, à l'image de ses positions politiques conservatrices. L'anglais écrit avec plus de cynisme des récits plus troubles.
Les thèmes explorés par Miller et l'intensité qu'il a su donner à son propos font de Liberty une oeuvre à part, à mon avis beaucoup plus intéressante que lorsqu'il a utilisé le filtre des icônes des comics mainstream, comme Batman (dans The Dark Knight Returns). En s'éloignant des codes propres aux super-héros, en s'en démarquant totalement, c'est comme si sa parole s'était libérée, sa verve déchaînée, et son efficacité optimisée.
En premier lieu, le choix de son héroïne donne à ce projet l'allure d'une fable : Martha Washington, la jeune fille américaine née dans le ghetto de Cabrini Green, est une figure digne de Dickens. On la suivra depuis sa naissance pour mieux observer comment, au cours de nombreuses péripéties éprouvantes, elle va devenir une jeune femme dont l'apprentissage de la vie adulte se fera toujours dans la douleur, l'adversité.
Liberty, c'est d'abord un superbe portrait de femme, peut-être le plus beau qu'ait imaginé Miller, et sans doute un des plus mémorables des comics : enfant des rues, elle accèdera au rang d'héroïne de guerre et jouera même un rôle décisif dans le destin des Etats-Unis.
A la lumière de la récente élection présidentielle américaine qui a vu un afro-américain arriver pour la première fois à la plus haute fonction de la plus grande puissance du monde, on ne peut qu'être troublé par la trajectoire ascensionnelle et précursive de Martha Washington (dont le nom de famille évoque immanquablement celui d'un des présidents des Etats-Unis, ce qui est évidemment tout sauf une coïncidence de la part d'un auteur comme Miller, si friand de symboles).
Mais plus généralement, le parcours de cette héroïne, à la détermination farouche et à l'intelligence aiguisée, ressemble à un concentré de l'âme noire du peuple américain : Liberty est une fresque de la négritude, une ode à la noblesse des noirs, un chant dédié à tous ceux qui ont défendu la cause.
On songe aux Black Panthers - c'est d'ailleurs l'animal auquel Wasserstein assimile Martha quand il la capture (lui étant réincarné en un aigle majestueux, certainement parce que cet oiseau était sacré pour les indiens mais aussi parce qu'il symbolise les Etats-Unis), et c'est sous cet aspect qu'elle sera encore représentée lorsqu'elle affrontera pour la dernière fois Moretti dans la jungle brésilienne... Où, lors de la guerre, elle fit connaissance avec le même félin.
Toute cette saga est traversée par une imagerie volontairement simpliste mais qui en résume parfaitement des éléments-clés. Ainsi, aux conditions de vie misérables des habitants de Cabrini Green "répondent" celles, tout aussi indignes, des Apaches : les milieux dont sont issus Martha et Wassertein en font naturellement plus des alliés que des ennemis. Il semble même qu'entre la négresse blonde et le ténébreux indien existe un sentiment amoureux : l'attirance de Martha est trahie par "la Poupée" qui parle dans son sommeil et répéte ce que pense secrètement la jeune femme de son geôlier, tandis que la volonté infaillible de Wassertein à toujours sauver Martha par la suite indique clairement qu'il est épris d'elle.
Le traitement honteux réservé aux minorités est aussi révèlé lorsque Martha est internée en hôpital psychiatrique : tous les patients y sont négligés, rudoyés, et finalement le gouvernement ordonne leur élimination, faute de moyens pour les prendre en charge.
La manière dont Miller dépeint cette institution et de façon plus globale dont l'administration politique se désintéresse, puis veut se débarrasser, ou opprime les plus faibles, est saisissante et poignante. Certes, le procédé n'est pas très subtile pour susciter notre sympathie envers ces laissés-pour-compte - noirs, indiens, malades mentaux -, mais il fonctionne et correspond à la tonalité ouvertement mélodramatique du récit.
C'est le tableau d'une Amérique malade que Miller brosse dans son style typique mêlant action et satire politique : son regard sur les Etats-Unis et ses corporations est implacable, impitoyable. Ce pays répéte continuellement les mêmes tragiques erreurs, abrite éternellement les mêmes extrémismes : "l'Amérique est un mensonge", disait Orson Welles, et semble répéter Miller. Ce n'est pas, ce n'est plus le Nouveau-Monde, la terre de tolérance : c'est au contraire un contrée pourrie, gangrénée, au bord de l'implosion, dont le communautarisme divise profondèment et violemment les habitants.
Ici, nous en voyons des franges parvenues à un séparatisme sans retour : factions d'homosexuels nazies, de lesbiennes féministes agressives, de fanatiques religieux obsédés par la pureté au point de constituer un Etat sécessionniste de la Santé, lobbyistes de l'agro-alimentaire et de la malbouffe dévastant la forêt sud-américaine...
Lorsque l'histoire s'est emballée dans une folie aussi furieuse qu'absurde, un double-page nous montre même la carte de l'Amérique du Nord avec ses nouvelles fédérations, coupées les unes des autres, et abritant des régimes grotesques et terrifiants : le Pays de Dieu, le Pays des Merveilles, l'Amérique Authentique, le territoire mexicain, la République de l'Etoile Solitaire, la Confédération du Premier Sexe, la Dictature Capitaliste de la Côte Est, la Fédération des Etats de Nouvelle-Angleterre, la Floride annexée à Cuba... Et trônant, pathétique et minuscule au sommet de tout ça, ce qui reste des Etats-Unis d'Amérique originaux !
Cette cartographie provoque l'hilarité, mais on rit jaune car Miller vise juste et ce qu'il a imaginé sonne étrangement vrai.
Cette dislocation physique et morale du pays découle directement de son militarisme galopant, incarné par le jubilatoire salaud de l'histoire, l'infâme Moretti, double malfaisant de Martha. Il est l'archétype du blanc parvenu, arriviste, arrogant, sans scrupules ni limites : l'incarnation de l'impérialisme américain, méprisant ceux que les colons ont massacrés, asservis, rejetés, sacrifiés.
Il y a quelque chose de jouissif chez ce personnage de parfait repoussoir, de méchant qu'on aime détester : d'emblée, il nous est antipathique. Mais c'est un adversaire à la mesure de la bravoure et du mérite de Martha : il est méthodique, patient, habile, manipulateur, menteur. Il n'hésitera pas à tuer pour accomplir ses plans, Miller confirmant malicieusement ainsi qu' "on n'est jamais mieux servi que par soi-même".
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Il faut enfin parler du graphisme de la série : après Watchmen, Dave Gibbons aura pu ajouter à son c.v. l'autre auteur majeur des années 80 en collaborant, après Moore, avec Miller.
Les différences d'écriture entre les deux scénaristes sont sensibles dans l'illustration : après la mise en images sophistiquée en oeuvre sur Les Gardiens, suggèrant des effets mobiles comme le travelling-arrière, la symétrie, la "caméra subjective", le dessinateur donne à voir un tout autre aspect de son grand talent.
On retrouve ici traduit le goût de Miller pour les larges cases horizontales, rappelant les dimensions de l'image cinématographique, que viennent ponctuer d'autres vignettes verticales, souvent pour planter le décor des scènes.
De magnifiques "splash-pages" émaillent le récit, soulignant des moments d'émotion intense : Gibbons y excelle pour restituer les sentiments qui étreignent les personnages ou pour figer comme des instantanés l'action à l'état pur. Difficile d'être insensible lorsque Martha éclate en sanglots après avoir découvert les horreurs du champ de bataille puis essuie ses larmes avec une expression révoltée. Et carrèment impossible de ne pas être sidérer par des planches comme celles où l'aigle Wassertein fond sur la panthère noire Martha ou que la même panthère noire bondit sur Moretti représenté comme un chasseur de safari.
Cependant, malgré leurs distinctions esthétiques, Liberty et Watchmen partage quand même un point commun visuel avec l'insertion de pages figurant des extraits issus de faux magazines, comme ici les articles de "This Week" relatant les soubresauts politiques des Etats-Unis, ou la carte redessinée de l'Amérique (que j'ai évoquée plus haut).
Ces passages constituent des entrées alternatives au récit principal tout en l'enrichissant, en lui donnant du relief, de l'ampleur (comme c'était le cas avec l'autobiographie d'Hollis Mason, les notes sur Joe Orlando ou l'interview d'Adrian Veidt, par exemple, dans Watchmen).
Miller s'est-il inspiré des idées de Moore ? Je l'ignore, et à vrai dire, qu'importe : les bonnes idées méritent toujours d'être reprises si elles le sont avec intelligence - et c'est le cas ici. Gibbons nous permet pour l'occasion d'apprécier son savoir-faire de peintre, sans pour autant miser sur des effets "photo-réalistes".
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Miller a créé une icône avec Martha Washington, un de ces personnages qu'on n'oublie plus après les avoir rencontrés. Une mini-série ne lui a pas suffi pour la raconter comme il le souhaitait et Give Me Liberty a connu plusieurs suites sous différentes formes. Dave Gibbons, fidèle à son héroïne, a tenu à la dessiner dans ces "sequels", toutes publiées par Dark Horse.
On compte ainsi une deuxième production en 5 volets intitulée Martha Washington Goes to War, en 1994 : le gouvernement de Rexall y est corrompu par le Chirurgien à la tête d'une tentative de putsch, que fera échouer Martha.
Un "one-shot", Happy Birthday Martha Washington, en 1995, contient une histoire en noir et blanc, Collateral Damage, basée sur le journal de guerre de Martha ; et State of the Art, conçu pour le San Diego Comic-Con de 1993.
Une autre mini-série en trois épisodes, Martha Washington Saves the World, sera éditée en 1997.
Dix ans plus tard, Miller et Gibbons réalisent un ultime chapitre de 22 pages, sobrement intitulé Martha Washington Dies.
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(Re)découvrez donc cette oeuvre aussi méconnue qu'épique : vous terminerez cette lecture avec le sentiment d'avoir réellement fait la connaissance d'une femme d'exception - Martha Washington, l'autre visage du rêve américain. Ne passez pas à côté !

lundi 8 juin 2009

Critique 57 : BATMAN-THE DARK KNIGHT RETURNS, de Frank Miller


Batman : The Dark Knight Returns est une mini-série en quatre chapitres, écrite et dessinée par Frank Miller, encrée par Klaus Janson et mise en couleurs par Lynn Varley, publiée par DC Comics de Février à Juin 1986.
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Bruce Wayne a abandonné ses activités sous la cape de Batman après la mort du second Robin (Jason Todd), et avoir fait croire à son propre décés dans une course automobile. Dix ans ont passé au cours desquels Gotham city a sombré dans le chaos, principalement par la faute du gang des "Mutants" qui fait régner la terreur en commettant des séries de crimes violents et gratuits.
C'est précisèment en rencontrant ces barbares dans la rue où furent tués ses parents que Bruce reprend le masque de Batman. Pour mettre fin à leurs agissements, Batman reçoit l'aide inattendu d'une jeune fille aspirant à devenir Robin, Carrie Kelly.
La réapparition de Batman va provouer une réaction en chaîne dont le premier effet est le retour de ses ennemis, en premier lieu Harvey Dent/Two-Face. Au même moment, le commissaire Gordon est contraint de prendre sa retraite et on le remplace par un officier farouchement opposé à Batman, Ellen Yindel.Cependant, Batman a appris qu'un général de l'armée américaine approvisionne en matériel de guerre les Mutants contre de l'argent. Le justicier confronte le militaire qui avoue avoir fait cela pour payer un traitement médical à son épouse malade et qui préfére se suicider plutôt que d'assumer ses actes publiquement. Batman se rend au repaire des Mutants et affronte leur chef. Mais il se fait sérieusement blesser et il ne doit son salut qu'à l'intervention de Carrie.
De retour à la Batcave, Carrie convainc Batman de la prendre à ses côtés pour qu'elle devienne sa nouvelle partenaire en endossant l'habit et le nom de Robin.
Le chef des Mutants menace de lâcher son armée sur la ville et le Maire de Gotham essaie de négocier avec lui en prison. Mais le malfrat tue son interlocuteur sauvagement en l'égorgeant.
Batman et Carrie infiltrent les rangs des mutants et font courir la rumeur que leur leader souhaite organiser un rassemblement. Puis Batman demande à Gordon de laisser filer le chef des Mutants pour mieux l'attirer dans un piège. Un nouveau combat les oppose alors dont le Dark Knight sort, cette fois, vainqeur, imposant son autorité aux barbares, dont certains décident de le servir en se rebaptisant "les Fils de Batman" - les autres battent en retraite.
Cependant, on assiste à des tensions politiques croissantes entre les Etats-Unis et l'URSS au sujet d'une île et qui pourraient déboucher sur un conflit militaire. Le gouvernement doit gérer cette crise et le retour de Batman - auquel on envoie Superman pour tenter de le raisonner, mais sans succès : le justicier de Gotham se moque même de son confrère de Metropolis en pointant du doigt sa servilité à l'égard des autorités.
Le pire est à venir lorsque le Joker revient à lui après dix ans de catatonie. Batman doit batailler contre les forces de police pour intervenir tandis que le Joker répand son gaz mortel dans le public de l'émission et prend la fuite. Batman et Robin le prennent en chasse. Le Joker s'en prend à Selina Kyle. Batman, enragé, brise le coup du Joker mais celui-ci se suicide alors pour qu'on accuse son ennemi de l'avoir lâchement tué.
Superman intervient contre les Russes et les contraint à un repli stratégique humiliant. Le protecteur des Etats-Unis est clairement devenu une arme de dissuasion, symbolisant la politique de son pays d'adoption - et expliquant tacitement que Wonder Woman et d'autres héros se sont retirés parce qu'ils ont refusé d'être des soldats à la solde de l'Etat.
Les "Fils de Batman" se sont organisés comme une milice désormais et s'emploient à maintnir la loi et l'ordre, en usant de la force. Batman désapprouve ces méthodes et les entraine à combattre le crime sans tuer.
Humiliés par leur défaite, les soviétiques décident de lancer un missile à tête nucléaire contre l'île que Superman les a empêchés de contrôler. L'Homme d'Acier parvient in extremis et au prix d'un effort considérable à dévier le projectile sur un désert, mais son explosion plongent les États-Unis dans un véritable hiver nucléaire : tous les appareils électroniques sont hors-service par l'impulsion électro-magnétique, le pays est retourné à l'âge de pierre.
Face à cela, Batman éprouve à la fois de l'amertume et de la rancoeur envers Superman qui a été incapable d'éviter et même de prévenir une telle catastrophe, alors que lui savait pertinemment que les deux blocs disposaient d'arsenaux d'une telle puissance.
Ayant survécu à l'explosion en se régénérant grâce à l'énergie solaire dont il tire sa puissance, Superman reçoit l'ordre de neutraliser Batman alors qu'il a réinstauré la sécurité à Gotham City. Green Arrow prévient Batman des plans du gouvernement et lui permet de se préparer contre Superman en confectionnant une armure.
Batman et Superman s'affrontent lors d'une bataille terrible jusqu'à ce que Batman soit terrassé par une crise cardiaque - tout comme son majordome Alfred qui déclenche avant de mourir la destruction du Manoir des Wayne.
Aux obsèques de Batman - dont l'identité secrète est désormais connue du public - , Superman perçoit un battement de coeur provenant de son cercueil, mais en reconnaissant Carrie, choisit de garder ça pour lui et se retire en lui adressant un clin d'oeil. Plus tard, la jeune fille déterre Bruce Wayne, qui a simulé sa mort pour mieux commencer une nouvelle vie : il conduit désormais un groupe formé de Robin, Green Arrow, et de son armée de Mutants, depuis les profondeurs de sa Batcave.
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Presqu'un quart de siècle après sa parution, on comprend encore pourquoi cette version crépusculaire et radicale de Batman a été une onde de choc : jamais on n'avait ainsi représenté une icône des comics mainstream pour réfléchir au genre lui-même dans sa globalité. Il s'agissait de bouleverser l'ordre établi en mettant en scène le dernier des rebelles, de faire passer cette littérature dans l'âge adulte en maniant les symboles d'une manière provocatrice, en traumatisant le lectorat.
Mais là où Alan Moore et Dave Gibbons avec Watchmen optèrent pour un récit cérébral, dépouillant les héros de leur superbe en les faisant basculer dans une machination perverse et révèlatrice de leur décalage avec la réalité, Miller choisit, lui, un traitement beaucoup plus brutal, qui fait la force et la faiblesse de son oeuvre.
Avec sa succession de duels, ses protagonistes archétypaux, sa structure linéaire, c'est au western que fait penser cette mini-série, mais aussi au mélodrame dont il reproduit les aspects paroxystiques - même si c'est pour les démythifier.
Dans cette série, Miller adopte un ton délibérément noir, désenchanté et rageur à la fois, pour retranscrire la complexité psychologique de Bruce Wayne/Batman, et à travers lui de la société (américaine en particulier, mais aussi internationale).
Le justicier milliardaire est dépeint comme un vieillard affaibli, assailli par les doutes, hanté par ses souvenirs, et dont l'égoïsme se confirme progressivement - il part plus en croisade pour se défouler que pour améliorer le sort de la population : il est évident qu'il s'agit d'avantage d'une revanche personnelle que d'une quête de justice, au sens noble du terme.
Son allure est celle d'un colosse, évoquant Marlon Brando, se réclamant de principes totalement en décalage avec son époque : il fait l'effet d'un indien reclus et perdu dans un monde moderne où le Bien et le Mal ne sont plus aussi distincts qu'avant, qu'au temps de sa gloire. Son code moral est trop rigide dans un monde où les valeurs ne sont plus aussi clairement identifiées qu'auparavant.
C'est un solitaire attaché à produire une justice dépendant d'une éthique individuelle et non des pouvoirs en place : en cela, Miller perpétue, dans la ligne super-héroïque en lieu et place de celle du polar "hard boiled", la tradition du héros de pulp fiction à la Dashiell Hammett.
Batman: The Dark Knight Returns a valeur d'ouvrage pionnier dans le sens où il a donné le ton à toute une génération de dessinateurs et surtout de scénaristes.
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Le style graphique rappelle étrangement le Hugo Pratt des derniers Corto Maltese avec une touche plus anguleuse, torturée. Ce mélange de traits fins à la plume réhaussés par des à-plats noirs, mettant en valeur des effets de lumière expressionnistes, crée une atmosphère à la fois gothique, mélancolique et épique, célèbrant et désacralisant dans un même mouvement la grandeur du héros et sa chute inévitable. De ce point de vue, l'illustration est tout à fait appropriée a sujet puisqu'il y est question de personnages décrépis, en fin de parcours, évoluant dans un monde au coeur du chaos. Mais esthétiquement, c'est un autre affaire, et j'y reviendrai.
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L'histoire porte, elle, la marque si personnelle et percutante de son auteur, chez qui la jouissance de détruire le mythe est manifeste. On assiste durant les quatre actes de cette finale à un vrrai jeu de massacre, qui déplut singulièrement à Bob Kane, le créateur de l'homme-chauve-souris, à l'époque. Il est vrai qu'il est loin, le temps où Batman et Robin, insouciants, partaient en guerre contre les malfaisants en tous genres. Désormais le Chevalier Noir mène seul une croisade personnelle, sans l'appui de la police, qui va même jusqu'à le traquer comme un criminel.
C'est aussi un récit en forme de conte, qui réfléchit à la notion même de légende : ce Dark Knight est effectivement un combattant anachronique, qui inspire la peur, qui s'appuie sur sa réputation passée comme un avantage psychologique sur ses ennemis, pour pallier les affres de son grand âge désormais. Mais cet individu, qui apparaît encore plus grotesque maintenant dans son costume moulant alors qu'il n'est plus l'acrobate si efficace que l'Histoire a immortalisé, est aussi synonyme de chaos, de justice parallèle. En resurgissant, ses adversaires les plus dangereux sortent aussi de l'ombre et l'on peut légitimement s'interroger : Batman n'est-il pas à l'origine du mal qu'il affronte? Sa présence, son existence même, ne provoquent-t-elles pas l'émergence de formes maléfiques encore pire que s'il n'était pas là ?
Autrement dit : Batman créé-t-il le Mal ? Ou est-ce le Mal qui a créé Batman? Miller ne répond pas à ces questions - sage décision qui donne de l'ambiguïté à son sujet et suscite un vrai malaise.L'exemple de l'utilisation du Joker est éloquente à cet égard : presque guéri de son insanité, il menait une existence paisible dans l'asile d'Arkham lorsque, voyant un reportage sur son vieil ennemi à la télé, il arbore à nouveau son sourire démoniaque. Le retour de Batman n'a-t-il pas réveillé ce fauve criminel endormi ? Avant lui, la démence d'Harvey Dent/Two-Face n'est-elle pas elle aussi réactivé par la manifestation de Batman ?
L'autre élément-clé du scénario est le traitement réservé au personnage de Superman, devenu un instrument entre les mains du gouvernement, et qui devient dès lors antipathique. Miller joue sur l'aspect romanesque de l'outlaw Batman contre celui plus convenable du shérif Superman : le réflexe naturel du lecteur sera de prendre parti pour Batman car il incarne l'outsider face au tout-puissant Superman, il représente la rebellion face à l'ordre établi, la transgression face à la normalité. C'est parfaitement joué, mais, avouons-le, aussi très manichéen et démagogique... Autant que de supporter une équipe de foot amateur face à des professionnels dans une compétition, même si les premiers jouent mal et dévalorisent dès lors l'essence de leur sport.
En vérité, la vision qu'a Miller de Batman au soir de sa vie est déstabilisante : beaucoup d'auteurs, jusqu'à aujourd'hui, ont souvent écrit le personnage comme un homme supérieurement intelligent, le meilleur stratège qui soit. Mais derrière cette façade brillante a toujours brûlé un individu hanté, jusqu'à l'obsession, par la disparition tragique de ses parents, entretenant avec le milieu criminel un rapport ambivalent : s'il agit toujours avec économie, en visant juste, en allant droit au but, en sachant déterminer la menace qu'il affronte, c'est aussi un justicier volontiers violent, qui a souvent hésité à se débarrasser définitivement de ses ennemis.
Miller, lui, a pensé qu'avec l'âge Batman n'a plus ces scrupules et il en fait un chef de gang, dont les membres sont des barbares mutants ; le mentor d'un très jeune fille (peut-être attirée sexuellement par lui) pour laquelle il représente clairement la figure du Père mais qu'il n'hésite pas à entraîner dans des aventures dangereuses, signifiant qu'il n'a pas retenu la leçon de ses erreurs passées (la mort de Jason Todd) ; et défiant suicidairement le seul être dont la puissance surpasse son intelligence (Superman).
Même si, in fine, Batman abuse Superman en lui faisant croire à sa mort - et même si Superman n'en sera pas dupe bien longtemps - , on le voit, à la toute fin du récit, trônant au centre de Cour des Miracles, avec sa disciples et sa horde de monstres, au fond de sa cave, préparant déjà de nouvelles manières de préserver l'ordre (ou du moins, "son" ordre) à Gotham City. Il semble donc bien que le Dark Knight ne puisse plus vivre que dans l'adversité, la clandestinité, le maquis : il a renoncé à l'humanité pour n'être plus que le chef d'un gang aberrant. On peut interpréter ça comme son ultime sursaut, sa dernière pirouette, un pied-de-nez aux autorités, à la lumière, à la normalité. Ou bien comme sa déchéance irréversible, son abandon à ses névroses de toujours. Batman n'est-il pas devenu davantage la tête d'une milice qu'un noble redresseur de torts, le symbole d'un ordre parallèle, souterrain, plutôt qu'un héros sain d'esprit ?
En comparaison avec le portrait de Superman que dresse Miller, avec un cynisme mordant, où l'Homme d'Acier est la brave soldat surhumain au service de l'Etat, la position de Batman paraît, il est vrai, plus romantique, plus attrayante, attirante. Le Dark Knight refuse tout compromis, affiche une intégrité absolue, en ne se pliant pas aux régles d'un gouvernement, en préférant la Justice à la Loi, l'Ordre au Droit. Mais son jusqu'au-boutisme a quelque chose de pathétique dans son entêtement, et on peut aussi considérer son attitude comme de l'intégrisme plus que comme de la droiture : la déraison du personnage ne le rend pas sympathique ni efficace - sa Némésis, le Joker, préférera se suicider plutôt qu'il ne l'arrête une fois de plus, ce qui prouve bien sa défaite.
Batman n'en sort pas grandi : c'est finalement plus un manipulateur vicieux, un adversaire déloyal, qu'un fin stratège. Et même si Superman semble s'amuser du tour que lui a joué son ancien partenaire, en tant qu lecteur, on peut être plus dubitatif devant cette complicité retrouvé in fine alors que les deux héros étaient prêts à se tuer quelques pages auparavant...
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L'autre manoeuvre narrative et graphique de Miller dans cette série consiste à constamment entrecouper l'histoire par des images et des commentaires provenant d'écrans de télévision en contrepoint de l'intrigue. Cela traduit le phénomène d'attraction/répulsion que Batman provoque dans l'opinion publique : des journaux télévisés, des débats, des interventions de spécialistes rapportent, discutent et/ou analysent les effets du retour du justicier.
Le procédé est au début très intéressant : il apporte une distanciation ironique bienvenue à un récit sombre et pessimiste qui s'en trouve ainsi aéré. Mais Miller en abuse ensuite et cela ne devient plus qu'un gimmick essentiellement visuel pour ordonner des planches où se succèdent des séries de vignettes dont le bavardage ralentit l'action plus qu'il ne l'enrichit.
Pour rompre avec cette surabondance d'images illustrant le "méta-texte" de l'histoire, des splash-pages spectaculaires, souvent gratuites, nous sont offertes. On y reconnaît l'art de Miller, le dessinateur qui a ébloui les lecteurs avec Daredevil et ses scènes d'action chorégraphiées, mais la fluidité dont il fit preuve est absente ici. L'allure massive de son vieux Batman l'empêche d'avoir la grâce de danseur qu'avait le Diable Rouge d'Hell's Kitchen. A trop vouloir montrer la déchéance morale et physique de son personnage, Miller en fait trop : du coup, comment s'attacher vraiment à ce justicier dont les méthodes sont limites et la prestance évanouie ?
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La partie graphique proprement dîte de Dark Knight returns m'a toujours problème : à mon sens, elle résume la magie perdue de cet artiste révolutionnaire que fut Miller (même s'il s'est réinventé plus tard avec Sin City, mais au service d'histoires affligeantes). Il fait encore illusion sur le premier et une partie du deuxième tome, mais l'autre moitié et la fin de la série sont d'un niveau médiocre.
Le trait fin de la plume et les masses noires du pinceau de Klaus Janson ne sauvent plus rien : au contraire, elle souligne la laideur de certains plans et la faiblesse de plusieurs pages d'affilée. Les fulgurances sont encore là (comme lorsque Superman n'est plus qu'une silhouette noire avec une cape et un logo), mais trop rares pour pardonner ce qu'il y a autour.
Quant aux couleurs de Lynn Varley, elles n'incitent pas à la clémence et sa contribution m'a toujours paru surévaluée.
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Je suis donc partagé sur cette bande dessinée qui fait l'objet depuis sa publication d'un véritable culte, ayant inspiré des éloges à des connaisseurs ou fait office de révèlation pour nombre d'amateurs.
En même temps, il est aisé de comprendre pourquoi ce comic-book a été et reste un évènement, pourquoi il a fait de Frank Miller cet auteur si renommé (même s'il a perdu beaucoup de son lustre) : avec cette oeuvre, il a su se servir du système pour mieux s'en affranchir, et le succès qui a récompensé son audace lui a conféré un statut aussi icônique que le personnage qu'il a "revampé". C'est un livre dont l'impact soit aussi signifiant sur le plan artistique et historique qu'on y associe pour toujours son nom.