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samedi 22 juillet 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #1, de Chip Zdarsky et Kevin Maguire, Leah Williams et Natacha Bustos, Paul Scheer & Nick Giovannetti et Tom Reilly

 

Si je n'avais pas consacré de critiques à Harley Quinn : Black + White + Red, je vais me rattraper avec Harley Quinn : Black + White + Redder qui a débuté sa publication cette semaine. Il s'agit comme son titre l'indique d'histoires courtes dessinées uniquement en noir, blanc et rouge, réalisées par des équipes artistiques différentes, à raison de trois par numéro. Et DC a convoqué du beau monde, à commencer par une très chouette couverture de Bruno Redondo.



- THE MAN OF STEAL (Ecrit par Chip Zdarsky, dessiné par Kevin Maguire) -  Harley Quinn entraîne Poison Ivy jusqu'à la Forteresse de Solitude en l'absence de Superman, avec le projet de la cambrioler. Mais une fois dans la place, bien des surprises les attendent...


A elle seule, cette short story justifie l'achat de ce numéro puisque c'est rien moins que le génial et trop rare Kevin Maguire qui la dessine (actuellement, l'artiste finaliserait un creator-owned. A suivre.). Et son trait toujours aussi expressif ne peut que faire des merveilles avec un personnage aussi excentrique que Harley Quinn. Pour les fans de Maguire, c'est un régal, d'autant que Chip Zdarsky lui a écrit un script aux petits oignons. 

Le pitch est mince mais très drôle et cette visite de la Forteresse de Solitude réserve bien des surprises pour Harley et Ivy, notamment un robot majordome qui a l'apparence de Batman... le Dark Knight n'est pas invité aux parties de poker que la Justice League dispute dans l'antre du Man of Steel d'ailleurs ! On rit de bon coeur et le format court convient idéalement car Harley Quinn peut devenir très vite usante sur des épisodes entiers.


- PUSH THROUGH THE PAIN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Natacha Bustos) - D'où Harley Quinn tient-elle ses talents d'acrobate ? Réponse dans son adolescence passé dans le cours de gymnastique de la très sévère Mme Mardock...


Leah Williams est une scénariste que j'apprécie beaucoup et elle se penche ici sur une sorte d'origin story instructive car, à ma connaissance, peu visitée. En effet, Harley Quinn n'est pas qu'une anti-héroïne foldingue, c'est aussi depuis sa création (par Paul Dini et Bruce Timm) une acrobate redoutable. On trouve ici l'explication à ce talent dans un récit à la fois cruel pour elle et aussi pour son enseignante.

Natacha Bustos (qu'on retrouvera à la rentrée pour la série Fire & Ice) prouve une fois encore que Marvel a eu bien tort de la laisser filer (après l'avoir pourtant promue comme "stormbreaker). Son trait souple et ses découpages inventifs épousent à la perfection le récit et le caractère bondissant de Harley. Superbe.


- GET GAGGY (Ecrit par Paul Scheer et Nick Giovannetti, dessiné par Tom Reilly) - Interrogée par Harley Bullock au poste de police après un braquage au musée de Gotham, Harley raconte n'importe quoi pour mieux couvrir une vieille amie...


Tom Reilly, qui avait brillé sur la mini-série Ant-Man de Al Ewing, passe chez DC pour se faire remarquer avec ce troisième segment. Ecrit par par l'acteur Paul Scheer avec Nick Giovannetti, le scénario nous embarque dans une histoire de braquage farfelu commis par des bras cassés qui veulent tous prouver qu'ils peuvent devenir des cadors.

La personnalité de victime de Harley est habilement exploitée pour mieux aboutir à un twist final où le lecteur découvre qu'elle a davantage manipulé son monde qu'elle n'a été manipulée. Reilly s'empare de cet argument pour produire des planches très dynamiques où l'exubérance de Harley est bien soulignée mais aussi bien dosée. De la belle ouvrage. Avec en bonus Catwoman !

Le format anthologique est impeccable pour ce genre de projet et de personnage : je ne lirai pas Harley Quinn autrement, mais en plus avec des équipes artistiques d'aussi bon niveau, c'est exquis. Et le prochain numéro restera de haute voléé (avec entre autres Annie Wu et Kelly Thompson).

jeudi 6 octobre 2022

ANT-MAN #4, de Al Ewing et Tom Reilly (avec Alan Davis)


Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour lire le dénouement de la mini-série Ant-Man puisque le précédent numéro était sorti la semaine dernière. Mais, avouons-le, il était temps car l'histoire de Al Ewing et Tom Reilly n'a pas tenu toutes ses promesses et ce dernier épisode noie littéralement le lecteur sous une tonne d'explications qu'il est impossible d'apprécier si on ne connaît pas sur le bout des doigs des travaux antérieurs du scénariste.


Zayn Asgahr est le Ant-Man de 2549. Rescapé d'une attaque de Ultron après que le robot ait été investi de la puissance d'Odin, ce scientifique et justicier a collecté les informations sur ses prédécesseurs.


Malheureusement, les voyages dans le passé ne sont jamais sans conséquence et n'ayant pu empêcher l'attaque de Black Ant contre Ant-Man III (Scott Lang), le pire s'est produit...


... Le destin de Ultron n'a pas été corrigé et il a réapparu en 2549, plus puissant que jamais, et réslou à éliminer les Ant-Men pour les empêcher de le détruire.


Cependant, Hank Pym suggère à Zayn Asghar de remodeler le pistolet vieillissant de son ancien ennemi, le Maître du Temps, et de l'utiliser contre Ultron...

Que Al Ewing ait une passion sincère pour Ant-Man, il ne faut pas en douter. Mais comme souvent dans ce cas de figure (un auteur veut rendre à un héros ses lettres de noblesse), ça ne suffit pas toujours. Et cela se vérifie dans cette mini-série qui avait pourtant bien commencé mais qui n'a cessé de sombrer ensuite.

Ce quatrième et dernier numéro démarre par un flashback de quatre pages qui sont en fait composées d'images tirées de Ultron Forever, un crossover entre les séries Avengers/New Avengers/Uncanny Avengers de 2015, écrit par Al Ewing et dessiné par Alan Davis. Je me souviens l'avoir lu sans que ça m'ait laissé un souvenir impérissable car le récit était alambiqué au possible, malgré de superbes illustrations.

Si vous n'avez pas lu Ultron Forever ou que, comme moi, vous ne vous en souvenez plus vraiment, alors la suite est une vraie purge. A titre personnel, je déteste quand un auteur, si brillant soit-il (et Al Ewing est brillant) oblige le lecteur à connaître ses oeuvres précédentes pour comprendre et savourer une histoire publiée sept ans après comme c'est le cas avec Ultron Forever et Ant-Man.

Je sais bien ce que diront certains puristes : continuité, univers partagé, etc. Mais moi, ça m'emmerde. Je ne veux pas lire un comic-book avec des notes de bas de page me contraignant à relire tel épisode vieux de plusieurs années. Je suis un lecteur, pas un archiviste, ni un complétiste. J'ai envie que l'auteur me prenne par la main, me donne quelque chose d'immédiatement abordable : c'est presque une politesse littéraire.

Surtout que rien ne préparait le lecteur de Ant-Man à des références aussi précises et obscures (car, bon, honnêtement, Ultron Forever n'a rien d'un classique). Jusqu'à présent, dans cette mini-série, Ewing se contentait de quelques remarques amusantes sur l'expérience narrative du projet et s'amusait même, dans le premier épisode, à évoquer des vilains complètement ringards, à relier entre eux les trois premiers Ant-Man (comme Eric O'Grady dépeint comme un garnement qui importuanit Hank Pym et Janet Van Dyne dans un cinéma et Scott Lang pris sur le fait par la Guêpe alors qu'il cambriolait un appartement).

Mais plus le récit progressait, plus ces connexions devenait pointues, avec des allusions au skrull qui usurpa l'identité de Hank Pym à l'époque de Secret Invasion, ou à l'enfermement dans un sarcophage de vibranium scellé par des runes asgardiennes de UltronPym. Ce n'était plus du tout drôle et ça ne s'adressait qu'à des spécialistes, le meilleur moyen pour me faire sortir du jeu.

Dans cet ultime numéro, face à Ultron devenu tout puissant, investi de la puissance d'Odin, Ewing semble d'abord revenir à la simplicité du début, avec le nom sybillin du Ant-Man de 2549 - Zayn Asghar (=Asgard). Mais ensuite il y a ce fameux flashback explicatif qui renvoie à Ultron Forever et alourdit considérablement le propos. La bataille qui s'ensuit est pathétique avec Eric O'Grady qui ne sert strictement à rien, Scott Lang guère plus. Reste Hank Pym dont Ewing n'a pas caché qu'il souhaitait le réhabiliter à travers  ce projet, le premier et le seul légitime Ant-Man selon lui.

On en revient à ce que je disais en ouverture : Ewing aime Ant-Man et Hank Pym. Sa volonté de redonner du lustre au personnage originel (dont l'image est écornée depuis des années, après une gifle donnée à Janet Van Dyne dans Avengers #213, devenue le symbole des violences conjugales chez les super-héros) est louable. Mais tout ça pour ça, bon sang, que c'est compliqué, que c'est laborieux... Et finalement vain car personne n'aura assisté au geste de bravoure Pym en 2549 !

Au dessin, Tom Reilly aussi n'a pas convaincu. Passé un excellent premier épisode, où, avec la coloriste Jordie Bellaire, il imitait le style de Don Heck et la patine des pages mal imprimées des années 60, le jeune artiste n'a pas su renouveler cette performance quand il a fallu évoquer le style de Phil Hester avec Eric O'Grady. Et quand il s'est agi d'animer Scott Lang (qu'a surtout dessiné Ramon Rosanas, un dessinateur au style beaucoup plus lisse), Reilly s'est trouvé avec un script qui visiblement n'avait que faire du troisième Ant-Man.

Dans ce quatrième numéro, la colorisation joue un rôle encore plus prépondérant puisque, pour illustrer le look futuriste de l'intrigue, Jordie Bellaire a eu la permission d'effacer des contours d'encrage. Et Reilly lui-même a eu recours à un trait beaucoup plus schématique, avec des à-noirs massifs, qui donnaient à l'ensemble une allure très anguleuse et simpliste.

Le résultat est parfois original, parfois maladroit. On ne comprend surtout pas bien la raison de ce choix graphique qui n'est pas très beau ni très dynamique. Le découpage lui-même est inégal, avec des transitions d'une case à l'autre, des compositions bancales, et des finitions au niveau des visages parfois baclées. Avoir voulu expérimenter à chaque épisode est méritoire pour leur donner une identité visuelle propre, mais cela demande un savoir-faire que n'a visiblement pas encore Reilly (qui n'a pas la maîtrise en la matière d'un caméléon comme Stuart Immonen ou la virtuosité d'un J.H. Williams III).

Comic-book trop petit pour ses trop grandes ambitions et plombé par un final trop référencé, Ant-Man passe à côté de son objectif. pas sûr du tout que Hank Pym en sorte rafraîchi. Et incidemment, pas sûr que je lise la mini-série The Wasp que Ewing proposera début 2023, en écho à celle-ci.

vendredi 30 septembre 2022

ANT-MAN #3, de Al Ewing et Tom Reilly


Avec ce troisième numéro (sur quatre) de la mini-série Ant-Man, Al Ewing et Tom Reilly animent la version la plus populaire et récente de l'Homme-Fourmi, Scott Lang, qui est aussi celle incarnée au cinéma par Paul Rudd. Il faut aussi noter que c'est ce héros qui a vécu le plus grand nombre d'épisodes au sein d'une série régulière à son nom. L'intrigue générale se resserrre mais le cliffahnger a un goût de réchauffé. 


Le L.M.D. de Eric O'Grady sous le pseudo de Black Ant et a pour objectif de dérober le sarcophage de vibranium protégé par des runes asgardiennes dans lequel est enfermé Ultron-Pym.


Iron Man et Thor appelés par Captain Marvel, c'est à Ant-Man (Scott Lang) et Stinger (Cassie Lang) de veiller sur le sarcophage. Et Lang refuse de le larguer, comme prévu, dans le microverse.


Au lieu de ça, il le transporte jusqu'au labo de Hank Pym que la Guêpe met à sa disposition. Mais où Black Ant les attend. Il fait disparaître le sarcophage avant d'être maîtrisé par Ant-Man et Stinger.


Mais c'est alors que le Ant-Man de 2549 téléporte Scott Lang dans le futur où Hank Pym affronte Ultron, déplacé là par Black Ant, et pourvu d'une puissance inédite...

Scott Lang est la troisième incarnation de Ant-Man et c'est la plus populaire. Comme Eric O'Grady, c'est au départ un personnage malhonnête, un voleur, mais avec un bon fond, ce qui le motivera à devenir un super-héros. Même ceux qui n'ont pas lu les multiples séries comics avec Scott Lang (notamment l'excellent run de Nick Spencer et Ramon Rosanas) savent qui il est puisque c'est ce Ant-Man qu'a popularisé le MCU dans deux films (et bientôt un troisième).

Pourtant Al Ewing, c'est assee flagrant, est de moins en moins inspiré. Il faisait encore à peu près illusion le mois dernier avec ce gredin de Eric O'Grady, mais Scott Lang ne semble pas le motiver des masses. D'ailleurs, la mini-série, qui avait si bien commencé, pique de plus en plus du nez pour aboutir, à la fin de cet épisode, à un cliffhanger qui sent fort le réchauffé.

En effet, Ewing choisit d'intégrer dans son récit l'infâme version Ultron-Pym créée par Rick Remender dans Rage of Ultron  puis revue dans Uncanny Avengers de Gerry Duggan puis dans Tont Stark : Iron Man de Dan Slott. Une des pires idées qui soit pour enfoncer encore un peu plus (si possible !) Hank Pym, dont quelqu'un chez Marvel a dû juger qu'il n'avait pas un passif assez lourd (depuis qu'il avait brutalisé Janet Van Dyne).

Le récit est bancal et souffre d'un rythme chaotique, comme si Ewing voulait trop en dire pour le peu de pages à sa disposition. S'il dépeint Scott Lang avec un sévère complexe d'infériorité que met en évidence sa fille Cassie (Stinger, ex-Stature - là encore une décision malencontreuse pour recréer un tandem similaire à celui de Ant-Man et la Guêpe mais avec un rapport père-fille au lieu de mari-femme), le scénariste paraît surtout ne pas savoir quoi faire de ce héros.

Pour preuve, il ne maîtrise même pas Black Ant (le second alias, maléfique, d'Eric O'Grady) et se trouve entraîné par le Ant-Man du futur dans un combat déjà mal engagé et où on a le plus grand mal à deviner ce qu'il pourra apporter pour le résoudre.

La maladresse grossière de cette histoire aura été, au fond, d'intégrer Ultron (ou plutôt donc la version Ultron-Pym à l'origine d'une version quasi-divine d'Ultron). Il y a des personnages liés à des vilains emblématiques mais les scénaristes semblent parfois incapables de voir au-delà, de leur créer de nouveaux adversaires, de clore un chapitre. Batman reste associé au Joker, Daredevil paraît toujours ramené au Caïd, Spider-Man au Bouffon Vert, etc. Et Ant-Man semble menotté à Ultron, sa créature, son boulet. J'attendais mieux de Ewing parce que je sais qu'il peut faire mieux.

J'attendais aussi mieux de Tom Reilly mais il est visiblement encore un peu trop tendre : ce dessinateur a un énorme potentiel et je ne doute pas que, comme Carlos Gomez, une grande carrière l'attend. Mais avec un style comme le sien, qui évoque tellement celui de Chris Samnee, la comparaison est cruelle et cet épisode vient afficher ses limites.

Pourtant Reilly avait signé un formidable premeir épisode, avec le concours de la coloriste Jordie Bellaire, où, ensemble ils imitaient à la perfection le design des comics des années 60, avec sa narration maladroite, ses couleurs passées. Au n° suivant, Reilly convoquait Phil Hester par moments avec un certain brio, même si ce n'était pas aussi abouti et poussé. Mais là, ses planches sont sans originalité et souffrent même parfois de plans aux compositions maladroites et de finitions approximatives (peut-être aussi par manque de temps pour les dessiner).

Reilly n'est pas plus inspiré par Scott Lang que Ewing. Les caméos de Iron Man et Thor sont purement décoratifs et Black Ant n'est qu'un prétexte. Tout cela, jamais Tom Reilly n'est en mesure de le rattraper graphiquement. C'est plat, sans vie. Il est vrai qu'imiter Ramon Rosanas  n'aurait certainement pas parlé à grand-monde et stylistiquement, c'est moins évocateur que Don Heck ou Phil Hester. Mais l'épisode manque de tout, aussi bien visuellement que narrativement.

On n'aura pas à patienter longtemps pour connaître le dénouement de cette histoire puisque le prochain numéro sera disponible la semaine prochaine. Est-ce que Al Ewing réussira à se resssaisir et surtout à réhabiliter, comme il le voulait, Hank Pym ? Est-ce qu'on en saura plus sur le Ant-Man de 2549 ? A suivre.

samedi 3 septembre 2022

ANT-MAN #2, de Al Ewing et Tom Reilly


Si vous n'avez pas lu de comics Marvel entre 2006 et 2012, la couverture de ce n°2 de Ant-Man va vous sembler curieuse. Ce mois-ci, la mini-série de Al Ewing et Tom Reilly revient sur le cas Eric O'Grady, qui fut notamment le héros de The Irredeemable Ant-Man de Robert Kirkman et Phil Hester. Et ce gredin va encore en faire de belles !
 

Agent du S.H.I.E.L.D., Eric O'Grady est en cavala après avoir dérobé une armure reproduisant les pouvoirs de Ant-Man. Il ignore comment elle fonctionne et que Hank Pym a été remplacé par un skrull.


Le faux Pym obtient de mener les recherches pour arrêter O'Grady et il a un plan pour le piéger tout en continuant à préparer l'invasion secrète des skrulls.


O'Grady veut déterrer Scott Lang, le second Ant-Man, en espérant trouver sur sa dépouille le produit qui permet de réduire sa taille. Mais le faux Pym arrive à temps pour l'en empêcher.


Les deux hommes se battent. Mais O'Grady disparaît dans une trappe temporelle et réapparaît en l'An 2549. Là, le vrai Hank Pym l'attend...

Il fut un temps, pas si lointain, où Robert Kirkman écrivait pour Marvel et il réalisa avec Phil Hester douze numéros d'une série intitulée The Irredeemable Ant-Man. Elle mettait en scène Eric O'Grady, agent du SHIELD, qui allait voler une armure reproduisant les pouvoirs de Ant-Man, dont il se servirait pour ses propres intérêts.

Cette production a marqué les esprits pour son esprit irrévérencieux et son humour acide, au point qu'on revit O'Grady dans d'autres séries quand la sienne fut annulée. Ed Brubaker l'intégra même à son équipe de Secret Avengers. Et il fit partie des Thunderbolts durant le run de Jeff Parker.

Impossible donc de le zapper dans une mini-série ayant pour ambition de revisiter toutes les incarnations de l'Homme-Fourmi. Al Ewing situe précisèment son épisode durant les années d'activité de ce anti-héros, alors que Hank Pym était remplacé par un skrull et que l'event Secret Invasion (de Brian Michael Bendis et Leinil Yu) se préparait.

Ce qui fait le sel de cet épisode, c'est que le lecteur en sait plus que le personnage principal et que ce dernier est un parfait gredin, prêt à toutes les extrêmités pour arriver à ses fins - en l'occurrence comprendre le fonctionnement de son armure pour démarrer sa nouvelle "carrière". Et il est prêt pour cela à déterrer le cadavre de Scott Lang, qui l'a précédé comme Ant-Man deuxième du nom.

C'est donc sur un fil ténu que le scénariste se déplace, entre humour noir et insertion de son histoire dans celle d'un event. Ewing réussit parfaitement à restituer la personnalité de Eric O'Grady, le moins moral de tous les héros Marvel et le plus pathétique des Ant-Man. Il ne faut pas beaucoup de place non plus au scénariste pour glisser des références précises à l'invasion secrète des skrulls et le fait que Hank Pym a été remplacé par l'un d'eux.

Toutefois, c'est aussi la limite de l'épisode car si on n'apprécie pas O'Grady (comme c'est mon cas, considérant que ce personnage aurait mieux fait de rester hors continuité, comme un What if...?), c'est un peu pénible. Ewing a beau essayer d'être drôle,on constate que ça ne fait pas partie de son (grand) talent. Personnellement, je n'ai jamais trouvé O'Grady drôle, ni même franchement intéressant (passé l'exercice de style d'écrire un Ant-Man radicalement différent d'un héros standard - et bon, connaissant Kirkman, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de bien fin).

En vérité, il faut attendre les deux dernières pages pour comprendre pourquoi Ewing ne s'est pas résolu à le zapper. Il y a un cliffhanger suffisamment efficace et mystérieux (concernant l'état du Ant-Man de 2549) pour que l'intérêt pour la suite de la mini-série ne retombe pas.

L'autre intérêt, c'est l'effort graphique fourni par Tom Reilly et Jordie Bellaire. Après avoir brillamment singé l'esthétisme vintage de 1962 dans le premier épisode, cette fois ils imitent de manière très réussie le style de Phil Hester, avec notamment un trait anguleux et des ombres marquées.

Reilly parvient à ce résultat sans que cela semble lui coûter et j'aime ce côté caméléon. Par ailleurs, on sent bien qu'il a disposé d'un script très détaillé pour devoir se plier à des découpages stricts comme un "gaufrier" de 16 cases (voir ci-dessus) où l'expressivité de la tête de O'Grady doit suffire à traduire les émotions qui le traversent.

Ant-Man reste accrocheur car imprévisible. Et c'est appréciable quand on sait qu'ensuite Marvel, avec le même scénariste, enchaînera avec une autre min (toujours en 4 n°) sur la Guêpe. Espérons que, le moment venu, l'éditeur (et Panini comics en France) aura l'intelligence de réunir les deux histoires dans un seul recueil (mais je rêve tout haut...).

jeudi 28 juillet 2022

ANT-MAN #1, de Al Ewing et Tom Reilly


Le nom de Al Ewing rend désormais chacun de ses projets attractifs. Aussi quand il décide de consacrer une mini-série en quatre épisodes à Ant-Man pour le soixantième anniversaire de la création du personnage, forcément on est curieux de la manière dont il va animer l'homme-fourmi. Et il est bien accompagné par Tom Reilly, jeune artiste très prometteur.


2549 après J.C. . Le Ant-Man du futur remonte le temps jusqu'au début de la carrière super-héroïque de Hank Pym. Celui-ci, importuné par un garnement au cinéma, décide de le corriger.


Mais il est alors capturé par quatre de ses ennemis qui l'embarquent chez eux pour se venger des fois où il les a faits arrêter. Juste avant qu'on lui retire son casque, Hank transmet un S.O.S. aux fourmis.
 

Alors qu'elle est encore dans la salle de cinéma, Janet Van Dyne reçoit l'appel à l'aide de Hank et se change en guêpe pour lui permettre de neutraliser ses ravisseurs.


C'est alors que Hank Pym est surpris par le Ant-Man de 2549 qui l'entraîne dans son futur. Il requiert son aide contre une menace provenant du passé et qui pourrait altérer l'espace-temps...

Comme je le disais en préambule, Al Ewing est un scénariste que je trouve suffisamment intéressant désormais pour me pencher avec curiosité sur ses différents projets. Sans ça, me serai-je procuré le premier des quatre épisodes de cette mini-série produite pour fêter le soixantième anniversaire de Ant-Man ? Pas sûr.

Certains verrotn dans l'initiative une énième tentative de Marvel de surfer sur la vague d'un héros mineur de l'éditeur mais qui est devenu, par ailleurs, une vedette du MCU (et un des rares survivants des Avengers au ciné). Pourtant, le prochain long métrage avec Ant-Man (Ant-Man & the Wasp : Quantumania) ne sortira qu'au Printemps 2023, donc il serait très exagéré de prétendre que ce comic-book profite du film.

Ce qui séduit d'entrée de jeu dans l'approche adoptée par Ewing, c'est qu'il a écrit son script comme quelque chose de très ludique, s'amusant en voix off du mystère sur l'identité du Ant-Man de 2549, du cliffhanger en fin d'épisode, et des rebondissements qui vont ponctuer le récit.

Ensuite, le scénariste embrasse Ant-man comme concept en interrogeant non seulement qui il est, mais quand, où, pourquoi il est. Et à partir de là, on comprend que chaque épisode va être conçu d'une manière à la fois référencée (avec des renvois précis à des épisodes de Tales to Astonish) et désirant malgré tout rester accessible.

Effectivement, tout est abordable, on n'est jamais noyé par ces renvois de bas de page, et il n'y a donc pas besoin de faire de la spéléologie dans les comics des années 60 pour savoir de quoi Ewing parle. C'est très appréciable. De toute manière, l'auteur reste léger, car, comme il l'a expliqué, il a d'abord voulu respecter l'esprit et la lettre de chaque époque traversée par le héros miniature.

Et, pour ceux qui, comme moi, ont par exemple lu quelques aventures de Ant-Man datées des années 60, dans les pages de Strange Spécial Origines, par Stan Lee et Don Heck, on retrouve ce côté suranné et même ridicule des débuts de Hank Pym. Les ennemis sont à cet égard croquignolets, comme leur alias suffit à les résumer (le Laveur de Fenêtres, le Maître du Temps, Trago, le Protecteur). Vous pouvez rire sans gêne en voyant l'un d'eux paralyser Ant-Man avec du produit pour nettoyer les vitres : c'est volontaire ! Et ça montre que si Stan Lee n'était pas toujours inspiré, il gardait le sens de l'humour et même de l'absurde.

A ce stade de ma critique, il faut que je m'attarde sur l'aspect visuel de l'épisode car Tom Reilly, avec la coloriste Jordie Bellaire, accomplissent un travail remarquable. En effet, Reilly (que j'avais découvert sur la série avortée Astro Hustle) et Bellaire ont tout fait pour que les planches reproduisent l'aspect pulp, bon marché de l'époque des Tales to Astonish. Le papier est donc jauni artificiellement et le trait imite fabuleusement celui de Don Heck, jusque dans les effets de texture (notamment pour la partie métallique du casque de Ant-Man). Les designs sont scrupuleusement respectés et c'est un régal de simplicité et d'élégance vintage.

Le découpage de Reilly est aussi sobre que les comics de jadis, dès que l'action se situe dans les années 60, après les premières pages dans le futur. Bellaire applique des couleurs un peu délavées, un peu passées, comme si le comic-book avait été mal conservé. Du coup, les teintes les plus franches ressortent plus intensément, comme le rouge du costume de Ant-Man.

Et quand, à la fin du chapitre, Hank Pym est projeté en 2549, l'encrage est encore plus économe au profit de couleurs plus nettes et vibrantes, avec des effets de matière plus prononcés, comme le remarque le héros lui-même. C'est franchement superbement joué. Et le style très épuré naturellement de Reilly est impeccable pour cet exercice.

Au passage, Ewing distille des clins d'oeil malins puisque le garnement qui jette du popcorn sur Pym dans le cinéma est Eric O'Grady, le Ant-Man créé par Robert Kirkman et Phil Hester. Plus loin, lorsque la Guêpe vole au secours de Pym, elle raisonne d'une façon irrésisitible un cambrioleur de ne pas commettre son méfait et on comprend qu'il s'agit de Scott Lang, le Ant-Man popularisé par le MCU (et notamment animé dans les comics par Nick Spencer et Ramon Rosanas). Bien entendu, tout cela est tout sauf innocent, ces différentes incarnations du personnage sont liées, et pas seulement par le fait d'avoir été Ant-Man. On regrette alors presque déjà que Al Ewing n'ait que quatre épisodes car il aurait pu aussi évoquer les déclinaisons de Ant-Man (Giant-Man, Goliath, Yellowjacket, UltronPym, etc.).

Mais le projet est déjà excitant et ce premier épisode est suffisamment dense, imprévisible et amusant pour que cette mini-série se distingue. Peut-être même que, enfin, au bout, on aura droit à une rédemption pour Hank Pym...

mardi 9 juillet 2019

LUMIERE SUR... TOM REILLY

Tom Reilly
*
Il n'y a pas longtemps, je vous parlais de :


Astro Hustle, publié par Dark Horse et annulé après un épisode à cause des accusations portées contre son scénariste Jai Nitz. Une sanction sans appel pour un comic-book prometteur, qui révélait un jeune dessinateur : Tom Reilly.

J'ignore où et quand il rebondira, mais il faut souhaiter que les problèmes de son ancien scénariste ne lui fassent pas d'ombre car ce garçon a du potentiel. En attendant donc de lire son prochain projet, voici une sélection de pin-ups qui démontre l'étendue de son talent.

 
 Daredevil
 Hawkeye (Kate Bishop)
Thor
Cable et Doop
Rogue et Gambit
Visiblement son super-héros Marvel favori :
Spider-Man (contre Dr. Octopus et avec MJ Watson)

*
Il s'amuse bien aussi avec les persos de DC :

Batgirl
Blue Beetle et Booster Gold
Lobo vs. Superman
Batman et Superman (version golden age)
Batman et Superman (version Beyond)

jeudi 6 juin 2019

ASTRO HUSTLE #1, de Jai Nitz et Tom Reilly... Un comic-book sacrifié sur l'autel du #MeToo


Le sous-titre de cette critique surprendra certainement, mais c'est en partie pour ce qu'il suggère que j'ai lu et voulu écrire sur le premier et unique épisode d'Astro Hustle, sorti en Mars dernier. C'était une mini-série programmée en quatre numéros, très prometteuse, et l'attitude de son scénariste autant que la décision expéditive de son éditeur ont eu sa peau.


Aux confins de la confédération galactique, l'observatoire Giraud est le théâtre d'une fiesta alcoolisée alors qu'est repérée le vaisseau de Chen Andalou. Un robot de garde assassine tout l'équipage de la station pour dissimuler l'information.
  

Malgré cela, Chen Andalou va vite être retrouvé. Il se réveille au milieu d'un charnier de colons et retrouve le seul autre survivant, Donald Beloch. Chen est surpris de le voir si vieux mais comprend en étant ensuite arrêté par le capitaine Igor Roberts qu'il se réveille d'une hibernation de soixante ans !


Présenté devant un tribunal, Chen doit répondre d'un nombre invraisemblable de crimes et délits. Il plaide pourtant non coupable et insulte Roberts au passage. Mauvaise idée : c'est le gendre du juge. Qui le condamne aussitôt à mort.


Reconduit en cellule, Chen assiste à la visite de la grande duchesse Lucerne à son voisin, Braxis, accusé d'avoir enlevé la soeur de cette noble. Il refuse de révéler où il la retient. Chen implore a grâce de la grande duchesse, en vain.


Sur ce, le vaisseau du pirate Carbon John, l'autre détenu, attaque la prison et permet l'évasion de Chen tandis que Braxis affronte les gardes. Mais Carbon John s'offusque vite de l'attitude de Chen envers sa compagne, Svetlana Freya. Jusqu'à ce qu'Igor Roberts intervienne pour les stopper...

Avec son titre au lettrage disco, ses couleurs pétantes, son scénario alerte et son dessin plein d'énergie, Astro Hustle séduit immédiatement. C'est un pur divertissement, convoquant les récits de piraterie, de SF, de romance, dans un contexte futuriste.

Le script mentionne (Jean) Giraud (alias Moebius) dès le départ, et on peut lire cela comme un clin d'oeil à la saga de L'Incal, écrite par Jodorowsky et dessinée par le génial français. Le nom du héros mélange des origines asiatiques (Chen) et latines (Andalou), celui de la fiancée de Carbon John sonne slave (Svetlana Freya)... Tout ça est exotique au possible, délirant juste ce qu'il faut, mené tambour battant.

Et comme c'était prévu pour ne durer que quatre épisodes, on pouvait espérer une histoire encore épique. Oui, mais voilà, on ne lira jamais la suite et on ne connaîtra jamais la fin de Astro Hustle, car le mouvement #MeToo est passé par là entretemps et Dark Horse Comics a préféré tout annuler.

Que s'est-il passé ? Le milieu des comics a été relativement épargné par les répercussions de l'affaire Weinstein et les scandales sexuels auxquels elle fait désormais référence. Le scénariste Brian Wood a été cité dans un cas et il se fait depuis très discret, par exemple.

Jai Nitz, l'auteur de Astro Hustle, est dans le circuit depuis une dizaine d'années et a construit une carrière discrète. C'est à ses côtés que Greg Smallwood a été découvert, avec les deux volumes de la série Dream Thief, notamment, déjà chez Dark Horse. Mais tout vient d'exploser à la figure de ce scénariste au mois de Mars dernier.

Accusé de "comportements déplacés", sans plus de précisions, ce qui laisse libre cours à toutes les interprétations, Nitz a été remercié par l'éditeur et sa dernière série immédiatement annulée. Pas de procès, mais une sanction lapidaire - comme celle que subit Chen Andalou dans cet épisode (Nitz avait-il pressenti l'issue de son affaire ?).

Je ne condamnerai pas ici la libération de la parole des femmes, victimes de harceleurs, de violeurs, ou moins gravement de dragueurs lourdingues. C'est un fait avéré que l'industrie du divertissement a connu des dérives spectaculaires dans ce domaine, et il est indéniable que cela soit règlé. Devant des tribunaux, après dépot de plainte et procès.

Mais il n'empêche que les mouvements issus de #MeToo ont montré d'autres dérapages de la part de plaignantes dont les soucis n'étaient pas toujours aussi graves (et graveleux) que ceux des victimes de Weinstein. Woody Allen est désormais black-listé en Amérique à cause des déclarations très douteuses d'une de ses filles adoptives et de son ex-femme, au même titre que Roman Polanski.

J'ignore ce qu'a exactement fait Nitz, mais ce qui me dérange, dans tous les cas de figure possibles, c'est la condamnation sans appel, sans possibilité de se défendre, la sanction expéditive dont il a fait l'objet. Que son éditeur ait estimé ne plus pouvoir publier son travail aussi vite après les accusations dont il fait l'objet me semble disproportionné. Et atteste qu'on est entré dans une époque où il n'est plus possible apparemment de distinguer l'artiste de l'homme, ou l'auteur du présumé délinquant.

A l'échelle de la série, cela nous prive d'une histoire qui n'était de toute façon pas prévue pour durer très longtemps - ironiquement, le quatrième et dernier épisode de Astro Hustle aurait dû sortir ce mois-ci. Cela a également mis son dessinateur, qui n'avait rien à se reprocher lui au cômage technique : j'ai découvert son travail sur Tumblr et ainsi j'ai appris l'existence de cette série, et l'origine de son annulation.

Tom Reilly est peut-être celui qui a perdu le plus dans tout ça : c'est un jeune artiste de talent, dont le style n'est d'ailleurs pas sans rappeler Smallwood à ses débuts. Il s'inscrit dans cette "école" qui compte Samnee, Romero, inspirée par Alex Toth, avec un trait simple, élégant et vif. Son travail est un régal. Il faut souhaiter qu'il rebondisse vite, sans que son nom ne soit entâché par la conduite supposée de son scénariste.

J'espère avoir été clair et juste et mesuré. Il ne s'agit pas d'une tribune anti #MeToo. Mais d'une critique sur un système qui, en voulant punir, transforme des accusés en coupables. Et de simples comics en oeuvres martyrs.