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mardi 12 décembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #2, de Tom Taylor et Ivan Reis


Ce deuxième volet de Titans : Beast World est aussi spectaculaire que le premier. Ce qui est l'essentiel puisque c'est l'objectif évident de cet event. Tom Taylor mène sa barque avec efficacité à défaut d'originalité car son histoire en rappelle furieusement une autre... Quant à Ivan Reis, il donne tout ce qu'il a avant son départ annoncé de DC.
 

Devenu l'équivalent de Starro après avoir vaincu la Necrostar, Beast Boy ne se maîtrise plus et libère des spores sur le monde entier, qui transforment les humains en bêtes sauvages. La situation devient hors de contrôle quand Batman est contaminé puis Black Adam...


Au moins on ne pourra pas reprocher à Titans : Beast World son manque de finesse : c'est bien un divertissement bourrin, sans aucune subtilité, avec des ficelles grosses comme des câbles, produit dans l'unique but d'en mettre plein la vue.


D'un côté, on peut donc féliciter DC pour sa franchise dans cette entreprise : l'éditeur ne trompe personne sur la marchandise, il ne cherche pas à réinventer la roue et on peut parier que les conséquences resteront limitées - même avec la confirmation que la vraie méchante dans cette affaire en tirera quelque profit.


De l'autre, on peut quand même se désoler que DC se soit lancé dans ce récit sans plus d'ambition, ou plus exactement ait trouvé de la place pour un projet aussi bas du front au lieu de simplement publier des séries mensuelles tranquillement, à peine quelques mois après Knights Terror. Mais au moins cette fois, l'intrigue n'impacte pas les titres en cours (les tie-in sont des n° spéciaux tout à fait dispensables).

Tom Taylor demeurera pour moi le scénariste le plus surcoté de DC : son Nightwing a eu raison de ma patience et son event n'est rien d'autre que la confirmation de la pauvreté de son imagination. Car, parlons peu mais parlons vrai : Titans : Beast World a tout d'un plagiat. Qui plus est un plagiat d'un crossover de DC.

Souvenez-vous : en 2016, DC Rebirth venait juste de démarrer et à peine quelques mois après la relance des titres Batman, Detective Comics et Nightwing, Steve Orlando signait script et dialogues du crossover : Night of the Monster Men. Hugo Strange y transformait en monstres géants et grotesques plusieurs personnages (dont Nightwing) pour créer le chaos à Gotham.  

Bon, hé bien, là, vous remplacez Strange par Amanda Waller et le Dr. Hate (le nom de vilain le plus ridicule dont on nous a gratifié depuis des lustres) qui ont profité du plan de Beast Boy pour battre la Necrostar en se transformant en Starro. Résultat : tout le monde ne se transforme pas en monstres mais pas loin quand même puisqu'ils deviennent des bêtes sauvages.

Ah, je vous avais prévenus, c'est du pompage en bonne et due forme, et sans scrupules. La Nuit des Monstres était déjà d'une débilité sans fond mais Titans : Beast World ne vaut pas mieux - en tout cas à ce stade. Bien sûr, on peut croire aux miracles et penser que ça va s'arranger, mais je ne miserai pas gros là-dessus.

Taylor fait de Batman une sorte de loup-garou et de Black Adam un lion. J'espère que Aquaman ne va pas se changer en baleine et nouer une idylle avec King Shark... Mais avec ce scénariste, on peut s'attendre à tout. Je ne veux pas l'accabler : il y a bien un editor qui a validé cette idée et un rédacteur en chef qui a consenti à la publier, mais bon, après Knights Terror qui, comble du comble, ne faisait jamais peur, ce Beast World est un autre event assez pathétique. DC n'a pas besoin de ça.

Heureusement, dans notre malheur, nous avons le plaisir de lire les planches de Ivan Reis. C'est bien la seule chose de valable dans ce nanar et l'artiste brésilien honore la profession en donnant tout ce qu'il a au service de cette histoire débilissime.

Là aussi, on peut se désoler que le dessinateur qui, jadis, accomplit des miracles sur Blackest Night en soit réduit à faire ça, mais en même temps, il doit s'en fiche pas mal puisque, c'est annoncé, il va quitter DC pour rejoindre Ghost Machine, le label de son ami Geoff Johns pour lequel il sera exclusif (et il y rejoint d'autres pointures comme Bryan Hitch, Francis Manapul, Jason Fabok rien que pour la partie graphique).

Le soin que met Reis à illustrer Beast World, à nous livrer des scènes épiques, force le respect, mais on ne peut s'empêcher là aussi d'être affligé de voir celui qui a tant donné à DC partir sur cette note. Il méritait une sortie plus qualitative, une histoire digne de son talent. Pour ma part, je regretterai toujours qu'il n'ait pas oeuvré sur un run à sa mesure sur Justice League (il avait participé à la série du temps des New 52, mais avec des épisodes peu convaincants).

De mon côté, je vais continuer et terminer Titans : Beast World. Uniquement parce que le rythme de parution est soutenu (prochain n° dans quinze jours) et que ce sera donc vite plié. Et pour Reis. Après, je tâcherai d'oublier jusqu'au nom de l'infâme Tom Taylor, un des pires écrivaillons de comics qui a jamais été.

mercredi 29 novembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #1, de Tom Taylor et Ivan Reis


Je ne suis pas un fan des events, ni de Tom Taylor, mais pourtant je me suis trouvé à lire le premier épisode (sur six) de l'event DC de cette fin d'année : Titans Beast World. La présence au dessin de Ivan Reis motive beaucoup et puis surtout l'éditeur a décidé de ne pas faire durer les choses (malgré l'habituel cortège de tie-in qui accompagnera cette histoire) en publiant tout ça entre fin Novembre et début Janvier. Alors ? Est-ce que c'est bien ?
 

Une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité atterrit sur Titan, la lune de Saturne, mais réveille la Necrostar, un monstre bien connu du peuple tamaranéen de Starfire. Seul Starro le conquérant a réussi par le passé à la vaincre. Mais méfiant à la perspective d'une telle alliance, Beast Boy propose un plan B risqué...


Je n'avais pas prévu de me lancer dans cet event. Comme je l'écris plus haut, les events me déçoivent trop souvent. En plus celui-ci est écrit par Tom Taylor, un scénariste largement surcoté pour moi. Et je ne lis pas la série Titans qu'il écrit.


Mais quand un ami m'a prêté son exemplaire en me jurant que c'était bon, je me suis laissé tenter. Et, c'est vrai que c'est bon. Pas révolutionnaire mais efficace. Et avec ses quarante pages, ce premier numéro (sur six) se donne les moyens d'embarquer le lecteur dans un récit très spectaculaire.


Le retour de la Justice League n'étant toujours pas d'actualité, DC mise sur les Titans, placée en première ligne, comme les remplaçants de la Ligue de Justice. On s'amusera quand même de voir tous les cadors de la JL aux premiers rangs lors de la réunion de crise, même si c'est bel et bien la bande de Nightwing qui est en haut de l'affiche.


Comme souvent chez DC, la menace est cosmique : ici, il s'agit de la Necrostar, une entité extrêmement puissante et fatale enterrée sur la lune de Saturne, Titan, et réveillé par une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité, dont le leader, Frère Eternité, semble avoir caché à ses "forevernauts" un vilain secret.

L'événement, retransmis en direct à la télé, alerte aussitôt Starfire qui reconnaît un vieil idiome tamaranéen pour réveiller la Necrostar. Logiquement, c'est aussi Koriand'r qui va expliquer à tout un tas de héros de quoi il ressort, grimoire à l'appui. Tom Taylor semble compter sur une certaine simplicité pour poser les fondements de son intrigue et c'est louable.

Néanmoins le scénariste se garde des munitions - il a raison, quand on part pour un épisode de 40 pages, autant ne pas tout dire d'un coup. La seule entité capable de contenir la Necrostar est Starro le conquérant, mais pour Beast Boy, il est clair qu'attendre de l'aide d'une bestiole pareille revient à soigner le mal par le mal, donc assumer un trop gros risque.

Je ne spoile pas grand-chose en vous révélant que le plan de Beast Boy est de se transformer en une étoile de mer géante rivalisant avec Starro. Le procédé est détaillé de manière à la fois assez détaillée et allusive pour ne pas verser dans l'horreur, et souligne le lien, romantique autant que sacrificiel, entre Gar Logan et Rachel Roth/Raven.

Il est intéressant de voir que le scénario prend en quelque sorte le contrepied des classiques de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque des New Teen Titans, où Raven était l'élément instable de l'équipe à cause de ses liens avec Trigon, qui risquait de la faire sombrer du côté obscur à tout moment. Ici, c'est elle qui accompagne Beast Boy vers sa métamorphose, où il risque à son tour de perdre tout contrôle. Et évidemment, pas besoin d'être un génie pour l'anticiper, ça ne va pas manquer d'arriver... Mais avec le concours d'un autre méchant.

Sur ce dernier, en revanche, je resterai discret, même si je dois avouer que je trouve son nom franchement grotesque (et il faut en outre savoir qu'il est apparu un peu plus tôt, à la fin de Knights Terror, l'event estival de 2023, quand Amanda Waller a récupéré la pierre du cauchemar et une autre relique). Il faudra attendre pour voir ce que va en faire Taylor, si la Necrostar est définitivement écartée, et si Starro ne pointe pas le bout de ses branches...

C'est en tout cas efficace et très rythmé. Ivan Reis fait ce qu'on attend de lui et pour quoi il est si insolemment doué : l'épisode regorge de planches généreusement détaillées, avec des angles de vue grandioses. Les décors sont exploités de la manière la plus spectaculaire possible et les scènes d'action ont une envergure que peu d'artistes parviennent à traduire.

Le casting, fourni, n'est pas un souci pour Reis, ni pour son encreur Danny Miki ni pour son coloriste Brad Anderson, qui ont tous eu à les représenter dans leurs carrières. Le vrai défi est bien de faire croire au lecteur que les Titans peuvent être les grands sauveurs de l'humanité comme la Justice League avant eux et pas seulement des substituts pratiques en attendant le retour des justiciers vedettes.

La formation qu'animent Taylor et Reis consiste en Nightwing, Starfire, Donna Troy, Cyborg, Raven et Beast Boy, et ce sextet ne manque pas de charisme. Quiconque a une connaissance minimum de l'univers DC sait qui sont ces personnages, déjà là à la fin des années 70, début des années 80, même si après Wolfman et Pérez leur groupe a connu des fortunes très diverses. 

Ce qui est appréciable, c'est que DC semble définitivement sorti de ses tentations de faire des Titans une Justice League junior avec des héros aux compétences équivalentes. Et Taylor s'appuie sur l'historique de cette bande pour ne pas avoir à expliquer au lecteur qui ils sont, d'où ils sortent, pourquoi ils sont en première ligne. Même si la Justice League est présente à l'image et finira pas revenir dans une série mensuelle, pour l'heure, elle n'est ni reléguée artificiellement  pas plus que les Titans mis en avant pour l'occasion. D'ailleurs le titre de l'event associe bien Titans et Beast World (alors que DC aurait pu se contenter de cette dernière partie).

Le cliffhanger laisse la porte ouverte à une crise en bonne en due forme (mais sans le ciel rouge ni forcément la fin de l'univers/multivers/omnivers à la clé). Et surtout on n'aura pas à attendre longtemps pour la suite (chaque numéro paraîtra à quinze jours d'intervalle).

vendredi 20 mars 2020

SUPERMAN #21, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis

En ces temps difficiles, la lecture est un moyen de s'évader lorsqu'on est contraint au confinement. Aussi restez chez vous et lisez : les auteurs nous offrent un moyen de supporter la distanciation sociale. Bon courage à tous et prenez soin de vous.


Depuis le début de l'arc Truth, Superman est devenue une curieuse série hybride, comme coupée en deux, avec d'un côté le quota spectaculaire assuré par le héros, et de l'autre les répercussions plus terre-à-terre de ses actions vécues par Lois Lane. Ce vingt et unième épisode ne déroge pas à la règle et si le résultat demeure efficace, la forme du récit de Brian Michael Bendis et Ivan Reis n'évite pas un certain ennui.


Mongul a réussi à briser la fragile concorde entre les Planètes Unies. Superman a beau avoir vaincu son adversaire en combat singulier, il sait aussi que le mal est fait et s'interroge sur la possibilité de réunir les parties en présence.


Sur Terre, à Chicago, Lois Lane est assaillie par Bethany Snow, du "Daily Star", qui lui montre la vidéo de Superman se proclamant représentant de la Terre lors de la fondation des Planètes Unies. Lois souhaite savoir qui a mis cet enregistrement en ligne, mais nul ne le sait.


Dans l'espace, Mongul s'éclipse et laisse Superman désemparé. Dans l'urgence, il lui faut d'abord éviter une nouvelle guerre sur le point d'éclater entre les membres des Planètes Unies, en désaccord sur la riposte contre Mongul.


La Justice League arrive en renfort et la situation se calme. Ses amis font comprendre à Superman qu'il ne peut pas tout régler seul, d'autant qu'en son absence sa femme et ses proches doivent affronter la tempête médiatique provoquée par la révélation de sa double identité.


Superman rentre sur Terre lorsqu'il est doublé par un énorme vaisseau sphérique. Il le reconnaît comme étant le véhicule de Mongul, sur le point d'attaquer notre planète. Cependant, revenue à Metropolis pour consulter un avocat, Lois est abordée par l'agent du FBI Cameron Chase.

En vérité, on assiste dans les épisodes actuels de Superman au même phénomène que celui présent dans le (très - trop) long premier arc de la série écrite par Brian Michael Bendis (Unity Saga) : si le propos est accrocheur, le rythme est très aléatoire et le lecteur suit l'action en mode automatique.

Il s'agit à mon avis d'un problème de construction, de disposition des éléments dramatiques. Bendis ne manque pas d'idées pour animer les aventures du kryptonien, il a des choses à dire avec le personnage, qui à l'évidence l'inspire et lui permet de communiquer sur des thèmes qui lui sont chers.

Ironiquement, il en a peut-être trop - d'idées, de thèmes, de choses à dire. Et cela se répercute sur sa manière de raconter. Bendis ne fait pas le choix de suspendre une ligne narrative au profit d'une autre, il va plutôt de l'une à l'autre dans un même épisode, ce qui produit des passages à la fois denses et déséquilibrés.

Dans le numéro de ce mois-ci, on en a l'illustration parfaite. L'histoire navigue entre l'espace où Superman doit composer avec la zizanie créée par Mongul, et la Terre où Lois Lane doit affronter une consoeur en possession d'un document compromettant pour Superman. Les deux parties sont également intéressantes, présentant des aspects originaux et plutôt bien menés. Mais quand on finit la lecture de l'épisode, on n'est pourtant pas convaincu par cette gestion des événements.

L'affaire qui occupe Superman dans l'espace est peut-être la plus faible sur un plan dramatique. Bendis pourtant positionne le héros comme une sorte de champion galactique - une place dévolue plutôt à Green Lantern (Hal Jordan) depuis des années (depuis le run de Geoff Johns). Mais pourtant ça ne fonctionne pas. A qui la faute ? Il y a le choix de Mongul d'abord : physiquement, il s'agit d'un nouvel adversaire semblable à Rogol Zaar, un colosse - plus malicieux cependant, car avec des motivations plus politiques. J'aurai préféré que l'ennemi de Superman diffère du premier qui l'a occupé pendant plus d'un an et demi. Ensuite, l'idée des Planètes Unies, inspirée de l'ONU, manque de consistance : Bendis n'a guère le temps de détailler les différents membres qui la composent et du coup, on assiste à la bataille de plusieurs aliens sans bien les identifier (le même souci, en plus imposant, à plombé sa Legion of Super Heroes, où rien n'était fait pour qu'on distingue qui était qui). Lorsque la Justice League explique à Superman qu'il court après trop de lièvres à la fois, c'est une lapalissade qui ressemble à un aveu de Bendis, lui aussi incapable de tout gérer.

En revanche, parce plus que en rapport avec le thème de l'arc (et son titre), les scènes avec Lois Lane sont plus convaincantes. On a là la démonstration plus évidente, plus concrète de ce que Superman a déclenché en avouant qu'il était Clark Kent. Lois doit affronter une consoeur, découvrir d'où vient la vidéo compromettante pour Superman, consulter un avocat, et faire face aux autorités. Lois est elle aussi débordée, mais on s'identifie plus facilement, et surtout les ennuis sont mieux définis que les belligérants des Planètes Unies. Par ricochet, on se rend compte justement que Superman devrait avoir choisi des délégués pour assurer ses devoirs soit de représentant auprès de l'organisation galactique (il ne manque pas d'amis pour cela), soit auprès de ses proches sur Terre (dans cette configuration, Supergirl aurait pu être utilisée, ou Jon Kent, si la première n'avait pas été corrompue par le Batman-qui-rit - dans la série Batman/Superman - ou le second expédié dans le futur - dans Legion of Super Heroes). Là, on a plus l'impression qu'il laisse Lois se dépêtrer comme elle peut pendant qu'il va sauver l'univers.

Ivan Reis continue à impressionner par la régularité avec laquelle il produit ses planches, toutes extraordinaires par la richesse de leurs détails, leur puissance visuelle, leur variété dans la mise en scène (on comprend qu'il lui faille deux encreurs, mais le trio Reis-Joe Prado-Oclair Albert abat vraiment un boulot phénoménal).

Reis livre le meilleur travail de sa carrière. Il est bien sûr chez lui dans les scènes de bataille cataclysmiques, et son Mongul déborde de force tout comme Superman sous son crayon a une sorte de rage inédite (qui accompagne à merveille la voix off au début de l'épisode, où le héros révèle ce qui l'embarrasse le plus vis-à-vis de l'image qu'ont les autres de lui - cette impression d'invulnérabilité). Mais quand il atterrit sur Terre, en compagnie de Lois, Reis est peut-être encore meilleur parce qu'il doit alors représenter avec une intensité semblable des tensions différentes. On apprécie alors particulièrement l'expressivité de ses personnages et, à l'occasion, l'humour qu'il peut glisser dans certaines mimiques (comme lorsque Lois s'interroge sur le titre de "reine de la Terre" qu'elle possède peut-être si Superman est le "roi").

Bref, tout cela se lit sans déplaisir, mais sans emballement excessif non plus. On s'ennuie un peu. La réunion des deux intrigues que montrent les dernières pages va-t-elle injecter de l'adrénaline à la série ? On l'espère. Mieux : on le souhaite.


samedi 22 février 2020

SUPERMAN #20, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis


L'arc "The Truth" s'emballe de plus belle avec ce vingtième numéro de Superman. Si Brian Michael Bendis a quelques problèmes de rythme, il compense en multipliant les pistes, toutes intrigantes, à la fois sur le nouveau statut de son héros et les conséquences de la révélation de sa double identité. Riche en action et en scènes à la figuration fournie, l'épisode donne toujours l'occasion d'admirer l'énorme boulot abattu par Ivan Reis, au sommet de sa forme.


Superman affronte toujours Mongul et constate que la partie est pervertie car son adversaire est impossible à raisonner : c'est un conquérant qui profite de la puissance qu'il incarne pour inspirer le doute et la peur chez les soutiens du kryptonien.


Cependant, sur Terre, à Metropolis, à la rédaction du "Daily Star", le débat fait rage sur les responsabilités éthiques de Clark Kent depuis qu'il a admis être Superman. Toutefois, les journalistes suspendent leur discussion en recevant un mail troublant.


Dans ce courriel une vidéo montre Superman, lors de la fondation de l'organisation des planètes unies, se poser en représentant auto-proclamé des terriens. Mais qui lui a permis d'assumer ce rôle ? Superman a d'autres chats à fouetter en essayant toujours de neutraliser Mongul.


Le conquérant a réussi à diviser les notables de l'organisation des planètes unies qui reproche à Superman d'avoir attiré sur eux ses ennemis. Dans la rédaction du "Daily Star", on s'interroge sur l'expéditeur de ce mail tandis que Lana Lang offre d'interroger Superman à ce sujet.


Finalement, les tamaraniens décident de répliquer en dirigeant les canons de leur flotte à la fois contre Mongul et Superman. A Chicago, Lois Lane reçoit la visite à l'hôtel où elle séjourne d'une reporter du "Daily Star" qui l'interroge sur le rôle d'ambassadeur de la Terre endossé par Superman.

En alternant les scènes se déroulant sur le champ de bataille de Mongul contre Superman en présence de plusieurs émissaires des planètes unies et celles dans la rédaction du "Daily Star", le récit écrit par Brian Michael Bendis évite tout ennui ou phénomène de saturation chez le lecteur. En effet, on a à la fois droit à un affrontement épique entre le héros et son adversaire, qui comble les amateurs d'action, et à un débat issu des récentes révélations de Clark Kent sur sa véritable identité.

Le procédé est efficace et permet à Bendis de faire répondre des moments en apparence détachés. Mais en vérité, il s'agit de confiance : celle placée en Superman. Par les dignitaires de l'organisation des planètes unies, qui d'abord effrayés par Mongul considèrent que l'arrivée de ce dernier est imputable à Superman (selon le principe que les héros attirent les ennuis). Et par les journalistes qui estiment que Clark Kent a trompé le monde et leur profession depuis des années en cachant qu'il était Superman.

Bendis évite habilement d'infliger trop de pages d'affilée au combat, ce qui aurait lassé même les plus fervents fans de bourre-pifs, mais aussi trop de pages de dialogues entre journalistes, ce qui aurait ennuyé ceux qui n'apprécient pas les échanges trop fournis et trop théoriques.

Au coeur de l'épisode, surtout, le scénariste glisse une vraie mine avec ce fameux mail contenant la vidéo (filmée par qui ? envoyée par qui ?) lors de la fondation de l'organisation des planètes unies. Superman s'auto-proclame représentant des terriens dans ce concert des nations cosmiques et cela pose question : en effet, de quel droit s'arroge-t-il ce titre ? Il le fait sans avoir consulté personne sur Terre, et surtout sans être lui-même un terrien de naissance.

On peut légitimement s'interroger, même si Bendis allège tout ça avec quelques pointes d'humour bienvenues. Si on ne peut guère suspecter Superman de vouloir jouer un rôle politique unilatéral, si sa bonne foi et ses états de service pour notre planète parlent pour lui, il n'empêche que son attitude a été bien cavalière. En revenant là-dessus, Bendis rend le personnage plus ambivalent, sans doute par excès de zèle plus que par ambition, et finalement sa décision de "sortir du placard" prend une dimension plus trouble (aurait-il prémédité son coup pour occuper une fonction sans en référer à personne ?). Pour préparer la suite de l'affaire, Bendis convoque Lana Lang, amie d'enfance de Clark Kent et reporter au sein d'un journal concurrent du "Planet", ce qui est malin.

L'épisode est aussi fabuleux par sa puissance visuelle et on est ébloui chaque mois par les prouesses graphiques d'Ivan Reis. A la fin de sa prestation sur Green Lantern (écrit alors par Geoff Johns) avec le feu d'artifices que fut Blackest Night, il semblait avoir atteint le pic de son art. Impression confirmée par la suite plus laborieuse : une poignée d'épisodes d'Aquaman, un passage peu concluant sur Justice League, puis Justice League of America... Reis semblait à bout de souffle, incapable de renouer avec son brio passé.

Il semble que, comme beaucoup de ses pairs passé sur un event, le brésilien s'y soit brûlé les ailes et s'être investi dans des team-books n'était pas une solution éditoriale pour qu'il rebondisse (le pire ayant été son épisode et demi sur The Terrifics).

Avec Superman, Reis retrouve toute sa superbe. Illustrer le kryptonien doit ressembler pour lui à ce que lui réclamait Green Lantern : il peut y consacrer toute son énergie sans se disperser tout en ne lésinant pas sur les moyens, soutenu par deux encreurs (Joe Prado, Oclair Albert) et un coloriste qui le comprennent parfaitement (Alex Sinclair).

Le résultat est bluffant. L'intensité qu'il confère aux scènes de baston est soufflante, avec une variété dans le découpage et un engagement épatants. Ses doubles pages sont grandioses. Mais quand il doit dessiner des scènes avec une figuration importante, sans super-héros, Reis convainc aussi par son trait expressif, des cadrages appropriés, des effets bien dosés.

Pour tout cela, la série est un régal, parfois inégale parce que le scénario carbure un peu au diesel mais une fois lancée, rien ne l'arrête.

vendredi 24 janvier 2020

SUPERMAN #19, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis


La série est clairement entrée dans son deuxième acte avec la révélation publique par Superman de sa double identité. Brian Michael Bendis doit composer avec ce nouveau statu quo et il le fait en exposant les réactions de l'entourage du héros, sans écarter aucune question (et Dieu sait que les fans sont pointilleux sur le sujet...). Il peut compter sur Ivan Reis, en grande forme, pour le soutenir dans cette direction.


Perry White a convoqué Clark Kent et Lois Lane dans son bureau du "Daily Planet", en compagnie de Jimmy Olsen qui immortalise la scène. Mais les assurances ont exigé le renvoi du journaliste, craignant que Superman ne mette en danger le quotidien.


Pourtant, Perry réengage aussitôt Kent parce qu'il a saisi, comme le propriétaire du journal, l'avantage publicitaire d'avoir Superman dans son personnel. Clark conserve donc son poste, à certaines conditions : ne plus se cacher derrière son double comme source de ses infos. Et livrer ses articles avant tout le monde.


Il faut ensuite observer les réactions de la rédaction. Trish Q, la commère du "Daily Planet", présente ainsi ses excuses à Clark et Lois pour avoir entretenu la rumeur d'une liaison entre cette dernière et Superman. Les autres journalistes soutiennent le couple.


Superman a l'occasion de mesurer à quel point les citoyens de Metropolis ont la même attitude que ses collègues quand il survole les rues de la ville sous les vivats. Puis il se rend au Hall de Justice où ses pairs super-héros se sont réunis pour débattre de la situation.


Loin de là, une délégation des Planètes Unies présente un monde inhabité à des apatrides. Mais la visite est interrompue par Mongul qui refuse l'autorité de cette nouvelle organisation. Superman intervient mais reçoit une correction. Personne ne bouge et Mongul de pointer l'hypocrisie générale...

Les deux tiers de l'épisode sont donc consacrés à l'analyse des conséquences de ce qui s'est joué dans le précédent numéro. Superman a avoué au monde entier qu'il était le journaliste Clark Kent car il en avait assez de jouer cette comédie et qu'il était convaincu que cela simplifierait sa vie mais aussi ses rapports aux autres.

En abattant cette carte, Brian Michael Bendis, comme souvent dans sa carrière, a divisé le lectorat. D'abord parce qu'il a déjà fait le coup, avec Daredevil (même si Matt Murdock n'a officialisé son outing que lors du run de Mark Waid, donc bien après). Même si le scénariste s'en est tiré très favorablement (y compris selon ses détracteurs) à l'époque, l'impact est tout de même différent avec un personnage de l'envergure de Superman.

Il faut aussi compter avec le fait que la double identité de Superman a été précédemment dévoilé (par Lois Lane durant l'ère "New 52" par exemple), mais DC a enterré cela par la suite. Bendis a eu, lui, carte blanche pour mettre en scène ce scoop, de manière à ce qu'il ne soit pas atténué ou effacé : il est acquis que la situation va durer.

Il n'empêche que, pour beaucoup, tout cela est une nouvelle preuve que "Bendis veut détruire Superman" (allez donc sur YouTube, vous verrez que c'est en ces termes que d'aucuns résument l'entreprise du scénariste sur la série). Il a déjà modifié considérablement Jon Kent (en le faisant vieillir précocement puis en l'envoyant au XXXIème siècle) - peut-être pas son idée la plus inspirée (surtout vu l'intérêt relatif pour l'instant de Legion of Super Heroes), il est vrai.

En tout cas, en opérant de la sorte, Bendis doit affronter désormais une foule de questions car Superman sorti du placard, ce sont des principes déontologiques de son métier de journaliste et un positionnement comme super héros au sein de la Justice League qui doivent être examinés. Ce mois-ci, Bendis revient donc sur la place de Kent au sein du "Daily Planet" et il s'en sort très habilement. Pour ce qui est de la Ligue de Justice, cela sera détaillé dans un numéro spécial (un autre sera consacré aux réactions de ses ennemis).

Pour cette partie, Ivan Reis doit faire face à deux défis graphiques : d'abord, il met en scène le quatuor Kent-Lane-White-Olsen dans l'intimité (relative) du bureau du rédacteur en chef du "Planet". L'artiste brésilien prouve une nouvelle fois qu'il est excellent dans ce genre de scènes, en représentant merveilleusement les expressions des personnages. C'est un aspect qu'on sous-estime chez Reis, mais il est vraiment à son aise quand il doit se concentrer sur les émotions : l'enthousiasme de White, les doutes de Clark, l'assurance tranquille de Lois, les interventions décalées de Jimmy Olsen, tout est parfaitement dessiné.

Puis Reis passe à des pages très fournies, trois doubles pages en fait, d'affilée, où son génie du détail est toujours impressionnant : la salle de rédaction du "Planet", les rues de Metropolis, la salle de réunion du Hall de Justice. Sur cette dernière (voir plus haut), il montre une assemblée ahurissante de super-héros qu'on peut facilement identifier et qui réserve quelques surprises (Harley Quinn en bonne place, mais aussi le Doctor Fate).

Enfin, dans le dernier tiers de l'épisode, Reis donne l'impression de lâcher les chevaux car Bendis utilise son graphisme dans toute sa puissance. L'affrontement entre Superman et Mongul rappelle la (longue) bagarre entre le kryptonien et Rogol Zaar (Mongul est aussi un malabar qui ne fait pas dans la dentelle et l'issue de ce premier combat se solde par la défaite de Superman), à la différence que Mongul a une apparence plus aboutie que Zaar (dont le design, signé Jim Lee, était médiocre).

La réaction des spectateurs de l'affrontement permet à Bendis et Reis d'indiquer que "la Vérité" ("Truth", le titre de cet arc) va être sondée à plusieurs niveaux, notamment concernant l'organisation des Planètes Unies, rassemblée derrière Superman, mais inerte, pétrifiée, effrayée quand il est rétamé par Mongul (qui ne manque évidemment pas d'en souligner l'hypocrisie).

Comme je le disais, on entre dans le deuxième acte du run de Bendis et l'histoire qu'il entame est très prometteuse (alors que, dans le même temps, j'ai totalement lâché Action Comics, qui a sombré dans du grand spectacle bourrin, affreusement dessiné par Romita Jr).

dimanche 15 décembre 2019

SUPERMAN #18, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis


Après avoir zappé l'épisode du mois dernier, qui était un prologue à celui-ci (mais complètement inutile et creux), Superman #18 se présente comme un chapitre événement dans le run de Brian Michael Bendis et Ivan Reis (de retour après le fill-in désastreux de Kevin Maguire). L'idée : le héros révèle son identité secrète au monde entier. Pas une première, surtout pour le scénariste. Mais habilement tournée...


Une conférence de presse géante est organisée devant l'immeuble du "Daily Planet". Les journalistes présents s'interrogent sur cette initiative et chacun parie sur l'annonce à venir. C'est alors que Superman se présente au pupitre dressé sur le perron...


Une semaine auparavant, Superman se trouve sur Thanagar où se tient la première assemblée des Planètes Unies. Adam Strange apporte tout son soutien au kryptonien, garant de l'institution, après ce qu'il vient de traverser récemment - la mort de son père, le départ de son fils...


Superman a réalisé que sa double identité l'insupporte, ce secret lui rappelle ceux de son père et il n'a pas envie que cela nuise à tous ceux qui lui font confiance. Encouragé par Strange, il va donc se dévoiler publiquement. Il commence par tout avouer à Perry White, le rédacteur en chef du "Daily Planet".


Ce dernier le prend dans ses bras. Le meilleur ami de Clark Kent est Jimmy Olsen mais quand Superman lui révèle tout, il n'est pas cru par le jeune photographe... Qui le fait tourner en bourrique car, en fait, Lois Lane l'a mis dans la confidence un peu avant.


Et nous voici rendu au grand jour : Superman se tient devant les journalistes et leur explique son secret. Il n'entend pas arrêter son activité professionnelle pour autant, complémentaire de sa mission de super-héros. Ses amis justiciers le regardent à la télé. Ses ennemis aussi, dont Lex Luthor, pris de court...

Il est intéressant d'analyser cet épisode dans le contexte actuel de l'information. Grâce ou à cause des réseaux sociaux, des chaînes tout info, il n'existe plus guère de faits qui ne puissent rester cachés au public. Cela, sans le souci élémentaire pourtant de vérifier leur véracité, mais c'est une autre histoire.

Dans le milieu des comics, ainsi, les éditeurs doivent jongler en permanence avec ce qu'ils veulent/peuvent laisser filtrer d'un comic-book, tout en sachant qu'il existe des sites spécialisés à l'affût de la moindre fuite, de la moindre rumeur sur ce qu'ils préparent et qu'ils n'hésiteront pas à partager pour combler la voracité des fans.

Paradoxalement, le fan est friand de suspense car il attend d'abord que les éditeurs le surprennent. Mais le même fan recherche souvent le dernier scoop, la dernière info, et sa réaction engendre le buzz, qui sert aux éditeurs d'instrument pour mesurer l'attractivité de leur futur mouvement. Un "bas buzz" n'est d'ailleurs pas forcément préjudiciable. Comme le dit Oscar Wilde : "parlez de moi en bien. Parlez de moi en mal. Mais parlez de moi."

Dans le cas présent, Brian Michael Bendis et DC Comics ont choisi très tôt d'annoncer la couleur : Superman allait révéler publiquement son identité secrète. Ce n'est pas la première fois qu'il le fait, et donc, logiquement, les fans ont raillé cette idée, jugée sans originalité. Néanmoins, ça n'a pas ébranlé le scénariste et l'éditeur qui promettaient que cela aboutirait à quelque chose de différent des fois précédentes.

Et, effectivement, déjà, il faut observer pourquoi Superman choisit de tout déballer. Bendis se montre habile et pédagogue : le kryptonien sort d'une période agitée au terme de laquelle il a perdu son père (renvoyé dans le passé au moment de la destruction de Krypton) et son fils (qui a intégré la Légion des Super-Héros au XXXIème siècle). Les cachotteries de Jor-El tout comme l'émancipation de Jon Kent ont fait réfléchir Kal-El : il ressent sa double identité comme un fardeau, qui lui rappelle les manigances de son père, et il craint qu'elle finisse par susciter le doute chez ceux qu'il défend.

C'est sans doute ce dernier point le plus important car il se rattache au temps médiatique avec lequel doivent composer auteurs et éditeurs de comics désormais. Superman pressent sans doute qu'avec Internet, la recherche effrénée du scoop, l'info continu, la reconnaissance faciale qui se généralise, son secret risque de ne plus tenir longtemps. Anticiper son "coming out", c'est prévenir plutôt qu'avoir à guérir. Comme Bendis et DC ont choisi de divulguer à l'avance le sommaire de cet épisode, Superman tombe le masque pour mieux gagner la bataille de l'info.

Même s'il dit souvent tout et n'importe quoi (pour combler les gogos qui le prennent pour un gourou), Tarantino a raison, je trouve, quand il explique que le véritable enjeu de Superman, c'est qu'il s'agit d'un alien qui se déguise en humain (Clark Kent) et non pas un type à l'apparence humaine qui se déguise en Superman.Le vrai masque de Superman, c'est Clark Kent, et non l'inverse. En révélant son secret au monde entier, Superman avoue surtout qu'il a été un étranger, mais qui s'est parfaitement intégré dans le monde des humains - ceux-là qui l'ont appelé Superman, le super-homme. Et ceux-là aussi, qui, en l'acceptant, en lui confiant leurs vies, leur sécurité, l'ont inspiré, comme l'ont inspiré Pa et Ma Kent, des gens honnêtes et bons, à la base de son éducation, de ses principes, de son action.

Le dessin, magistral, d'une constance remarquable depuis le début de ce run, d'Ivan Reis traduit parfaitement les émotions qui traversent cet épisode. Celles de Superman, ému, soucieux aussi. Mais aussi, le temps d'une double page impressionnante de téléspectateurs vedettes (la Justice League, Batman et Robin, Young Justice, Leviathan, les proches de Clark au "Daily Planet") durant son élocution. Celles d'Adam Strange, sur un mode humoristique (bon, ce n'est pas la caractérisation la plus inspirée, tout comme son costume période "New 52" affreux). Et, à la fin, celles de Lex Luthor et la Legion of Doom.

Reis diversifie au maximum le découpage, avec des plans verticaux, des doubles pages, un "gaufrier" ( superbe scène avec Jimmy Olsen qui se moque de Superman). Pour un épisode qui repose sur les dialogues, l'introspection, donc sans combat, sans action spectaculaire, l'effort est louable. Reis est plus fait pour le mouvement, les morceaux de bravoure, mais il me semble que sa collaboration avec Bendis lui permet d'élargir sa palette et de prouver qu'il n'est pas bon qu'à ça. Son dessin devient plus subtil, sort de sa zone de confort, sans sacrifier (au contraire) son goût pour le détail.

Maintenant, bien sûr, il faudra considérer la manière avec laquelle Bendis va exploiter ce qu'il vient de poser. En quelques épisodes, intenses, il a chamboulé la donne, tuant Jor-El, exilant Superboy, démasquant Superman. Sur ce dernier point, qui apparaît comme l'aboutissement de ces dernières décisions, on ne peut s'empêcher de penser à ce qu'il avait fait, semblablement, avec Daredevil. L'homme sans peur et les successeurs de Bendis au scénario avaient dû longtemps composer avec ce statu quo audacieux, mais fertile. L'homme d'acier pourrait permettre à Bendis de doubler la mise.

vendredi 20 septembre 2019

SUPERMAN #15, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis avec Brandon Peterson


Derrière cette couverture un peu rétro par sa composition se trouve la conclusion de la (très) longue Unity Saga, démarré par Brian Michael Bendis quand il a repris la série Superman. Après les derniers numéros un peu hasardeux, le scénariste livre un dénouement satisfaisant, magnifiquement illustré une fois de plus par Ivan Reis (qui va pouvoir souffler un peu).


Superman observe Rogol Zaar placé en stase par les autorités de Thanagar. Adam Strange le rejoint et s'enquiert de la situation : il apprend que la Légion des Super Héros est apparue inopinément et a fait une offre surprenante à son fils, Jon Kent.


Mais ces jeunes héros du XXXIème siècle sont arrivés un peu trop tôt car les différentes délégations planétaires présentes sur Thanagar n'avaient pas encore accepté l'idée de Superboy de se rassembler en Nations Unies de l'espace.


Néanmoins, grâce à la promesse de Superman de veiller à la représentation de tous, un consensus est voté et Superboy fête le Jour de l'Unité, confirmant par là même l'inspiration à l'origine de la création de la Légion. Celle-ci lui accorde 24 heures de réflexion pour décider s'il se joint à elle.


Mais Adam Strange est aussi et surtout là pour annoncer que le conseil galactique a prononcé son jugement vis-à-vis de Jor-El et de ses nombreuses infractions. Il a été décidé de le renvoyer dans le passé, au moment de la destruction de Krypton.
  

Bien qu'il n'ait pu ni défendre ni dire "au revoir" à son père, Superman se plie au verdict. Il accepte ensuite la trêve soumise par le général Zod, qui veut bâtir une nouvelle Krypton. Supergirl, Krypto, Superboy et Superman rentrent sur Terre.

Compte tenu de sa durée (quinze mois !), il est indéniable que cette saga a souffert de longueurs et on accueille sa conclusion avec soulagement (on va enfin pouvoir passer à autre chose) sans manquer de constater que Brian Michael Bendis expédie un peu son affaire sur certains points.

C'est en effet le curieux sentiment qu'on éprouve : le scénariste paraît avoir voulu tourner la page un peu vite après avoir bien pris son temps auparavant. Peut-être en avait-il lui aussi assez... 

Par exemple, la densité de l'épisode n'élude pas le règlement de certaines pistes narratives dont on avait fini par se demander comment Bendis les solderait. Rogol Zaar finit donc placé en stase sur Thanagar, mais alors qu'on apprend, au détour d'une ligne dialogue, qu'il a été "créé" par Jor-El (quand il était membre du Cercle donc), le sujet en reste là. Pour ma part, je ne regretterai pas ce méchant lassant, mais j'aurai préféré que Bendis en dise plus sur ses origines au lieu de multiplier ses affrontements avec Zod et Superman.

Le sort réservé à Jor-El est aussi brusque. Personnellement, la mort du père de Superman ne me dérange pas car je n'ai jamais aimé l'idée qu'il ait survécu et se comporte comme un magouilleur. Mais les circonstances de sa condamnation laisse perplexe car elle est décidée alors que le conseil galactique vient juste d'accepter l'idée de Nations Unies de l'espace. Commencer par tuer la grand-père de l'adolescent (Superboy) qui a inspiré cette institution ne me paraît pas très adroit. Superman a tout intérêt à surveiller les instances de cette assemblée dans l'avenir pour éviter qu'elle ne tranche toutes les têtes qui dépassent.

A côté de cela, Bendis marque des points. Et le plus important concerne la Légion des Super Héros. Son apparition le mois dernier était un peu providentielle et ressemblait à un teaser forcé pour la série à paraître en Novembre. Mais cette fois, le scénariste traite leur intervention avec humour et surtout se donne un peu d'air avant d'exfiltrer Superboy vers le XXXIème siècle. (En clair, le #16 verra l'ultime réunion des "Super Sons" et certainement une explication avec Lois Lane.)

De même le cas du général Zod demeurait une inconnue. Ennemi puis allié de Superman face à Rogol Zaar, mais animé par une rancune tenace envers Jor-El, qu'allait-il faire, devenir ? Bendis choisit de pacifier la situation entre l'officier renégat et Superman, de manière assez habile, avec une morale à laquelle il est facile de souscrire ("ne répétons pas les erreurs de nos pères.").

Et enfin, visuellement, l'épisode est de toute beauté : Ivan Reis accomplit encore un remarquable travail, très détaillé, ne lésinant pas sur la figuration (très conséquente !) et des scènes intimistes traitées avec sobriété.

Superman est vraiment au coeur de cet épisode et Reis le représente à la fois en grand rassembleur, sage, qui en impose, mais aussi en fils brisé, en père inquiet, en ami chaleureux. C'est une image synthétique du personnage, qui prouve que l'artiste, comme le scénariste, l'a bien saisi.

Curieusement, Reis cède sa place, le temps de deux pages, à Brandon Peterson dans la scène où Jor-El revient sur Krypton et lorsque la planète explose. Le dessinateur brésilien a-t-il manqué de temps ? Ou bien a-t-on voulu que, graphiquement, ces deux planches se distinguent du reste ? Ce n'est pas choquant en tout cas.

De tout ça se dégage une impression de fin de "saison". La série va prendre un nouvel élan, en souhaitant que le prochain arc narratif soit plus concis. Et que les remplaçants (David Lafuente et Kevin Maguire) de Reis (qui revient en Décembre) soient à la hauteur.     

samedi 31 août 2019

SUPERMAN #14, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis


C'est un curieux épisode que voilà : sa sortie a été différé pour modifier la couverture (jugée sans rapport avec l'histoire - ce n'avait pas gêné DC auparavant), et le contenu semble n'être qu'un prétexte pour le cliffhanger. Il est clair que Superman patine depuis quelques mois et que Brian Michael Bendis a perdu son mojo. Ce qui n'est pas le cas d'Ivan Reis, toujours aussi en forme. 


Superman comprend enfin pourquoi Jor-El l'a emmené jusqu'aux ruines de Krypton lorsque le vaisseau de Rogol Zaar et sa bande y arrive à son tour. Le général Zod reconnait la zone et, fou de rage, s'en prend à Zaar.


Le vaisseau du tueur ne résiste pas à la colère de Zod. Superman veut porter secours aux passagers mais Jor-El le lui déconseille car les radiations émises par Krypton vont les tuer. Ce qui débarrassera la galaxie de ces fripouilles.


Mais Superman ne peut se résoudre à cette solution. Au même moment Supergirl, Superboy et Krypto resurgissent pour neutraliser Rogol Zaar une fois pour toutes. Zod et Superman s'aperçoivent que leur ennemi est aussi affecté par la kryptonite ambiante - il est donc kryptonien !
  

Ce désordre est réglé par l'intervention de la garde noire de Thanagar qui arrête tout ce monde. Rogol Zaar mais aussi Jor-El sont emprisonnés. Superman apprend que le complot du Cercle mis à jour par Supergirl pour détruire Krypton a semé le trouble dans la galaxie, au bord d'une nouvelle guerre.
   

Sur l'idée de Superboy, le Conseil galactique se réunit et se voit proposer une nouvelle organisation sur le modèle des Nations Unies. C'est alors que la Légion des Super-Héros apparaît et invite Superboy à grossir ses rangs, comme celui qui aura été l'inspirateur de leur équipe...

Comme on peut donc le voir, tout l'épisode tend vers le retour de la Légion des super-héros, absente du "DC Rebirth" (et qui donc connaît une incarnation nouvelle). La série régulière consacrée au groupe va suivre, d'abord sous la forme d'un diptyque (Millenium) puis avec un mensuel à partir de Novembre, écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par Ryan Sook.

Il n'est pas absurde de réintroduire ces personnages dans les pages de Superman puisque la Légion a toujours été attachée au héros. En vérité, c'est plutôt la manière ou le timing qui surprennent car on a le sentiment que Bendis utilise la Légion pour dénouer une solution devenue trop complexe, après plus d'un an de la même histoire avec l'homme d'acier.

En effet, il apparaît aussi clairement que les dossiers Rogol Zaar et Jor-El sont devenus des boulets qui alourdissent la belle dynamique des débuts du run de Bendis : ça n'en finit plus - un peu comme quand les New Avengers traînaient the Hood ou Norman Osborn (même si Bendis avait su bien conclure leur cas). Je l'ai déjà dit, et je vais donc me répéter, mais Rogol Zaar s'est avéré un méchant trop unidimensionnel (avec son mantra "je vais tueur les kryptoniens jusqu'au dernier"... Sans qu'on sache vraiment pourquoi il leur voue une telle haine) pour passionner aussi longtemps. Les vraies révélations se trouvaient dans les épisodes de Supergirl (avec le complot du Cercle), mais réduisaient Zaar à un exécuteur.

Quant à Jor-El, Bendis n'a fait que souligner son caractère de magouilleur et de (grand) père indigne, au point que son idée initiale de lui confier Jon est passée pour une énorme incongruité (quel père responsable accepterait de confier sa progéniture à un homme pareil ? A la décharge de l'homme d'acier, Lois Lane a été tout aussi inconséquente).

A l'heure de s'en débarrasser, Bendis précipite leur sortie de scène de manière cavalière (la garde noire de Thanagar embarque les deux margoulins), même si on imagine que Superman va essayer d'éviter la prison à Jor-El.

Le sort de Jon va diviser les fans, qui déjà ont reproché au scénariste d'en avoir fait un ado de dix-sept ans par un tour de passe-passe un peu grossier. Le voilà enrôlé par la Légion, dont il devient l'inspirateur historique. Supergirl aurait pu être choisie mais visiblement Bendis voulait à la fois écarter Jon de son père et en même temps l'intégrer à une sorte de nouvelle famille plus en phase avec son âge (difficile en effet d'imaginer que son duo avec Damian Wayne allait durer vu leur différence d'âge - et ceux qui accusent Bendis de saborder les Super-Sons devraient savoir que DC a annulé leur série parce qu'elle ne se vendait tout simplement pas assez !).

Ce qui ne devrait pas être discuté en revanche, c'est la prestation d'Ivan Reis, qui produit une nouvelle fois des planches remarquables. Le brésilien ne ménage pas ses efforts avec une figuration importante, des compositions très fournies, un découpage tonique, et des finitions qui requièrent deux encreurs (Joe Prado et Oclair Albert).

Il faut saluer la gestion éditoriale de la série qui a su ménager des pauses à Reis, lui laisser le temps de souffler pour revenir ensuite, rechargé, pour des épisodes importants, où son dessin puissant et exigeant fait merveille.

Cet épisode a donc les défauts de ses qualités : il est agréable mais un peu artificiel, comme une sorte de gros teaser qui ne dit pas son nom pour Legion of Super Heroes, et imposant à Superman un arrêt presque forcé dans une intrigue déjà bien longuette.   

vendredi 12 juillet 2019

SUPERMAN #13, de Brian Michael Bendis, Brandon Peterson et Ivan Reis


Un épisode pour rien. Ou pour pas grand-chose. C'est ce qu'on retiendra de ce treizième numéro ("je ne ne suis pas superstitieux, ça porte malheur" comme disait je-ne-sais-plus-qui). Brian Michael Bendis surjoue le mystère sur la fin de Krypton et diffère trop les révèlations. Par ailleurs, Brandon Peterson dessine la quasi-totalité du chapitre, sans démériter certes mais sans égaler Ivan Reis.


Autrefois, sur Krypton. Jor-El se tient devant le Conseil scientifique et expose sa théorie sur la fin prochaine de la planète. Mais ses arguments sont réfutés par l'auditoire, notamment le Gardien d'Oa, Ali Apsa.


Le ton monte et le nom de Rogol Zaar est prononcé, sans que Jor-El comprenne la mention à ce mercenaire dans ce débat. Le Conseil se retire pour délibérer et donne rendez-vous à Jor-El dans 24 heures.


En ville, Jor-El aborde une collègue, Kito, à qui il demande des informations sur Rogol Zaar. Elle se dérobe. Juste après, il est agressé par un soldat thanagarien qui le blesse mais qu'il arrive à neutraliser.


De retour chez lui, Jor-El alerte sa femme et la convainc de faire quitter Krypton à leur fils, Kal-El. Un séisme se déclare, c'est la fin, déjà. Aujourd'hui, dans le vaisseau de son père, Superman s'interroge.


Jor-El achève de lui expliquer que le Cercle veut l'empêcher de révèler leurs manigances passées, raison pour laquelle on l'a attaqué. Superman désapprouve le projet de vengeance de son père qui maintient qu'il changera d'avis quand il découvrira le fin mot de l'histoire dans les cendres de Krypton...

Depuis qu'il a pris en main la série Superman, Brian Michael Bendis a entrepris de raconter l'histoire secrète de la disparition de Krypton. Le méchant Rogol Zaar s'est vanté de l'avoir détruite et on a ensuite appris qu'il agissait sur l'ordre de Gandelo, membre du Cercle, un groupuscule composé de plusieurs notables extra-terrestres.

Néanmoins, depuis plus d'un an maintenant, on ignore toujours ce qui a valu à Krypton un tel châtiment. Jor-El savait la planète menacée et a tenté d'organiser le sauvetage de sa population, sans en avoir la possibilité. Il a juste pu épargner son fils, qui est donc devenu Superman en atterrissant sur Terre.

Il apparaît seulement que Krypton était condamnée naturellement mais que sa fin a été accélérée par le vol d'un dispositif mis au point par le père de Supergirl, initialement voué à préserver la planète mais dont l'usage a été inversé. A cela s'ajoute la haine viscérale de Rogol Zaar pour les kryptoniens, qui seraient responsables du triste sort de ses semblables éparpillés aux quatre coins du cosmos.

Plus d'un an à tirer la corde là-dessus, c'est tout de même un peu long, même si, entre temps, Bendis a développé d'autres pistes narratives (notamment le voyage mouvementé de Jon Kent avec son grand-père). Je comptais que cette Unity Saga serait réglée au douzième épisode, mais elle se concluera au quatorzième, le mois prochain.

Revenir comme il le fait sur le passé de Krypton, la bataille d'expert mené par Jor-El face au Conseil scientifique... Tout cela ressemble fort à un épisode pour rien, qui ne fait que dire ce que tout le monde a compris depuis belle lurette. Une sorte de moyen de faire durer le plaisir, de gagner du temps. Dommage. 

Le fait aussi que ce soit Brandon Peterson qui dessine 19 des 23 planches de ce numéro déçoit. L'artiste ne démérite pas, c'est même un bon fill-in, garantissant une bonne qualité à la série, mais on sait qu'il est appelé pour permettre à Ivan Reis de souffler (le brésilien ne réalise que les quatre dernières pages de l'épisode).

Paradoxalement, cette déception peut annoncer un grand final, épique, à la (dé)mesure de l'ambition de Bendis, puisque le sort de Rogol Zaar et la vérité sur Krypton (cette retcon qui ne dit pas son nom - mais ce n'est pas la première fois que l'histoire de la planète est réécrite) formeront le programme du prochain chapitre et la conclusion de la saga. Croisons les doigts (même si ça devrait quand même bien le faire).
      
La variant cover d'Adam Hughes.