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jeudi 1 février 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2024 (Mark Waid, Cullen Bunn, Dennis Culver, Stephanie Phillips, Christopher Cantwell / Edwin Galmon, Travis Mercer, Rose Kämpe, Jorge Fonres)


4 histoires courtes au programme de cet Annual :


- IMPeriled (Mark Waid & Cullen Bunn / Edwin Galmon) - Mr. Mxyzptlk convoque avec Bat-mite tous les lutins de la 5ème dimension pour leur parler d'une menace à venir. Mais la réunion tourne à la foire d'empoigne...

Ce segment, le seul écrit (ou plutôt co-écrit) par Mark Waid, sert en vérité d'introduction à une histoire qui débutera dans World's Finest #25 à paraître en Mars prochain. Les lutins de la cinquième dimension sont de grands gamins investis de pouvoirs énormes comme Bat-mite et Mr. Mxyzptlk mais qui vont devoir faire face à un adversaire encore plus redoutable qu'eux tous réunis.

Bon, c'est mignon, mais guère palpitant. Il faut espérer que Mark Waid a une idée intéressante pour la suite. On ne voit pas non plus très bien quelle plus-value a apportée Cullen Bunn à cette histoire (sans doute a-t-il rédigé le script et les dialogues en suivant les indications de Waid). On ne peut que se sentir floué puisque cet Annual ne propose absolument rien mettant en scène Batman et Superman par ailleurs.

Les dessins d'Edwin Galmon sont corrects même si informatisés à l'extrême. A se demander si certains artistes sauraient encore se débrouiller avec un crayon et une gomme...   
 

- The Ties That Bind (Dennis Culver / Travis Mercer) - Pour le compte de Simon Stagg, Metamorpho doit aller chercher au coeur d'un volcan le marteau de Vulcain. Sauf que quelqu'un l'a devancé et qu'il s'agit d'une vieille connaissance...

Ce deuxième segment se déroule après les événements rapportés dans World's Finest #17. On retrouve donc Metamorpho, qui était au coeur de cet arc, et Dennis Culver s'approprie le personnage avec aisance (il apprécie visiblement ce genre d'outsider puisqu'il vient de signer une mini-série Unstoppable Doom Patrol avec Chris Burnham).

L'intrigue est assez rythmée pour ne pas ennuyer et la rencontre que fait Rex Mason au coeur de ce volcan invite à une suite. Donc, la question se pose de savoir si DC ne préparerait pas quelque chose avec Metamorpho, d'autant que James Gunn l'a intégré au casting de son Superman Legacy (dont le tournage commence en Mars).

Les dessins de Travis Mercer sont convenables, sans plus. Disons que j'aurai apprécié un artiste avec un peu plus de fantaisie, vu le potentiel de ce héros. Mais ça n'était pas la priorité visiblement.



- Sting Like A Bee (Stephanie Phillips / Rose Kämpe) - Avant de devenir la super-héroïne Bumblebee et d'intégrer les Teen Titans, Karen Bercher a signé son premier coup d'éclat en infiltrant les locaux d'une compagnie, filière de Stagg Industries...

C'est déplorable mais Stephanie Phillips perd son temps en acceptant ce genre de travail de commande qui ne lui apportera rien et je me demande si DC (comme Marvel d'ailleurs) sait vraiment quoi faire de cette excellente scénariste, à part lui refiler des jobs pourris, quand, en indé, elle brille sur son propre titre, Grim.

Car, franchement, qui ça intéresse de connaître les origines de Bumblebee, personnage pompée sur la Guêpe de Marvel, puis tardivement incorporée aux Teen Titans (dont Waid a écrit une catastrophique mini-série récemment terminée) ? Pas moi en tout cas.

Rose Kämpe a un style encore trop balbutiant pour rattraper l'affaire, même si c'est déjà plus agréable à lire que Galmon et Mercer. En fait, cet Annual ressemble plus à un fourre-tout qu'à quelque chose de digne de World's Finest


- Time Check (Christopher Cantwell / Jorge Fornes) - Les Challengers de l'Inconnu s'aventurent dans une dimension parallèle pour sauver le docteur Elias, au péril de leur vie et de la réalité même...

Heureusement, les plus patients seront récompensés avec le dernier segment de cet Annual qui, s'il n'a lui aussi rien à voir avec World's Finest, se distingue sans mal par sa qualité narrative et graphique du lot. Il faut dire que c'est Christopher Cantwell qui est aux manettes et ça change tout.

S'il s'agit là encore d'un teaser, alors j'ai hâte que DC confirme qu'il a un projet avec les Challengers de l'Inconnu puisqu'ils sont à l'affiche dans cette histoire. Cantwell les entraîne dans une aventure certes compressée mais haletante, valorisant leur job d'explorateurs et d'aventuriers (après tout, ils inspirèrent à Stan Lee et Jack Kirby les Fantastic Four).

Surtout, on a enfin droit à des planches de dingue puisque c'est Jorge Fornes qui illustre le script de Cantwell et l'espagnol prouve une fois de plus quelle envergure il a pris en  signant chez DC. Tout ça donne donc furieusement envie que Cantwell et Fornes nous produisent une mini-série Challengers of the Unknown au sein du DC Black Label. Jim Lee, s'il vous plait, exaucez-moi !

vendredi 14 juillet 2023

ROGUE & GAMBIT #5, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Et rideau pour Rogue & Gambit : j'en aurai bien pris un peu plus tant cette mini-série a été un plaisir à lire. Stephanie Phillips a animé le couple préféré des fans des mutants avec beaucoup de brio et il serait logique que Marvel lui confie une série régulière avec des X-Men dans un futur proche (quand on saura sur quoi débouche Fall of X). Quant à Carlos Gomez, il prouve une fois de plus qu'il est un dessinateur sur lequel il faut compter et que l'éditeur devrait davantage mettre en avant.



Sous l'emprise du Power Broker, ayant absorbé les pouvoirs de tous ceux qu'il avait sous son contrôle, Malicia s'en prend à Gambit. Le cajun réussit à rendre la raison à sa femme mais les détenus du Power Broker veulent se venger... De retour auprès de Destinée, Malicia décide de faire confiance à sa belle-mère quant au but de la mission qu'elle lui avait confiée...


Pourquoi ? Pourquoi Marvel s'obstine-t-il à produire des mini-séries aussi courtes, surtout quand l'éditeur les confie à des auteurs autrement mieux inspirés que les scénaristes en place sur la franchise X actuellement ? On se posera encore une fois la question au terme de Rogue & Gambit.


Et on se la posera d'autant plus que, à la différence de X-Terminators par exemple, qui était un divertissement potache, détaché des préoccupations actuelles des mutants, Rogue & Gambit s'affiche clairement, dans ce cinquième et dernier épisode, comme une histoire s'inscrivant dans un mouvement plus grand.


Sans spoiler le terme de la mission accomplie par Malicia et Gambit, on sait qu'elle tournait autour de Manifold, le mutant aborigène, ancien membre du SWORD et ex-Avenger, dont Destinée assurait qu'il était un acteur déterminant pour le futur des mutants. On peut donc facilement deviner que cela a un rapport avec ce qui concerne Fall of X et le prochain statu quo de la franchise X.

A l'heure qu'il est, bien entendu, on ne sait encore rien de ce futur, mais les spéculations vont bon train. Si je ne lis plus les titres mensuels de la franchise, je lis des reviews les concernant et dernièrement, dans Immortal X-Men (de Kieron Gillen et Lucas Werneck), Cypher a obtenu la dissolution du Conseil de Krakoa, complètement pourri par l'intégration de membres corrompus (tels Séléné, Colossus) et miné par des tensions internes de plus en plus vives, mais surtout à cause de Charles Xavier totalement dépassé par son rôle (depuis l'absence d'Apocalypse et la mort de Magneto). Le pauvre Cypher a également été envoyé dans le Puits par... Krakoa elle-même (pour le protéger) !

Ajoutez à cela que Nightcrawler a également quitté l'île, écoeuré par sa gouvernance et n'y trouvant plus sa place, que Cyclope et Jean Grey sont au bord de la rupture dans X-Men, et que le Hellfire Gala 2023 (qu'on pourra lire dans un épisode consacré dans une quinzaine de jours) s'annonce cataclysmique (il est acquis que la nouvelle formation des X-Men ne sera pas le clou du spectacle)... 

Stephanie Phillips n'avait en tout cas pas menti quand elle promettait que Rogue & Gambit apporterait sa pierre à ce qui se construisait actuellement. La fin de cette mini-série complète un tableau plus sombre que jamais et dont Destinée est la chef d'orchestre. Malicia y fait des cachotteries à Gambit qui vont sûrement finir par lui revenir en pleine figure, mais en choisissant de faire confiance à Destinée, qui semble animée cependant de bonnes intentions.

Avant cela, on assiste à l'affrontement entre Malicia, qui a absorbé à son corps défendant les pouvoirs des détenus du Power Broker, et Gambit, qui tente de la raisonner. Le Power Broker a beau avoir une dernière carte à abattre pour se défendre, il va regretter d'avoir voulu vendre des héros et vilains sous emprise au plus offrant.

Cela occasionne plusieurs pages de baston magnifiquement dessinées par Carlos Gomez. Comme Stephanie Phillips, j'espère que dans les moins à venir, peut-être l'an prochain, il aura droit à une série régulière car il est anormal qu'un artiste aussi doué soit cantonné à des mini-séries, aussi bonnes soient-elles.

Gomez présente la particularité d'être associé souvent à des femmes (il a travaillé brièvement avec Kelly Thompson sur Black Widow et The Amazing Spider-Man : Beyond, avec Leah Williams sur X-Terminators, Kalinda Vasquez sur America Chavez : Made in America) tout en étant un artiste qu'on catalogue facilement dans le "good babe art", à l'instar de Frank Cho ou Terry Dodson. Pourtant, si effectivement il dessine remarquablement de belles plantes pulpeuses, c'est sans aucune vulgarité. Et surtout son talent ne limite pas à ça.

Il est aussi doué pour animer les héros masculins et à son avantage dans les scènes d'action, toujours lisibles et dynamiques. Il soigne ses arrière-plans et l'expressivité de ses héros. Son découpage se distingue par de belles compositions, avec des valeurs de plans toujours soignées. Si Marvel est capable de faire de dessinateurs moyens comme Werneck ou CF Villa des "stormbreakers", alors il faut accorder la même promotion à Gomez, qui leur est bien supérieur.

Il n'en reste pas moins que c'est une véritable anomalie que deux personnages aussi populaires que Malicia et Gambit n'aient plus de série régulière ou n'apparaissent plus dans des team-books (depuis le départ de Malicia des X-Men et la fin d'Excalibur/Knights of X pour Gambit). Il y a une gestion très bizarre des stars mutantes actuellement et finalement, le mieux qu'on puisse espérer pour l'après Fall of X serait de renouer avec une série Uncanny X-Men rassemblant les mutants favoris écrite par un(e) scénariste dévoué(e) et un artiste motivé, quitte à sabrer le high concept krakoan instauré par Hickman (largement gâché depuis le départ de ce dernier).

samedi 8 juillet 2023

GRIM : VOLUME 2, de Stephanie Phillips et Flaviano


Il y a quelques mois (en Février exactement), je vous avais parlé de la série Grim, publiée par Boom ! Studios, dont j'avais beaucoup aimé le premier tome. Ce creator-owned écrit par Stephanie Phillips et dessiné par Flaviano a connu un succès surprise Outre-Atlantique et les cinq premiers épisodes ont été traduits en Mai chez Huggin & Muninn. Le deuxième TPB ne paraîtra qu'à la rentrée aux Etats-Unis mais je vous en livre ma critique dès à présent.



Exilés dans la région de Las Vegas, Jessica Harrow et ses deux amis, Eddie et Marcel, assistent à un concert en plein air au cours duquel une femme, à l'écart du spectacle, s'immole par le feu. Jess remarque sur le front des secouristes le même symbole que sur celui de la victime. C'est le premier indice d'un déséquilibre entre les forces de l'Au-Delà et de la Terre, consécutif à la disparition de la Mort (le propre père de Jess) et de la Fin, après leur combat.


En effet, plus personne ne meurt depuis cet affrontement, ce qui n'empêche pas les gens de se blesser ou de souffrir. Eddie et Marcel constatent que ce phénomène a lieu partout dans le monde et engendre une gigantesque chaos. C'est alors que Jess rencontre les Trois Moires (Clotho, Lachesis et Atropos) qui le somment de remplacer son père puis de récupérer la Fin en Enfer...

Dans l'Au-Delà, Adera a pris place sur le trône laissé vacant par la Mort et assure à ses faucheurs que tout est sous contrôle. Cependant, Lilah, la mère de Jess, s'évade de la prison où elle était détenue et déterre dans un cimetière abandonné une amulette. Elle crois ensuite Harold le messager qui lui présetne l'incarnation de la Vie qui lui remet une carte avec une adresse à laquelle se rendre...


Rejoints par Annabel, une faucheuse qui doute de la parole d'Adira, Jess, Eddie et Marcel et elle les mène à Kelly, un des gardiens des huit portes menant aux Enfers. Kelly condamne Marcel à y aller puis renvoie Jess, Eddie et Annabel, qui confie sa faux à Jess pour qu'ils accèdent à un ancien bureau de l'Au-Delà...


... Mais une mauvais surprise les y attend...

Grim est décidément une série surprenante, imprévisible, qui s'amuse avec des "high concepts", comme la mort, le destin, la vie, etc. A priori, cela ne donne guère envie de se plonger dans des thèmes aussi lugubres et pesants, sauf quand le scénario est assez malin pour transformer tout cela en un périple mouvementé et coloré.

Stephanie Phillips est une auteur à suivre et actuellement elle a le vent en poupe : après avoir brillé chez DC (notamment sur Harley Quinn) et désormais chez Marvel (avec Rogue & Gambit puis prochainement avec l'event Contest of Chaos), elle a trouvé le temps de produire son creator-owned avec Grim chez Boom ! Studios. La critique et le public ne s'y sont pas trompés et en ont fait un succès, mérité.

On suit donc toujours Jessica Harrow, cette jeune femme qui est faucheuse au service de la Mort, mais qui présente deux particularités par rapport à ses collègues : d'une part, elle n'a aucun souvenir de sa propre mort, et ensuite, elle peut interagir avec les vivants. En cherchant des explications sur ce deuxième point, dans le premier tome de la série, elle finissait par apprendre qu'elle était la fille d'une humaine et de la Mort elle-même. Juste avant que son père n'affronte la Fin, une entité terrible, dans un combat où aucun d'eux ne survécut.

Le deuxième tome reprend là où on en était resté : exilés dans la région de Las Vegas, Jess et ses deux meilleurs amis, également des faucheurs, Eddie et Marcel, tentent de se remettre de leurs émotions, mais le moral n'est pas au beau fixe pour la jeune femme qui sait que Adira, sa supérieure hiérarchique dans l'Au-Delà, l'a trahi après lui avoir menti sur ses parents et donc sa nature. Par ailleurs, on observe rapidement les conséquences de la lutte sans merci que se sont livrées la Mort et la Fin : plus personne ne meurt, mais souffre atrocement et cela provoque une panique générale sur Terre mais aussi dans l'Au-Delà. Adira a du mal à convaincre ses troupes que tout est sous contrôle, tandis que, en coulisses Harold le messager, les 3 Moires et l'incarnation de la Vie poussent leurs pions. 

Bien entendu, Jess est la pièce maîtresse de cette partie : un grand destin mais aussi un gros fardeau l'attendent et elle ignore comment y faire face, si même elle le peut. Sans compter que sa mère Lilah s'est évadée du pénitencier où elle se trouvait suite à une émeute en tâchant elle aussi de se placer dans ce jeu...

Je craignais un peu que Stephanie Phillips n'ait démarré très (trop) fort avec les cinq premières épisodes et que la suite ne soit pas à la hauteur. Il est toujours délicat de développer une intrigue aussi fantastique, au potentiel prometteur mais aux répercussions considérables, sans perdre l'essentiel - c'est-à-dire l'attachement qu'on a pour les héros.

Mais mes craintes étaient infondées : non seulement la scénariste sait où elle va mais elle y va avec une épatante assurance, enrichissant sa trame initiale, augmentant les enjeux, jusqu'à la fin du dixième épisode avec un cliffhanger qu'on ne voit vraiment pas venir. Phillips anime un casting riche mais sans jamais nous égarer, en donnant de la place aux nouveaux personnages, en ne négligeant pas ceux qui étaient déjà là auparavant, et surtout en restant concentrée sur les dilemmes de Jessica Harrow dont elle dresse un portrait touchant. Imaginez : c'est la fille de la Mort, appelée à lui succéder, mais trahie par sa chef, et poussée par les Moires (qui tiennent dans leurs mains les fils de l'existence de tout un chacun).

Jamais le récit ne se prend les pieds dans les motifs qu'il brosse, et le rythme ne fait jamais défaut. C'est un vrai page-turner, avec son lot de moments forts, spectaculaires (mention spéciale quand on s'aperçoit que plus personne ne meurt dans le monde entier mais continue à souffrir, très impressionnant et troublant).

Mais Grim, c'est aussi une série qui s'apprécie pour sa qualité visuelle. Et Flaviano et le coloriste Rico Renzi accomplissent une nouvelle fois un boulot exceptionnel. L'histoire a une esthétique très particulière, où la couleur rouge domine (c'est celle de l'habit des faucheurs). Le noir et les nuances de gris apportent des textures vraiment sensationnelles au récit, comme on le voit dès le sixième épisode avec le concert en plein air puis l'immolation de cette femme qui récite un poème sur la mort de William Butler Yeats. Lorsque les secouristes arrivent, Renzi déploie tout son fabuleux talent pour nous faire ressentir à la fois la chaleur tragique du feu, mais aussi la voute sinistre de l'endroit en pleine nuit, au milieu desquelles flamboie le pull et les bottines rouge de Jess.

Flaviano s'impose quant à lui comme un narrateur prodigieux : il multiplie les planches avec des cases horizontales occupant toute la largeur de la bande pour illustrer des dialogues et qui permettent de voir les mouvements subtils, les expressions trahissant les émotions sur les visages des personnages. Mais il est aussi capable d'enchaîner plusieurs pages de suite avec des découpages virtuoses aux compositions audacieuses comme quand les 3 Moires ligotent Jess et lui expliquent ce qu'elle est, ce à quoi elle est destinée et ce vers quoi elle la somme d'aller.

Une séquence est aussi extraordinaire dans ce volume 2 quand Kelly montre à Jess, Eddie et Annabel le passé de Marcel afin qu'ils comprennent pourquoi il le condamne à séjourner en Enfer. Un flashback renvoie au XIXème siècle et à l'histoire d'amour tragique vécue par le personnage qui a mis fin à l'existence de l'être aimé, non pas mu par une pulsion criminelle mais pour le soulager de souffrances. Ce geste de compassion, d'amour rend le jugement de Kelly injuste mais nous fait aussi partager la honte et le remords de Marcel, de manière poignante et visuellement très intense.

C'est donc une oeuvre, véritable, qui se construit progressivement, et avec laquelle Stephanie Phillips et Flaviano (sans oublier le génial Rico Renzià peuvent encore aller loin. Essayer Grim, c'est l'adopter !

vendredi 16 juin 2023

ROGUE & GAMBIT #4, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Rogue & Gambit s'achèvera le mois prochain et comme souvent, on aurait aimé que Marvel donne à cette mini-série plus d'épisodes, voire la convertisse en une série régulière. Car Stephanie Phillips et Carlos Gomez produisent quelque chose de très sympa, de bien mené, qui échappe à la pesanteur du concept de Krakoa et qui, donc, en dit finalement assez long sur ce qui guide mais aussi enclave la franchise X.


Malicia vient de tuer le mutant Vanisher accidentellement dans l'antre du Power Broker, celui qui est derrière tous ces enlèvements de surhumains, dont Manifold. Mais alors que la mutante est acculée, Gambit surgit pour lui prêter main forte. A moins que ce ne soit trop tard ?


Parfois, ce sont les petits projets, les mini-séries qui nous enseignent ce qui cloche dans les grandes franchises. Et de ce point de vue, ce qu'a écrit Stephanie Phillips avec Rogue & Gambit en dit finalement long sur l'état actuel de la franchise mutante.


Ce quatrième et avant-dernier épisode concentre même à lui seul ce qui manque à beaucoup de fans tout en révélant, comme on le dirait du développement d'une photo, les limites atteintes pas l'âge de Krakoa. Quelque chose qui a à voir avec ce que les editors et les architectes en font, parfois en oubliant ce qui pourrait être l'essentiel.


Avant d'aller plus loin, cet épisode est très efficace et plaisant, come les trois précédents. L'intrigue évolue bien et Stephanie Phillips peut donc s'affranchir de quelques règles. Ainsi, elle ne se préoccupe plus de construire sur un suspense (qui procède à l'enlèvement de surhumains, dont certains mutants ? Pour le compte de qui ? A quelles fins ?) : tout ça est dévoilé dans les premières pages, au cours d'un rapide flashback, et à part le rôle joué par le Power Broker, un vilain qu'on n'associe pas aux mutants, l'implication de l'ambassadeur britannique anti-mutants Ruben Brousseau n'étonnera personne.

Par ailleurs, Carlos Gomez nous régale avec ses dessins toujours dynamiques, à la lisibilité sans défaut. Il anime Malicia avec son goût revendiqué pour les belles filles aux formes plantureuses mais sans sombrer dans la vulgarité, et lorsque Gambit entre en scène, il prouve que son intérêt et son talent d'artiste ne se limite justement pas aux belles héroïnes car il représente Rémy Lebeau avec tout le charme canaille qui le caractérise. Les scènes d'action, majoritaires, sont pleines de punch, spectaculaires à souhait. Vraiment, il est impossible de faire la fine bouche.

Ceci étant dit, on peut passer à ce que, donc, révèle Rogue & Gambit de l'âge de Krakoa. Alors que la franchise est déjà engagée dans une nouvelle phase, Fall of X, qui laisse peu de place quand aux projets éditoriaux pour les mutants (tout en ménageant un léger flou : s'agit-il d'un test auquel Krakoa survivra ? Ou d'une réelle chute ?), on se dit aussi que le projet de Jonathan Hickman a certainement dévié depuis le départ de ce dernier et qu'il a en quelque sorte vécu.

Depuis longtemps, les X-Men, qualité de franchise, ne se développe plus que par rebonds, par cycles, et on les reconnaît en les associant aux auteurs qui ont su faire souffler un vent nouveau sur ces personnages, leur univers. Il y eût Claremont et son long règne, Grant Morrison et sa révolution, Joss Whedon et son retour aux basiques, et il y eût Hickman et son reboot.

L'écueil de ce procédé, c'est que les X-Men semblent ne plus survivre qu'à coup de concepts plus ou moins révolutionnaires, et, c'est bien connu, en astronomie, une révolution, c'est un tour sur soi-même, donc tôt ou tard, ce qui a été initié revient à son point de départ. Les editors des X-Men ressentent régulièrement alors le besoin de confier cette franchise à un nouvel auteur qui saura lui donner un coup de boost, quitte à s'aventurer dans des directions improbables. Ainsi, Morrison a fini par jeter l'éponge quand les pressions éditoriales l'ont empêché d'aller là où il le voulait. D'autres ont préféré se limiter à une saga efficace mais fédératrice comme Whedon. Claremont a été doublé par Jim Lee. Et Hickman, contrarié par la pandémie, a abrégé ses projets en laissant nombre de pistes narratives possibles pour ses suiveurs.

Claremont est sans doute, de tous ces scénaristes que je retiens comme fondamentaux, celui qui avait le moins prémédité son coup, il a fonctionné empiriquement, développant un univers dans des proportions et sur un temps considérables. Mais ce faisant, il n'a jamais oublié que raconter des histoires étaient la priorité, davantage que le concept était le récit, jusqu'à ce que les deux ne fassent plus qu'un. Tous ceux qui ont voulu imiter cela se sont plantés ou n'ont en tout cas pas réussi à tenir si longtemps ou à laisser pareille empreinte.

Depuis le départ de Hickman, on voit bien que s'affrontent deux courants : d'un côté, ceux qui veulent puiser dans le jardin de l'architecte, et ceux qui veulent à leur tour entraîner la franchise vers de nouvelles limites, quitte à jouer avec sa fin (la fin de l'âge de Krakoa). D'un côté, Gerry Duggan, de l'autre Kieron Gillen, en gros. Ceux qui tentaient d'exister entre eux, en essayant autre chose, à commencer par prioriser les personnages, les histoires aux concepts, ont été balayés - et je pense spécialement à Vita Ayala, qui abattait un travail remarquable sur New Mutants. D'autres ont été plus roublards, en cultivant leurs propres territoires, à la marge, comme Benjamin Percy avec X-Force et Wolverine, quitte à ne raconter qu'une seule histoire (ou pas loin) et à hérisser les fans (en faisant du Fauve un vrai monstre notamment).

Dans cette configuration, le concept a clairement gagné sur les histoires et les personnages, complaisamment même puisque, aujourd'hui, le conseil de Krakoa est plus que jamais peuplé de racailles et que le spectacle global de la franchise est devenu lugubre, assez pour justifier qu'il faille provoquer la chute du X. Est-ce ce que Hickman aurait fait s'il était resté aux commandes ? Est-ce la direction qu'il aurait donnée ? Peut-être dans la mesure où Hickman travaille le concept plus que les histoires souvent. 

Ce qui est certain, en tout cas selon moi, c'est qu'aujourd'hui avec cette victoire du concept sur l'histoire, c'est que lire du X-Men sans dépendre de toute la franchise, est devenu rare, trop rare. A force de "saisonner" la franchise (en Dawn of X, Reign of X, Destiny of X, Fall of X et Dieu sait quoi encore après, au rythme des Hellfire Gala, des formations changeantes des X-Men), une année de publication devient le cadre formaté dont on ne peut plus sortir, c'est le temps imparti pour dire ce qu'on a à dire avant que tout soit chamboulé. 

Alors, ceux, parmi les fans, qui veulent encore simplement suivre des histoires de mutants sans grands concepts n'ont finalement plus que des mini-séries qui peuvent très bien se dispenser de références aux cycles éditoriaux. Des récits comme X-Terminators, ou Rogue & Gambit. Est-ce un hasard si ce sont des femmes qui les écrivent, ces histoires, avec des artistes qui ne dessinent pas les séries les plus exposées, avec des personnages sans domicile fixe mais appréciés ? 

Au fond, ce qui interroge vraiment, c'est cette espèce de course à l'échalote depuis Dawn of X. Et si Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, levait un peu le pied et laissait tout le monde raconter des histoires au lieu de vouloir réinventer tous les ans Krakoa ? Hickman n'est plus là, et ni Duggan, ni Gillen, ni Percy, ni Ewing ne l'ont remplacé (même si certains aimeraient bien visiblement). Pourquoi ne pas laisser filer deux ans avant de tout ébranler à nouveau, juste pour que les séries puissent exister sans pression (autre que d'être achetées et lues) ? Ou alors, quitte à tout chambouler, le faire vraiment en osant confier les rênes à de nouveaux auteurs, frais, en renouvelant profondément les auteurs, les artistes ? Exit les Duggan, Gillen, Percy, Ewing, et place à Leah Williams, Stephanie Phillips, faire revenir Vita Ayala, et quelques autres qui n'auraient jamais touché aux mutants. Chiche ?

vendredi 12 mai 2023

ROGUE & GAMBIT #3, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Si j'ai décidé d'arrêter de suivre les séries régulières concernant les mutants (en tout cas jusqu'à ce que l'envie revienne), je vais quand même aller au bout de cette mini-série Rogue & Gambit qui est, ma foi, très sympathique. Stephanie Phillips n'est pas embarrassée par tout ce qui se joue à Krakoa et anime deux personnage qu'elle aime dans une intrigue accrocheuse, que Carlos Gomez met en images de façon très chouette. Un vrai bol d'air.



Au Q.G. new-yorkais des X-Men Malicia demande à Forge de lui prêter sa combinaison avec laquelle il a infiltré la Voûte mais le savant jure l'avoir détruite, de peur qu'elle tombe entre de mauvaises mains. Gambit devine qu'il ment et fournit à Malicia ce dont elle a besoin pour retrouver Manifold, mais sans lui...


Comme je l'ai expliqué du mieux que j'ai pu dans une entrée récente, deux choses m'ont conduit à cesser de suivre les séries régulières consacrées aux mutants : d'une part, je n'apprécie plus la direction imprimée à la franchise, avec des events et crossovers trop fréquents ; et d'autre part, l'approche de Fall of X ne me dit rien qui vaille (même si, entre-temps, Marvel a déjà commencé à communiqué sur l'après Fall of X avec un statu quo nommé Rebirth... Par peur que les fans de l'âge de Krakoa décrochent ?).


Quoi qu'il en soit, je crois que l'erreur majeure commise par le staff éditorial de la ligne X, depuis le départ de Jonathan Hickman, tient pour beaucoup au manque de renouvellement des auteurs. Je ne dis pas qu'il faut remplacer tout le monde, mais faire bouger les lignes passe parfois mieux en déplaçant les créateurs pour mieux surprendre les fans (plutôt que de leur infliger un énième event).


Ce qui aurait été bienvenu, c'est par exemple, comme à une certaine époque où les titres Avengers se multipliaient, de procéder à un jeu des chaises musicales, de réattribuer les titres à des auteurs trop confortablement installés sur leurs titres. Ou, mieux, d'accueillir des recrues avec des idées neuves.

Stephanie Phillips, venue de DC pour écrire cette mini-série Rogue & Gambit (probablement le couple favori des fans depuis les années 1990), a choisi d'inscrire son histoire légèrement à la marge. L'action ne se situe pas à Krakoa et s'appuie donc sur Malicia et Gambit, sans le recours à d'autres X-Men (même si ce mois-ci, on aperçoit Wolverine/Logan dans un flashback et Forge au début de l'épisode).

En même temps, Phillips ne se déconnecte pas de Krakoa complètement puisque Malicia et Gambit sont envoyés en mission par Destinée (qui siège au conseil de Krakoa) et la scénariste a promis que son récit aurait des répercussions sensibles sur la franchise.

Mais ce qui me plaît simplement le plus dans sa démarche, c'est l'air frais qu'elle fait souffler sur la franchise en ne dépendant pas du grand tout formé par ladite franchise. On ignore encore pourquoi, pour Destinée, il est si important que Malicia et Gambit conduisent Manifold à Krakoa mais on a envie de le savoir et donc on suit cette intrigue.

Par ailleurs, Phillips s'empare du couple Malicia-Gambit pour explorer le fossé qui s'est creusé entre eux depuis que Malicia a été éloigné de son mari durant l'année qu'elle a passée dans l'équipe des X-Men et depuis que Gambit, lui, était avec Excalibur puis les Knights of X dans l'Outremonde. En somme, la scénariste réussit où Duggan a échoué en soignant la caractérisation, la dynamique entre ses personnages sans négliger l'intrigue.

Parce qu'elle arrive après la bataille en somme, Stephanie Phillips a un regard neuf sur tout ça mais exploite ce que d'autres avant elle ont semé. Et comme elle le fait bien, on prend du plaisir à suivre ce récit. Les références à la combinaison que Forge avait confectionnée (à partir des pouvoirs de Caliban, Mystique et Tempo) risquent certes d'égarer ceux qui n'ont pas lu X-Men #15-17 et l'incursion chez les Enfants de la Voûte pour secourir Darwin, mais Phillips y a pensé et résume tout ça avec une data page issue des notes de Forge. Malin.

Elle n'oublie pas non plus le quota d'action avec une explosion tout sauf gratuite provoquée par Gambit dans le labo de Forge puis un combat spectaculaire entre Malicia et les compagnons de détention de Manifold (avec un cliffhanger bien glaçant). Pour moi, c'est un sans-faute. Et j'aimerai que Phillips hérite d'un titre régulier (mutant ou non) chez Marvel après avoir fait aussi bien ses preuves ici.

Tant qu'à faire, que Marvel continue à la faire travailler avec Carlos Gomez afin d'offrir à cet excellent dessinateur une production régulière plutôt que de le cantonner à des mini-séries. Gomez est mine de rien un narrateur solide au trait très plaisant. Bien entendu, il dessine divinement Malicia (et les femmes en général), mais il serait injuste de le réduire à ça.

Gomez livre des planches avec un niveau de détails épatant, des décors soignés, qui sont mis en valeur par des angles de vue et des valeurs de plan très bien pensés. Ses compositions sont toujours équilibrées, ses personnages harmonieusement disposés dans l'espace, avec de l'expressivité. Après sa prestation impeccable sur X-Terminators, il confirme tout le bien qu'on peut penser de lui.

Rogue & Gambit, c'est une synthèse formidable de ce que pourrait (devrait ?) devenir la franchise X. Avec des histoires qui ne soient pas si fréquemment parasitées par des events/crossovers, avec une écriture fraîche, un graphisme soigné, mais sans renier, sans oublier ce qui été bâti. Et si, en fait, Marvel laissait la franchise X dérouler un peu, sans imposer de cycles (Dawn of X, Reign of, Destiny of X, Fall of X) et entr'actes (Hellfire Gala), juste pour voir ce que les auteurs racontent sur un plus long terme ?

vendredi 7 avril 2023

ROGUE & GAMBIT #2, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Il n'y a pas beaucoup de nouveautés cette semaine et aussi un peu un manque de motivation, je l'avoue. Mais ça ne signifie pas que les mensuels disponibles depuis Mercredi ne sont pas bons. Prenez Rogue & Gambit #2 : c'est une lecture réjouissante, avec deux personnages appréciés des fans des mutants, et que Stephanie Phillips et Carlos Gomez animent avec talent dans une histoire surprenante.


Manifold a téléporté Malicia et Gambit dans le désert californien avant d'être capturé, privé de ses pouvoirs comme les deux mutants. Ceux-ci parviennent à un troquet au milieu de nulle part juste avant que Black Panther arrive pour leur demander des comptes sur la disparition d'Eden Fasi...


La présence de Carlos Gomez, dessinateur que j'aime beaucoup, qui n'est sans doute pas un génie mais un excellent narrateur, au trait expressif et dynamique, au générique de deux mini-séries aussi réjouissantes que X-Terminators et ce Rogue & Gambit est pour beaucoup dans le plaisir de ces lectures.


Lorsque je fréquentais les forums dédiés aux comics, je me souviens d'un intervenant qui avait résumé qu'on venait souvent à un comic-book pour son dessin mais qu'on y restait pour son histoire. C'est assez vrai, mais pas suffisant, en tout cas pas pour moi qui défend depuis toujours l'égale importance d'un auteur et d'un artiste dans la réalisation d'une BD.


Et il me semble que le cas de Carlos Gomez illustre bien ma conception de la chose : c'est parce qu'il est bien servi par des scénaristes que lui-même sert bien que le résultat est convaincant et plaisant. Dans X-Terminators, l'élément comique participait activement à l'affaire, et c'est un peu pareil ici.

Car si Stephanie Phillips déconne moins que Leah Williams avec son girl's band, elle évite soigneusement de livrer un récit trop sérieux malgré des enjeux accrocheurs. Rogue & Gambit, selon la scénariste, c'est à l'évidence une screwball comedy, où un couple, mal assorti mais complémentaire, est embarqué dans une aventure qu'il ne maîtrise pas mais qu'ils s'attachent à résoudre.

Après la page des crédits, on a d'ailleurs droit à une vraie fausse interview de Malicia où elle répond à des questions indiscrètes d'une journaliste sur son couple avec Gambit. Stephanie Phillips se sert de ce subterfuge pour revenir sur les épisodes des séries X-Men et Excalibur/Knights of X où Anne-Marie et Rémy LeBeau vivaient séparés, chacun dans une équipe. Malicia, mal à l'aise, coupe court à l'entretien et le lecteur sent bien qu'il y a eu une petite crise conjugale dû à l'éloignement du mari et de sa femme.

En somme, alors, cette mini-série est l'occasion autant de remplir une mission que de retisser des liens entre Malicia et Gambit. Phillips se montre ingénieuse en mettant en scène Gambit dans le rôle d'un type désinvolte qui avance à reculons dans cette affaire, plus soucieux d'être avec sa femme que de retrouver Manifold et de se battre contre les vilains qui l'ont capturé. Tandis que, de son côté, Malicia veut remplir le contrat que lui a donnée Destinée, quitte à éviter de revenir sur la situation de son couple ces derniers temps.

Quand un troisième élément interfère en la personne de Black Panther, on voit bien que tout se remet, naturellement, en place. Gambit malmené, Malicia vole à son secours. Qu'importe en vérité comment T'challa a retrouvé au milieu de nulle part les deux mutants et pourquoi, de tous les Avengers, c'est lui qui a été envoyé (d'autant plus qu'actuellement, dans le run de Jason Aaron sur Avengers, Black Panther s'est retiré de l'équipe). Lui ou un autre, c'est du pareil au même : il est là pour éprouver la solidarité des deux héros malgré lui.

Sur cette trame qui n'est certes pas d'une rigueur narrative folle, Carlos Gomez fait impeccablement son job, emballant notamment une scène de baston avec beaucoup d'énergie. Il y a une aisance, une facilité chez ce dessinateur, qui mériterait davantage que des mini-séries successives pour être apprécié du plus grand nombre. En même temps, bien que son trait ne se départisse jamais d'un côté très sexy, il valorise les scripts de scénaristes féminines sans vulgarité.

Ce qui est plus curieux, c'est la manière dont Phillips construit ses épisodes : elle sacrifie au quota d'action mais semble musarder, prendre son temps. Il y a une sorte de nonchalance dans sa façon de raconter tout ça qui est un peu curieuse mais pas désagréable. En tout cas, c'est plus frais et moins pointu que ce que produisent Gerry Duggan et Al Ewing respectivement. Et alors que s'annonce l'event Fall of X (où beaucoup d'observateurs prédisent la fin de l'ère de Krakoa), ça fait du bien de lire des histoires mutantes tout simplement bien écrites et dessinées, sans prétention, avant, qui sait, un nouveau grand chamboulement...
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Pour ce numéro, Marvel a fait appel à Olivier Vatine pour une variant cover, très chouette :

jeudi 2 mars 2023

ROGUE & GAMBIT #1, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Examinons le menu : Rogue & Gambit, Stephanie Phillips, Carlos Gomez. Comment voulez-vous passer à côté ? Avec la scénariste de l'excellente série indé Grim, l'artiste de X-Terminators, et le couple mutant emblématique des 90's, peu de chances qu'on soit déçu. C'est donc parti pour une énième mini-série en cinq parties, et ça démarre sur les chapeaux de roues !


New York. Alors qu'elle est transférée dans une nouvelle prison, Lady Deathstrike assiste à l'attaque du fourgon blindé qui la transporte. Elle suit ceux qui lui offrent de s'évader. La Nouvelle-Orléans. Destinée dérange Malicia et Gambit pour leur confier une mission : ramener d'urgence Manifold à Krakoa. Ils l'ignorent mais les deux situations sont liées...


Décidément, Marvel aime lancer des mini-séries alors qu'ils disposent de scénaristes et d'artistes capables de fédérer des fans de personnages populaires pour des ongoing. Encore une fois donc nous avons droit au retour d'un titre Rogue & Gambit, cinq ans après le précédent écrit par Kelly Thompson et dessiné par Jan Bazaldua (d'un piètre niveau, il est vrai).


Mais cette fois l'éditeur a misé sur une équipe un peu plus attirante puisque Stephanie Phillips, auréolée du succès de son creator-owned Grim, est aux manettes et accompagnée par Carlos Gomez qui, le mois dernier, achevait l'irrésistible mini X-Terminators.


Phillips, qui signe son premier boulot chez Marvel après avoir signé un run sur Harley Quinn chez DC notamment, a affiché ses ambitions : il ne s'agit pas d'une aventure de  plus pour Malicia (Rogue) et Gambit, l'intrigue doit avoir des répercussions pour Krakoa. Et effectivement, la scénariste s'adresse à des lecteurs au courant de ce qui se passe chez les mutants.

Ce sera peut-être la limite du projet car il est fait mention d'événements survenus dans Excalibur, X-Men et X-Men Red notamment. Toutefois ça reste discret et je pense honnêtement que eprsonne ne sera perdu. Pour résumer, il faut savoir que Malicia a donc quitté volontairement les effectifs de l'équipe des X-Men tandis que Gambit est revenu de l'Outremonde où il évoluait avec Excalibur; 

Cela fait donc un bail que les deux époux n'ont pas été ensemble (Malicia, avant d'intégrer les X-Men, faisait bien partie de Excalibur aussi, mais ça commence à dater). Ils se sont donc donnés rendez-vous à la Nouvelle-Orléans pour rattraper le temps perdu mais ça commence mal : la Guilde des Voleurs (à laquelle appartenait Gambit) lui cherche des noises, il est rond comme une queue de pelle et a complètement oublié que Malicia devait venir !

Pour ne rien arranger, la belle-mère débarque : c'est Destinée qui a eu une vision, dont elle ne veut pas trop parler par-dessus le marché, mais qui demande à Malicia de lui faire confiance et de lui ramener Manifodl. Stephanie Phillips nous régale avec des dialogues incisifs et très drôles (Gambit qui compare Destinée à Nostradamus...), ça va vite, il y a de l'action, des interactions.

La mission, qu'ils acceptent, n'est pas évidente : Manifold a été agent du S.WO.R.D. et la trahison récente de Abigail Brand (qui a voulu déclencher une guerre intergalactique contre les mutants) l'a poussé à prendre du champ. Désormais il en réfère d'abord aux Avengers et ne veut plus rendre de compte aux politiciens krakoans. Donc pas question de répondre à la convocation de Destinée (avec laquelle il a pourtant pour point commun de considérer Gambit comme un guignol).

Surtout Manifold enquête sur la disparition de plusieurs surhumains, dont récemment Lady Deathstrike, à laquelle serait mêlé l'ambassadeur anglais Ruben Brosseau, notoirement connu comme un anti-mutant (dans les pages de Excalibur)... L'épisode se clôt sur un cliffhanger accrocheur qui donne une irrépressible envie de lire la suite.

Stephanie Phillips aime visiblement cess personnages et a imaginé une histoire mouvementée pour eux. C'est déjà frustrant de savoir que ça ne va durer que cinq épisodes, mais la scénariste prouve que ce qu'elle a montré dans Grim n'est pas qu'une inspiration providentielle, elle a du répondant et son énergie est communicative.

Marvel lui a founri un dessinateur parfait pour ce qu'elle a à dire avec Carlos Gomez. Même si l'éditeur ne le considère pas (pas encore ?) comme un "Stormbreaker" (quelqu'un sur qui elle mise pour le futur) en ne lui confiant que des mini-séries, il s'acquitte toujours avec professionnalisme de ce qu'il a à faire.

Gomez, comme Terry Dodson ou Frank Cho, on l'a vu avec X-Terminators, adore dessiner les belles filles et il réussit à les animer sans vulgarité. Malicia est ici sexy mais l'écriture de Phillips est si dynamique qu'elle ne peut être réduite à une jolie poupée. Comme Destinée, depuis sa résurrection (dans la mini Inferno de Jonathan Hickman), a rajeuni, on n'est pas non plus choqué de la voir afficher des formes plus voluptueuses que celles qu'elle avait auparavant. Et là encore la caractérisation contrebalance tout (Irene Adler est toujours aussi hautaine).

Là où j'attendais donc plus de Carlos Gomez, c'était avec les personnages de Gambit puis de Manifold. Et je ne suis pas déçu. La cajun est croqué comme un type qui se repose sur son charme mais qui apparaît complètement bourré, puis en proie à une sévère gueule de bois : cela lui donne une dimension comique, sans le ridiculiser toutefois. Quant à Eden Fesi, Gomez réussit à le rendre très expressif dans une scène où plusieurs émotions le traversent (son éclat de rire nerveux, son inquiétude, sa résoluition).

L'épisode se termine comme il s'est ouvert, par une belle scène d'action, bien composée, que les couleurs de David Curiel rendent bien pêchue.

C'est un sans-faute. Le public devrait répondre présent et Rogue & Gambit devrait servir à imposer Stephanie Phillips chez Marvel tout comme Carlos Gomez. L'idéal étant que ces deux-là voient leur mini se transformer en série régulière (comme c'est arrivée récemment à Poison Ivy de G. Willow Wilson et Marcio Takara chez la Distinguée Concurrence).

samedi 18 février 2023

GRIM : VOLUME 1, de Stephanie Phillips et Flaviano


Aujourd'hui, je vais vous parler du premier volume de Grim un des succès récents produit par Boom ! Studios, qui a montré ses qualités d'éditeur avec des hits comme Once & Future (Kieron Gillen/Dan Mora) ou Something is killing the Children (James Tynion IV/Werther Dell'edera). Cette fois, c'est Stephanie Phillips, jeune scénariste qui monte, qui a décroché la timbale avec le dessinateur Flaviano Armentaro pour cette ongoing sur une faucheuse amnésique...


Jessica Harrow est faucheuse : elle collecte les âmes des morts pour les conduire dans l'au-delà. Mais elle est la seule parmi ses collègues à ne pas se souvenir des circonstances de son propre décès. Elle va alors enquêter avec la complicité de ses deux amis, Marcel et Eddie, contre l'avis de sa supérieure Adira.


D'autant que ses interactions avec les vivants, autre particularité unique, ont été remarquées par le Grim Reaper qui se met en tête de l'éliminer pour rétablir l'ordre naturel des choses...


Depuis peu, Stephanie Phillips est devenue la coqueluche des "Big Two" : chez DC, elle a signé un run remarqué sur Harley Quinn et une mini-série Wonder Woman, et elle va aussi prochainement livrer une mini-série Rogue & Gambit chez Marvel. Mais c'est chez l'indépendant Boom ! Studios qu'elle a décroché le jackpot l'an dernier.


Grim a en effet été un succès surprise mais distribué par une maison qui a le nez creux, puisque c'est chez Boom ! Studios que Kieron Gillen (avec Dan Mora) a réalisé Once & Future et James Tynion IV (avec Werther Dell'edera) Something is killing the children (plus ses spin-off). De quoi faire dire à certains journalistes que Boom ! est le nouveau Image Comics.
 

Mais revenons à Grim dont le premier recueil vient de paraître et collecte les cinq premiers épisodes. Stephanie Phillips y raconte l'aventure peu banale de Jessica Harrow dont le job consiste à collecter les âmes des morts pour les conduire dans l'au-delà où ils seront jugés pour aller au paradis ou en enfer. Armée de sa faux, elle s'acquitte de sa tâche d'un air résigné qui dissimule mal son tracas.

Car Jessica ne se souvient pas des circonstances dans lesquelles elle-même a trouvées la mort. Un cas unique car tous ses collègues se rappellent exactement de leur dernier jour. Quand elle interroge à ce sujet sa supérieure Adira, celle-ci lui élude la question pour pointer les irrégularités manifestes commises par Jessica. D'autant que son dernier "client" a failli lui voler sa faux pour entrer en contact avec la femme qu'il aimait, provoquant un incident peu banal : bien que normalement invisible aux yeux des vivants, Jessica a été remarquée par plusieurs témoins de la scène.

Par ailleurs, le Grim Reaper, sorte d'ange de la mort, commet un massacre durant la fête des morts à Mexico et remarque l'anomalie qu'incarne Jessica : il lui faut l'éliminer afin de préserver l'équilibre entre l'au-delà et le monde des vivants. A moins que lui et Adira ne soient soucieux de la jeune femme pour une autre raison, plus profonde, plus personnelle, qui les menacerait directement...

Stephanie Phillips nous accroche rapidement avec ce pitch malin et mené sur un rythme soutenu. Le job de Jessica et son amnésie sont des éléments narratifs dramatiques très efficaces. La caractérisation du personnage ne manque pas de vivacité : elle remplit ses missions avec un brin de nonchalance, de résignation, tout en étant préoccupée par le fait de ne pas se souvenir de sa propre mort.

Jessica a deux amis, également faucheurs, Marcel, dont on devine qu'il a péri il y a plusieurs siècles (probablement au XVIIIè) et Eddie, un ancien musicien (certainement victime de ses excès). Ils sont des faire-valoir commodes mais très divertissants et l'amitié entre eux et Jessica n'est jamais lestée par une quelconque romance. Lorsqu'ils lui permettent d'accéder aux archives de l'au-delà pour consulter son dossier, puis quand elle est suspendue à cause de cela et qu'ils sont entraînés dans une course folle pour échapper au Grim Reaper jusqu'à Las Vegas, de l'humour se glisse dans ce périple mouvementée t fantastique.

Certes la révélation finale est un peu convenue, on la voit arriver avant qu'elle ne soit déclarée, mais elle place l'héroïne au centre d'une guerre d'influences plus ambitieuse et promet une suite épique. N'ayant jamais lu ce qu'a écrit Stephanie Phillips chez DC auparavant, j'ai été séduit par son style et j'ai hâte de découvrir comment elle va animer Malicia et Gambit dans sa mini-série (qui démarre le 1er Mars prochain) et dont le pitch se veut explosif.

Pour l'accompagner sur Grim, Phillips peut compter sur un dessinateur aussi intéressant qu'elle en la personne de Flaviano Armentaro, qui a également fait son trou chez DC auparavant (sur du Harley Quinn, mais pas au même moment) et chez Marvel (sur New Mutants, hélas ! lors des épisodes médiocres écrits par Ed Brisson).

On ne peut estimer le travail, excellent, de Flaviano sans mentionner en même temps la contribution du coloriste Rico Renzi. Ces deux-là accomplissent une collaboration magnifique et dont les qualités sont indissociables. Un nombre important de scènes se passe de nuit, dans des ambiances entre chien et loup, avec des jeux d'ombres et de lumière envoûtants. Flaviano y pose un dessin aux lignes courbes et précises, avec un souci du détail élevé pour les décors (comme cette fantastique double-page montrant Las Vegas, ci-dessus).

Renzi  enjolive ces images avec une palette nuancée et franche à la fois. Le rouge domine par la tenue de Jessica Harrow, mais aussi le jaune de la lame de la faux qu'elle dérobe dans sa fuite, ou les éclairages au néon de la ville du vice. Dans la partie qui se déroule dans l'au-delà, en revanche, les tonalités sont plus vives pour habiller ce cadre qui se veut comme une salle de transit avant que les morts n'aillent au paradis ou en enfer. Enfin, les scènes avec le Grim Reaper semblent enfiévrées, et l'allure impressionnante de la créature louvoie avec l'épouvante.

Ecrite avec dextérité, illustrée avec force, colorisée avec génie, Grim est une sacrée bonne série, dont le rythme vous entraîne de manière irrésistible. La lire en recueil permet d'en savourer ces qualités et donne surtout envie de dévorer la suite dès que le prochain tome sera disponible (dans quelques mois, puisqu'après un break, le titre a repris et le 8ème épisode vient de sortir). Pour l'instant, à ma connaissance, aucun éditeur français n'en a récupéré les droits mais ça ne saurait tarder.