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lundi 19 novembre 2018

THE WEATHERMAN #6, de Jody Leheup et Nathan Fox


Ce sixième épisode de The Weatherman marque la fin du premier arc narratif et du premier Volume de la série. Comme ils l'expliquent en dernière page, Jody Leheup et Nathan Fox vont interrompre la sortie des épisodes jusqu'en 2019, le temps de réaliser de nouveaux épisodes. Mais juste avant ce hiatus, quelques révélations et surprises sont au menu...


La présidente de Mars prononce un discours à la télé dans lequel elle affirme que justice sera faite pour les victimes des attentats sur Terre. Mais son gouvernement ne tolérera aucune auto-défense pour se venger des suspects. Au même moment, Amanda Cross affronte la mercenaire White Light après le crash de leurs vaisseaux.


Dans le studio de tournage de the Pearl, l'acolyte de White Light, le Marshall, règle son compte au producteur qui a mis aux enchères Nathan Bright et l'a soumis à une effroyable séance de torture par une téléspectatrice au prétexte qu'il était Ian Black, l'auteur des attentats sur Terre.


Le Marshall n'est pas là pour libérer Nathan mais l'achever. Amanda l'en empêche in extremis et scelle une alliance avec le mercenaire en lui expliquant que Bright est leur seule chance de parvenir aux commanditaires des attentats. Garren appuie la requête d'Amanda.


Alors qu'Amanda cherche à débrancher Nathan de la machine qui le torture mentalement, celui-ci revit un épisode de son passé de soldat, quand il s'appelait Ian Black - et découvre qu'il n'est pas le tueur génocidaire que tout le monde croit.


Embarqués dans un vaisseau, Amanda, Garren, le Marshall et White Light mettent le cap en direction de la planque de la scientifique qui a lavé la mémoire de Nathan...

J'ignore encore si je lirai le prochain Volume de The Weatherman, mais Jody Leheup a su mettre l'eau à la bouche avec cet épisode. La série bénéficie d'une vraie hype et d'un lectorat fidèle. Elle compte aussi des fans célèbres, comme on peut en juger par les cover-artists qui se pressent désormais pour signer des variants : Marcos Martin est rejoint ce mois-ci par rien moins que Jerome Opena et Cliff Chiang.

Néanmoins, il faut bien reconnaître que depuis son lancement, The Weatherman a perdu un peu de son charme à mon goût. Son pitch, si original et prometteur, s'est abîmé dans une surenchère d'action et de violence (ce dernier point gâche beaucoup de séries publiées par Image Comics, comme si l'influence de Robert Kirkman - l'auteur d'Invincible, The Walking Dead ou dernièrement du "poétique" Die ! Die ! Die ! - se propageait chez ses collègues).

Leheup ironise d'ailleurs avec à-propos sur ce point au début de l'épisode quand elle met en scène l'affrontement de White Light et Amanda tandis que la présidente de Mars assure, dans une discours à la télé, que la violence n'est pas une réponse... Juste avant qu'on retrouve le Marshall découper littéralement en deux the Pearl dans le studio où il torture Nathan Bright (torture incluant une incinération suggérée mentalement !). Il faut quand même de l'estomac pour supporter tout ça...

Le risque, c'est qu'on peut, du coup, passer à côté de l'essentiel de cet épisode, quand, alors que Amanda tente de délivrer Nathan de la machine infernale à laquelle il est attaché, celui-ci se remémore un épisode de son passé. Le lecteur découvre alors qu'il est certes bien Ian Black, mais que ce n'était pas un terroriste génocidaire comme tout le monde le pense depuis le début. Voilà un twist vraiment épatant, mais quelque peu noyé dans ce flot d'hémoglobine et de brutalité assénée.

L'autre atout de la série qui a perdu de son attrait en route, c'est le dessin de Nathan Fox. Le trait fin et vif, avec un découpage très dynamique, du début a fait place des images parfois peu lisibles, que même les couleurs du pourtant impeccable Dave Stewart n'aident pas.

Voyez par exemple le combat, encore, entre Amanda et White Light : il est confus au point qu'on voit la première être blessée par les couteaux de son adversaire sans distinguer les coups à l'origine. Plus tard, l'intervention du Marshall dans le studio de the Pearl est aussi brouillon.

Fox a de l'énergie à revendre et le scénario de Leheup lui convient bien, mais ne la canalise pas assez. Le script et le découpage misent tout sur la vitesse au détriment de la clarté et ce qui devrait être grisant est fatigant. Comme rien ne rappelle qui est qui chaque mois, à part Amanda et Nathan, on s'emmêle souvent les pinceaux pour se rappeler les seconds rôles : d'un côté, c'est assez raccord avec le fait que Bright ne sait (savait) plus qui il est, mais de l'autre, ça reste de la BD où un minimum de précision est requis.

Il est certain que, comme Death or Glory, The Weatherman a du potentiel. Mais c'est un peu trop désordonné - tout le monde n'a pas la maîtrise d'un Brian K. Vaughan ou le talent de Fiona Staples (également publiés chez Image pour leur Saga). La sortie et la qualité du n°7 décideront si je poursuis l'aventure ou pas.

La variant cover de Marcos Martin.
 La variant cover de Jerome Opena.
La variant cover de Cliff Chiang.

vendredi 12 octobre 2018

THE WEATHERMAN #5, de Jody Leheup et Nathan Fox


Pénultième chapitre du premier arc, ce cinquième numéro de The Weatherman s'offre à nouveau avec toute son énergie. Jody Leheup aime bousculer son lecteur et Nathan Fox lui emboîte volontiers le pas. Cela créé une sensation très immersive, où on s'identifie aux héros... Jusqu'à être totalement déboussolé ?


Nathan Bright a été capturé par l'homme le plus puissant et dangereux de Mars, the Pearl. Il exhibe son prisonnier dans un show télé retransmis sur toute la planète et met à prix la tête de celui qu'il pense être Ian Black, le terroriste responsable de l'attentat le plus meurtrier de la Terre.


Celui qui remportera cette enchère pourra à loisir torturer mentalement physiquement Bright/Black pour se venger. The Pearl agit de la sorte moins pour l'argent que cela va lui rapporter que parce que lui-même a perdu sa famille dans ces événements - et que cela, comme il l'avoue, lui a fait perdre le sens commun.


Amanda Cross qui a pu suivre l'émission sait qu'elle ne dispose plus de beaucoup de temps pour retrouver et sauver Bright. Elle aussi remplit moins sa mission pour l'intégrité du suspect que parce qu'elle ne veut pas que ses secrets soient récupérés par ses probables anciens commanditaires. Et même Garren, son ami, ne pourra l'empêcher d'agir.


Une fois le studio d'enregistrement de the Pearl localisé, Amanda s'y rend en vaisseau. Mais la mercenaire White Light s'interpose et provoque son crash. Au même moment, les enchères sont sur le point de s'achever, après qu'une proche de victimes de Black ait testé le matériel de torture sur Bright.


La situation est désespérée pour Amanda, à la merci de White Light, et Nathan, vendu au plus offrant. Sauf qu'un renfort inconnu et inattendu intervient dans les studio sans ménagement...

La variant cover de Marcos Martin.

Lire The Weatherman revient à embarquer dans un grand huit. Il faut avoir le coeur bien accroché, l'estomac solide et être concentré pour tout suivre. Et encore cela risque de ne pas être toujours suffisant - comme en témoigne la scène inaugurale de ce cinquième épisode avec l'exécution d'un flic, dont on ignore le lien avec l'histoire générale. La même confusion s'empare de nous à la toute fin quand un homme équipé d'un bras cybernétique, parachuté depuis l'orbite martienne, atterrit dans le studio de tournage de the Pearl et découpe littéralement ce dernier en deux pour sauver Nathan Bright.

Jody Leheup ne sème sûrement pas tout ça pour rien et des explications auront certainement lieu dans un futur proche - pour la conclusion de l'arc, le mois prochain, avant que la série ne s'interrompe pour plusieurs mois (à la manière de Isola). En tout cas, il faut l'espérer.

Cela impacte en tout cas la lecture de façon conséquente : au début, le pitch, simple, mordant et explosif, mettait en scène un présentateur météo accusé d'avoir été un terrible terroriste à la solde d'une organisation avant un lavage de cerveau et une opération de chirurgie esthétique. Le récit jouait sur le doute des autorités et du lecteur par rapport à l'énormité du propos.

Puis cela s'est insensiblement compliqué. Ce n'est pas toujours désagréable car ça force à être plus attentif et l'expérience devient plus immersive dans la mesure où le lecteur est aussi confus que le héros. Mais il faut veiller à ne pas le priver de trop de repères. Un test simple consiste dans ce cas-là à essayer d'identifier chaque mois tous les personnages : si on commence à ne plus savoir exactement qui est qui, il y a un problème de narration.

C'est ce qui est en train de se passer avec The Weatherman où à force de courir plusieurs lièvres à la fois, à densifier une intrigue d'abord très simple, on lit cela plus viscéralement que clairement. Les chemins de croix d'Amanda Cross et Nathan Bright sont toujours aussi bien transmis mais le focus se perd (tout ce qui concerne le fait que Bright est ou non Black - la variant cover de Ryan Sook, ce mois-ci, ci-dessous, semble indiquer que c'est le cas). Attention donc !

Nathan Fox en est au même point que sa scénariste. Son graphisme hyper-tonique rend la lecture très intense, on est lancé à pleine vitesse dans l'oeil du cyclone, on suit plusieurs pistes à la fois. C'est un exercice acrobatique et la plupart du temps magistralement exécuté.

Mais il faut quand même s'accrocher car, même si Fox dispose d'un coloriste très talentueux avec Dave Stewart, son trait très vif rend certains plans limite au niveau de la lisibilité. Il faut quelquefois attendre la case suivante, la planche suivante, pour être bien sûr du résultat de telle action (par exemple quand White Light découpe avec un sabre laser l'aîle du vaisseau d'Amanda et provoque donc son crash).

Il y a quelque chose de grisant chez Fox mais qui semble parfois lui échapper, comme s'il se laissait emporter par son élan. A force de multiplier les angles de vue pour souligner l'exagération démente de chaque moment, il fatigue le lecteur plus qu'il ne le stimule (à titre de comparaison, Olivier Coipel agit identiquement sur The Magic Order, enchaînant des plans tous différents, mais avec un souci bien supérieur pour rester compréhensible).

Le finale du premier arc est annoncé comme renversant. C'est accrocheur. Mais souhaitons aussi qu'il soit un peu plus posé en termes narratifs : The Weatherman est une série trop excitante pour se perdre dans ses excès. 

La variant cover de Ryan Sook.

vendredi 21 septembre 2018

THE WEATHERMAN #4, de Jody Leheup et Nathan Fox


La fin de premier arc narratif de The Weatherman approche (ce sera pour le mois prochain avant une longue pause de la série) et Jody Leheup et Nathan Fox entraînent le lecteur dans un épisode dont le héros est pratiquement absent. Cela suffit à vous suggérer que les choses se gâtent sérieusement pour Nathan Bright...


La ville de Tharis, sur Mars. Garren vient accuser réception d'une livraison de Mnemonium auprès de Janice, la dealer avec laquelle il entretient des relations visiblement tendues. La situation dégénère rapidement, aboutissant à une fusillade dans laquelle Garren et ses complices ont raison de Janice et ses sbires.


Assommée par Nathan Bright à qui elle voulait injecter du Mnemonium pour activer sa mémoire et savoir s'il était bien le mercenaire Ian Black, Amanda revit en rêve l'attentat perpétré par l'Epée de Dieu sur Terre, dans lequel elle a perdu son fils. Quand elle revient à elle, elle récupère son flingue et part chercher Bright.


Pour cela, elle s'adresse à Garren, qui donne une fête sur le toit-terrasse de son penthouse et dont elle neutralise les agents de sécurité. Elle lui demande son aide, quitte à le menacer de le renvoyer en prison, même sans preuves. Il accepte à contrecoeur.


Déguisé, Nathan se fait prendre par Marshall et White Light, deux mercenaires, à un stand de fast-food. Pendant ce temps, Amanda et Garren apprennent justement sa capture pour le compte de the Pearl, le gangster le plus dangereux de Mars. Ce qui équivaut à une mort certaine.


Et c'est bien ce qui s'annonce quand Amanda voit Nathan sur un écran télé où il est emprisonné pour un show dans lequel on offre à des candidats de le torturer pour les crimes commis par Ian Black...

La variant cover de Marcos Martin.

Le début de l'épisode déconcerte puisqu'il met en scène un deal de drogue (la fameuse "Nemo" mentionné dans le chapitre du mois dernier) qui tourne mal. Le personnage de Garren est ainsi présenté sans qu'on sache ce qui le relie à l'intrigue (si même quelque chose l'y relie), mais son introduction nous met la puce à l'oreille (il est évident qu'il va jouer un rôle important).

Puis Jody Leheup embraye avec un curieux flash-back onirique sur l'attentat commis par l'Epée de Dieu sur Terre, souvent évoqué mais jamais montré, dans lequel il semble qu'Amanda Cross ait perdu son jeune fils. C'est alors que l'agent de police reprend connaissance, après avoir été assommée à la fin de l'épisode précédent. Cette mise en scène nous fait douter de la véracité de ce qu'on vient de voir.

En attendant, Nathan Bright a disparu, refusant d'être considéré plus longtemps comme un cobaye ou le suspect de l'attentat. Mais le mal est fait : il est désormais l'homme le plus recherché de la galaxie et s'il a semé Amanda, d'autres sont à ses trousses.

C'est alors que le rapport s'établit entre Amanda et Garren : tout en suggestion, Leheup raconte que ces deux-là ont une vieille histoire commune, peut-être romantique, plus sûrement professionnelle puisque l'acheteur de Mnemonium a fait de la prison à cause de l'agent. Cette dernière a besoin de ses contacts dans le milieu pour retrouver Nathan.

La révélation finale de la situation de Bright relance complètement l'intrigue : non seulement il est dans une sale posture mais aux mains d'un gangster que même Garren craint, et promis à une mort certaine, livré à une foule de téléspectateurs ivres de vengeance. En nous privant du héros pendant la majorité de l'épisode, la scénariste a préparé habilement son retour et laissé le lecteur s'imaginer, à raison, le pire pour lui.

Dans ces circonstances, Nathan Fox déploie d'autres atouts de son graphisme, qui s'épanouissait jusque-là surtout dans l'action la plus mouvementée. Il y a encore des scènes vigoureuses, comme lorsque Amanda s'invite brutalement dans la party de Garren, mais la plupart de ses mouvements se déroulent hors-champ. 

En revanche, les moments dialogués et majoritairement tendus réclament de l'artiste un soin particulier porté aux expressions des personnages. Fox appuie encore plus que d'habitude les attitudes, les mimiques, les grimaces, pour souligner les émotions vives d'Amanda ou Garren. Comme il ne s'inscrit pas dans un registre réaliste classique, ça passe, et l'épisode conserve la tonicité habituelle de la série alors que le récit progresse différemment. 

Tout est en tout cas en place pour une fin de premier acte tonitruante. Le temps s'annonce orageux pour The Weatherman, mais personne ne va s'en plaindre.

dimanche 19 août 2018

THE WEATHERMAN #3, de Jody Leheup et Nathan Fox


The Weatherman est une des séries Image que je conseille le plus vivement en ce moment (l'éditeur propose plusieurs titres très recommandables actuellement, entre Isola, Skyward, The Magic Order et je vous parlerai bientôt de Crowded). Chaque épisode est très dense et follement énergique, on en ressort à la fois essoré et ravi. Ce troisième numéro concocté par Jody Leheup et Nathan Fox ne déroge pas à la règle !


Après l'attentat-suicide qui a détruit la station orbitale Nebula, Nathan Bright et l'agent Amanda Cross, qui ont réussi à la quitter à temps, échouent sur Mars. Ils ne tardent heureusement pas trop à gagner une ville où ils discutent de la suite de leur périple. Dans le désert voisin, les mercenaires provenant de Vénus aux trousses de Nathan sont dans la même situation.
   

Amanda se fixe comme objectif de retrouver Miriam Nyseth, la scientifique qui a lavé la mémoire de Ian Black avant de la stocker. Une fois ces données récupérées, on saura avec certitude si Nathan est bien Black. Mais comme Nyseth est introuvable, la cible est son assistant, Orin Wetzel.


Mais alors qu'ils pensent passer inaperçus en ville, les médias diffusent leurs portraits avec un avis de recherche autorisant à les abattre pour l'explosion de la station Nebula. Au même moment, à Arcadia, la capitale martienne, la présidente apprend par son état-major que Amanda ne devait pas se trouver sur la station et ordonne qu'on récupère les dossiers de Fitch, directeur des forces spéciales, mort dans la destruction de Nebula.


Après avoir volé une voiture, Nathan et Amanda sèment leurs poursuivants au terme d'une course folle. Ils se cachent dans les bas-fonds où l'agent Cross trouve sur une junkie une dose de Mnemonium (alias le "Némo"), une drogue qui permet de se rappeler d'événements refoulés.


Mais Nathan refuse de jouer les cobayes et encore plus longtemps les boucs émissaires. Il est toujours convaincu de ne pas être Ian Black et désarme Amanda pour recouvrer sa liberté...

La variant cover de Marcos Martin.

Plus qu'une série, The Weatherman est un vrai feuilleton tant ses épisodes se suivent de manière organique. Il faut avoir tout lu depuis le début pour saisir les rebondissements et apprécier la narration à la fois fournie et intense de ce titre.

Jody Leheup est une adepte de la compression narrative : l'action se déroule sur peu de temps à chaque chapitre, un sentiment d'urgence colle à son récit tout comme à la situation de ses protagonistes. Tout le monde ici veut des réponses, rapides, et quand ce n'est pas le cas, il s'agit de mettre un terme aux agissements des personnages de façon tout aussi expéditive.

Nathan Bright et Amanda Cross ont rarement l'occasion de souffler et ce sentiment envahit aussi le lecteur qui suit leurs (més)aventures bouche bée. Ces deux-là sont de véritables aimants à emmerdements, une tuile menace de toujours leur tomber dessus. Ici, un avis de recherche est accompagné d'une autorisation de tirer à vue sur eux et les voilà obligés de filer sous une pluie de balles (comme l'illustre Marcos Martin dans sa superbe variant cover) et une succession de cascades.

Le scénario s'appuie sur un ressort classique mais bien exploité, celui du duo mal assorti mais contraint de rester solidaires. Nathan Bright veut surtout survivre à cette avalanche d'ennuis qui lui tombe dessus. Amanda Cross veut établir la vérité sur le cas de Nathan et ne recule devant rien pour prouver qu'il est bien Ian Black, ce super-soldat devenu mercenaire ayant fourni à un terroriste l'arme ayant dévasté la Terre. Ces intérêts divergent assurent à l'histoire de Jody Leheup des dialogues bien sentis et des confrontations enflammées qui, si la situation n'était pas si dramatique, évoqueraient les screwball comedies.

Pourtant, au terme de ce troisième numéro, un coup de théâtre intervient avec la rébellion de Nathan, refusant de consommer une drogue susceptible de confirmer qu'il est bien Ian Black et s'assumer la responsabilité des actes de son possible alter ego. Par ailleurs, entre temps, la présidente de Mars apprend que Amanda Cross n'aurait pas dû être présente sur la station Nebula et que son supérieur, Fitch, autorisait des opérations secrètes suspectes. Tout à coup, Bright se révolte donc et l'agent Cross semble cacher quelque chose. Intéressant pour la suite.

Nathan Fox, lui, dessine toujours avec une énergie effarante cette histoire, déterminé à ne pas laisser de répit le lecteur. Il imprime vraiment le tempo à la série grâce à son trait échevelé. Parfois, il brouille les pistes savamment comme lors de la scène d'ouverture, très étrange, où un homme est torturé par un personnage inconnu mais à l'évidence en relation avec l'intrigue centrale. Parfois, il va un peu trop loin comme lorsqu'il anime une course-poursuite automobile en pleine ville en enchaînant des plans à la lisibilité limite mais dont le sens du mouvement est impressionnant, traduisant de façon époustouflante ce qu'on doit ressentir à bord d'un bolide pourchassé.

Le point fort de l'artiste, c'est l'expressivité de ses personnages : Fox n'hésite pas à forcer les grimaces, les mimiques, les gestes. Cette théâtralité outrée injecte un humour bienvenu dans des moments désespérés ou haletants (comme lorsque Nathan prend le volant afin que Amanda puisse tirer sur ceux qui les traquent). Si le récit était illustré de manière réaliste, il serait peut-être plus beau, abordable, mais pas aussi vif et absurde. Et, de ce point de vue encore, la colorisation de Dave Stewart (avec une palette totalement différente de celle de The Magic Order) est parfaite, parfois criarde.

Lisez The Weatherman (ou cochez la date de sortie du premier album, en Novembre normalement), c'est décoiffant !

mercredi 25 juillet 2018

THE WEATHERMAN #2, de Jody LeHeup et Nathan Fox


The Weatherman fut, le mois dernier, une des excellentes nouveautés publiées par Image Comics. Avec son pitch original, son rythme soutenu et son graphisme singulier, le projet de Jody LeHeup et Nathan Fox donnait envie de s'y accrocher. Et c'est sur ces bonnes bases que la série continue avec un deuxième épisode aussi riche et percutant.


Nathan Bright est interrogé de façon musclée par un des agents sous les ordres d'Amanda Cross après qu'elle l'ait arrêté pour un génocide sur Terre. Pourtant il continue de jurer ne rien savoir d'une opération "Epée de Dieu" à l'origine de cette tragédie, alors même que, sur Mars, les survivants demandent des comptes aux responsables politiques.


Fitch, le supérieur d'Amanda, a identifié les trois mercenaires qui ont fait irruption chez Nathan pour l'enlever avant de fuir à l'arrivée de la police : il s'agit de trois mercenaires venus des environs de Vénus, ce qui signifie que leur commanditaire cherchent la même chose que les forces de l'ordre martiennes et que Bright en est la clé.


Après que son esprit ait été sondé par une télépathe, qui conclut que la mémoire de Nathan a été effacée, ce dernier écoute Amanda lui raconter l'histoire du soldat d'élite Ian Black, recruté par Jazen Jenner pour voler un dispositif capable d'anéantir la Terre. Ceci fait, ses souvenirs ont été gommés et son apparence modifiée par le Dr. Miriam Nyseth.


Mais Nathan continue de nier être Ian Black. On le renvoie dans sa cellule où l'attendent des documents accablants. Cependant, les méthodes d'Amanda lui valent un sermon de la part de Fitch qui veut utiliser Bright comme appât pour coincer les mercenaires et Jenner.


Nathan est finalement libéré mais reste sous la garde d'Amanda qui lui révèle son rôle d'appât. Il n'a pas le temps de s'en effrayer car la station spatiale où ils se trouvent est attaquée et explose à cause d'un agent double kamikaze tandis qu'Amanda et lui la quittent en urgence.

La variant cover de Marcos Martin

Ce qui est toujours agréable avec une série, quel que soit le genre qu'elle explore, c'est le potentiel de surprises qu'elle réserve. Si son pitch initial est déjà étonnant, c'est un bon début, mais il faut ensuite transformer l'essai, ne pas laisser le lecteur souffler, continuer à le surprendre, lui fournir des coups de théâtre à la fois spectaculaires mais pas trop invraisemblables dans le contexte de l'histoire.

Tout cela, The Weatherman l'accomplit avec brio depuis deux numéros. C'est encore trop peu pour prétendre qu'on tient là la série du moment, une sorte de "sleeper" (un comic-book que personne n'attendait et qui s'impose comme la BD hype), mais c'est déjà bien. On finit la lecture en ayant très envie de connaître la suite et en sachant que rien n'est prévisible.

Le premier chapitre se concluait sur un twist ahurissant : l'inoffensif présentateur de la météo Nathan Bright était accuser d'être l'auteur d'une terrible catastrophe terrienne depuis Mars. On le retrouve arrêté et incarcéré dans une station spatiale et passé à tabac pour qu'il avoue, mais ni les coups ni un sondage télépathique ne peuvent corroborer ces accusations atroces.

Lorsque sa fiancée, qui est une policière très remontée, lui raconte qu'il a été un soldat d'élite devenu mercenaire à la solde de l'auteur de la tragédie terrienne, le récit prend les proportions d'un cauchemar kafkaïen, à la fois crédible (compte tenu de l'état avancé de la technologie et de la science en 2770) et surréaliste par l'enchaînement des faits. On compatit pour le héros car on a du mal à imaginer que ce garçon fluet, plus bouleversé par la mort de sa chienne que par son propre sort, ait pu être un tueur à gages au service d'une terroriste.

Jody LeHeup se garde bien de lever le voile sur cette énigme ambulante. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, on ne saura pas (pas encore) si Nathan Bright est Ian Black. En revanche, la scénariste ne freine pas l'allure dans la dernière ligne droite de l'épisode où la station spatiale est attaquée puis détruite par une kamikaze, jetant le héros et Amanda Cross dans l'espace, livrés à eux-mêmes désormais, avec une bande de crapules aux trousses. La suite promet d'être pétaradante.

Nathan Fox illustre ce récit avec un dessin toujours aussi vif et expressif que vient souligner la colorisation pêchue de Dave Stewart. Les deux hommes s'entendent bien pour donner à la série un look très bariolé, presque psychédélique par moments, cru à d'autres, qui crée un contraste saisissant entre la vigueur du trait très fin de Fox et la palette flamboyante ici, acidulée là, de Stewart.

Il y a beaucoup d'informations à assimiler dans cet épisode, mais la narration les distribue de manière toujours abordable, compréhensible, avec un vrai souci de ne pas saturer le lecteur. L'histoire s'en trouve considérablement enrichie, avec un passé très dense, des ramifications accrocheuses. Il y a là matière à développer une vraie saga.

Avec le somptueux Isola (de Fletcher, Kerschl et Msassyk), The Weatherman s'impose comme la production la plus addictive d'Image Comics cet été.

Et, pour la peine, Nathan Fox s'est fendu d'une deuxième couverture wrapparound pour ce n°2.

dimanche 17 juin 2018

THE WEATHERMAN #1, de Jody Leheup et Nathan Fox


Je garde toujours un oeil sur les publications Image car cet éditeur représente l'alternative la plus puissante aux "Big Two" (Marvel et DC) et aux super-héros. Lorsqu'un titre inédit apparaît dans leurs solicitations, l'efficacité de son pitch suffit pour avoir envie de le découvrir : c'est ce qui s'est passé avec The Weatherman, écrit par l'ex-editor de Vertigo Jody Leheup et dessiné par Nathan Fox.


Mars 2770. Nathan Bright est le présentateur du bulletin météo sur la plus grosse chaîne télé de la planète colonisée par la Terre. Sa personnalité extravertie transforme cette rubrique en un vrai show qui informe autant qu'elle amuse un large public, même si la rédaction du JT aimerait qu'il soit plus ponctuel et sobre.
  

Son travail fini, Nathan reçoit un appel d'Amanda Cross qui lui donne rendez-vous pour une soirée romantique. Même s'il préférerait passer la fin de la journée tranquille chez lui avec sa chienne Sadie, il accepte de donner une nouvelle chance à leur couple.
  

Ils prennent un verre dans le bar où Amanda est serveuse puis dînent au restaurant, puis vont se promener dans les rues de la capitale, Redd Bay, sans savoir qu'ils sont observés au loin par un trio de mercenaires visant Nathan.


Une fois chez lui, Nathan offre un dernier verre à Amanda lorsqu'une fusillade éclate. Sadie est tuée et c'est alors qu'Amanda dégaine un flingue et règle leur compte aux trois mercenaires en appelant ds renforts.


Nathan observe tout cela, médusé, puis le chaos maîtrisé, pleure sa chienne. Mais il est alors placé en état d'arrestation par Amanda qui l'accuse d'avoir causé la mort de huit milliards d'hommes, de femmes et d'enfants sur Terre !

Variant cover de Marcos Martin

Qui n'a jamais reproché au présentateur de la météo l'inexactitude de ses prévisions quand il avait promis du beau temps et que le jour dit il pleut ? Imaginez alors si ce même homme avait provoqué la mort de milliards de personnes à cause d'une mauvaise annonce ! C'est ce qui arrive à Nathan Bright, The Weatherman.

Le postulat de la série est tellement simple et accrocheur qu'on se demande comment personne n'en a eu l'idée avant. Mais il ne suffit pas d'un bon argument pour faire une bonne BD, et plus encore fournir la matière d'un bonne série : c'est là-dessus qu'on jugera vraiment l'idée et son potentiel de Jody Leheup.

En tout cas, l'ex-editor de chez Vertigo se reconvertit brillamment dans l'écriture pour cette production Image Comics avec ce premier épisode très dense et fluide à la fois. La scène d'ouverture intrigue quand on suit Amanda Cross (bien qu'on ignore encore tout d'elle, à commencer par son identité) accompagner une vieille dame à une cérémonie commémorative (là aussi sans savoir à quoi elle rend hommage, mais dont l'ampleur suggère quelque chose d'important).

Puis le scénario change subitement de ton et vire à la comédie avec un journal télévisé dont les présentateurs sont pris de panique parce que leur météorologue n'est toujours pas arrivé. Ainsi est-on présenté à Nathan Bright, le héros de la série, une star dans son domaine, capable de s'autoriser une grasse matinée puis d'enchaîner avec une prestation survoltée en studio, qui suscite les commentaires épatés du public et force l'admiration de son équipe.

Leheup aime visiblement ne pas laisser de repos au lecteur puisqu'il nous entraîne ensuite dans une séquence romantique réunissant Nathan et Amanda. En même temps, une menace rôde déjà, visant la vedette. La soirée en tête à tête s'achève dans une fusillade spectaculaire et l'arrestation de Nathan par Amanda - qui n'est pas qu'une serveuse amoureuse mais une super-flic avec une inculpation énorme contre son rencard !

Le rythme effréné, la variété des ambiances, le cliffhanger insensé, tout concourt à faire de The Weatherman un plaisir de lecture : on ne s'y ennuie jamais, on va de surprise en surprise, on a droit à de la romance, du gunfight, un héros accusé d'un crime inconcevable, une héroïne qui cache son jeu. N'en jetez plus ! Et j'allais oublier : tout ça se passe sur Mars, en 2770 !

Pour tenir le coup face à une telle avalanche de situations, il fallait bien un dessinateur aussi fou que ce récit et Nathan Fox, lui aussi échappé de Marvel et DC (où il ne s'est jamais imposé à cause d'un style atypique, mais qu'il a pourtant su raisonner), ne déçoit pas.

Son trait est semi-réaliste dans la mesure où ses personnages possèdent une physionomie correspondant à notre aspect mais avec des attitudes, une expressivité (faciale et gestuelle) exagérées. On utilise souvent le terme de cartoony dans ce cas, mais il est connoté de manière humoristique alors que même si là on sourit un peu (avec la scène où Nathan déboule en studio et présente tel une rock-star son bulletin météo), le reste de l'épisode oscille entre dialogues sentimentaux et action pétaradante. Toutefois, comme dans un dessin animé comique, il y a cette même énergie légère, insouciante... Jusqu'à la fusillade dans laquelle meurt de manière brutale la chienne Sadie (c'est aussi ça, la touch Image, toujours ce zeste de violence, montrée sans fard ni subtilité).

L'épisode est parfait dans sa fonction programmatique : on ne sait absolument jamais où il va et comment il va s'achever. Il y a fort à parier que Jody Leheup et Nathan Fox ambitionnent de poursuivre l'aventure en continuant à étonner sans cesse le lecteur, à déjouer toutes ses attentes. Le risque sera d'éviter une certaine surenchère. Mais si leur production est suffisamment rigoureuse, The Weatherman va vite devenir un must-read jubilatoire. A surveiller donc.