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lundi 4 mars 2019

SPIDER-MAN : NEW GENERATION, de Bob Porsichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman


Peut-être plus encore que Black Panther et ses trois Oscar "techniques", le sacre de Spider-Man : New Generation (Into the Spider-verse en v.o. - encore une absurdité chez nous de remplacer le titre initial par un sous-titre... en anglais !) a été la vraie surprise de la dernière cérémonie. Car, mine de rien, en plus d'être un film d'animation avec des super-héros, il a détrôné le favori de Pixar (Les Indestructibles 2). Et c'est amplement mérité !

Miles Morales

Fils unique d'une infirmière et d'un policier, Miles Morales est un adolescent qui idôlatre Spider-Man (au grand dam de son père qui le considère comme un justicier dangereux). Après ses cours, il file chez son oncle Aaron, aux activités louches, qui l'entraîne dans une station de métro abandonnée pour en taguer les murs. C'est là que Miles se fait mordre par une araignée.

Wilson Fisk, le Caïd

Le lendemain, Miles se découvre des super-pouvoirs (invisibilité, décharges électriques manuelles, adhérence aux parois) sans comprendre ce qui lui arrive. Il retourne à la station de métro et examine le cadavre de l'araignée. Mais il découvre ensuite, par hasard, une installation montée par Wilson Fisk et Olivia Octavius. Spider-Man affronte le Bouffon Vert et le Rôdeur. Le combat détruit la machine. Blessé, Spidey remet une clé USB à Miles en lu expliquant qu'elle pourra neutraliser le prochain engin du Caïd.

Peter Parker et Miles

Le Caïd achève Spider-Man dont la mort est rendue publique. Miles va se recueillir sur la tombe de Peter Parker, qui tenait ce rôle. Il est surpris par un inconnu qui est habillé comme le justicier et lui ressemble étonnamment. Il lui explique venir d'une Terre parallèle, suite à l'explosion de l'accélèrateur de particules de Fisk. Ils décident de s'allier pour contrarier les projets du Caïd et faire rentrer ce Peter Parker chez lui.

Peni Parker, Gwen Stacy, Spider-Ham, Miles, Peter, Spider-Man Noir

Pour cela, ils s'introduisent dans les laboratoires d'Alchemax d'Olivia Octavius afin d'y dérober les plans du nouvel engin. Surpris, ils prennent la fuite et ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Spider-Gwen, elle aussi débarqué d'un autre univers. Ils se rendent alors chez Tante May qui les conduit dans le repaire de son défunt neveu où trois autres Spiders les attendent : Spider-Ham, Peni Parker et son robot, et Spider-Man Noir. Bien que Miles soit volontaire pour les aider à vaincre Fisk et ses complices et les renvoyer chez eux, ils l'écartent car le jugeant inexpérimenté.  

Miles, Peter et Gwen 

Déçu et vexé, Miles rentre chez son oncle Aaron et découvre qu'il est le Rôdeur. Il retourne chez May avertir les autres Spiders et les trouve en train d'affronter le Rôdeur, le Scorpion, et Tombstone. Miles combat son oncle qui est abattu par Fisk lorsque le Caïd remarque qu'il refuse de tuer son neveu. Bouleversé, Miles laisse les héros partir saboter le nouvel accélèrateur de particules.

Miles

Mais lorsqu'il apprend que son père est détaché à la sécurité du quartier où se situe l'immeuble du Caïd, Miles sait qu'il doit agir. Il aide les Spiders en difficulté dans le laboratoire d'Olivia Octavius contre elle et le Scorpion et défie Wilson Fisk. Les héros sont renvoyés chez eux et la machine est détruite. Le Caïd est remis au père de Miles.

Miles Morales - Peter Parker - Spider-Gwen - Spider-Man Noir - 
Peni Parker - Spider-Ham

Dans leurs dimensions respectives, Peni Parker fabrique un nouveau robot, Spider-Man Noir résoud l'énigme d'un rubik's cube, Spider-Ham se goinfre, Peter Parker se réconcilie avec son ex-femme Mary-Jane Watson, et Gwen Stacy trouve un moyen de renouer le contact avec Miles.

Une scène supplémentaire a lieu après le générique de fin :

Miguel O'Hara est Spider-Man 2099. Grâce à son assistante Lyla, il remonte le temps pour rencontrer le tout premier homme araignée... et surgit dans un cartoon à la télé !

Depuis que Marvel/Disney et Sony ont trouvé un arrangement à l'amiable pour exploiter au cinéma le personnage de Spider-Man, la version "live" est incarnée par Tom Holland et évolue dans le "Marvel Cinematic Universe", aux côtés des Avengers. 

Sony conserve le droit de se servir du héros créé par Stan Lee (qui a droit à un caméo amusant) et Steve Ditko sous d'autres formes, telles que celle-ci. Cependant la genèse de Spider-Man : New Generation remonte à quatre ans, le temps nécessaire pour produire ce long métrage d'animation qui fera date.

En effet, à force de reboots, depuis la trilogie de Sam Raimi jusqu'à Spider-Man : Homecoming en passant par le dyptique de Marc Webb, c'est comme si la formidable popularité du Tisseur avait dû mal à être transposé sur grand écran. Les spectateurs ont quand même vu trois acteurs se succéder sous le masque, pendant que Iron Man, Captain America, Thor ont été immortalisés sous les traits de Robert Downey Jr., Chris Evans et  Chris Hemsworth depuis dix ans.

D'une certaine manière, on peut considérer que ce n'est pas ce Into the Spider-Verse qui va aider les néophytes à s'y retrouver puisqu'on y fait la connaissance de six versions de Spider-Man sans rapport avec les trois déjà connues. Mais, d'un autre côté, le film de Bob Porsichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman renouent avec l'essence du personnage et en définit le vrai concept.

D'entrée, le premier Spider-Man qu'on voit nous affirme qu'il est le seul, mais cela sera ensuite constamment contredit. Cela, dit le scénario de Rothman et Phil Lord, signifie que, en vérité, qu'importe qui porte le masque et le nom, c'est d'abord un idéal, des valeurs qui conditionnent le héros. Qu'il s'agisse d'une fille, d'un détective surgi d'un film noir, d'une héroïne de manga ou même d'un cochon, Spider-Man est d'abord un symbole, créé par un drame similaire d'un univers à l'autre (la perte d'un être cher) et porté par une devise simple ("de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"). C'est aussi un héros qui refuse la défaite, qui puise dans ses déconvenues les leçons de la persévérance, qui est le bras de la justice, et surtout qui se bat sans jamais se prendre au sérieux.

Le choix de Miles Morales pour animer le récit est à la fois audacieux et judicieux : imaginé par Brian Michael Bendis et Sara Pichelli dans Ultimate Spider-Man il y a juste dix ans, le personnage avait été accueilli avec véhémence par les fans de Peter Parker, le Spider-Man originel. D'autant que le scénariste ne s'était pas contenté de tuer ce dernier mais l'avait remplacé par un gamin noir et à moitié portoricain, de quoi hérisser les plus conservateurs. Mais tout le monde a fini par s'y faire et, aujourd'hui, les deux personnages cohabitent harmonieusement dans l'univers classique de Marvel.

Surtout Miles est une passerelle idéale entre tous les Spider-Men : c'est quelqu'un à qui le spectateur lambda peut s'identifier facilement en suivant son apprentissage et à travers ses yeux, ébahis, on est soi-même sidéré, amusé, captivé par l'aventure qu'il partage avec ses homologues venus de Terres parallèles.

L'intrigue s'appuie qui plus est sur un ressort astucieux car il ne s'agit pas d'une simple bataille entre bons et méchants. Wilson Fisk tente une expérience dangereuse pour retrouver les doubles dimensionnels de sa femme et son fils morts après l'avoir surpris en train de brutaliser Spider-Man et avoir fui en voiture jusqu'à une collision fatale avec un autre véhicule. On peut donc aussi s'attacher au vilain du film, qui a attiré dans son monde des justiciers sans le savoir.

Mais, il n'empêche que celui qui attend avant tout de l'action sera servi copieusement car l'histoire, qui progresse sur un rythme infernal, réserve son lot de scènes spectaculaires, depuis le début où le Caïd achève l'araignée jusqu'au vol des plans du nouvel accélérateur de particules d'Olivia Octavius chez Alchemax puis la bataille des Spiders contre le Rôdeur, le Scorpion et Tombstone jusqu'au final, psychédélique à souhait, dans le Synchrotron.

Graphiquement, le film est splendide et très culotté. L'équipe s'est écarté des standards de Pixar pour renouer avec un style visuel puisant directement dans les comics, avec un détourage marqué, des couleurs saturés, et une fluidité exceptionnelle dans les mouvements. Les acrobaties de Spider-Man se prêtent formidablement à ce genre d'exercice et on comprend pourquoi l'animation est la meilleure expression pour le personnage à l'écran. En effet, le héros, avec son masque intégral, permet non seulement à tout le monde de se projeter (d'où d'ailleurs le succès aussi du récent jeu vidéo) mais surtout le dessin animé ne pose pas de réserves au spectateur qui sait qu'en "live" l'acteur est remplacé par des images de synthèse à cause de l'irréalisme des prouesses physiques de Spider-Man.

L'autre point fort esthétique du film concerne le Caïd, même s'il est un second rôle. Les réalisateurs ont choisi de lui donner un aspect totalement inhumain, énorme, démesuré, qui fait penser à Bill Sienkiewicz. Et cela entraîne le projet hors de tout photo-réalisme et autorise donc des exagérations dans les couleurs, les textures, la narration. C'est un vai festival avec l'apparition d'onomatopées à l'image, de trames, d'effets de flou, etc. Tout découle de ces choix de designs initiaux. Soudain, même Les Indestructibles semblent bien sages...

J'ai vu le film en v.f., méfiant car le distributeur a cru bon de confier le doublage de certains rôles à des footballeurs champions du monde. Mais mes réserves se sont vite dissipées car les personnages en question sont très discrets, et les autres voix sont parfaitement assurés par d'excellents comédiens.

De toute manière, il aurait fallu bien plus pour gâcher le plaisir pris à cette projection. Spider-Man : New Generation est un "kif" complet, et sa dimension quasi-révolutionnaire suffit à l'installer parmi les grandes réussites super-héroïques du 9ème Art. De quoi s'ouvrir l'appétit avant Captain Marvel puis Avengers : Endgame.

mercredi 20 mai 2015

Critique 621 : MYTHOS - X-MEN #1 / SPIDER-MAN #1 / CAPTAIN AMERICA #1, de Paul Jenkins et Paolo Rivera

 
 (Ci-dessus : couverture et extrait de
Mythos : X-Men #1.
Textes de Paul Jenkins, peintures de Paolo Rivera.)
 
 (Ci-dessus : couverture et extrait de
Mythos : Spider-Man #1.
Textes de Paul Jenkins, peintures de Paolo Rivera.)
 
(Ci-dessus : couverture et extrait de 
Mythos : Captain America #1.
Textes de Paul Jenkins, peintures de Paolo Rivera.)

MYTHOS est une collection de six récits complets écrits par Paul Jenkins et peints par Paolo Rivera, publiés en 2006 (X-MEN), 2007 (SPIDER-MAN) et 2008 (CAPTAIN AMERICA) par Marvel Comics (les autres numéros sont consacrés aux Fantastic Four, à Hulk et au Ghost Rider : la série complète a fait l'objet d'un recueil).
*
- Mythos : X-Men #1. Erik Lehnsherr alias Magneto, le mutant maître du magnétisme, s'en prend à trois hommes coupables d'avoir tué une jeune fille mutante de 12 ans. De son côté, Charles Xavier, professeur principal et fondateur de l'école qui porte son nom, entraîne ses cinq élèves (Scott Summers/Cyclops, Jean Grey/Marvel Girl, Bobby Drake/Iceman, Hank McCoy/Beast et Warren Worthington III/Angel) dans la salle des dangers lorsqu'il détecte télépathiquement une attaque de Magneto contre une base de l'armée américaine. Toute l'équipe se rend sur place pour empêcher les civils de se faire massacrer et connaître l'objectif de leur adversaire... 

- Mythos : Spider-Man #1. Peter Parker est un adolescent complexé qui, en visite scolaire à une exposition scientifique, se fait mordre par une araignée génétiquement modifiée. Pourvu de pouvoirs, il s'entraîne pour les mieux les maîtriser puis, sous le masque et le costume de Spider-Man, se produit dans un talk-show à la télévision afin de gagner de l'argent. En refusant d'arrêter un voleur dans le parking du studio de tournage, il va se rendre responsable d'un drame familial...

- Mythos : Captain America #1. Steve Rogers est un jeune homme chétif, qui perd ses parents prématurément dans les années 30. Lorsque la guerre éclate en Europe et que les nazis menacent les Etats-unis, il tente, en vain, d'intégrer l'armée. Mais, repéré par un officier, il accepte d'être le cobaye d'une expérience scientifique qui va le transformer en super-soldat...

Parfois, quand on traîne dans un hard-discount (comme un hangar de la marque Noz), on peut tomber sur de belles occasions, et c'est ainsi que je me suis procuré ces trois numéros de la mini-série Mythos écrite par Paul Jenkins et illustrée par Paolo Rivera (en attendant, peut-être, un jour prochain, de trouver les trois épisodes restants). J'en avais souvent entendu parler et pu en en voir quelques pages sur le Net, et si je connais très peu l'oeuvre de Paul Jenkins, je suis un fan de ce que produit Paolo Rivera depuis son passage sur Daredevil (au début du run de Mark Waid).

Mythos a été conçu par son scénariste et son éditeur comme une collection de récits complets d'une vingtaine de pages permettant d'apprendre aux lecteurs les origines de certains héros emblématiques de Marvel tout en les réactualisant et en établissant une passerelle avec leurs adaptations au cinéma.

Pour le néophyte, il s'agit donc d'un point d'entrée intéressant, car c'est rapidement lu et magnifiquement mis en images. Pour le connaisseur, c'est une nouvelle version qui présente l'avantage de respecter les fondamentaux de chaque personnage avec toujours un graphisme sublime.

Jenkins se montre très habile dans chacune de ses approches : par exemple, pour Spider-Man, il expédie la séquence de la morsure de l'araignée pour mettre en scène l'entraînement qu'accomplit Peter Parker une fois qu'il a ses pouvoirs puis modifie subtilement le moment où sa vie va basculer quand il laisse filer le voleur qui tuera ensuite son oncle Ben. 
Le scénario introduit des éléments modernes sans dénaturer l'esprit du personnage : on a ainsi droit à un caméo de l'animateur de late show Conan O'Brien où se produit Spider-Man pour gagner de l'argent - alors que dans le récit originel de Stan Lee et Steve Ditko, il se livre à des combats de catch. 
De même, quand le Tisseur retrouve l'assassin de son oncle et se venge en menaçant de le tuer, tout est visualisé d'une manière qui évoque le premier film réalisé par Sam Raimi. 
Mais Jenkins joue beaucoup sur la connaissance qu'a le public, amateur ou expert du super-héros, en encadrant son histoire par des formules complices comme "L'histoire ? Vous la connaissez." ou "La suite ? Vous la connaissez." C'est une façon ludique d'aborder Spider-Man comme un icone populaire dont la célébrité dépasse le cadre des comics et donc d'un lectorat averti (une licence qu'on ne peut se permettre qu'avec Batman ou Superman). 

En ce qui concerne les X-Men, la tâche est plus ardue car il faut présenter plusieurs personnages et deux parties opposées, dont les divergences philosophiques sont une métaphore du combat pour les droits civiques, une évocation de la persécution des juifs par les nazis, tout en aboutissant à un combat physique.
Le choix de Jenkins se porte évidemment sur la toute première génération des X-Men, avec Cyclops, Marvel Girl, Beast, Iceman et Angel, dirigée par le Pr Charles Xavier, et en face Magneto. Pourtant, encore une fois, l'auteur réussit brillamment à distribuer les cartes dans un espace restreint, en soignant la caractérisation et en proposant de l'action.
Le récit s'ouvre par une scène très forte, violente, et se clôt par un paysage désolé, qui synthétise très bien toutes les dimensions symbolique et mélodramatique du titre. Les pouvoirs des uns et des autres sont bien exposés et exploités. Le tout donne un sentiment de grande densité.

Enfin, avec Captain America, Jenkins semble avoir eu à coeur de valoriser le personnage, tout ce qu'il symbolise, sans sombrer dans un hommage trop patriotique. Ainsi sera-t-on étonné de lire des réflexions positives concernant les communistes !
L'histoire est riche en émotion, même si on a un peur du pathos des premières pages (quand Steve Rogers se trouve orphelin). Mais la suite balaie ces réserves et les séquences s'enchaînent sur un rythme très soutenu, où Captain America est mis en scène sous beaucoup d'aspects (en représentation pour convaincre les américains à s'engager, sur le front - en Tunisie, en France, en Allemagne). 
Jenkins trouve aussi une belle astuce narrative quand il doit montrer le héros à son réveil dans les années 60 puis aux côtés des Vengeurs, et enfin, comme pour boucler la boucle, à nouveau avec ses vrais camarades, devenus des vétérans de l'armée.
C'est fin, touchant, efficace.

Visuellement, Mythos rappelle qu'avant d'adapter son style (en étant encré par son propre père, Joe) à l'art séquentiel classique, Paolo Rivera est un peintre. Difficile d'échapper à la comparaison avec le maître en la matière qu'est Alex Ross, mais l'espagnol évolue dans un registre sensiblement différent. 
Sa palette et sa façon d'appliquer la couleur (de l'acrylique et de l'huile) sont moins marquées, son coup de pinceau a une délicatesse dont le rendu évoque l'impressionnisme, on pense à Edgar Degas. Il y a un effort singulier pour soigner les ambiances qui flirte avec l'abstraction parfois (notamment dans le final de l'épisode avec les X-Men).
Mais, comme Ross, Rivera est un artiste très méticuleux et, comme on peut le découvrir en consultant son blog, il s'inspire de photos pour reproduire les attitudes et les effets d'ombre et de lumière (en se prenant souvent pour modèle). L'épisode avec Spider-Man restitue avec génie les acrobaties du Tisseur, et celui avec Captain America propose des plans larges impressionnants (la double-page avec les Vengeurs est vraiment saisissante : une composition virtuose).

Pour les lecteurs de v.f., le recueil des épisodes de Mythos a été traduit par Panini, qui en avait d'abord publié des chapitres en compléments de la collection d'albums cartonnés Spider-Man et les héros Marvel

dimanche 24 février 2013

Critique 379 : SPIDER-MAN - LIFELINE, de Fabian Nicieza et Steve Rude

Spider-Man : Lifeline est une mini-série en trois épisodes, écrite par Fabian Nicieza et dessinée par Steve Rude, publiée en 2001 par Marvel Comics.
*



La réapparition d'une tablette magique
rappelle à Peter Parker une ancienne aventure
vécue par son alter ego, Spider-Man...

Tout commence à une soirée donnée pour la présentation publique de la Tablette de Vie, une pièce rare découverte par l'achéologue Louis Wilson et sur laquelle serait gravée une formule permettant d'acquérir l'immortalité. Mais cette relique est convoitée par plusieurs malfrats : l'avocat véreux Caesar Cicera s'est payé les services de "Man Mountain" Marko et de l'Anguille pour la dérober tandis que le mafieux Hammerhead compte sur Boomerang pour la récupérer et le Dr Curt Connors alias le Lézard pour la déchiffrer.
Spider-Man enquête pour connaître les motivations des deux camps, avec l'aide ponctuelle d'Arthur Stacy (le frère du défunt Capitaine de police George Stacy) et du Dr Strange (qui va interroger Namor, le prince de mers sur les origines de la tablette et ses pouvoirs réels).
Hammerhead commet pourtant l'erreur de sous-estimer le Dr Connors, qu'il croit sous sa coupe en ayant enlevé sa femme et son fils, car celui-ci en voulant profiter de la formule de la tablette pour se débarrasser du Lézard va échapper à tout contrôle.
Par ailleurs, le Tisseur doit faire face avec cette affaire à des interrogations personnelles car une telle pièce lui permettrait peut-être de ressusciter des êtres chers qu'il a perdus, comme son oncle Ben, son premier amour Gwen Stacy ou sa femme Mary-Jane Watson...
*




 La tablette intéresse bien du monde et 
chacun pour des raisons distinctes...

Quand Marvel produit cette mini-série, c'est un projet qui s'inscrit dans une collection de récits auto-contenus réalisés par des équipes prestigieuses : il s'agit d'histoires "self-contained", en marge des aventures disponibles dans les autres mensuels consacrés à Spider-Man. Mais les auteurs en profitent aussi pour faire référence à des épisodes plus anciens, datant du début de la série : ainsi Lee Weeks développera une tryptique (Death and destiny) revenant en détail sur la mort du Capitaine Stacy, et Fabian Nicieza imagine ici une suite à l'histoire (volume 1, #72-75) de 1969, par Stan Lee et John Romita Jr.

Le premier mérite de Lifeline est de rester parfaitement compréhensible pour ceux qui (comme moi) n'ont pas lu la première histoire de la tablette de vie. Néanmoins, un bref rappel des faits est fourni dès la page trois du premier épisode. Mais le scénariste argentin change certains acteurs principaux pour son récit (exit le Caïd, Silvermane et le Shocker).
Ensuite, on plonge dans trois épisodes avec Spider-Man. Logique, direz-vous. Mais il est quand même nécessaire de le souligner car Peter Parker n'apparaît plus après la page 7 du premier épisode (à l'exception d'un flash-back). Ce détail a son importance pour la suite car on comprend alors que l'action va primer sur le cocktail habituel de la série du Tisseur, où la représentation du héros en civil est aussi importante que celle du justicier. La place accordée à des seconds rôles comme J. Jonah Jameson, l'irascible rédacteur-en-chef du "Daily Bugle", Robbie Robertson, son bras-droit, ou Tante May est quasi-inexistante, voire totalement absente. Et on peut remercier Nicieza de sortir des clous ainsi pour se concentrer sur l'action, se contentant d'évoquer rapidement les éléments de la vie privée du monte-en-l'air.
Les motivations des personnages sont très bien décrites et variés alors que le casting est consistant : Cicero veut la tablette de vie pour son usage personnelle et l'Anguille comme "Man Mountain" Marko sont ses hommes de main, des mercenaires classiques ; en face les mobiles d'Hammerhead demeurent longtemps mystérieux et dévoilent une sentimentalité inattendue chez ce gangster au look "cartoon-esque", tandis que la vilénie de Boomerang aiguise la détresse morale de Curt Connors - ainsi quand le Lézard apparaît, son entrée en scène est vraiment spectaculaire car attendue par le lecteur (et son objectif déjoue alors les pronostics).
Nicieza rend une copie très inspirée, avec une galerie de personnages bien incarnée, une intrigue aux rebondissements multiples et spectaculaires, des séquences d'action efficaces, des interrogations morales crédibles, et une touche d'humour rappelant Stan Lee qui aèrent le récit. La présence du Dr Strange et de Namor (dont le loisir de sculpteur fournit un gag savoureux) contribuent à la richesse de l'ensemble sans que cela ne freine la progression dramatique, au contraire.
Je ne connaissais pas le travail de ce scénariste, mais on retrouve chez lui ce qu'on peut aimer chez des auteurs fans de comics classiques comme Kurt Busiek ou Mark Waid : un sens de la narration simple, dense, et tendue, avec juste ce qu'il faut de distance par rapport au genre. Un régal.
*    
 Cerise sur le gâteau : les superbes couvertures
peintes par Steve Rude.



 De l'art de bien utiliser le "gaufrier".

C'est toujours un plaisir de lire une bande dessinée illustrée par le génial Steve Rude - pour peu qu'il dispose d'une histoire à la hauteur de son talent, et c'est ici le cas.
Admirateur des artistes du "Silver Age", comme John Romita Sr, "the Dude" s'est employé à coller au style d'un de ses maîtres mais sans le singer (à la manière de ce qu'il a fait pour Thor : Godstorm, avec Jack Kirby). Il est en prime encré par l'excellent Bob Wiackek (dont on n'entend hélas ! plus beaucoup parler...).
Que dire ? Voilà des planches admirables : chaque case est bien remplie, chaque personnage bien campée, expressif, chaque cadrage juste et inventif... Et quelle élégance dans le trait ! Quelle méticulosité dans le traitement des attitudes, des lumières et des ombres, dans la représentation des décors ! Voyez comment Rude, en utilisant la plus élémentaire des techniques de découpage, le "gaufrier" (à six cases, d'égale valeur), fait vivre la planche, n'a jamais besoin de dépasser le cadre pour bien cerner l'action, pour fluidifier les enchaînements !
C'est somptueux, tout simplement : du très grand art !
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Ne cherchez pas bien loin pour vous procurer cette aventure : Paninicomics l'avait éditée sous le titre Ligne de vie en Août 2001 dans "Spider-Man Hors Série 3" (couverture ci-dessous), et on peut trouver la revue pour trois fois rien sur le net. Alors, selon la formule convenue, ne vous en privez pas ! 

mardi 19 février 2013

Critique 377 : SPIDER-MEN, de Brian Michael Bendis et Sara Pichelli

Spider-Men est (la première partie d')un crossover en cinq épisodes entre les séries Amazing Spider-Man et Ultimate Spider-Man, écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par Sara Pichelli, publié en 2012 par Marvel Comics.
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Une nuit, Spider-Man (alias Peter Parker) découvre par hasard une planque de son son ennemi Mysterio. Les deux hommes s'affrontent jusqu'à ce que le héros soit aspiré dans un portail dimensionnel mis au point par son adversaire. Il se retrouve, en plein jour, sur les toits de New York mais devine vite que ce n'est pas la ville qu'il connaît. Cette impression se confirme rapidement après lorsqu'il rencontre une version alternative de lui-même : Ultimate Spider-Man (alias Miles Moralés).



La rencontre de Spidey et
Ultimate Spider-Man. 

Contre toute attente, le plus jeune des Spider-Men neutralise son aîné. Désemparé, il s'en remet au SHIELD et Nick Fury qui croit à l'histoire de Peter Parker.
Mais Ultimate Mysterio est aussi décidé à faire d'une pierre, deux coups en tuant les deux Tisseurs...
Pour Peter Parker, c'est aussi l'occasion de retrouvailles avec les versions de Tante May et Gwen Stacy qui ont vécu la mort de leur neveu et ami dans cet univers...

Des "retrouvailles" bouleversantes...
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Joe Quesada, quand il était editor-in-chief de Marvel, avait promis que jamais un crossover entre les univers classique (dit 616) et Ultimate n'aurait lieu puisque ce dernier avait été précisément conçu de manière à revisiter le premier de façon autonome et en s'affranchissant des limites habituelles (par exemple, les morts le restaient, les caractères y étaient différents et plus tranchés - des promesses pas toujours tenues, mais c'est une autre histoire).
Aujourd'hui, les choses ont bien changé avec l'influence manifeste de l'univers Ultimate sur les films produits par la maison des idées (ou les autres majors détentrices des droits de leurs personnages), mais aussi avec un net déclin des ventes des séries Ultimate (et de leur qualité artistique - Ultimate Spider-Man restant l'exception). Des rumeurs circulent même sur l'imminente disparition de cette collection...
Le tabou édicté par Quesada ne tenait plus et le fait que Brian Michael Bendis, scénariste-vedette de Marvel, brillant (au moins commercialement aussi bien dans la gamme classique qu'Ultimate), s'occupe de ce crossover est un signal fort pour la suite.

Maintenant, que vaut réellement cette histoire ? Pour être concis, elle est d'abord frustrante : une fois arrivé au terme du 5ème épisode, on a droit à une chute aussi énigmatique qu'ouverte, et l'annonce, par le scénariste, qu'une suite allait voir le jour (certainement avant la fin 2013) confirme qu'il s'agit d'un prologue.
Que ce prologue compte cinq chapitres n'est pas un gros problème : le savoir-faire de Bendis, l'efficacité de l'intrigue, le rythme de son déroulement, la caractérisation bien sentie des protagonistes, et des pistes intéressantes (comme la véritable nature d'Ultimate Mysterio ou le présence d'un Miles Moralés dans l'univers 616), font de ce récit un divertissement très agréable.
Par ailleurs, une séquence comme les "retrouvailles" entre Peter Parker et Tante May et Gwen Stacy est sobrement et remarquablement traitée, touchante sans être mièvre, joliment juste.
Il est évident que ce qui a le plus intéressé Bendis est davantage la découverte par Peter Parker de l'univers Ultimate que l'affrontement avec Mysterio. Pour ce qui est des scènes d'action traditionnelles, c'est un peu maigre donc (même si le face-à-face entre les deux Tisseurs est un petit plaisir, avec un résultat inattendu).
Mais c'est vrai, ne le cachons pas (même si, comme moi, on aime le travail de Bendis), ç'aurait pu être mieux, plus fort, plus intense, plus dense, plus riche. C'est un premier acte... Qui ne s'appréciera vraiment qu'avec le prochain, lui-même décidant de la qualité globale de ce crossover.
*
Visuellement, en revanche, ces cinq épisodes sont un vrai régal. Sara Pichelli, l'artiste régulière désormais d'Ultimate Spider-Man, est une dessinatrice de haut niveau, qui sait animer ses personnages avec un talent confondant, comme si elle était née pour le Tisseur (sans doute la meilleure actuellement avec Marcos Martin).
L'expressivité subtile qu'elle sait donner aux acteurs, son sens de la composition, la fluidité de ses découpages, tout est exemplaire : on voit vraiment une graphiste arrivée à maturité, en pleine possession de ses moyens - et encore, elle en a sous le crayon, c'est évident.
Même la colorisation, parfois chargée, de Justin Ponsor ne parvient pas à gâcher la vue.
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Divertissant, bien mené, mais quand même frustrant : on reste un peu sur notre faim, mais la suite (et fin ?) sera attendue avec gourmandise - et avec elle, la fin de l'aventure Ultimate peut-être, ce qui en soulignerait l'aspect évènementiel.

mercredi 23 mai 2012

Critique 326 : MARVEL KNIGHTS SPIDER MAN, de Mark Millar, Terry Dodson et Frank Cho


Marvel Knights : Spider-Man est un récit complet en 12 épisodes écrit par Mark Millar et dessiné par Terry Dodson et Frank Cho, publié en 2004-2005 par Marvel Comics.
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Au terme d'un énième combat, Spider-Man réussit à neutraliser le Bouffon Vert : Norman Osborn, qui connaît la double identité du Tisseur, est enfermé dans la prison de Ryker's Island.
Alors que Mary-Jane Watson et Peter Parker aident la tante de ce dernier, May, à déménager, la vieille dame est peu après enlevée. C'est le début d'un long calvaire pour le super-héros dont le ravisseur connaît également son vrai nom. 

Ni les Vengeurs ni les X-Men ne sont d'un grand secours pour le Tisseur, qui doit se tourner vers le Hibou (devenu le nouveau chef de la pègre après la chute du Caïd) pour obtenir des informations sur le kidnappeur. Mais le malfrat manipule le héros pour qu'il s'en prenne à Electro et au Vautour, qui lui ont volé une importante somme d'argent.
Après un terrible combat, Spider-Man échoue à l'hôpital où un membre du personnel le prend en photo quasiment démasqué et vend le cliché au Daily Bugle, dont le rédacteur-en-chef J. Jonah Jameson offre une récompense à qui découvrira qui est le héros.
Veillé par Mary-Jane et la Chatte Noire, qui l'aide sans ses investigations, Spider-Man doit composer avec le retour d'Eddie Brock/Venom, la police qui veut l'arrêter pour toucher la récompense, un projet d'assassinat contre Osborn, et la coalition de ses pires ennemis (comme l'Homme-Sable, Hydro-Man, le Lézard, le Shocker, Boomerang...) sans savoir si sa tante est encore vivante et, si oui, où elle est retenue...
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Cette vaste saga, publiée de Juin 2004 à Mai 2005, en trois actes et 12 épisodes, est un projet qui porte la marque de son scénariste, Mark Millar : une histoire totale où le héros traverse un tourbillon d'épreuves pour ré-examiner ce que cela signifie pour Peter Parker d'être Spider-Man. L'intrigue convoque, de manière fugace, son lot de guest-stars comme les Vengeurs (dans leur formation pré-"Disassembled") et les X-Men, et, de façon plus conséquente, une sorte de best-of des ennemis du Tisseur (rebaptisés les "Sinister Twelve"), avec Venom, Electro, le Vautour, Hydro-Man, etc.
Ce casting abondant et ces péripéties multiples fournissent à Millar l'opportunité de jouer avec le concept des super-vilains comme contrepoints des super-héros, des individus conçus par l'industrie militaire pour opérer une balance avec les justiciers apparus durant les années 40 (combattant aussi bien le crime organisé que les nazis). Cette perspective donne une profondeur étonnante non seulement à l'univers de Spider-Man mais plus largement à celui des héros Marvel, même si (à ma connaissance, du moins) cet aspect n'a pas été repris depuis (dommage, il y avait là un espace intéressant à explorer...).
"Techniquement", Mark Millar, réputé pour ses récits provocateurs à la narration directe (UltimatesCivil War) emploie la voix-off, procédé qui rompt avec ses habitudes mais qui est courant avec le personnage de Spider-Man, qui est un héros bavard, aussi bien pour distraire ses adversaires que pour analyser ce qui lui arrive.
Millar, plus fidèle à lui-même, en profite pour parsemer son histoire de dialogues mordants, dans lesquels il se moque des conventions du genre super-héroïque (les masques, les capes, les identités secrètes) : cela atténue peut-être la force de son entreprise, cette distanciation nous empêchant de vraiment trembler pour le héros. En cela, il s'inscrit dans la veine de Warren Ellis pour qui les apparats des justiciers sont autant d'éléments ridicules... Mais Millar mène quand même son affaire avec un sens redoutable du rythme (les 300 pages de l'ouvrage se dévorent, on ne s'ennuie jamais) et c'est un conteur redoutable qui sait doser ses effets, en alternant séquences d'action spectaculaires et plages plus calmes.

Surtout, Millar connaît bien le personnage et il sait comment nous bousculer en le malmenant. Il invoque à la fois les grandes tragédies intimes du héros comme les morts de l'oncle Ben et Gwen Stacy et rafraîchit l'ensemble avec des idées comme la conspiration des militaires et des super-vilains pour broder une toile de fond plus vaste.
Est-ce que cela fait de ce Dernier Combat (en vf) une grande histoire, un classique instantané ? Non. Mais c'est un divertissement percutant, échevelé, une sorte de tour dans le "Grand Huit" diablement entraînant. 
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La majorité de dessins est produite par Terry Dodson (10 épisodes sur 12), encré par sa femme Rachel ; le reste étant assuré par Frank Cho. Bien que les deux artistes aient des styles sensiblement différents, leurs efforts sont complémentaires et procurent à l'histoire une excellente facture graphique.

Planche dessinée par Terry Dodson

Terry Dodson, dessinateur irrégulier, livre ici parmi ses meilleures pages, comme électrisé par le script découpé à la manière d'un storyboard de Millar (avec profusion de cases horizontales évoquant les dimensions d'une image de film). Ses scènes de bagarre ou de poursuite sont d'un dynamisme épatant.
Et les amateurs de belles filles plantureuses seront à la fête avec Dodson et Cho, qui s'en donnent à coeur joie grâce à Mary Jane et la Chatte Noire, voluptueuses à souhait.

Planche dessinée par Frank Cho

Cependant, la galerie de vilains n'est pas moins bien traîtée, avec mentions spéciales à Venom et au Bouffon Vert. Les décors sont correctement détaillés, le trait clair et le découpage simple mais précis.
Là aussi, rien de renversant, mais du très bon boulot de la part de deux dessinateurs à l'aise avec ce qu'ils ont à raconter.
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Ce bon gros bouquin est agrémenté de sympathiques bonus (croquis de personnages, designs de costumes, couvertures originales non lettrées), sans oublier une préface de Stan Lee (conquis par le résultat des efforts de Millar) et une postface de Robert Millar (le frère de l'auteur, également ravi).
Une belle et conséquente aventure, qui vient d'être réédité en vf par Paninicomics dans la collection "Marvel Select" pour un prix attractif (moins de 20 E).
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Merci à http://www.symbiote.fr/ pour les scans.

samedi 8 octobre 2011

Critique 270 : SPIDER-MAN - ONE MOMENT IN TIME, de Joe Quesada et Paolo Rivera



The Amazing Spider-Man : One Moment In Time rassemble les épisodes 638 à 641 de la série, écrits par Joe Quesada et dessinés par Joe Quesada et Paolo Rivera, publiés par Marvel Comics en 2010. L'épisode 638 contient des extraits d'Amazing Spider-Man Annual 21, écrit par Jim Shooter et David Michelinie et dessiné par Paul Ryan, publié en 1987.
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Au lendemain de Civil War, après qu'il se soit démasqué publiquement, suivant le conseil de Tony Stark/Iron Man (prônant à l'époque un recensement de tous les individus masqués), Peter Parker/Spider-Man prend parti pour le camp des résistants au "registration act", mené par Captain America. La défaite de ce dernier et son arrestation oblige le Tisseur à vivre dans la clandestinité. Malheureusement, le Caïd sait maintenant qui il est et engage un tueur pour l'assassiner. Mais c'est sa tante May qui est gravement blessée. Désespéré, Parker demande son aide à Stark (qui la lui refuse puisqu'il ne veut plus se faire recenser) puis au Dr Strange (qui, lui aussi contraint à la clandestinité, ne pense pas pouvoir secourir May Parker). Méphisto apparaît alors et propose à Spidey de tout arranger. Mais en échange, Peter doit sacrifier son mariage... Mary-Jane Watson marchande avec le diable les finalités de ce pacte : elle consent à "vendre" son mariage mais Méphisto promet de ne plus importuner Peter.

Aujourd'hui, les anciens époux, les seuls à ne rien avoir oublié de ce qui s'est passé avant leur négociation avec Méphisto, font le point, et Peter révèle à MJ comment il a réussi à faire oublier à tous les autres qu'il était Spider-Man, tandis que la jeune femme avoue pourquoi elle ne peut plus vivre avec lui comme épouse...
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En 2007, l'éditeur Joe Quesada commande au scénariste J. Michael Straczynski, en charge de la série Amazing Spider-Man, d'effacer le mariage de Peter Parker et MJ Watson. JMS, qui pilote (avec de moins en moins de liberté - à cause du succès du comic-book et de ses adaptations cinématographiques) la série depuis six ans, n'apprécie pas mais obtempère tout en le faisant savoir publiquement : cette histoire sera la dernière qu'il signera tout en reniant le dénouement, et peu après, au bout d'une quinzaine d'épisodes de Thor (qu'il a relancé avec la même réussite), il finira par claquer la porte de chez Marvel, excédé par le dirigisme de Quesada et ses plans pour le dieu du tonnerre (amené à être au coeur de la saga Siege).

Spider-Man sort de l'arc One more day profondèment changé : le mariage est effectivement effacé, Parker à nouveau célibataire et tirant le diable par la queue, collectionnant les aventures sentimentales. Editorialement aussi, le titre est métamorphosé sous l'impulsion de Steve Wacker (débauché de chez DC où il avait orchestré le feuilleton hebdomadaire 52) : désormais trois épisodes sortent par mois avec des scénaristes et des dessinateurs qui se relaient (en moyenne) tous les trois épisodes (la quatrième semaine du mois est dévolue à des épisodes bouche-trou). Commercialement, c'est un succès. Artistiquement, c'est plus mitigé : la qualité des intrigues est très variable, graphiquement c'est très inégal, de nouveaux personnages (bons ou méchants apparaissent), la plupart sans s'imposer, puis des vilains classiques resurgissent, parfois revampés (souvent plus violents)... Une centaine d'épisodes sont proposés ainsi en trois ans.

Mais les lecteurs ne savent toujours pas comment le monde a oublié que Parker était Spidey (entre autres surprises délivrées par un Méphisto apparemment facétieux). L'initiative narrative de Quesada a d'ailleurs dès le début suscité une féroce controverse et déclenché un schisme parmi les fans : pour les uns, il s'agissait d'un affront supprimant vingt ans de continuité (le mariage avait eu lieu dans le 21ème Annual de la série, en 1987) ; pour les autres, c'était un moyen de renouer avec un héros devenu trop adulte, avec des ajouts à sa mythologie (le lien totémique de ses pouvoirs, imaginé par JMS).

Joe Quesada a donc pris sur lui de nous révèler enfin la clé du mystère, espérant sans doute calmer tout le monde avant de relancer une nouvelle fois la série (qui paraîtra désormais à un rythme bimensuel - deux fois par mois donc - avec un seul scénariste - Dan Slott - et un artiste régulier - Humberto Ramos, plus quelques renforts occasionnels).

Le résultat est, disons-le tout net, poussif et échoue lamentablement à apaiser la situation. Certes, quatre épisodes, ce n'est pas beaucoup, sauf qu'il s'agit de quatre chapitres volumineux (44, 30, 26 et 44 planches) pour nous expliquer comment Parker a failli faire capoter son mariage la première fois (à cause d'un complice d'Electro, qui reviendra par la suite l'embêter régulièrement à des instants cruciaux), puis revient sur le quasi-trépas de tante May, révèle comment MJ a obtenu que Méphisto lâche Spidey et, enfin, comment le Tisseur a convaincu le Dr Strange (soudain beaucoup moins scrupuleux que lorsqu'il s'agissait d'aider May...) d'effacer de la mémoire de tous sa double identité (avec l'aide de Tony Stark et Red Richards - qui ont oublié pour la peine leurs différents avec l'ex-sorcier suprême...).

A aucun moment Quesada ne parvient à nous émouvoir ou nous captiver en nous dévoilant ces coulisses si décisives dans le destin de Spider-Man : c'est raconté avec un cruel manque de rythme, des justifications alambiquées, des rebondissements grotesques (ah, le complice à deux balles qui réapparaît providentiellement pour emmerder ou valoriser le héros). Bien entendu, à la fin, MJ et Peter se sont tout dit et embrassés une dernière fois, se jurant de rester amis, mais l'insistance avec laquelle Quesada refuse leur union ne fait que souligner le pathétique avec lequel il tente de nous convaincre que c'est mieux ainsi.
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Graphiquement, ces épisodes sont également inégaux en qualité. Le dialogue entre MJ et Peter est illustré par Joe Quesada (encré par Danny Miki et mis en couleurs par Richard Isanove) : les gros plans sont très beaux, très expressifs, mais dès que le cadre s'élargit, des erreurs de proportions étonnantes apparaissent, typiques d'un dessinateur qui ne pratique plus régulièrement.
Les scènes issues de l'Annual 21 font lourdement leur âge (on se demande d'ailleurs pourquoi ce n'est pas John Romita Jr qui l'a réalisé à l'époque) : le trait de Paul Ryan et l'encrage de Vince Colleta sont, à l'image du scénario de Jim Shooter (scripté par David Michelinie), datés.
Il reste les séquences intermédiaires mais finalement les plus abondantes dessinées, encrées et mises en couleurs par Paolo Rivera, qui sont un vrai bonheur pour les yeux et témoignent d'un souci remarquable dans leur élaboration (Rivera travaille d'après photo et accumule les croquis avant de finaliser ses planches). Son style évoque à la fois John Romita Sr et Mike Zeck, une belle ligne claire (un peu livrée à elle-même hélas ! dans la dernière partie se déroulant dans le plan astral, dénué de décors).
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Parfois joli mais très creux et artificiel, OMIT est bien la preuve qu'un caprice d'éditeur peut endommager profondèment une série, quand bien même le responsable s'évertue à colmater les brêches par la suite : c'est une saga qui ne résout rien, ou en tout cas pas de manière satisfaisante. Dommage.

mercredi 6 juillet 2011

Critique 245 : THE AMAZING SPIDER-MAN - SPIDEY SUNDAY SPECTACULAR ! de Stan Lee et Marcos Martin

Spidey Sunday Spectacular est une histoire en douze double-pages, écrite par Stan Lee et illustrée par Marcos Martin, publiée en back-up des épisodes 634 à 645 la série régulière The Amazing Spider-Man, et publiée par Marvel Comics en 2011.
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Depuis la double saga One More Day-Brand New Day, co-écrite par J. Michael Straczynski (qui en a renié la fin) et Joe Quesada (qui en a signé les dessins), publiée en 2007, la série régulière The Amazing Spider-Man paraît aux Etats-Unis à raison de trois épisodes par mois (la quatrième semaine étant consacré à un épisode alternatif).
Ce changement de périodicité a bouleversé le contenu du titre : pour sauver sa tante May, Peter Parker a conclu un marché avec Méphisto - son mariage avec Mary-Jane Watson a été annulé, certains pans de son passé effacés (comme, notamment, son démasquage durant Civil War). Editorialement, la série a été pilotée par Steve Wacker, l'homme qui avait structuré le feuilleton hebdomadaire de DC, Infinite Crisis : 52, qui a mis sur pied une rotation de scénaristes et de dessinateurs afin de pouvoir produire trois épisodes inédits par mois, avec des arcs plus courts, et un retour aux fondamentaux du héros (en tout cas, selon les critères de Quesada).
Aujourd'hui, cette période est terminée aux Etats-Unis, où le seul Dan Slott écrit la série, secondé par plusieurs artistes, et en France, la revue "Spider-Man" publie actuellement l'avant-dernier arc de l'ére Brand New Day (Grim hunt-Chasse à mort, avant One moment in time, à nouveau écrit par Quesada et co-dessiné par Quesada et Paolo Rivera).
Spidey Sundays a été édité en back-up durant douze épisodes, à raison de douze double-pages, sans rapport avec la série régulière, et a fait l'évènement en raison de son équipe créative puisqu'elle marquait le retour de Stan Lee en compagnie de Marcos Martin.
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L'histoire est farfelue à souhait : deux malfrats, Cortex (un savant mégalomane) et Taureau (une brute épaisse plus bête que méchante), utilisent une machine construite par le premier, le nano vortex algorythmique digital, pour quitter notre dimension et se réfugier dans celle des comics où ils veulent pièger Spider-Man.
Le Tisseur ne repère pas tout de suite ses poursuivants, occupé par une virée mouvementée dans New York, au cours de laquelle il rend visite aux Quatre Fantastiques, évite une attaque du Bouffon Vert, et affronte successivement Doc Octopus et Hulk.
Puis, alternativement sous l'aspect de Peter Parker et de Spidey, le héros confond Cortex et Taureau en faisant croire au premier qu'il lui livre une machine à voyager dans le temps (en fait un assemblage hétéroclite d'un mixeur, d'un four à micro-ondes et d'un magnétoscope) grâce à laquelle il assouvira ses rêves de grandeur...
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Stan Lee a créé Spider-Man en 1962 avec Steve Ditko et en a fait l'archétype du héros "marvelien", le fameux "héros à problèmes" antithétique des icones de chez DC Comics comme Superman, où la vie privée du personnage a autant d'importance que son activité de justicier. De tous les super-héros qu'il a inventés (Avengers, X-Men, FF, Daredevil, Iron Man, Thor...), Spider-Man reste une sorte d'épure dans la production de Lee, sans doute son héros le plus populaire et le plus personnel, celui dans le moule duquel Marvel a façonné ses propres icones.
Aujourd'hui, Lee est un vénérable papy, une espèce d'ambassadeur de Marvel, qu'on voit souvent jouer des caméos dans les films adaptés des comics de la Maison des Idées, animer d'improbables shows de télé-réalité, et lancer des concepts chez d'autres éditeurs (comme Boom !, où il a initié trois nouveaux personnages récemment). Ce vétéran traîne aussi une réputation discutée car des journalistes, experts et lecteurs estiment qu'il n'a souvent que légèrement contribué à la création des super-héros des années 60, laissant ses dessinateurs accomplir le plus gros du travail (en particulier en ce qui concerne Jack Kirby).
Pourquoi cette controverse ? A cause de la méthode d'écriture mise en pratique par Lee lui-même, la célèbre "Marvel way", qui consiste à rédiger un synopsis dont l'artiste tirait un découpage complet avant que Lee n'y ajoute les dialogues et autres textes.
Quoi qu'il en soit, on ne peut nier à Stan Lee une imagination prodigieuse, qu'il s'agisse de définir des personnages (même s'il est vrai que parfois sa vision n'était pas identique à celle de son dessinateur) ou d'élaborer des concepts (comme les mutants, qu'il a imposés à Martin Goodman, le boss de Marvel dans les 60's, ou des équipes comme les Fantastic Four et les Avengers, conçus pour rivaliser avec la JLA). Ce fut aussi un dialoguiste jubilatoire, volontiers bavard mais avec un sens de l'humour et de la caractérisation indéniable.
De temps à autre, Stan Lee, au gré d'hommages que lui rendent les cadres exécutifs actuels de Marvel, propose des défis aux autres auteurs (comme "l'opération 'Nuff said", où pendant un mois toutes les séries eurent un épisode muet) et reprend la plume (avec la série Stan Lee meets... dans laquelle l'auteur se met en scène avec ses créatures, illustrée par d'excellents dessinateurs).
Spidey Sundays possédait une forme idèale pour que Stan Lee s'amuse et nous amuse en même temps, et il s'en est donné à coeur joie en orchestrant une aventure délirante, très drôle, pleine d'action, et traversée de piques à l'adresse des scénaristes modernes ("Mais qui êtes-vous, les gars ?", demande Spidey à Cortex et Taureau. - "Pas le temps de t'expliquer, ça ralentit l'histoire.", répond Cortex) ou aux éditors de la série du Tisseur (découvrant Mary-Jane Watson chez Peter Parker, Taureau, ébahi, demande qui elle est. Spidey répond : "elle est soit ma copine, ma femme ou mon ex-femme, ça dépend... Dans quel numéro sommes-nous ?"). C'est jubilatoire.
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Stan Lee a déclaré en découvrant les premières planches de Marcos Martin sur la série régulière qu'il était "né pour dessiner Spider-Man" : ç'aurait pu être une simple politesse, mais visiblement Stan The Man apprécie vraiment l'artiste espagnol, qui est l'héritier de Steve Ditko avec la maîtrise de l'art séquentiel d'un Will Eisner.
Spidey Sundays compte douze double-pages qui confirme le génie du dessinateur de Dr Strange : The Oath, chacune d'entre elles étant un ahurissant morceau de bravoure jouant à la fois sur la disposition, la taille et la forme des cases, le sens de lecture, le lettrage, la composition. C'est un vrai feu d'artifices, digne de ce que peuvent produire au sommet de leur forme des virtuoses comme David Mazzucchelli, JH Williams III ou même Winsor McCay. Pas de doute, la "Marvel way" a permis à Marcos Martin de s'éclater et de signer des planches d'une précision et d'une inventivité comme on n'en voit qu'exceptionnellement dans un comic-book mainstream. Si l'histoire est totalement loufoque, sa mise en images est époustouflante.
Lorsqu'on sait que Martin va dessiner, en alternance avec Paolo Rivera, la prochaine série Daredevil, écrite par Mark Waid, on peut s'attendre à un résultat extatique.
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Ceux qui veulent profiter de cette merveille sans se procurer les single issues d'Amazing Spider-Man peuvent se rattraper en achetant le n°69 du magazine "Comic Box", qui a eu l'heureuse idée de publier ces 24 pages de haute voltige. Ne vous en privez pas !

vendredi 17 juin 2011

Critique 236 : SPIDER-MAN & BLACK CAT : THE EVIL THAT MEN DO, de Kevin Smith et Terry Dodson



Spider-Man and Black Cat : The Evil That Men Do est une mini-série en 6 épisodes écrite par Kevin Smith et dessinée par Terry Dodson, publiée par Marvel Comics, d'Août à Octobre 2002 (#1-3) et de Février à Mars 2006 (#4-6).
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Felicia Hardy alias Black Cat accepte d'aider une connaissance à retrouver une de leurs amies, Tricia, vue pour la dernière fois en compagnie d'un acteur en vogue, Hunter Todd. Au même moment, Spider-Man commence à enquêter sur la mort par overdose d'un étudiant, Donald Phillips. Les deux anciens amants masqués se recroisent en suivant la même piste qui les mène à Garrison Klum, un riche homme d'affaires, toujours flanqué de son frère Francis. Apparemment respectables, les frères Klum fraient avec des gangsters et le trafic de drogue.
Black Cat veut arrêter Garrison Klum et s'attaque seule à lui. Elle échoue en prison après avoir été accusé du meurtre de sa cible. Spider-Man avec l'aide de Daredevil et de Diablo (des X-Men) comprend que Francis Klum est un hybride, mi-humain, mi-mutant, capable de téléporter des substances dans le corps de ses victimes et de manipuler leurs pensées. Il porte surtout un lourd secret que seule Black Cat va partager avec lui...
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La réalisation de cette mini-série a été épique : Kevin Smith, qui s'était fait un nom comme scénariste de comics (relançant, avec Joe Quesada, Daredevil, avant que Brian Bendis ne s'en occupe) et comme cinéaste (Clerks, Dogma), en a commencée la rédaction en 2002 et l'a achevée en 2005 ! Entretemps, il a préféré se consacrer à ses films, des productions par ailleurs peu mémorables.
Dans l'intervalle, Terry Dodson (qui a gardé un très mauvais souvenir de l'expérience - on le comprend) a eu le temps d'illustrer Wonder Woman, écrit par Allan Heinberg, qui, comme Smith, a accumulé les retards (accaparé par la série télé Grey's Anatomy)!
Cette catastrophe éditoriale a abouti à une production dont la traduction en France a heureusement pris moins de temps (dans deux hors-série - #23-24 - de la revue "Spider-Man"). Pour quel résultat ?
Smith a affirmé que la version finale de son script était bien meilleure que s'il avait livré le scénario à temps en 2002. Qu'il soit permis d'en douter... Le premier acte, avec les trois premiers chapitres, est très efficace, avec les retrouvailles entre Black Cat et Spidey, la révèlation rapide de l'identité du méchant, des scènes d'action et des dialogues bien troussées : Smith s'y montre à son avantage et emballe le lecteur.
En revanche, le deuxième acte, avec les trois derniers chapitres, verse dans le mauvais mélo, avec l'évocation des viols de Felicia Hardy et de Francis Klum, et la définition des pouvoirs de ce dernier, la téléportation étendue au transport de pensée. L'entrée en scène de Daredevil n'est pas désagrèable, par contre celle de Diablo apparaît comme une grossière béquille narrative pour expliquer ce que le scénario ne peut pas éclaircir tout seul. Le tout est plombé par une interminable séquence de confessions dénuée de toute émotion et se concluant par une bagarre expédiée, sans compter un épilogue inutile (suggérant une suite qui n'est jamais venue).
Rarement, un si beau soufflet est si radicalement retombé, soulignant le temps qu'a pris Smith pour terminer son ouvrage (en y ajoutant des références au run de Daredevil par Bendis, tout à fait inutiles).
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Dans ces conditions, le mérite de Terry Dodson est grand d'avoir réussi à maintenir une cohérence graphique à des épisodes qu'il aura dessinés avec un break forcé de trois ans. Toutefois, il faut avouer qu'après le quatrième chapitre, on a l'impression que le coeur n'y est plus et qu'il est en pilotage automatique (à sa décharge, il faut préciser que c'est aussi à ce moment-là que l'histoire cesse d'être intéressante).
C'est dommage car, au début, Dodson, artiste inégal mais capable de très bonnes choses quand il est inspiré, signe des planches magnifiques, avec un Spidey bondissant et une Black Cat pulpeuse et malicieuse comme jamais.
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Une série qui aurait pu être fantastique, compte tenu de la qualité potentielle des exécutants, mais desservie par l'irresponsabilité d'un auteur (et d'editors trop laxistes !). Un déplorable gâchis.

mardi 26 avril 2011

Critique 223 : MARVEL : LES GRANDES SAGAS 1 - SPIDER-MAN, de J. Michael Straczynski et John Romita Jr

Alors que de nombreuses adaptations cinématographiques de comics Marvel vont sortir en salles (Thor, Captain America, X-Men : First Class, Avengers...) dans les prochains mois, Panini propose aux amateurs et aux connaisseurs une nouvelle collection de dix livres (assortis à chaque fois d'un fascicule reprenant la mini-série Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross) en format softcover de 144 pages.
Le premier volume met évidemment en vedette Spider-Man, dont une nouvelle version filmée vient d'être tournée (réalisée par Marc Webb, avec Andrew Garfield, sortie prévue le 4 Juillet 2012), et reprenant les épisodes 57-58-500-501-502 du run de J. Michael Straczynski et John Romita Jr, datant d'Octobre 2003 à Février 2004.
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- Joyeux Anniversaire (1-3) est un récit se situant après la découverte de la double identité de Peter Parker par sa tante May. Assistant, une nuit d'orage, à l'invasion de New York par les sans-esprits (les lecteurs de Nextwave se souviendront de ces créatures auxquelles Ellis et Immonen faisaient subir un sort hilarant), Spider-Man rejoint dans la bataille les 4 Fantastiques, Iron Man, Thor, Cyclope et Dr Strange. Le sorcier suprême comprend qu'il s'agit d'une manoeuvre de Dormammu pour contrôler cette dimension, mais dans le feu du combat, Spidey trouble Strange et doit faire face à la fois à son passé et à son futur - l'occasion de croiser ses pires ennemis et de revivre des choix douloureux...

- Un samedi au parc avec May met en parallèle les doutes qui assaillent la tante de Peter Parker depuis qu'elle a appris qu'il était Spider-Man, tout en sachant qu'elle ne peut rien faire pour qu'il change de vie.

- Vous prendrez bien un pantalon avec ça ? présente la rencontre entre Spidey et le tailleur Leo Zelinsky qui travaille à la fois pour repriser les vêtements de super-héros et de super-vilains - rencontre dont le dénouement renvoie le Tisseur à une des scènes du futur qu'il a vue lors de son voyage dans le temps durant le combat entre Dormammu et Dr Strange.
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A ces 5 épisodes, s'ajoutent deux courts chapitres dispensables (Le fils de mon frère et Si j'étais Spider-Man), des back-ups du n° 600 de la série, dont on se demande ce qu'ils font là, si ce n'est complèter le sommaire pour que l'album compte 144 pages...
Les histoires du duo JMS-JR Jr ont marqué une étape dans la publication du titre puisque Marvel décida à l'époque de renuméroter la série en effaçant le volume 2 et en la reprenant au n°500 - ce qui donna lieu à un épisode exceptionnel de 30 pages (dont les quatre dernières dessinées par John Romita Sr).
Comme d'habitude avec JMS, l'histoire, même si elle n'est pas avare en action, fournit le prétexte à une réflexion subtile sur la condition de héros et la situation de Peter Parker. Auparavant, le scénariste avait osé ce qu'aucun avant lui n'avait écrit - May découvrant la double vie de son neveu - et cela allait impacter durablement la série, comme en témoigne Un samedi au parc avec May.
Mais Straczynski en profite aussi pour s'amuser avec la chronologie de la série, en revenant sur des séquences mémorables et en en montrant d'autres dans un des futurs possibles : on y voit un Tisseur vieilli, devenu fugitif, affrontant la police et même trouver la mort. Bien qu'il soit resté six ans sur le titre, ce genre d'anticipations prouvait que JMS avait des projets à très long terme pour le personnage - malheureusement, son run s'achèvera à cause d'un caprice d'éditeur (Joe Quesada ne supportant plus le mariage de Peter et MJ Watson) et depuis la série a perdu beaucoup de son intérêt.
Néanmoins, le choix de ces épisodes, pourtant agrèables, ne constitue pas le sommet de la période Straczynski et reste discutable pour initier de nouveaux lecteurs. Panini serait plus inspiré de rééditer tout ça dans une vraie collection consacrée au lieu de disséminer ça au gré de best-of désordonnés.
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John Romita Jr, parfaitement encré par Scott Hanna (un partenaire qui le met bien mieux en valeur que Klaus Janson) et mis en couleurs par Matt Milla (là aussi pour un bien meilleur résultat que Dean White), y livre des planches d'une énergie folle, qui donne un rythme infernal à ces épisodes. Et, au milieu de tout cela, il y a des double-pages proprement ahurissantes, sur lesquelles il faut s'attarder pour en profiter pleinement.
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Prochain album de ces "Grandes Sagas" : Thor par Dan Jurgens et (encore) Romita Jr. A suivre donc.